Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/revueencyclopd37jull
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE
OU
ANALYSE RAISONNÉE
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LES SCIENCES , LES ARTS INDUSTRIELS , LA LITTERATURE
ET LES BEAUX- ARTSJ
PAR UNE RÉUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET D'AUTRES HOMMES DE LETTRES.
TOME XXXVII.
PARIS
AU BUREAU CENTRAL DE LA REVUE ENCYCLOPÉDIQUE,
RUE d'eNFER- SAINT- MICHEL , N° l8.
IAKVIER T828.
;
^^'ïS'iTY <~<
,r
l'Z7
« Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. »
Bacon.
« L'art n'est autre chose que le contrôle et le registre des meilleures produc-
tions. ,. A contrôler les productions (et les actions) d'un chacun, il s'engendre
envie des bonnes, et mépris des mauvaises. »
Montaigne.
« Les belles-lettres et les sciences, bien étudiées et bien comprises, sont des
instrumens universels de raison, de vertu, de bonheur. »
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RA1SONNÉES
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA LITTÉRATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS.
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
SUR LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES, EN 1827.
L'année qui vient de s'écouler est une de celles dont
l'art social tirera quelque jour les plus importantes
leçons, si les récits de l'histoire sont fidèles. Cependant
à l'exception du combat de Navarin , aucun événement
ne s'y présente avec grandeur; il semble, au contraire,
que tout y est rapetissé, faible, sans dignité, qu'un
principe de destruction a pénétré jusqu'aux sources de
la vie sociale, altéré toutes les facultés, énervé toutes
les forces , paralysé tout ce qui est noble et généreux
dans la nature de l'homme. La violence du mal devait
amener une crise ; elle est arrivée : puisse-t-elle être
salutaire! Au milieu des angoisses de leur patrie, les
6 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Rédacteurs de la Reçue Encyclopédique ne pouvaient
oublier qu'ils sont Français; ils sympathisent trop bien
avec la France pour ne pas ressentir alternativement ses
longues douleurs et ses courtes joies. 11 n'a donc pas été
en leur pouvoir de se montrer aussi rigoureusement
cosmopolites qu'ils doivent l'être dans les tems ordi-
naires , lorsque l'horizon politique n'est point chargé de
nuages. Durant une partie de l'année, leur pensée n'a
pu se manifester, sous le régime odieux de la censure,
qu'entre des limites très-resserrées, variables et souvent
inaperçues , dont on n'était averti que par le choc violent
qu'elles faisaient éprouver. Avant que la liberté d'écrire
fût suspendue, on pressentait qu'elle ne pourrait échapper
à tous les dangers qui la menaçaient, et que ses défenseurs
les plus dévoués ne parviendraient tout au plus qu'à
rendre un peu moins pesantes les chaînes qu'on lui pré-
parait. En repassant aujourd'hui sur nos traces, et en
résumant nos travaux de l'année 1827, nous remarquons
avec peine que plusieurs améliorations ne sont pas aussi
avancées que nous l'avions espéré, que nous sommes
loin d'avoir atteint le but auquel seulement il nous sera
permis de nous arrêter, c'est-à-dire qu'on peut aperce-
voir encore de nombreuses lacunes dans le tableau des
progrès de l'esprit humain, tel que nous l'offrons à nos
lecteurs, et dans rénumération des nouvelles richesses
intellectuelles dont nous avons fait l'acquisition. Les lec-
teurs équitables reconnaîtront facilement les causes
diverses et puissantes qui ont contrarié nos efforts et
retardé notre marche, sans parvenir à changer notre
direction. Nous en appelons avec confiance au jugement
de nos compatriotes : tous ont été témoins des angoisses
des hommes instruits, des amis des sciences et des lettres,
de tous ceux qui prennent quelque intérêt à la propaga-
SUR LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES, EN 1847. 7
tion des lumières, Lorsqu'une loi désastreuse menaça de
subjuguer la presse, d'arrêter l'essor du génie français et
d'avilir notre littérature. Ils ont vu, comme nous, le
règne delà censure; mais ceux qui n'ont observe qu'en
province les tribunaux de cette puissance malfaisante,
n'ont qu'une idée très-imparfaite des avanies de toute
espèce auxquelles les malbeureux écrivains périodiques
étaient soumis à Paris. Quant aux étrangers, même dans
les Etats où la censure est permanente, quand ils ap-
prendront comment cette ignoble police fut exercée en
France, principalement dans la capitale, en 1827, ils
seront persuadés que leurs journaux et leurs recueils
périodiques furent libres alors, en comparaison des
nôtres.
Heureusement, l'empreinte des fers que nous avons
portés ne flétrit que les juges et les bourreaux de la
pensée. Depuis que nous sommes rendus à la liberté, on
ne pourra nous reprocher d'en avoir abusé, même dans
le moment d'effervescence qui succède, en dépit de la
raison , à une longue et pénible contrainte. Recueillir les
vérités que nous n'avons pu dire, ou qu'une préoccu-
pation très-excusable nous avait fait perdre de vue, leur
chercher une place convenable dans nos pages , à me-
sure que nous les publions, voilà les soins qui nous ont
occupés, depuis la fin de notre esclavage, et que nous ne
cesserons de prendre jusqu'à ce que nous soyons au
niveau de tout ce que l'on fait et publie dans la républi-
que des lettres.
Nos disgrâces n'ont pas été sans quelques adoucisse-
mens. Nous avons acquis des correspondances sûres,
instructives, des collaborateurs capables de concevoir
notre plan dans toute son étendue , et de le perfection-
ner. Ce sont des amis acquis dans le malheur, et dont
S CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
les services nous seront d'autant plus précieux qu'ils
sont offerts avec un zèle plus sincère , un dévoûment
plus digne de notre reconnaissance. Nos relations di-
rectes ne comprennent pas encore des régions sur les-
quelles tous les peuples doivent avoir les yeux ouverts;
tel est, par exemple, l'immense empire du Brésil dont on
ne connaît guère jusqu'ici que les productions recher-
chées par le commerce, où il reste à fouiller la terre
pour ajouter les connaissances géologiques à celles de la
botanique et de la minéralogie, où la statistique n'a re-
cueilli jusqu'à présent que des matériaux dont l'ori-
gine n'est pas assez bien connue pour inspirer la con-
fiance. Sous quelque point de vue que l'on considère
cette vaste contrée, elle captive l'attention du philo-
sophe, du naturaliste, des politiques, des simples cu-
rieux : nous espérons être bientôt en état de compléter,
par des Notices sur le Brésil , la revue générale du con-
tinent américain.
Mais, quoique l'atmosphère semble se purifier pour
les écrivains périodiques, et que l'orage ait cessé de
gronder sur leurs têtes , la sécurité n'est pas rétablie. Et
comment cesserions-nous de craindre le retour de ces
fléaux dont la cause peut se reproduire dans des cir-
constances hors de notre pouvoir, et que notre pru-
dence ne saurait éviter? Il faut bien l'avouer, le sort des
lettres en France est encore à la merci des tempêtes
politiques : elles n'ont point une garantie suffisante dans
les lois , ni dans les institutions ; il suffit , pour en être
convaincu, de jeter les yeux sur ce que l'on a fait contre
elles, depuis l'établissement du régime constitutionnel.
Puisque notre recueil , si évidemment inoffensif, dont
la bienveillance universelle ne peut être révoquée en
doute , a pu être soumis deux fois à une censure don
SUR LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES , EN 1 827, 9
ses principaux articles revenaient horriblement mutiles,
que pouvait-on alors confier à un journal ? les sciences
pouvaient échapper; la petite littérature n'éveillait pas
le dragon aux ongles tranchans, ou teints d'encre rouge :
mais, si l'histoire s'était avisée d'être véridique; si la
morale avait eu l'audace de donner quelques conseils
à la politique; si des vérités généreuses, établies sur
des faits incontestables , avaient rappelé les droits des
nations et les devoirs des gouvernemens , ces témé-
raires écrits n'auraient point vu la lumière. La Revue
encyclopédique devait donc se résoudre à voir biffer la
presque totalité de ses articles sur les sciences morales
et politiques , ou prendre le parti de supprimer cette
division des matières qu'elle traite : mais , si elle con-
sentait à un aussi grand sacrifice, elle renoncerait à son
titre , et cesserait d'être encyclopédique. Aucune consi-
dération ne la fera descendre ainsi au-dessous d'elle-
même; ses Rédacteurs, sentant plus que jamais com-
bien l'association des sciences et des lettres est devenue
nécessaire aux unes et aux autres , s'attacheront sans
relâche à fortifier ces heureux liens, à les rendre indis-
solubles. Le public d'aujourd'hui n'est pas d'humeur à
supporter l'ignorance d'un Pradon, ni les plus doctes
leçons en mauvais langage; cette disposition des esprits
serait l'effet du gouvernement représentatif, si d'autres
causes ne contribuaient point à l'amener. Les discussions
parlementaires font en même tems un appel à l'éloquence
et au savoir, et la victoire demeure fidèle à l'orateur
qui réunit l'un et l'autre au plus haut degré.
Ainsi, la Revue Encyclopédique demeure irrévocable-
ment attachée à toute la république des lettres , quelles
que soient les chances de bonne ou de mauvaise for-
tune réservées dans l'avenir à cet Etat sans gouvernement.
fxj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
sans armées , et qui ne manque point d'ennemis. Malgré
son apparente faiblesse, cette république est plus sûre
de sa durée que les empires les plus puissans : elle sub-
sistera aussi long-tems que la raison humaine ; et à toutes
les époques , son étendue sera la véritable mesure de la
civilisation sur toute la surface de la terre , et dans cha-
que nation.
Mais cette merveilleuse république n'est pas toujours
heureuse : des dissentions intestines l'affaiblissent et
la déshonorent quelquefois. Pendant plusieurs siècles , la
barbarie l'avait presque détruite, et ce ne fut qu'après
de longs efforts qu'elle put réparer ses pertes. Elle ne
redoute plus aujourd'hui de retomber dans l'obscurité
du moyen âge; en possession de son immortalité, elle
voit ses domaines s'étendre, se peupler et s'enrichir. Il
ne s'agit donc plus de sa conservation, et l'on peut se
livrer à la recherche des moyens d'augmenter son in-
fluence sur le bien-être des sociétés, sur le perfection-
nement de toutes les institutions.
Le premier pas vers ce but si désirable a été la for-
mation des Sociétés savantes et littéraires et des Aca-
démies. C'était un commencement d'organisation, un
obstacle aux désordres de l'anarchie. Mais ces petits
corps, épars et peu nombreux, n'avaient pas assez de
forces, et ne pouvaient constituer une république puis-
sante ; quelques rivalités les divisaient souvent; et les
traits acérés, lancés contre les plus faibles , pénétraient
de tems en tems jusqu'aux plus forts; le public appre-
nait à se moquer des Académies, en voyant qu'elles
échangeaient aussi entre elles des railleries assez bien
méritées.
L'établissement des Ouvrages périodiques fut un autre
pas vers l'organisation du peuple lettré : il est inutile
SUR LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES, EN 1S27. 1 1
d'insister sur les services que ee moyen de communi-
cation rendit aux écrivains er. aux Lecteurs. Malheureu-
sement, on n'alla pas plus loin, et ces premiers progrès
ne firent pas même entrevoir le but vers Lequel on de-
vait se diriger. La république des lettres fut encore
sans consistance, et l'anarchie ne cessa pas tout-à-fait
d'affaiblir la considération dont elle devrait être envi-
ronnée. Cependant, on perfectionna ce que Von avait
déjà fait; les sociétés se multiplièrent, leurs relations
prirent plus détendue, les ouvrages périodiques em-
brassèrent plus d'objets , et les traitèrent avec plus de
méthode. Mais il reste encore beaucoup à faire, plus
peut-être que ce que l'on a exécuté jusqu'à ce moment :
essayons d'en donner une idée, en nous bornant d'abord
au territoire français qui, dans la grande confédération
littéraire , est un Etat particulier et l'un des plus con-
sidérables.
Les vues qui dirigèrent les fondateurs de Ylnstitut
national de France furent justes et dune grande utilité :
mais cette belle institution littéraire ne reçut pas une
organisation assortie à la destination qu'on aurait dû
lui assigner. Il ne s'agissait point de créer une Académie
encyclopédique , mais de coordonner toutes les forces
intellectuelles de la France, et de les faire concourir
de la manière la plus avantageuse aux progrès des con-
naissances et à la propagation des lumières dans toutes
les classes de la nation. Il fallait, par conséquent, établir
des relations , des devoirs mutuels entre l'Institut de la
capitale et ceux que l'on eût formés dans les départe-
mens ; la surveillance des écoles publiques leur eût été
confiée; c'est dans leur sein que l'on eiAit trouvé réunis
tous les élémens d'une instruction normale pour former
des instituteurs. Les membres résidans à Paris auraient
1 I CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
pu être une deputation des Instituts de département,
y compris relui de la Seine, etc. 11 serait facile d'adap-
ter à ce projet les dispositions organiques au moyen
desquelles on ferait sentir combien il serait praticable:
et, si rien ne s'opposait à ce qu'il fût exécuté, on ne
peut douter qu'il ne fût très-avantageux.
En mettant à part toute prétention, toute influence
sur l'enseignement public, ne serait-il pas possible et
permis de réaliser ce projet avec les seules ressources
des hommes de lettres, des savans et des amis de l'in-
struction ? Puisse cet espoir n'être pas une chimère! De
la place où nous sommes, et au milieu des occupations
que nous nous sommes imposées , nous ne craignons
point de parler d'après notre propre expérience, d'après
les ouvrages qui passent successivement sous nos yeux ,
et que nous méditons pour en rendre compte à nos lec-
teurs. En tout ce qui n'exige pas l'application immédiate
des forces du génie, le tems et les peines des investiga-
teurs ne reçoivent pas un bon emploi ; on ne fait qu'avec
effort ce que des coopérations bien concertées rendraient
très-facile. Imitons , autant qu'il est possible , l'ordre qui
existe dans les grandes manufactures; divisons , subdivi-
sons le travail , et que chacun se charge de ce qu'il sait
faire le mieux. Dans les sciences et leurs applications, il y
a place pour tout le monde, occupation pour toutes les
intelligences. Un géomètre distingué ( Vandermonde )
avait su mettre de longs calculs algébriques en manufac-
ture, et les faire exécuter par des dames et des demoi-
selles : le beau sexe refusera-t-il le même service à des
sciences un peu plus gaies, à des arts qui se rapprochent
plus ou moins de ses travaux ordinaires ? Quant aux
lettres, nous n'en dirons rien en ce moment, parce que
la matière est plus difficile, et que nous sommes dans la
51 RLA.IVÉPUBUQUE DES LETTRES, EN 1827. 1 I
nécessité d'omettre beaucoup de détails. D'ailleurs, il ne
s'agir pas encore de mettre la main à l'œuvre; nous nous
bornons, quant à présent, à sonder le terrain, à recon-
naître son étendue et ses divers aspects, afin de juger s'il
convient aux constructions dont nous pourrons le charger
par la suite.
Supposons que toute la nation littéraire de la France
ait reçu, sous les auspices et avec la protection du gou-
vernement, une organisation qui lui convienne ; que ses
contributions soient perçues avec facilité, réparties avec
sagesse , fécondes et bienfaisantes partout où elles sont
employées; que chaque citoyen de ce paisible Etat soit
content, de sa position , zélé pour la prospérité commune,
heureux par les accroissemens des richesses intellec-
tuelles auxquels il aura contribué pour sa part ; que la
Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Allemagne, etc., aient
adopté, pour leurs écrivains et leurs hommes de lettres,
une organisation analogue ou équivalente : tout ne sera
pas terminé, il s'agira de fonder une confédération géné-
rale de ces Etats, de les consolider les uns par les autres,
et de former, par l'accumulation de toutes les richesses
réunies, le domaine du genre humain. Ici, des questions
toutes nouvelles arrivent en foule : il faut un congrès ;
peut-on se passer de président ? et, si l'ordre des travaux
exigeait l'autorité de cette magistrature, quelles seraient
ses fonctions , le mode d'élection des députés scientifi-
ques et littéraires, leurs attributions, leurs rapports avec
leurs commettans, le lieu des séances du congrès , etc ?
Avant de répondre définitivement à ces questions, on
voudrait savoir si les recherches sur cet objet ne seront
pas inutiles; et pour obtenir une décision sur laquelle on
puisse compter, c'est un homme d'état qu'il faut consul-
ter. Aux yeux d'un ministre philantrope, et sous un prince
0NSID.GÉN.S1 R LA RÉP. DES LETTRES, EN 18-27.
qui aurait su choisir un tel ministre, l'organisation défi-
nitive et générale de la république des lettres serait con-
sidérée comme L'entreprise la plus honorable qui puisse
illustrer un règne : on s'empresserait d'offrir à la répu-
blique naissante tous les secours favorables à ses premiers
développemens; mais les vérités de cette importance ont
besoin de se présenter sous la sauvegarde d'une autorité
puissante, et d'être exposées avec l'éloquence de la raison.
Nous n'avons pu que les indiquer; puissent-elles ne pas
aller tenir compagnie aux rêves de l'abbé de Saint-
Pierre, et à tant de vœux impuissans en faveur de l'hu-
manité, vœux qui seraient satisfaits à si peu de frais ! 11 en
coûte bien moins pour réjouir toute la terre , que pour
en dévaster une partie.
DE L'INFLUENCE DES FUTURS PROGRES DES CON-
NAISSANCES ÉCONOMIQUES SUR LE SORT DES
NATIONS.
Le corps social a ses lois, comme le corps humain , des lois
qui résultent de sa nature , des lois que l'homme n'a point éta-
blies, et qu'il n'a pas le pouvoir d'abroger. Soit que nous ayons à
gouverner nos propres affaires , ou celles d u public, nous sommes
vivement intéressés à connaître ces lois, pour ne point user
nos forces contre des obstacles insurmontables, et pour faire
usage à notre profit des secours qu'elles peuvent nous prêter.
Or, ce sont ces lois que X économie politique a pour objet de dé-
couvrir et d'exposer; mais, faute d'une distinction importante,
on a, je crois, méconnu les applications qu'on en pouvait faire.
Les biens qui pourvoient à l'existence et aux jouissances des
hommes peuvent être considérés, soit dans l'intérêt de la so-
ciété en général, soit dans l'intérêt d'un individu en particulier.
Dans l'intérêt de l'individu, où se confond celui de sa famille,
l'essentiel, soit à ses propres yeux, soit aux yeux du monde,
imi.î IM E DES CONNA.ISS. ÉCONOM1Q1 ES, etc. - I
r«>t (ju il ait be&ocoup de biens .'i consommer, <!<• quelque part
qu'ils lui \ tennent Que les biens qu'il acquiert soient créés par
lui, ou qu'ils diminuent d'autant les biens des autre* hommes ,
peu importe, pourvu qu'il les acquière sans blesser la morale
convenue et les lob imposées par l'autorité. Tel est l'intérêt qui
touche le commun deskommes; ils ont considéré le reste comme
peu important, ou comme trop au-dessus de leur portée pour
s'en occuper. Ils n'ont vu de solides que les richesses person-
nelles; tout le reste a été mis par le vulgaire au rang des vaines
spéculations.
Si, d'une autre part, nous considérons les richesses dans
l'intérêt de la société, nous accorderons une juste attention aux
richesses individuelles; car elles font le bien-être des particu-
liers, qui sont des portions de la société. Mais nous ne pourrons
regarder comme un gain les biens acquis par un particulier,
qu'autan! qu'il n'en résulte pas une perte équivalente pour
d'antres particuliers. La société n'a rien acquis, du moment
que l'un perd ce que l'autre gagne. Les particuliers peu-
vent croire que l'essentiel est d'acquérir des richesses sans
qu'il soit bpsoin de s'informer de leur origine; cet étroit calcul
ne saurait satisfaire les véritables publicistes, ni aucun homme
doué de quelque élévation dansl'ame. Ils veulent connaître la
source des richesses qui doivent être perpétuellement produites,
puisqu'elles sont destinées à pourvoira des besoins qui se re-
nouvellent sans cesse.
L'économie politique, en nous faisant connaître les lois sui-
vant lesquelles les biens peuvent être créés , distribués et con-
sommés, tend donc efficacement à la conservation et au bien-
être non seulement des individus, mais aussi de la société qui,
sans cela, ne saurait présenter que confusion et pillage.
Les sociétés, dit-on quelquefois , ont marché, sans que l'on
sut l'économie politique : dès qu'on s'en est passé si long teins,
on peut s'en passer toujours. — Le genre humain, il est vrai , a
grandi dans l'ignorance. Le corps social renferme, comme le
corps humain , une force vitale qui surmonte les fâcheux effets
delà barbarie et des passions. L'intérêt personnel d'un parti-
16 INFLUENCE DES CONNAISS. ÉCONOMIQUES.
culier a opposé de tout tems une barrière à l'intérêt personnel
d'un autre particulier; et l'on a été contraint de produire des
richesses, quand il n'a plus été possible de les dérober.
Mais, qui ne voit que ce système de force opposée à la force
n'est qu'un état prolongé de barbarie, qui met les particuliers,
et par suite les nations, dans une rivalité permanente , féconde
en haines et bientôt en guerres privées et publiques, auxquelles
des lois compliquées, des traités qui ne sont que des trêves,
et des systèmes factices de balances politiques, n'ont apporté
que d'insuffisans remèdes ? Chaque peuple, semblable à l'équi-
page d'un corsaire, n'a dû rêver que déprédations, sauf à se
battre entre soi pour s'approprier les meilleures parts du bu-
tin et recommencer de nouvelles violences pour satisfaire de
nouveaux besoins.
Quel triste spectacle nous offre l'histoire ! Des nations sans
industrie, manquant de tout, poussées à la guerre par le besoin,
et s'égorgeant mutuellement pour vivre ; d'autres nations un
peu plus avancées, devenant la proie de celles qui ne savent
que se battre; le monde constamment livré à la force, et la
force devenant victime d'elle-même; l'intelligence et le bon
sens ne se prévalant jamais de l'ascendant qui leur appartient ;
les principaux personnages d'un état , les philosophes les plus
respectés n'ayant pas des idées de bien public, ou d'humanité
plus arrêtées que le vulgaire; Lycurgue tolérant le vol et or-
donnant l'oisiveté , Caton ne rougissant pas d'être marchand
d'esclaves, et Trajan donnant des fêtes où il faisait égorger dix
mille gladiateurs et onze mille animaux (i).
Voilà ce qu'était la société chez les anciens; et lorsque les
peuples, après s'être dévorés, jouissaient par hasard de quelque
repos, il fallait, chaque fois, que la civilisation recommençât
et s'étendît avec de lents progrès, sans solidité, sans garantie.
Si quelques instans de prospérité se font apercevoir de loin en
loin, comme pour nom consoler de l'histoire, nous ignorons à
quel prix ils ont été achetés; nous ne tardons pas à acquérir
(i)Diod. Lib. xlviii, § i5.
SUE LE SORT DES NATIONS. 17
la certitude qu'on n'a pas su les consolider; et nous passons^ à
notre aise, en tournant quelques feuillets, sur de longs siècles
de déclin, de souffrance, d'angoisses, cruellement savourés
par les hommes du tems, par leurs femmes, par leurs proches.
On assure que les nations peuvent souffrir, mais qu'elles ne
meurent pas : quant à moi, je crois qu'elles meurent. Les
peuples de Tyr, d'Athènes et de Rome ont péri dans une lente
agonie; ce sont d'autres peuples qui, sous les mêmes noms, ou
sous des dénominations nouvelles, ont occupé les lieux que ces
nations habitaient (1).
Je ne parle point de la barbarie du moyen âge, de l'anarchie
féodale, des proscriptions religieuses, de cette universelle féro-
cité où le vaincu était toujours misérable, sans que le domina-
teur fût heureux ; mais, que trouvons-nous dans des tems où
l'on se prétendait plus civilisé ? Des gouvernemens et des
peuples tout-à-fait ignorans de leurs vrais intérêts, se persé-
cutant pour des dogmes insignifians ou absurdes, guerroyant
par jalousie et dans la persuasion que la prospérité d'un émule
était un obstacle à leur propre félicité. On s'est fait la guerre
pour une ville, pour une province, pour s'arracher une
branche de commerce; on l'a faite ensuite pour se disputer
des colonies; puis, pour retenir ces colonies sous le joug; tou-
jours la guerre enfin... Tandis que les nations n'ont qu'à gagner
à des communications amicales; qu'une prépondérance forcée
n'est avantageuse pour personne, pas même pour ceux qui
l'exercent; que les discordes sont fécondes en malheurs de
toutes les sorles, sans aucun dédommagement, si ce n'est une
vaine gloire et quelques dépouilles bien chétives, quand on les
compare aux fruits légitimes qu'un peuple peut tirer de sa pro-
duction. Voilà ce qu'on a été; voilà ce qu'on a fait.
Mais, du moment qu'on acquiert la conviction qu'un état
(1) « L'amour de la patrie, la générosité ont été des vertus com-
munes chez les anciens ; mais la véritable philantropie , l'amour du
bien et de l'ordre général, est un sentiment tout-à-fait étranger au*
siècles passés. » Chastellux. De la félicité publique , chap. ix.
t. xxx vu. — Janvier 1828. 2
18 INFLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
pont grandir et prospérer, sans que ce soit aux dépens d'un
autre* et que ses moyens d'existence et de prospérité peuvent être
créés de toutes pièces; du moment qu'on est en état de montrer
les moyens par lesquels s'opère cette création et de prouver
que les progrès d'un peuple, loin d'être nuisibles aux progrès
d'un autre peuple, lui sont an contraire favorables, les nations
ont recours aux moyens d'exister les plus sûrs, les plus
féconds, les moins dangereux, et chaque individu, au lieu de
gémir sous le faix des malheurs publics , jouit pour sa part des
progrès du corps politique.
Voilà ce qu'on peut attendre d'une connaissance plus géné-
ralement répandue des ressources de la civilisation (i). Au lieu
de fonder la prospérité publique sur l'exercice de la fore:
brutale, l'économie politique lui donne pour fondement l'in-
térêt bien entendu des hommes. Les hommes ne cherchent plus
dès lors le bonheur là où il n'est pas, mais là où l'on est assuré
de le trouver.
Déjà, depuis plusieurs années, l'Europe a commencé à rou-
gir de sa barbarie. A mesure qu'on s'est occupé d'idées justes
et de travaux utiles, les exemples de férocité sont devenus
plus rares. Peu à peu la guerre a été dépouillée de ses rigueurs
inutiles et de ses suites désastreuses; la torture a été abolie
chez les peuples civilisés , et la justice criminelle est devenue
moins arbitraire et moins cruelle. Il est vrai que ces heureux
effets sont dus plutôt aux progrès généraux des lumières, qu'à
une connaissance plus parfaite de l'économie de la société.
Cette dernière connaissance s'est souvent montrée entièrement
étrangère à nos plusbeaux génies. Aussi, beaucoup de réformes
(i) Il n'est certainement pas permis de croire que les ressources de
la civilisation soient entendues des administrations et de la plupart
des particuliers , lorsqu'en parcourant quelques-uns des pays les plus
civilisés de l'Europe , on est frappé de tant de disparates dans les
villes, et qu'on rencontre dans les campagnes tant de chaumières de
boue qui ressemblent plutôt à des Imites de sauvages qu'aux habita-
tions d'un peuple police.
MJR LE SORT DES NATIONS. i<,
désirables sont fontes récentes, et beaucoup d'autres sont loin
d'être accomplies.
Si les natioiisn'avaient .pas étéet n'étaient pas encore coiffées
de la balance <\i\ commerce et de l'opinion qu'une nation ne
peut prospérer si ce n'est au détriment d'une autre, on aurait
évité, durant le cours des deux derniers siècles, cinquante
années de guerres; et. nous autres peuples, nous ne serions
pas parqués, chacun dans notre enclos, par des armées de
douaniers et d'agens de police, comme si la partie intelligente,
active et pacifique des nations n'avait pour but que de faire
du mal. Nous sommes tous les jours victimes du tems passé; il
semble que nous ayons besoin d'être avertis que nous tou-
chons encore à cette triste époque, et que, si la barbarie qui
nous poursuit, doit enfin lâcher prise, il ne faut pas que
nous nous imaginions que ce puisse être sans efforts de notre
part. Plus on étudie, plus on demeure convaincu que toutes
nos connaissances ne datent que d'hier, et qu'il en est peut-
être davantage qui ne dateront que de demain.
C'est donc l'instruction qui nous manque, et surtout l'ins-
truction dans l'art de vivre en société. Si l'étude de l'écono-
mie politique était rendue assez sûre, assez facile pour faire
partie de toutes les éducations, si elle se trouvait achevée
avant l'âge où l'on embrasse une profession , nous verrions les
élèves, soit qu'ils fussent appelés à des fonctions publiques,
soit qu'ils demeurassent dans une condition privée, exercer
une influence bien favorable et bien grande sur les desti-
nées de leur pays. Une nation n'est guère avancée, si elle
regarde les maux qu'elle endure comme des nécessites de fait
auxquelles il faut se soumettre quand le destin les envoie , de
même qu'à la grêle et aux tempêtes. Sans doute, une partie de
nos maux tient à notre condition et à la nature des choses;
mais la plupart d'entre eux sont de création humaine; au
total, l'homme fait sa destinée, et. l'on sait ce qu'ont produit
l'incurie et le fatalisme des peuples de l'Orient.
Si nos institutions étaient toutes neuves, si nos sociétés
s'étaient formées d'après des plans combinés avec sagesse, il
?..
5«» INFLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
v aurait peu de chose à faire pour les maintenir en bon état.
La prudence, à défaut de lumière, pourrait suffire ; mais nos
institutions se sont formées, comme nos langues, par hasard,
suivant les intérêts, et trop souvent suivant les passions du
moment; de là, dans le corps politique, des maladies, des dé-
sordres contre lesquels il faut se prémunir et qu'il s'agit de
guérir. Un homme sain peut se conduire d'après les simples
conseils du bon sens; un vieillard infirme, sujet à mille mala-
dies, ne peut se conserver sans le secours de l'art ; et qu'est-ce
que l'art sans la science ? du charlatanisme.
Pour n'être point dupe des charlatans, pour n'être point
victime des intérêts privés, le public a besoin de savoir en
quoi consistent ses propres intérêts. L'opinion publique une
fois éclairée, le gouvernement est obligé de la respecter. L'o-
pinion publique a une influence telle, que le gouvernement le
plus puissant ne peut empêcher une loi de tomber en désué-
tude, si elle est contraire à l'opinion d'une population éclairée.
On voit que, si les nations ont subsisté jusqu'à présent sans
étudier la structure des sociétés, ce n'est pas un motif, pour
des hommes raisonnables, de rester perpétuellement étrangers
à cette étude. Mais nous ne devons pas seulement guérir les
maux guérissables, nous devons apprendre quels sont les biens
nouveaux qu'on peut acquérir, et dont l'état passé des sociétés
ne fournissait pas même l'idée. Jusqu'au commencement du
xvne siècle, les rues de Paris n'avaient pas été pavées. Fallait-il
se passer éternellement de ce moyen de communication et
de salubrité, parce qu'on s'en était passé jusque-là (i)?
Supposerait - on qu'il suffit au bonheur des nations que
(i) Paris avait subsisté jusqu'à Louis XIII sans le Pont • Neuf ;
Melon demande si c'était une raison pour ne pas le bâtir. On voit cjue
cette objection a déjà un siècle d'antiquité; et que d'améliorations opé-
rées depuis un siècle! Bien d'autres encore s'opéreront jusqu'à ce
qu'un nouveau siècle soit écoulé; et il se trouvera alors des parti-
sans des anciens ci remens qui répéteront encore que l'on a tort de
vouloir être mieux.
SUR LÉ soin' 1>F,S NATIONS. ri
ceux qui lus gouvernent .soient instruits ? Mais, peuvent-ils l'être ,
quand la nation ne Test pas? la rémarque en a déjà été faite (i).
(lenx qui sont nés pour exercer le pouvoir en sont rarement
dignes. Trop de gens sont intéressés à fausser leur jugement
dès L'enfance* Ceux qui l'usurpent ne valent guère mieux. Ce
ne sont pas les lumières qui portent au pouvoir, et, quand on
y est parvenu, on fait peu de cas des lumières; on a trop peu
de teins pour étudier; on est trop avancé en âge pour s'in-
struire; la puissance déprave presque inévitablement ceux qui
l'exercent; les principes ont quelque chose de trop inflexible
pour convenir à la puissance, elle préfère ce qui la flatte; elle
exploite les vices et les préjugés du vulgaire, loin de les cor-
riger. En admettant que César et Bonaparte fussent plus avan-
cés que leur siècle (ce que je suis loin d'accorder) , quel régime
ont-ils légué à leur pays? Si les lumières eussent été générale-
ment répandues à Rome et dans la France, au lieu de s'appuyer
sur la cupidité d'un petit nombre de fonctionnaires publics,
sur l'humeur guerrière du peuple, ils auraient fondé leurs
institutions sur l'intérêt bien entendu du plus grand nombre,
et long-tems elles eussent fait la prospérité du pays.
L'influence que l'économie politique exerce sur les qualités
morales des individus n'est pas moins remarquable que son
influence sur les institutions publiques. La civilisation, il est
vrai, multiplie nos besoins, mais, en même tems, elle nous
fournit les moyens de les satisfaire; et une preuve que les biens
qu'elle nous offre sont proportionnellement supérieurs à ceux
de tout autre mode d'existence, c'est que, chez les peuples
civilisés, éclairés et industrieux, non-seulement un bien plus
grand nombre de personnes sont entretenues , mais chacune
d'elles est entretenue avec plus d'abondance que dans toute
autre situation (2).
(1) Traité d'économie politique, 5e édition , tom. I, pag. xciv.
(ï) On opposera à cette assertion des exemples particuliers d'une
affreuse misère qui se rencontrent chez des peuples policés ; mais
comparons les à ce qu'on peut rencontrer chez des peuples moins
ui INFLUENCE DES COIN NAISSANCES ÉCONOMIQUES
Sans examiner jusqu'à quel point la civilisation et les lumières
qu'elle mène à sa suite sont favorables aux mœurs , je ferai
remarquer que les moyens indiqués par l'économie politique
pour satisfaire régulièrement et progressivement nos besoins,
contribuent tous à donner à la force, à l'activité, à l'intelli-
gence des hommes une direction salutaire. Elle prouve que,
parmi ces moyens d'existence, les seuls qui soient efficaces,
féconds, durables, sont ceux desquels il résulte une création
et non une spoliation ; que la mauvaise foi , la violence ne pro-
curent que des avantages non moins précaires qu'ils ne sont
honteux; que ces avantages sont surpassés par les maux qu'ils
entraînent, que nulle société ne pourrait subsister si le crime
devenait le droit commun , et si le vice constituait les mœurs du
plus grand nombre. En démontrant le pouvoir de ce travail in-
telligent qu'on désigne sous le nom général d'industrie , elle le
met en honneur; elle décrie toutes les actions oiseuses ou nui-
sibles. L'industrie, à son tour, rend indispensables les relations
d'individu à individu; elle enseigne aux hommes à s'aimer mu-
tuellement, au lieu de s'entre-détruire , comme dans l'état
sauvage qu'on a si peu raisonnablement nommé l'état de na-
ture. En montrant aux hommes ce qu'ils ont à gagner à s'at-
tacher les uns aux autres , elle est le ciment de la société ; elle
adoucit les mœurs en procurant l'aisance.
Ce serait se flatter sans doute que de s'imaginer qu'en éclai-
rant les hommes sur leurs vrais intérêts , on les affranchit de
tous les maux qui tiennent à leur nature et à la nature de la
société. Je ne me flatte pas qu'on puisse jamais les affranchir
de cette universelle infirmité , la vanité personnelle ou natio-
nale, qui, depuis le siège de Troie jusqu'à la campagne de
avancés. Quelle nation civilisée voit , dans des momens de disette , périr
de faim et de misère la moitié de sa population , comme il y en a eu
des exemples chez des peuples barbares? Il faut donc, généralement
parlant, qu'il s'y trouve plus de ressources. D'immenses contrées
en Amérique sont désertes par le défaut de civilisation , et deviennent
très-peuplées quand la civilisation y pénètre.
SI R LE SORT DES NATIONS. b*
Russie, a disputé à la cupidité le triste honneur de faire ré-
pandre le plus de sang et couler le plus de larmes. Cependant-,
ou peut croire qu'un jour le progrès des sciences morales et
politiques en général, et l'amélioration des institutions sociales
qui en sera la suite, parviendront à donner à un penchant
dangereux une direction moins funeste, et changeront une ja-
lousie coupable en une salutaire émulation.
Toujours est-il vrai que toules les dispositions bienveillantes
qui peuvent exister chez les hommes, sont favorisées par les
lumières du genre de celles que répand l'économie politique.
Cependant, au milieu des bons effets qu'il est permis d'at-
tendre de la propagation de ses principes, il convient, je crois,
de se préserver d'une prétention élevée par un grand nombre
d'économistes, qui ne voient dans cette science que l'art de
gouverner, ou de diriger le gouvernement dans la route du
bien public. Je pense qu'on s'est mépris sur son objet. Elle est
sans doute bien propre à diriger les actions des hommes; mais
elle n'est pas proprement un art, elle est une science. Elle
enseigne ce que sont les choses qui constituent le corps social ,
et ce qui résulte de l'action qu'elles exercent les unes sur les
autres. Sans doute, cette connaissance est très- profitable aux
personnes qui sont appelées à en faire des applications en
grand; mais c'est de la même manière qu'elles font usage des
autres lois qui ont été trouvées en physique, en chimie, en
mathématiques. Parce qu'on profite des lumières acquises dans
ces diverses branches de connaissances, est-on fondé à dire
qu'elles donnent des conseils? La nature des choses, fière et
dédaigneuse, aussi -bien dans les sciences morales et politi-
ques que dans les sciences physiques, en même tems qu'elle
laisse pénétrer ses secrets au profit de quiconque l'étudié avec
constance et bonne foi, poursuit toujours sa marche indépen-
damment de ce qu'on dit et de ce qu'on fait. Les hommes qui
ont appris à la connaître peuvent à la vérité mettre la partie
agissante de la société sur la voie de quelques applications des
vérités qui leur ont été révélées; mais, en supposant même que
leurs yeux et leurs inductions ne les aient pas trompés , ils ne
M ÎNFLUENCB DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
peuvent connaître les rapports innombrables et divers qui font
de la position de chaque individu , et même de chaque nation,
une spécialité à laquelle nulle autre ne ressemble sous tous les
rapports. Tout le monde, selon la situation où chacun se trouve,
est appelé à prendre conseil de la science ; personne n'est
autorisé a donner des directions. Une science n'est que l'expé-
rience systématisée, ou, si Ton veut, c'est un amas d'expériences
mises en ordre, et accompagnées d'analyses qui dévoilent leurs
causes et leurs résultats. Les inductions que peuvent en tirer
ceux qui la professent, sont seulement des exemples qui ne
seraient bons à suivre rigoureusement que dans des circon-
stances absolument pareilles, mais qui ont besoin d'être modifiées
selon la position de chacun. L'homme le plus instruit de la
nature des choses ne saurait prévoir les combinaisons infinies
qu'amène incessamment le mouvement de l'univers.
Cette considération a échappé aux économistes du xvme
siècle qui se croyaient appelés à diriger le gouvernement des
nations (i), et malheureusement aussi à quelques économistes
(i) L'impératrice de Russie, Catherine II, curieuse de connaître
en détail le système des partisans de Quesnay , engagea Mercier i>k
la Rivière, un des interprètes de cette doctrine, à venir, en 1775, la
rencontrer à Moscou où elle allait pour son couronnement. Il s'y ren-
dit en toute hâte, et, s'imaginant qu'il allait refondre la législation de
la Russie , il commença par louer trois maisons contiguës dont ilchan-
gea^toutes les distributions , écrivant au-dessus des portes de ses nom-
breux appartemens , ici: Déparlement de l'intérieur ; là : Département de
la justice; ailleurs : Département des finances, etc. Il adressa aux gens
qu'on lui désigna comme instruits l'invitation de lui apporter leurs
titres pour obtenir les emplois dont il les croirait capables. Il agis-
sait conséquemment aux principes de sa secte qui se croyait appelée à
mettre les principes en application ; mais , en supposant que les
maximes des économistes de Quesnay eussent été fondées sur la
nature des choses, un ancien intendant de la Martinique ne pouvait
pas régenter la Russie, en faisant abstraction de son climat, de son
sol , de ses hahitudes, de ses lois qu'il ne connaissait pas à fond. L'im-
pératrice convint avec M. de Ségur, depuis ambassadeur de France en
SLR LE SORT DES NATIONS. 2$
plus modernes qui, sous ee rapport du moins , ne me semblent
pas avoir compris Le but et la dignité de la science.
On pourrait croire que des vérités fondées sur une obser-
vation exacte et une analyse rigoureuse, même accompagnée
de développemens et d'exemples, n'est pas aussi utile que des
conseils plus directs qui ne laissent aucun doute sur la marche
qu'un gouvernement doit tenir. Mais, un conseil direct n'est
pas ce qui entraîne la conviction; le ton dogmatique et per-
suadé même .ne sufiït pas : il faut donner des raisons; et pour
donner des raisons, il faut analyser les choses et la manière
dont leur action s'exerce. Or, c'est là ce qui constitue la science.
L'autorité des choses est supérieure à l'autorité des hommes ,
quelque éminens qu'on les suppose. Elle révolte moins l'amour-
propre des riches et des puissans; et cependant, elle est plus
sévère. Les savans peuvent être flatteurs , dit un de nos auteurs
modernes (i) ; mais les sciences fie flattent personne. On se sou-
met à leurs décrets, parce qu'on ne peut pas s'élever contre
une force majeure. On peut quelquefois secouer avec succès
le joue; d'un despote; on ne se révolte point impunément contre
la nature des choses.
Je conviens qu'en même tems que les hommes voient le bon
parti, leurs préjugés, leurs vices, leurs passions font qu'ils
embrassent le mauvais. Mais ce malheur ne dépend pas de la
forme que revêtent les conseils; les mêmes inconvéniens em-
pêchent qu'on suive les indications les plus directes, et elles
n'ont pas même la force d'une indication détournée, lorsque
celle-ci porte avec elle la conviction. En dernier résultat, le
triomphe le moins douteux est celui de la vérité. Elle finit par
être écoutée, et il n'est aucun gouvernement qui ne rentre de
Russie ( voyez ses Mémoires, t. m, pag. 38, ) qu'elle profita des con-
versations de M. de La Rivière et qu'elle reconnut généreusement sa
complaisance ; mais en même tems elle écrivait à Voltaire : « Il nous
supposait marcher à quatre pattes, et très poliment il s'était donné
la peine de venir pour nous dresser sur nos pieds de derrière. »
(i)M. Char/es Comte.
9,6 INFLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
gré ou de force dans une bonne route, quand il est bien dé-
montré qu'il en suit une mauvaise (i).
Les gouvernemens les plus despotiques sont eux-mêmes in-
téressés à connaître la nature des choses dans ce qui a rapport
à l'économie des sociétés. Il est vrai qu'ils peuvent s'emparer
d'un moyen de succès au profit personnel de ceux qui gouver-
nent, plutôt qu'au profit du public. Cependant, les nations ont
ce bonheur que les despotes ne peuvent recueillir les fruits des
saines doctrines en économie politique, sans que leurs peuples
ne commencent par les goûter. Un potentat ne saurait lever
de fortes contributions, sans que ses sujets, cultivateurs, ma-
nufacturiers et commercans n'aient de gros revenus; et les
gens qui cultivent l'industrie ne sauraient avoir de gros revenus,
à moins qu'ils ne soient bien traités et ne jouissent, dans leurs
actions privées , d'une sécurité parfaite et d'une assez grande
liberté (2). Henri IV ne fut pas un des moins despotes des
(1) Je m'appuie volontiers sur l'opinion d'un homme aussi judicieux
et aussi consciencieux que celui que je viens de citer. « La méthode
analytique, dit-il , agit dans hs sciences morales de la même manière
qu'elle agit dans les autres. Elle ne donne ni préceptes, ni conseils;
elle n'impose ni devoirs, ni obligations; elle se borne à exposer la
nature , les causes et les conséquences de chaque procédé. Elle n'a pas
d'autre force que celle qui appartient à la vérité. Mais il faut bien se
garder de croire que pour cela elle soit impuissante : l'effet qu'elle
produit est, au contraire, d'autant plus irrésistible, qu'elle com-
mande la conviction. Lorsque les savans ont eu découvert la puis-
sance de certaines machines, l'efficacité de certains remèdes , il n'a
pas été nécessaire pour les faire adopter de parler de devoirs et de faire
usage de la force; il a suffi d'en démontrer les effets. De même, en
morale et en législation , le meilleur moyen de faire adopter un bon
procédé, et d'en faire abandonner un mauvais, est de montrer claire-
ment les causes et les effets de l'un et de Vautre. Si nous sommes
exempts de certaines habitudes vicieuses , si nous avons vu disparaître
quelques mauvaises lois, c'est à l'emploi de ce moyen que nous de-
vons l'attribuer. » Ch. Comte, Traité de Législation , liv. 1 , ch. 2.
(1) Un despote , par exemple, qui veut que l'industrie prospère daiu
SUR LE SORT DES NATIONS. 27
rois de France ; et cependant la France prospéra sons son
règne, parce qu'on n'y tracassait point les particuliers. Nous
vovons, an contraire, Méhéinet Ali, pacha d'Egypte, ruiner le
sol le pins fertile de l'univers, en y appelant l'industrie de
tontes parts; niais il sacrifie les intérêts des particuliers à ce
qu'il croit être ses propres intérêts. Admirateur de Bonaparte,
il se mêle de tout : tout périt dans ses mains, malgré ses talens
qui ne sont pas communs; et lui-même se trouvera enveloppé
dans la détresse où il aura plongé le pays.
On dit que les nations ne peuvent prospérer qu'avec la li-
berté; et sans doute, la liberté politique est, de tous les ré-
gimes, le plus favorable aux développement d'une nation;
mais pourquoi jeter dans le découragement les peuples qui
n'en jouissent pas, en leur persuadant qu'au malheur d'être
sujets ils doivent nécessairement ajouter celui d'être misé-
rables ? Qu'ils sachent, au contraire, que si les connaissances
se répandent généralement assez pour qu'elles débordent dans
les palais des rois,, les rois rendront plus doux le sort des
peuples , parce qu'ils comprendront mieux alors en quoi con-
sistent leurs propres intérêts qu'ils entendent en général assez
mal.
Il ne faut cependant pas qu'on s'imagine qu'un despotisme,
même éclairé, puisse faire fleurir les nations, à l'égal d'un
régime où les intérêts nationaux sont consultés avant tout. Une
nation, comme une cour, peut être ignorante, peut avoir été
mal élevée, peut se laisser dominer par ses passions; mais elle
veut toujours de bonne foi le bien public. Elle est directement
intéressée à ne mettre que des gens éclairés et des hommes
d'honneur dans les fonctions importantes. Lorsqu'il y a des
castes ou des corps privilégiés, on peut se dispenser d'avoir
du mérite pour parvenir : la catégorie dans laquelle on se trouve
ses états , doit permettre à chacun d'aller, de venir, de sortir, de ren-
trer, avec aussi peu de frais et de formalités qu'il est possible. L'Au-
triche n'atteindra jamais un tiès-haut degré de prospérité , à cause de
■a police et de ses prisons d'état.
»8 m FLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES-
suffît pour vous porter. Sous le régime de l'égalité, on est jugé
suivant d'autres règles : les hommes y sont classés selon leur
mérite.
C'est alors que les législateurs , les administrateurs de la
chose publique, qui demeurent étrangers aux principes de
l'économie sociale, courent le risque d'être assimilés à ces char-
latans qui, sans connaître la structure du corps humain , entre-
prennent des guérisons, des opérations qui coûtent la vie à
leurs malades, ou les exposent à des infirmités quelquefois
pires que la mort. L'homme d'état ignorant doit être détesté
plus que le charlatan lui-même , si l'on compare l'étendue des
ravages causés par son impéritie.
Ce n'est pas tout, dans le traitement du corps humain,
l'effet suit immédiatement la cause , et l'expérience se répète
tous les jours. Sans connaître la nature du quinquina, ni
celle de la fièvre, nous savons que ce médicament guérit cette
maladie , parce que l'expérience en a été mille fois répétée ,
parce qu'on a pu dégager l'action d'un spécifique , de l'action
de tous les autres remèdes, et savoir ainsi quel est celui auquel
on devait attribuer la guérison. Mais, dans l'économie des na-
tions, on ne peut sans danger suivre les conseils de l'empirisme;
car on n'y est pas maître de répéter les expériences, et jamais
on ne peut les dégager des accessoires qui exercent quelque-
fois une telle influence qu'ils changent absolument les résul-
tats. C'est ainsi que la prospérité croissante de l'Europe, depuis
trois siècles, a été attribuée par l'ignorance aux entraves
mises au commerce, tandis que les publicistes éclairés savent
qu'on en est redevable aux développemens de l'esprit humain
et de l'industrie des peuples. Cette vérité ne peut être empiri-
quement prouvée ; elle ne peut sortir que de la nature des
choses et d'une analyse exacte. Il faut donc connaître cette na-
ture des choses, et l'on peut dire qu'il n'est aucun genre de
connaissance où l'expérience puisse moins se passer de la
science.
C'est pour cette raison qu'il est aisé de prévoir que les publi-
cistes qui négligeront de se tenir au courant des progrès récens.
SE R LE SORT DES NATIONS, ag
de l'économie politique9 tomberont dans un assez grand dis-
crédit. Tout écrivain qui travaille pour l'instruction générale,
exerce une sorte de magistrature dont l'autorité est propor-
tionnée à ses connaissances et à ses talens. Quelle confiance peut
mériter un publicistc qui ne connaît pas la matière sur laquelle
il prétend agir, c'est-à-dire, le corps social vivant? Il est
permis de croire qu'avant peu il sera honteux de ne pas con-
naître les principes de l'économie des nations, et de parler des
phénomènes qu'elle présente, sans être en état de les rattacher
;\ leurs véritables causes.
« Les lois qui règlent le mouvement des astres , dit. M. Mao
culloch (i), sont l'objet d'une étude justement honorée, bien
que nous ne puissions pas exercer la plus petite influence sur
la marche des planètes, et qu'elles n'aient qu'un rapport très-
faible et très-indirect avec notre bien-être. Mais les lois qui
président à la marche de la société , qui font qu'un peuple
avance vers la prospérité ou recule vers la barbarie, ont des
rapports directs avec notre condition , et nous éclairant sur les
moyens de la rendre meilleure, doivent nous intéresser bien
plus vivement.
«La prospérité d'une nation ne dépend pas autant de l'avan-
tage de sa situation, de la salubrité du climat, de la fertilité du
sol , que du génie inventif, de la persévérance et de l'industrie
des habitans , et par conséquent, des mesures propres à pro-
téger le développement de ces qualités. Un bon système éco-
nomique balance une foule d'inconvéniens. Par lui, des ré-
gions inhospitalières se couvrent d'une population nombreuse,
abondamment pourvue de toutes les douceurs de la vie, élé-
gante dans ses mœurs et cultivée dans ses goûts; mais sans
un bon régime, les dons les plus précieux de la nature ne ser-
vent à rien; le sol le plus fertile, le climat le plus heureux,
n'empêchent pas un peuple de croupir dans l'ignorance, la
misère et la barbarie. »
Nous avons lieu, au surplus, de nous applaudir des rapides
(i) A Discoursr on the science of political cconomy.
3o INFLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
progrès que la science sociale a faits dans le cours d'une seule
génération. Elle en fera beaucoup d'autres : les hommes les
plus exercés de chaque nation, semblables à ces pionniers de
l'Amérique septentrionale, marchent devant, et le travail les
suit , en défrichant et en repoussant les sauvages dont le pou-
voir s'affaiblit tous les jours. Quelques arbres antiques et ma-
jestueux succombent dans cette marche des nations; mais, à
la place qu'ils occupaient, la prospérité vient s'asseoir sous
de plus frais ombrages.
L'organisation sociale se perfectionnera d'autant plus sûre-
ment, que, dans les sociétés modernes, des populations plus
nombreuses, des besoins plus étendus, des intérêts plus com-
pliqués, la division du travail qui en est la suite, veulent que
le soin de veiller aux intérêts généraux devienne une occupa-
lion à part. Le gouvernement représentatif peut seul répondre
aux besoins des sociétés; et lui-même, en offrant des garanties
nécessaires et en ouvrant la porte aux améliorations dési-
rables, est un puissant moyen de prospérité. Il finira par être
adopté partout; ou , si quelque nation est assez retardée pour
ne point le réclamer, elle restera en arrière de toutes les
autres, semblable à ce marcheur paresseux ou maladroit, qui
cloche au milieu d'une troupe en mouvement, et se trouve
devancé et froissé par tout le monde.
Les principes de l'économie politique ne sont pas moins
favorables à l'administration de la justice qu'aux autres bran-
ches du gouvernement. La société, les biens qui la font sub-
sister, ne sont-ils pas la matière sur laquelle s'exercent les lois
civiles et criminelles ? Sans la connaissance des intérêts de la
société, les magistrats ne seraient, comme les sbires de la po-
lice, que les instrumens aveugles du pouvoir arbitraire; il
faudrait les comparer à ces projectiles qui partent dune
bouche à feu pour tuer au hasard le bon droit comme le
mauvais.
L'économie politique peut seule faire connaître les vrais
rapports qui lient les hommes en société. Si elle décrédite les
mauvaises institutions, elle prête une nouvelle force aux
si;r le sort des nations. -\,
bonnes lois, à une bonne jurisprudence. Elle asseoit la pro-
priété sur ses vrais londemens; elle y rattache celle des talens,
celle des inventions nouvelles, celle des clientelles. Elle fait
connaître les principes du droit dans les questions que font
naître L'intérêt (les capitaux, le revenu des terres , les manu-
factures et le commerce. Elle montre dans quels cas les mar-
chés sont légitimes, c'est-à-dire dans quels cas les conditions
des marchés sont le prix d'une concession réelle, ou ne sont
le prix de rien. Elle détermine l'importance des arts, et les lois
que leur exercice réclame. La lithographie n'est-elle pas entrée
dans notre législation? et, si l'on parvenait h se diriger dans
les airs, ne faudrait-il pas faire sur les clôtures, sur les passe-
ports, sur les douanes, des lois toutes différentes de celles
que nous avons?
Les considérations qui précèdent ne permettent pas de douter
de l'heureuse influence d'une étude un peu générale de l'éco-
nomie politique sur les institutions d'un peuple; et l'on ne
peut pas douter davantage de i'influence que de sages institu-
tions exercent sur le sort des particuliers et des familles. Quand
un pays prospère, on remarque plus d'aisance dans les mé-
nages; les enfans s'élèvent plus facilement, s'établissent plus
tôt et rencontrent moins d'obstacles dans le cours de leur car-
rière. Mais, il faut l'avouer, le commun des hommes est peu
frappé des rapports qui existent entre le bien général et les
intérêts particuliers. Lorsqu'on parcourt les provinces de cer-
tains pays, on a souvent lieu d'être confus en voyant les habi-
tans d'une ville prendre feu pour les intérêts de leur localité
ou des classes dont ils font partie ; et , pourvu que leur yanité
nationale ne soit pas blessée, demeurer indifférens à ce qui
touche aux intérêts de leur nation ou de l'humanité. L'intérêt
général, pour eux, est une abstraction, un intérêt étranger,
comme celui qu'on prend à une comédie, à un roman.
Certes, un homme qui ne s'intéresserait pas à sa famille, à
sa commune, serait très -coupable ; je crois même que le main-
tien de la société dépend du soin qu'on en prend. Mais il faut
que ce soin s'accorde avec les intérêts généraux; et une certaine
32 INFLUENCE DES CONNAISSANCES ÉCONOMIQUES
dose de lumières est indispensable pour que l'on comprenne
jusqu'à quel point ces intérêts se confondent. Lorsqu'une fois
ce point est bien compris , tout en réclamant une justice par-
tielle, on peut faire valoir ce qu'elle a d'intéressant pour le
bien général; on est en état de prêter à la réclamation qu'on
élève, le plus puissant de tous les appuis, celui du grand nombre;
on associe à sa cause le pays tout entier : bien mieux, on y
associe les hommes de tous les pays. On est capable alors d'être
juge dans sa propre cause, car une réclamation que l'intérêt
général repousse, est injuste.
Les connaissances en économie politique ont d'autres bons
effets pour les hommes qui les possèdent, indépendamment
de leurs rapports avec le public. Elles suppléent à l'expé-
rience dans beaucoup de cas; à cette expérience qui coûte si
cher et que l'on n'acquiert bien souvent qu'à l'époque de la
vie où l'on cesse d'en avoir besoin. Pour quiconque est au
fait de la nature des choses, de la manière dont les phéno-
mènes s'enchaînent dans le cours de la vie, les événemens qui
semblent les plus extraordinaires aux yeux de l'ignorance
ne sont plus que le résultat naturel des événemens qui les ont
précédés. Les conséquences des circonstances au sein des-
quelles nous vivons, conséquences que le vulgaire ne soup-
çonne pas , sont aisément prévues par celui qui sait rattacher
les effets à leurs causes. Or, quelle que soit la profession qu'on
exerce, quel immense parti ne peut-on pas tirer de cette pré-
vision plus ou moins parfaite , plus ou moins sûre de l'avenir !
Suîs-je négociant, les gains et les pertes que je ferai dépen-
dront de l'opinion plus ou moins juste que je me serai formée
du prix futur des choses. Suis-je manufacturier, de quelle
importance n'est-il pas pour moi de connaître les effets de la
concurrence des producteurs, de la distance des lieux d'où je
tire mes matières premières, de ceux où je place mes pro-
duits, de l'influence des moyens de communication, du choix
des procédés de la production!
Il résulte bien, en général, de l'étude de l'économie poli-
tique qu'il convient aux hommes dans la plupart des cas d'être
SUR LE SORT DES NATIONS.
iaissés à eux-mêmes, parce que c'est ainsi qu'ils arrivent au
développement de leurs facultés; mais il ne s'ensuit pas qu'ils
ne puissent recueillir un grand avantage delà connaissance des
lois qui président à ce développement. S'il faut connaître
l'économie (lune ruche pour eu tirer parti, que sera-ce de
. l'économie de la société qui tient à tous nos besoins, à toutes
nos affections, à notre bonheur, à notre existence? Quel
homme n'est pas intéressé à découvrir le fort et le faible de la
situation sociale où le sort l'a placé, ou bien à faire choix d'une
profession pour lui-même ou pour ses en fans, ou bien à porter
un jugement sur celles qu'exercent les personnes avec les-
quelles il a des relations d'affaires ou d'amitié? Si l'on consi-
dère le grand nombre de personnes qui se ruinent, même en
travaillant courageusement, n:ème en faisant preuve de beau-
coup d'adresse et d'esprit, on sentira qu'elles doivent néces-
sairement ignorer la nature des choses à beaucoup d'égards,
aussi bien que l'application que chacun peut en faire à sa po-
sition personnelle. Le capitaliste, le propriétaire foncier, peu-
vent-ils n'être pas curieux de connaître ce qui fonde leurs
revenus? Peuvent-ils êtreindifférens aux suites d'une opération
sur les monnaies, ou de toute autre mesure prise par le gou-
vernement? Ne doivent-ils pas souhaiter d'avoir un avis éclairé
dans les assemblées dont ils font partie , soit comme adminis-
trateurs, soit comme actionnaires, soit même comme conseils?
On peut se représenter un peuple ignorant dès vérités prou-
vées par l'économie politique, sous l'image d'une population
qui serait obligée de vivre dans un vaste souterrain où se
trouvent également enfermées toutes les choses nécessaires au
maintien de la vie. L'obscurité seule empêche de les trouver .
Chacun, excité par le besoin, cherche ce qui lui est nécessaire,
passe à côté de l'objet qu'il souhaite le plus, ou bien le foule
aux pieds sans l'apercevoir. On se cherche, on s'appelle, sans
pouvoir se rencontrer. On ne réussit pas à s'entendre sur
les choses que chacun veut avoir ; on se les arrache,
on les déchire; on se déchire même entre soi. Tout- est
confusion, violence, dégâts,... lorsque tout à coup un rayon
t. xxxvii. — Janvier 1828. 5
34 PROGR. DES CONNAISS. , etc. — FORCES , etc.
lumineux pénètre dans l'enceinte : on rougit alors du mai
qu'on s'est fait ; on s'aperçoit que chacun peut obtenir ce qu'il
désire. On reconnaît que ces biens se multiplient, d'autant
plus que l'on s'aide mutuellement. Mille motifs pour s'aimer,
mille moyens de jouir honorablement s'offrent de toutes parts:
un seul rayon de lumière a tout fait. Telle est l'image d'un
peuple plongé dans la barbarie; tel il est, quand il devient
éclairé : tels nous serons quand des progrès , désormais inévi
tables, auront eu lieu.
Jean-Baptiste Say.
Forces productives et commerciales du midi de
la france.
( troisième article. Voy. Rcv..Enc, t. XXXVI, p. 562-575.)
DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT.
Le département de l'Hérault, au centre du Languedoc, est
un des plus remarquables du midi de la France, sous un grand
nombre de points de vue. Il montre, à quelques égards, ce qu'il
est possible d'attendre des progrès futurs de la France méri-
dionale. La population totale de ce département est déclarée,
par l'ordonnance du roi , contenant le tableau authentique de
la population du royaume pour 1827, égale à 339,56o ha-
bitans. Dix villes de ce département ont une population supé-
rieure à 5,ooo âmes; en voici le tableau:
Agde 7>84o Lodève 9,84a
Bédarieux 5,647 Cette 10,000
Béziers i6.,5i5 Lunel . 5.^ >
Pézénas 8,295 Montpelliei 35,8 ',2
Clermont 6,110 Saint-Pons 6,
a 1
FORCES PRODUCT. KT COMMRRC. DU MIDI, etc. 3{>
Vingt or une villes, ou communes, ont une population ag-
glomérée, supérieure à i5oo Ames, savoir :
Kessan a,25fi Montpeyroux i ,G5o
CtOX I;55g Saint-André 2,00 1
Marseillan 4>°°4 Saint-Jean-de Foi . .... i,5to
Vias , 1,68 r Aniane 2,255
Ctsonla t^ôo, Ganges 4,084
Villeneuve-les-lléziers . . . i,836 Marsillargues 3,176
Serignan r,86r Mèze 4,i46
Florenzac 3,20,4 Poussan ï,8oo
Montagnac * . 3,335 Pignan 1*872
Servian i,65a Saint-Chinian 2,278
Gigo;ic 2,482 '
5o, 5ot
Population des villes ayant 5,ooo-àiucs et au-dessus Il 2,1 5.)
Total. ....... i6i,656
C'est presque la moitié de la population totale. Nous voyons,
par ces tableaux , que le département de l'Hérault est un de
ceux où la population se trouve le plus agglomérée dans les
villes, ce qui présente de très-grands avantages pour le progrès
des arts et pour l'instruction populaire. Dans notre carte figu-
rative de V instruction populaire, le département de l'Hérault
est indiqué comme envoyant aux écoles le 3ie de la population
totale; dans la statistique de ce département, publiée par
M. Hypolite Creusé DeLesser, quatre ans après le dernier recen-
sement général fait par l'Université, recensement d'après lequel
j'ai dressé ma carte, le nombre des enfans mâles envoyés dans
les écoles primaires était de 12,004. En supposant que ce
nombre n'ait pas varié, il en résulte qu'aujourd'hui le nombre
des enfans mâles qui fréquentent les écoles est un peu moindre
que la 28e partie de k population totale. C'est beaucoup plus
quepour un grand nombrede départemens du midi, et beaucoup
moins que pour les départemens les plus avancés de l'Alsace,
de la Lorraine, de la Bourgogne, de la Champagne et de la
Picardie. Par conséquent, le département de l'Hérault est en~
3.
36 FORCES PRODUCTIVES ET COMMERCIALES
core, sous ce point de vue, très- éloigné du terme où peuvent
atteindre ses efforts.
Un objet qui me paraît mériter la plus sérieuse attention,
c'est le petit nombre d'écoles où l'on suit des méthodes à demi-
perfectionnées , comme celles des écoles chrétiennes et des
écoles où l'on suit les méthodes les plus parfaites, je veux dire,
celles de l'enseignement mutuel. On peut en juger par le tableau
suivant :
Nombre Nombre Elèves par
d'écoles, d'élèves. école moyenne
Écoles catholiques.
Suivant l'ancienne routine . . 388 n,5i9 3o
Doctrine chrétienne 21 2,066 98
Écoles mutuelles 37 i,349 36
Écoles protestantes.
Suivant l'ancienne routine . . 6 163 44
Écoles mutuelles 5 2 65 53
On doit être affligé de voir le petit nombre d'élèves qui
suivent des méthodes perfectionnées, surtout parmi la popu-
lation catholique. En effet, dans cette population, le nombre
des élèves instruits dans les écoles mutuelles , n'est pas même
é^al au 10e du nombre des élèves qui suivent de moins bonnes
méthodes; tandis que, chez les protestans, le nombre des
élèves qui suivent les écoles mutuelles surpasse de moitié ce-
lui des élèves qui suivent l'ancienne routine. Il est à désirer
que ces rapprochemens excitent une émulation fructueuse
entre les familles des diverses croyances, catholiques ou pro-
testantes.
Je dois citer, avec un éloge particulier, l'association bien-
faisante qui s'est formée dans la ville de Montpellier pour le
perfectionnement de l'instruction élémentaire parmi la popu-
lation protestante. Chaque année, cette association fait con-
naître le résultat de ses travaux par des publications intéres-
santes, et qui peuvent servir de modèle dans beaucoup de
parties de la France.
L'irstruction secondaire du département de l'Hérault pré-
sente des résultats qui sont loin d'être satisfaisans. En 1789,
1)1 MIDI DE LA FRANCK. 37
Le nombre total des élevas pensionnaires des collèges institués
dans la partie du Languedoc qui forme le département de
l'Hérault, était de 1 100 personnes; eu 1822, ce nombre se
trouve réduit à 533. Probablement, en 1789, un plus grand
nombre d'élèves étrangers au département venaient étudier
dans ces collèges. Quoi qu'il en soit, on doit déplorer pour
l'Hérault cette diminution de plus de moitié dans le nombre des
pensionnaires de ces établissemens. Nous appelons sur cet objet
l'attention des administrateurs et de tous les citoyens éclairés.
L'enseignement supérieur présente un établissement célèbre :
c'est la faculté de médecine de Montpellier. Dès le xnc siècle,
cette ville possédait l'enseignement de la médecine, confié,
dans le principe , à des disciples du célèbre Averroès. Lorsque
les maîtres, formés par Averroès vinrent s'établir dans cette
ville , les médecins du pays voulurent les empêcher de faire
jouir la France du bienfait de leurs leçons, maison édit re-
marquable du seigneur de Montpellier porte cette décision
digne des siècles les plus éclairés : « Il est trop cruel et con-
traire au droit, de concéder le monopole d'une science aussi
précieuse que la médecine ; c'est pourquoi je veux, j'approuve
et je concède à perpétuité, que tous les hommes, quels qu'ils
soient et de quelqu'endroit qu'ils proviennent, puissent ouvrir,
sans aucune contradiction, des écoles de médecine à Mont-
pellier. » A l'époque où l'on exterminait les malheureux Albi-
geois, le légat apostolique d'Honoré III, prié par les évêques
du Languedoc d'imposer des réglemens à l'enseignement de la
médecine, décida qu'à l'avenir nul ne pourrait enseigner la
jnédecine avant d'être approuvé par l'évèque de Maguelone et
par les régens que ce prélat voudrait ^associer; mais , par
compensation pour la perte de la liberté , il fir présent à l'école
de Montpellier du nom pompeux d'Université. Cette bulle,
publiée en 1220, peut être comparée, pour l'enseignement
de la médecine, à l'ordonnance rendue par le ministre de l'in-
struction publique, en 1824, contre l'instruction élémentaire.
Ne serait-il pas possible de faire , en faveur de la ville de
Montpellier, un grand et bel essai des libertés de l'enseigne
38 FORCES PRODUCTIVES ET COMMERCIALES
ment ? La faculté de médecine de Montpellier serait déclarée
indépendante. Son administration intérieure et le choix de ses
professeurs ne se régleraient plus a Paris, rue des Saints-Pères;
mais à Montpellier, au sein même de la faculté. A mesure que
des places de l'école de Montpellier viendraient à vaquer, de
grands concours seraient ouverts où l'on appellerait les savans
les plus célèbres de l'Europe entière, sans consulter les petites
recommandations de coteries et de bureaux. On ferait payer à
chaque élève l'audition de chaque cours , et les élèves pour-
raient suivre les cours qui leur plairaient te mieux. Les exa-
mens seraient publics, et les réceptions gratuites, afin de les
rendre difficiles. Il deviendrait du plus grand honneur d'être
médecin , chirurgien ou pharmacien , reçu par l'académie de
Montpellier.
Enfin, dans le cas probable où l'école de Montpellier, par
son organisation, effacerait toutes les autres écoles delà France,
on élèverait ces dernières au niveau de ia première, en leur
donnant l'élément de tous les grands succès dans les sciences
et dans les arts, la liberté. Voilà l'essai que j'aurais l'honneur de
proposer à l'Université royale de France, si j'avais l'avantage
d'être admis à lui soumettre le moindre conseil favorable aux
prospérités du royaume.
Quand j'aurais procuré la vie et l'indépendance aux écoles
de médecine, je m'occuperais, par les mêmes moyens, de don-
ner l'indépendance et la vie aux grandes écoles de droit. Enfin,
de proche en proche, j'abolirais les entraves de quatre ou cinq
facultés, pour laisser l'esprit humain se déployer et s'élever
sur la terre de France , comme sur un sol généreux et fécon-
dant.
A plus forte raison , proposerais-je à l'Université de déscn-
îraver riustruclion secondaire, et de laisser aux autorités mu-
' nicipales la faculté de faire librement fleurir l'instruction pri-
maire. Voilà quelle est mou utopie. Je serais charmé, je l'avoue,
qu'on essayât de la mettre en pratique dans quelque départe-
ment de l'ancien Languedoc, tel que l'Hérault ou le Tarn.
L'Université de Montpellier vit successivement accroître !•
1)1 MIDI DE LA FRANCE 3<>
nombre des chaînas que nécessitait son enseignement, ^xh les
règnes de Louis XII, de Henri IV et do Louis \V. Elle possède
aujourd'hui onze professeurs pour les sciences qui se rappor-
tent soit à la médecine, soit à la chirurgie.
On compte environ 120 élèves reçus annuellement comme
médecins ou chirurgiens; le nombre des élèves inscrits est a
peu près quadruple de ceux qu'on reçoit chaque année; par
conséquent, si les élèves restaient quatre ans à suivre les cours,
tous seraient admis. J'ai souvent entendu de très-habiles per-
sonnes se plaindre de la trop grande facilité des réceptions de
Montpellier, et désirerquele gouvernement trouvât un moyen
île ne pas accroître les revenus des personnes consacrées à l'en-
seignement d'après la multiplicité des réceptions.
Un magnifique établissement, qui complète celui de l'école
de médecine, est le jardin des plantes, fondé sous le règne de
Henri IV, c'est-à-dire, plus de 125 ans avant le jardin des
plantes de Paris. Quelques années avant la restauration, M. de
Candolle, l'un des plus illustres botanistes de l'Europe, fut
chargé par le gouvernement de diriger le jardin botanique de
Montpellier; il contribua beaucoup à l'amélioration de ce bel
établissement auquel il fit ajouter une pépinière et une école
forestière.
En 181 4, les opinions politiques supposées à M. de Can-
dolle n'ayant point obtenu l'assentiment particulier de quelques
personnes zélées, comme il s'en trouve au milieu de toutes les
révolutions, M. de Candolle quitta la place qu'il occupait avec
tant d'éclat; il abandonna la France et retourna dans Genève,
sa patrie, remplir des fonctions analogues à celles qu'il avait
eues à Montpellier.
L'Université de France possède à Montpellier une faculté
des sciences qui compte environ 45o élèves , dont les trois
quarts sont des étudians en médecine et en pharmacie. Il est
fâcheux que cette institution n'ait pas uu local suffisant poul-
ies préparations des cours et pour les leçons mêmes. Il est éga-
lement fâcheux que l'observatoire , établi dans une des tour>
de la ville, à l'époque du gouvernement du maréchal de Cas-
4o FORCES PRODUCTIVES ET COMMERCIALES
trios , n'ait que des instrumensbien inférieurs au degré de per
fection qu'ont atteint nos plus habiles artistes. On doit désirer
que la munificence du gouvernement procure quelques bons
instrumens à Montpellier; la beauté du climat, dans le midi
de la France , donnerait à l'usage de ces instrumens une éten-
due d'utilité qu'on espérerait vainement dans les observatoires
du nord. La ville de Montpellier possède de belles collections
d'anatomie, de minéralogie, etc.
Pour n'omettre aucun des moyens d'instruction que présente
la capitale du département de l'Hérault, je citerai l'école de
dessin , d'architecture et de géométrie pratique. Cette école a
six professeurs et compte annuellement 3oo élèves.
Je dois citer aussi le cours de géométrie et de mécanique
appliquées aux arts, ouvert en faveur de la classe ouvrière.
M. Bros de Puechredon, capitaine de frégate honoraire, a
professé gratuitement ce cours, avec zèle et talent. Il sera rem-
placé, cette année, par M. Lentherie , professeur du col-
lège.
Un cours du même genre est professé „ avec beaucoup de
distinction, dans la ville de Cette, par M. Sire, professeur
royal d'hydrographie. Dans cette petite ville maritime, les
personnes de toutes les classes de la société se sont empressées
de profiter du nouvel enseignement : c'est un exemple que les
fils des personnes aisées de Montpellier pourraient imiter uti-
lement.
Un troisième cours est institué pour le port d'Àgde, à l'em-
bouchure de l'Hérault. Des circonstances particulières n'ont
pas encore permis d'obtenir dans ce port un succès complet ;
mais ces circonstances sont passagères et disparaîtront avec un
peu de persévérance.
L'enseignement du dessin linéaire, de la géométrie et de la
mécanique appliquées aux arts, serait d'une haute importance
dans plusieurs villes du département de l'Hérault , qui ne le
possèdent pas encore. Je dois citer au premier rang la ville de
Béziers qui compte i6,5i5 habitans. Depuis plus d'un an , le
maire de cette ville m'a fait espérer d'obtenir pour ses admi-
DU MIDI J)K LA FRAJÏCE. /, i
nistrés cette utile institution : j'aime I penser (|ue sa promette
ne tardera pas à S6 réaliser. Parmi les autres villes du départe -
nient, celle qui pourrait tirer le plus de fruits du nouvel en
seignement serait sans contredit Lodève, célèbre pour sa fa
briqué de draps, et qui compte 9,842 habitans.
Un instituteur de Lunel, plein de zèle pour le bien public,
a fait gratuitement dans celle ville un cours de géométrie ap-
pliquée aux arts; il a présenté de la sorte un noble exemple
aux autres chefs d'institutions du département. En résumé, l'on
voit qu'aujourd'hui le département de l'Hérault possède , dans
quatre de ses villes, un enseignement industriel ; il est sous ce
point de vue , plus avancé que beaucoup d'autres départemens
de la France méridionale. Cependant, il est encore, pour ce
genre d'instruction, bien loin du terme auquel il doit aspirer.
Si nous considérons les écoles primaires du département de
l'Hérault, nous verrons qu'il reste aussi beaucoup à faire pour
former des maîtres d'écoles qui montrent aux habitans des pe-
tites villes et des campagnes une autre langue que le patois
languedocien, et qui parlent français avec pureté. Il est déplo-
rable de voir avec quelle incurie tous les gouvernemens qui se
sont succédés en France", depuis dix siècles, ont laissé les po-
pulations parler des dialectes disparates; ce quia le très-grave
inconvénient de rendre, pour une grande partie de la popu-
lation , complètement inintelligibles les écrits publiés pour
l'instruction des autres parties de cette population.
Nous avons cru devoir nous étendre beaucoup sur l'instruc-
tion publique et sur les moyens de l'améliorer dans le dépar-
tement de l'Hérault. Les observations que nous venons de pré-
senter ne soi:tpas particulières à ce département, et pourraient
s'appliquer, avec la même vérité, aux autres départemens du
midi, qui, pour la plupart, sont moins avancés que celui de
l'Hérault.
Montpellier possède une Académie royale des sciences, qui
jouissait, avant la révolution, de l'honneur d'être affiliée et
comme associée à l'Académie royale des sciences de Paris; ce
(gui donnait aux membres de l'Académie de Montpellier, quand
', 2 FORCES PRODUCT. DU MIDI DE LA FRANCE.
ilsy enaieut dans la capitale, le droit de siéger aux séances de
l'Académie de Paris. Les célèbres professeurs de l'école de
Montpellier ont fait l'ornement de la Société savante la plus
estimée entre toutes celles que possède le midi du royaume.
J'ai cherché vainement, dans la statistique d'ailleurs si éten-
due, que M. Hippolyte Creusé de Lesser a donnée du dépar-
tement de l'Hérault, quelques faits sur l'Académie royale des
sciences de Montpellier.
La Statistique du département de l'Hérault forme un volume
in-4° de 606 pages, écrit avec une sage méthode. Ce volume
abonde en documens importans , dont nous tirerons un grand
parti pour achever de faire connaître les ressources produc-
tives et commerciales de ce département. L'auteur est fils de
M. Creusé de Lesser , homme de lettres distingué, et préfet du
département de l'Hérault. Il a trouvé, dans les hautes fonctions
administratives remplies par son père, des moyens de recueillir
beaucoup de documens authentiques qu'il a fort bien mis en
œuvre.
Charles Dupin , de l'Institut.
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Histoire naturelle des poissons , par M. le Baron
Cuvier , secrétaire perpétuel de V Académie des
Sciences y et professeur au Muséum d'Histoire natu-
relle (i).
Cet important ouvrage est attendu depuis long- terris ; et,
dans l'état de confusion où l'ichthyologie était tombée par
l'accroissement du nombre des espèces connues, et par la
méthode superficielle qu'avait employée à les décrire un au-
teur estimable, trop long-tcms considéré comme un oracle,
nous disions, dès l'année 1825, au mot Ichthyologie de notre
Dictionnaire classique (i) : « Cuvier, réformateur de cette belle
partie des sciences physiques, dans son règne animal, per-
fectionne en ce moment la méthode si naturelle qu'il y intro-
duisit. Aidé du jeune et savant Valenciennes, il prépare
une Histoire générale des poissons, fruit de recherches im-
menses, de comparaisons nombreuses, d'études profondes,
et qui, dit-ou, ne tardera point à paraître. On attend avec la
plus vive impatience ce grand traité, où seront redressées
une multitude d'erreurs, et qui ne laissera rien à désirer. »
Dans cette attente, et dans la crainte de faire un article in-
(i) Paris, 1827; Levrault , rue de La Harpe, n° 81. Prospectus
in -8° de >.8 pages.
(i)Il a déjà paru treize volumes du Dictionnaire classique d'Histoire
naturelle , grand in-8° à deux colonnes , chez les libraires Rey et Gra-
, quai des Augustins. (Voy. Rcv, Enc. , t. xxxy , p. 697. )
vjei
4 » SUENCKS PHYSIQUES,
complet sur l'ichthyologie, nous préférâmes renvoyer ce mol
au Supplément du Dictionnaire, où nous avons pour collabo
rateurs de jeunes savans, aussi actifs qu'habiles à bien faire;
car il est important, dans ces sortes d'ouvrages, de ne point
demeurer en arrière des connaissances acquises.
Le prospectus de cet ouvrage est par lui-même un véri-
table traité historique de la science que M. Cuvier élève à
un si haut point de perfection. Combien de professeurs et
d'écrivains se sont fait des titres académiques d'ouvrages qui
ne contenaient pas autant de matière, et dans lesquels surtout
l'esprit de méthode ne brillait pas au même degré. Cet esprit
que l'on doit considérer comme le régulateur par lequel la
raison complète le génie même, est éminemment celui de
M. Cuvier. Il le porte dans toutes ses productions, et sait
ainsi donner aux moindres détails une grande importance.
Au lieu d'une simple annonce à laquelle nous pensions être
tenus en lisant le titre modeste sous lequel le savant profes-
seur publie un véritable ouvrage, nous nous trouvons enga-
gés dans une analyse qui sera d'autant plus instructive que
nous ferons plus d'emprunts à l'auteur. « Au moment d'offrir
au public, dit-il, un ouvrage considérable dont je me suis
occupé avec plus ou moins de suite depuis près de quarante
ans, je crois devoir lui présenter quelques réflexions sur l'état
où j'ai pris l'ichthyologie, sur les vues d'après lesquelles je
l'ai traitée , et sur les moyens qui se sont trouvés à ma dis-
position pour l'enrichir d'un nombre d'espèces nouvelles triple
de celles que l'on connaissait avant moi. ».
M. Cuvier fait ensuite l'histoire de la science. L'ichthyo-
logie ne date pour lui que du xvie siècle : Rondelet, Belon
et Salviani en sont les créateurs; Artedi, l'ami de l'immortel
Linné , y marque plus tard une époque. « Il est douteux, dit
M. Cuvier, que ce grand Linné ait rendu service à la science
des poissons par sa classification nouvelle; mais il l'a reudue
populaire par sa nomenclature. Il y apporte ce même esprit
délicat, cette même finesse d'aperçus que dans les autres
branches de Phistoire naturelle. Les voyages de ses élèves,
SCIENCES PHYSIQUES. /, >
les travaux de Gronovim9 de Kolirutcr, les grands ouvrages
<lo iSfe&l (i), de Cutcsby, lui ont fourni de nombreux moyens
de l'enrichir. Cependant, il n'a porte le nombre des espèces
qu'à quatre cent . soixante-dix-sept ; mais ce n'est point par
cette augmentation numérique qu'un homme tel que Linné
doit être apprécié : l'enthousiasme général qu'il a inspiré pour
toutes les productions de la nature, la faveur que dès lors les
hommes puissans ont accordée à leur étude, les collections
qui se sont formées, les expéditions lointaines qui ont été en-
treprises, le grand nombre de ceux qui se sont dévoués au
perfectionnement de l'édifice dont il avait posé les bases,
marquent mieux que ne le feraient toutes les analyses de ses
travaux , tous les calculs sur les êtres qu'il a décrits, quelle a
dû être l'élévation d'un génie capable d'imprimer à son siècle
un pareil mouvement. »
L'ichthyologie ne compte plus, à partir de Linné jusqu'à
M. Cuvier, que des voyageurs qui, dans leurs relations, ont
décrit ou figuré des espèces nouvelles de poissons, ou des
compilateurs qui ont cru en faire l'histoire parce qu'ils en
ont publié des figures plus ou moins correctes et en plus ou
moins grand nombre.
M. de Lacépède seul sortit, dans ces derniers tems, de ces
catégories. « Il a conçu , dit toujours M. Cuvier, d'une ma-
nière plus grande le plan de son Histoire générale des pois-
sons; et, s'il avait possédé en original un assez grand nombre
de ces animaux, s'il avait pu les étudier davantage sous le
rapport de l'organisation intérieure et de la méthode natu-
relle, il n'y a point de doute que son talent d'écrire et ses
vues philosophiques n'eussent élevé un monument plus durable.
Déjà, sous sa forme actuelle, son ouvrage offre beaucoup
(i) On réimprime ce précieux et magnifique recueil , devenu si rare
et si cher, à la librairie Levrault. Plusieurs naturalistes distingués en
refpnt le texte qui était sa partie vicieuse. Nous ferons connaître les
résultats de cette utile entreprise.
♦6 , SCIENCES PHYSIQUES.
d'espèces nouvelles; il en présente avec éloquence les traits
distinctifs ; il intéresse; il a l'art de faire trouver du charme à
l'histoire d'êtres que nous ne pouvons rapproeher de nous,
ni par leurs passions, ni par leur industrie, qui semblent
n'éveiller par aueun côté notre imagination. Mais M. de La-
cépède a composé la plus grande partie de son livre pendant
les années orageuses de la révolution; lorsque, retiré à la
campagne, îl ne pouvait pas même revoir commodément le
peu d'espèces que possédait alors le Cabinet du Roi , ni con-
sulter les bibliothèques publiques autrement que de loin en
loin; il ne travaillait donc que sur des notes prises à diverses
époques, et dont il ne pouvait toujours apprécier les rapports.
De plus, la France, en ce tems-là, et long-tems après, était
séparée des peuples voisins par une guerre cruelle; leurs
livres ne nous arrivaient point; la mer nous était fermée; nos
colonies nous étaient devenues étrangères et ne nous envoyaient
plus aucune de leurs productions. Que l'on ajoute que le ca-
ractère poli et confiant de cet excellent homme ne lui per-
mettait pas d'élever de doute sur les assertions de ses contem-
porains , et l'on ne s'étonnera plus qu'il ait adopté sans
contradiction les genres et les espèces de Gmelin et de Bloch ,
et n'ait soumis aucune de leurs indications à un nouvel exa-
men; qu'il ait été conduit ainsi à ajouter à leur liste des
espèces qui rentraient dans les leurs; que les matériaux même
qu'il avait eus sous les yeux, soit au Cabinet d'histoire natu-
relle, soit dans les papiers de Commerson et de Plumier, se
soient quelquefois multipliés sous sa plume; au point que tel
poisson reparaît cinq fois dans son livre comme autant d'es-
pèces, eu sorte que, sur les quatorze ou quinze cents qu'il
énumère, il faut en retrancher certainement plus de deux
cents. Te ne parlerai point ici de la partie de la méthode qui
lui est propre, et qui, se fondant sur la présence ou sur
l'absence des opercules et des rayons des branchies, est en-
tièrement contraire aux rapports naturels et même à la réalité
des organisations. Ses genres eux-mêmes sont, souvent établis
sur des détails peu importans, parce que, n'étant point anato-
SCIENCES PHYSIQUES. /,7
misto, il n'avait pu saisir complètement les lois de la subor
dination <l<vs caractères. »
I /autour dont nous venons tic transcrire quelques lignes a
mis, comme on le voit, dans l'examen des travaux ichlhyo-
logiques de son prédécesseur, un ton de modération qui l'ho-
nore, mais à travers lequel on reconnaît combien ces travaux
de M. de Lacépède sont imparfaits. M. Cuvicr, en signalant
la défectuosité radicale de la méthode qu'a suivie ce natura-
liste, nous apprend qu'une même espèce avait été décrite par
lui jusqu'à cinq fois; il signale aussi, mais avec politesse, \m
défaut de critique qui conduit quelquefois à la crédulité. Nous
serions tenté de nous appesantir sur d'autres défauts non moins
essentiels, que l'on remarque dans l'ouvrage de M. de Lacé-
pède, afin de détourner d'une fausse route quelques imitateurs
qui croiraient devenir les continuateurs de Buffon; mais un seul
exemple, opposé aux lignes élégantes que nous avons extraites
de l'écrit de M. Cuvier , déterminera mieux la conviction que
tous les raisonuemens possibles. Nous ouvrons au hasard l'un
des cinq gros volumes dont se compose la seule Histoire gé-
nérale des poissons que possède encore la France , et nous
y trouvons ce passage : « Il est peu d'animaux dont on
doive se retracer l'image avec autant de plaisir. Elle peut être
offerte, cette image gracieuse, et a l'enfance folâtre, que la
variété des évolutions amuse, et à la vive jeunesse, que la
rapidité des mouvemens enflamme, et à la beauté, que la
grâce, la souplesse et la légèreté intéressent et séduisent, et
à la sensibilité , que les affections douces et constantes touchent
si profondément, et à la philosophie même, qui se plaît à contem-
pler le principe et l'effet d'un instinct supérieur. Nous l'avons
déjà vu cet instinct supérieur dans l'énorme et terrible requin;
mais il y était le ministre d'une voracité insatiable, d'une cruauté
sanguinaire, d'une force dévastatrice. Nous avons trouvé,
dans les poissons électriques, une puissance, pour ainsi dire,
magique; mais ils n'ont pas eu la beauté en partage. Nous
avons eu à représenter des formes remarquables; presque
toujours leurs couleurs étaient lernes et obscures. Des nuances
,S SCIENCES PHYSIQUES.
éclatantes ont frappé nos regards; rarement elles ont été
unies avec des proportions agréables; plus rarement encore
elles ont servi de parure à un être d'un instinct élevé. Et
cette sorte d'intelligence, ce mélange de l'éclat des métaux
et des couleurs de l'arc céleste, cette rare conformation de
toutes les parties qui forment un même tout et qu'un heu-
reux accord a rassemblés, quand nous les avons vus départis
avec des habitudes, pour ainsi dire , sociales, des affections
douces, et des jouissances en quelque sorte sentimentales?
c'est cette réunion si digne d'intérêt que nous allons cepen-
dant montrer dans 1' » Quel est le mot de l'énigme
entre les noms de quinze cents espèces de poissons que dé-
crit M. de Lacépède ? Mais , pour éviter à nos lecteurs des
tortures d'esprit, nous leur révélerons que cet animal, dont
l'intelligence et l'instinct sont supérieurs , qui unit l'éclat
des métaux, lés couleurs de l'arc céleste avec une rare con-
formation, les affections douces, dont les habitudes sociales
et les jouissances forment un tout en quelque sorte senti-
mental, dont l'image gracieuse peut être offerte à l'enfance
folâtre, à la vive jeunesse, à la beauté, à la sensibilité, à
la philosophie même, n'est autre que cette anguille hideuse,
dont les mouvemens tortueux rappellent avec moir.s de sou-
plesse ceux des serpens, dont les couleurs fausses ou li-
vides sont enduites d'une mucosité dégoûtante , dont les
habitudes gloutones et ténébreuses sont analogues à la tour-
nure suspecte, dont les gros yeux fixes ont quelque chose
de stupide et de menaçant à la fois; qui, enfin, nocturne,
craintive et mordant cruellement tout ce qui est à sa portée,
aime à se vautrer dans nue vase fétide et se nourrit indiffé-
remment de la chair de sa propre espèce et de débris de ca-
davres.
Surpris depuis long-tems que l'on eût appelé sty'e éloquent
un coloris si faux, nous avions dit, au sujet de l'histoire du
rouget, ( i ) traité comme celle de l'anguille. « Il faut espérer
(i) T. XI , du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, p. igS.
SCIENCES PHYSIQUES. /,<)
que M. Cuvier, dans sa grande Histoire des poissons , fera
disparaître avec ces peintures emphatiques d'où ne résultent
que des idées fausses , les contes dont Pline a transmis un si
grand nombre, la plupart basés sur des propos de gourmands.
A quoi bon répéter longuement, pour alimenter des déclamations
usées contre la bonne chère : « que les Romains pratiquaient
sur leurs labiés, pour faire cuire les rougets vivans et les voir
mourir, de petits ruisseaux dans des parois de cristal? cruauté
d'autant plus révoltante, qu'elle était froide et vaine dans ces
dégoûtantes orgies où l'on voyait se donner le plaisir barbare
de faire .expirer de malheureux poissons, dont les nuances de
cinabre éclatant devenaient successivement pourprées, violettes,
bleuâtres et blanches, à mesure que l'animal passait par tous
les degrés de la diminution de sa vie, dont la lin était annoncée
par les mouvemens convuJsifs qui venaient se joindre à la
dégradation des teintes. » L'auteur eût dû savoir, en sa qualité
d'ichthyologiste, que si, dans Pline, les rougets pour mourir
passent par des nuances diverses, il n'en est pas ainsi dans la
nature, où ils conservent constamment leurs couleurs, même
sur les tables des gastronomes.
L'histoire des poissons de M. Cuvier sera plus sagement et
plus naturellement écrite. On peut en répondre en jetant les
yeux sur les généralités qui forment une partie non moins belle
cpie la méthode, dans Y Histoire du règne animal. C'est dans celte
persuasion qu'en parlant du mérite scientifique et littéraire du
savant professeur, après avoir rappelé les services rendus à
l'histoire naturelle par ses dignes collègues du jardin des
plantes, nous disions : e Cuvier, enfin, évoquant du sein de la
terre les races perdues qui en peuplèrent autrefois la surface,
éclairant la géologie et la zoologie l'une par l'autre, rétablis-
sant, pour ainsi dire, les chartes où furent déposés les titres
chronologiques du monde primitif, disposant dans un ordre
naturel toutes les créatures vivantes, assignant à chacune d'elles
son véritable nom; Cuvier enfin, réunissant en lui et Linné et
Ruflon, devint le modèle à suivre dans la manière d'écrire
t. xxx vu. — Janvier 1828. /.
SCIENCES PHYSIQUES,
l'histoire natiuvlle, sous le double rapport du style el de i.i
méthode. »
\ous ne doutons pas que dans la publication de l'important
ou\ rage qui va devenir un monument de gloire pour l'auteur,
le libraire éditeur n'évite les énormes fautes typographiques
qui dépftî«0.t X Histoire des poissons de M. (le Lacépède. Des
articles de peu de lignes y forment souvent le commencement
d'une page dont les trois quarts sont restés en blanc. Quelque-
fois une synonymie barbare, composée des noms donnés aux
poissons en divers pays, y occupe trente lignes d'un ou deux mots
chacune; les titres au-dessus desquels on n'a point mis de pagi-
nation sont si nombreux, qu'outre l'espace perdu qui en résulte,
il est souvent fort difficile de vérifier une citation dont ie renvoi
n'est imprimé qu'an verso. La table surtout est faite sans aucun
soin ; plusieurs objets y sont mentionnés à l'un de leurs noms
vulgaires, et sont omis au nom du genre. Enfin les planches,
dont la plupart ont été gravées par des artistes qui n'avaient
aucune notion d'histoire naturelle, sont jetées comme au hasard
dans cinq volumes qui auraient pu n'en former qu'un seul. Il
e^ même des espèces dont la figure n'est point mentionnée dans
le texte. On voit des poissons auxquels on a ajouté ou oub!ié de
mettre des nageoires. On dit que M. de Lacépède, dont le
désintéressement et la générosité étaient extrêmes, a souvent
donné ses manuscrits aux libraires; c'était une raison pour que
ses libraires traitassent un peu plus consciencieusement les
acheteurs. Les antécédens de la maison Levrauît nous répon-
dent que Y Histoire des poissons de M. Cuvier sera aussi remar-
quable sous le rapport typographique qu'elle doit l'être par
le texte de l'auteur.
On ne saurait nier qu'une ichtyologie générale était dev< nue
indispensable. Nous engageons les naturalistes qui veulent
s'occuper de cette branche importante de l'histoire naturelle, à
différer l'acquisition des livres qui en traitent spécialement,
jusqu'à l'apparition de l'ouvrage de M. Cuvier, où ils trou-
veront tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur le nombre des
espèces portées à plus de cinq mille et constatées par la corn-
SCIENCES PJIYSIQUES. 5.
pa raison do quinze mille individus au moins, une .synonymie
rigoureuse, une méthode excellente et d'une application aussi
facile que sûre; enfin, des figures qui représenteront dans le
plus grand détail les os, les viscères, le système vasculaire, et
le système nerveux d'un poisson, de manière à former ainsi
une monographie modèle, de laquelle l'auteur partira , comme
d'une base , pour les autres anatomies. On ajoutera de tems en
fems des monographies semblables pour les espèces qui s'écar-
teront le plus de ce premier type. L'exécution d'un si vaste
plan, dont le prospectus est comme un beau chapitre, formera
i5 à 20 volumes in-8°, ou 8 à io volumes in-4°. Elle est assez
avancée pour que les livraisons se succèdent sans interruption,
de trois en trois mois. La publication se fera par la livraison
d'un volume de texte, avec un cahier de i5 à 20 planches,
excepté la première livraison, qui sera de deux volumes : elle
paraîtra au commencement de 1828 (1).
Nous ne saurions trop recommander une entreprise de cette
importance, et nous ne craignons pas d'avancer qu'elle sera 2a
production la meilleure et la plus complète sur cette partie dos
sciences physiques.
JBory de Saint Vincent.
(1) Le prix de chaque livraison d'un volume, avec un cahier de
quinze à vingt planches , sur papier carré superflu satiné, sera de i3 fr.
5o cent. ; sur cavalier vélin , de 1 8 fr.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Collection des Chroniques nationales françaises,
écrites en langue vulgaire du treizième au seizième siècle,
avec Notes et Eclaircis semen s ; par /. A. Buchon (i).
SECOND ARTICLE.
( Voy. Rev. Enc, t. xxm, pag. 74. )
Les sciences qui ont pour but de rendre les peuples heureux
et vertueux, et que Ton désigne par le nom de Sciences poli-
tiques et morales , demandent, tout autant que les sciences phy-
siques , à être éclairées par l'expérience. On ne connaîtra bien
quels sont les effets des mœurs sur. le bonheur, quels sont les
effets de la liberté sur les lois , qu'en voyant agir les nations,
qu'en répétant-, eu combinant les observations sur elles. C'est,
de toutes les études, la plus importante pour l homme , caries
deux buts de son existence , le perfectionnement et le bonheur,
en dépendent ; mais les expériences qui doivent éclairer et di-
riger cette étude ne peuvent point se faire à volonté, comme
celles qui ont la nature physique pour objet : on ne peut point
ies faire Tune après l'autre et isolément; on ne peut point es-
sayer tour à tour quels seront les effets produits par une cause
déterminée, d'abord en soumettant un peuple à sa seule in-
fluence, ensuite en l'y soustrayant absolument; car on n'a pas
le droit de tenter sur la société humaine des expériences, dans
la seule vue «le l'avancement des sciences. Pour oser tenter un
essai sur un peuple, il faut avoir la ferme confiance que cet
essai sera avantageux à ce peuple lui-rnème. Aussi, les sciences
politiques et morales ne font-elles des progrès qu'en raison de
l'observation de ce qui se passe, indépendamment de l'obser-
vateur, cfc jamais de l'observation de ce qu'il a tenté pour s'é-
clairer. Le résultat de ces expériences accidentelles est beau-
(1) Paris, 1826- 1827 ; Verdière, quai des Augustins. n° 25. La col-
lection entière formera 3o vol. in-8°, dont le prix est fixé à 6 fr. chacun.
SCIENCES MORALES. 53
eoup moins positif; il peut presque toujours être conteste, il
est toujours modifié par un grand nombre de causes agissant
.simultanément; il laisse place à de nombreuses erreurs; mais,
tout imparfait qu'il est, c'est encore la seule source, acces-
sible à l'homme, des vérités qu'il lui importe le plus de con-
naître. L'histoire n'est autre chose que le recueil de toutes
les expériences qui doivent éclairer les sciences politiques et
morales. Entre ces expériences, l'histoire nationale comprend
celles qui doivent être le plus instructives pour nous, puis-
qu'elles ont été faites dans les circonstances les plus analogues
aux nôtres, sous le même ciel, sur un même sol, avec des
hommes de même race: L'histoire nationale est donc le moyen
le plus propre à éclairer l'homme sur ce qui lui importe le
plus, sur la route qui peut le conduire, avec ses semblables,
à être heureux, et vertueux.
Toutefois, il y a peu d'attrait pour l'homme dans l'étude de
ce qui serait avantageux à la race humaine ou à sa nation , s'il
a le sentiment qu'après avoir connu la vérité, il ne dépendra
jamais de lui de la mettre en pratique; que lui-même et tous
ses pareils n'ont aucune influence sur la destinée des peuples,
et que ceux qui en sont les maîtres ne se proposent point leur
avantage pour but. 11 préfère alors fermer les yeux , plutôt que
de les tenir ouverts, pour se voir conduire au précipice. Aussi ,
les peuples qui ne sont pas libres, et qui n'ont aucune espé-
rance de le devenir , n'ont jamais un goût vrai pour l'histoire:
les uns ne gardent pas même le souvenir des choses passées,
comme les Turcs et les Autrichiens; les -autres, comme les
Arabes ou les Espagnols , n'y cherchent qu'une vaine nourriture
pour l'imagination, des combats merveilleux, des fêtes somp-
tueuses, des aventures surprenantes; d'autres enfin, et c'est le
plus grand nombre, au lieu d'une histoire populaire, n'ont
qu'une histoire royale. C'est pour les rois , et non pour les
peuples, que les érudits ont travaillé; c'est pour eux qu'ils ont
recueilli tout ce qui pouvait flatter leur orgueil; ils leur ont
asservi le passé, parce que leur domination sur le présent ne
leur suffisait point encore; ils ont fait à la splendeur de leur
54 SCIENCES MORALES,
race un sacrifice volontaire de la vérité. Combien de souve-
rains, tout récemment encore, auraient regardé comme un
outrage de mettre au grand jour les fautes et les crimes de leurs
ancêtres, pour expliquer leurs malheurs!
Jusqu'à nos jours, l'histoire de France n'a guère été traitée
que de cette manière. Des hommes d'une vaste érudition en
ont fait l'étude de leur vie, des corps savans ont entrepris
d'immenses travaux pour l'éclairer; tous également laissent
percer, avec une naïveté qui nous surprend aujourd'hui, le
sentiment que leur tâche n'est point d'arriver à la vérité, mais
à la plus grande gloire des rois.
Désormais, l'opinion a succédé à la souveraineté du monde:
ce n'est pas une des moindres manifestations de sa puissance,
et de la conscience que le public a de sa force , que l'encoura-
gement donné par celui ci à la publication de tous les nionu-
mens de l'histoire nationale. La voix du peuple semble dire:
« Ce sont mes affaires; désormais je veux les savoir; les comptes
qu'on devra me rendre peuvent être tristes , peuvent être hu-
milians, n'importe; je veux tout éclaircir. Si l'honneur des ad-
ministrateurs infidèles qui s'étaient chargés de mes affaires doit
en souffrir, leur punition sera méritée ; elle sera proportionnée
à l'offense. Si mon honneur même a été compromis , je me sens
la force de le réparer, et la sagesse de tirer instruction de mes
fautes passées. Ce qu'il me faut , c'est la vérité, cette vérité
qu'autrefois on ne m'avait jamais dite. »
Aujourd'hui, en effet , de toutes parts, la vérité jaillit sur
l'histoire de France. Quatre collections qui ont paru simulta-
nément, celle de M. Guizot pour les tems antérieurs au trei-
zième siècle; celle de M. Euchon pour les i3me, i/fme et i5me;
celle de M. Foucault pour les mémoires qui , depuis le 1 5me,
atteignent jusqu'au i8me; et celle de MM. Berville et Bar-
rière, pour les tems de la révolution, comprennent presque
tous les historiens originaux de la France. Leur publication a
été suivie avec tant de régularité, avec taut d'activité que toutes
ces grandes entreprises approchent de leur terme. Dans moins
de deux ans, il n'y aura point de citoyen français, jouissant d'une
SCIENCES illO.UALKS. 55
fortune aisée , qui ne puisse posséder- la collection entière des
historiens originaux de son pays; tandis que dix-huit volumes
ont été publié-, avec peine , en quatre-vingt-quatre années, de la
grande collection in foliodeshistoriensdesGaulesetdela France,
quiavait été entreprise par l'autorité royale; et que cette collec-
tion, avançant à pas de tortue, n'a pas encore atteint le règne de
Saint Louis; elle ne peut se trouver que dons les plus grandes
bibliothèques, et elle semble ajourner à deux ou trois siècles
la connaissance de l'histoire de France , tout en la tenant en
réserve, même à cette époque , pour un petit nombre d'érudits.
Les Français ne doivent jamais oublier que l'histoire de leur
pays, ce sont leurs affaires : ils doiventles connaître ; ils doivent
le vouloir. Durant lesquatorzesiècles qu'a duré la monarchie, les
révolutions se sont succédé avec une telle rapidité, le prin-
cipe même du gouvernement a été si fréquemment changé, les
droits ont fait place avec une si étrange mobilité à des droits
tout contraires, qu'on dirait que l'on a voulu éprouver sur la
France toutes les formes possibles de gouvernement, à la ré-
serve toutefois de celles qui seroient raisonnables. Il ne faut
pas croire qu'il y ait eu seulement une féodalité; il y en a eu
quatre ou cinq, qui sont nées et mortes successivement. Le
despotisme pur a , de même, tour a tour, existé, succombé,
sous les attaques de l'aristocratie, pour se relever, puis suc-
comber et se relever encore. On a vu la FYance soumise plus
d'une fois au gouvernement des prêtres, à celui des valets, à
celui des maîtresses, à celui des princes du sang; on l'a vue
trente ans gouvernée par un roi reconnu pour fou ; on l'a vue
cent soixante-dix ans, à dater de l'an iooo seulement, gou-
vernée par des rois âgés de moins de vingt-cinq ans y et auxquels
on n'aurait jamais songé à confier la tutelle d'une famille privée.
Certes , c'est bien le moins que tant de dures expériences pro-
fitent à la postérité du peuple français, qu'il sache les résul-
tats divers de chaque diverse tyrannie; et, s'il ne peut pas re-
trouver dans l'expérience de ses pères ce qu'il doit imiter, qu'il
apprenne du moins ce qu'il doit fuir.
JYlais, >i nous exhortons vivement tous ceux qui disposent
r>S SCIENCES MORALES.
<le quelque fortune , de quelque loisir, à se procurer les col-
lections des historiens originaux de leur patrie, pour les con-
sulter au besoin, pour y trouver réunis les titres, en quelque-
sorte, de leurs droits, et recourir aisément à eux, lorsque
quelque controverse entre des historiens modernes excite leurs
doutes, nous les tromperions si nous leur promettions de
l'amusement dans une lecture suivie de ces chroniqueurs; car
eux aussi ont été entachés de tous les vices que les tyrannies
successives ont engendrés successivement parmi le peuple;
leur sentimeut moral est presque toujours dépravé, leur rai-
son est faussée par des préjugés funestes, leur véracité est
souvent douteuse, et leur goût est tellement vicié par la bar-
barie , l'ignorance et la pédanterie , qu'encore que l'on s'amuse
un moment de leur naïveté, lorsqu'ils mettent au grand jour
les défauts auxquels ils doivent une sorte d'originalité, on se
fatigue bientôt de se trouver en si mauvaise compagnie, et une
lecture prolongée, même des plus célèbres d'entre eux, produit
enfin une fatigue mortelle.
Qu'on ne se fasse point illusion sur le mérite de ces anciens
écrivains , en lesjugeant d'après l'intérêt soutenu qu'un homme
doué d'un rare talent, M. Augustin Thierry, a su répandre
sur les tableaux historiques qu'il leur a empruntés. Ceux qui
suivent ses traces, ceux qui dépouillent après lui les chroniques
où il a puisé, doivent, au contraire, être frappés de cette puis-
sance d'une belle âme pour ranimer une cendre morte. Lors-
qu'il lire de ces historiens si secs, si haineux, si satisfaits
d'avoir à raconter les supplices des bourgeois, une histoire
touchante et héroïque de la lutte des communes contre leurs
oppresseurs, pour obtenir leur affranchissement, c'est Promé-
thée empruntant au ciel un fèu divin pour rendre la vie à un
corps de boue. Cet homme généreux, doué d'une sensibilité
profonde, et que son cœur appelle toujours vers les opprimés
et les vaincus , démêle, dans le récit de leurs oppresseurs,
tous les traits épars qui peuvent former le portrait des vic-
times. Ces magistrats populaires, ces héroïques citoyens qui,
pour conquérir les libertés des communes, eurent à lutter à
SCIENCES MORALES. 57
l.i lois contre ta force et la fraude des rois, des seigneurs et des
prélats, ne nous étaient connus que par les calomnies auxquelles
ils furent en butte. M. Thierry leur rend, avec leur physiono-
mie véritable, les senlimens populaires de leur époque : il les
fait revivre avec l'énergie , la patience, la constance dont ils
eurent besoin, pour soutenir si long-tems, avec des forces si
inégales, une lutte dans laquelle ils devaient enfin succomber.
Tout est vrai dans ce que M. Thierry nous a révélé sur les
communes; mais il fallait la double puissance de l'esprit et de
l'âme pour faire jaillir cette vérité du milieu des débris sous
lesquels elle était ensevelie (i).
Que !es lecteurs des Chroniques nationales ne se flattent point
d'y trouver ce qu'ils ont trouvé dans M. Thierry. Outre que ,
sans leur faire injure, on peut croire qu'ils n'apporteront pas
à l'étude de l'histoire les mêmes facultés que lui, l'époque sou-
mise à leur considération, dans les i3me, i4me et i5me siècles,
n'est plus riche du même héroïsme. Muratori avait donné pour
devise à ses antiquités du moyen âge le chaos avec ces mots :
Incaluere anirni. Mais, en France, après le règne de saint Louis,
le despotisme et la superstition glacèrent de nouveau les âmes :
quelques études, quelques branches d'industrie firent encore,
il est vrai, des progrès; mais quant à tous les sentiments
vertueux , l'espèce humaine recula.
Nous avons précédemment rendu compte de la belle entre-
prise de M. Buchon, qui, depuis le commencement de l'an-
née 1824, publie la collection des Chroniques nationales fran-
çaises écrites en langue vulgaire du i3me au i6me siècle. Nous
avons cherché à faire apprécier le mérite de l'édition deFrois-
sart, en quinze volumes, par laquelle il a débuté (2). Cette
édition est infiniment supérieure h toutes celles qu'on avait
(1) Lettres sur l'Histoire de France, pour servir d'introduction à l'étude
de cette histoire, par Augustin Thierry. Paris, 1827 ; Sautelet et
comp. ; prix , 7 fr. 5o c. Voyez surtout les onze dernières lettres ; p. 2 ro
et suiv.
(a) Voy. Rev. Enc. , t. xxm, p. 74. Juillet i8?.4-
VS SCIENCES MORALES.
auparavant, soit par la correction du texte, soit par la reclî-
tication des noms propres, soit par la restauration -d'un grand
nombre de fragmens omis par les autres éditeurs. Nous avons
aussi annoncé dans le teins les livraisons nouvelles contenant
la Chronique de Morée, celle de Raymond Muntaner, celle de
Châtelain i l'éditeur, apportant à toutes la même diligence,
les a accompagnées de Notes, d'Éelaircissemens, de rectiûca-
tions dues à la comparaison des manuscrits originaux entre eux.
M. Buchon, poursuivant ses travaux avec un zèle infatigable,
a complété, au mois de janvier de cette année, son édition de
Monstrelet, aussi en quinze volumes, et nous nous croyons appelés
à consacrer un article à ce chroniqueur français, le second en
célébrité et en importance après Froissait, pour que ceux qui
désirent réunir les monumens de l'histoire nationale aient
d'avance au moins une idée de ce qu'ils trouveront dans cet his-
torien si volumineux, si renommé, et cependant si peu connu.
Enguerrand de Monstrelet était un gentilhomme de Picardie,
né entre les années 1390 et i3o,5; il occupa divers emplois
civils dans la ville de Cambray , et il passa la plus grande
partie de sa vie, ou dans cette ville, ou dans celle d'Amiens.
Il ne paraît pas qu'il ait été jamais présent aux événemens
qu'il raconte , ni qu'il ait joué aucun rôle politique; il ne pnrle
que sur l'autorité d'autrui. Dans les anciennes éditions de Mons-
trelet, entre autres dans celle de Pierre L'huilier, Paris, 1 5^2,
in-folio, que nous avons sous les yeux, la chronique de Mons-
trelet, divisée en trois volumes, s'étend de l'an i/,oo à l'an 1467,
et elle est suivie d'un supplément qui confirme l'histoire jus-
qu'en i5i(S. M. Buchon donne la preuve que Monstrelet mourut
au mois de juillet i453, et que tout le troisième livre, ou
volume qui porte son nom, de 14 A4 à 1A67, n'est pas de lui.
Il a donc cru devoir publier d'abord la vraie chronique de
Monstrelet, de ï/ioo à 1 444 ; elle est comprise dans les six
premiers volumes, et la moitié du septième de son édition, et
ensuite les chroniques originales auxquelles les anciens éditeurs
avaient emprunté des fragmens qu'ils donnaient comme étant
l'ouvrage de Monstrelet. D'après ce plan, le reste de son sep
SCIENCES MORALES. 5g
firme et son huitième volume contiennent la Chronique de ht
Ferre Saint-Bcmy, écrivain contemporain, roi d'armes de la
toison d'or, qui donne l'histoire de l'an i4<>7 a l'an *&&*
Le neuvième volume contient la chronique et les pièces origi-
nales du procès de la pncelle d'Oi lénns; les tomes x el m con-
tiennent la Chronique de Matthieu de Caucf, le vrai conti-
nuateur de Monstrelct , qui comprend h-s années i/rf4 à i/|6i;
les tomes xir, xm , xiv , et la moitié du quinzième , contiennent
les Mémoires de Jacques du Clercq , de l'an i/|.^8 à l'an 1/167;
le reste du quinzième tome contient les Mémoires d'un bourgeois
de Paris , de l'an 1 /jog a l'nn t4/»5.
Monstrelet a écrit l'histoire d'une des périodes les plus hon-
teuses et les plus calamiteuses par lesquelles ait passé au-
ct.ue nation. Pendant les vingt-deux premières années qu'em-
brasse sa chronique, le souverain, Charles VI, était fou; pen-
dant les vingt-deux suivantes, Charles VII, son fils, portait le
titre de roi: mais sa volonté ne dirigea jamais les événemens.
C'était un homme d'une pusillanimité, d'une nonchalance,
d'une incapacité dégoûtantes. Il laissait tout faire au domesti-
que, an favori, qui se trouvait le plus près de lui; mais, lors-
que le joug de ce mignon devenait trop fâcheux pour les princes
on pour la cour, l'usage s'était établi en quelque sorte de le
tuer; ainsi le sire de Gias fut assassiné, en 1426; le Camus de
Beanlieu, en 1427; et George de La Trémoille, en i433. Le
dernier, il est vrai, ne mourut point du coup d'épée qu'il avait
reçu ; mais les conjurés le retinrent ensuite en prison. Quant à
Charles VII, pourvu qu'on lui présentât aussitôt un autre favori,
il ne témoignait, en général, ni colère pour cette petite con-
trariété, ni regret pour l'ami qu'on lui avait tué, ni répugnance
pour celui qu'on lui donnait à la place.
Dès le commencement de cette période, l'ancienne aristo-
cratie avait en quelque sorte disparu , et le système féodal avait
perdu toute sa force. Les familles des six anciens pairs du
royaume s'étaient éteintes; les familles de presque fous les
grands feudataires, qui relevaient d'eux immédiatement, s'é-
taient éteintes aussi; on ne trouvait plus dans les provinces que
Go SCIENCES MORALES.
la noblesse du troisième rang, celle qui avait relevé des comtes
qui relevaient eux-mêmes des pairs. Cette noblesse même ne
vivait plus dans ses châteaux, parce qu'elle n'y trouvait plus
d'indépendance; ses anciennes forteresses ne suffisaient plus à
la défendre; elle ne protégeait plus ses paysans, elle ne les
trouvait plus prêts à s'armer pour elle. Toutefois, quoiqu'elle
eût cessé de régner, elle tyrannisait toujours; prodigue et fas-
tueuse par-delà ses moyens, elle arrachait à ses serfs et à ses
vassaux, par des exactions cruelles, l'or qu'elle venait dépenser
ensuite à la cour, dans les fêtes et les tournois.
Le clergé se trouvait dépossédé de son autorité , aussi bien
que la noblesse. Le long schisme d'Occident avait mis l'Église
dans la dépendance du pouvoir séculier. Les anti-papes, pour
obtenir la protection des rois , leur avaient laissé distribuer les
évèchés, comme des faveurs de cour; et avant de les conférer,
les rois les avaient dépouillés d'une partie de leurs richesses,
et d'une partie plus grande encore, de la considération des
peuples. Dans l'affaire même du schisme, le clergé ne montra ja-
mais une volonté qui lui fût propre; il suivit l'impulsion qui lui
fut donnée par le monarque ou les princes du sang, tantôt pour
le pape d'Avignon, tantôt pour la soustraction d'obéissance,
tantôt pour le concile; il fut un instrument dans la main des
autres, il ne fut pas une puissance.
Les parlemens avaient régularisé leur organisation, mais ils
n'avaient point encore senti la dignité de leur position ; ils ne
s'étaient élevés à aucune idée de garantie ou de liberté pour le
peuple; sur l'ordre des maîtres, ils frappaient des victimes
avec la hache de la justice, sans pitié, sans remords, sans
autre règle que le désir de complaire aux puissans du jour.
Les États-Généraux furent assemblés à plusieurs reprises pen-
dant ce demi-siècle; mais, depuis les supplices qui suivirent
la victoire de Rosebecquc sur les communes de Flandre, ils
avaient désespéré de la liberté; ils ne réclamaient plus de droits
ou de garanties pour le peuple, ils accordaient tout ce qu'on
leur demandait, et ils n'avaient jamais plus grande hâte (pie
de se séparer.
SCIENCES MORALES. 61
I Je pouvoir, que n'exerçaient plus un roi fou ou imbécille,
une noblesse dont Les .grandes familles s'étaient éteintes, un
clergé décrié, des parle mens sans indépendance, ou des Etais
sans espoir de liberté, avait été recueilli tout entier par les
princes du sang, qu'on appelait quelquefois les royaux de
France. Les princes du sang avaient été investis des anciennes
pairies et de la plupart des grands fiefs. Ils étaient ducs d'An-
jou , de Berry, de Bourgogne, d'Orléans , de Bourbon , de Bre-
tagne, de Bar, comtes de Flandre, d'Alençon, de la Marche,
de Clermont. Mais, parce qu'ils portaient des titres féodaux, il ne
faut pas les confondre avec l'ancienne noblesse féodale. Leur
pouvoir venait tout entier de la couronne; il n'avait point de
racines dans l'amour des peuples , dans leur confiance hérédi-
taire, dans leur communauté d'intérêt. Les provinces qui leur
étaient données en apanage, n'étaient que des fermes, où ils
s'efforçaient de s'enrichir, ne songeant qu'au présent, sans
sympathie avec le pauvre, sans souvenir du passé, sans espoir
de l'avenir.
Les apanages donnaient de l'argent aux princes du sang ; avec
cet argent ils s'attachèrent de nombreuses créatures , et leurs sa-
tellites devinrent une puissance. Avec leur aide ils s'emparaient
de vive force du trésor public qu'ils pillaient, ou se partageaient
entre eux; ils s'attaquaient, se chassaient tour à tour du palais, et
leurs basses querelles devinrent enfin des guerres civiles , sans
qu'aucun sentiment généreux excusât jamais leurs prises d'armes
répétées. A aucune époque , en effet, on n'avait vu une famille
frappée dans tous ses membres d'une telle incapacité pour les
affaires publiques, une famille où, entre douze ou quinze
princes , il n'y en avait pas un seul qui brillât par des talens,
par des vertus, par un caractère élevé. Parmi les oncles de
Charles VI, le duc d'Anjou, après avoir pillé le trésor du roi
avec une scandaleuse impudence, était allé mourir dans le
royaume de Naples qu'il voulait conquérir; le duc de Berry,
gouverné par des valets et de lâches favoris, ne répugnait à
aucune cruauté , à aucune criante injustice, pour arracher de
l'argent au peuple : le duc Philippe de Bourgogne attachait
Gi SCIENCES MORALES.
tout sou honneur à des prodigalités extravagantes; le duc d'Or-
léans, frère du roi, unissait la débauche à la rapacité et à un
faste insensé : le duc Jean de Bourgogne, féroce et perfide à la
fois, avait tour à tour dirigé les assassins qui tuèrent son cou-
sin, et les insurgés de la populace parisienne qui inondèrent
la ville de sang. Les ducs de Bourbon, de Bretagne, de Bar,
les comtes d'Alençon , de Clermont, de Penthièvre, ne valaient
pas mieux. Ce fut cette nouvelle aristocratie qui gouverna la
France pendant la démence de Charies VI : elle se regardait
comme maîtresse absolue du royaume, et elle s'étonnait de
Vinsoience de ceux qui osaient lui demander compte de ses
actions. Ainsi, par exemple , lorsqu'en i4*4 les deux factions
entre lesquelles la famille royale était divisée firent la paix,
« Ceux de Paris, dit Monstrelet , oyant les nouvelles du traire
fait par le roi et ses princes au duc de Bourgogne, sans les
convoquer ni appeler, de ce non coutens, vinrent devers le
duc de Berry, leur capitaine et gouverneur, demander com-
ment icelle paix avoit été faite, et qui avoit mu le roi et son
conseil de ce faire, sans les appeler, disant qu'à eux appartc-
noit de le savoir, et convenoit qu'en icelle fussent appelés et
compris , lequel duc de Berry leur répondit : Ce ne vous touche
en rien, ni entremettre ne vous devez de votre sire ie roi, ni
de nous, qui sommes de son sang et lignage; car nous nous
courrouçons l'un à l'autre quand il nous plaît, et quand
il nous plaît la paix est faite et accordée; et adonc ceux de
Paris, sans rien répondre, retournèrent eu leurs propres
lieux (1). »
Il semble cependant que ceux de Paris, ou plutôt que les
gentilshommes Armagnacs, alors maîtres de Paris, pouvaient
répondre que la paix ou la guerre avec la populace attachée
aux Bourguignons les touchait en quelque chose, et qu'on est
excusable de s'informer des affaires d'Etat, quand à leur oc-
casion on est sans cesse exposé à avoir la tète tranchée. Or,
jamais guerres civiles ne furent signalées par de plus effroyables
(i) T. m, p. a:,.j.
SCIENCES MORALES. 63
exécutions que celles cuire les royaux de Fiance. Malheureu-
sement , Charles VI n'était pa8 toujours fou; et, dès qu'il reve-
nait dans ce qu'on nommait son bon sens, c'est-à-dire, dès
qu'il ne Faisait ou ne disait plus de grosses extravagances, on
le regardait connue investi de la plénitude de l'autorité royale.
Cependant , sa raison était tellement affaiblie qu'il était toujours
de l'avis du dernier qui lui parlait, et qu'après avoir sanctionné
les mesures de la plus effroyable tyrannie, exercée par les
Armagnacs, -si Ifs Bourguignons pouvaient surprendre son pa-
lais, et s'approcher un moment de sa personne, il se retour-
nait de leur coté, ii signait leurs décrets de proscription , et il
se montrait non moins actif, non moins passionné qu'eux,
pour faire périr dans les supplices ceux avec qui la veille il
avait été associé.
Aucune limite n'était appottéeà ces sanguinaires caprices ;
ceux-là même qui rallumaient sans cesse la guerre civile ne recon-
naissaient le droit de résistance nulle part. 11 n'y avait donc, eu
effet, plus de droit; car tout droit implique résistance à qui vent
l'enfreindre. En môme tems que l'autorité était tombée en
démence, elle était devenue despotique, et chaque fantaisie du
brigand de sang royal , qui se trouvait maître momentanément
de la personne de Charles, était considérée comme une loi,
dès qu'elle était sanctionnée -par la parole d'un fou. Les tribu-
naux, quand on daignait les consulter, n'hésitaient jamais à
condamner et à envoyer au supplice les vaincus, quel que fut
le parti qui eût succombé, quelle qu'eût été leur conduite. Il
est vrai que le plus souvent or se dispensait de toute forme
judiciaire; chaque prince ou chaque capitaine commissionné
par un prince, dès qu'il trouvait un bourreau, se tenait suffi-
samment autorisé à faire couper des tètes, et faire ensuite
pendre les corps par les aisselles. L'horreur de ces exécutions
se répétait après la prise de chaque cité, de chaque château,
souvent après chaque escarmouche.
C'est cet effroyable état de la société que Monstrelet était
appelé à peindre. Il l'a fait, il faut bien le dire, de la manière
la plus pitoyable. Nous sommes réduits à emprunter souvent à
64 SCIENCES MORALES.
Monstrelet des faits qu'on ne trouve que chez lui ; une biblio-
thèque historique où il manquerait serait bien incomplète.
Mais que les lecteurs en l'abordant s'arment de patience; qu'ils
rassemblent tous les pouvoirs de leur attention, et ils seront
plus heureux que nous ne l'avons été, si, après des efforts
inouïs pour demeurer éveillés, ils se rappellent, à la fin d'un
chapitre, ce qu'ils ont lu à son commencement. Ce n'est pas
seulement la platitude et la pesanteur de son style qui rendent
Monstrelet fatigant; c'est plus encore l'absence de toute idée
politique et de toute idée morale. Comme ce qu'il raconte ne
lui inspire à lui-même aucun sentiment, il ne sait pas distin-
guer les faits qui ont de l'importance d'avec ceux qui n'en ont
point. Tous lui apparaissent sur la même ligne, et c'est au ha-
sard qu'il rapporte les uns dans tous leurs détails, et qu'il omet
les autres pour cause de brièveté. Personne moins que lui ne de-
vrait parler de brièveté; sa prolixité est, au contraire, assom-
mante; qu'on en juge par le bon mot qu'il raconte^ tom. iv,
pag. 4 1 1 • Nous le rapportons d'autant plus que c'est une rareté
dans Monstrelet qu'une plaisanterie. Il n'était pas gai , et son
siècle n'était pas gai non plus.
Après avoir raconté la mort de Henri V, roi d'Angleterre el
de France, survenue le 3i août 1422, et la pompe de ses obsè-
ques, il ajoute : «Durant lequel tems y eut un noble chevalier
de Picardie, qui dit à son poursuivant une joyeuseté, par ma-
nière de gaberie , touchant la mort du roi d'Angleterre. Ce fut
messire Sarrasin d'Arly, oncle du vidame d'Amiens, lequel
pouvoit lors bien avoir soixante ans d'âge; et demeuroit en un
sien châtel-qu'il a voit de par sa femme, sœur au seigneur d'Os-
semont, nommé Acheu , assez près de Pas en Artois, et là
étoit tout malade de goutte : néanmoins, volontiers s'enquéroit
et oyoit raconter des nouvelles. Or retourna en ces jours son-
dit poursuivant, nommé Haurenas, qu'il avoit envoyé dehors;
et étoit environ de l'âge de son maître, et l'avoit long-tems
servi. Et après sa venue, l'examina ledit messire Sarrasin, et
lui demanda s'il savoit rien de la mort du roi d'Angleterre. Il
dit qu'oui, et qu'il l'avoit vu à Abbevillr , en l'église de Saint-
SCIENCES MORALES. 6r>
Offren, et. lui raconta tout l'état, et comment il étoil habillé,
aussi pareillement qu'il est déclaré en ce présent article. Et
adonc messire Sarrasin lui demanda , par sa foi, s'il l'avoit
bien avisé, et il répondit qu'oui. — Or me dis par ton serment,
s'il n'avoit point ses housscaux chaussés. — Ah ! monseigneur,
dit- il, nenni, par ma foi. — Lors, lui dit messire Sarrasin :
Haurenas , beau ami , jamais ne me crois, s'il ne les a laissés
en France. A ce mot, tous ceux cpji étoient présens commen-
cèrent à rire, et puis parlèrent d'autres matières (i). u
Souvent Monstrelet se contente de copier, ou plutôt de dé-
layer quelque autre chronique; aussi, en le comparant avec
le Févre Saint-Remy , que M. Buchon a reproduit dans ses
septième et huitième volumes, on retrouve souvent le même
ordre d'événemens, les mêmes circonstances , le même tour de
phrase , et l'on ne peut douter que Monstrelet n'eût en écrivant
la chronique de le Févre sous les yeux ; mais il y ajoute souvent
des particularités essentielles. De plus, il a soin de donner à l'ap-
pui de son récit les pièces officielles que chaque parti publiait à
chaque occasion. Il recourt pour cela ordinairement aux archives
delà ville d'Amiens, qui paraissent lui avoir été habituellement
ouvertes. Le quinzième siècle avait pris un caractère bavard et
pédant qu'on ne trouvait point dans les précédens. Apparem-
ment, les progrès du savoir, de la philosophie, de l'éloquence,
en Italie et même en Allemagne, avaient inspiré aux Français
plus d'estime pour l'érudition , et leur faisaient faire de grands
efforts pour imiter leurs voisins. Quoiqu'on cherche vainement
où était à cette époque l'opinion publique et quelle pouvait
être son influence, on voit tous les princes prétendre à bien
dire, tandis que les peuples se taisaient. Tous employaient pour
plaider ieur cause de sages clercs dont les épîtres étaient pleines
de subtilité de sentences, et ornées d'éloquence de paroles , selon
l'éloge que le roi de Hongrie adressait à l'Université de Paris ;
et ces clercs ne connaissant d'autre éloquence que celle de la
(i) Pour exprimer qu'un homme était mort quelque part, on disait
proverbialement , qu'il y avait laissé ses housseaux (ses guêtres )
t. xxxvn. — Janvier 1828. 5
65 SCIENCES MORALES.
chaire, donnaient toujours la forme, la lenteur et l'emphase
d'un sermon à toutes les discussions politiques dont ils étaient
chargés.
M. de Barante a reproduit en partie, dans son Histoire des
ducs de Bourgogne , le fameux sermon du cordelier Jean Petit
pour justifier l'assassinat du duc d'Orléans. Il l'avait tiré de
Monstrelel qui le donne en entier (2). C'est un modèle de l'élo-
quence du quinzième siècle, que ces textes de l'Écriture sainte
prodigués pour justifier un crime effroyable, que cette pédan-
terie scholastique, cet étalage de dialectique serrée pour dérai-
sonner, d'érudition empruutée à l'histoire de tout l'univers,
pour tout confondre, et montrer partout la même ignorance;
enfin que « cette vérité prouvée par douze raisons, en l'hon-
neur des douze apôtres, qu'il est licite à chacun sujet , sans
quelque mandement, selon les lois morale, naturelle et di-
vine, d'occire ou faire occire traître déloyal et tyran; et non
pas tant seulement licite, mais honorable et méritoire. »
Les circulaires adressées aux villes, et même les ordonnances
des rois, ont dans ce siècle le même défaut que les sermons
politiques. Partout on trouve la même prétention à l'éloquence ,
a l'érudition, à l'argumentation méthodique; partout le même
soin d'arranger et d'accumuler des paroles, d'exagérer, met
qu'on prenait alors en bonne part, et partout le même manque
de conscience et d'attention à la vérité, la même impossibilité
de transmettre une idée nette, ou un sentiment profond.
Blême, lorsque les écrivains du quinzième siècle ne veulent
exprimer que des sentimens populaires, ils s'efforcent tellement
d'être bien disans, qu'ils en perdent toute vérité. Ainsi, lors-
que Charles VI mourut, après quarante - deux ans de souf-
frances et de crimes; après que ce malheureux roi, toujours
ardent à punir pour le compte d'autrui, toujours emporté
contre ceux des mains desquels on venait de l'ôter, avait signé
tour à tour les proscriptions des Armagnacs et des Bourguignons,
(2) Tom. 1 , pag. 241-324* Barante , t. nr , pag. 109.
SCIENCES MOUA.LES. b/
avait multiplii'* les supplices , et fait punir comme rebelles
tous ceux qui l'avaient le plus loyalement servi, le bourgeois
de Paris raconte, dans sa chronique, que : « le menu commun
de Paris criait, quand on le portait parmi les rues : Ha, très-
cher prince , jamais n'aurons si bon, jamais ne te verrons;
maldite soit la mort; jamais n'aurons que guerre , puisque tu
nous a laissés. Tu vas en repos, nous demeurons en toute tri-
bulation et en toute douleur, car nous sommes bien taillés que
nous ne soyons en la manière de la chétiveison (captivité) des
enfans d'Israël, quand ils furent menés en Babylone. Ainsi di-
sait le peuple , en faisant grand plaint , profonds soupirs et
piteux (i). » Malgré le témoignage du bourgeois de Paris, je
doute fort que ce fût dans cette occasion le langage du peuple.
Ce qui nous paraît naïf aujourd'hui , seulement pour être écrit
en vieux gaulois, était souvent fort affecté; le bourgeois ano-
nyme dont la chronique, en général sans fard, est une des
meilleures et des plus curieuses entre celles que M. Buchon a
publiées, a cru devoir, à l'occasion de la mort du roi, faire
ici de l'éloquence, et il a prêté au peuple un amour et des re-
grets que le peuple ne pouvait sentir.
On nous demandera peut être ce que ces mêmes chroniques
racontent de la femme de Charles VI, de cette Isabeau de Ba-
vière, que le peuple, dit-on, nommait la grande gaupe , la
grande fainéante. Les historiens du dix-huitième siècle admet-
tent comme principe que l'ancienne constitution de la monar-
chie française, immuable pendant quatorze siècles, et sous
soixante-cinq rois divers, était la meilleure garantie de la pro-
spérité et de la gloire du nom français; quand ils rencontrent
des tems dont ils ne peuvent déguiser toutes les calamités et
toute la honte, ils en accusent en général quelque princesse
étrangère, quelque Isabeau de Bavière, quelque Catherine de
Médicis, à laquelle ils attribuent tous les forfaits et tous les
malheurs, et qu'il aurait suffi d'écarter pour maintenir la France
dans cet état de bonheur et de gloire qui faisait l'admiration
(i)T. xv, p. 3*,f.
5.
68 SCIENCES MORALES,
et l'envie de tous ses voisins. Avec cette prévention, le lecteur
est tout étonné de trouver que cette reine, qu'on lui a rendue si
odieuse, a pris infiniment peu de part aux événemens ; elle
est rarement nommée dans Monstrelet et le Févre Saint-Remy,
dans le religieux de Saint-Denys et Juvénal des Ursins; elle
est presque toujours laissée à l'écart, au milieu de ces intrigues
de cour, de ces trahisons, de ces cruautés, qui souillent tout
le règne de son mari. Sa grande occupation était la toilette des
dames de sa cour, qu'elle avait voulu rendre , non point ga-
lante, mais imposante par le volume des habits, par la gêne à
laquelle ils soumettaient tous les mouvemens , par la rigueur
compassée d'une étiquette allemande. « Quelque guerre qu'il y
eût, tempêtes et tribulations, ses dames et damoiselles me-
noient grand et excessif état, et cornes merveilleuses, hautes
et larges, etavoientde chacun côté , en lieu de bourlets, deux
grandes oreilles si larges , que quand elles vouloient passer
l'huis d'une chambre, il falloit qu'elles se tournassent de côté,
et baissassent , ou elles n'eussent pu passer. La chose déplaisoit
fort à gens de bien (i). » Il paraît que ces énormes coiffures et ces
bouffantes ne préservaient pas mieux que dans un tems plus rap-
proché la vertu des dames de la cour, et que , sur des soupçons ,
quelques-uns de leurs amans furent mis à la torture, puis cousus
dans des sacs, et jetés à la rivière, avec un écriteau dessus,
portant, laissez passer la justice du roi. Quant à la reine, elle
n'était accessible qu'à deux passions, la gourmandise et l'ava-
rice. Son embonpoint, proportionné à sa voracité, lui ren-
dait tout mouvement difficile : d'ailleurs , aussi épaisse d'esprit
que de corps, elle se dispensait d'assister au conseil, lors même
qu'elle portait le titre de régente, parce qu'elle n'y aurait rien
compris. Tout son plaisir était d'amasser de l'argent : quelque-
fois, elle le cachait chez des bourgeois obscurs, ou chez les
moines de Saint-Denis; plus souvent, dans des recoins qu'elle
faisait murer, du château de Melun qu'elle habitait de préfé-
(i) Histoire de Charte* VI ', par Juvénai, des Ursins , p. 336.
SCIENCES MORALES. 6g
rence. De leur côté, ses fils étaient à l'affût pour découvrir ses
cachettes et les voler; ec fui la cause principale de son ressm
timeut contre le dernier dauphin, Charles VII, qu'elle voulut
déshériter en faveur de sa fille.
Les modernes donnent a entendre qu'elle aima d'abord le
due d'Orléans; puis, le duc de Bourgogne, parce qu'elle mon-
tra beaucoup de chagrin et surtout d'effroi, lors de l'assassinat
de l'un et de l'autre. Elle avait trente- sept ans, lors du premier
événement, et quarante-neuf, lors du second; cet âge n'est peut-
être point une garantie de la vertu d'une reine : mais les histo-
riens contemporains n'élèvent pas de soupçons contre elle. Le
frère Jacques le Grand, religieux augustin, s'acquit beaucoup de
crédit par le courage avec lequel il attaqua les vices de la cour,
en prêchant devant elle le jour de l'Ascension, en i4o5. Mais,
quoiqu'il parlât sans ménagement , il ne donna point à en-
tendre qu'il soupçonnât la reine de galanterie. « Je voudrois
bien , grande reine , lui dit-il, que mon devoir s'accordât avec
la passion que j'aurois de ne rien débiter ici qui ne vous fût
agréable ; mais votre salut m'est plus cher que vos bonnes
grâces; et quand même je devrois tomber dans le malheur de
vous déplaire, il m'est impossible de ne pas déclamer contre
l'empire que la déesse de la mollesse et des voluptés a établi
dans votre cour. Elle a pour ses suivantes inséparables la
bonne chère et la crapule, qui font le jour de la nuit, qu'on
passe en danses dissolues. Et ces deux pestes de la vertu ne
corrompent pas seulement les mœurs, elles énervent les forces
de plusieurs personnes; elles retiennent dans une honteuse oi-
siveté des chevaliers et des écuyers efféminés, et leur font même
craindre les combats, que peut-être ils réchercheroient si la
gloire n'en étoit prescrite, ou s'ils ne craignoient d'y recevoir
des plaies qui les défigurassent. » — Passant de là au luxe des ha-
bits, qui était la principale passion de la reine, après l'avoir
condamnée par mille bonnes raisons: « Votre cour, ajoula-t-il ,
madame , n'est (pie trop convaincue de ce désordre, comme de
plusieurs autres; et, si vous ne me voulez croire, prenez
SCIENCES MORALES.
l'habit d'une pauvre femme , promenez- vous par la ville,
et vous verrez que c'est l'entretien delà plupart des compa-
gnies (i). »
Le religieux de Saint - Denis , auquel nous empruntons ces
fragmens de discours, quoique pesant et prolixe, est le meil-
leur de beaucoup des historiens de cette époque : sans lui, nous
aurions souvent peine à comprendre le récit fatigant et confus
de Monstrelet. La traduction qu'en a donnée le P. le Labou-
reur, en deux volumes in-folio, 1 663, commence à devenir fort
rare; d'ailleurs, elle est incomplète, et ne contient pas les der-
nières années, qui sont demeurées en manuscrit. Il nous semble
que M. Buchon rendrait un grand service aux lettres en la
comprenant dans sa collection. Nous n'en dirons point autant
de la Chronique de Jean Juvénal des Ursins. Cet archevêque de
Reims n'a eu d'autre but, en écrivant, que d'insérer toutes les
petites anecdotes qui pouvaient être honorables pour son père,
le prévôt des marchands de même nom que lui, dans l'extrait
qu'il faisait assez maladroitement de la Chronique du religieux
de Saint-Denis. Au reste, que M. Buchon juge par lui-même des
ouvrages qui pourront encore entrer dans sa précieuse collec-
tion. Il a déjà fait preuve , dans cette entreprise, de tant d'é-
rudition et de tant de critique , qu'on peut s'en reposer sur lui
avec confiance du soin de reproduire tout ce qui peut être le
plus vraiment utile à l'histoire nationale.
J.-C.-L. de Sismondi.
(i) Religieux de Saint-Denis, 1. xxv, t. H, pag. 5i5.
m IENCES MORALES. 71
(tI! ERRES DBS N INDI.KNS ET DES CHOUANS COISTRB LA
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, OU A /mules des département
de l'ouest pendant ces guerres , d'après les actes et
la correspondance du comité de salut public, des
igens constitués, des généraux Kléber , Marceau,
Sa/t terre, tierrujer, Blrou, Caudaux, Turreau , Mou-
lin , Rossignol, etc., et les Arrêtés des Conseils su-
périeurs des Vendéens et des Chouans; par un Of-
ficier supérieur des armées de la république, habitant
dans la Vendée avant les troubles (1).
SECOND ARTICLE.
Nous avons rendu compte des deux premiers volumes de co
précieux monument historique (2), où la philosophie, la mo-
rale et la saine politique puiseront clans tous les tems plus
d'instruction que dans une foule de livres qui portent le nom
d 'histoires , mais dans lesquels les faits sont trop souvent
altérés par l'ignorance, la crédulité et les passions. L'affreux
tableau des guerres civiles d'une nation dissoute, et dont
les élémens se choquent et s'entre-détruisent; les crimes de
l'anarchie, et de tems en tems les vertus du patriotisme et
de l'humanité; la raison triomphant enfin de toutes les fréné-
sies, l'ordre renaissant, l'espérance rendue aux provinces dé-
solées : voilà ce que l'on trouve dans les quatre volumes qui
nous restent à parcourir. L'historien suit, dans ses récits, une
méthode qui ne peut manquer d'inspirer une entière confiance;
quelques explications lui suffisent pour établir la liaison entre
les pièces officielles qu'il met sous les yeux de ses lecteurs,
en sorte que les témoignages viennent immédiatement à l'appui
des faits. Il serait à désirer que l'on écrivît toujours de cette
manière les histoires particulières et détaillées, au lieu de sé-
(1) Paris , 1824-182 5- 1827; Baudouin frères. 6 volumes in-8° avec
deux cartes du théâtre de la guerre ; prix des 6 vol., 4 2 fr-
(2) Tome xxv , page 67G (mars i8î5).
72 SCIENCES MORALES.
parer, comme on l'a presque toujours fait, les pièces justifi-
catives qui ne servent pas moins à bien faire connaître les évé-
nemens qu'à leurt imprimer le sceau de l'authenticité.
Le second volume de cet ouvrage a exposé l'origine et les
premiers développemens delà chouanerie; les quatre suivans
feront voir avec quelle imprudence on avait cru servir ainsi la
cause royale : certes, les véritables amis de cette canse ne
doivent aucune reconnaissance à de tels coopérateurs.
Le troisième volume est consacré aux six premiers mois
de l'année 179A. A la fin de 179^, Charette venait d'occuper
Machecoul, et l'île de Noirmoutier était au pouvoir des Ven-
déens : au commencement de janvier, ces places furent reprises,
et le généralissime d'Elbée, souffrant encore des blessures qu'il
avait reeues devant Chollet, tomba au pouvoir des républicains.
Livré à une commission militaire, il répondit à ses juges avec
une noble simplicité, et reçut la mort avec ses compagnons de
courage et d'infortune. L'inflexible générai Turreau ne s'arrê-
tait point à la rigueur des décrets de la Convention elle-même ;
soit qu'il fût persuadé que la guerre de la Vendée ne pouvait
finir que par la destruction de l'une des parties belligérantes ,
soit que son caractère et son humeur le portassent à choisir les
moyens les plus violens, il persista, jusqu'à son remplacement,
dans ses projets d'incendie et d'extermination. Ses ordres ne
furent que trop souvent exécutés; cependant, quelques chefs
lui opposèrent une généreuse résistance. Kléber lui donna vai-
nement des conseils plus sages, fondés sur une connaissance
plus exacte des lieux et de la disposition des esprits ; ses ob-
servations n'aboutirent qu'à le faire envoyer à Chateaubriand,
dans un pays où sa présence était à peu près inutile, où , dans
une étendue équivalant à plusieurs départemens , il n'avait
pas plus de 3oo hommes sous ses ordres. Ce fut pendant cette
sorte d'exil qu'il rédigea ses mémoires. Il fut enfin remis en
activité, mais à l'armée des côtes de Brest, sous les ordres de
Rossignol! Suivant Turreau, quinze jours de promenades dans
la Vendée devaient lui suffire pour soumettre tout le pays, et
le purger des rebelles qui osaient y braver encore les armes de la
SCIENCES MORALES. 7'»
République : les promenades dont il parlait, riaient des mouve-
mciis de colonnes chargées de dévaster, de brûler, de massa-
crer tout ce qu'elles trouveraient sur leur passage. Carrier,
malgré son horrible renommée, ne fut qu'un malfaiteur subal-
terne, si l'on compare le nombre de ses victimes à celui des
meurtres commis de sang- froid par les ordres de Turrean. Au
sujet de Carrier, l'auteur emprunte aux Mémoires de l'adjudant-
mènerai Savary une anecdote qui confirme cette observation
des anciens moralistes, que le méchant est un enfant robuste;
rapportons, en l'abrégeant, cette intéressante narration: nous
conserverons, autant qu'il nous sera possible, tout ce qui peut
faire connaître et caractériser cette déplorable époque.
« Quelques jours après notre arrivée à Nantes, dit M. Savary,
je confiai à Kléber la résolution que j'avais formée d'aller
trouver Carrier, que nous avions vu plusieurs fois ensemble,
et de lui parler de toutes les horreurs dont on racontait les
détails dans la ville... Tu feras bien, dit Kléber, après un mo-
ment de réflexion; mais tu n'obtiendras rien.»
Le généreux Savary remplit sa mission d'humanité. Dès
qu'il eut parlé d'indulgence, de pitié, Carrier prit un air plus
sérieux... «On assure qu'il existe au dépôt un grand nombre
de Vendéens, vieillards, femmes etenfans, entassés les uns sur
les autres , manquant de tout, mourant de froid et de misère :
an assure même qu'il y règne une épidémie affreuse. Tu peux
faire cesser ce fléau ; tu peux même tirer de cette circonstance
un moyen d'assurer la paix dans la Vendée. — Et quel est ce
moyen? — Le voici. Ces prisonniers appartiennent à toutes les
familles du pays : rends la liberté aux vieillards , aux femmes
et aux enfans ; ils ne sont pas à craindre; qu'ils rentrent dans
eurs foyers. Ils raconteront à leurs familles, à leurs voisins,
be qui leur est arrivé, les désastres de leur armée; et ce témoi-
gnage vivant du malheur sera pour les autres une leçon ter-
rible qu'ils n'oublieront jamais. Carrier réfléchit quelques in-
>tans; puis il me dit : Va au dépôt, prends l'état nominatif de
ceux qui s'y trouvent , avec leur âge et leur résidence dans la
Vendée, et tu me l'apporteras demain. — Je le quitte, je vais
part et cet
trerien à KJeber. je i
L: :z z:i>:: :■ : ?-> bi.
:-- " _:_ _ . _ 1 .j. _- .v. . - :
: z_ i : rv _ zzk : _" - - . . : _ " ~ : :: : *;
:-.: _.:r f : . : r irii: ::~ ::::
et à 1rs ie*%mei dass kors foyer-? —
Ek lâes! ieprî$-je tiiiml , lin— p are» raatorêatkm . cm
Fondre par écrit, et je Me charge du reste- — Un ordre par
écrit, mt <£î-ï ! je »e *eMX pas ne frire «aLËotraer. — Tel fat
. :.-_?: r : - :'.:i : - -. ; -.^ : _ ::z? •
Dm joars après , à neaf heures da matin. Klcber vint
>( IENCES MO&ALB&
la.. Nouvel accès de fureur de Carrier. — Si, dans cinq nu-
utt \ , une affiche contraire n' annuité pas f effet de celle-ci , /<
•mis fais totti guillotiner.
Turreau promettait de détruire la Vendée en quinze jours;
nol ne demandait pas plus de tems pour mettre fin à !a
àouanerie : ni l'un ni l'autre ne tint parole. La guerre devint
■core plus atroce : cependant, le général en chef de la Yen-
lée ne put obtenir l'aveu des représentais pour faire exter-
niner les femmes et les en fa ri s qui seraient rencontrés par sel
lionnes. L'auteur a soin de faire remarquer qu'aucun géné-
al, aucun officier, aucun soldat de l'ancienne garnison de
Hayence ne firent partie des colonnes incendiaires. Il s'est
ibstenu de désigner autrement que par les initiales de leurs
10ms les généraux qui les commandèrent. L'histoire ne lui
rprochera point cette indulgence; tous ces noms subalternes
Kuvent rester dans l'oubli. Mais, ce qui est inexcusable dans
es prétendus historiens des guerres de la Vendée, c'est que,
iar ignorance ou par mauvaise foi, les Maycncais sont char-
riés dans leurs récits de toutes les horreurs de cette époque.
Enfin, le comité de salut public, vers la fin de sa funeste
,'xistence, fatigué des plaintes qui lui venaient de toutes parts
rontre Turreau, débarrassa la Vendée de ce fléau. Mais le
lu^espoir avait redoublé les forces des Vendéens, les chouan-}
Rendaient leurs incursions, les armées républicaines raan-
juaient de vivres, d'armes, et surtout d'une bonne organisa-
ion : on n'était guère plus avancé qu'au commencement de la
merre. « Incapable de former aucun plan militaire suivi, Tur-
reau épuisa ses troupes en courses souvent inutiles : il per-
sista dans son plan de destruction, et ne sut employer que la
lamme. S'il se livra des combats, il s'en tint constamment
éloigné. Souple et caressant auprès du pouvoir, il fut envers
les subordonnés dur, impérieux, implacable dans sa haine;
en un mot, Turreau ne connut que le génie du mal... Il fut
enfin suspendu et mandé à Paris: mais une volonté dominante
alors celle de Robespierre, selon Carnot le fit remettre, quel-
ques jours après, en activité de service comme général division-
7$ SCIENCES MORALES.
naire commandant à Belle-Ile. » Après le départ de cet homme
odieux, on eut beaucoup de peine à faire accepter le comman-
dement au général Vimeux, et il ne s'y détermina que lors-
qu'il sut qu'il aurait le général Beaupuy pour chef d'état-
major.
Enfin, le joug de Robespierre fut brisé, et la France put
respirer : les affaires de la Vendée se ressentirent de ce grand
changement. On ne commit plus autant de fautes; la voix de
l'humanité put se faire entendre; mais rien n'était encore
préparé pour la pacification. Les deux partis, excessivement
affaiblis, demeuraient en présence; mais les Chouans se forti-
fiaient, s'étendaient et préparaient une guerre d'extermination
à tous ceux qui ne se rangeaient point sous leurs drapeaux. Mou-
lin avait remplacé Rossignol; mais ce nouveau général ne fut
guère plus favorisé delà victoire. De meilleurs choix changèrent
la situation des armées républicaines : Hoche et Canclaux furent
opposés aux Chouans. Les rapprochemens commencèrent, les
hostilités furent suspendues sur plusieurs points. Les agens de
la république se présentèrent aux conférences avec sincérité;
il n'en fut pas ainsi des chefs de l'armée royale : ils voulaient
gagner du tems, ils en obtinrent, et le mirent à profit, selon
les circonstances. La Vendée, mieux organisée que la choua-
nerie, s'avance avec plus d'ordre vers la fin de la guerre, et
sa lassitude la maintient dans ces dispositions pour une paix
dont elle a si grand besoin : dans l'ancienne Bretagne, la Nor-
mandie et les départemens de la rive droite de la Loire enva-
his par les Chouans, le pillage et les assassinats continuent,
malgré les armistices. A force de prudence et de dévoûment ,
Hoche, toujours contrarié et dénoncé, parvient à rendre un
peu de calme à ces malheureuses provinces. Mais les chefs
royalistes préparaient en silence les moyens de recommencer
la guerre; leurs intelligences au dehors et au dedans n'avaient
point cessé. L'affaire de Quiberon approchait; Hoche avait
forcé les Anglo-émigrés à se renfermer dans cette presqu'île.
«J'espère, écrivait -il au gênera] Chérin, que dans quatre
jours nous en serons quittes. Je suis sans secrétaire, sans aide-
SCIENCES MORALES. 77
le-camp, sans adjudant-général, sans papier, et presque sans
livres. « La correspondance entière de cet homme illustre mé-
iterait d'être transcrite : détachons-en au moins quelques cx-
raits qui feront connaître l'homme et le guerrier.
« Le débarquement de Saint- Jean- de-Mont ne me paraît
intre chose que le versement de quelques émigrés escortant
à ce que m'a dit le général Canclaux) un convoi de munitions
le guerre, d'habits, etc. Ces mêmes hommes apportaient à
phârctte un cordon bleu dont il se décore maintenant, et ses
ettres de maréchal de France. Ceci n'est qu'une pasquinade,
>t n'entraîne pas de grandes conséquences. Le danger n'est
;rand dans la Vendée que par l'illusion, et, il faut le dire,
jiar la terreur dont paraissent frappés ceux qui s'en entre-
tiennent. Il en est un plus grand; il existe dans l'ensemble du
ilan de Pitt. Un rapport fait au Havre, bien qu'exagéré, an
nonce que nous en sommes menacés. Après avoir calculé
outes les probabilités et les moyens de nos ennemis, voici ce
jui s'est offert à mes yeux.
« Il ne reste plus aux émigrés, me suis-je dit, d'autre espoir
pie de périr les armes à la main, ou de mourir de misère en
pays étranger, après avoir vécu dans l'opprobre et l'humi-
iation. Ils vont donc, de concert avec les ennemis, tenter de
porter de grands coups. Il est possible, ainsi que le disent déjà
nos journaux royalistes, que le ci-devant duc de Bouillon
vienne se mettre à la tète du parti vendéen , amenant avec lui
six à huit cents hommes de cavalerie d'élite pour opérer effica-
cement. Le comte d'Artois descendrait à un endroit quelconque
de la Bretagne, avec ce qui reste, d'émigrés au service de l'An-
gleterre, tandis que les troupes de cet exécrable gouvernement,
abordant la Manche, vengeraient sur Cherbourg les pertes de
Quiberon. Si j'étais à la place de l'ennemi , je le ferais aiusi, et
une pareille opération inquiéterait sans doute pour le salut de
la république. Il faut donc gagner de vitesse, et prévenir nos
ennemis. Le tems des écritures, des rêves militaires doit être
passé : nos généraux, nos troupes ne doivent plus songer qu'à
se battre; et moi, je regarde comme un être bien pusillanime
78 SCIENCES MORALES.
[pour ne pas dire plus ) le soldat qui, dans ces momens d'a-
larme, préfère la plume à l'épée. Mon devoir m'ordonne d'agir;
je le fais, et vais le faire encore d'une manière vigoureuse...
... « Les Anglais viennent de nous envoyer douze chasse-
marées remplis de vieillards chouans, femmes et enfans : ces
derniers ont été mis en liberté par le représentant Blad. Je
suppose que ce débarquement devait être fait à Belle-Ile, afin
d'affamer la garnison; la résistance du général Boucret a con-
trarié ce projet. Quels horribles moyens emploient nos ennemis r
pour nous combattre! Ce n'est point à la révolution qu'ils en
veulent, mais au peuple français. Et voilà comme ils traitent
ceux de nos malheureux concitoyens assez faibles pour se .
remettre entre leurs mains! — Nous avons près de cinq mille
prisonniers chouans... Ces hommes ont été pris les armes à la
main dans tin rassemblement; la loi est formelle à cet égard. Si
l'humanité peut parler en faveur des coupables, c'est sans
doute lorsque la politique se joint à elle pour demander que la
terrible hache soit suspendue. Cinq mille citoyens français! Si
l'on pouvait profiter de cette circonstance pour exiger le
désarmement ?. . . »
Les instructions que Hoche donnait aux généraux sous ses
ordres décèlent un talent d'observation très-remarquable, une
sage indulgence, un profond respect pour les droits des
citoyens et de l'humanité. Son âme est tout entière dans ses
proclamations, toujours pleines de nobles pensées, de vues
grandes et généreuses: que l'histoire conserve précieusement
cette belle image d'un citoyen; qu'elle la montre aux généra-
tions futures comme un modèle mis à leur portée, dont les
formes conviennent parfaitement aux habitudes que les sociétés
humaines contracteront de plus en plus, à notre civilisation
actuelle et aux progrès qu'elle fera, malgré tous les obstacles
qu'on voudrait lui opposer.
Les passions politiques n'ont pas épargné la réputation de
Hoche : on l'a même accusé d'imposture; on a prétendu que la
lettre du jeune Sombreuil, après l'affaire de Quiberon, était
une fable de son invention. Qu'on lise cette histoire, et la
SCIENCES MORALES. 79
jpnviction viendra de toutes parts; on ne doutera plus de la
acheté du chef qui prend la fuite, et de la juste cl vertueuse
ndignation du jeune hoinine qui se dévor.e à la mort , pour cpie
es soldats soient épargnés. D'ailleurs, ce chef vendéen, dont
>n essaie de rétablir la réputation aux dépens de celle du
énéral républicain, n'avait pas même l'estime de son parti.
Nous méprisons ses talens militaires, dit le comte de Geslin;
l n'en a aucun : mais il est si intrigant, que c'est lui qui est
taxvenu à faire épouser notre cause par l'Angleterre. Sous ce
apport, il nous a servis et nous sert encore. Ce sont de ces
êtes exaltées dont on se sert pendant un tems ; car il est bouffi
l'orgueil. Il est même fort mal vu du parti; beaucoup de per-
onnes pensent qu'il est plutôt l'agent de l'Angleterre que celui
lu roi. »
Hoche disait la vérité à tout le monde; sa franchise n'excep-
ait personne. Lorsque le général Aubert-Dubavet, alors mi-
listre de la guerre, fut nommé à l'ambassade de Constantinople,
l reçut de Hoche la lettre suivante: « Vous parlez, c'est fort
»ien, général : puissiez- vous être toujours heureux ! Souvenez -
ous de ceux que vous avez engagés dans de mauvais pas, et
[ui se sont livrés sans réserve , croyant vous avoir pour appui.
Ldieu , Dubayet : vous étiez fait pour servir plus utilement. »
Les circonstances actuelles demanderaient peut-être que l'on
émît sous les yeux des Français la lettre que Hoche adressait
u Directoire le 25 août 1796 : une étonnante similitude de
ues, de tendance et de moyens rapproche, identifie en quel-
[ue sorte les ennemis de la France d'alors et ceux des institu-
ions constitutionnelles. S'emparer des élections; corrompre,
inèantir l'esprit public ; avoir deux doctrines , l'une apparente ,
1 l'autre intérieure ; se défaire , d'une manière ou d'une autre ,
le ceux qu'on désespère de séduire... Dès que le but est louable ,
dus les moyens de l'atteindre sont légitimes. — Une autre lettre
lu même général, adressée au ministre de la police, et insérée
lans le dernier chapitre de cette histoire, mériterait d'être
ranscrite en entier: mais son étendue ne nous permet pas de
a placer dans cet article, et les lecteurs ne nous pardonne-
8o SCIENCES MORALES.
raient pas de l'avoir abrégée. Extrayons- en seulement une
pensée; le général parle des républicains exagérés : « Ils m'ont
proscrit, dit-il , je ne puis être taxé d'être leur ami. Je plaide
en faveur des principes, et non par intérêt pour les personnes.»
Le jour même où il écrivait celte lettre, un oificier de Frotté
lui fit tirer un coup de pistolet, au sortir du spectacle; l'assas-
sin fut arrêté.
Venon9 à des citations d'une autre nature et non moins inté-
ressantes par leur importance historique. TSTous devrions peut-
être mettre au premier rang celles qui peignent les hommes,
qui montrent à découvert leurs erreurs et leurs passions,
source de tant de vices et de quelques vertus. Cette histoire
équivaut à des siècles d'observations faites dans des tems pai-
sibles ; tant les événemens y sont pressés, multipliés et variés,
les mouvemens rapides, impétueux, désordonnés en apparence:
mais la cause de chaque fait particulier est facilement aperçue ;
aux yeux du lecteur attentif , la confusion disparaît, chaque
tableau devient distinct et bien terminé, et la vérité historique
les anime tous On y voit tour à tour l'inconcevable opiniâtreté
des préjugés de caste, les petitesses de l'amour- propre gou-
vernant quelques hommes publics, au milieu même des plus
grands dangers et jusqu'aux portes du tombeau ; de grands
crimes commis par faiblesse, d'admirables exemples de dévoû-
ment et de générosité. Le ridicule même y trouve sa place ; on
ne peut que sourire en lisant l'étrange homélie de Souwarow
à Charette. Le ton prophétique du vieux guerrier parlant au
nom du dieu des armées , comme l'un de ses aides-de-camp ,
peut être du goût des soldats russes; mais il n'obtiendra que
les railleries des Français. Le prophète russe annonçait à Cha-
rette , de la part du Très - Haut, une suite de victoires écla-
tantes; quelques jours après avoir reçu cette lettre, le général
vendéen fut pris et fusillé.
Parmi les pièces importantes contenues dans cette histoire ,
nous choisirons celles qui semblent avoir préparé la Charte
constitutionnelle, à laquelle'nous sommes d'autant plus atta-
chés aujourd'hui, que la jouissance nous en est obstinément
SCIENCES MORALES. 81
contestée] et que jusqu'à présent elle n'est garantie que par des
sermons trop peu respectes. La lettre suivantede Louis XVIII
à Charette contient déjà quelques-unes des pensées que le mo-
narque a exprimées dans sa Charte*
« Vous affermissez les sentimens que je vous ai témoignés
dans mes précédentes, et redoublez, s'il est possible, le désir
d'être à la tête de mes armées catholiques et royales, et de
combattre à coté de vous, leur digne général , pour rendre le
bonheur à mes sujets. J'espère qu'en ce moment mon frère
plus heureux que moi, jouit de cette gloire. Vous savez sans
doute par lui que la malheureuse affaire de Quiberon , et sur-
tout la paix de l'Espagne rendent les secours de l'Angleterre bien
moins considérables que nous n'avions lieu de l'espérer. Ce
contre-tems , loin de me rebuter , n'est pour moi qu'une preuve
de plus que la Providence veut que je ne doive ma couronne
qu'à mes braves sujets : mais je vous le dis avec effusion de
cœur, c'est bien plus à leuramour qu'à lcurvaleur que je vou-
drais la devoir. J'ai vu avec plaisir, dans votre lettre, que
vous travaillez à faire connaître l'expression de mes sentimens
dans les provinces de mon royaume soumises au joug des re-
belles (républicains) : je désire aussi vous voir étendre vos
relations le plus loin possible, et que vous m'en fassiez con-
naître les progrès, afin que j'y proportionne mes démarches.
Mais, ce que je désire par dessus tout, c'est que vous conti-
nuiez celles que je sais que vous avez déjà faites en Angleterre
pour obtenir ma réunion avec mon frère et vous. De mon côté,
je fais tout mon possible pour pouvoir au moins me mettre en
chemin , pour me rapprocher; mais , comme d'Avaray vous l'a
marqué dans ma lettre du 3 de ce mois, l'esprit de terreur ou
de vertige qui a gagné la plupart des princes d'Allemagne est
cause que j'ai été forcé de recourir à l'empereur pour obtenir
un asile momentané.
« Je travaille aussi à prolonger la guerre extérieure que je
regarde comme un mal nécessaire pour empêcher les rebelles
de réunir trop de forces contre vous, jusqu'au jour où le
t. xxxvn. — Janvier 1828. Q
85 SCIENCES MOil/VLÈS.
bandeau sera tombé des yeux d'un plus grand nombre de mes
sujets. »...
Dans une déclaration du roi, adressée de Vérone à Charelte,
le 8 juillet 179^, on trouve ces passages remarquables : « Tan-
dis que la main du tems imprime le sceau de la sagesse aux
institutions humaines, les passions s'étudient à les dégrader, et
mettent leur ouvrage à côté des lois pour les affaiblir, ou à
la place des lois pour les rendre vaines. Toujours les abus
marchent à la suite de la gloire et de la prospérité; toujours,
une prospérité constante leur facilite l'entrée des empires, en
les dérobant à l'attention de ceux qui gouvernent. Il s'en est
introduit dans le gouvernement de la France, et long-tems ils
ont pesé, non-seulement sur la classe du peuple, mais sur tous
les ordres de l'étàK Le feu roi, mon frère et souverain seigneur
et maître, les avait aperçus, il voulut les détruire; il mourut
en chargeant son successeur d'exécuter les projets qu'il avait
conçus dans sa sagesse pour le bonheur de ce peuple... Ce que
Louis XVI n'a pu faire, nous l'accomplirons. Mais, si des
plans de réforme peuvent se méditer au milieu des troubles»
ils ne peuvent s'exécuter qu'au sein de la tranquillité. »...
On voit que, dès cette époque, les vérités sur lesquelles la
charte est fondée étaient déjà dans la pensée de Louis XVD.I;
mais elles étaient encore mêlées à des opinions que l'expé-
rience a changées. On est surpris que l'intérieur de la France,
à cette époque, fût aussi complètement ignoré de ceiix qui
avaient le plus d'intérêt à le bien connaître : il paraît que la
flatterie et les mensonges de cour avaient suivi le trône dans
l'exil , comme l'un de ses attributs essentiels et caractéristiques,
le premier de ses besoins.
Après les détails de la pacification générale de la Vendée et
de la chouanerie, l'auteur, plus occupé des choses que des
mots, laisse au lecteur le soin de faire lui-même la récapitula-
tion des événemens et de leurs conséquences nécessaires. «Ainsi
se termina, dit-il, cette épouvantable guerre d'assassinats , que
l'on essaya vainement de rallumer à différentes époques. Une
longue et funeste expérience avait enfin appris au peuple ven-
SCIENCES MORALES. S3
décn à connaître ses véritables ennemis. Puisse l'ensemble de
Cet horrible tableau se graver dans le souvenir des siècles, et
inspirer à tous les peuples de la terre une horreur profonde
pour les guerre, civiles et religieuses I » Nous nous garde-
ions bien de rien ajouter à cette noble et touchante péro-
raison. N.
Discours du général Foy ; précédés d'une Notice bio-
graphique, par M. P. F. Tissot, à' un Eloge, par
M. Etienne, et à' un Essai sur l'éloquence politique en
France, depuis 1789, par M. A. Jay (i).
De tous les orateurs qui ont paru à la tribune française de-
puis Mirabeau, le générai Foy est sans contredit celui qui pro-
duisait sur ses auditeurs l'impression la plus immédiate et la
plus vive. Réduit, durant toute sa carrière législative, à com-
battre dans les rangs d'une minorité qu'une loi mauvaise, frau-
duleusement exécutée, rendait chaque jour moins nombreuse,
il exerçait sur la majorité un empire dont elle s'étonnait sou-
vent elle- même. Sans doute, l'éloquence du général Foy ne
changeait rien aux votes de cette majorité dont les décisions
étaient prises d'avance ; mais, tandis que d'autres membres de
l'opposition rencontraient, en demandant la parole, des signes
d'impatience ou des invectives, le général Foy était toujours
accueilli par un murmure d'approbation. Ses adversaires se
promettaient du plaisir à l'entendre, et ils se livraient à ce
plaisir d'autant plus volontiers qu'ils n'avaient point à craindre
que leur conscience fût ébranlée, ou leur raison convaincue.
La jouissance que leur procurait ce beau talent était sans con-
séquence, ou même elle avait pour eux une conséquence avan-
tageuse. Leurs votes, contraires à des raisonnemens qu'ils,ve-
naient d'écouter avec une sorte d'enthousiasme, étaient, aux
(1) Paris, 1826; P. A. Moutardier, rue Gît-le-Cœur, n° 4. 2 vol.
in -8°, avec portrait et fac simile; prix, 12 fr.
6'.
*4 SCIENCES MORALES.
veux dn pouvoir, un mérite de plus : ils lui démontraient d'au-
tant mieux leur dévoûmcnl sans bornes et leur immuable fi-
délité.
L'éloquence du général Foy a été parfaitement caractérisée
par un de ses anciens collègues, M. Etienne, qui s'est associé
à la publication de ses discours : et comme il nous semble
qu'on a toujours tort de vouloir varier l'expression ou la pen-
sée , quand la pensée est juste et l'expression claire, nous
croyons ne pouvoir mieux faire que de transcrire ce jugement,
plein de vérité et d'élégance.
« Une attitude calme et fière, un organe sonore et pénétrant,
un geste plein de noblesse et de grâce , un regard brûlant où se
réfléchissaient tous les mouvemens d'une âme enflammée de
l'amour de la patrie, une diction pure et forte , embellie par
des tours heureux, animée par des images pittoresques; une
sensibilité qui ne devait rien à l'art , et qui avait tout son foyer
dans le cœur; un air chevaleresque, qui rappelait encore le
guerrier, et qui donnait à toutes ses paroles ce charme si puis-
sant sur une nation , qui, dans la jalousie de sa liberté , aime
toujours à se souvenir de sa gloire: tels étaient les caractères
de cette éloquence brillante et sage, qui illustra la tribune et
qui consola la France. »
Le premier discours du général Foy fi»t prononcé à l'occa
sion d'une pétition relative à la Légion-d'Honneur. Tous ceux
qui l'entendirent se souviennent encore de l'effet imprévu qu'il
produisit sur toute la Chambre. On n'avait jusqu'alors vu dans
l'orateur qu'un militaire distingué, un homme de connaissances
variées, d'un esprit brillant, d'une instruction solide: nul ne
s'attendait à ce talent de tribune , né dans les camps où il avait
eu si peu d'occasions de se développer; à cette lucidité si rare
dans ceux mêmes qui, n'ayant pour moyen que la parole, pas-
sent leur vie à polir et à perfectionner le seul instrument qui
soit en leur pouvoir; à cet amour si vrai, si sincère de la liberté
constitutionnelle, dans un soldat qui avait servi d'abord une
république mal organisée et tumultueuse, ensuite un despote,
doué de facultés immenses et plein de génie, mais qui , par
.S( IENCES MORALES. 85
ce génie et C6I facultés mêmes, aurait banni du mciidc les
derniers vestiges de la liberté, si la liberté n'était pas indes
ti uctible , parce qu'elle est dans les destinée! de l'homme et
ila us les décrets du ciel.
La péroraison de ee discours est surtout remarquable. Elle
contient en peu de mots l'exposé des principes qui guidè-
rent toujours le général Foy dans sa carrière législative. « Il
n'est pas bon, disait-il , que les notabilités naturelles , légales,
compatibles avec les droits de tous, se heurtent entre elles.
Tâchons que la considération universelle embrasse tout ec qui
est honnête et généreux.; croyez-m'en , chacun y gagnera. La
gloire héritée vivra plus paisible et recueillera plus de respects,
quand elle ne sera plus hostile envers la gloire acquise. La
grande propriété retrouvera sa juste part d'influence dans l'état,
lorsque tous les Français seront unis de cœur et d'habitude
dans leur hommage aux services rendus et aux droits acquis ,
dans leur fidélité au Roi et à la Charte, dans leurs vœux pour
l'indépendance et l'honneur de la France. »
Pourquoi ces principes n'ont-ils pas été ceux de la majorité
qui, dans la Chambre élective, a décidé du sort de ce beau
pays? Pourquoi les dépositaires du pouvoir ont-ils fermé l'o-
reille à ecs conseils salutaires ? Qu'en esl-il résulté ? Ils ont créé
deux classes ennemies, dont chacune pense n'être en sûreté que
si l'autre est opprimée. En remettant en question toutes les ga
rantics, ils ont ressuscité toutes les prétentions. En ébranlant
toutes les sécurités , ils ont réveillé toutes les haines. Heureuse-
ment, la raison nationale règne encore sur les esprits éclairés.
Malgré l'irritation imprudemment excitée, cette raison puis-
sante, fille d'une expérience longue et douloureuse, apaise ou
modère les ressentimens; elle crie à tous que ce n'est pas à la
victoire s mais à la paix qu'il faut aspirer; que la paix ne peut
être fondée que sur la justice; que les iniquités d\m parti ne
légitiment point les iniquités de l'autre, et que, pour avoir été
menacé de l'oppression, on n'acquiert pas le droit d'être op-
presseur à son tour. Ce que le général Foy voulait, en 1820,
les amis des institutions constitutionnelles le veulent encore ',
86 SCIENCES MORALES.
ils ne contestent aucune notabilité naturelle ou légale; ils con-
sentent à respecter la gloire héritée, pourvu qu'elle aussi res-
pecte la gloire acquise. Ils accordent à la grande propriété sa
juste part d'influence, pourvu qu'elle ne recoure point à des
lois insidieuses, violatrices de la Charte, et destinées à trans-
porter en France cette concentration des propriétés, péril et
fléau de l'Angleterre.
L'espace qui nous est réservé dans ce recueil nous défend
d'examiner en détail les autres discours du général Foy , et de
multiplier des citations dont chacune aurait intéressé, ou in-
struit, ou ému nos lecteurs. Nous nous restreignons donc aune
indication rapide, qui prouvera que, dans chaque circonstance,
la justice et la liberté trouvèrent en lui le plus éloquent de
leurs défenseurs.
Nous le voyons en effet, le 14 janvier 1820, réclamer
pour le droit de pétition contre un ministère impatient d'étouf-
fer la voix de la France; le 14 février , après l'assassinat du
duc de Berry, dévoiler les projets de la faction qui voulait
profiter de cet événement déplorable pour anéantir les libertés
publiques; s'élancer le 6 mars à la tribune en faveur de la li-
berté individuelle, et le 2/» mars, défendre celle de la presse,
plus précieuse encore, car elle est la sauvegarde de toutes les
autres.'Il y remonte, le i5 mai, pour repousser les change-
mens perfides qu'on vent introduire dans la loi électorale, dans
cette loi qui , confiant à 80,000 propriétaires le droit de nom-
mer des députés, devait assurément contenter ceux qui redou-
tent l'intervention des masses et l'influence des prolétaires : il
combat, avec une activité infatigable, chacun des articles du
nouveau projet , et ces grands collèges , si imprudemment
rangés en bataille contre les collèges d'arrondissement , et le
privilège du double vote, destructif de l'égalité politique qui
est la base fondamentale de notre pacte constitutionnel.
Il n'entre pas dans notre sujet d'analyser les travaux du gé-
néral Foy sur la partie de notre établissement publie qui avait
dû attirer naturellement son attention spéciale, nous voulons
dire la guerre. Il nous suffira de rappeler que la supériorité
SCIENCES MORALES. 87
de ses connaissances sur cette matière n'était pas contestée
Nous ajouterons que ce qui «end surtout ses discours précieux,
c'est que, même en traitant des questions qui semblaient n'a-
voir <le rapports directs qu'avec l'organisation , les droits et
la discipline de l'armée, l'orateur, aussi bon citoyen que mi-
litaire habile , laisse éclater sans cesse son désir ardent de voir
l'armée unie à la nation, et la force employée uniquement à
l'extérieur pour maintenir intact l'honneur du nom français,
et dans l'intérieur pour protéger l'ordre et la justice. Il s'é-
lève avec une énergie consciencieuse contre toute suppression
des formes légales; il foudroie de son horreur et de son mé-
pris toutes ces juridictions rapides, funeste héritage de nos
tems de troubles, perpétuées d'années en années et de gouver-
nement en gouvernement, au mépris des lois et des promesses,
et à la faveur des chicanes et des arguties ministérielles.
Le général Foy avait défendu la liberté de la presse en
1820 contre un ministère faible et versatile, atterré par une
calamité inouïe ( l'assassinat du duc de Berry ) ; il fut appelé
à la défendre de nouveau en 1822 contre un ministère plus
hostile et plus audacieux, pour lequel uue faction avait con-
quis le pouvoir, et qui , en échange, avait promis à cette fac-
tion de la délivrer de la publicité qu'elle redoutait au milieu du
triomphe. C'était surtout contre les journaux que la conspira-
tion était dirigée : et ce fut en plaidant la cause des journaux
que le général Foy prononça ces paroles utiles à reproduire
aujourd'hui, puisque la censure, qui pesait sur eux il y a bien
peu de jours, peut les menacer encore (1) : « Les journaux sont
l'histoire du tems présent, et par conséquent celle qui nous
intéresse le plus. C'est la seule manière de vous tenir , vous
(1) Cette phrase était écrite, avant la chute du triumvirat dont la
France est délivrée. Nous espérons que, sous de nouveaux ministres,
le danger que nous craignions ne nous menace plus. L'exemple a été
frappant , la leçon sévère. Qui sérail assez aveugle pour n'en pas pro-
fiter?
88 SCIENCES MORALES.
Députés , au milieu du peuple, et d'avoir le peuple au milieu
de vous. Que m'importent à moi des faits et des événemens
anciens qui ne touchent en rien les intérêts actuels de la pa-
trie? Que me font les guerres de Louis XIV ? Que me font les
guerres du grand Frédéric? Ce qui m'importe, c'est la guerre
entre la Russie et la Porte ottomane , qui doit amener l'affran-
chissement d'un peuple généreux et changer peut-être la face
de l'Europe. Que me font les efforts téméraires des patriciens
de l'ancienne Rome contre les plébéiens? Ce qui m'importe, ce
sont les efforts actuels de l'aristocratie française pour recon-
quérir une puissance que le peuple a si souvent brisée entre ses
mains. Tous ces événemens, qui m'en instruira ? ce sont les
journaux, les journaux dont la liberté constitue la véritable
liberté de la presse. «
Suivons maintenant le général Foy sur un autre terrain. 11
ne s'agit plus de questions générales souvent discutées , et sur
lesquelles les raisonnement se présentent en foule*, parce que
tous les hommes de bonne foi sont du même avis. Il s'agit de
calculs, de chiffres, d'opérations mystérieuses, couvertes d'un
voile qu'une complicité de corruption voulait rendre impéné-
trable. Il s'agit, en un mot, de l'affaire Ouvrard, de ces mar-
chés scandaleux dont les ministres se rejetaient la honte, et
qui, malgré desVécriminations réciproques et multipliées, pè-
sent encore également sur les ministres accusés et sur les mi-
nistres accusateurs. Les deux discours du général Foy, du
28 juin 1824 et du 2 mai 1825, sont des chefs- d'œuvre de
discussion, de logique, de force et d'ironie. Son talent parait
à la fois avoir grandi et s'être varié. Le brillant des expressions,
l'exactitude des faits , l'évidence des raisonnemens , l'amer-
tume trop méritée d'une plaisanterie dédaigneuse, la rigueur des
calculs, tout se réunit pour placer ces philippiques modernes à
côté de celles qui ont illustré l'orateur antique, lorsqu'il dévoi-
lait les forfaits d'Antoine et les spoliations dcVerrès. Sans doute,
ces efforts du génie et de la conscience n'ont pas été suivis du
succès. Les ténèbres, loin de se dissiper, se sont épaissies : la
justice n'a pu pénétrer dans ce dédale. L'atteinte portée à la
SCIENCES MORALES. &g
fortune publique est restée sans remède, et les dilapidaient s
sans punition; mais l'opinion éclairée n'en a pas moins pro-
noncé son jugement: il est sans appel, il est sévère, et cette
leeon servira peut-être à corriger ou à effrayer des ministres
futurs.
Nous désirerions parler encore de deux discours du général
l'oy, qui produisirent sur le public et même sur la Chambre
une impression profonde. Ce sont ceux qu'il prononça contre
la septeunalité et l'indemnité accordée aux émigrés. Les bornes
qui nous circonscrivent ne le permettent pas. Terminons donc
par un dernier hommage a la mémoire d'un homme enlevé à
la France au milieu de sa carrière, et que la France ne cessera
de pleurer. Guerrier intrépide , orateur entraînant, manda-
taire incorruptible, il a traversé la vie sans qu'un seul re-
proche piAit lui être adressé. Jamais il n'a manqué l'occasion
d'un mouvement courageux, d'une action noble, d'une parole
généreuse, qui, dans la circonstance, était une action. Les
fastes de notre longue et orageuse révolution n'offrent aucun
caractère plus pur, aucun talent plus dévoué à la liberté , a
la vérité, à la justice. Il apparaît au milieu de la servilité,
de la corruption, de la bassesse, comme un monument destiné
à réveiller toutes les espérances , à ranimer toutes les émula-
tions vertueuses, et son souvenir même est un bienfait légué
à la France qu'il a chérie, à l'humanité qu'il a défendue, à la
cause sainte pour laquelle il a consumé, petit-être abrégé ses
jours (1).
B. C.
(1) L'hommage rendu à l'un des orateurs les plus chers à la patrie
est venu un peu trop tard ; ces discours auraient dû être publiés, avant
la mort de l'illustre député. On a été plus équitable envers un autre
défenseur zélé des libertés publiques, M. Benjamin Constant. Le recueil
de ses éloquens plaidoyers en faveur de la cause constitutionnelle pa-
raît chez Gaultier-Laguionie, Hôtel des Fermes, en 2 vol. in-8".
prix, i.\ fr. On souscrit à celte précieuse collection , chez M. Casimir
Pkrrier. Tous les exemplaires seront signés par l'auteur. ( w. du R )
LITTERATURE.
OEijvres choisies d'Évariste Parny , publiées d'après
l'exemplaire corrigé et mis en ordre par l'auteur (ij.
Poésies inédites d'Evariste Parny, précédées d'une
Notice sur sa vie et ses ouvrages , par M. P. F. Tissot(2).
Pendant deux siècles, le génie de nos écrivains avait fixé sur
la France les regards de l'univers, et la tirant, pour ainsi
dire, du rang des nations modernes, lui avait donné, malgré
notre état politique, quelque chose de cet éclat sur-humain
qui paraissait jusqu'alors uniquement réservé aux grands peu-
ples de l'antiquité. Les écrits de nos poètes et de nos philo-
sophes, traduits d'abord dans toutes les langues, n'eurent
bientôt plus besoin de traducteurs. Grâce au désir de les étu-
dier, la langue française devint presque universelle. L'Europe
était tributaire de nos arts, avant qu'elle le lut de nos vic-
toires.
Tant qu'a duré notre prospérité militaire, aucune voix ne
s'est élevée pour contester notre prééminence dans les lettres.
Ce fut quand nous perdions la puissance politique qu'on pré-
lendit nous ravir la gloire littéraire. Cette littérature natio-
nale, seule propriété de la France que l'étranger n'eût pas
envahie, des Français ont voulu la lui livrer. A les entendre,
ce n'était pas assez pour nous de fléchir sous le sabre des cou-
quérans, il fallait encore subir le joug de leurs doctrines, se
façonner aux caprices de leur goût, se traîner en esclave sur
(i) Paris, 1827 ; Ambroise Dupont et compagnie, rue Vivienne,
n° 16. 2 vol. in-18 ; prix, 6 fr.
(2) Paris , 1827; Ambroise Dupont el compagnie. 1 vol. in-18;
|)rix , 3 ffc.
UftTÉRÀTURE. gt
les traces de leurs écrivains, de leurs artistes, de leurs philo*
sophes. Chose inconcevable! c'est au nom de l'indépendance
qu'on nous prescrit de nous dépouiller de tout ce qui caracté-
rise l'esprit national; c'est au nom de la liberté qu'on nous
commande la scrvile imitation de tout ce que la littérature des
vainqueurs renferme de plus bizarre et de plus faux! Au ton
que prennent dans le monde quelques disciples de cette école
anti-française, on dirait que les statues de tous nos grands
hommes se sont écroulées, comme celles de Bonaparte, sous
le canon de Waterloo, et que la gloire des Racine , des Pascal ,
des Molière, des Montesquieu était aussi fragile que la puis-
sance d'un despote ou l'indépendance d'un peuple. Ces génies,
qui, dans trois mille ans, seront, comme Homère ,• Jeunes
d'immortalité, sont taxés chaque jour $ hommes bons pour leur
temSy mais qui ne se trouvent plus à la hauteur où la France
est parvenue depuis quelques années, c'est-à-dire, depuis
qu'elle a eu le bonheur de recevoir les leçons des Cosaques ,
et d'entendre la langue harmonieuse des Croates et des Bas-
kirs. Nos philosophes auraient eu besoin d'étudier sous Kant
la clarté, nos historiens d'apprendre du romancier Walter
Scott la fidélité historique, nos poëtes... nous n'en avons
point. Racine n'a qu'un talent bien court; Boileau manque
d'invention et de verve; Voltaire, d'imagination ; Jean-Bap-
tiste estglacial; Delille, ennuyeux; et Lebrun-Pindare, illisible.
Parny devait partager avec ces grandes renommées la colère
des étrangers de (intérieur. La Harpe l'avait appelé le Tibullc
français. Vanté par La Harpe et comparé à un poëte latin !
Quel double titre à la réprobation! Aussi, la plupart des nou-
veaux législateurs du Parnasse n'en parlent- ils qu'avec le
sourire du mépris. Cette prose est harmonieuse, disent-ils,
quand on leur cite ses plus beaux vers ; ces lignes mal rimées
ont pu naguère amuser un moment des cercles oisifs et fri-
voles , mais aujourd'hui on ne les lit plus, on ne peut plus
les lire.
Ces messieurs doivent, en effet \ tâcher qu'on ne lise plus
les lignes de Parny. Il est redoutable pour leur secte, et pourra
iji LITTÉRATURE.
leur enlever plus d'un prosélyte. Pour peu qu'un homme ail le
sentiment de l'harmonie et du coloris poétique, quelque soin
qu'ils aient pris de son éducation littéraire, il n'aura pas lu
dix pages des Elégies qu'il s'écriera : Voilà la véritable poésie
clégiaque ! Il se laissera toucher par cette mélodie douce et pé-
nétrante qui reproduit avec tant d'aisance et de souplesse tous
les mouvemens de l'âme, par cette élégance continue si néces-
saire à qui veut peindre la beauté, par ces tournures dont la
simplicité savante redouble l'éclat de l'image ou l'énergie de
l'expression. S'il reporte ensuite ses regards vers les chefs-
d'œuvre exotiques qu'il admirait sur parole, il croira , pour le
moins, entendre tantôt un hypocondriaque qui raconte à son
médecin les bizarres impressions de ses nerfs malades, les
visions qui se pressent autour de son lit; tantôt un homme
tourmenté de rêves fâcheux, qui les expose à quelque nouveau
Joseph chargé d'en donner l'explication. Il rejettera les doc-
trines de ses maîtres, et conviendra que la France doit à Parny
les premiers modèles dont elle ait pu se glorifier dans un des
genres les plus aimables et les plus difficiles.
Et ce n'est pas seulement dans ce genre que Parny s'est
montré grand poêle. Sans parler du plus fameux de ses ou-
vrages, de cette épopée satirique où les tableaux de toute
espèce se pressent sous son pinceau toujours varié, toujours
brillant; où la richesse, la fraîcheur, l'abondance des images
forcent à l'admiration, même quand on regrette le plus qu'il ail
choisi un pareil sujet, combien de morceaux du premier ordre
ne trouve- t- on pas dans les Rose-Croix! Je suis loin de dé
fendre la composition de ce poème. Elle est obscure et pres-
que sans intérêt; souvent aussi un excès de concision dans le
style augmente l'obscurité du plan; mais ces défauts ne font
qs;e montrer avec plus d'évidence la force d'un talent qui ,
malgré l'absence des préparations dont un autre n'aurait pu se
passer, vous attache, vous émeut, et quelquefois vous trans
porte. Dans plusieurs passages, Parny s'élève à la plus haute
poésie épique, il peint les combats à la manière d'Homère, et
l'égale peut être en décrivant les blessures.
UïTÉIUTUEE. $1
Si fel Rue-Croix n'offrenl des modèles que dans lesdétails, le
poème d'ïsnel et dsléga est d'un bout, à l'antre un modèle. Ici la
concision ne nuit point, on nuit très-pou, à la clarté. Toitl
marche et se suit. Les formes de la poésie du Nord sont fidèle-
ment conservées ; niais il semble qu'un rayon du génie grec
perce à travers les brouillards , les échauffe et les colore. Les
périodes du poète ont l'élégance exquise, l'attitude si noble-
ment gracieuse des vierges d'Ossian dans le tableau de Giro-
det. L'épisode à'Ôlbrotvn est particulièrement un chef-d'œuvre.
Qui pourrait lire sans une émotion profonde, qui pourrait
relire sans admiration , ces plaintes de la jeune Rus la, que la
fausse nouvelle de l'infidélité d'Olbrown conduit au tombeau :
O toi qu'ici rappellent mes soupirs ,
Dit-elle enfin, ô toi qui m'as trahie,
Que le remords n'attriste point ta vie!
Tandis qu'ailleurs tu trouves des plaisirs ,
Moi, je succombe à ma douleur mortelle,
D'un long sommeil je m'endors en ces lieux,
Et le rayon de l'aurore nouvelle,
Sans les ouvrir, tombera sur mes yeux?
Peut-être quelques critiques, ne trouvant ici aucune de ces
expressions ambitieuses , de ces images à grossière enlumi-
nure qui, loin de se cacher dans le tissu du style, semblent
s'en détacher pour appeler les yeux, décideront -ils que ces
vers manquent de poésie ; mais ceux qui savent que la poésie
consiste surtout à rendre par le tour, par l'expression, par le
mouvement de la période, les mouvemens de la passion et les
nuances de la pensée, seront certainement d'un avis contraire.
J'ajouterai que les deux derniers vers renferment une des ima-
ges les plus touchantes que la poésie ait encore rendues ; et je
les trouve tellement poétiques que j'oserai les mettre au-dessus
d'un des plus beaux vers du plus grand des poètes.
Homère, dans les funérailles de Patrocle, avait dit :
Mupcu.s'voiai S'k rcîdt epavr. po^c^à* tuXc; riôx;
( lAÙ2 , V. )
<)', LITTERATURE.
« A leurs yeux baignés de larmes apparaît la brillante aurore autour
« de ce corps déplorable (i). »
Ce contraste entre la naissance du jour et la mort du héros,
entre tout ce qu'il y a de joyeux daus le premier rayon du so-
leil et tous les senti mens douloureux qu'inspire la vue de ce
corps glacé, est sans aucun doute éminemment poétique.
Virgile, qui, quoi qu'on en dise, s'y connaissait un peu, en a
jugé ainsi. Il a imité ce trait, sans l'égaler, dans les funérailles
de Paîlas,
Aurora interea miseris niortalibus almam
Extulerat lucem.
Mais Parny , qui n'imite pas, me paraît supérieur à Virgile, et,
je le répète, supérieur même à Homère. Dans le poète grec,
c'est le spectateur qui voit tomber les naissantes lueurs de l'au-
rore sur Patrocle expiré; dans Parny, c'est Rusla elle-même
qui voit, en quelque sorte, et qui montre à son amant ses yeux
insensibles à la lumière du jour.
Maintenant, si l'on veut une de ces hardiesses, préparées avec
art, comme elles le sont toujours dans un poète qui sait écrire,
mais cependant assez en saillie pour frapper les espritsles moins
exercés, qu'on lise ces vers de la Journée champêtre :
Et du coteau s'éloignant davantage ,
L'ombre s'allonge etjcourt dans le vallon ;
Qu'on lise surtout , dans les Rose-Croix , cette peinture si éner-
gique et si ferme :
Le dur Calder, à l'œil creux et farouche,
Ouvre en ronflant une profonde bouche.
Le glaive entier s'y plonge ; le Danois
(i) Il est curieux de rapprocher du texte la traduction de Mme Dacier,
pendant qu'ils continuent leurs plaintes lugubres, l'Aurore Tient annoncer
e lever du soleil. Peut-être les aristarques qui trouvent l'Iliade peu
poétique ne l'ont-ils lue que dans des versions de cette force. En ce
cas, ils n'ont d'autre tort que celui de juger ce qu'ils ne connaissent
point.
LITTIvRATUUK. 95
Se raidissant , ('•tend sa main tremblante ,
Pousse un cri sourd , et vomit à la fois
Son hydromel et son âme sanglante.
L'auteur imite Virgile qui avait dit :
Purpurcam vomit ille auima»m , et cum sanguine mi.vta
Vina refert moriens. (jE/icitl., lib. ix.)
Mais il imite en grand poète. S'il eût traduit avec cette vigueur
quelque extravagance de Schiller ou de Dryden, on n'aurait
pas assez d'éloges pour lui.
Du reste, ce n'est peut-être pas uniquement l'envie de se
singulariser, de choquer toutes les opinions reçues et d'intro-
duire en France le culte des dieux étrangers, qui porte certaines
personnes à décrier les vers de Parny : on trouve de loin à loin
dans ses ouvrages des traits mordons contre le mauvais goût
et contre l'importation des doctrines d'outre -Manche. Ces
traits, quoique adressés, il y a vingt ou trente ans, à d'autres
écrivains , peuvent avoir blessé les novateurs d'aujourd'hui.
J'en donnerai un exemple, et , quoique je le tire du plus faible
des écrits de Parny, de son fabliau intitulé Gorldam, je suis sûr
que mes lecteurs le verront avec plaisir. C'est un fragment de
la peinture du bois où règne le gnome Spleen.
Du gnome Spleen la maligne influence
Sur les Français agit moins puissamment.
Point de lacets , de poignards , seulement
De noirs pensers, cîe l'ennui, du silence.
Ils écrivaient , mais , hélas ! quels écrits !
Ils entassaient dans leurs tristes récits
I es vieux donjons et les nones sanglantes ,
Les sots geôliers , les grilles , les cachots,
Des ravisseurs de Lucrèces galantes,
De grands malheurs et des crimes nouveaux ,
Des clairs de lune , et puis les crépuscules,
Et puis les nuits, des diables , des cellules ,
De longs sermons , des amans sans amour,
gC LITTÉRATURE.
Des spectres blancs , des tombeaux , uue église ,
Tout le fatras enfin et la sottise
Renouvelés dans les romans du jour.
Ce n'est plus seulement dans les romans du jour que se re-
nouvellent les inspirations du gnome britannique ; elles ont
envahi les odes, les élégies, les grands elles petits poëmes; elles
se hasardent sur la scène, elles se glissent dans la philosophie.
Faut- il s'étonner après cela que leurs partisans dénigrent le
talent de Parny ? Mais de tels efforts sont impuisssans contre
sa renommée. La postérité a déjà prononcé sur lui. Il est placé,
et placé pour toujours, parmi les illustres écrivains , dont les
coteries peuvent un moment cacher la gloire aux regards de
l'ignorance, mais qui brillent d'un nouvel éclat dès que la
raison publique dissipe les brouillards sous lesquels on préten-
dait l'étouffer. Parny restera, ses ennemis littéraires passeront.
Ses opinions politiques, qu'il ne prenait point la peine de ca-
cher, et le tort grave qu'il eut de tourner en plaisanterie, dans
la Guerre des Dieux , les objets les plus sacrés de la foi chré-
tienne, lui ont fait des ennemis d'un autre genre. Ceux-ci, re-
connaissant tout son mérite littéraire , n'ont pas craint de ca-
lomnier sa conduite et de défigurer son caractère. Heureusement
pour Parny, il existe encore un assez grand nombre d'hommes
qui peuvent rendre témoignage de sa vie et démentir des accu-
sations absurdes. Tous ceux qui l'ont connu s'accordent à dire
que , si dans quelques unes de ses poésies légères il a semblé
prendre le ton des libertins de bonne compagnie, il peignait les
mœurs de son tems sans les suivre; que son commerce était
aussi sûr qu'aimable; que la bonté, la droiture, la dignité fai-
saient le fond de son caractère; qu'il fut toujours étranger à
l'intrigue, qu'il préféra la pauvreté au sacrifice de ses opinions.
On ne lui connut jamais un mouvement d'envie. Il se réjouis-
sait du succès des écrivains qui étaient déjà ses rivaux; il se
plaisait à encourager ceux qui pouvaient le devenir un jour.
La justice littéraire, dont tant de gens, justes d'ailleurs , croient
pouvoir se dispenser, fut toujours sacrée pour lui. S'il expri-
mait son jugement sur un ouvrage, c'était à la fois avec la mo-
LITTÉRATURE. 0?
destie d'un homme dont l'avis est wns importance, et avec l<-
scrupule d'un magistrat qui va porter un arrêt. Croyait-il, après
un nouvel examen, n'avoir pas tenu la balance parfaitement
exacte, il éprouvait le besoin de réparer son erreur devant
tous ceux qui l'avaient entendu. Parmi les nombreux exemples
qui prouvent l'extrême délicatesse de sa conscience poétique ,
je n'en citerai qu'un seul : il est remarquable. Lorsque M. Vie-
torin Fabre eut fait paraître, à l'âge de dix-neuf ans, quelques
heureux essais, Parny lui adressa une épître charmante où se
trouvait ce passage:
Vos vers ont le feu de votre ûge ,
Du premier âge des amours ;
Et, bravant le moderne usage,
Votre prose facile et sage
A la raison parle toujours.
Sept ans plus tard , M. Victorin Fabre avait déjà publié quel
ques-uns des ouvrages qui ont fondé sa renommée; Parny,
donnant une édition de ses œuvres , témoigna le désir de faire
des changemens dans la pièce adressée au jeune auteur dont le
talent avait si rapidement grandi. Mais , lui dit-on , puisque vous
conservez la date de l'épître, à quoi bon des changemens?
N'importe, répondit le Tibulle français, en voyant la date de
l'épître on verra aussi celle de l'édition; il est convenable que
j'exprime au moins quelque chose de mon opinion actuelle- et
il changea ainsi les trois derniers vers que je viens de citer :
Et la prose dans vos discours ,
Toujours riche , brillante et sage ,
A la raison parle toujours.
Avec un tel caractère, Parny devait obtenir l'amitié de tous
les hommes distingués qui couraient la même carrière que lui.
ïl l'obtint en effet. Plusieurs se sont plu à consigner dans leurs
écrits les sentimens qu'il leur inspirait, et sa mémoire sera tou-
jours environnée de leurs éloges.
Les circonstances ne permettant pas de publier tous ses
ouvrages, on s'est empressé de réimprimer un choix de ses
t. xxxvii. — Janvier 1828.
98 LITTÉRATURE.
poésies. Plusieurs éditions ont paru presque simultanément. Celle
que nous annonçons mérite à tous égards la préférence. Elle
est donnée par la famille de Parny, et faite d'après un exem-
plaire corrigé et mis en ordre par l'auteur lui-même qui l'avait
préparé pour une édition de ses œuvres complètes. C'est donc
là qu'il faut chercher la dernière pensée du poète. Là on est
sûr de ne rien rencontrer qui ne soit de lui et tel qu'il voulait
l'offrir au public. Les éditeurs y ont ajouté de jolies vignettes,
un portrait de Parny dessiné par M. Devéria, d'après le tableau
de M. Isabey ; et l'exécution typographique réunit la correc-
tion à l'élégance. Tout recommande ces deuxcharmans volumes
aux amis des beaux vers, à ceux surtout qui recherchent et
savent sentir la pureté du goût, l'harmonie,
Et la grâce , pïirs belle encor que la beauté.
On trouve dans le premier : les Poésies erotiques ; la Journée
champêtre; le Promontoire de Leucade ; le petit poème didac-
tique intitulé, fe? Fleurs; les Tableaux, morceaux délicieux
dont le Corrège lui-même aurait pu difficilement conserver
sur la toile toute la délicatesse et l'exquise fraîcheur; Jamsel ,
anecdote historique ; un choix de lettres eu vers et en prose ,
où des réflexions éminemment philosophiques' s'allient à de
douces peintures ; et les Déguisemens de Vénus.
Le second volume contient : les Chansons madécasses que
Parny ne donne que comme une traduction, mais où l'on
reconnaît partout le cachet de son talent; le conte en vers
intitulé, Voyage de Céline; Isnel et Asléga , poëme en quatre
chants; Goddam , fabliau en quatre chants; le Discours pro-
noncé par M. de Parny, le 6 nivôse an xi, lors de sa réception
à l'Institut; enfin, de nombreuses poésies légères réunies sous
Je titre de Mélanges , et parmi lesquelles on distinguera surtout
l'épisode de Thaïs et Elinin , tiré de la Guerre des Dieux ,
Y Épure aux insurgens ( des États-Unis d'Amérique), la Com-
plainte au tombeau d'Emma , et les Vers sur la mort d'une
jeune fille. L'état de notre littérature fera remarquer aussi une
petite pièce sans prétention qu'on pourra réciter, pour toute
LITTLK vil RE. 99
réponse, aux détracteurs de Parnv. Elle commence par ers
vers :
De notre Pinde le grand maître
A dit : Rien n'est beau que le vrai.
Mais sur notre Pinde peut-être,
Le beau vieillit, et maint essai
Nous promet sa ebute prochaine.
La sottise est féconde et vaine.
Vous le voyez, un vrai nouveau ,
Qui ne veut rien de la nature,
Un vrai dont la raison murmure,
Menace le vrai de Boileau.
Les novateurs à la critique
Opposent la faveur publique,
Celle au moins de leurs feuilletons,
De leurs amis , de leurs patrons ,
Et du commis à la boutique, etc.
Pour conserver leurs droits de propriété , les éditeurs ont
été forcés de publier séparément les Poésies inédites de Parny.
Mais le volume qui les renferme est imprimé dans le même
format et avec les mêmes caractères que les OEueres choisies ;
il sera placé sur le même rayon dans toutes les bibliothèques.
Il contient deux mille vers encore inconnus, et son apparition
est une bonne fortune pour tous les hommes qui ne sont poiut
insensibles aux nobles plaisirs de l'esprit. La plupart des pièces
qui le composent sont des fragmens; mais plusieurs, quoique
détachées d'un plus grand travail, forment un ensemble com-
plet. On y reconnaît à chaque page toutes les qualités qu'on
admire dans les autres écrits de l'auteur.
Le volume s'ouvre par une JVotice sur Parny, que nous
devons à M. Tissot. Cet habile écrivain y expose, avec autant
de vérité que de charme , les titres de notre Tibulle à l'estime
comme à la gloire, les vertus de l'homme et les talens du poëte.
C'est un morceau très-remarquable d'histoire littéraire et de
critique. Mais, plus cet excellent travail mérite d'éloges et de
confiance , plus je crois devoir relever une erreur qui s'y est
glissée. « Parny, dit M. Tissot, s'enorgueillissait de la gloire de
ioo LITTÉRATURE.
Napoléon, parce qu'elle était celle de la France, et qu'il atten-
dait de ce grand homme la plus haute prospérité pour notre
patrie. Après Austcrlitz , après Jéna, il se sentait transporté
d'admiration pour le héros du siècle, mais, convaincu que
l'entreprise de chanter le nouvel Achille demandait la trom-
pette d'Homère ou la lyre de Simonide, il se contenta de-
quelques beaux vers où il exprimait cette vérité avec autant de
noblesse que de modestie. » Je crois qu'en écrivant ce passage,
M. Tissot a été mal servi par sa mémoire. Sans doute, Parny
reconnaissait les grands talens de Bonaparte, mais, loin d'at-
tendre de lui la plus haute prospérité pour notre patrie , il le
regardait comme un génie funeste qui était venu interdire à la
France les nobles destinées où l'appelait la liberté. Si le chantre
d'Éléonore et d'îsnel écrivit que, pour chanter les exploits de
l'empereur, il faudrait la voix d'un Homère , ce n'était qu'une
manière polie de refuser une mission qui répugnait à ses doc-
trines. La pièce si courte et si gênée où il s'excuse ainsi suffirait
pour montrer avec évidence quels étaient ses vrais sentimens.
La place même que cette pièce occupe dans le recueil aurait
pu rappeler à M. Tissot le motif pour lequel elle fut composée.
Elle vient après une boutade (décembre i8o5), où Parny se
moquait des vers publiés de toutes parts en l'honneur de
Bonaparte, boutade qui valut à l'auteur une invitation, tant
soit peu menaçante, de faire oublier les sots panégyriques par
des louanges de meilleur goût. Du reste, cette méprise ne
diminue, n'affaiblit nullement le mérite d'une notice où tous
les ouvrages de notre poète sont appréciés avec infiniment de
goût et d'esprit.
On les verra jugés aussi, dans le même volume, par l'un de
nos plus illustres écrivains, M. Garât, qui chargé, comme pré-
sident de la classe de la langue et de la littérature française,
de répondre au discours de réception de Parny, répandit tout
l'éclat de son éloquence sur un sujet si fertile, où l'éloge, au
lieu d'être une convenance, était un devoir, où l'admiration
n'était que de la justice. X. P. D.
LITTÉRATURE. 101
OMNbill, or thl Ki iUKL ; Poern in tkrce cantos , eftfc. —
O'Nbill, ou' le Rebelle ;j poème en trois chants,
p;ir AV/u\ Lytton Bulwer(i).
En lisant le premier ouvrage d'un jeune auteur , lorsqu'il
porte l'empreinte d'un véritable talent, au vif intérêt que cette
lecture fait éprouver se joint l'espérance de mille jouissances à
venir. Chaque page du poëme qui nous inspire cette réflexion
est la révélation d'une âme ardente et fière, d'un esprit juste,
d'une imagination vraiment poétique. On y trouve, d'ailleurs,
l'expression vivante et animée de cette vérité qu'on ne saurait
trop reproduire : que l'oppression altère et corrompt les âmes
les plus nobles, en les excitant malgré elles à la révolte. Le
caractère du Rebelle est frappé d'une empreinte vigoureuse; il
offre l'image triste et imposante d'un de ces êtres forts, mais
déchus, qui semblent nés pour tout ce qui est grand, et qui
ne s'agitent que dans la sphère du mal. Il doit donc rappeler
les traits du Corsaire , de Lara , de Childe Harold\ mais nous
n'avons pas à reprocher à l'auteur d'en avoir tracé une copie
pâle et décolorée. Heureux celui à qui l'on peut trouver de
l'analogie dans sa manière de sentir et de peindre avec ce
grand poëte, regretté de l'Europe entière, et auquel il a été
donné, dans son court passage sur la terre, d'éveiller tant de
pensées, tant d'émotions profoudes !
Plus d'une fois nous avons cru reconnaître ses accens dans
les pages du Rebelle; c'est assez dire que ce poëme plaira
aux âmes tendres et enthousiastes. On ne découvre pas, il est
vrai, dans la poésie de M. Lytton Bulwer, ces teintes d'une
sombre misanthropie qui semblent indiquer la fatigue du plai-
sir, le dégoût des hommes et de la vie, sentiment qui mit lord
Byron en rapport avec tous les êtres qui souffrent. Au contraire,
l'âme de notre jeune poëte paraît s'ouvrir neuve encore à toutes
(i) Londres, 1827 ; Henry Colburn , New Burlington street. 1 vol.
gran din 12 de 1 40 pages.
îoa 1.1 ITERAIT II F,.
les impressions qu'elle lait partager: L'amour, il Le ressent; la
liberté, il la désire et l'appelle; il connaît la haine, parce
que des oppresseurs font gémir sa patrie. Il semble toujours
inspire par un sentiment qui le domine. Du moins, la vérité de
m> peintures et la force de ses expressions portent à le croire.
Le caractère du Rebelle présente tous les élémens de l'intérêt
dramatique. L'auteur peint en traits mâles et énergiques les
souffrances d'une âme ardente, irritée par la tyrannie; mais
il sait mêler à cette peinture d'heureuses oppositious. Une
douce vertu honore son héros : celle de l'amour constant; il
ne le met pas au nombre de ces êtres proscrits qui paraîtraient
n'avoir pu échapper au crime, quelle que fût l'influence de
l'ordre social qui eût pesé sur eux. Il l'anime, au contraire,
de ces belles facultés qui sont faites pour gouverner la foule
et la diriger vers le bien, mais qui sont détournées de leur
but par les funestes effets de l'esclavage. O'Neill marche à la
liberté par la licence; il est le chef d'une de ces troupes de
rebelles, si fameuses dans l'histoire de l'Irlande, qui s'asso-
ciaient pour se venger, par le meurtre et la rapine, des cala-
mités qui ravageaient leur patrie. Ne voulant pas néanmoins
rattacher son sujet à une époque déterminée, l'auteur a évité
de donner aucun développement à l'intrigue politique; et cette
teinte mystérieuse, répandue sur de grands intérêts, me
semble convenir parfaitement à ce genre de composition. Il
n'a donc eu l'intention de retracer aucun personnage connu ;
mais on peut dire que son héros a une ressemblance natio-
nale; car, à chaque page des annales irlandaises, on croit
rencontrer le type de cette fiction.
Pendant plus d'un siècle, c'est-à-dire, depuis la conquête
de l'Irlande par Cronuvell, cette malheureuse contrée a souf-
fert tous les maux qui peuvent désoler un peuple, les fureurs
de l'intolérance et l'avidité du pouvoir. Les catholiques, qui
formaient les deux tiers de la population, se virent privés
de leur patrimoine, et furent réduits à l'inertie et à une véri-
table mort civile par des lois injustes et barbares. Ces lois
réduisaient ceux qui ne voulaient pas embrasser le prote*-
1.1 I I I R \Il Il F.. 103
taulisme .1 traîner sur l«*in terre Datait; une déplorable exis-
tence, sans qu'aucun effort de leur industrie pût les faire
sortir de leur condition d'ilotes <'t <!<• parias. Elles leur fer
nièrent toutes les voies , celles du commerce, de L'agriculture,
el même de l'instruction publique.
Ou ne doit doue pas s'étonner que ce pays soit depuis tant
d'années en proie à l'anarchie, et qu'il ait vu si souvent naître
dans son sein des associations semblables à celle que dépeint
le poëme dont nous nous occupons.
Nous croyons que l'on peut rapporter les événemens de ce
poëme à la fiq du siècle dernier, lorsque l'esprit d'insurrec-
tion fermenta dans toutes les âmes, par l'espoir trompeur que
les Irlandais avaient conçu d'obtenir leur liberté à l'aide des
armes françaises.
Les premières pages du Rebelle présentent la situation mal-
heureuse de l'Irlande , et ses plus beaux sites privés de tous
leurs charmes pour leurs habitans qu'absorbe le sentiment
de leur misère. Ils sont opprimés dans leur religion et dans
leurs lois : « Lois dont la cruelle miséricorde ri offre de repos
([lie dans la prison , et d'abri que dans la tombe. »
Laws whose mercy only gave
Rest in the gaol , and shelter in the grave.
La rébellion s'établit dans une des vallées solitaires de la
contrée. Mais tout à coup une cause ignorée rend la tran-
quillité à ce malheureux pays; la révolte semble assoupie, et
O'Neill, qu'on ne fait pas connaître d'abord comme chef de
rebelles, paraît, sous le nom de Desmond , aux fêtes de ré-
jouissances qui se donnent chez lord Ullin , dont il doit
épouser la fille. Desmond, véritable nom du jeune lord, est
le dernier rejeton d'une tige royale qui gouverna l'Irlande
dans les tems les plus reculés. « Ses formes n'avaient rien de
grossier. L'éclat de sa jeunesse commençait à faire place à
des teintes plus viriles. Ses membres avaient ces belles pro-
portions que les Grecs aimaient à retracer, où la force était
unie à la légèreté, et adoucie par la grâce. Ses traits étaient
io4 LITTÉRATURE.
beaux comme l'antique, et des boucles noires se jouaient sur
un front large et ouvert. Son œil disait avec éloquence ce
que sa bouche, moins dangereuse, n'osait exprimer. Parfois,
néanmoins, un souvenir semblait voiler son regard, en tem-
pérer les rayons ou les faire étineeler comme la flamme.
Mais, en général, son air calme et indifférent semblait indi-
quer une pensée lente et des émotions rares. Bien qu'on fît de
sa croyance religieuse, jadis si chère, un sujet de doute, de
mépris, de blasphème; bien que le domaine perdu de ses
pères fût, comme tout ce qui est déchu, l'objet des plaisan-
teries du vulgaire, pourtant, la passion ne colorait pas son
visage, et ne lui arrachait ni le sourire du dédain ni la parole
insultante. Ceux qui l'avaient connu dans son enfance crurent,
avec étonnement, que son âme était devenue aussi insen-
sible qu'elle le paraissait. Peut-être ne se trompaient-ils pas.
Car avec les années s'effacent les fraîches impressions de la
jeunesse; comme des feuilles, elles se flétrissent une à une.
Les pensées qu'on a le plus aimées s'obscurcissent, et la vertu
paraît moins belle. Nous cessons de compter sur nous-mêmes;
nous renfermons les nobles pensées, trop sacrées pour la
foule; nous descendons à son niveau, et, par une longue
habitude, nous finissons par faire partie d'elle. La passion,
la sensibilité, toutes les sources si pures d'où découlent les
vives et hautes conceptions, n'ont rien de commun avec le
monde. Livrés à son influence, nous devenons trop froids
pour le bonheur, trop endurcis pour la souffrance; et chaque
année qui s'écoule ôte du prix aux promesses de l'amour et
aux rêves du patriotisme. Chaque jour l'esprit devient plus
étranger aux pensées et aux liens qu'il avait lui-même re-
cherchés, jusqu'à ce que, devenu indifférent à tout autre
intérêt que le sien , il s'y renferme, se rétrécit et se resserre. »
L'auteur rend avec un charme plein de vérité ces impres-
sions morales qui ont occupé les rêveries de tous ceux que la
réflexion a vieillis. C'est le privilège du génie de devancer les
lecous du tems, et la jeunesse du poète n'ôte point à ses pen-
sées cette profondeur et cetle justesse qui ne sont ordinaire-
LITTÉRATURE.
meut le partage que de l'âge mûr. il sait parler à la raison
comme à la sensibilité. Je ue puis me refuser an plaisir d'en
donner une seconde preuve, en citant une slrophe qui est
l'expression d'une de ces pensées heureuses qu'on aime à ren-
contrer.
Il est question d'O'Neill qui était passé dans les pays étran-
gers, et qui pendant long-tems ne reparut point.
« Les années s'écoulèrent; il est une heure de la vie que
souvent notre esprit inquiet voudrait pouvoir rappeler. Ce fut
celle qui nous dirigea vers le malheur ou la félicité. Une cir-
constance, souvent frivole en apparence, parfois ignorée de
tous, excepté de celui qui sent Irop bien l'influence qu'elle
exerce sur sa destinée, a pu donner sa couleur à toute l'exis-
tence. Le choix est un instant en notre pouvoir.. ; l'ame se
dirige ensuite obscurément vers le but fixé par le destin. Oui ,
['éternité peut dépendre d'une heure : et, avant que cette heure
soit écoulée, nous marchons vers la renommée, la disgrâce,
l'échafaud, ou un trône, puis à la mort; et vers quoi au delà
de la tombe? Ah! où se dissipera l'obscurité de nos
destinées ? »
Nous pensons qu'on ne saurait rendre avec plus de force
une vérité dont chacun peut faire l'application à quelque cir-
constance de sa vie. On ne lira point cetle page sans s'y ar-
rêter, sans rêver au passé, sans qu'un souvenir mystérieux,
long-tems éloigné , vienne se représenter à l'esprit.
M. Bulwer a peu multiplié les incidens; mais il a donné un
libre cours au développement de ses pensées. Aussi, on revient
souvent à cette lecture avec un plaisir qui a toujours l'attrait
de la nouveauté; car , l'analyse des sentimens, nous reportant
au-dedans de nous-mêmes, éveille une activité intérieure mille
fois plus douce que cette vaine curiosité qui se rattache aux
événemens, et qui, une fois satisfaite , ne laisse rien après elle.
Dans cepoëme, les faits ont le mérite de n'être pas assez nom-
breux pour le réduire à une pure narration, mais d'être assez
bien choisis pour offrir à la pensée des tableaux, tantôt pleins
de vigueur, tantôt remplis de grâce. Nous n'en offrirons pas
iu6 LiTlEilATlRE.
l'analyse : nous craindrions de diminuer le plaisir que donnera
la lecture de ce charmant ouvrage; niais nous dirons que l'au-
tour sait peindre les images les plus opposées avec un talent
égal. Rien n'est plus tendre, plus poétique que la scène d'adieu
entre Desmond et JSllen, alors qu'il la quitte pour rejoindre les
conjurés. Elle ignore le motif qui l'éloigné; mais son cœur
pressent une longue absence. « Ah ! il y a dans cet adieu, dit-
elle, plus qu'un adieu ordinaire ! »
Quand elle est pressée ensuite par son père de former un
autre lien, l'auteur essaie d'exprimer l'ascendant auquel cède
son affection filiale; il peint avec des couleurs si vraies la force
de ce pouvoir lent , mais sûr, qu'exerce toujours sur nous l'af-
fection qui ne commande pas, mais qui implore, qu'il n'est
personne qui ne soit ému en lisant ce passage , et qui ne se
reconnaisse capable d'un sacrifice ainsi obtenu.
Lorsqu'à ces scènes touchantes succèdent les sombres entre-
vues d'O'Neill avec les conjurés, la description de leur réduit
secret, de leur table de festin, sur laquelle les coupes et les
glaives se trouvent entremêlés, on frémit en écoutant le dis-
cours éloquent de leur chef, et on ne peut se refuser à l'admi-
ration qu'inspirent des moyens d'un ordre si élevé.
L'entretien d'O'Neill dans sa prison avec son ennemi Marlow,
le discours qu'il adresse au peuple au moment de son exécu-
tion, la peinture de la foule qui se presse autour de i'échafaud ,
sont autant de morceaux d'une admirable énergie. L'auteur
semble emprunter alors aux meilleurs historiens quelques-unes
de leurs couleurs sombres et fortes, de même qu'il se rapproche
par la facilité de sa diction du poète le mieux inspiré que l'on
ait jamais connu.
Nous voudrions pouvoir citer tous les passages qui nous ont
frappés. Ce serait le meilleur moyen de louer cet ouvrage,
comme il mérite de l'être. Mais, resserrés dans des limites
étroites , nous ajouterons seulement ici quelques traits de la
touchante figure d'Ellen , sur laquelle le poète a répandu tout
le charme délicat dont on peut embellir une femme.
Après avoir décrit les tristes tableaux qu'Ellen avait sans
uni k m i\\ ..,-
cessç devant les yeux , il ajoute : De telles scènes avaient ob-
icurci d'un voile mélancolique l*éclal brillant de sa jeunesse, et
la beauté de ses traits, le sonde sa voi\ avaient une harmonie
pleine de magie et de tristesse ; l'abattement de son âme se
iisait dans la profonde sensibilité de son regard. Solitaire, peu
sive, mélancolique] dès sa naissance, son cœur avait paru trop
tendre pour élre gai. Tels sont ceux sur lesquels l'amour aime
à régner, ceux pour lesquels il convertit en chaînes ses plus
légères guirlandes. Pour eux, le monde des antres n'est rien; ils
se renferment en eux-mêmes pour se nourrir de leurs douces
pensées; la passion devient leur vie. Ah ! malheur à ceux à qui
le délire de l'amour rend le repos à charge, qui lient à des
roseaux leurs espérances , leurs joies, et murmurent contre les
vents capricieux qui les brisent!
« Heureux celui dont le cœur inconstant trouve à chaque
fleur nouvelle un charme nouveau! Malheur à celui qui, liant
à une seule son destin, veille, adore, se désespère et meurt! »
La versification de ce poëme est facile; les mots semblent
obéir à la pensée. On engagerait même l'auteur à se défier de
cette facilité qiti laisse remarquer quelquefois des épithètes
hasardées, et des expressions qui manquent de justesse. Ces
défauts sont rares néanmoins; et pour y échapper, il su Ait
que M. Bulv> er se rappelle que , plus l'imagination est riche et
abondante, plus il faut chercher à lui associer la patience et
la méditation ; elles seules peuvent donner aux productions de
l'esprit ce degré de perfection et d'élégance dans le choix des
expressions, qui ajoute tant de prix aux belles inspirations de
la pensée.
H — e P.
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
I. — * Lectures of the éléments of polltical economy, etc. —
Leçons élémentaires d'économie politique, par Thomas Coo-
per, D. M.r président du collège de la Caroline du sud, pro-
fesseur de chimie et d'économie politique. Columbia, 1826.
In-8Q de 280 pages;
On voit, par le titre de cet ouvrage, que M. le professeur
Cooper possède une grande diversité de connaissances: et en
effet, l'économie politique n'est pas une science qui puisse
subsister isolée comme les mathématiques, et en général, les
sciences abstraites; elle s'environne de compagnes qui sont ses
auxiliaires naturelles et nécessaires. On ne peut discuter assez
bien les intérêts de l'industrie , si l'on n'est pas initié à ses
procédés, aux connaissances qu'elle applique, aux ressources
qu'elle possède, aux besoins qu'elle ressent : le commerce, et
principalement le commerce maritime, ne peut se passer des
secours de la statistique, et fera très-bien de se munir de
notions exactes, aussi étendues qu'il sera possible, sur toutes
les matières qui sont un objet d'échange, sur les contrées qui
les produisent, etc. L'économie politique se chargeant de co-
ordonner les ressources des sociétés humaines et de les diri-
ger vers le plus grand bien qu'elles puissent opérer, est une
partie considérable de la science sociale, complément de toutes
les autres sciences, et qui ne peut venir que la dernière. Nous
n'en avons donc encore que la première ébauche, quelques
vérités sans liaison, altérées peut-être par un mélange qui
(1) Nous indiquons par uu astérisque (*) , placé à côté du titrede chaque
ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui paraissent dignes d'une atten-
tion particulière , et nous eu reudrous quelquefois compte dans la section des
Analyses.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE. 109
les défigure, Ct leur fait perdre une partie de leur utilité. Dans
cet état de nos connaissances, nous n'avons pas le droit de
pronoucer le mol d'éiémens, au sujet d'une science à peine
commencée. Si les étémens étaient autre chose que les principes
généraux, les vérités génératrices de toutes celles dont la
science est composée, ce mot n'aurait aucun sens rigoureux;
il ne serait pas bien placé dans le dictionnaire des sciences.
Qu'on nous fasse des traitas d'économie politique, jusqu'à ce
que l'on soit arrivé à la découverte de ses élémens, enveloppés
peut-être de ténèbres plus épaisses que celles qui nous déro-
bèrent si long-tems la connaissance de la gravitation univer-
selle. Et en effet , M. Cooper n'a traité que des questions
isolées en petit nombre, et dont quelques-unes ne sont pas
élémentaires; car elles supposent la solution d'une série d'autres
questions préparatoires dont chacune exigerait de profondes
méditations. Telle est, par exemple, la dissertation sur l'in-
fluence de l'accroissement de la population sur le bien être
des sociétés. M. Cooper est , sur cet objet, du même avis que
M. Malthus, sans fortifier par de nouveaux raisonnemens la
doctrine du philosophe anglais. Le professeur américain n'est
•pas encore arrivé à la détermination précise de la valeur, et des
moyens de comparer entre elles des valeurs de différentes na-
tures : il ne nous met donc pas encore en état d'appliquer le cal-
cul à des questions qui, en dernière analyse, appartiennent
à V arithmétique politique. N'hésitons pas à dire une vérité sé-
vère, mais qu'il est lems de reconnaître : on regarde générale-
ment l'économie politique comme plus avancée qu'elle ne l'est;
ses bases sont mal assurées, et seront peut-être exposées à de
fortes commotions : ce danger, si elles l'éprouvent, ne peut être
qu'une crise salutaire : on a commencé trop tôt, et par des
procédés encore mal éprouvés, un édifice qu'il faudra peut-
être reconstruire en entier. Mais, en attendant cette grande
révolution dans la science, et afin qu'elle arrive plus promp-
tement et sous des auspices plus favorables, que l'enseigne-
ment de l'économie politique soit maintenu, que les traités de
cette science suivent exactement ses progrès. Quoi qu'on en
dise, un savoir incomplet vaut mieux qu'une ignorance totale;
et, puisque les méprises de l'apprentissage sont inévitables, il est
bon de commencer le plus tôt possible, et de continuer avec
persévérance les exercices qui nous rendront plus habiles.
Nous n'indiquerons pas l'ouvrage de M. Cooper comme une
acquisition que nous aurions à faire au moyen d'une traduc-
tion ; nos compatriotes ont pourvu aux besoins de l'enseigne-
ment , en tout ce qui est relatif à l'économie politique : mars
nu LIVRES ETRANGERS.
pour l'usage des savans, et pour l'histoire de la science, cet
ouvrage sera fort bien placé dans les bibliothèques.
2. — * Biography of thc signers to the déclaration of inde-
pendencc , etc. — Biographie des signataires de la déclara-
tion de l'indépendance des États-Unis. Philadelphie, 1827.
9 vol. in-8°.
Ce n'est pas la curiosité, mais la reconnaissance publique
dont les soins diligens et souvent pénibles ont recueilli les
matériaux de cette histoire. Il a fallu vaincre la répugnance
qu'éprouve naturellement l'homme le plus digne d'estime
lorsqu'il s'agit de parler de lui-même et du bien qu'il a fait ;
les citoyeus dont on voulait consacrer la mémoire n'avaient
point travaillé pour la renommée, et ne lui demandaient point
qu'elle s'occupât d'eux : ils étaient épars sur un immense ter-
ritoire, livrés aux soins domestiques dont ils avaient été long-
tems détournés parles intérêts de la patrie. Ceux qui se plaisent
à lire les biographies de Plutarque seront encore plus satisfaits
de celles-ci; car ils y trouveront la fidèle image de ce que les
tems modernes sont, quoi qu'on en dise, en étatde produire de
grand, de noble, de vertueux. Les ouvrages tels que celui-ci
seraient une source d'instructions pour le législateur qui saurait
en profiter. Il y verrait que les hommes dont le caractère moral
fait le plus d'honneur à l'humanité sont seuls capables de cer-
tains crimes politiques contre lesquels il arme le bras de la
justice, et qu'il condamne aux supplices réservés aux plus
infâmes scélérats; c'est ainsi que les lois, devennant souvent
complices de la tyrannie, perdent 'l'estime des hommes qui
pensent et le respect des peuples.
La biographie des signataires de l'indépendance des États-
Unis est un livre national pour cette heureuse république.
Rendra-t-on le même hommage aux fondateurs des nouvelles
républiques du Nouveau-Monde? S'ils troublent cette patrie
dont ils ont préparé l'affranchissement, si leurs dissentions
l'empêchent de jouir des bienfaits de la liberté, ils l'auront
dispensée de toute reconnaissance; au lieu d'être ses fils aînés
et chéris, ils ne seront que des enfans dénaturés : espérons
qu'un aussi grand malheur ne menace point ces nouveaux
états sur lesquels les amis de l'humanité ont sans cesse les yeux
ouverts, et pour lesquels ils font les vœux les plus ardeus. F.
Ouvrages périodiques.
3. — * Tiœ New- York médical and physical journal. —
Journal de médecine, etc., de New-York. New- York, 1827;
AMERIQI E SEPTENTR. — AMER. MKRID. m
Imprimerie de Kliss. lu 8°j ce recueil paraît par livraisons tri
méstrielles.
Les journaux de médecine du Nouveau-Monde ne le cèdent
nullement, sous le i apport de l'intérêt scientifique, à ceux qui
se publient (Mi Europe. On s'accorde à assigner à celui que
nous annonçons le premier rang parmi les recueils pério-
diques américains , consacrés à la science médicale. L es prin-
cipaux articles contenus dans le dernier cahier qui en a paru,
sont les Suivant: i° im Extrait traduit de Vanatomie chirurgicale
de M. Velpeau, par le docteur Sterling, de New- York;
2° une Notice sur un cas dans lequel le laudanum a été extrait
de l'estomac au moyen de C appareil de Read, par le docteur
IMoore, de New-York; 3° des Observations sur l'usage de la
stramoine dans le rhumatisme chronir/ue, les névralgies, etc. ,
par le chevalier de Kirckhoff; 4° Sur l'Epidémie qui a régné ,
en 1826, dans quelques provinces de la Hollande, par le même;
5° Sur les bons effets du prussiatc de fer dans le traitement de
l'épilepsie, par le même; 6° Notice sur l'épidémie qui , en 182/i
et 1825, a ravagé quelques districts de Java, par le même;
7° Sur la formation du gaz hydrogène phosphore, par le profes-
seur Beck , de New- York, etc. O.
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.
4- — Roi de policia. — Compte rendu de la police. Impri-
merie de R. Reugifo. — Cette feuille, dont le premier numéro
a paru le 8 avril 1827, à Santiago de Chili, est publiée à des
époques variables, à mesure que les affaires le demandent.
5. — Régis tro de documentos ciel Gobierno. — Registre des
documens du Gouvernement. — Celte feuille est beaucoup plus
ancienne que la précédente, et paraît de même irrégulièrement,
en raison de l'urgence des affaires, ou de l'abondance des
matériaux : elle sort de l'imprimerie de la bibliothèque.
(Ces deux feuilles sont officielles et envoyées par le gou-
vernement aux autorités publiques. On ne dit pas comment les
simples particuliers peuvent se les procurer.)
6. — La Aurora. — L'Aurore. — Cette feuille est pério-
dique, et paraît six fois par mois. Prix de la souscription,
2 pesos par trimestre. On s'abonne à l'imprimerie de R.
Rengifo, et chez MM. don Martin Andonaegui, et don
Antonio Ramos. Le premier numéro a paru le 16 juin 1827.
7. — La Gave , etc. — La Clef, feuille périodique, poli-
in LIVRES ÉTRANGERS,
tique el d'indications el annonces. La souscription est de 8 réaux
pour autant de numéros. On s'abonne chez don Antonio Ra-
mos. Le premier numéro a paru le jeudi 21 juin 1827. Ce jour-
nal paraîtra le jeudi de chaque semaine.
8. — Misce.Uaneu politica y lifter aria. — Mélanges politiques
et littéraires. — Ce journal est né au mois dé juillet 1827 : il
paraît quatre fois par mois, el l'abonnement est de 6 réaux
par mois. On s'abonne chez MM. don Martin Audonaegui et
don Antonio Ramos.
g. — Constitution politica del estado de C/iile. — Constitu-
tion politique de l'état du Chili. Ouvrage réimprimé à Londres ,
1827. Imprimerie espagnole de M. Calero, 17, Frederick place,
Groswell road.
En moins de deux mois , trois journaux consacrés à la poli-
tique, aux lettres et aux affaires ont fait leur apparition dans
un pays que le régime de l'Espagne n'avait pas disposé pour
cette activité intellectuelle. L'heureuse influence de la liberté
commence donc à se faire sentir au Chili; et, puisqu'on y a
goûté ses douceurs, on ne pourra plus s'en passer; le joug de
la métropole est brisé pour toujours, et les Chiliens ne bais-
seront pas la tête sous le sceptre d'un maître. L'existence po-
litique de cette partie de l'Amérique est fixée invariablement;
les fondateurs de la république tracent les limites du territoire,
depuis le cap Horn jusqu'au désert d'Alacama, et depuis le
sommet des Andes jusqu'à la mer, avec les îles adjacentes.
Ainsi l'ancien territoire du Chili est prolongé à travers ia
Patagonie jusqu'à l'extrémité du continent américain; un dé-
veloppement de plus de neuf eents lieues de côtes, dont les
deux tiers au moins peuvent alimenter une population nom-
breuse par les seules productions de la terre, assure à ce pays
les avantages d'une navigation très-active : quant à son com-
merce, il dépendra de son industrie comparée à celle des
nombreux concurrens qu'il rencontrera dans cette carrière. ïl
est à craindre que les facultés naturelles, dont les Chiliens ne
sont pas moins bien pourvus qu'aucune autre nation , ne se
développent plus tard et plus incomplètement que dans les
autres États américains : le Chili introduit l'intolérance reli-
gieuse dans sa constitution , excepté dans des cas si rares que
ces exceptions à la loi générale n'auront peut-être jamais lieu.
Il serait pourtant injuste de blâmer les auteurs de la constitu-
tion, sans connaître les motifs qui les ont déterminés, sans
examiner s'ils n'ont pas dû céder à des habitudes qu'il eût été
dangereux de contrarier, au besoin de l'union si impérieux
pour les États naissans, et dont l'organisation encore faible
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE, ni
peut èlrè facilement altérée « et même détruite, Malheureuse-
ment aucune disposition efficace n'est introduite pour amélio-
rer la constitution , lorsqu'on en sentira le besoin : la manière
de procéder à la revision d'un seul article est tellement com-
pliquée, embarrassante, surchargée de conditions et de diffi-
cultés, qu'autant vaudrait avoir décrété l'immutabilité absolue
du pacte fondamental. Les nations plus libres dans les voies
du perfectionnement social , où tous les individus qui peuvent
s'éclairer mutuellement sont mis en contact, et jouissent au
même titre et au même degré des avantages de la cité, pren-
dront le pas sur le Chili; le surpasseront constamment en in-
dustrie, en force, en bien-être social : aucune richesse ne peut
dédommager de ces grands biens; et quand même la nation
chilienne se résoudrait à n'occuper que le dernier rang en
Amérique, penserait-elle que son indépendance ne sera jamais
compromise, et que sa position géographique la met suffisam-
ment en sûreté? Cette confiance serait dépourvue de sagesse
fet de dignité.
Il est d'autant plus nécessaire au Chili de s'occuper des
moyens d'améliorer sa position sociale, qu'il semble que la
nature lui refuse maintenant une partie des biens dont elle
l'avait comblé. Le climat délicieux de !aSerenay de Valparaïso,
a fait place à d'épouvantables orages. En 1827, les torrens, plus
destructeurs que les tremblemens de terre, ont ravagé tout le
pays : il semble que la longue chaîne de montagnes qui, sous
des noms différens, traverse le continent américain depuis les
mers du pôle nord jusqu'au détroit de Magellan, sépare les
domaines de deux puissances contraires , l'un à l'est, dont le
climat s'améliore, et l'autre à l'ouest, dont le climat devient
de plus en plus sévère et intraitable. En 1827, le gouverne-
ment du Chili avait à réparer de grands désastres dont les jour-
nauxquisont le sujet de cet article contiennent les détails : il
était au dessus de ses forces de soulager tous les infortunés ,
et il pouvait encore moins faire disparaître les immenses dé-
gâts causés parles eaux descendues des montagnes, rendre la
fertilité aux vallées dépouillées de terre végétale, rétablir les
plantations, débarrasser le sol des rochers et des graviers
déposés par les torrens. C'est dans des circonstances aussi pé-
nibles qu'un gouvernement s'applaudit d'avoir été économe,
d'avoir mis en réserve pour des besoins réels ce que l'on pro-
digue ailleurs pour le luxe des cours, et pour mieux river les
fers des peuples.
La feuille officielle, intitulée Roi de policia, a pris pour
épigraphe la définition de la police donnée par Bentham dans1
t. xxxvii. — Janvier 1828. S
1 1 * LIVRES ÉTRANGERS.
son traité de législation : « C'est un système de précautions dont
le but est de prévenir les délits, et de pourvoir aux calamités
publiques; le mal moral et les besoins physiques sont égale-
ment l'objet de ses prévoyances.» On s'attendait bien qu'il
ne serait point question de cette police cadavéreuse, suivant
l'énergique expression de Mirabeau, qui prend ses agens dans
les bagnes et dans la fange de la corruption morale la plus
dégoûtante. Celle-là cache ses opérations, les noms de ses em-
ployés, et ne rend point de compte public: celle du Chili
s'environne de toutes les lumières de la publicité. Elle ne se
borne pas à faire connaître ses actes; elle en expose les mo-
tifs, et les discute avec une clarté qui ne peut manquer de
convaincre pour le moment, et d'éclairer pour l'avenir. Loin
d'affermer les maisons de jeu, elle les fait rechercher, afin de
punir les auteurs de ce brigandage. Elle réprime le zèle indis-
cret des prédicateurs : elle invite les écrivains périodiques à la
seconder dans la recherche de ce qui petit être utile ou dan-
gereux. C'est par elle que nous sommes informés du zèle que
les citoyens, et même les étrangers qui se trouvaient au Chili
lors des inondations, ont montré pour le soulagement des vic-
times de ce désastre. Il n'y a rien de véritablement, d'essen-
tiellement honnête qu'on ne puisse attendre d'une telle police.
En vérité, notre langue est trop pauvre : est-il permis de dési-
gner par le même mot une magistrature prudente et tutélaire,
et l'espionnage organisé au profit de quelques misérables inté-
rêts? Il n'y a que trop d'États où la police est dégradée jusqu'à
ces ignobles fonctions.
Le Registre des document officiels composera quelque jour
un recueil très-précieux pour l'histoire. On y voit que le con-
grès chilien procède à l'organisation définitive du pays avec
une lenteur qui tient sans doute aux difficultés qu'il éprouve,
et peut-être aussi au caractère espagnol, que les grands dan-
gers ne peuvent déterminer à presser une délibération:
Hispani in tanto discrimine consultabant.
Une marche aussi réfléchie s'accorderait mal avec la pro •
lixité du langage : cependant, aucun développement néces-
saire n'est oublié, et chaque loi ou décret est précédé d'un
court exposé des motifs; le législateur s'adresse à l'intelligence
des citoyens, et veut qu'ils comprennent les lois avant de les
sanctionner par leur acceptation.
C'est principalement dans les écrits périodiques non officiels
que l'on peut reconnaître l'esprit actuel d'une nation, sa ten-
dance, sa physionomie morale. Le mois de juin 1827 en a vu
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 11S
paraître deux a la fois dans la capitale du Chili : l' Juron se
montre six fois par mois, et la Clef tilt son office chaque jeudi
de la semaine. Le premier recueil est plus littéraire, et le second
est plus abondant en nouvelles ; l'un et l'autre sont rédigés dans
des vues très louables, avec un sincère patriotisme. L' Aurore
montre à découvert la détresse des finances du Chili , et ne
crie pas à la dilapidation , ce qui est rare dans les républiques ,
aussi bien que dans les monarchies : on y trouve des particu-
larités intéressantes sur le canal du Maypo; et la Clef donne
les statuts de la société formée pour L'achèvement de ce grand
ouvrage destiné à l'arroscmentde la plaine comprise entre cette
rivière et le Mapocho. On voit, dans l'un et l'autre journal ,
qu'après dix-sept ans de révolution, les chances diverses de la
guerre et des agitations civiles, dans une république sans cons-
titution et soumise encore à un gouvernement provisoire, les
biens des couvens supprimés sont achetés avec confiance au
même prix que les autres propriétés. Cette disposition des es-
prits serait de bon augure, si le projet de constitution n'avait
pas consacré l'intolérance religieuse. Remarquons, sur ce grave
sujet, combien notre faible raison est sujette à se laisser entraî-
ner par des illusions, à se soumettre à la puissance des mots.
C'est peut-être a l'étymologie du mot tolerancia qu'il faut attri-
buer l'art. 10 de la constitution chilienne. Le congrès constituant
n'a pas vu que la liberté religieuse n'est pas accordée aux ci-
toyens par la condescendance du législateur; que c'est un droit
encore plus sacré que celui de la propriété ; que les monarchies
même le respectent, à l'exception de l'Espagne, dont l'exem-
ple devrait avoir peu d'autorité dans les anciennes possessions
espagnoles en Amérique. Dans X Examen instructifs publie sous
la forme de dialogues, à la suite de la Constitution politique du
Chili, on lit cet étrange raisonnement : « Il n'y aura pas de tolé-
rance au Chili, parce qu'elle suppose la nécessité de souffrir,
et qu'étant tous d'accord pour n'admettre qu'un seul culte, ce-
lui de la religion catholique romaine, nous ne pouvons avoir
aucuns démêlés relatifs à cet objet, et que nous ne sommes pas
dans le cas ni de souffrir de la part des autres, ni de leur faire
endurer à eux-mêmes les relations avec des hommes qu'ils ne
pourraient voir sans que leur conscience en fut alarmée, ete »
Cette logique peut mener très-loin en politique : elle assurerait
l'empire de l'habitude, interdirait les innovations les plus rai-
sonnables ou les plus indifférentes, le changement de lois fu-
nestes, aussi bien que celui des foi mes descoiffures ou des pour-
points. Une nation qui s'engage ainsi à persister dans une voie
déterminée, et qui rejette ceux de ses membre;, qui s'en écarte-
ii G LIVRES ETRANGERS,
raient, se prépare dans l'avenir des troubles intérieurs, des
crises, des périls : les fautes de cette nature ne peuvent être
commises impunément.
On ne peut guère douter que les fondateurs delà république
chilienne n'aient mis des obstacles à la prospérité future de la
patrie dont ils auront ce, endant si bien mérité: mais, quelque
infortune qui puisse atteindre le Chili , elle ne sera point com-
parable à l'affreuse position de la république de Guatemala. Cet
Etat, formé le dernier de tous, se vantait que sa révolution n'a-
vait coûté ni sang, ni larmes; le génie du mal a pris une épou-
vantable revanche. On peut en juger par l'ordre suivant, publié
par le chef des révoltés.
« José Pierson , commandant général des forces armées des
quatre départemens, arrête : i° que tout groupe de plus de
trois personnes sera dispersé à coups de fusil ; 2° que toutes les
armes, de quelque nature qu'elles soient, seront déposées au
quartier-général, dans les vingt quatre heures; tout individu
qui en aura conservé, fût-ce même une fronde, une canne, un
canif, sera fusillé sur-le-champ; 3° on passera par les armes
tous ceux qui tenteraient de séduire les soldats ou les paysans.... »
Dans une de ses proclamations , le président du gouvernement
fédéral dit que ce chef rebelle est un étranger ; si l'Amérique
n'est pas tout-à-fait sans torts à l'égard de l'Europe, il faut
convenir que l'Europe a fait aussi au Nouveau-Monde de bien
funestes présens.
Revenons au Chili et à des idées moins pénibles Le climat de
ce pays passe depuis long-tems pour un des plus favorable»
à la longévité : L'aurore en donne un exemple remarquable.
Dans le petit canton de Colina , un vieillard de 1 1 6 ans , et une
femme âgée de 107 ans, ont terminé leur carrière au mois de
juin 1827. Il reste dans le même lieu un vieillard de 108 ans
qui subsiste de son travail et nsonte presque tcus les jours à
cheval, et un autre encore plus robuste , mais qui n'a pas plus
de 104 ans, outre une femme qui est certainement plus âgée que
l'un et l'autre d'un bon nombre d'années; car aucun homme ciu
pays ne se souvient de l'avoir vue jeune : elle-même a tout-à-
fait oublié son âge, et ses descendans de toutes les générations
actuellement vivantes sont en nombre illimité.
Nous ne pourrons dire qu'un mot des Mélanges politiques et
littéraires dont nous n'avons vu que trois numéros. Le but des
rédacteurs est de répandre la connaissance du gouvernement
représentatif, et de recueillir ies expressions de l'opinion pu-
blique à laquelle ce gouvernement doit se conformer en tout ce
qui est juste et utile. Us combattent les doctrines du fédéralisme
\ MKRIOUE MÉRIDIONALE.— EUROPE. 117
dont l'exemple de Guatemala préservera sans doute les nou-
velles républiques. En général, les dissertation* insérées dans
ces Mélanges sont sages, mais quelquefois trop courtes, en rai-
son de l'importance de leur objet. Les premiers numéros sont
presque entièrement politiques; nous ne savons donc pas en-
core comment la littérature y sera traitée. Y.
EUROPE.
GRANDE BRETAGNE.
10. — * Travels t/irough Sicily, etc. — Voyage en Sicile et
aux iles Lipari, pendant le mois de décembre 1824; par un
Officier de la marine ; enrichi de Vues et de Costumes dessinés
sur les lieux, et lithographies par M. L. Haghe. Londres, 1827;
r lint. In-8° de 367 pages.
Cet ouvrage contient plutôt l'histoire ancienne des principales
villes de la Sicile, que des observations nouvelles et intéres-
santes sur le caractère, les mœurs et les usages des Siciliens
modernes; si l'on excepte quelques invectives contre les mau-
vaises auberges, quelques déclamations contre le clergé et les
moines siciliens; enfin, quelques descriptions emphatiques des
côtes, des montagnes, de l'Etna, etc. On ne trouve dans ce
livre que des récits tirés de Diodore de Sicile, de Denis d'Ha-
licarnasse , de Virgile, etc, et surtout de Cluverius et de Fazellus.
Pour ne pas remettre sous les yeux de nos lecteurs ce qui ,
depuis leur jeunesse , a été pour eux un objet d'étude , par
exemple, les diverses circonstances de la guerre Punique, de
l'invasion de Nicias, etc; et surtout pour aborder un sujet plus
iutéressant, c'est-à-dire la connaissance des mœurs contempo-
raines, nous rassemblerons ici quelques-unes des observations
les plus remarquables de l'auteur.
« Il y a, dit-il , dans le caractère des Siciliens des disposi-
tions naturelles qui, sous l'influence d'un système libéral, élè-
veraient cette nation à un rang honorable dans l'échelle sociale.
Les Siciliens sont vifs, généreux, hospitaliers, polis et spiri-
tuels. Leurs passions sont fortes, mais elles sont adoucies par
un penchant naturel à la bienveillance et aux sentimens affec-
tueux. Mais ces heureuses dispositions sont trop souvent altérées
par un gouvernement égoïste, dont la politique étroite et su-
rannée , aidée de la coupable assistance d'un clergé bigot et
ignorant, anéantit ou du moins retarde chaque effort qui
tendrait à affranchir les facultés morales de la nation et son
énergie physique, des préjugés qui les retiennent inactives.
n8 LIVRES ETRANGERS.
C'est poar parvenir à ces funestes résultats qu'on excite le
peuple à s'abandonner avec un fanatisme aveugle aux pratiques
de l'église romaine, pratiques dont quelques-unes tiennent plus
des vaines pompes du paganisme que de la simplicité et de la
pureté de la foi chrétienne. A ces causes si puissantes de la dé-
gradation d'une nation , nous devons ajouter l'effet produit par
l'habitude qu'a la noblesse sicilienne de vivre dans les pays
étrangers. La noblesse qui, en Sicile, forme, même sous le rap
port numérique, une partie très-importante de la population,
non seulement ne vit pas dans ses terres, mais même ne les
visite jamais, excepté quand il s'agit d'arracher le paiement de
revenus arriérés , revenus qui s'acquittent toujours en nature
et d'après des stipulations particulières entre le propriétaire et
son fermier. C'est à Naples principalement, et sur le continent
en général , que les nobles et les riches vont dépenser leurs
revenus, privant ainsi leur terre natale de ces avantages mo-
raux qui résultent presque toujours d'une communication ha-
bituelle entre l'homme riche et ses subordonnés, et des ré-
sultats heureux qui naissent de l'émulation parmi les classes
laborieuses d'une nation.
« On ne fait rien en Sicile pour l'amélioration de l'agricul-
ture. Non seulement nul encouragement n'est offert au fermier
pour l'exciter à perfectionner les procédés employés depuis
plusieurs siècles, mais tous les obstacles civils et religieux s'op-
posent à la moindre innovation.
« Les difficultés et les dépenses qu'entraîne le transport par
terre des marchandises, dans un pays presque totalement dé-
pourvu de routes praticables, augmente nécessairement le prix
des articles de première nécessité. Mais, quand de stupides res-
trictions locales viennent encore ajouter à ces entraves, le
commerce n'est plus qu'un misérable trafic.
« Les classes pauvres et laborieuses , presque toujours sans
ouvrage, mènent une vie inactive* elles végètent dans un état
complet d'abjection , sans l'assistance et hors de la vue des
classes plus riches et plus éclairées, abandonnées ainsi à tous
les besoins et à toutes les superstitions. Cependant, grâce à là
douceur du climat, les horreurs de la misère sont considéra-
blement atténuées, et le peuple, malgré sa pauvreté, est résigné
et paisible. »
Cet ouvrage renferme des renseignemens utiles pour les
voyageurs qui voudraient visiter la Sicile; il contient aussi plu-
sieurs lithographies exécutées avec soin. Nous avons particu-
lièrement remarqué celles qui représentent les temples de la
Concorde, de Junon, de Cérès, etc. H.
GRANDE-BRETAGNE. 119
n, — Rccommendaçùtn <lc ta iecturat etc. — Recomman-
dation de la lecture tic la Hible en langue vulgaire, par le
Dr Vu 1 vm 1 \ \. Londres, 1827. In-iadc 88 pages.
Ce petit éciit est un abrégé très-succinct d'un grand ouvrage
publie, il y a déjà bien des années, par le savant Yillanueva,
l'un de ces estimables Espagnols qui , retirés en Angleterre,
expient dans l'exil le tort d'avoir des taiens et d'avoir rendu
(ics services éminens à leur pays natal, actuellement déchiré
par L'anarchie et désolé par le plus stupide despotisme.
L'auteur, versé dans la littérature étrangère comme dans
celle de son pays, se borne, dans cet écrit, à citer des au-
teurs espagnols. C'est une mine abondante qu'il exploite avec
succès.
31. le professeur Van Ess, de Darmstadt, qui a tant écrit en
allemand sur la lecture de la Bible, trouvera probablement
eucore dans cet écrit des autorités qui ont échappé à ses
recherches.
12. — An examination of the principles of legitimacjr, —
Examen des principes de la légitimité, par Leslie-Grove-Jones,
colonel, etc. Londres, 1827. In-8° de 86 pag.
Le colonel Jones, connu par sa loyauté et son caractère ho-
norable, se montre le défenseur des libertés publiques. Selon
lui, le gouvernement, qui en est le gardien, n'est pas institué
au profit d'une famille, mais pour travailler avant tout au
bonheur national : c'est la mission qu'il est chargé de remplir.
Telles sont les doctrines développées dans l'écrit du colonel
Jones, qui fait honneur à ses taiens et à ses principes. G.
1 3. — The présent state ofHayti, etc. — L'état présent de Haïti,
suivi de remarques sur son agriculture, son commerce, ses lois,
sa religion, ses finances et sa population; par James Franklin.
Londres, 1828; Murray. In-8° de l\io pages; prix, 10 sh. 6 d.
Les 270 premières pages de cet ouvrage sont remplies par
le récit des événemens qui se sont passés à Haïti, depuis la
première insurrection des colons en 1789 jusqu'à la reconnais-
sance d'indépendance parla France , en 1826. Les commence-
mens de la révolution de Saint-Domingue ne sont point retracés
avec clarté, et ce n'est qu'à compter de l'avènement de Tous-
saint-Louverture au commandement suprême des armées in-
surrectionnelles, que le récit prend de l'unité et offre de l'in-
térêt. On reprochera néanmoins à cette partie du livre de
M. Franklin une trop grande sévérité envers la race noire,
trop d'indulgence pour l'administration du roi Christophe, et
une censure trop amère des actes des président Pétion **t
Bover,
l»f) LIVRES ÉTRANGERS
Les i5o dernières pages contiennent des remarques fort
intéressantes sur la population, l'agriculture, le commerce,
la religion, les lois, etc., de la nouvelle république; mais c'est
dans cette partie que la partialité , je dirai presque la haine de
M. Franklin contre la population noire se fait surtout remar-
quer. Selon lui, le peuple d'Haïti serait le plus ignorant, lu
plus superstitieux , le plus corrompu de tous ceux qui habitent
les deux Amériques; il serait plus malheureux qu'avant son
émancipation ; le commerce et l'agriculture de l'île ne pour-
raient fleurir sans l'emploi des moyens coërcitifs employés
autrefois par les colons, et plus tard par le cruel Christophe.
M. Franklin entre dans des détails circonstanciés sur les diffé-
rentes branches de l'administration actuelle d'Haïti , mais c'est
toujours pour condamner. De tous les fonctionnaires qu'il
nomme dans son ouvrage , président, secrétaires- d'état, ma-
gistrats, militaires, etc., un seul, M. Dupuï, obtient son ap-
probation et ses éloges.
i4- — Public characters of the présent tunes. — Biographie
çles hommes vivans de l'Angleterre. Londres, i827;Knight
and Lacey. Un cahier in- 1 8 de 12 pages, publié chaque se-
maine; prix, 3o centimes par cahier.
Cette biographie des personnages marquans de l'Angleterre
vient d'atteindre sa douzième livraison; elle contient les vies
du roi actuel, George IV; du duc de Clarence ; de la princesse
Victoria y fille unique du duc de Kent; de lord Goderich ; de
M. Brougham ; du duc de Wellington ; du marquis de Lans-
down ; de lord Lyndhurst ; du docteur Chas Sutton ; de sir
James Scarlett ; du marquis d'Jnglesea, et (par exception à la
règle du biographe de n'admettre que des personnages vivans)
de M. Canning.
Ces notices sont écrites avec élégance , mais avec trop peu
d'impartialité. L'éloge abonde, la critique est rare. Le duc de
Wellington, par exemple, n'est point seulement considéré
comme le grand capitaine du xix* siècle; mais aussi comme un
des premiers hommes d'état de l'époque. Parmi ces notices,
celles sur le docteur Sutton, archevêque de Cantorbcry, nous
a paru rédigée avec le plus d'indépendance ; elle doit être le
travail d'un écrivain habile et initié à toutes les particularités
de la vie de ce chef de l'église anglicane.
Ce recueil est une entreprise utile , réclamée depuis loug-
tems par le public, et qui deviendra un ouvrage indispensable ,
si à la biographie des hommes d'état, on ajoute celle des écri
vains et des savans qui honorent aujourd'hui l'Angleterre.
F. D.
(;n.\:\i)i; inu'/r\<;.\K. i*j
15. — * Manoirs of thr right lion. George. Canning, etc. —
Mémoires <ln très-honorable Georges Canning. Londres, 18^8;
Thomas Tegg. >. vol. in-8°; prix, 1 liv. 1 sh.
16. — * AFcinoiis qf t/ic r/'g/tt hon. George Canning, etc. —
Mémoires du très honorable Croises Canning, j)ar '/'//ornas
Ki 10. Londres, 1827; Virtue. In-8" de £99 pages; prix,
19. S. (') (1.
C'est par spéculation qu'on a donné à ces ouvrages, ou plutôt
à ces compilations, le titre de Mémoires de G. Canning; ces
livres, et surtout le dernier, renferment seulement de longs
extraits des discours parlementaires de Canning et les poëmes
ou satires politiques que l'auteur, au début de sa carrière
ministérielle, crut devoir publier contre les principes de la
Révolution française, contre leurs sectateurs en France et leurs
admirateurs en Angleterre. Ces prétendus mémoires sont donc
seulement une biographie apologétique , comme elles le sont
presque toutes, et dont nous nous bornerons à extraire quel-
ques notes
Georges Canning naquit à Londres, le 11 avril 1770. Son
père , qui fut d'abord avocat , et qui ensuite se livra, mais sans
succès, au commerce des vins, mourut une année après la
naissance de ce iils unique. Madame Canning , que la mort do
son mari laissait sans fortune, chercha sur le théâtre des moyens
d'existence; et le jeune Canning fut élevé par les soins d'un
oncle paternel, qui l'envoya au collège d'Eton. A seize ans,
le jeune étudiant, remarquable déjà par un esprit supérieur,
mais enclin à la raillerie, publia un journal intitulé le Mi-
crocosme.
Ce fut en 179* que Canning fut présenté au célèbre Sheridan,
et par celui-ci à Fox et à Burke. Il parut d'abord adopter le
parti des whigs; mais, s'apercevant bientôt que c'était seu-
lement en marchant sous la bannière du gouvernement, et en
s'attachant au parti tory qu'il verrait s'ouvrir pour lui la car-
rière des honneur* et de la fortune, il délaissa bientôt les amis
•whigs qui l'avaient accueilli; et, s'étant fait présentera Pitt ,
il s'arrangea avec ce ministre, et entra bientôt au parlement.
Il commença donc sa carrière politique au moment de l'ouver-
ture de la guerre contre la France , lorsque les torys, soutenus
par le puissant génie de Pitt, recueillaient les malédictions des
patriotes anglais. « Le murmure et le mécontentement , dit
l'auteur , se manifestaient partout ; ce n'était plus une simple
désapprobation de la guerre; c'était un fervent désir qu'elle
put se terminer au désavantage même du pays. Tout le monde
roulait la paix : le commerce et les manufactures , ies pauvres
^'21 LIVRES ÉTRANGERS.
et les fiches. L'aristocratie seule s'y opposa, et sa résistance
opiniâtre triompha de la volonté générale et de l'intérêt de tous.»
En 1795, Canning fut nommé sous secrétaire-d'état. Il avait
pris, dit-on, avec Pitt, son protecteur, l'engagement de ne
parler dans la chambre que lorsqu'il en serait requis. Cette
docilité, condition sinequâ non de son avancement futur, l'em-
pêcha de se faire remarquer comme orateur au début de sa
carrière. Ce ne fut qu'en 1797, et dans une discussion sur la
traite des noirs, qu'il prononça son premier discours vraiment
remarquable.
En 1798, il établit, avec MM. Frère et Ellis, le fameux
journal intitulé Revue antijacobine , qui obtint un grand succès
et qui eut pour but principal d'attaquer par le ridicule plutôt
que par le raisonnement les opinions populaires du jour.
En 1801 , une administration qui avait subsisté plus de dix-
sept ans ; qui s'était établie et maintenue en dépit de la Chambre
des communes et de la nation ; qui avait fini par triompher
d'une opposition formidable par le talent et par le nombre, fut
dissoute tout à coup; et, Pitt ayant donné sa démission, lord
Gren ville , le comte Spencer , le lord chancelier Dundas,
Wyndham et Canning, quittèrent le ministère.
Par suite de transactions particulières, Canning avait promis
de soutenir de tous ses efforts la nouvelle administration di-
rigée par Addington ; mais il ne le fit pas ou le fit mal. Et bien-
tôt, jetant le masque, il attaqua dans la chambre des communes,
avec violence et sans relâche, un ministère qui avait compté
sur son appui.
En 1804, Pitt ayant repris les rênes de l'administration,
appela de nouveau Canning auprès de lui, comme trésorier de
la marine.
En 1806, après la mort du premier ministre, Canning fit partie
d'une nouvelle administration, formée par lord Grenville,
Fox, etc., et se mit à la tète du parti Pitt. Ce ministère ayant
présenté aux Chambres, malgré la volonté du roi , un bill ten-
dant à autoriser l'admission des catholiques dans l'armée et
dans la marine, fut dissous aussitôt. Le duc de Portland ayant
été nommé premier ministre , Canning obtint le portefeuille
des affaires étrangères , et Castlereagh celui des colonies.
Quelque tems après l'infructueuse expédition contre Walche-
ren , un duel eut lieu entre ces derniers. Canning, qui avait eu
à se plaindre d'un procédé peu délicat de la part de son col-
lègue, fut blessé à la cuisse, et se retira des affaires.
Il occupa peu l'attention de la Chambre pendant les an-
nées i8ioet 181 1. Mais, en 181?., la question de l'émancipation
GRANDE-BRETAGNE.
ayant été agitée de nouveau, Canning prit une pari brillante
ci active aux discussions qui eurent lieu à ce sujet. Pendant cette
année il se lit surtout remarquer au parlement par son oppo ■•
sition à presque toutes les mesures proposées par Castlereagh.
Il resta sans emploi pendant toute Tannée 1 S i /( , et accepta
enfin le poste d'ambassadeur à Lisbonne. En 1816, il fut nommé
président du bureau du contrôle. In i8»o eut lieu le procès
de la reine; Canning-, que des liens d'amitié unissaient à cette
princesse, refusa de prendre part à celte odieuse affaire et
donna sa démission. En îS'ii, il fut nommé gouverneur gé-
néral de l'Inde britannique; mais la mort de Castlercagh , qui
survint en septembre de la même année, le retint en Angle-
terre, où il accepta le ministère des affaires étrangères; et,
où, en 1 8 -> 7 , après la maladie qui a éloigné lord Liverpool du
ministère, il fut nommé premier ministre. Canning n'occupa ce
poste que peu d'instans; il fut enlevé à sa brillante carrière
le 8 août 189.7.
Tels sont les principaux événemens et les époques marquantes
de la vie de ce grand homme d'état, dont les premiers actes
publics ne pouvaient faire pressentir le rôle important qu'il a
joué depuis dans les affaires de l'Europe, en cédant avec habileté
à la puissante impulsion des opinions et des vœux populaires.
Des deux ouvrages où nous venons de puiser ces détails fort
abrégés, le premier nous a paru rédigé avec plus de soin et
moins de partialité. H.
17. — Essays, etc. — Essais, par M. Frédéric Degeorgk,
membre de la Société de géographie de Paris, etc. Londres,
1827; imprimerie de G. Davidson. In-8° de 90 pages.
M. Degeorge est un honorable Français que les orages po-
litiques ont jeté loin de sa patrie. Destiné primitivement à
suivre la carrière du barreau, il est devenu auteur, dit-il, par
le genre de ses études, par son goût pour les lettres, et par
les circonstances de sa vie. Il s'est présenté à l'université de
Londres, comme candidat à la chaire de littérature française;
et afin de se faire mieux connaître, il a livré à l'impression des
morceaux qui contiennent une sorte de profession de ses prin-
cipes en inorale et en politique; ces morceaux sont réunis
dans l'opuscule que nous annonçons.
Les Essais ne contiennent guère que des articles de critique
littéraire qui ont déjàparudans quelques ouvrages périodiques,
anglais et français; mais ils sont purement écrits dans les deux
langues, et ils donnent la meilleure preuve que leur auteur
possède les qualités nécessaires pour devenir un professeur
de littérature française distingué. Nous y avons spécialement
Il* LIVRES ÉTRANGERS.
remarqué une Notice sur. les pactes français lyriques et élégia-
ques du i ç)e siècle. Elle est écrite en anglais, et elle tend à faire
connaître aux habitans de la Grande-Bretagne, et à leur faire
apprécier la plupart des poètes contemporains dont la France
s'honore. M. Degeorgc passe en revue tous ceux qui ont brillé
quelques années après la fin du 18e siècle, et ceux qui existent
aujourd'hui , depuis La Harpe et Chénier jusqu'à MM. Denne-
Baron et d'Arlincourt. 11 distribue l'éloge avec sagacité, parle
avec admiration des odes de Béranger, des beaux vers de
Casimir Delavigne, du talent de Lamartine, de l'originalité de
Victor Hugo; avec amour, des productions gracieuses et pures
deMme Taslu; avec justice de celles deMMm€SValmore, Delphine
Gay, Victoire Babois, etc. Toutefois, nous eussions désiré que,
dans le noble cortège des auteurs lyriques qui jouissent d'une
célébrité méritée, il n'eût pas admis des noms qui ne rappellent
qu'une passion malheureuse pour la poésie. Nous nous garde-
rons de les citer; mais c'est surtout quand il s'agit d'instruire
l'étranger, de fixer son attention sur le Parnasse français, qu'il
convient d'être sévère, et de ne rien donner à la politesse.
A cette notice intéressante succèdent l'analyse d'un voyage
dans le Khorassan , en français, extraite de la Revue Encyclo- -
ficdique (Voy. t. xxx, p. 5i ); une esquisse en anglais delà
révolution française; l Exilé, élégie fort touchante , dans la-
quelle l'auteur a exprimé le sentiment qui l'attache à jamais \\
sa patrie; un aperçu curieux sur l'effet que produit la vue de
Londres sur les étrangers, etc.
Nous désirons vivement que cette publication soit aussi fa-
vorable aux vues de l'auteur qu'elle nous paraît le mériter; et
nous pensons, malgré la modestie dont il donne des preuves
dans sa préface, qu'on trouverait difficilement à Londres un
professeur plus instruit pour l'enseignement de la littérature
française. R.
18. — The Kecpsake , etc. — Le Souvenir. Londres, 1828;
Hurst. In- 12 avec gravures; prix, 1 1. st. 1 sh.
1 9. — The Friendship's offering, etc. — Le Don de l'Amitié.
Londres, 1828 ; Smithand Elder. In-18 avec gravures; prix,
1 2 sh.
20. — The Pledge qf Friendship, etc. — Le Gage de l'Amitié.
Londres, 1828; Marshall. In-18 avec gravures; prix, 10 shT
21. — The Christmas Box, etc. — Les Etrennes de Noël.
Londres, 1828; Aiusworth. In-18 avec vignettes et culs-de-
lampe; prix, 7 sh 6rt.
'i'A. — The Juvénile forget nie not, etc. — Le i\e m' oubliez-
pas des Enfans. Londres , 1828 ; Hailes. In-ï8 avec gravui ta ;
prix, 5 sh.
GRANJ>£-BRETAGNR i%&
*'\. — The Children't fireside, etc, — Le (;<>in du f«a des
F.nlans. Londres, 18-28; llunt and Clarke. In-12; prix 7 s 6*.
('.«•s six ouvrages complètent la liste des livres d'étreintes pu-
bliés au commencement de cette année, dans les trois royaumes.
( Yoy. JUp. Bnc, 1 \ \XVI , p. 383).
The Keepsake qui , par son prix élevé, semble être plus par-
ticulièrement destiné à la haute aristocratie, est certainement,
sous le rapport de la beauté des gravures, supérieur à ses ri-
vaux; mais il leur est très-inférieur par la rédaction. Deux pièces
seulement, lYsquisseintitulée Cavendùh, et un conte ayant pour
titre The j "aise OHe , méritent d'être cités.
Aussi, préférons-nous beaucoup le Don de C Amitié , et même
le Gage de l'Amitié. Le premier réunit à une reliure très-élé-
gante, à des gravures exécutées avec goût, un grand nombre
de morceaux en prose et eu vers d'un grand mérite. La poésie
et les gravures du second sont médiocres. Si néanmoins on le
compare à ce qu'il était en 1827, on reconnaîtra qu'il s'est amé-
lioré, et l'on peut croire qu'il pourra, l'année prochaine, sou-
tenir la concurrence.
Les almanachs que nous avons annoncés jusqu'ici étaient plus
particulièrement destinés aux dames. The Christmas box, the
Juvénile forget me not , the Children's Jîre side, sont écrits spé-
cialement pour l'enfance. Le premier de ces trois recueils n'a
pas atteint son but; il ne contient guère que des histoires de
revenans, d'enchanteurs, de magiciens, de géans, dont on a tort
de remplir l'imagination des enfans, et qu'ont pris soin d'écar-
ter les éditeurs des deux derniers, dans lesquels on trouve des
contes où l'agréable est uni à l'utile. Leur lecture amuse et ins-
truit; elle entretient l'enfance dans le goût de l'étude et dans
l'amour du bien. Ce dernier livre n'est orné d'aucune gravure.
On n'y lit point, comme dans les Êtrennes de Noël, de la
poésie de Walter Scott; mais sa prose, toujours simple, tou-
jours intéressante , ne propage point le mensonge et ne calomnie
pas la révolution et la nation française. C'est ce qu'a fait
M. Lockart, dans l'esquisse de l'Histoire de la dernière guerre,
insérée dans the Christmas box. F. D.
Ouvrages périodiques.
24. — * The quarterly Review. — Revue trimestrielle, n° 72,
(octobre 1827) Londres. John Murray, Albermarle Street.
In-8°
On sait depuis long-tems que cette revue anglaise n'est pas
amie delà France, ni de ses habitans. ni de ses écrivains:
ia6 LIVRES ETRANGERS,
mais un ennemi peut donner quelquefois d'utiles avertissements.
On en verra la preuve dans le premier article du cahier que
nous indiquons à nos lecteurs: certes, il n'est rien moins que
bienveillant; il nous montre à toute l'Europe sous un aspect
peu digne d'estime; mais il dit vrai, contre l'habitude de ses
rédacteurs, lorsqu'ils parlent de nous. Les justes reproches
qu'ils nous font, aucun écrivain périodique français, non dé-
pourvu du sentiment des convenances, n'eût osé les adresser
à sa nation. Qui de nous se serait chargé d'entretenir le pu-
blic, ou de l'abbé Génet et de la soeur Nativité, ou de l'abbé
Boubon et de la soeur Providence? qui eut exhumé de la
Bibliothèque chrétienne pour l'édification de la jeunesse, l'his-
toire du frère Claude, fille déguisée pour se soustraire à
toutes les séductions auxquelles son sexe l'eût exposée, et les
pages dégoûtantes que le réviseur anglais a insérées textuelle-
ment dans son article? C'est là que nous inviterons nos lecteurs
à les chercher, s'ils sont curieux de les connaître. Cette lec-
ture est rebutante, sans doute, mais elle fait sentir la néces-
sité de restituer à la religion le caractère auguste que les petits
esprits ne peuvent comprendre, et à la dévotion le respect
pour les convenances, ou en d'autres termes, pour les vérités
morales. On y verra, non sans indignation, l'étrange précepte
qui soumet la conscience même à l'avis d'un directeur, et qui
peut faire autant de Séides qu'il y aura d'enthousiastes ca-
pables de cette pieuse résignation. Cet article de Quarterlj
Review nous montre la gravité du mal dont nous sommes at-
teints; il nous invite à rentrer dans la voie de la véritable reli-
gion catholique, ramenée à sa pureté primitive, à sa dignité
conforme à l'esprit de l'Évangile qui la contient tout entière,
sans vaines subtilités, avec une admirable simplicité. Grâces
soient donc rendues aux réviseurs anglais. La prétendue Bi-
bliothèque chrétienne fera moins de mal qu'elle n'eût pu en
faire, sans le scandale qu'elle aura causé dans toute l'Europe;
elle a encouru le blâme de tous les hommes de sens et la risée
universelle qui vont la poursuivre, même en Fiance. Dans les
intérêts de la religion, aussi bien que pour l'honneur du bon
sens français, il convient de lire l'article que nous venons de
signaler. F.
RUSSIE.
25. — • Opissanié Toulshavo orotijcïnavo zavoda, etc. — Des-
cription historique et technologique de la fabrique d'armes de
Toula, \wir Joseph Hamel. Moscou, 1826 ; imprimerie d'Auguste
RUSSIE. 1/7
Bemen. ïn-40 do xx-a63 1 o'o, et vi pages, avec 19 planches;
prix : 3o roubles.
Nous connaissons peu d'ouvrages scientifiques modernes dont
^exécution soit aussi satisfaisante 2t où le texte et les figures
soient plus dignes d'éloges que celui de M. Hamel.
L'auteur, après avoir voyagé long-tems aux liais du gou-
vernement lusse, en Angleterre, et dans plusieurs autres
coutrées de l'Europe, pour y recueillir les perfection nemens
introduits successivement dans les fabriques étrangères, et
après avoir contribué lui-même aux améliorations les plus
importantes opérées clans la Fabrique d'armes de Toula, a reçu
l'ordre de publier une description de cette fabrique; ce qu'il a
exécuté avec tout le talent et toute l'exactitude désirables , en
s'aidant non-seulement des lumières acquises par la pratique
et par l'expérience, mais encore de celles qu'il a puisées dans
les nombreuses archives du Collège des affaires étrangères et
dans celles de l'Arsenal du Kremlin et du Dépôt d'artillerie de
Moscou, qui ont été mises à sa disposition. Aussi peut-on dire
que son ouvrage n'est pas moins précieux sous le rapport his-
torique que sous le rapport technologique.
Il est divisé en huit sections, dont la première, qui occupe
les pages 1 à 76, est spécialement destinée à la partie histo-
rique; l'auteur y a compris non-seulement les détails qui con-
cernent la Fabrique d'armes de Toula, mais un aperçu rapide
sur les fabriques du même genre primitivement établies en
Russie. Nous y voyons que ce n'est qu'au commencement du
xvne siècle (en 1632) que ce pays eut sa première fabrique de
fer, et de fer de fonte, dont il dut l'établissement à un Hollan-
dais nommé oindre Vinlus. Jusque-là, les Hollandais avaient
fourni à la Russie une grande partie du matériel nécessaire à
la fabrication de ses canons et de ses caissons. Cette fabrique,
pour laquelle il obtint un privilège du tsar Mikhaïl Féodoro-
vitch, père de Pierre-le-Grand , fut placée à quinze* verstes
(environ quatre lieues) de Toula, sur la rivière Toulitsa , qui
devait servir à son exploitation. Le fer destiné à l'approvi-
sionner fut tiré d'une mine située dans le district de Diédilof,
près de la rivière Aléna , et que l'on avait commencé précédem-
ment à exploiter. Seize ans plus tard, fut établie à Moscou la
première manufacture d'armes, sous la direction de l'armurier
Fran Akin. Enfin, la manufacture de Toula, qui est l'objet prin-
cipal de cet article , fut fondée en 1712, en vertu d'un oukaze
adressé par Pierre-le-Grand au prince Grégoire Volkonski,
qui se trouvait alorsa la tète de l'artillerie. — Si jusqu'ici nons
n'avons rencontré que des noms étrangers dans l'histoire des
i*8 LIVRES ETRANGERS.
commencemeus de l'art en Russie, circonstance dont nous
avons rappelé plus haut le motif, nous remarquons avec plai-
sir les noms d'un simple forgeron russe, Marc Vassilitvitck Si-
dorof, et d'un soldat du bataillon d'Oranienbourg, Jacob
Batistehef, auxquels on doit plusieurs perfectionnemens dans
l'hydraulique et l'invention de machines assez curieuses pour
la fabrication des canons de fusil ; il est digne du prince Vol-
konsky d'avoir su tirer ainsi parti des talens de deux Russes
ses compatriotes, au milieu des justes encouragemens accordés
à l'industrie des étrangers qui venaient enrichir le sol hospi-
talier de la Russie. Mais c'est encore à un étranger, à un Anglais
nommé John Jo/ms, que l'on doit les perfectionnemens les plus
récens et les plus utiles apportés à cette fabrique , et qui ont eu
lieu depuis l'année 1817, époque où sa direction fut confiée an
lieutenant-général Schtadcn. Grâce à l'habile mécanicien anglais
que nous venons de nommer, la fabrique d'armes de Toula est
parvenue à un degré de perfection qu'on chercherait peut-être
en vain dans les fabriques les plus célèbres d'Angleterre.
Les 2e, 3, 4e, 5e et 6e parties de l'ouvrage de M. Hamel sont
consacrées à la description statistique de la manufacture de
Toula. Il en sort annuellement jusqu'à 700,000 armes à feu, et
25,000 armes blanches, à la fabrication desquelles sont em-
ployés plus de 3,ooo ouvriers. L'entretien de la fabrique coûte
annuellement la somme de 124 roubles environ. La 7e partie du
livre établit les cinq divisions entre lesquelles les ouvriers sont
répartis, selon la nature diverse de leurs travaux. Nulle part,
dit M. Hamel ( pag. i3i ), on ne rend plus d'hommage à la fa-
meuse doctrine de la division du travail, établie par Adam
Smith.
La 8e partie de l'ouvrage, ou la partie purement technique
et de fabrication, est la plus volumineuse; elle occupe les
pages i33-26ï. C'est à cette partie que se rattachent les 40 gra-
vures destinées à éclaircir le texte, et dont nous avons déjà
loué l'exécution. C'est, sans contredit, la plus importante du
livre, et celle qui attirera de préférence l'attention du mé-
canicien et du technologue; mais, par cela même qu'elle est
toute spéciale, nous éviterons d'entrer à son sujet dans des dé-
tails qui seraient déplacés ici, et pour lesquels il nous faudrait
Un espace beaucoup plus grand que celui dont il nous est per-
mis de disposer. Il nous suffit d'avoir fait connaître l'existence
de cet ouvrage à ceux des lecteurs de notre Recueil qui seraient
Curieux de le consulter, et à la disposition desquels nous of-
frons de le mettre, pour seconder, autant qui! est en nous, les'
RUSSIE,
nobles intentions du correspondant auquel nous en devons la
communication (i). E. H ère au.
26. — Tarif général des droit-; d'entrée <t de sortie payables
aux douanes de terre et de nier de l'empiie de Jiussie. iV-lers-
bourg, 1826 ; Imprimerie du Département du commerce exté-
rieur.
Ce tarif, où le nom des marchandises est en français, est
tellement complet que l'on y fait mention des ridicules des
dames, c'est-à-dire de leurs sacs à ouvrage, dont (par paren-
thèse) l'entrée en Russie est prohibée, mais non la sortie. Nos
négociais feront bien de se procurer ce tarif, non seulement
pour savoir quelles marchandises ne sont pas admises, mais
parce qu'il peut leur suggérer quelques idées sur celles qu'ils
doivent offrir 011 demander en retour.
On peut remarquer, au surplus, qu'il est,basé sur les anciens
principes du régime prohibitif, adoptés par tous les gouverne-
mens, excepté par celui d'Angleterre (2), et qui consiste à
repousser tout-à fait les produits étrangers, ou à les frapper
de droils d'autant plus élevés qu'il y est entré plus de main-
d'œuvre. La Russie, qui est un des pays policés où l'économie
politique a fait Je plus de progrès, ne pourra manquer d'aper-
cevoir bientôt que l'importation chez elle de la main-d'œuvre
étrangère est une marchandise tout comme une autre, et
qu'en l'admettant, elle provoque d'autant plus l'exportation
de ses produits; car jamais un envoi ne se fait, soit pour le
compte des nationaux , soit pour le compte des étrangers, sans
entraîner des retours. Cependant, comme impôt, celui des
douanes n'est pas plus mauvais qu'un antre , pourvu que les
droits perçus au passage des marchandises soient très- mo-
dérés et portent également sur toutes, en proportion de leur
valeur.
A ce tarif sont ajoutés tous les développemens, toutes les
explications qui peuvent diriger les employés chargés de
l'exécuter; mais, au milieu de tout cela, il reste bien peu de
(1) Nous rendrons compte successivement des autres ouvrages,
scientifiques ou littéraires, adressés directement de Russie à la Direc-
tion de la Revue, qui nous en a confié l'examen , et dont quelques-uns
pourront être l'objet d'articles raisonnes dans la section des Analyses..
(2) L'Angleterre achr.ct maintenant, en pavant des droits qui seront
graduellement diminués , tous les produits étrangers, même ceux où
il y a le plus de main-d'œuvre , et elle remarque que les droits ren-
dent d'autant plus au fisc qu'ils sonî plus modérés.
t. xxxvii. — Janvier 1828. 9
îio LIVRES ÉTRANGERS.
place à la liberté des mouvemcns du commerce et de l'inclus^
trie. J. B. S.
27. — * Tsigani. — Les Bohémiens, poëme composé en 182/1*
Moscou, 1827; imprimerie d'Auguste Sémen. Grand in-12.
De tous les poètes russes modernes, Pouchkin est, sans con-
tredit, celui qui dans ses ouvrages réunit à un plus haut degré
les qualités que l'Europe demande aux productions poétiques.
L'originalité dont ses œuvres sont empreintes est aussi dans
son caractère. Il est indépendant par nature; toute contrainte
lui pèse; son génie s'agrandit devant l'obstacle, et semble défier
la persécution. Pour le bien comprendre et l'apprécier, il ne
faut pas oublier les formes absolues du gouvernement de ce
vaste empire, dont l'ambition ne paraît pas se borner aux con-
quêtes de la civilisation; les défauts mêmes de ce jeune poète
jne sont, pas sans grâce, il semble dédaigner l'ordre et l'enchaî-
nement des faits; il cherche le pathétique; et , dès qu'il a en-
trevu une situation forte, il s'y plonge sans transition, à la
manière de Byron , bien qu'avec des ressources moins puis-
santes. Il excelle dans les descriptions; m;ii< il se répète sou-
vent, négligence que le cadre étroit de ses poèmes rend géné-
ralement plus sensible, et il lui arrive d'affaiblir l'effet qu'il
a produit, en se refusant à quelques légers sacrifices.
Pouchkin, dans son poëme des Bohémiens , paraît avoir eu
pour but de faire contraster les mœurs libres de. la vie nomade
avec celles des peuples civilisés; on voit qu'il donne la préfé-
rence aux premières, quoique le dénoûment de son drame ne
leur soit point favorable. Ii résulte, an reste, de cette compo-
sition que, s'il faut accepter la civilisation avec ses avantagés, il
faut aussi s'accoutumer à ses chaînes, ou s'attendre à des mé-
comptes si l'on prétend leur échapper.
L'auteur commence son poëme par une scène animée : une
troupe bruyante de Bohémiens s'est arrêtée sur le bord d'un
fleuve pour y passer la nuit. Après avoir pris leur repas au-
tour d'un bon feu, ils se sont tous endormis, à l'exception d'un
vieillard , inquiet sur l'absence de sa fille. Mais elle paraît bien-
tôt; elle est accompagnée d'un jeune étranger, auquel le vieil -
lard fait un accueil cordial. La jeune fille lui a déjà voué
l'amour le plus tendre, et Aléko, pour ne point quitter la sé-
duisante bohémienne, se dévoue à la vie nomade de ses hôtes,
sans regretter les villes, d'où son esprit d'indépendance et la
persécution l'ont banni. Le vieillard s'étonne qu'Aléko puisse
adopter une vie pauvre et vagabonde; il lui fait le récit de la
mort d'Ovide, qu'une tradition a conservé dans ces lieux agrestes.
RUSSIE: Pn
Ce passage, plein de poésie, est empreint d'une profonde sen-
sibilité
Le poète laisse écouler deux années, et prélude à la cata-
strophe par un chant OÙ Zemphira irrite; son époux, en lui
donnant à comprendre que son àme est ouverte à une nouvelle;
passion. Les querelles de ménage sont rarement poétiques, et
je n'oserais trop affirmer que celle-ci fasse une heureuse excep-
tion. Le vieillard essaie de consoler Aléko, en lui racontant l'infi-
délité de sa propre femme; et ce moyen, comme on doit s'y atten-
dre, lui réussir assez mal. " Zemp'iira aime un jeune bohémien.
Pouchkin, avec sa hardiesse accoutumée, décrit une scène d'a-
mour, à la suite de laquelle un rendez-vous est fixé pour la
nuit suivante sur un tombeau voisin de la route. Aléko s'éveille;
sa main jalouse interroge sa couche abandonnée; hors de lui,
il se lève; il court terrible autour de sa^ tente. La fatalité le
dirige vers la tombe mystérieuse. Il a tout entendu...; il frappe
son rival, et, bientôt après, Zemphira elle-même, qui meurt en
insultant à son époux, sans remords, et avec la seule douleur
d'avoir vu tomber son amant (i). « Le levant brillait des feux
de l'aurore. Aléko tenait encore le couteau d'une main sanglante,
assis sur la pierre sépulcrale. Les deux corps gisaient devant
lui. Le visage du meurtrier était terrible : les Bohémiens l'envi-
ronnent avec une précaution craintive. On creuse une fosse à
quelque distance. Les femmes s'avancent éplorées, et baisent les
yeux des deux morts. Le vieillard, assis à l'écart, contemplait
le corps de sa fille, muet et dans l'immobilité du désespoir. On
enleva ces tristes dépouilles , et le sein glacé de la.tombe reçut le
jeune couple. Aléko regardait de loin ce spectacle; mais, quand
on eut cessé de jeter de la terre sur les corps, il s'inclina, et de
la pierre où il était il roula sur le gazon. Alors le vieillard
s'approcha, et lui dit : Laisse-nous, homme superbe. Nous ne
sommes que des sauvages sans lois. Nous ne savons ni punir, ni
torturer; nous n'avons point besoin de sang et de souffrances.
Mais nous ne saurions vivre avec un meurtrier. Tu n'es point
né pour notre vie agreste, toi qui ne veux la liberté que pour
(ï) Les bornes dans lesquelles nous sommes obligés de nous ren-
fermer ne nous ont pas permis de conserver d'autres fragmens en
prose dont l'auteur de cet article avait entremêlé l'analyse du poëme
de M. Al. Pouchkin. Il se propose d'en publier bientôt une traduction
en vers , et nous pourrons alors dédommager les lecteurs qui auraient
désiré plus de détails sur cette production d'un des poètes modernes
les plus originaux et les plus distingués de la Russie. E. H.
i3a LIVRES ÉTRANGERS,
toi seul.. Ta voix nous ferait horreur. Nous sommes timides,
mais bons; toi, hardi et cruel. Laisse-nous donc... Adieu!
que la paix suive tes pas ! » J. M. C.
POLOGNE.
28. — * Poezye Miholaja Scmpa. — Poésies de Nicolas Senip;
publiées par M. Joseph Muczrowsk.i. Posen, 1827 ; Deckert et
comp. In- 12.
M. Muczkowski a entrepris de publier les manuscrits des
anciens auteurs polonais des xvic et xvne siècles, qui n'ont ja-
mais été imprimés, et en même tems de réimprimer les ouvrages
rares ou peu connus, et qui cependant méritent de l'être. Nicolas
Semp mourut en i58i; Martin Biclski, célèbre historien polo-
nais, son contemporain, l'appelle un homme savant et le premier
poète polonais après Jean Kochanowskj; mais il ne dit point si
cet auteur a publié ses poésies. Le xvic siècle, si glorieux pour
la littérature polonaise, s'écoula; et, à la suite de l'époque
jésuitique, les citoyens, oubliant la langue nationale pour un
mauvais jargon latin-monacal , oublièrent aussi plusieurs ou-
vrages polonais. Ainsi périt l'ouvrage de Bernard de Lublin
contre la peine de mort, publié en i5a5; ainsi les poésies de
Nicolas Semp, publiées en i583 , restèrent inconnues. L'édition
entière de cet ouvrage était épuisée, soit par l'effet de quelque
incendie, soit par tout autre accident, et personne, après Mar-
tin Bielshi, ne fit plus mention de Nicolas Semp. Deux siècles et
demi s'étaient écoulés, quand un bibliographe polonais, le
comieTitus Dzialynshi, trouva un seul exemplaire de l'ouvrage
de Semp; il le présenta au savant Joachim Lcleivel , qui, dans
le second volume de sa Bibliographie polonaise , publia la des-
cription de cet unique exemplaire , comme une rareté biblio-
graphique inappréciable. M. Muczkowski commence son recueil
par les poésies de Nicolas Semp. L'auteur, étant mort jeune,
n'avait rien publié de son vivant; mais son frère, trois ans
après, réunit tout ce qu'il put de ses poésies, et les fit imprimer
à Cracovie en i583. Voici ce qu'il dit dans la préface : «Comme
les écrits de mon frère sont disséminés entre les mains des sa-
vans, et que je n'en possède moi-même qu'une très-petite partie,
j'aurais voulu en rassembler un plus grand nombre, mais, dans
la crainte que ma faible santé ne m'empêche de publier ce que
je possède, je les livre à l'impression, etc. «Ainsi, le recueil des
poésies de Nicolas Semp, dont il s'agit, ne renferme qu'une très-
petite partie de ses ouvrages. Combien d'autres eciits polonais
ont péri par l'effet des guerres, par les <mto~da-fê des jésuites >
POLOGNE.— DANEMARK. |33
ou par desaccidens imprévus! Parmi les poésies de cet auteur
on trouve quatre sonnets, La traduction de six psaumes de
David, six chants religieux-philosophiques , trois chants en
l'honneur des héros polonais; enfin, des épitaphes, des épi-
grammes, des inscriptions et plusieurs autres pièces fugitives.
La langue polonaise, dans les poésies de Semp, est si pure, si
soignée, qu'il v a des pièces dans lesquelles il n'y a rien à cor-
riger aujourd'hui; la versification est quelquefois parfaite et
jamais négligée. La traduction du pseaume 52 , Quid gloriaris
in malt tin ? est écrite avec tant de verve et d'élégance, que les
meilleurs poètes de notre siècle pourraient se trouver honorés
si on la leur attribuait. Une analyse de ces poésies est insérée
dans les numéros 266 et 2^7 de la Gazette de Pologne ( Gazeta
polska) , journal quotidien, politique, commercial et littéraire;
on y remercie M. Muczkowski d'avoir ouvert son recueil par
un ouvrage si précieux. Nous ne pouvons que lui renouveler
les mêmes remercîmens, et prier l'honorable éditeur de conti-
nuer d'enrichir la littérature polonaise par des écrits du même
genre. M. P.
DANEMARK.
29. — Der Stem der Weiscn. — L'Étoile des Mages : Recher-
ches sur l'année de la naissance de Jésus-Christ, par le doc-
teur Frédéric Muntf.r. Copenhague, 1827. In-8.0 de 119 pages
avec une gravure.
L'époque précise de la naissance de Jésus-Christ a exercé les
chronologistcs, dont plusieurs ont soutenu qu'elle précédait
de quatre ans l'ère vulgaire. M. Munter, en 1821 , avait publié
sur cette question un programme qui était une espèce d'appel
aux érudits de tout genre, aux numismates, aux astronomes.
Après avoir compulsé leurs ouvrages et discuté les opinions ,
il établit la sienne; et prétend que l'époque véritable de la
naissance du Sauveur précède notre ère d'environ six ans, de
sorte qu'au lieu de 1828, il faudrait compter i83'j. Quel que
soit le sentiment qu'on adopte à cet égard, on doit applaudir
aux efforts et à la sagacité du célèbre Munter. L'immensité de
son érudition ne surprend pas ceux qui déjà connaissent les
ouvrages multipliés sortis de sa plume. G.
30. — * Catholicisniens og P rotestantismens , etc. — Le Catho-
licisme et le Protestantisme, considérés dans leurs constitutions,
leurs doctrines et leurs rils, par M. Clausen , professeur de
théologie à l'université de Copenhague. .Copenhague, 1825.
In 80, 844 P<'«gcs. *
i'U LIVRES ÉTRANGERS.
Ce livre est le fruit des études laborieuses de l'auteur et des
observations qu'il a recueillies, pendant ses voyages en Alle-
magne, en Italie et en France. Le titre indique la division prin-
cipale et le plan de l'ouvrage, qui est devenu célèbre dès son
apparition, et dont on publie une traduction en Allemagne.
11 a été néanmoins l'objet de critiques amères, et il a attiré de
violentes attaques à l'auteur, de la part des adversaires de ses
opinions.
3-1, — System iden ckristelige Dogmatick. — Système de dog-
matique chrétienne; par M. P. E. Muller Copenhague, 1826.
In 8° , de 480 pag.
Le savant et respectable auteur, après avoir fait long-tems
des cours publics de théologie et de morale à l'université de
Copenhague, s'est enfin résolu à publier ses manuscrits. L'ou-
vrage, destiné à servir de base à des cours publics, diffère ,sous
quelques rapports, d'autres traités du même genre : d'abord ,
l'auteur réserve beaucoup de développement pour les explica-
tions verbales; puis il renvoie à d'autres ouvrages qu'il a pré-
cédemment publiés.
32. — Prœdikcner, etc. — Sermons de tous les dimanches et
jours de fête de l'année, par M. Mynster, pasteur à l'église
de Notre-Dame, à Copenhague. 1 vol. in-8°.
33. — Kleine theoîogische Schrijten. — Mélanges de théologie,
par le même Copenhague, i8s5. In-8° de 43o pag.
L'éloquence vraiment chrétienne de M. Mynster , l'excellence
de son enseignement religieux et les vertus qu'il pratique, lui
ont mérité la vénération du public. Il est en même tems savant
distingué et écrivain remarquable par la profondeur d'esprit
et la clarté avec lesquelles il traite les sujets qu'il a choisis. Les
sermons de M. Mynster forment la lecture favorite de toutes les
personnes qui aimentà s'édifier dans le recueillement de la soli-
tude, et ses autres écrits de théologie n'ont fait qu'ajouter en-
core à son honorable réputation. M**.
ALLEMAGNE.
34. — * Ueber allein selîgmachende Kirche. — De l'église
qui seule enseigne que hors d'elle il n'y a pas de salut. (IIe par-
tie); par M. Carové. Goettingue , 1827; Bandenhoeck et Ru-
precht. I11-80 de 476 p.
M. Carové avait déjà fait paraître sur l'église catholique
romaine un premier volume, dont le savant et respectable
M. Lanjuinais a rendu compte dans ce recueil (voyez Ra\
Enc. t. XXXI, p. i38). L'auteur annonçait alors une suite; il
ALLEMAGNE. i35
a tenu parole, cl vient d'ouvrir de nouveau un vaste champ
<t imc carrière plus large encore aux discussions théologiqnes.
L'église catholique romaine fait reposer celles de ses doctrines
qui ['éloignent le plus des autres communions chrétiennes
sur deux dogmes fondamentaux : celui de la damnation éter-
nelle et celui qu'elle seule peut conduire au salut. Ces deux
dogmes, qui sont de ressente du catholicisme, ont principa-
lement soulevé les réflexions hostiles de M. Carové; ils parais-
sent l'avoir engagé à publier une seconde partie d'un ouvrage
dans lequel il combat de tous ses efforts, outre ces deux prin-
cipes, plusieurs articles de foi de la religion à laquelle il sem-
ble avoir déclaré la guerre. La polémique à laquelle il se livre
prouve une connaissance profonde des autorités ecclésiastiques;
elle mérite sans doute une réponse , et sans doute aussi trou-
vera-t-il de dignes adversaires dans les nombreux théologiens
qu'ont dû former nos séminaires et nos écoles ecclésiastiques.
Les bornes tracées à cet article ne nous permettant pas de déve-
loppements, nous nous contenterons de désigner sommairement
les différentes divisions du livre de M. Carové, et les points
qu'il s'est proposé de traiter. Déjà, dans le premier volume,
l'auteur avait exposé sa doctrine; aujourd'hui il divise en trois
parties celui qu'il fait paraître. Dans la première il établit que
l'église romaine professe essentiellement l'intolérance, et il
l'examine par rapport au droit , à l'état des sciences et des arts;
il discute enfin sa position sous le point de vue de la bienfai-
sance. Le salut défini par l'église catholique, et auquel elle
prétend seule pouvoir conduire, est subordonné, dit l'auteur,
à la condition de faire partie de cette communion. C'est là
le point dont il part pour arriver à l'examen des différens
dogmes. Il combat l'universalité et l'éternité de l'église, en sou-
tenant qu'il y a des nécessités toutes puissantes de teins et de
lieux auxquelles cette église a dû se soumettre, quoiqu'elle ait
inutilement tenté de lutter contre elles. Plus loin, et après
avoir attaqué le dogme de l'infaillibilité papale, il jette un coup
d'œil rapide sur l'histoire du catholicisme, comparée au pro-
grès des sciences et des connaissances; il examine ses rapports
avec la liberté naturelle. L'organisation libre du gouverne-
ment, dit il, l'éducation de la jeunesse dirigée vers le but re-
connu le meilleur, le soutien des religions diverses, l'obligation
de les maintenir dans les bornes d'une tolérance mutuelle,
voilà le droit naturel et le devoir d'un état. De tels principes
renversent, à quelques égards, l'édifice du catholicisme qu'il
prétend en hostilité permanente contre les droits des peuples.
A l'appui de son opinion, il tire des histoires de Hollande.
i3€ LIVRES ETRANGERS,
de pohême, ck- Hongrie., des États méridionaux de l'Europei
de la France enfin, les exemples des désordres causés par la
domination religieuse. Il nous fait voir ce dernier pays, d'abord
sous le pouvoir des papes et de l'inquisition, sous le despo-
tisme de Louis XIV; puis, en dernier lieu, il nous le montre
aux époques contemporaines, sacrifiant l'école normale à la
Sorboune , étouffant L'enseignement mutuel et lui substituant
celui des frères. Sous le point de vue de la bienfaisance, il en
compare les résultats dans les pays protestans et dans les états
soumis à la foi catholique, et bornant son parallèle à la France
et à l'Angleterre, il établit par des calculs la supériorité de
celle-ci. Tel est, d'une manière bien sommaire, sans doute, le
plan fort large de la première partie de l'ouvrage de M. Carové.
Il la termine en concluant d'après l'accumulation d'autorités
et d'objections qu'il entasse dans les dix chapitres dont elle se
compose, que c'est une erreur, démontrée par les faits, de
prétendre que l'église catholique ait seule pouvoir de sauver.
Dans la deuxième partie, la religion romaine est rapprochée
delà réformation, et l'auteur examine les reproches les plus
spécieux faits aux cultes réformés. La différence la plus mar-
quée qu'il trouve entre les deux communions est renfermée
dans la manière de répondre à cette question: L'homme, en
matière de religion, doit il se soumettre à une autorité abso-
lue? Le catholicisme répond affirmativement, et, d'après l'opi-
nion de M. Carové , la négative devrait être soutenue, puisque
prétendre que l'autorité absolue soit admissible, c'est nier la
liberté individuelle. Méconnue par l'église romaine, la raison
à l'empire de laquelle se soumettent les cultes chrétiens dissi-
dens est défendue par l'auteur, même en ce qui sort des li-
mites du royaume de ce monde. L'indifférence religieuse, et
la propension au théisme, que l'on affecte d'imputer au pro-
testantisme, sont repoussées et combattues par M. Carové, qui,
passant à la troisième partie de son ouvrage, démontre que
l'opposition de l'église catholique aux communions réformées
estlerésuhatdu dogme d'infaillibilité que s'attribue la première;
dogme qui sera toujours un obstacle insurmontable à la réunion
des deux églises. Nous sommes loin de nous flatter d'avoir fait
connaître complètement les doctrines de l'auteur; au moins,
nous espérons avoir indiqué les points principaux dans la dis-
cussion desquels il s'est engagé. Moins sévère que M. L;tnjuinais,
nous pensons que ce philosophe chrétien a peut-être trop
promptement cédé à la répugnance qu'a dû produire sur son
ame religieuse la théorie philosophique de M. Carové, qu'il
a sur-le-champ rangé dans la classe de ceux dont la prétendue
ALLEMAGNE j'47
sagesse n'es! que folie de\ant Dieu. INous croyons que les ob-
jections qu'il élève, si elles ne sont, pas loules fondées, sont
nu moins assez sérieuses pour mériter un e\;uneu approfondi,
liais, pour que M. ( laroi «• fût compris plus facilement et pour
qu'il |)ùi développer ses r lisonnenicns avec plus de clarté, il
devrait, suivant nous, purger son style des longues périodes qui
viennent à chaque instant exereer la patience du lecteur, et
renoncer à un système de néologisme fatigant pour l'intelli-
gence de la discussion qu'il présente. L. Du.
3 V — // i<lci lêgnng de)' chrenràhrîgen Bcschuldigungcn ivelchc
§ieh S. /). (1er regierenâc Meriog von Braunsclwcig gegen ihren
tthabehen l'ormund... crlaubt liabcn. — Réfutation des accusa-
tions injurieuses que 8. A. le duc régnant de Brunswick s'est
permises contre son auguste tuteur et contre les personnes
qui, pendant sa minorité, ont été chargées de l'administration
de ses états, et de son éducation ; par le comte C. de Munstï.r.
DeuxLcnic édition. Hanovre, 18-27; Hahn. In-8°. — (Le même
écrit a é;é publié en français et en anglais.)
Le public se trouve inopinément juge d'un procès qui se
plaide entre le roi d'Angleterre et le duc de Brunswick; ce
prince a commencé l'attaque par un écrit dont l'auteur ne
s'est pas nommé et que nous n'avons pu nous procurer. Le
roi d'Angleterre a chargé le ministre hanovrien comte de
Munster d'y répondre. Cette réponse, imprimée en trois
langues, a été distribuée avec profusion; elle se vend pu-
bliquement en Allemagne; les journaux en donnent des ex-
traits, tandis qu'aucun journal allemand n'a pu parler de
l'écrit du duc de Brunswick. On voit bien que le due
est le plus faible, et le roi le plus fort. Cependant, le pu-
blic, dont on invoque le jugement, ne peut se prononcer
qu'en ayant sous les yeux les pièces des i\ci\.\ parties. Nous
sommes ici dans le même embarras que le public. Nous
voyons bien la réplique; mais la force des argumens de
la partie adverse nous est dérobée. L'avocat de l'accusé
parle bien haut; mais nous ignorons jusqu'où allait l'accusa-
tion : nous sommes obligés de le deviner par la réfutation;
or, on sait bien que tout avocat habile glisse légèrement sur
les charges qu'il ne peut nier, et s'attache aux côtés faibles
que présente l'attaque. C'est ce que n'a pas manque de faire
le comte de Bf mister, chargé par le roi d'Angleterre de ré-
pondre au duc de Brunswick. Nous comptons pour rien les
articles dédaigneux des journaux ministériels anglais contre
le plaignant. Le journal the Times affecte de traiter le duc
rie Brunswick en pauvre prince. A entendre ce journal, le
i38 LIVRES ÉTRANGERS.
duché de Brunswick n'est guère plus peuplé que la paroisse
de Mary-le-Bone à Londres; son armée pourrait être logée
toute entière dans l'hospice de cette paroisse; et ses revenus
atteignent à peu près au montant des droits du timbre en
Angleterre. Il est vrai que le duc a un revenu et un pouvoir
bien chétifs, en comparaison de ceux du roi d'Angleterre;
mais cela ne fait rien à sa cause. Examinons le fond de l'affaire,
autant que nous pouvons le démêler dans la réplique du mi-
nistre hanovrien.
Le feu duc de Brunswick, mort à la bataille de Waterloo,
ou plutôt des Quatrc-Bras, le 16 juin 181 5 , avait institué par
son testament le roi d'Angleterre tuteur de ses deux fils mi-
neurs, nés l'un en 1804 et l'autre en 1800. Cette tutelle en-
traînait là charge de faire administrer le duché de Brunswick
pendant la minorité du prince héréditaire. Malheureusement,
le roi d'Angleterre a déjà trop à administrer dans les quatre
ou cinq parties du monde ; à peine se mèle-t-il de l'adminis-
tration de son propre royaume de Hanovre. Comment aurait-il
pu s'occuper des détails du petit duché de Brunswick , qui ne
devait pas avoir pour lui l'importance d'une paroisse de
Londres, suivant la comparaison du Times? Il paraît qu'il
s'en reposa sur le comte de Munster. Or, ce ministre a excité
trop de plaintes dans le royaume de Hanovre pour avoir pu
bien administrer le Brunswick. C'est le comte de Munster que
les Hanovriens accusent d'être l'auteur de la constitution dé-
fectueuse qui les régit, et d'avoir rendu à l'aristocratie une
influence illégale dans les affaires d'état. Ce ministre a tenté
quelque chose de semblable dans le duché de Brunswick; il
y a introduit une constitution fort incomplète, et if a eu soin
de bien fortifier la caste à laquelle il appartient lui - même.
Pendant ce tems , les deux jeunes princes étaient élevés et
instruits par deux instituteurs allemands qu'avait choisis le
roi d'Angleterre, ou plutôt le comte de Munster. Quand les
pupilles grandirent, ils trouvèrent leurs précepteurs insup-
portables, et se plaignirent d'eux chez le roi leur tuteur. Le
roi les exhorta très-sagement à l'obéissance, dans des lettres
que le comte de Munster insère dans sa réplique; mais nous
n'y trouvons pas les lettres des ducs de Brunswick auxquelles
elles servent de réponse; ainsi nous ignorons si la réponse
est juste. A l'âge de dix-huit ans, le prince aîné voulut être
émancipé; le roi d'Angleterre répondit qu'il ne demandait
pas mieux que d'être déchargé du fardeau de la tutelle , mais
qu'il pensait que , pour se conformer aux usages allemands ,
il conviendrait d'attendre jusqu'à l'âge de vingt-un ans. Sans
ALLEMAGNE. i3o,
(doute le roi n'avait aucun intérêt à prolonger la tutelle; mais
le comte de Munster pouvait avoir quelque intérêt à prolon-
ger son administration ; peut-être aussi l'inexpérience du jeune
prince inspirait -elle avec raison peu (h confiance au tuteur.
Quoi qu'il en soit, Georges IV, las sans doute (les tracas sus-
cites par son pupille, l'émancipa à l'Age de dix-neuf ans, et
lui remit l'administration de son duché. A peine le jeune prince
se sentit-il libre qu'il déclara nul tout ce qui avait été fait
pour le gouvernement de Brunswick depuis sa dix-huitième
année, comme étant émané d'un pouvoir illégal et usurpateur.
L'expression était vive et peut-être injuste; mais un jeune
prince impérieux qui, pour la première fois, sent qu'il est. le
maître, ne pèse pas toujours ses paroles. Ce qu'il y a de fâ-
cheux, c'est que la constitution donnée au Brunswick par le
roi d'Angleterre se trouve enveloppée dans la proscription;
le prince ne veut pas la reconnaître, dit-on, par deux raisons :
i° elle émane de son tuteur; 2° elle restreint le pouvoir
transmis par ses ancêtres; cette dernière raison est justement
celle qu'allèguent la plupart des princes qui ont donné des
constitutions dans des momens d'urgence, et qui ensuite se
sentent assez forts pour se jouer de leurs promesses. Ce n'était
pas une très bonne constitution que celle du Brunswick; mais
elle valait cent fois mieux que le pouvoir arbilraire. En la
détruisant, sans la remplacer par une meilleure, le duc risque
d'exciter le mécontentement de ses sujets et de tous les Alle-
mands; ce qui serait d'autant plus imprudent qu'il a déjà in-
disposé contre lui les cours : on ne voit pas quel appui lui
resterait dans ce cas. Qu'il ait donc au moins assez de politique
pour chercher à gagner l'affection des Brunswickois; alors, il
pourra braver les menaces du comte de Munster. Les jour-
naux anglais insinuent qu'il est à regretter que l'on n'ait pas
médiatisé, c'est-à-dire soumis à une puissance voisine, le duché
de Brunswick. Ce duché est voisin du Hanovre; étant média-
tisé, ce serait du roi de ce pays qu'il dépendrait : peut-être
ne serait ce pas un mal pour les habiîans du duché; car, dans
ces petits états, les sujets éprouvent trop souvent les fâcheux
effets des caprices despotiques des princes, dont rien ne con-
trôle la conduite, pas même la force de l'opinion publique;
mais ce serait très-facheux pour le duc de Brunswick : il ne
pourrait détourner ce coup qu'en s'unissant étroitement avec
ses sujets. Il s'agit encore, dans ce procès, d'un conseiller,
M. Schmidt Phiscldeck , à qui avait été confiée la direction du
théâtre, que le jeune duc a expulsé de ses états, et que le roi
de Hanovre a dédommagé par une bonne place, probablement
i ,o LIVRES ÉTRANGERS.
pour donner une leçon au jeune duc; mais celte affaire minime
ne mérite pas d'occuper notre attention.
Le comte de Munster parle de la dé s approbation et même de>
Y indignation (jue la conduite du jeune duc de Brunswick a
excitée en Allemagne. Le ministre hanovrien sait fort bien
qu'on n'a pas habitué le peuple allemand à manifester ses
sentimens sur la conduite des princes, puisque la presse est
esclave dans ce pays. C'est donc probablement de là désap-
probation et de Y indignation des cours que le ministre veut
parler. Cela ne regarde point la nation, et c'est une affaire
à arranger entre le duc et les cours. M. de Munster ne peut
pas ignorer, d'ailleurs, que sa propre conduite politique a
encouru des censures très-sévères, et il ne lui convient peut-
être pas de parler de désapprobation publique. Mais ce qui
intéresse vivement la nation , c'est d'avoir des institutions
libres et stables que le caprice des princes ne puisse pas lui
ôter, et que les intrigues des hommes d'état n'aient pas le
droit de modifier. D — g.
36. — Lucubrationen eines Staatsgefangenen, etc. — Élucu-
brations d'un prisonnier d'état, écrites dans les prisons de Tu-
rin, Milan, Bayreuth, Berlin et Vienne, mises en ordre dans
la forteresse danoise deFriedrichsort. Brunswick, 1827; Vieweg.
In-8°.
87. — Fragmente ans meinem Lebcnund meincr Zeit. — Frag-
mens puisés dans ma vie et dans mon tems , par Jean "\Yit,
nommé de Dœring. Brunswick, 1827; Vieweg. In-b'.°, /|8o p.
Ces Mémoires ne peuvent manquer d'exciter la curiosité.
Leur auteur se dit parent de M. le baron d'Eckstein ; et en effet,
M. d'Eckstcin est son oncle du côté maternel, et leurs pères,
qui étaient juifs, ont tous deux été baptisés par le même
évêque , le célèbre Munter. Il parle de feu M. de Serres,
comme de l'ami de son père. M. de Serres, émigré, se trouvant
à Hambourg, a été très-lié avec les parens de M. Wit. Il se
vante d'avoir eu des relations intimes avec presque tons les
chefs des sociétés secrètes d'Allemagne, de France et d'Italie,
révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, et il cherche à le
prouver, en révélant leurs noms et leurs secrets. Il a été pour-
suivi par la police, en France et en Russie, arrêté à Mornex,
conduit, de prison en prison à Chambéry, transféré à Turin,
et de là à Milan; on s'est occupé de lui à Vérone; il a long-
tems séjourné dans les prisons de Vienne et de Berlin, et ses
Mémoires mêmes sont datés d'une forteresse danoise où il les
a écrits dans une chambre bien close et bien gardée; et, après
AU.KMACNK. ,/,!
faut d'aventures, l'auteur n'était cependant âgé, en 1827, que
île 27 ans!
Son livre contient plusieurs détails curieux sur la révolution
du Piémont, bien qu'ils paraissent émanés des archives anh'i-
cliieniies; sur la police publique et secrète, sur l'état des pri-
sons et L'organisation des contrebandiers en Piémont et en
Lombardie; il rapporte quelques anecdotes assez piquantes,
quelques mystifications plaisantes du ministère français et de la
police piémoolpise, et une apologie des Italiennes. Malgré ces
avantages, l'ouvrage est révoltant par la fausseté qui y règne,
et l'auteur a beau renouveler ses protestations de ne dire que
la vérité, ses assertions de n'avoir menti qu'une fois dans ses
interrogatoires, de n'avoir jamais indiqué ou chargé ses com-
plices, afin de donner la preuve de son innocence, et même
d'être prêta tout sacrifier pour ses amis, pour la vérité, pour
le bien public, on s'aperçoit bientôt qu'il foule aux pieds la vé-
rité et la vertu, dans le temple même qu'il prétend leur ériger.
C'est ainsi que, condamnant les trames révolutionnaires, il
donne aux accusés des instructions savantes pour ne pas se
compromettre dans les interrogatoires, et pour s'évader des
prisons. Il parle avec un égal enthousiasme de ses aventures
galantes et de la charité chrétienne des sœurs grises de Cham-
béry. Il fait parade de piété et de confiance dans la providence
divine; et cependantil avoue que, dans plusieurs occasions, il
a. tenté de se tuer; sa naïveté va jusqu'à faire une apologie du
suicide. Tour à tour il prêche la morale, et il la blesse; et,
dans un dernier chapitre, il l'outrage au point de prétendre
« qu'à ses yeux on ne peut être un vrai héros de vertu, que
lorsqu'on a été un grand pécheur. » Enfin , le même homme
qui a tant à se louer de la discrétion d'une foule de personnes
bienveillantes, n'a pas honte cYen compromettre un grand
nombre par ses dénonciations, et de publier, tout-à-fait hors
de propos, des paroles atroces, qui, à l'en croire, seraient
échappées à l'un de ses amis les plus intimes, tandis qu'ils voya-
geaient ensemble. Pour tout dire, c'est lui qui, par de noires
calomnies, a provoqué, il y a trois ans, l'inquisition politique
prussienne à faire arrêter en Saxe M. Cousin, qui cependant,
ayant obtenu d'être confronté avec lui, l'a terrassé par les dé-
mentis les plus formels.
En revanche, M. Wil s'est fait l'apologiste des gouvernemens
légitimes absolus, et surtout du gouvernement autrichien, et il
parait que l'on a reconnu ses bonnes dispositions, car aussitôt
après la publication de ces Mémoires, ieur auteur a été mis
en liberté, afin sans doute de pouvoir achever plus prompte-
i4a LIVRES ÉTR ANGERS.
ment son travail sur les sociétés secrètes do France, auxquelles"
il a promis de consacrer des chapitres détailles.
Nous terminerons cet article par une traduction de ses ré-
vélations sur les Sanfédistes , dont il prétend (p. '^7) avoir déjà
dénoncé la ligue, en 182 1 et 1822, au cabinet autrichien.
M. Wit remarque d'abord (p. 38) que le duc de Dalbcrg
avait trouvé, dans les papiers d'un émigré français mort à Tu-
rin, les statuts délia Societa dalla santa fade et les preuves de
ses ramifications jusqu'à Nîmes et Avignon. Une copie des
mêmes statuts fut trouvée, suivant lui, dans la doublure d'une
chasuble qu'un de ses amis avait achetée chez un fripier de,
Turin. Il ne cile aucun de leurs articles, mais il caractérise la
société de la manière suivante :
« Les desseins des Sanfédistes , dit-il p. 3o, et suiv., se ratta-
chent en même tems à la politique et à la religion; ils veulent,
quant à l'église, tout ramener à l'état qui existait avant la ré-
volution. Mais, comme ils savent bien que cela est imprati-
cable ,ils y joignent un autre projet qui semble jouir de plus de
popularité. Ils veulent détruire la puissance autrichienne en
Italie, et se proposent de former une Italie, sinon une et indi-
visible, du moins tri-unc , qui, intimement confédérée, serait
placée sous la direction suprême du pape. Le pape Pie VII était
le chef avoué de cette ligue, et Léon XII, assure-t-on,lui a
succédé en cette qualité. Selon les exigences du moment, la so-
ciété prend différens noms; c'est ainsi que ces ligueurs se sont
déjà fait appeler : Consistoriali , Crocesegnati , Crociferi , Soc.
délia santa fede, del Anello, et, même Soc. des Brutus. Le célèbre
auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg en était le chef provincial
en Piémont; le comte Borgarelli, président du sénat; l'archevê-
que de Turin et le vicaire-général d'Asti lui succédèrent dans
cette charge. Mais le véritable chef de cette ligue, pour l'Italie
supérieure, est, suivant l'auteur, le duc de M. (Modène), auquel,
bien qu'il soit très proche parent de la maison d'Autriche, on
attribue néanmoins des vues ambitieuses qu'il espère réali-
ser à l'aide de la France qui est entrée dans cette ligue. Car
le gouvernement français (non la France ), dit -il toujours,
seconde les entreprises des sanfédistes , soit parce qu'ils ne
font qu'un avec les jésuites, soit parce qu'on espère atténuer
ainsi ou détruire la puissance autrichienne en Italie. Les San-
fédistes (p. /ii) haïssent l'Autriche * non-seulement parce qu'elle
est trop prudente pour accorder au clergé une grande in-
fluence sur le temporel, mais parce qu'ils craignent que la
tiare vienne un jour décGrer le front d'un prince autrichien.
Au reste, c'est en Piémont où cette ligne , qui compte le roi
téroe parmi ses membres (i)t paraît la plus puissante. On
>mpte t fois grades dans la société. Tous les membres sont
bligés, par serment, de rapporter tout ce qu'ils savent à leurs
ipérieurs. C'est ainsi qu'ifs formeul une véritable police se
"èle ; el la police de l'État ft'eSt là que poni' exécuter les ordi es
ne la ligue lui donne. Les membres qui n'ont point de fortune
dissent d'un traitement mensuel , que l'on augmente ou que
jii diminue selon le nombre et l'importance de leurs rapports.
;i ligue ne compte, parmi ses adeptes, qu'un petit nombre
hommes dans la force de l'âge, ci n'admet point de jeunes
mis, à l'exception de quelques prêtres ambitieux. Mais la plu -
irt desanciens nobles et des membres du haut clergé appar-
•nnent à cette société. Le but de la masse des ligueurs se
outre à découvert (p. /t3j dans la réponse naïve que fil un
ï leurs chefs, le comte Lamotte Saint- Mm tin , inspecteur de
université et des écoles .dans la province de Vèrceil, à un
ofesscur qui lui avait fait des remontrances sur l'augmenta*
~>n du prix desétu les et les difficultés apportées à l'instruction
iblique, par suite desquelles toutes les écoles seraient bientôt
îsertes. «Tant mieux, répliqua le coûte, voilà ce que nous
niions. Ce sont ces maudites lumières-, ce sont les Universités,
îi ont fait la révolution; notre roi n'a pas besoin de sa vans,
il n'en veut pas. » Cette société (p. 44) est répandue dans
utes les contrées de l'Europe. Un prince souverain en Alle-
agne lui a appartenu jusqu'à sa mort. En ce moment encore ,
prince Hohenlohe-Scliillingsfurst s'y trouve affilié, et plu-
surs personnes prétendent qti'il est même à sa solde. Les li-
teurs sont si intimement liés avec les jésuites, qu'on ne sou-
it dire quelle est celle des deux sociétés qui se trouve au
rvice de l'autre; mais vraisemblablement elles suivent la
axime:
Hanc veniam damus petimusque vicissim.
Au reste, si , comme on l'a dit, les Carbonari se servent du
te maçonnique Mizraïm, les Sanfédisles se sont approprié
1 autre rite, et il leur est permis de s'en servir librement,
loique le pape, par une bulle fulminante, ait analhématisé
us les franc maçons. »
38. — * Lehrhuch der Literatur-Gescliichte. — Manuel de l'his-
irede la littérature, parZflMÙ'W achler. Leipzig, iSsj.In-S0.
(1) L'auteur rappelle, p. 108 , que ce roi, lors des mouvemens ré-
lutionnaires, plaça son pays sous la sauvegarde particulière de la
in te Vierge.
144 LIVRES ÉTRANGERS.
On ne conçoit pas qu'il soit possible de renfermer dans
5;o pages tout ce que contient ce volume, et l'on pourrait
croire que M. Wachler ne donne ici qu'un aride catalogue, si
l'inspection de son livre ne prouvait, au premier aperçu, qu'il
a suivi et développé un système raisonné. Les progrès de l'es- \
prit humain y sont présentés depuis la naissance de l'écriture
jusqu'à nos jours, et les sources auxquelles il faut puiser pour
compléter son instruction sont toujours indiquées au bas de I
chaque article. Les littératures indiennes et persanes sont à la l
tète de l'ouvrage avec la mention des travaux des érudits mo-
dernes qui ont cherché à les faire connaître parmi nous. Ici )
ont dû trouver leur place les noms de MM. Klaproth, Abel |
Rémusat, &ilvestrc\de Sncy , A. G. Schlcgel. A la section des
Égyptiens se joignent quelques notices sur les Araméens et sur
les Hébreux ; puis on se trouve chez les Grecs , et l'on parcourt
en trois sections tout ce que cette nation et Rome ont donné
aux lettres et aux sciences dans les cinq siècles qui ont pré-
cédé et dans les cinq siècies qui ont suivi Jésus- Christ. Ce ne
sont pas de sèches assertions, ce sont des narrations et dcsjti-
gemens. Ainsi M. Wachler montre la poésie épique conduisant à
l'histoire au moyen de lintermédiaire des cycliques. D'abord il
y eut des traditions héroïques et des généalogies; bientôt on se
mit à raconter l'origine des villes; enfin on écrivit aussi des
faits contemporains. M. Wachler nous fait connaître les histo-
riens, et en général les auteurs dont le tems a détruit les ou-
vrages. Hécatée, Hellanicus, Hippys, Phérécyde, etc. Un chiffre
placé à côté de leur nom marque l'époque présumée de leur
existence. Les principales éditions d'œuvres et de fragmens sont
signalées à l'attention du lecteur. Nous regretterons au sujet de
Xénophon que l'on n'ait pas fait mention ni de celle de M. Gail,
ni de ses travaux sur les écrits de cet historien. On n'a pas mieux
traité notre savant compatriote pour ce qui concerne Thucydide.
Enfin, quant à Ctesias, la narration de ce qu'a fait M. Albert
Lion se serait trouvée bien convenable à côté de l'excellente
édition du jeune et docte professeur Bœhr. La géographie, les
mathématiques, l'astronomie des Grecs et des Romains sont
ensuite exposées avec le môme soin, et l'on arrive à l'an 336
avant Jésus- Christ pour aller selon les mêmes subdivisions
jusqu'à l'an 14 après sa naissance, ce qui comprend tout l'in-
tervalle écoulé depuis Alexandre jusqu'à la mort d'Auguste.
Enfin on quitte l'antiquité qui, d'après l'auteur, s'arrête à
l'an 5oo. Le moyen âge a mille ans de durée, et se termine à
l'année iTxjo. Examinant tout ce que les Grecs, les Arabes, les
Syriens, les Perses, les Chinois et les Juifs ont produit peu-
ALLEMAGNE. t4r>
riant ces dix siècles, et jetant sur l'Occident un vaste coup d'œil
Scientifique, sans rien oublier des littératures nationales, de
leurs caractères distinctifs, ni des sciences, non plus que des
écoles où on les enseignait. Les légendes et les chroniques com-
posent un genre spécial, d'un intérêt majeur; mais on com-
prend combien ici toutes les citations doivent être incomplètes,
et ce serait mauvaise foi que d'en quereller l'auteur. Il faut le
louer plutôt du soin qu'il a mis à rassembler les notions les
plus utiles en ce genre, et les sources à consulter sur l'histoire
de chaque pays. Les tems modernes , à partir de i5oo jusqu'en
1826, ne peuvent ici présenter tous les titres des livres que
proclament chaque année le Bulletin de la librairie et le Cata-
logue de la foire de Leipzig; mais aussi n'est-ce pas là ce que
M. Wachler a voulu. On pouvait cependant exiger plus, quant
à l'indication des sociétés savantes et de leurs mémoires. La
littérature particulière à chaque peuple fait toujours l'objet d'un
paragraphe , et la revue des sciences se fait aussi selon le même
procédé. Mais que peut-on dire en 20 pages sur les produc-
tions qui ont distingué la France depuis François 1er jusqu'en
1826? Aussi, dans la liste des poètes qui court depuis Ma rot
jusqu'à M. Béranger, se trouvent oubliés bien des favoris des
Muses. Il y a aussi des lacunes dans I9 section historique; mais,
tel qu'il est, le livre de M. Wachler est excellent. Une seconde
édition pourra lui donner ce qui lui manque; alors il pourra
véritablement servir de catalogue raisonné aux sa vans et aux
gens de lettres qui veulent donner à leurs études une direction
méthodique. P. de Golbery.
3 g. — * Dante Alighieris lyrische Gedichte. — Poésies lvriques
de Dante Alighieri , en italie< et en allemand, traduites par
Ch. L. Kannegiesser. Leipzig , 1827; Brockhaus. In-8° de
489 p.
Les poésies lyriques du Dante sont généralement peu con-
nues ; écrasés par la célébrité <\e\i\ Divina Commedîa, les sonnets,
les canzoni , etc. , de ce poète étaient ou ignorés ou laissés
dans l'oubli, à tel point que beaucoup de littérateurs même
n'en soupçonnaient pas l'existence. L'auteur de la traduction
en vers allemands que nous annonçons, M. Kannegiesser, a
rendu un véritable service aux amis des lettres, en exhumant
en quelque sorte ces opuscules. Sa modestie nous fait connaî-
tre, dans la préface de son livre, qu'il doit beaucoup aux soins
et à la coopération de deux savans compatriotes, MM. de
Ludcmann et Karl IVitte , pour l'intelligence de certains pas-
sages de cet auteur, souvent difficile à comprendre, et surtout
dans des poésies fugitives, inspirées quelquefois par un évé-
t. xxxvii. — Janvier 1828 10
i/,6 LIVRES ÉTRANGERS. '
nement qui, n'ayant aucune importance historique , n!a pu
parvenir jusqu'à notre connaissance. Cet aveu honorable pour
JW. Kmneg'uwser ne lui enlève pas au. surplus le mérite qui
lui est propre, celui de nous avoir donné un -ouvrage qu'on
peu! appeler tout à-fait neuf dans son genre; ouvrage qui at-
teste d'ailleurs de longues et profondes recherches, et qui
ren Ternie des annotations précieuses pour l'explication des su-
jets que chante le poëte, dont elles sont une sorte de clef. Ce
qu'il y a surtout de remarquable dans la traduction de M. Ch.
Xanncgiesser, c'est la fidélité scrupuleuse avec laquelle il
transporte dans sa langue les vers de Dante. On les trouve en
effet reproduits, non seulement quant aux idées, mais encore
quant au rhythme et à la mesure. Il est vrai de dire que toute
autre langue que l'allemand se serait peut-être refusée à une
imitation aussi parfaite, et qu'il a fallu toute la richesse et
l'abondance de cet idiome pour avoir pu traduire un poëte
vers pour vers avec élégance , et en conservant dans tous leurs
déve'oppemens les pensées de l'original. La canzone 17 offre
une singularité remarquable ; elle est , dans l'original , compo-
sée de vers alternativement italiens, latins et provençaux, ou
plutôt écrite dans la langue qu'on appelait alors romance. Le
traducteur a cru devoir, conserver ce caractère détrangeté, et
nous a rendu cette pièce en français, allemand et latin. Dans
une note , à la fin de son volume, M. Rannegicsscr nous ap-
prend que celte bizarrerie n'est pas une création de Dante,
mais que les Provençaux étaient dans l'usage de publier de
pareils ouvrages. Il cite , à l'appui de son opinion , une chan-
son écrite en sept langues différentes, en l'honneur de Béatrix
de Montferrat, par le poëte pre'.^nçal Rambaud de Baqueiras.
En résumé, l'ouvrage que nous annonçons est un titre incon-
testable à la reconnaissance de tous ceux qui s'occupent de
littérature. L. Dh.
40. — Catalogus artificum , sire architecte, statuant, scalp-
tores , cœlatores et scalptores Grœcorum et Romanorum litte-
rarum ordine positl à Julio Sillig. — Catalogue des artistes
ou architectes , statuaires , sculpteurs, graveurs, etc. , de la
Grèce ou de Rome, disposé par ordre alphabétique, et aug-
menté de trois tables synchronistiques, par Julius Sillig.
Dresde et Leipzig, i8'27. In-8°.
M. Sillig est un jeune savant qui ne néglige rien de ce qui
peut être utile aux progrès de la science de l'antiquité. On
l'a vu entreprendre de grands voyages pour collationner au
loin des manuscrits. En 1824, il a fait à Paris un assez long
séjour; alors il s'occupait surtout des derniers livres de Pline ,
ALLEMAGNE.— SUISSE. i/,7
vt de l'étal des arts chez les Grecs et cliea les Romains. Nous
voyons paraître aujourd'hui l'un des résultats des travaux qu'il
a commencés parmi nous. Il existait déjà un catalogue, comme
celui que nous annonçons : il se trouvait joint au traité sur la
peinture, par Jn/iiax, et Grœvius le publia avec ce traité, en
1694 ; mais ce catalogue, devenu fort rare, était tellement
fautif et incomplet que M* Sillig a fort bien fait de le recom-
poser de nouveau. Les découvertes modernes ont d'ailleurs
révélé les noms de beaucoup d'artistes inconnus, il y a cent
quarante ans. Mais ce n'est là (pie le moindre mérite du livre»
de M. Sillig* Les notices biographiques qu'il nous donne sont,
accompagnées de recherches exactes et scrupuleuses ; on n'a
rien omis de ce que les sav.ins ont consiaté; et quand on a eu
recours aux anciens, on a toujours fait un examen rigoureux
des textes et des leçons adoptées dans les meilleures éditions.
Par exemple, M. Sillig a opéré beaucoup de rectifications dans
le texte de Pline, d'après l'autorité d'un manuscrit de la Bi-
bliothèque royale. Il se dispose d'ailleurs à publier les livres
de cet auteur qui ont rapport à l'histoire de l'art. Les trois
tables synchronistiques sont d'un grand intérêt. Non-seulement
on y a porté tous les noms d'artistes dont l'existence se rap-
porte à une époque déterminée; mais, afin de mieux diriger
le lecteur, on a ajouté en regard les événemens les plus mar~
quans de l'histoire, selon les olympiades et selon les années
avant J. C. La première table commence à I» naissance de
l'art et s'étend jusqu'à Phidias. La seconde, partant de ce point,
atteint l'époque de Lysippe et d'Apelle. La troisième comprend
l'espace qui sépare Alexandre de la mort de Pline. La dédicace,
adressée à M. Beettiger, renferme aussi cfes conjectures et des
observations d'un grand intérêt. M. Sillig est connu dans le
monde savant par une bonne édition de Catulle, dont nous
avons rendu compte, et par son active collaboration aux. prin-
cipaux recueils littéraires et philologiques. P. de Golbéry.
SUISSE.
4i. — * Plein d'améliorations pour le collège de Genève, pro-
posé par Jean Humbert, ministre, professeur de langue
arabe, etc. Genève, 1827; P. Ledouble ; Paris, J.-J. Pas-
choud. In-8° de ii'i pages.
M. le professeur Humbert, connu depuis long-tems par les
services qu'il ne cesse de rendre à l'instruction publique, con-
tinue avec zèle et courage ses attaques contre les vieilles rou-
tines de l'enseignement, les préjugés de collège , et toutes ces
ÏO.
i/,8 LIVRES ETRANGERS.
pratiques surannées que protègent victorieusement, même à
Genève, l'habitude, l'indifférence, et surtout la crainte d'in-
nover. Le célèbre professeur Decandolle, si digne d'élever la
voix pour le bien de sa patrie, avait demandé à la Compagnie
académique une révision complète de l'enseignement usité dans
les classes : M. Humbert, qui, dès 1821 , s'était occupé des
moyens de perfectionner à Genève les études littéraires , s'est
hâté de répondre à cet appel , et il vient de publier un ouvrage
de quelque étendue , fruit de ses nouvelles réflexions. Au mi-
lieu de beaucoup d'observations d'un intérêt purement local,
ce livre en renferme un plus grand nombre encore qui peu-
vent être utiles à lous les pays, et il mérite l'attention de qui-
conque est persuadé que l'éducation fait tôt ou tard la destinée
des peuples.
On pourrait, à ce qu'il nous semble, trouver çà et là trop
peu d'ordre dans la succession des chapitres, des détails trop
minutieux , quelques erreurs de fait, quelques paradoxes, qui
d'ailleurs ne sont pas nouveaux, sur les concours et en général
sur l'émulation ; peut-être aussi l'auteur, qui écrit ordinaire-
ment très-bien, s'est-il laissé aller de tems en tems à des
formes irrégulières, à des mouvemens trop brusques dans le
stvle ; quelquefois même sa conviction est si forte qu'il en exa-
gère l'expression, et qu'un ton tranchant, impérieux, vient
prendre la place de cette douce modération qui est beaucoup
plus persuasive. Mais, quelque rigoureux que l'on soit pour ces
fautes de détail , il est impossible de ne pas être frappé des*«om-
breuses qualités qui les effacent. Le plus tendre intérêt pour
l'enfance, la connaissance profonde des exercices et des leçons
qui lui conviennent, un plan généralement sage et praticable,
des pensées justes, vraies, salutaires, et ces pensées exprimées
souvent d'une manière piquante et originale, voilà plus qu'il
n'en faut pour justifier le bruit que ce livre a fait à Genève, et
l'estime que lui accorderont sans doute tous les juges qui le li-
ront avec impartialité.
Il paraît que la vivacité de quelques traits, échappés à l'au-
teur dans le feu de la composition et l'ardeur de son amour
pour le bien, lui a suscité des démêlés parmi ses compatriotes.
Nous avons sous les yeux une brochure intitulée : Réponse à
M. le ministre et professeur /. Humbert, par /. M. Villemin, ré-
gent (Genève, 1827). Cette apologie, où la réfutation n'est pas
toujours fort délicate, est, on n'en peut douter, l'œuvre d'une
méprise; car M. le régent prend toujours pour lui les repro-
ches adressés par M. le professeur au collège, de Genève, et
même à plusieurs collèges de France, d'Italie, d'Angleterre.
Si ISSE. 149
11 est probable que M. Humbert n'a point répondu ; tuais il a
dn être affligé de voir qu'on se méprît ainsi sur ses intention:).
Il développe théoriquement ce qui pourrait être; on y voit une
accusation directe contre ce qui est. Il propose quelques per-
fectionnemens : on y voit une satire personnelle. C'est là l'incon-
vénient d'écrire, même sur des questions générales, dans une
petite république. Les citoyens s'y touchent de trop près pour
que 1rs moindres remarques n'excitent pas des soupçons , des
récriminations, des querelles. Nous sommes plus heureux en
France : on pourrait faire vingt volumes de critique spéculative-
sur l'administration, les tribunaux, l'instruction publique; per-
sonne ne s'y croirait offensé. Peut être , il est vrai , ne profite-
rait-on guère des avis de l'auteur, qu'on ne manquerait pas
d'appeler un prédicateur sans mission, un songe creux, un
homme à projets. Souhaitons, pour l'honneur de Genève et
pour la satisfaction d'un aussi bon citoyen que M. Humbert,
qu'd en soit autrement dans sa patrie.
4a. — Vocabulaire grec-français par familles , suivi d'un ta-
bleau alphabétique des mots français dont le correspondant
grec a un régime particulier; par Louis Longchamp. Genève,
1827; P. Ledouble; Paris, J. J. Paschoud. In-8° de xvj et
3oo pages.
M. Humbert, dans son Plan d'améliorations ( voy. ci-dessus ,
p. 147 ) » parle ainsi de cet ouvrage : « On a raison de suivie
la méthode des thèmes grecs dans nos classes, où elle se per-
fectionne chaque jour, grâce aux bons livres élémentaires qui
se publient à Genève. Un ouvrage récent, et qui manquait à
l'instruction publique, favorisera encore cette étude; c'est le
Vocabulaire grec-français par familles , composé par M. Long-
champ , qui a eu soin d'écarter de son recueil tous les termes
rares, tous cijux qui appartiennent à la langue poétique, et
(l'indiquer exactement le régime des adjectifs et des verbes. »
Nous ne doutons point que, parmi les livres élémentaires dont
le savant professeur fait ici l'éloge, il n'ait eu l'intention de
comprendre la Grammaire grecque et le Cours de thèmes grecs,
publiés par M. L. Vaucher, docteur-ès-lettres : fort bons ou-
vrages que nous avons annoncés autrefois, et qui continuent
de jouir, en Suisse et en France, d'un succès mérité. Le Voca-
bulaire de M. Longchamp, imprimé avec correction , et même
avec élégance, nous semble destiné à un succès non moins ho-
norable dans les établissemens d'instruction, où l'on fait étudier
les mots primitifs de la langue, concurremment avec sa gram-
maire. C'est là que l'usage journalier qu'on fera certainement
de ce livre en prouvera de plus en plus le mérite et l'utilité.
J.-V. Lr Clkrc.
i5o LIVRES ETRANGERS.
ITALIE.
/t3. — Délia maoçhitm dcir uomo , de' s aoi rapport i in géné-
rale, ed la partieolare dl quelle esisteati fia le esterne c le plu
uobili sue interne parti, ete. — Do la machine humaine, de ses
rapports en général, et en particulier de ceux qui existent
entre les parties extérieures de l'homme et ses organes inté-
rieurs les plus nobles : tableau médico-physique ; par le doc-
teur Usiglio. Florence, 1826.
L'auteur, après avoir tracé dans une rapide esquisse îa
description de la machine humaine, voulant donner une idée
des forces vitales, démontre la nécessité du concours des
forces extérieures pour que les autres achèvent les fonctions
auxquelles elles ont été destinées. Il traite ensuite de la dépen-
dance réciproque des organes. Les variétés qu'on observe dans
les individus de l'espèce humaine, lui fournissent l'occasion de
se livrer à des recherches importantes sur l'influence qu'elles
exercent sur le développement et le cours des maladies. L'auteur
«examine aussi les rapports existans, dans l'état de santé, entre
le visage et la surface extérieure du corps, d'une part, et les
viscères, de l'antre; et il rapporte tout ce que l'observation
nous a fourni jusqu'ici de plus remarquable à cet égard. Il
indique en même tems combien la médecine pourrait profiter
de ce genre de rapports et d'observations, et recommande à
ceux qui cultivent cette science de s'en occuper spécialement.
Il traite enfin des degrés de probabilité de la médecine, de son
état actuel, et il propose les méthodes qui pourraient, selon
lui, contribuer à ses progrès. F. S.
44. — Igiologia, etc. — Hygiologie ; par le Dr Achille Ver-
gari. Naples, 1826. Petit in-8° de 268 pages.
M. le docteur Vergari est auteur de beaucoup d'ouvrages
faits et de beaucoup de plans d'ouvrages à faire, comme
il le dit dans l'introduction de son livre. Il nous dit aussi
que son ouvrage contient environ 3,5oo préceptes pour con-
server la santé et obtenir la plus grande longévité possible ;
il parle de ses travaux avec une extrême confiance, et il
compte sur un succès assuré ; mais les préceptes et les règles
hygiéniques qu'il propose ne sont guère que des compilations
indigestes, des emprunts faits sans choix et sans discerne-
ment à un graud nombre d'écrivains. La division des tem-
péramens, qu'il a inventée, ou plutôt rêvée dans son traité,
est fondée sur la sensibilité dont le système nerveux de
chaque individu est doué. Malgré les erreurs graves et les
idées fausses dont cet ouvrage est rempli, l'approbation du
ITALIE,
réviseur ou censeur, placée à la un, le déclare digue^des
plus grands éloges. Fossati, n. m. .
/{5. — * Compendio di anatomia j!siologico»çomparata , etc.
— Abrégé d'anatnmie physiologique comparée à i'iiiic des
rrolcs de médecine et de chirurgie du grand hôpital de Sautai
Maria-Nnova à Florence; par le J3r Philippe Uccblii. Flo-
rence, i8>a5 »7; V. Batelli et corn p. 6 vol. in 8°, avec pi.
L'Italie n'avait pas encore de semblable traité pour l'in-
struction de la jeunesse; qui se consacre à l'étude de la méde-
cine et de la chirurgie. M. Ueeclli a résumé, dans son ouvrage,
avec beaucoup de clarté et de précision, les connaissances et
les découvertes modernes relatives à l'ânatomie physiologique
compilée. On v trouve le résultat des travaux et des recher-
ches des physiologistes les plus distingués, tels que Bichat, Mas-
eagniy Cotugno, et MM. Portai , Boy ot, Scarpà , Cuvier, Gall. Si
l'auteur n'a point accru par lui-même le nombre des décou-
vertes dont il rend compte, il a eu du moins la possibilité de
confirmer les observations de ses savans prédécesseurs par les
résultats de sa propre expérience. F. S.
l\G. — Sulla storia de' malt venërei , ccc. — Sur l'histoire
des maladies vénériennes; lettres de Dominique Tiiienne, d. m.,
de Viecnce. Venise, i8-23. In-8°.
La question de savoir si la maladie vénérienne était connue
en Europe avant la découverte de l'Amérique, ou si nous
la devons au retour des premiers navigateurs du Nouveau-
Monde, a été agitée depuis trois siècles par différens écri-
vains, anciennement par Massa, Fracastore , Fallope , etc.;
plus récemment, par Astrue , Van Swicten , Gistanncr, Swe-
diaur , Sprengel, etc.; et malgré leurs savantes recherches, le
public n'a pas pu savoir définitivement à quelle des deux opi-
nions s'arrêter. M. Thienne a réuni dans son ouvrage les pièces
de ce grand procès; il les a pesées avec une sage critique,
et il a résolu la question, en prouvant que cette affreuse
maladie avait déjà exercé ses ravages bien avant la naissance
du fameux navigateur italien. Que les peuples cessent donc
de se calomnier réciproquement et de s'adresser des re-
proches à ce sujet : la syphilis n'est pas plus d'origine amé-
ricaine, celtique, française ou napolitaine, que la petite-
vérole, le typhus, la scarlatine et tant d'autres infirmités
qui affligent l'espèce humaine.
Cet ouvrage se compose de lettres que l'auteur adresse à
plusieurs célèbres. médecins. Ces lettres sont fort bien écrites,
pleines d'une érudition vaste et profonde, qui est le fruit de
pénibles et laborieuses recherches. — En appréciant les cou-
i5* LIVRES ÉTRANGERS.
naksances de l'auteur comme médecin, nous aimons à re-
cueillir ses observations sur le caractère et la nature de la
syphilis, aux époques où cette maladie s'est présentée avec
des caractères épidémiques, quand l'infection se communi-
quait à la manière des autres maladies contagieuses, et se
présentait avec expulsion à la peau sous des formes très-
différentes. On ne lira pas sans intérêt les faits d'après les-
quels l'auteur établit une sorte d'analogie et d'identité entre
plusieurs maladies, telles que l'éléphantiasis, la lèpre, l'in-
fection vénérienne du Canada , le sibbens d'Ecosse, le radzygé
de Norvège, le saws d'Afrique, le pan d'Amérique, la maladie
de Scherlieno dans le Tyrol, etc.
Quoique nous ne soyons guère partisans des ouvrages d'éru-
dition en médecine, nous pouvons néanmoins recommander
celui-ci avec confiance à nos lecteurs, parce qu'il contient un
très -grand nombre de faits intéressans «à connaître.
Fossati , D. M.
47. — Saggio suite terme Rosellane , etc. — Essai sur les
thermes de Roselle; par le Dr Gio.-Gualberto Uccelli. Flo-
rence, 1826. In-8°.
Roselle, jadis célèbre parmi les villes de l'ancienne Étrurie,
n'est plus connue aujourd'hui que par ses eaux thermales.
M. Uccelli, entraîné parle désir de faire connaître son pays
natal, semble oublier, dans les premiers chapitres de cet
ouvrage , le sujet qu'il s'est proposé de traiter. Après s'être
occupé de recherches qui ne peuvent intéresser que les anti-
quaires, il consacre ses pages à des observations sur l'état
de l'atmosphère dans cette partie de l'Étrurie , et sur les
moyens les plus propres à prévenir ou à diminuer ses effets
pernicieux. Il présente ensuite une sorte de statistique miné-
ralogique de la province et la description topographique des
thermes de Roselle, ainsi que l'analyse de leurs eaux > que
d'autres savans , et surtout le professeur Gaz-zen , avaient
donnée avant lui. Il s'efforce enfin de justifier la réputation
de ces bains, et de prouver l'efficacité de leurs eanx salino-
gazeuses. F. S.
48. — Dell' acquedotto e délia fontana maggiore di Pau-
gia , etc. — De l'aquéduc et de la grande fontaine de Pérouse,
ornée des sculptures de Nicolas et de Jean de Pise , et à'Jr-
nolphe de Florence : Discours académique prononcé, le 23 fé-
vrier 1827, dans une séance littéraire, par Giov. Battista Ver-
miglioli , avec des Notes explicatives , et un appendice couteuant
des documens inédits. Pérouse, 1827; Vincenzio Bartelli. In-.\°
de 62 pages.
ITALIE. i >'•>
L'objet de la séance dans laquelle ce discours fut prononcé,
était de célébrer le r établissement de la magnifique fontaine de
Pérouse, qui manquait d'eau depuis le milieu du xvn* siècle;
l'aquéduc destiné à l'alimenter avait besoin de réparations que
les circonstances n'avaient point permis d'y faire. Privée ainsi
de sa principale décoration, cette; fontaine perdait beaucoup
de son prix, comme monument des arts, et ses belles sculptures
auraient enfin subi l'action du tems , si l'on avait négligé les
soins nécessaires pour leur conservation. Le discours et les
notes sont remplis d'une érudition dont l'histoire des arts ne
manquera pas de profiter. On y apprend que le premier hy-
draulicien qui amena aux fontaines de Pérouse des eaux abon-
dantes, au moyen de l'aquéduc qu'on vient de réparer, était
un Hollandais nommé Cornélius Meyer. A cette époque (vers
le xme siècle), l'Italie paraissait avoir oublié la partie de l'art
de construire qui s'occupe de la distribution des eaux ; mais cet
oubli ne dura point, et le tems vint où l'Italie enseigna l'hy-
draulique aux autres peuples, et leur fournit des ingénieurs
habiles dans la pratique de cette science. On remarque encore
que les magistrats de Pérouse, ayant désiré confier la direction
des travaux de leur fontaine au Florentin Arnolphe, sculpteur
et architecte, le demandèrent au roi de Naples qui l'employait
alors, et que cet artiste frrt l'objet d'une négociation diplo-
matique, comme l'illustre astronome Cassini le fut dix tems
de Louis XIV, quand ce monarque voulut l'acquérir pour la
France.
On voit que les habitans de Pérouse savent célébrer digne •
ment les bienfaits des arts. On peut douter cependant qu'en
voyant leur belle fontaine répandre de nouveau des eaux lim-
pides et abondantes, ils aient éprouvé un plaisir aussi vif que
celui dont jouirent les habitans de Coulanges- la- Vineuse, ville
de Bourgogne, lorsque l'ingénieur français Pitot eut fait couler
une fontaine dans cette ville jusqu'alors privée d'eau. On con-
templait dans une sorte d'extase un spectacle si nouveau ; on ne
pouvait s'en arracher ; on eût voulu se baigner dans le bassin
de la fontaine, dit l'historien de l'académie : un vieillard infirme
et aveugle s'y fit transporter et voulut y tremper ses mains, afin
d'être bien assuré de la précieuse acquisition que sa ville natale
venait de faire.
Lorsque l'aquéduc de Pérouse commença à répandre dans
cette ville les eaux que Mayer y avait réunies, au lieu de les
distribuer avec équité, suivant l'intention des magistrats, de
nombreux abus diminuèrent la part des citoyens à ce nouveau
bienfait, et des vols audacieux le firent presque évanouir. Il
i54 LIVRES ETRANGERS.
fallut que les lois s'armassent d'une excessive sévérité pour ar-
rêter ces déprédations; et ce frein ne suffisant pas encore, on
dut recourir aux foudres de l'église. C'est à peu près ce qui se
passa plus tard à Paris, lorsque cette capitale fut mise en pos-
session de fontaines plus abondantes et plus multipliées; les abus
de concessions particulières privèrent aussi le public d'une
grande partie des eaux qui lui. élaient destinées; et, si les lois
n'eurent pas à sévir contre les voleurs d'eau, c'est que cet ali-
ment de première nécessité n'était pas amené par des aqueducs
à découvert. Ces observations, et d'autres qu'il serait facile d'y
ajouter, font assez voir que le discours de M. Vermiglioli n'est
pas seulement un hommage rendu aux arts, mais fournit aussi
des renseignemeus précieux et instructifs. Y.
/|(). — Délia Storia tll Chieri, etc. — Histoire de Chieri ,
divisée en quatre livres; par M. L. Cibrario. Turin , 1827;
J. Pic. 1 vol. in-8°.
La ville de Chieri, ou Qaicrs , en Piémont, est au nombre
des républiques qui se signalèrent pendant le moyen âge dans
la carrière orageuse de la liberté. Les annales de ce petit peuple,
ép3rses jusqu'ici dans des chroniques imparfaites, viennent
d'acquérir un nouveau degré d'intérêt par la publication qui
nous occupe. M. Cibrario embrasse dans sa narration les évé-
nemens les plus remarquables qui appartiennent à sen sujet,
depuis la fin du xe siècle jusqu'à la paix de Cateau-Cambrésis,
ou le règne d'Emmanuel Philibert; les guerres, les traités,
la politique extérieure, les lois, l'administration en général et
les luttes entre le peuple et le parti de l'aristocratie qui agi-
tèrent long-tems ce pays , ressemblent à ce qui se passait alors
dans la plupart des républiques italiennes ; mais notre auteur
s'appuie sur des chartes et des preuves irrécusables qui con-
firment les notions que nous avions déjà sur l'histoire de ces
républiques ; il rappelle les noms des principales familles de
Chieri, parmi lesquelles quelques-unes, telles que celles de
Broglie et de Crillon, devenues françaises, ont passé dans les
pays étrangers, et y ont étendu leur illustration. Le second
volume est exclusivement consacré aux documens et aux pièces
justificatives. M. Cibrario a senti qu'il n'est plus permis d'é-
crire l'histoire au hasard, ou de marcher sur les traces des
historiographes qui nous ont légué des nobiliaires et dont
les longues compilations étonnent ou séduisent encore la]mé-
diocrité. La diction de M. Cibrario est correcte, mais peut-
être trop uniforme; cet écrivain, qui ne manque pas d'ailleurs
d'imagination, ne s'est pas assez attaché à vivifier son récit
par ces tournures rapides, par ces teintes pittoresques qui
ITALIE. t55
donnent, pour ainsi dire, de la vie au style, et qui, sans
nuire à la vérité, attachent fortement le lecteur.
C. RoSSETTI.
5o. — Lcttcra di messer Gio Boccacio, etc. — Lettre de mes-
sire Jean Boccace de Certaldo, à maître Zanobi da Strada;
avec d'autres monumens inédits, etc.; publiés par Sébastien
Ciampi. Florence, 1827; Nicolas Conli. In-8° de 109 p., avec
fig. au irait.
Le dernier écrit de M. Ciampi, que nous avons eu l'occa-
sion d'annoncer, avait pour objet la publication d'un morceau
inédit de Boccace qui ne fut pas destiné par son auteur à voir
le jour (V. RçtK Enc., t. xxxiv, p. Go/t). C'est un mémorial de
lecture tenu par cet homme à la fois si spirituel et si docte.
Celte publication a été accueillie en Italie avec beaucoup de
faveur, parce que, dans cette contrée, le nom de Boccace est
très-populaire, soit parmi les gens du monde, soit parmi les
savans, «à cause du charme de ses écrits et de l'inimitable élé-
gance de son langage. On a donc su beaucoup de gré à
M. Ciampi d'avoir, par sa sagacité, découvert un écrit de plus
d'un auteur chéri du p".blic, écrit qui, dans sa simplicité fa-
milière et négligée, montre pourtant l'homme tout entier. En-
couragé par ce succès, M. Ciampi publie de nouveaux docu-
mens à l'appui de l'authenticité de son manuscrit, et prend de
là occasion de rassembler une foule de détails biographiques
sur Boccace, qui doivent faciliter l'intelligence de ses ouvrages
et de sa correspondance privée.
A la lin du volume, M. Ciampi publie quatre lettres iné-
dites, écrites en latin, qu'il attribue aussi à Boccace.
Huit figures au trait terminent ce volume; elles représentent :
la grammaire, la dialectique, la rhétorique, l'arithmétique,
la musique, la géométrie, l'astrologie, la philosophie, d'après
un monument de sculpture qui se voit au Campo-Santo, à
Pise. Un passage de l'une des lettres nouvelles de Boccace a
donné lieu à la publication de ces dessins, que l'auteur conser-
vait depuis plusieurs années dans son portefeuille, et qu'il
accompagne d'une description savante. Ces monumens ont de
l'intérêt pour l'histoire des arts et des sciences au moyen âge.
A. M.
Ouvrages périodiques.
5i. — * Giornale Ligustico di scienze, lettere ed arti. — Journal
Ligurien des sciences, des lettres et des arts. Gènes, imprimerie
de Pagano, piazza Nuova, n° 43.
Nous ne connaissons encore que le premier cahier de ce
i56 LIVRES ETRANGERS.
nouveau journal , auquel nous souhaitons de bon cœur une
heureuse destinée. Nous sommes surpris qu'il se nomme Ligu-
rien , plutôt que Génois : les Liguriens furent obscurs, les Gé-
nois acquirent une immortelle renommée; que le souvenir de
leur gloire passée, de leur antique patrie vive au fond de leur
cœur, altd mente repos tum. Quand même les Suisses auraient
le malheur de perdre leur indépendance, consentiraient-ils ja-
mais à quitter le nom de Sf/isses pour redevenir Helvéliens?
les Polonais voudraient-ils reprendre le nom de Sarmates? un
roturier annobli s'efforce de cacher son origine, et de faire ou-
blier les siècles que sa race passa dans l'obscurité : l'orgueil des
peuples qui ne veulent pas renoncer à une célébrité justement
acquise est légitime, avoué par la raison, et n'a rien de com-
mun avec la morgue du parvenu. Il entretient les sentimens
généreux, inspire les grandes pensées, conserve l'espoir d'une
nouvelle illustration, et l'activité des recherches pour y par-
venir. Mais, sans nous arrêter plus long-tems au titre du nou-
veau journal, voyons comment les rédacteurs annoncent, dans
ce premier cahier, la tendance de leur critique , l'aspect sous
lequel ils veulent considérer les objets compris dans leur plan.
Les sciences obtiennent, dans ce cahier, trois Notices; l'une
sur des plantes d'Amérique, nue autre sur la géologie du nord
de l'Allemagne; et la troisième sur l'exploitation du lignite de
l'Apennin, dans l'état de Gènes. La partie littéraire commence
par une œuvre inédite du poète de Savone, Cliiabrera, c'est une
hymne à sainte Catherine. — On trouve ensuite l'analyse du gros
livre publié en 1824, à Vérone, par M. Antoine Cesari, sur la
divine comédie de Dante. Si l'on plaçait à côté de l'œuvre du
poète les commentaires dont sa comédie est encore le sujet, on
élèverait un monument gigantesque, une montagne plus élevée
que le tertre sous lequel furent déposées, dit-on, les cendres
d'Achille. « Il y a plus de livres sur les livres que sur les choses
dont les livres parlent; nous ne faisons que nous entreglosser, »
a dit Montaigne, dont la critique n'a corrigé personne. — Une
troisième Notice donne quelques extraits des œuvres posthumes
de Jules Perticnri, publiées à Livourne en 1825, par M. Scipion
Colelli. — La collection de voyages publiée à Madrid par M. Fer-
nandez de Navarette est le sujet d'une quatrième Notice, et
ramène les discussions relatives à la patrie de Christophe Co-
lomb; on pense bien qu'elles sont décidées en faveur de Gènes,
dans un journal ligurien. — La vie et les ouvrages du P. Joseph
Solari , des écoles» pieuses , sont le sujet d'un article biographi-
que un peu court, et qu'il eut fallu rendre plus instructif, au
profit des érudits, ou plus court encore au gré des lecteurs plus
ITALIE.— PAYS-BAS. i57
curieux de connaître l'écrivain que ses ouvrages. — La dislr i
butiou des prix de poésies aux écoles publiques de Gènes, <ti
i8a6 , esl. une nouvelle occasion de citer des vers . les rédac-
teurs expriment la crain!»; d'en avoir trop mis dans un seul
cahier, et ce n'est pas sans raison, d'autant plus que l'article
suivant est consacré à des extraits des poésies latines de F. Ga-
gliuf/i.
Une section du journal est consacrée à l'archéologie, et les
sujets choisis auraient pu rester dans l'oubli sans inconvéniens;
ce sont des inscriptions d'urnes cinéraires et une épitaphe.
Quelle que puisse être la subtilité des commentateurs, dépa-
reilles recherches ne sont d'aucune utilité pour l'histoire. Si
une catastrophe faisait disparaître, pendant quelques siècles,
un de nos villages, son église et son cimetière, et si lorsqu'on
aurait perdu la mémoire de l'événement qui aurait anéanti cette
population, des fouilles y mettaient à découvert des tombeaux,
des inscriptions, les ruines d'un grand édifice , quel vaste champ
de conjectures pour les antiquaires de cette époque ! des vo-
lumes de dissertations pleines de savoir s'entasseraient les uns
sur les autres; on y trouverait certainement beaucoup de choses
intéressantes, mais la vérité n'y serait point : et quand même
la vérité y serait enfin révélée, on n'en serait que mieux con-
vaincu de l'inutilité de ces recherches.
Nous nous sommes étendus sur les trois premières sections
de ce journal, parce qu'elles sont en effet les plus importantes,
et celles dont les étrangers peuvent être juges, aussi bien que
les nationaux. Il n'en est pas ainsi des produits des beaux arts
dont on ne peut parler sans les avoir vus, et des nouvelles lit-
téraires qu'on'reeoit sans examen. On voit que le Journal Ligu-
rien aspire à être ïrès-complet, sans tirer des matériaux du
dehors, en ne mettant en œuvre que les productions de la'Li-
gurie, ou les ouvrages qui en parlent. Ce cadre est un peu
étroit pour une publication mensuelle de plus de 100 pages;
il est à craindre que les rédacteurs n'éprouvent assez promp-
tement une disette qui pourrait compromettre leur entreprise.
F.
PAYS BAS.
Si. — * De l'action des.}émétiaues étales purgatifs sur l'éco-
nomie animale , et de leur emploi dans les maladies ; par M. P.-
A. Marcq, D.-M. , membre de plusieurs sociétés savantes;
couronné par la Société des sciences médicales et naturelles de
Bruxelles. Bruxelles, 1827; imprimerie de Tarlior. In 8f' de
202 pages.
t&8 LIVRES ETRANGERS.
M. Marcq s'était déjà fait connaître avantageusement par plu-
sieurs excellons Mémoires, parmi lesquels on eu a surtout re-
marqué un sur le haut enseignement en Belgique, dans lequel
il indique une foule d'améliorations que Ton voudrait voir exé-
cutifs. Le nouvel ouvrage dont nous venons de donner le titre
ne peut manquer d'attirer l'attention des hommes de l'art et
de consolider la réputation de ce médecin distingué. La Société
des sciences médicales et naturelles de Bruxelles ne pouvait,
dans l'état actuel de la médecine, mettre au concours une ques-
tion plus importante que celle-ci : Exposer les effets produits sur
l'organisme par les cinétiques et les purgatifs ; établir dans quelles
circonsta/ices de l'état de maladie on peut les administrer avec suc-
cès , tant à faible qùh forte dose, et déterminer quelle est leur ma-
nière d'agir. En réponse à cette question , quinze Mémoires ont
été adressés à la Société. Le prix a été décerné à celui de
M. Marcq : voilà la meilleure recommandation qu'il pût obte-
nir, et il n'a besoin d'aucun autre éloge. L'auteur est entré dans
presque tous les détails que comportait ce vaste sujet. Bien qu'il
appartienne à l'école de Broussais, nous sommes persuadés que
les médecins instruits, de quelque doctrine qu'ils soient , liront
avec intérêt son ouvrage et y reconnaîtront une bonne méthode
analytique, un grand ordre dans l'exposition des faits et plu-
sieurs considérations neuves. De Kirckhoff.
53. — * Recherches sur la population , les naissances, les dé-
cès , les prisons , les dépôts de mendicité, etc. , dans le royaume
des Pays-Bas; par M. A. Quetelet, secrétaire de la commission
de statistique, etc. Bruxelles, 1827; Tarlier. ln-8° de 90 pages.
(Voy. ci-dessus, pag. 596)
Ce titre, assez détaillé , nous dispense de dire quel est l'objet
de l'ouvrage. On y trouve non-seulement i-aperçu de la popu-
lation, des naissances, des mariages, des décès, dans les dif-
férentes provinces des Pays-Bas, mais des vues extrêmement
judicieuses, soit pour perfectionner les données de la statis-
tique, soit pour améliorer le sort des citoyens.
On estimait, au icr janvier 182 5, que la population de ce
royaume s'élevait à 5,992,666 âmes; mais M. Quetelet avoue
que les données sur lesquelles cette évaluation est appuyée
sont très imparfaites. Il demande un dénombrement province
par province, ville par ville; et, en effet , c'est l'unique moyen
de savoir, avec une tolérable approximation , quelle est véri-
tablement la population d'un État. Le rapport entre le nombre
des habitans et celui des naissances varie selon les tems et les
lieux; on ne peut donc tirer aucune induction des observa-
tions faites à cet égard. Une remarque assez singulière, c'est
PAYS-BAS. i5g
que les mariages sont plus féconds dans la paître méridionale
du royatime ( la Belgique) que dans la partie septentrionale ( la
Hollande). Dans la première, il naîl 5,îi en fans par ménage,
(f dans la seconde 4*87 ; ce qui semblerait indiquer, dans la
Belgique, plus de prospérité que" dans la Hollande L'auteur
remarque aussi que, dan-, le royaume des Pays-Bas, les nais-
sances, comparées à la population, sont plus nombreuses et
les décès moins nombreux qu'en France; ce qui indique une
meilleure administration. Tous les rapports, en effet, qui nous
viennent de ne pays, confirment que la liberté y est beaucoup
pins grande, l'industrie mieux protégée, et le parti prêtre
moins puissant.
On ne sera pas surpris, en conséquence, des conclusions de
ce petit ouvrage : «Nous conclurons de ce qui précède, dit
l'auteur, que, quoique la population de la Belgique rie soit pas
déterminée avec toute la précision désirable, elle offre cepen-
dant un état d'accroissement très-sensible ; que cet état provient
surtout «le ce que le peuple peut s'y procurer, par son travail,
des revenus qui sont bien au-dessus de ses besoins; de ce
qu'aidé de l'accroissement des lumières, et soutenu par ta con-
fiance qu'inspire un gouvernement sage et paternel, il ne
craint pas de donner à son industrie une extension qu'elle
n'avait pas d'abord, ce que prouvent plusieurs établissement de
création récente. Il faut l'assurance de ces biens pour que
l'homme cherche à se reproduire; et pour saisir cette observa-
tion, nous n'avons eu qu'à consulter les registres de l'état
civil. Ainsi se confirme de plus en plus cette vérité importante,
que le moyen le plus sûr de multiplier la population d'un État,
c'est de faciliter la multiplication des produits de l'agriculture
et de l'industrie, et île lui assurer une sage liberté qui soit un
garant pour la confiance publique. » J.-B. S.
54- — * Eclectisme , ou Premiers principes de philosophie
générale; par Fréd. baron de Reiffenberg. Ire partie, Psycho-
logie. Bruxelles, 1827 (décembre); Tarlier. ïn-8°.
L'auteur de cet ouvrage pense avec raison que la vérité ne
se crée pas ; on la rencontre, on la voit. Le tort des philoso-
phes est moins d'avoir mal vu que de n'avoir pas tout vu : vou-
loir refaire ce qu'ils ont bien fait, est une vanité téméraire et
absurde ; ambitionner de faire autrement , pour le seul plaisir
de sortir de la foule, c'est, au milieu des ténèbres, éteindre la
lumière qu'on n'a point soi-même allumée. Que penserait-on
de l'astronome qui s'obstinerait à observer le ciel à l'œil nu,
plutôt (pie de se servir d'instrumens en usage avant lui; du cul-
tivateur qui labourerait la terre avec ses ongles, en haine de la
i6o LIVRES ÉTRANGERS.
charrue qu'il n'aurait point trouvée? « Ne méprisons pas, dit
M. cie Rciffenberg, l'héritage de la sagesse des siècles; niais
choisissons parmi ces richesses auxquelles se mêle tant d'al-
liage , et vérifions leur valeur, en ne renonçant pas à juger par
nous-mêmes: en un mot, soyons éclectiques. » La philosophie
que professe M. de Rciffenberg est fort épurée, et s'allie très-
bien avec les doctrines libérales que quelques personnes lui re-
prochent de défendre. Cette philosophie est haute, grave, pleine
de dignité, quoique claire et de facile accès. En mettant à con-
tribution les écrivains les plus renommés, l'auteur a «uivi l'exem-
ple de Montaigne, et a mêlé ses propres idées à celles qu'il em-
prunte. Ses vues sont quelquefois-entièrement neuves, comme
lorsqu'il fait découler la théorie du beau dans les arts, de la
morale. Nous reviendrons sur son traité, quand les différentes
parties qui doivent le composer auront paru. C.
55. — * Gerschicdenis van Griehcnland. — L'Histoire delà
Grèce, par M. V.-G. Van Kanopen. Delft en Dordrecht, 1827.
In-8° de 492 pages.
L'auteur indique, dans sa préface, les principaux ouvrages
qu'il a consultés en écrivant ce livre. On y trouve mentionnés,
avec les historiens de l'antiquité, ceux des teins modernes qui sont
les plus recommandables, comme Clavier, HeerenyK. O. Millier
Gillies et Mitford. L'auteur continuera son histoire jusqu'à nos
jours. Le premier volume contient l'histoire des États grecs
jusqu'à leur alliance du tems des guerres contre la , Perse. Il
est impossible de donner une analyse de cet ouvragé-intéres-
sant. L'auteur a quelquefois ( par exemple, page» io3, 1 ^9 ,
23c), 264, 3o3, 407 ) rapproché le tableau des mœurs et des
institutions modernes de celles de l'antiquité. 11 parle de la*
monarchie constitutionnelle approuvée par Homère (p. io3 ) ;
de Pisistrate, comme modèle d'un monarque constitutionnel
( p. 3o3 ) , etc. Il paraît que l'auteur a employé ces comparai-
sons pour populariser son ouvrage et le rendre plus intelligible
aux lecteurs; mais, en général, nous craignons que le célèbre
mot de Montesquieu ne trouve ici son application -.Transporter
dans les siècles antérieurs les opinions de nos jours , c'est des
erreurs la source la plus féconde. X. X.
56. — * Ferhandeling , etc. — Dissertation sur les décou-
vertes des Belges dans l'Amérique, l'Australie , les Indes et les
terres polaires, avec les noms donnés primitivement ; par R.-
G. Bennet et /. Van Wyk. Utrecht, 1827 ; Altheer. I11-80.
Cet ouvrage fort intéressant a été couronné par ia Société
d' Utrecht , dont M. Van S'Gravenwert a fait connaître le but
et les travaux dans une des dernières livraisons de \a. Bévue m-
PATS BAS. t6 1
tydopédique ( VOy. t- \\ W; pag. 17;. L'objet de la Société a
été de ros'ittu -r aux navigateurs belges l'honneur qui leur appar -
lient, eu engageant à énumérer leurs découvertes avec les
noms originaux qu'ils leur avaient donnés, le tout appuyé ilé
l'autorité des plus anciennes cartes, tics relations, voyages, li-
vres de géographie j etc. : MM. Bennet et J. Van Wyk ont. ré-
pondu d une manière satisfaisante à cette invitation, et, en se
renfermant dans les termes du programme, ils se sont abstenus
(le tout ornement étranger. , Dr Reiffenuero.
LIVRES FRANÇAIS.
Sciences physiques et naturelles.
57. — * L'Homme, par M. de Lacépède. Paris, 1827; Lc-
vrault. ln-8° ; prix, 6 fr.
C'est une fort heureuse idée qu'eut M. Levrault, libraire,
que celle de réimprimer séparément quelques- uus des grands
articles qui, dans son Dictionnaire, forment pour ainsi dire
des traités complets. Déjà le public avait recherché les Crus-
tacés en un volume, si savamment traités par M. Desnia-
rest, l'un des naturalistes presque universels de l'époque, et
les Mollusques de M. BlainùUe. Aujourd'hui , c'est l'article
Homme de M. de Lacépède, qui reparaît en un volume soigneu-
sement imprimé. Cet article vit 3e jour pour la première fois en
1821, dans le xxie volume du Dictionnaire des sciences naturelles,
qu'il ne faut pas confondre avec le Dictionnaire classique d'his-
toire naturelle dont nous avons tiré, en le retouchant pour le réim-
primer, un autre article Homme. Celui de M. de Lacépède repa-
raît purement et simplement comme il fut imprimé, sans addi-
tions ni corrections. Pour mettre le lecteur à portée de juger du
style qui règne d'un bout à l'autre dans cette production
d'une plume célèbre , nous en transcrirons la première phrase.
« L'homme : quel immense sujet ! quel admirable effet de causes
plus admirables encore! quelles merveilleuses combinaisons de
substances, d'organes, de forces, d'actions, de résistances, de
facultés ! On voudrait observer tout ce que nos sens peuvent,
saisir, atteindre par la pensée à ce qui se dérobe à leur exa-
men, pénétrer par le sentiment, la conscience et la réflexion
jusqu'à ceite essence presque divine, à cet esprit indépendant
et libre que les voiles de la matière, les espaces , ni les teins ne
peuvent arrêter, à ce génie sublime qui a donné à l'homme le
sceptre delà terre, etc. 0 D'après ce début, un devine que ce
t. xxxvii. — Janvier 1828. 11
iÇ? LIVRES FRANÇAIS,
n'est pas aux distinctions spécifiques que l'auteur s'est appliqué;
il a considéré d'une manière plus métaphysique son sujet, au-
quel il rattache une partie de l'ouvrage, publié dans sa jeu-
nesse, sur la Poésie de la musique.
58. — * Manuel de Mammalogie , ou Histoire naturelle des
Mammifères; par Primevère Lesson, officier de santé de pre-
mière classe de la marine royale, membre de plusieurs sociétés
savantes, etc. Paris, 1827; Roret. In- 18 de A5o pages environ ;
prix, 3 fr. 5o c.
M. Lesson a fait partie de l'expédition autour du monde,
commandée par le capitaine Duperrey, et dont M. Arthus Ber-
trand publie une relation très-remarquable par la beauté de
l'exécution typographique. C'est lui qui, dans ce magnifique
travail, est chargé de l'histoire des animaux ; et les cinq ou six
livraisons , déjà fournies par lui, donnent la plus haute idée de
son mérite. Il a parfaitement observé; i! ne décrit pas avec
moins de sagacité-, et son style approprié aux sujets qu'il traite
est également éloigné de l'enflure ou de la trivialité, écueils
opposés contre lesquels la plupart des naturalistes de l'époque
viennent échouer dans leurs écrits. Dans son Manuel de Mam-
malogcei M. Lesson n'a pu, comme dans son excellente intro-
duction à la Zoologie du voyage fait sur la Coquille , donner
un libre cours à ses pensées; il a dû s'imposer cette concision
qui donne de la sécheresse à ce qu'on nomme un species , et il
en est résulté un petit livre bien commode , bien portatif, avec
lequel quiconque veut s'instruire promptement peut aller inter-
roger 1rs riches collections du Muséum d'histoire naturelle.
M. Lesson donne des notions claires et précises sur tous les ani-
maux qui s'y trouvent, et même sur beaucoup qui ne s'y trouvent
pas; car, plus complet que V Encyclopédie même, son traité
mentionne 1 124 espèces, tandis que les galeries du plus tâche
établissement scientifique connu en présentent un nombre
beaucoup moindre.
Les considérations générale^ qui précèdent la description
des animaux contiennent une variété infinie de faits : elles sont
très-philosophiques et à la hauteur des connaissances actuelles,
ft Les animaux ne furent point, dit M. Lesson, créés sur un
point unique, d'où ils s'irradièrent successivement et de proche
en proche ; tout semble prouver, au contraire, que leurs tribus
furent appropriées à telle ou telle zone, à telle ou telle contrée ,
et que des limites assez restreintes leur furent même imposées :
chaque partie du monde eut ses espèces et ses genres en propre. »
— Telle est la théorie qu'enseigne la recherche de la vérité , et
que depuis long-tcms nous avons essayé d'étayer par toute sorte
SCIENCES PHYSIQUES. îGi
<lc raisonne mens $ elle résulte des éerits de liuffon , des décou-
vertes de MM. Ilutnboldt, Cuvier, de nous-méme; e( cependant
pins d'un auteur qui l'appuie, semble craindre de la proclamer.
Un article sur les Animaux mentionnes par lu Bible jette encore
un nouveau genre d'intérêt dans le livre que nous recomman-
dons au public. B. de S1, y.
59. — * Notice sur V amélioration des troupeaux en France, par
M. G. L. Tkrnaux aîné, officier de la Légion-d'Honneur et du
Lion Belgique, manufacturier propriétaire à Saint-Ouen.
membre de la Chambre des députés, etc., etc. Paris, ifftt? ;
Mme. lfuzard; Saulelet. In-8° de 64 pages avec un tableau;
prix, 1 fr. (i'je vend au profit de la Société pour l'instruction
élémentaire. )
Cet écrit est, sans doute, assez recommandé par Je nom de
son auteur : annonçons cependant aux propriétaires de trou-
peaux, aux amis de l'agriculture et des arts, et même à la classe
de lecteurs connus sous la dénomination de gens du monde ,
que les 64 pages dont se compose cette brochure sont l'équi-
valent d'un grand ouvrage, que l'importance et la multiplicité
des faiis y provoquent partout l'attention et la curiosité, et
qu'on apprend avec intérêt le résultat d'expériences faites avec
soin, d'observations que peu d'hommes sont en état de bien
faire. L'auteur ne nous flatte point sur la valeur des laines
françaises comparées à celles d'Angleterre et de Saxe; il in-
dique les eau -s de l'infériorité dans laquelle nous sommes res-
tés, et les moyens de nous élever jusqu'au niveau de la Save,
<jue nous devons prendre pour modèle. Des avertissement
aussi sérieux, donnés avec toute l'autorité de l'expérience et
du savoir, ne seront pas négligés; espérons que nos fabriques
en ressentiront bientôt l'influence.
Nous n'avons rien à dire sur la destination que l'auteur as-
signe au prix de son opuscule: on sait que ce n'est pas seule-
ment par des actes de générosité de cette nature qu'il coopère
à la propagation des connaissances dans les classes laborieuses.
F.
60. — * Anatomie comparée du système\dentaire chez l'homme
et chez les principaux animaux ; par M. Rousseau, D. M., chargé
des travaux anatomiques du Muséum ?oyal d'histoire naturelle
de Paris et de plusieurs sociétés savantes, etc. ire, 2e, 3e et 4e
livraisons. Paris, 1827; Belin, rue des Malhurins-St. -Jacques ,
n° 14. 4 cahiers grand in-8°,avec des planches; prix de l'ouvrage
entier, qui aura 5 livraisons, 3o fr. fig noires, et 40 Ir. fig. color.
Linné, qui posa les bases de la classification la plus natu-
relle dans toutes les branches de la vaste science dont il fut le
\6\ LIVRES FRANÇAIS.
législateur, reconnut le premier l'importance du système den-
taire chez les vertébrés , que jusqu'à lui on appelait quadrupèdes,
quoique tous n'eussent pas quatre pieds, et que plusieurs
n'en eussent pas du tout. Les prédécesseurs de ce grand
homme s'étaient arrêtés à la considération des membres qui ne
fournissent que des caractères de peu de valeur; ils avaient
négligé l'examen du nombre et de la disposition des dents,
choses qui, correspondant nécessairement au système digestif,
entraînent une subordination consti tutrice , d'où l'on peut dé-
duire les autres conditions d'existence que présentent les ani-
maux. La classification des mammifères, d'après les considéra-
tions tirées des dents, ne fit pas d'abord fortune en France, où
Buffon frappait d'anathême les idées saines en histoire natu-
relle, pourleur substituer des paradoxes sonores. C'est àM.Cu-
vier que nous devons le retour aux bonnes voies sur un point
important de la zoologie qu'il a si bien développé, qu'on peut
le regarder comme un nouvel inventeur de l'heureuse idée
linnéenne. D'autres savans de son école, entre lesquels on doit
citer honorablement M. Frédéric Cuvier, son frère, ont ajouté
à ses découvertes. Aujourd'hui, l'un de ses disciples vient réu-
nir en un corps d'ouvrage tout ce qui se trouvait épars dans
les ouvrages des naturalistes, au sujet des dents; il y ajoute
une grande quantité d'observations nouvelles, accompagnées
d'excellens et de nombreux dessins, propres à rendre plus
claires des descriptions parfaites; nous signalons ce livre comme
le meilleur et le plus utile que Ton ait publié sur la même ma-
tière. Non seulement les zoologistes de profession et les curieux
en histoire naturelle ne sauraient se passer de son secours
pour l'étude des animaux mammifères, mais les dentistes doi-
vent le rechercher. Il n'est pas jusqu'aux gens du monde qui
tiennent à Tune des plus précieuses parties d'eux-mêmes , et
qui sentent la nécessité, pour conserver leurs dents, d'en
connaître la structure avec les causes qui peuvent les altérer,
qui ne doivent se procurer et lire attentivement l'anatomie
comparée du système dentaire , par M. Rousseau. Ce natu-
raliste, choisissant l'homme pour l'objet principal de ses
recherches, décrit avec une minutieuse fidélité tout son appa-
reil masticatoire; passant ensuite en revue et successivement
les mêmes parties dans les autres animaux, il les compare avec
celles de son type de la manière la plus propre à se faire
parfaitement comprendre. Nous donnerons une analyse de ce
beau travail, quand la dernière livraison aura paru.
B. de S*. V.
61. — * Clinique médicale , ou Choix d'observations recueillies
SCIENCES PHYSIQUES. ior>
,i la clinique de M. I.i i.mimkk, médecin de l'hôpital de la Cha-
rité, et publiée sous ses yeux. , par G. AjNDBAL lils, agrégé à la
faeulté de médecine de Raris, etc.; IV' partie : [Maladies de
V abdomen. Paris, 1827; Gabon. In-8? de 694 pages*, prix, 7 fr.
Ce quatrième volume de la ('/inique médicale;, destiné aux
maladies de l'abdomen, ne les passe pas toutes en revue. L'an-
ime s'est borné à en choisir quelques-unes de celles qui, par
leur obscurité, par les difficultés qu'elles présentent, récla-
maient surtout un examen attentif. Il a particulièrement décrit
les altérations diverses qu'offrent si souvent et dans des cir-
constances si variées le foie et ses dépendances. Leseauses qui
les produisent, les signes auxquels on peut les distinguer pen-
dant la vie, les secours qu'elles exigent, sont discutés avec ce
talent remarquable qu'on avait déjà reconnu dans les volumes
précédons. Ce qui distingue cet ouvrage, c'est non seulement,
l'exactitude scrupuleuse avec laquelle les faits sont explorés, et
l'attention extrême apportée à bien voir ce qui est , et rien que
ce qui est; la grande sagacité à démêler la lésion principale de
celles qui n'en sont qu'une dépendance plus ou moins éloignée;
mais, ce qui est préférable encore, une sage réserve qui fait
s'arrêter là où le doute seul est permis, et une impartialité qui ,
sans adopter, aucun des systèmes qui se disputent exclusive-
ment la domination , apprécie ce qu'il peut y avoir de vrai dans
chacun d'eux.
Quoique par la nature de ses travaux, dirigés surtout vers
l'anatomie pathologique, M. Andral dût être amené de préfé-
rence à donner de l'importance à ce qu'on nomme la médecine
des organes; libre cependant des liens d'une doctrine quelcon-
que , il balance sans prévention lesinconvéniens et les avantages
des diverses méthodes de traitement , et cherche à assigner les
cas où il convient de choisir l'une d'entre elles. La science est-
elle actuellement assez avancée pour qu'on puisse tirer des ob-
servations particulières des règles générales dont l'application
soit facile et à la portée de la majorité des praticiens? C'est ce
qu'il est permis de mettre en doute; mais, si quelque chose
peut y conduire, ce sont des recherches du genre de celles
auxquelles M. Andral se livre avec tant de succès.
Nous ne devons pas terminer sans annoncer que ce médecin
vient d'être appelé tout récemment, et par le suffrage de la
faculté de médecine de Paris, à occuper dans son sein la chaire
que la mort de M. Bertis avait laissée vacante. On doit pré-
sumer que l'ouvrage que nous annonçons a surtout déterminé
à lui donner la préférence sur ses rivaux. Rigoii.ot (ils.
62. — Manuel des maladies de la peau , et de relies qui peu
168 LINRES FRANÇAIS.
if /it aussi affecter les cheveux, la barbe , les ongles, etc.; par îe
Dr. Bergmann; traduit de l'allemand par M. R..., médecin; à
l'usage des médecins et des gens du monde. Paris, 189.7; Du-
fart, quai Voltaire, n° 19. In 11 de 171 pages; prix, 1 fr.
Nous recommandons la lecture de ce petit ouvrage aux
médecins français qui désirent savoir jusqu'à quel point la mé-
decine allemande est encore attachée aux vieilles doctrines de
l'ontologie, et à la polypharmaeie. D. L.
63. — •:* Élëmens de Pathologie vétérinaire , ou Précis théo-
rique et pratique de la médecine et de la chirurgie des princi-
paux animaux domestiques; par M. Vatel, professeur de
clinique, de médecine opératoire et de médecine légale à l'Ecole
royale vétérinaire d'Alfort, etc. Paris, 1828; Gabon. 1 forts
vol. in-8° avec planches; prix, 16 fr.
On ne saurait révoquer en doute qu'il existe de <i grands
rapports entre la médecine de l'homme et celle des animaux
domestiques, que les progrès de Tune sont nécessairement liés
a ceux de l'autre. De nos joui s, les physiologistes et les toxico-
logistes ont pris ces mêmes animaux pour sujet de leurs expé-
riences; et les faits observés sur eux ont puissamment contribué
à éclairer la médecine humaine. Il est donc bien évident nue
l'heureuse révolution qui vient de s'opérer dans cette dernière
€Èoit influer sur l'autre d'une manière bien remarquable : c'est
ce qu'a fort bien senti M. Vatel. Appelé à professer la clinique,
la médecine opératoire et la médecine légale dans la première
école vétérinaire de France, ce professeur a pu recueillir un
grand nombre d'observations propres à mettre la médecine vé-
térinaire au niveau des découvertes médicales modernes. Ou
doit le louer d'avoir eu le courage de l'entreprendre et d'avoir
lutté contre cet empirisme de tradition que les maréchaux
lèguent «à leurs successeurs comme une partie essentielle de leurs
fonds. Depuis plus d'un demi-siècle que les écoles sont fondées ,
peu d'ouvrages ont paru qui aient faite d'une manière spéciale
de la pathologie vétérinaire. Les opinions émises par leurs
auteurs, en rapport avec les connaissances acquises au moment
de leur publication , ne peuvent pins convenir à l'époque mé-
dicale à laquelle nous sommes arrivés. Il était donc nécessaire
qu'une réforme fût opérée dans les dénominations des mala-
dies , et qu'une pathologie vétérinaire fût rédigée d'après ces
vues d'amélioration : tel est le double but de l'ouvrage de
M. Vatel. La première partie est exclusivement consacrée à la
description des maladies et à l'indication des moyens tliéiapeu
tiques qu'elles réclament. La seconde est destinée à la des-
eripùon des opérations chirurgicales et à l'indication des ma-
SCIENCES PHYSIQUES. *C>:
ladies qui 1rs requièrent, <1«" manière que cotte première partie
est, à proprement parler, Ml nouvel Essai de Nosologie, et la
seconde un Manuel opératoire. Un formulaire pharmaceutique
termine le seconde volume, qui doit bientôt paraître.
[/ouvrage de M. Va tel se recommande par sa précision et sa
clarté; il est riche de faits, et le seul en ce genre qui soit bien
au niveau des connaissances médicales actuelles. Sous ces points
de vue, il ne peut qu'être de la plus grande utilité, tant aux
vétérinaires qu'aux médecins et aux agronomes.
JUI.IA DE FoNTENELLK.
G/|. — * Rapport général sur les travaux du Conseil de salubrité
pendantl'annéei 826. Paris, 1827; Bachelier. In-/,°;prix,2 f. Soc.
Les sciences, en prêtant leurs lumières à l'industrie, en
accélèrent la marche et en étendent chaque jour les limites;
mais les résultats matériels de cette alliance seraient souvent
achetés aux dépens de la santé et de l'existence des hommes,
si la science elle-même ne portait encore sa sollicitude sur la
partie intéressante de la population qui, livrée à des travaux
pénibles, se trouve exposée à l'action d'influences funestes;
si elle ne faisait disparaître l'insalubrité des opérations, en
modifiant les procédés ou en mettant l'ouvrier à l'abri des éma-
nations dangereuses.
Le conseil desalubrité a servi l'industrie sous ces deux points
de vue; et son rapport contient des faits nombreux et importans.
Ce conseil s'e^td'abord spécialement occupé de prévenir les acci-
dens à craindre par l'explosion des machines à vapeur, et il a in-
diqué des rondelles de métal fusible, et des tuyaux de dégage-
ment disposés de manière à conduire à l'extérieur la vapeur
qui s'échapperait de la chaudière, après la fusion des rondelles;
ce procédé prévient tous les accidens. Des plaintes avaient été
portées contre la fabrication du gaz hydrogène ; quelques in-
convénient avaient été signalés ; les mesures les plus simples
les ont fait cesser. Des essais avaient été tentés pour fabriquer
en grand l'adipocire; mais il paraît que des malveillans étaient
parvenus à faire manquer l'opération ; elle a été reprise de
nouveau, et l'on peut raisonnablement espérer qu'une indus-
trie nouvelle saura tirer parti des matériaux qui forment
encore plusieurs foyers d'infection autour de la capitale ( les
chevaux morts).
Les procédés chimiques employés pour l'affinage de l'or
et de l'argent laissaient à désirer les moyens de condenser les
vapeurs acides qui s'échappaient durant les opérations. Le
problème de cette condensation a été résolu par la compagnie
i68 LIVRES FRANÇAIS.
Saint- André Poisat, sous la surveillance de M. Darc:et , l'un
des membres de la commission de salubrité. La place Dupleix
et la rue Kléber étaient devenues impraticables par le séjour
des eaux que les blanchisseurs jetaient sur la voie publique;
dans l'impossibilité de faire paver immédiatement ce nouveau
quartier, ou du moins de construire un égout , le conseil a au-
torisé les blanchisseurs à diriger leurs eaux sales vers des
puisards , dont on a prescrit les dimensions.
Le conseil a exprimé un avis motivé sur la nécessité d'exiger
désormais, dans les constructions des nouvelles rues de Paris,
que la hauteur des maisons ne dépassât jamais la largeur de
la rue. De cette exigence découleraient naturellement une ven-
tilation plus facile et plus complète, un plus grand état de pro-
preté, et une moindre accumulation de population sur un seul
point : conditions nécessaires à la salubrité d'une grande ville.
Un des points qui se font le plus remarquer dans le rapport
du conseil de salubrité est l'entreprise du curage des égouts
Àmelot, du Chemin-Vert et de la Roquette. Il y avait si long-
Jems que ces égouts n'avaient été nettoyés, qu'on en avait.
p< !u jusqu'à la trace. L'encombrement était tel que les ma-
lières s'élevaient jusqu'à un pied de la voûte, et dans les ten-
tatives faites à diverses reprises, pour établir le cours des
eaux, plusieurs ouvriers avaient perdu la vie, d'autres avaient
été gravement indisposés. Le succès de cette opération est dû
à une commission composée de plusieurs membres du conseil ,
auxquels on avait adjoint MM. Labarraque et Chevalier, pharma-
ciens; MM. Devilliers et Cordier, ingénieurs , se réunirent à cette
commission, et les travaux commencèrent le i5 juillet 1826;
ils étaient terminés le i3 janvier 1827. Les moyens de ven-
tilation les pius énergiques ont été employés; néanmoins huit
ouvriers ont été asphyxiés; mais, comme les secours nécessaires
étaient préparés, et ont été administrés à tems, on les a rap-
pelés à la vie, et ils ont pu 'reprendre leurs travaux au bout de
peu de jours. Tous les ouvriers ont eu des ophtalmies , qui
ont cédé en quelques heures à l'usage d'un collyre résolutif;
quatre ont été blessés; mais, à la fin de^ travaux, la totalité
était bien portante. Ces ouvriers ont enlevé, en six mois, plus
de trois mille mètres cubes de matières solides, qui ont été
transportées aux voiries; plus de deux fois autant ontété entraî-
nées par lesehassesquiont été pratiquées, en accumulant les eaux
dans divers lieux. Pendant ces travaux, les membres de la
commission ont pu se livrer à l'analyse de l'air, des eaux et
de la boue des égouts, et apprécier à leur juste valeur les di-
vers moyens de ventilation et de fumigation de toute nature.
SCIENCES PHYSIQUES. |6y
Les craintes des ouvriers sur ce genre de travail sont mainte-
nant détruites, et leur répugnance vaincue. Ils connaissent le
danger et les moyens de l'éviter, et, par la suite, ils pourront
se livrer qu nettoyage des égouts, sans craindre d'y perdre la
vie, et sans le concours d'une commission. Le chlorure de
chaux a été utilement employé en solution dans l'eau, et à
l'état sec. On prépare un rapport détaillé sur les résultats de
cette bienfaisante opération.
Un tableau de la mortalité pour la ville de Paris en 189.6
suit la mention d'un grand nombre de rapports sur des établis-
semens de toute nature. Il en résulte que la mortalité s'est
élevée à 25,898 individus, dont 8,920 sont, décédés dans les
hospices et hôpitaux; 3i6 ont péri de mort violente, et ont
été déposés à la Morgue. Le nombre des femmes est presque
égal à celui des hommes. La phthisie pulmonaire est classée en
première ligne parmi les causes les plus fréquentes de mor-
talité; et, si l'on y joint le catarrhe pulmonaire, qui dégénère
souvent en phthisie, on verra que cette maladie occasionne
un cinquième des décès; un autre cinquième est produit par
l'inflammation des voies digestives. L'apoplexie atteint plus
d'hommes que de femmes, et dans un âge moins avancé; les
maladies du cœur, ainsi que les affections cancéreuses , font
périr plus de femmes que d'hommes. Le conseil de salubrité
s'étonne cependant de la fréquence des maladies cancéreuses,
aujourd'hui que leur nature mieux connue permet de les atta-
quer dès les premiers momens de leur formation. Il est néces-
saire d'observer encore que la rougeole est beaucoup plus sou-
vent qu'on ne le pense meurtrière pour les enfans , quoique
les parens en général ne la regardent pas comme une maladie
grave ; nous ajouterons qu'il est presque incroyable qu'il soit
mort à Paris, en 1826, deux cents enfans de la petite -vérole,
quand on peut avec tant de facilité user du préservatif de la
vaccine.
Le nombre des suicides a augmenté dans une proportion ef-
frayante. Il y eut, en 1824, 371 suicides; en 1826, 396. Il y
en a 5n en 1826. Les submersions ont également dépassé le
nombre des années précédentes; 376 individus ont été retirés
de l'eau; i5i s'étaient noyés volontairement; la mort des autres
est attribuée à des accidens; 70 de ceux qui ont reçu des se-
cours ont été rappelés à la vie.
Le conseil de salubrité termine son rapport par des obser-
vations d'une grande sagesse sur la nécessité de soumettre les
maisons de santé à un règlement administratif qui embrasse
l'existence des malades dans tous ses rapports , soit avec les
i :o LIVRES FRANÇAIS.
autres malades, soil avec les localités, soit avec les personnes.
chargées de leur donner des soins, et qui détermine, d'une ma-
nière positive, leur nouvelle sitmiion au milieu des conditions
nouvelles où ils se trouvenl placés; sur l'obligation de soumettre
les maisons de sevrage à une surveillance administrative ; sur
la visite régulière des prisons; sur celle des établissemens de
bains publics et de dépôts d'eaux minérales; sur les avantages
qui résulteraient de la régularisation des constructions qui s'é-
lèvent dans les villages voisins de la capitale, etc. , etc.
Les services rendus par le conseil de salubrité sont inappré-
ciables, et lui méritent la reconnaissance de tous les habitans
de la capitale et de tous les hommes qu'anime un généreux
sentiment d'humanité.
65. — Notice sur la ville de Fréjus > par M. «/. - A. Fabre ,
médecin. Brignoles , 1827 ; Dufort cadet. In - 8° de i5 pages-
La vilie de Fréjus , au tems des Romains, passait pour une
des plus salubres et des plus opulentes de la Gaule; on s'y ren-
flait de toutes parts, afin de jouir de l'influence bienfaisante de
son climat et de la douceur de son atmosphère. Mais son vaste
port, qui aboutissait à la mer par un large canal, devint une
des causes de la ruine de cette cité. — Après l'incendie de Fré-
jus par les Sarrasins, vers le xe siècle, le canal fut comblé, et le
port se transforma en un lac fétide dont les exhalaisons ren-
daient Fréjus inhabitable. La population disparut, et de cent
mille individus elle se réduisit à deux mille à peu près. En
i55o, on construisit un canal pour conduire vers le port les
eaux de la rivière d'Argens. Cette opération amena les plus
avantageux résultats; mais, en 17 55, 'op. eut l'imprudence de
dévier ce canal salutaire, et la mortalité devint tellement ef-
frayante qu'il périssait 3oo personnes par an sur 2,400. M. de
Beausset, évèque de Fréjus, parvint, en 1772, à obtenir la
construction d'un nouveau canal qui ne fut cependant achevé
qu'en 1785. Un autre respectable citoyen dout l'industrie a su
allier son intérêt personnel à l'intérêt public, s'est, de nos jours,
acquis la gloire de terminer le comblement et le nivellement
du port, couvert actuellement de superbes jardins. Fréjus, loin
d'être une ville malsaine, jouit au contraire de l'air le plus
pur. Le climat en est plus doux, plus agréable que celui de
Nice, qui n'en est pas éloignée. Des fontaines arrosent les rues,
et contribuent à entretenir la fraîcheur et la salubrité. Le gibier
abonde aux environs ; le lait y est excellent, les vins généreux;
les fruits, les légumes y sont délicieux ; et les personnes atta-
quées de maladies chroniques, d'affections thor aciques , etc. ,
v retrouveraient à peu de frais la santé qu'elles Nont chercher
SCIENCES PHYSIQUES. r;»
à Nice avec des dépenses considérables. M. l'abrc , médecin
distingué, auteur de l'écrit que nous annonçons, prouve, par
no tableau de i5 années, que la mortalité annuelle n'est à
l'rcjus qtlé de i\cu\ sur cent, tandis qu'à Nice elle est de quatre
environ sur un même nombre de personnes. R.
()(>. — Ca/culs faits- , à l'usage des industriels en grue rai , et
spécialement des mécaniciens, charpentiers, pompiers , serra*
tiers , chaudronniers , toiscitrs, etc.; conlenant uh grand nombre
de tables, et notamment les suivantes, qui sont autant de Ba-
rèmes partiels : poids et volume de l'eau contenue dans des
cylindres de i pied de haut, sur tous les diamètres** depuis une
ligne jusqu'à 12 pieds; circonférences et surfaces des cercles;
poids d'un pied carré des métaux laminés, suivant leur épais-
seur; platine; plomb; argent; cuivre; laiton; fer; étain ; zinc;
poids des pouces cubes et des pouces cylindriques des métaux
les plus usuels; conversion des mesures et des poids anciens
en mesures et poids métriques; cubage de la charpente; calculs
des intérêts; analyse des expériences de Buffon,etc. Par Le-
noir. Paris, 1827; librairie scientifique et industrielle de
JMalher. In-12 de 261 pages; prix, cartonné, 4 fr« 5o c.
Nous avons transcrit le long titre de ce livre, parce que c'est
une analyse de ce qu'il contient, et la seule que l'on puisse en
faire. Il est entièrement consacré à l'utile , sans aucune pré-
tention à l'éclat de la science, à une plus haute renommée que
celle de Barème. Mais en bornant ainsi ses vœux et son ambi-
tion, M. Lenoir est-il modeste? le nom de Barème a survécu
à son livre de Comptes faits; il est dans toutes les bouches, son
autorité décide les questions de calcul. Que sont devenues une
multitude d'oeuvres d'un haut savoir, de réputations académi-
ques? une nuit profonde les enveloppe, ou, ce qui est pire
qu'un profond oubli , la mémoire des torts ou des ridicules de
certains géomètres est tout ce qui leur a survécu. Nous n'osons
prédire à M. Lenoir une bonne fortune aussi remarquable que
celle du célèbre auteur des Comptes faits-, il est peut-être trop
savant pour devenir aussi populaire que son devancier. Cepen-
dant la science elle - même se popularise; elle entr'ouvre la
porte des ateliers , elle y laisse échapper quelques rayons de sa
lumière; que M. Lenoir ne désespère point de voir son livre
entre les mains d'une multitude qui jusqu'à présent n'avait pas
l'habitude de lire. Notre siècle est calculateur, et tend à le de-
venir encore plus; mais nous conserverons toujours une bonne
dose de paresse, et force gens auront recours aux Calculs faits,
Ferry.
i7* LIVRES FRANÇAIS.
67. — * Manuel du chandelier et du cirier , suivi de Y Art
du fabricant de cire à cacheter, par L. Séb. Lenormand, pro-
fesseur de technologie et des sciences physico-chimiques ap-
pliquées aux arts, etc. Paris, 1827; Roret. In-18 de 34o pages,
avec trois planches; prix, 3 Fr.
M. Lenormand s'est occupe long -teins des moyens de per-
fectionner les arts qu'il décrit. Les fabricans de chandelle lui
sont redevables de l'invention de la main à plonger, instrument
qui dispense les ouvriers de quelques manipulations pénibles
et rebutantes. Lorsque les travaux auxquels il s'est livré
pour parvenir à blanchir plus complètement, plus prompte-
ment et dans toutes les saisons, les suifs et les cires, seront
terminés, les deux arts traités dans ce Manuel lui auront peut-
être de nouvelles obligations. Il était donc spécialement dési-
gné pour le travail dont il s'est chargé. « Nous n'avons fait
aucune mention des procédés qui nous ont paru mauvais; mais
on peut avoir toute confiance pour ce que nous avons donné
comme certain , et ce n'est qu'après avoir éprouvé nousr
mêmes , ou vu éprouver en notre présence les divers procé-
dés, que nous avons pu donner l'assurance d'une réussite com-
plète dans les parties que nous avons décrites sans restriction. »
Le livre tient fidèlement ces promesses de la préface. Les éru-
dits y désireront peut-être un peu plus du savoir dont ils font
cas; ils demanderont , par exemple, pourquoi l'auteur n'a rien
dit de l'adipocire extrait des chairs des quadrupèdes dans cer-
taines circonstances, des substances végétales, autres que la
cire, dont on fait des bougies dans quelques contrées , etc.;
mais c'est un Manuelquc M. Lenormand voulait écrire, et c'est
ce qu'il a fait. Y.
68. — La Cuisinière de la campagne et de la ville, ou la nouvelle
cuisine économique ; précédée d'instructions sur la dissection
des viandes à table, et suivie de recettes précieuses pour l'éco-
nomie domestiqué, et d'un traité sur les soins à donner aux caves
et aux vins ;. dédiée aux bonnes ménagères ; par M. L. — E. A.
Sixième édition, revue, corrigée et augmentée de i5o recettes,
par M. Sulpice Barué, chef de cuisine. Paris, 1827 ; Audot,
rue des Maçons-Sorbonne, n° 11. In-12 de 338 pag. , avec
neuf planches gravées; prix, 3 fr.
69. — * Cours élémentaire d'art et d'histoiie militaire , à
l'usage des élèves de l'École royale spéciale militaire, par
/. Rocquancourt, capitaine au corps royal d'etat-major, elc.
T. I et IL Paris, 1827 ; Anselin et Pochard. 2 vol. in-8° formant
538 p., avec des planches; prix, 8 fr. — L'ouvrage aura 4 vcl.
In cours imprimé est souvent un bon ouvrage : mais cette
SCIENCES PHYSIQUES. .- 3
sorte de règle a de remarquables exceptions. Fourcroy nous
PO offre un exemple : professeur brillant, il fut auteur médiocre.
Mais un cours véritablement élémentaire n'est pas compris
dans ces exceptions; c'est en traitant une science dans toute
son étendue, et principalement dans ses branches encore peu
développées, qu'un professeur peut être éloquent lorsqu'il parle,
incorrect et faible lorsqu'il écrit. On sent, en lisant l'ouvrage
de M. Rocquancourt , qu'il doit professer comme il écrit, avec
le soin qu'exigent des recherches compliquées et qu'impose
l'amour de l'exactitude. Il n'a peut-être pas assez de confiance
en lui-même : citer l'opinion d'un écrivain, c'est quelquefois
rejeter sur lui la responsabilité d'une erreur. Il n'en est pas de
même des faits; ils ont besoin d?ètre établis sur des témoignages
appréciés par une saine critique.
Le premier cahier, publié par M. Rocquancourt, a paru en
1826. Il contient une introduction sur laquelle nous ferons
quelques observations. Professeur dans une école spéciale mi-
litaire, chargé d'instruire des officiers pour une armée exis-
tante, il ne dépendait pas de lui de généraliser ses vues; il a
dû revêtir chaque objet d'une forme particulière, assortie à
l'ensemble des préceptes qu'il établit dans son cours. Son In~
traduction serait déplacée, à l'entrée du cours d'art militaire de
l'école de West-Point : elle n'a point ce caractère d'universa-
lité, cecoup-d'œil philosophique , cette lumière propagée dans
toutes les directions qui doivent éclairer les avenues d'une
science, en même teins que son entrée. On ne doit donc pas
s'attendre à trouver dans cet ouvrage tout ce que l'on pour-
rait désirer de savoir sur le droit des gens , la composition des
armées, le recrutement, etc. : mais, qu'on n'oublie point que
la position de l'auteur lui traçait la route qu'il devait suivre,
et prescrivait ce qui devait être la matière de ses leçons.
Le professeur a commencé, comme il le devait, par l'his-
toire de l'art militaire. Le premier cahier embrasse les tems
anciens, ou plus exactement, ce que nous connaissons de l'his-
toire militaire des Grecs et des Romains, et ce que les écrivains
de ces deux nations nous ont appris sur les armées et sur la
manière de combattre des peuples qu'ils eurent pour ennemis.
Forcé à discuter de nouveau la définition de la stratégie, M. Roc-
quancourt ne dissipe point les ténèbres qui enveloppent cette
grave question de mots. Espérons que les syllabes parasites
stra-té -gie cesseront enfin d'embarrasser les tètes, les leçons
et les livres, puisqu'il est si difficile de trouver un sens que leur
assemblage représente", condition nécessaire pour qu'elles con-
stituent un mot.
I - j LIVRES FRANÇAIS.
Le second cahier contient L'histoire de l'art depuis Clovis
jusqu'à la lin du règne de Louis XIV ; elle est exposée avec
beaucoup de soin. On sent que le professeur est arrivé aux
teins et aux faits les plus instructifs pour l'homme de guerre,
et le lecteur préjuge avec satisfaction que le reste du cours ne
sera pas moins soigné. Il en résultera donc un ouvrage très-
utile, et dont les officiers de l'armée pourront profiter, aussi
bien que les élèves de l'école spéciale militaire.
70. — * Documens sur la matière à canon, et sur quelques nou-
veaux alliages métalliques , parlechevalier Hervé, capitaine aide-
de-camp de M. le maréchal de camp baron Boulart, etc. Stras-
bourg, 1827; Fr.-CharlesHeitz. Paris, Anselin. ln-8;prix, 7 fr.
Nous reviendrons sur cet ouvrage, fruit de profondes et
fructueuses recherches. Quoique l'auteur n'ait eu en vue que
l'artillerie et le travail de ses arsenaux, plusieurs arts profite-
ront de l'instruction contenue dans son livre; il ne sera pas inu-
tile ni hors du plan et de la destination de la Revue Encyclopé-
dique, de les indiquer avec quelques développement. Ensuivant
avec ordre le travail de M. Hervé, nous aurons l'occasion de
montrer les avantages de l'érudition mise à sa place, des dis-
cussions approfondies sans être minutieuses, des méthodes de
recherches suivies avec persévérance; nous n'aurons pas de
peine à prouver l'exposition qu'un travail bien fait ne peut être
qu'un bon livre.
7 1 . — Notice sur de nouveaux mortiers hydrauliques qu'on ob-
tient avec les arènes , ou sables argileux; par M. Girard de
Caudemrerg, ingénieur au corps des ponts et chaussées. Paris,
1827; Firmin Didol. In 8° de 69 pages; prix, 2 fr.
Les arènes dont il s'agit sont des sables fossiles qui portent
ce nom dans les départemens de la Dordogne et de la Gironde ;
on les trouve dans la vallée de l'Isle , et ils sont employés dans
les constructions rustiques. Le hasard a fait découvrir que
quelques-uns' des sables de cette nature font, avec les chaux
d'une nature quelconque, des mortiers qui durcissent promp-
tement sous l'eau, et y prennent autant de solidité que les meil-
leurs cimens, ou les meilleures pouzzolanes. L'auteur de ce
Mémoire analyse leurs propriétés, et il en assigne la cause
d'après leur composition chimique; il fait voir que les chaux
employées avec ces sables ne les rendent point hydrauliques ;
que ceux qui font le meilleur mortier sont ceux qui contien-
nent en plus grande quantité l'argile rouge brun, jaunâtre, ou
même jaune d'ocre. Il établit, d'après des épreuves, que les
pouzzolanes et les arènes torréfiées ont la propriété de faire
durcir plus prompt* ment les mortiers et bétons, sans leur pro-
SCIENCES PHY.sioi ks. ■ -,
curer par 1;» suite une plus grande dureté. ( !e Mémoire ii'e*( p.is
seulement recommandabVe par les faits et l'instruction citi*il
renferme, il offre aussi «m très-bon modèle d'exposition ri <!<•
discussion. Grâce» aux travaux de MM. / fc/tt, Treassart^\ (.1
ranl , l'art des mortiers avance à grands pas vers sa perfection.
Espérons (pic 1rs architecte! prendront aussi quelque paît àsea
progrès; qu'ils ne regarderont point la chimie, la minéralogie
et la mécanique comme des connaissances étrangères à leur
art; qu'ils ne dédaigneront point de marcher sur les traces d<>
vYren pour le savoir mathématique , et que, pour les détails
île l'art de construire et la connaissance des matériaux, ils ne
voudront pas rester au dessous des ingénieurs des ponls et
chaussées. F.
72. — forage dans les cini/ partie* du monde , où l'on dé-
crit les principales contrées de la terre, les curiosités natu-
relles, industrielles, scientifiques ou littéraires; les mœurs et
coutumes des notions ; les formes de leurs gouvernemens;
ItHrfl forces de terre et de mer; leurs richesses, leurs cultes;
les notabilités, les villes et les populations des différens étals
du globe; par M. Alrert-Montémont, auteur des Lettres sur
F Astronomie et du fofage aux Alpes et en Italie. T. I et II.
Paris, 1828; Sel ligue; Charles Béchet. 2 vol. grand in- 18,
avec des cartes coloriées, dessinées par M. Perrot, gravées
par MM. Tardicu et Chartier. Prix du volume, 5 fr. L'ouvrage
entier aura 6 volumes.
Ces ilvux premiers volumes comprennent l' Europe ; le troi-
sième, qui doit renfermer Y Asie, est annoncé pour le ier février;
les trois autres, qui contiendront Y Afrupie , V Amérique et
Y Oeianie, paraîtront de mois en mois. En tète du premier
volume, on trouve une introduction générale et une mappe-
momleoùles i\eu\ hémisphères sont représentés avec 4em* con-
vexité et les i\ev,x pôles à la hauteur et au méridien de Paris;
les continens y sont coloriés , de manière à ce cfuê la vue em-
brasse d'un regard toute leur surface. Cet ouvrage est une
statistique raisonnée du globe, d'après les documens les plus
nouveaux, entremêlée de considérations dans lesquelles on
montre les Etals de la terre, d'abord dans leur ensemble,
ensuite dans leurs particularités. Z.
73. — * Forage a Pékin, à travers la Mongolie, en 1820 et
1821 ; par M. G. Timkovski, traduit du russe par M. N ,
revu par M. .1. ]\. Eyriès; publié avec des corrections et des
notes par M. J. Klaproth, avec un Atlas qui contient toutes
les planches de 1 original et plusieurs autres qui sont inédites.
Paris, 1827; Dondey-Dnpi é. 2 vol. in-o" ; prix, ?.j fr.
,:r» LIVRES FRANÇAIS.
Le nombre des voyageurs qui, après avoir franehi l'enceinte
autrefois impénétrable de la grande muraille, ont fait part à
l'Europe de leurs observations, est encore trop peu considé-
rable pour qu'on n'accueille pas avec curiosité la relation d'un
voyage en Chine , fait par un observateur qui a pu examiner
dans le plus grand détail la civilisation de ce peuple curieux.
M. Timkovski a eu , plus que beaucoup d'autres, la facilité
de recueillir i\es observations exactes sur cette nation. On sait
que, depuis un siècle environ, la Russie entretient à Pékin un
couvent et une école où se forment ses interprètes pour le
chinois et le mandtehou. Les personnes qui composent ces deux
établissemens sont renouvelées tous les dix ans; et c'est un
officier russe qui conduit la caravane. M. Timkovski faisait
partie d'une de ces missions, et c'est à l'intérêt que lui a in-
spiré le spectacle de la société chinoise que nous devons sa
relation. Ajoutons que sa qualité de Russe lui a permis de
pénétrer plus avant qu'aucun autre européen dans la connais-
sance des mœurs de cet ancien peuple; comme tous ceux de
ses compatriotes qui \isitent Pékin, il a pu y vivre dans la plus
grande liberté , et visiter avec soin les monumens publics et
privés. Un de nos plus célèbres orientalistes, M. Klaproth ,
qui a de vastes connaissances philologiques > joint l'expérience
et le savoir qu'on acquiert dans les voyages, a jugé que cette
relation de M. Timkovski contenait des faits nouveaux , et il a
cru devoir donner ses soins à l'édition française *de cet ou-
vrage. Il en a sagement retranché divers morceaux empruntés
aux auteurs européens qui ont écrit sur la Chine, et notam-
ment aux jésuites français, que M. Timkovski avait insérés
dans son récit pour le compléter et l'étendre. Mais, en même
tems, il l'a enrichi d'additions infiniment précieuses, telles
que des notes et des écïaircissemens extraits des livres chinois ,
et traduits par lui, ainsi que de dessins litographiés d'après
les originaux crbut il est possesseur. Dans un tems où tout ce
qui peut éclaircir l'histoire et l'état de f'Asie est si avidement
recherché , cette publication présente presque un intérêt de
circonstance. L'ouvrage, qui, sous sa forme actuelle, doit tant
à M. Klaproth, est dédié à M. Abel Rémusat dont le nom est
pour jamais lié à l'introduction de la haute critique et de l'es-
prit vraiment philosophique dans l'élude des langues orien-
tales. E. B-
^/(> — Voyage en Italie et en Sicile, par L. Simond, auteur
des Voyages en Angleterre et en Suisse. Paris, 1828 ; Sautelet et
compagnie. 2 vol. in-8° d'environ l^io pages chacun; prix, 1 5 fr.
Le spirituel auteur de ce voyage a parcouru l'Italie, il y a
SCÏENCÊS PHYSIQUES. ,::
dix ans, à la veille des dernier es réyol niions cjtii l'ont agitée.
S'il publie un peu tard ses observations, « c'est, dit-il, qu'appa-
remment, pour bien faire, il ne faut p»s se presser. » Non , ne
pouvons que féliciter un auteur qui a le courage de professer
et, qui plus est , <le pratiquer un si sage précepte, et nous ne
doutons pas qu'il n'ait profité des circonstances remarquables
où il a vu l'Italie pour répandre un intérêt nouveau sur la pein-
ture d'une contrée déjà décrite par tant de voyageurs. L'ou-
vrage de M.Simondsera bientôt l'objet d'un article détaillé dans
notre section des Analyses. Ch.
75. — * L'Indicateur Orléanais,, ou Guide des étrangers à
Orléans et dans le département du Loiret, par M. Vkrgnald
lloMAGNF.si , membre de la Société royale des sciences,
belles-lettres et arts d'Orléans. T. I. Orléans, 1827 ; L'auteur,
Grande-Rue. Paris, Roret. In-12, avec des lithographies; prix,
6 fr.
Nous avons déjà signalé les utiles travaux de M. Vergnaud ,
en annonçant son Album du Loifct, et ses Descriptions des
cimetières d'Orléans (voy. Rev. Eue, t. xxx.iv, p. 227). L! Indi-
cateur n'est pas fait avec moins de soin que ces deux ouvrages.
Il a pour but de faire connaître les traditions anciennes de la
ville d'Orléans, l'origine de ses mon u mens, des noms de ses
rues, les particularités historiques qui s'y rattachent; ses an-
tiquités, telles qu'elles existaient autrefois, et telles qu'on les
voit encore aujourd'hui; les améliorations , les changemens
successifs qui ont eu lieu dans l'intérêt des citoyens, mais qui
menaçaient d'effacer peu à peu toutes les traces du passé, si l'on
ne s'empressait de les recueillir, et d'en fixer par le dessin les
principaux traits et la physionomie. Il serait à souhaiter que
d'habiles antiquaires fissent, pour chaque ville de nos dépar-
tement, ce que M. Vergnaud a fait pour Orléans. On aurait
alors de vastes archives et un précieux dépôt de curiosités
nationales, dont chaque jour doublerait le prix. Car les con-
quêtes de l'industrie et de la civilisation poursuivent partout
le passé.
Le premier volume de Y Indicateur, qu'on peut acheter sépa-
rément, est consacré à Orléans. Le second, qui n'a pas encore
paru , traitera des curiosités du département : les connaissances
dont l'auteur a fait preuve, son amour pour son pays natal, le
soin studieux avec lequel il en a exploré toutes les localités,
les souvenirs qu'il a remis au grand jour, sont des garanties
de ce qu'on doit attendre de lui. L. Sw. B.
t. xxxvii. — Janvier 1&28. 12
i78 LIVRES FRANÇAIS.
Sciences religieuses , morales , politiques et historiques.
76. — * Sainte Bible de Vence, en latin et en français , avec
des notes littéraires , critiques et historiques, des préfaces et
des dissertations, tirées du Commentaire de doni Calmct, abbé
de vSenones , de l'abbé de Vencè , et des autres auteurs les plus
célèbres, pour faciliter l'intelligence de l'Écriture sainte; enri-
chie d'un Atlas et de Cartes géographiques. Cinquième édition
revue et corrigée. Paris, 1827; Méquignon-Havard ; s5 vol.
in-8°. Prix de chaque livraison de deux vol., 14 fr. , et i5 fr.
satiné : la première livraison a paru.
La Bible se répand de jour en jour dans tout l'univers, par
le moyen des sociétés bibliques dont le zèle ne se ralentit point,
malgré les contrariétés qu'elles éprouvent et les obstacles qu'elles
rencontrent. Ce livre est évidemment destiné à opérer une révo-
lution dans les mœurs de la société humaine. Le tems en est-il
éloigné? Il serait impossible de le déterminer au juste ; mais il
est peut-être plus rapproché qu'on ne pense. C'est donc une
heureuse idée d'avoir reproduit la Bible de Vence , qui repré-
sente non-seulement la croyance, mais encore les opinions de
l'Église catholique, dans les nombreuses dissertations et dans
les notes dont elle est enrichie. Mon intention n'est pas de rap-
peler ce que renferment les anciennes éditions ; elles sont géné-
ralement connues. Ma tache se borne à indiquer les additions
et les améliorations de celle que nous annonçons.
i° Les nouveaux éditeurs promettent de corriger avec la
plus grande exactitude quelques erreurs de détail échappées
à ceux qui les avaient précédés, et de donner le texte dans
toute sa pureté. — 20 Les mots hébreux, chaldaïques, samari-
tains, arabes, etc., qui, dans les cinq premiers volumes de la
quatrième édition, étaient figurés en lettres romaines, seront
rétablis dans leurs caractères naturels. — 3° Les notes grecques
seront exactement vérifiées sur les originaux. — /t° On y insé-
rera de nouvelles dissertations, relatives aux difficultés mo-
dernes, tirées de la zoologie, de l'astronomie, de la chronolo-
gie, etc. On y indiquera aussi les meilleurs ouvrages où les
objections des incrédules sont réfutées. — 5° OYi donnera dans
le dernier volume une Notice des meilleurs ouvrages sur l'É-
criture sainte en général et sur chaque livre en particulier: ce
travail sera rédigé sur un nouveau plan. — 6° La table des
matières recevra des additions importantes et propres à faciliter
les recherches.
Tel est l'aperçu des améliorations principales qui doivent
SCIENCES MORALES. ij'g
distinguer cette édition des quatre premières. La réputation mé-
ritée de la plupart des éditeurs est la meilleure garantie que
nous puissions exiger; et les deux volumes qui ont déjà paru
ne démentent nullement la bonne opinion que nous avons de
leur savoir. On leur saura très-bon gré d'avoir laissé subsister
la censure des théologiens de Louvain contre les jésuites Lessius
et Hamélius, au sujet de l'inspiration des livres sacrés. Ils ont
aussi très- bien fait de convenir que cette multitude de traduc-
tions faites par différens auteurs, dans tous les pays où la lan-
gue latine avait cours, produisit un très-grand bien, puisqu'elle
fut cause que la vraie religion, auparavant resserrée dans la na-
tion des Juifs, se répandit dans tout le monde parmi les gentils;
c'est donner gain de cause aux sociétés bibliques.
Il y a dans les dissertations un trop petit nombre de ré-
flexions piquantes, et dont chacun peut faire son profit; je
m'empresse de citer ces deux-ci , qui ne sont pas les moins
remarquables :
« On ne saurait trop s'attacher à répandre la lumière sur les
endroits obscurs qui se rencontrent dans l'Écriture sainte, et
nous devons toujours savoir gré à ceux qui , après avoir fait
une étude particulière des. livres de Moïse , veulent bien nous
faire part de leurs réflexions, lorsqu'elles ne préjudicient point
à la religion : mais ces réflexions doivent être bien différentes
de celles que l'on hasarde quelquefois sur un livre ordinaire;
et, si elles ne sont pas solidement appuyées, elles sont toujours
dangereuses. »
« Il semble que, quelquefois, les anciens législateurs ont laissé
exprès les anciens peuples dans l'ignorance de la vraie religion,
et qu'on n'a pas voulu les détromper sur les faux préjugés qu'ils
avaient conçus de la nature de Dieu et de la manière dont il vou-
lait être servi, comme si (erreur et la superstition étaient plus
propres à conserver la multitude dans le devoir que la vraie con-
naissance de Dieu et la pratique de ses vérités ! »
.le me plais à le redire franchement : je rends justice de tout
mon cœur à l'érudition variée de M. Drach : ses notes sont
savantes; il eut pu néanmoins, ce me semble, leur imprimer
un plus haut degré d'intérêt. 11 eut pu également ne pas rem-
placer l'orthographe usitée parmi nous des noms Kimchi, Jar-
chi, Jehova, etc., par une orthographe qui n'est connue que
dans les pays étrangers.
Voici maintenant quelques remarques qui s'adressent à qui
de droit ; elles me sont inspirées par le désir de contribuer au
perfectionnement d'un ouvrage important, et qui mérite d'at-
tirer l'attention du public.
i8o LIVRES FRANÇAIS.
i° Pourquoi ne pas profiter du grand ouvrage sur l'Egypte,
dans lequel on trouve une dissertation de M. Aimé Dubois , où
il est question du passage de la mer Rouge, de la manne, de la
colonne de (eu , etc.? —2" Pourquoi, lorsqu'il est question de
l'usure commandée aux Juifs à l'égard des étrangers, suivant
quelques rabbins, ne pas citer la décision du dernier sanhédrin
qui enseigne le contraire? — 3° Pourquoi ne pas faire connaître
!" Exégèse , qui a fait de si grands progrès eu Allemagne, et dont
il importe que les élèves du sanctuaire aient au moins quelques
notions? — lt° Pourquoi parler de l'histoire de la Chine comme
on en parlait au commencement du xvme siècle, et ne pas faire
usage des connaissances positives que l'on a maintenant sur ce
vaste empire? — 5° Pourquoi avoir laissé subsister les longues
réfutations des erreurs des millénaires par Rondet, qui leur
était opposé avec raison, parce qu'elles avaient alors des par-;
lisans , mais dont il est a peu près inutile de parler depuis
qu'elles n'en ont plus? — 6° Pourquoi n'avoir pas clairement
désigné les dissertations ou les parties des dissertations qui
appartiennent a cet éditeur? — 70 Pourquoi ces locutions su-
rannées et ces tournures incorrectes qui déparent quelques
passages? — 8° Ne peut-on pas trouver du louche dans ces
expressions : La Bible de Vente a obtenu les suffrages de l'Eglise
et la sanction des souverains pontifes? — 90 Le rédacteur de la
dissertation sur le canonicité des livres saints parle de la rareté
de Wlnalysis fidei par Henri Holden. Cela était vrai du tems de
doin Calmet ; mais ce livre précieux a été réimprimé en j 767 ,
et n'est plus si rare.
On pourrait pousser plus loin ces remarques :nous y reven-
drons peut-être quand il paraîtra d'autres livraisons.
77. - — * Discours sur la révélation chrétienne, considérée en
harmonie avec l'astronomie moderne ; par Thomas Chalmers,
docteur en théologie, ministre à Glasgow; traduit de l'anglais
sur la sixième édition , par J. M. de C. Paris, 1827; H. Servier.
In -8°; prix, 3 IV.
La religion chrétienne est en état de résister à tous les genres
d'attaques, et de fournir tous les genres de preuves. Déjà plu-
: km s apologistes modenres s'étaient attachés à lever les diffi-
cultés qui résultent d'une apparence de contradiction entre les
connaissances que nous avons dans l'astronomie, et quelques
passages des livres saints. Guillaume Derham avait publié au
commencement du siècle dernier sa Théologie astronomique,
dans laquelle ce savant démontre l'existence et les attributs de
Dieu par l'examen et la description des cieux. Voici maintenant
le docteur Chalmers qui vient, dans sept discours, résoudre les
SCIENCES MORALES. 181
objections tirées de l'astronomie contre la vérité «le l'Évangile,
ci dêponii Hct l'incrédulité de ses prétentions an prosélytisme et "
un enta':.' air de grandeur philosophique qui l'ont souvent rendue
si malheureusement attrayante à la jeunesse et aux têtes ardente
et ambitieuse*. Son livre esl plus fort de raisonnement que
celui du docteur Derham, il y a plus de science astronomique ,
mais ou y trouve le même défaut de plan, et peut-être encore
plus de ce vague conjectural qui ne mène à rien, avec moins
de modération dans les termes.
Dans son premier discours, il a tracé une esquisse dcl'astro-
nomie moderne, et ne déguise point la petitesse comparative de
notre terre, qui donne à l'argument des incrédules tout ce
qu'il a. de plausible. Pour se débarrasser de cet argument, il
soutient que c'est une supposition toute gratuite que le chris-
tianisme soit exclusivement fait pour notre monde. C'est là sa
manière de procéder dans le reste de l'ouvrage, dont je n'offri-
rai point l'analyse, parce qu'il est court et qu'il est facile de le
lire eu très-peu de teins.
Il serait à désirer qu'on ne perdit jamais de vue ces deux
maximes c\i\ docteur Chalmers, et qu'il en eût fait lui-même un
plus fréquent usage. « Quoique ce soit une des maximes de la
vraie philosophie de ne jamais reculer d'une doctrine qui a des
preuves en sa faveur, c'est une autre maxime également essen-
tielle de cette philosophie de ne jamais recevoir une doctrine
lorsqu'elle manque de preuves. »
Je souscris volontiers à ce beau passage. «Avec une telle rc
ligion (la religion chrétienne), il n'y a rien à cacher, tout de-
vrait être mis en évidence, et on devrait faire circuler pleine-
ment et librement la lumière la plus éclatante du jour dans tous
ses secrets. Mais de secrets elle n'en a point. La franchise et 1 1
simplicité du sentiment de sa grandeur est un de ses attributs;
et, soit qu'elle en vienne aux prises avec l'orgueil de la philo-
sophie , ou qu'elle se trouve en opposition directe avec les
préjugés de la multitude, elle s'appuie sur sa propre force , et
rejette loin d'elle avec dédain tous les appuis et tous les auxi -
liaires de la superstition. »
78. — * La morale de /' Évangile comparée à la morale da
pliilosophcs; discours auquel la Société académique de la Marne
a décernéune médaille d'or; par M. L. Bautain, D. M., profes-
seur de philosophie à la faculté des lettres de Strasbourg. Stras-
bourg, 1827; Février. Paris, Brunot-Labbe. In-8°; prix, 1 fr. 5oc.
Depuis quelques années il est impossible de ne pas aperce
voir une tendance générale des esprits vers les études les plus
fortes et les plus propres à contribuer au bonheur de l'homme.
182 LIVRES FRANÇAIS.
Au Hou de se li\ rcr à des lectures frivoles , la jeunesse se nourrît
de la substance des ouvrages les plus sérieux et les plus pro-
fonds; elle prélude de bonne heure aux grandes destinées qui
bat tendent. Les sociétés littéraires et savantes captivent souvent
l'attention publique par des programmes pleins de sens et de
raison; celle de la Marne a décerné dans le courant de 1827
une médaille d'or à M. Bautain, professeur de philosophie à
Strasbourg, sur un sujet intéressant, celui de la morale de l'É-
vangile comparée à la morale des philosophes.
On devine d'avance quelle est celle des deux qui obtient la
préférence dans le discours du lauréat; et il faut convenir que
la matière y est bien traitée , à quelques déclamations près dont
elle peut se passer. On y remarque de l'érudition , de la logi-
que, et un air de bonne foi qui impose. M. Bautain a écrit
sous la dictée de sa conscience; cela est évident par son propre
langage.
« Un livre m'a sauvé , dit-il , mais ce n'était point un livre
sorti de la main des hommes ; je l'avais long-tems dédaigné et
ne le croyais bon que pour les crédules et les ignorons; j'y ai
trouvé la science la plus profonde de l'homme et de la nature,
îa morale la plus simple et la plus sublime à la fois. J'ai lu l'É-
vangile de Jésus-Christ avec le désir d'y trouver la vérité, et
j'ai été saisi d'une vive admiration, pénétré d'une douce lu-
mière, qui n'a pas seulement éclairé mon esprit, mais qui a
porté sa chaleur et sa vie au fond de mon âme ; elle m'a comme
ressuscité , les écailles, sont tombées de mes yeux ; j'ai vu
l'homme tel qu'il est et tel qu'il doit être ; j'ai compris son
passé, son présent, son avenir, et j'ai tressailli de joie en re-
trouvant ce que la religion m'avait enseigné dès l'enfance, en
sentant renaître dans mon cœur la foi, l'espérance et la cha-
rité
« C'est ainsi que la vertu et la vérité du christianisme m'ont
été démontrées; c'est ainsi que j'ai acquis la conviction que sa
morale est aussi supérieure à toutes les morales humaines que
ses dogmes sont au-dessus des opinions des hommes. Il m'est
doux de professer ici ma foi, d'exprimer hautement ce que je
sens si vivement dans mon âme, et je rends grâce à la société
savante de la Marne de m'en avoir donné l'occasion. » J. I..
79. — * Politique religieuse et philosophique , ou Constitution
inorale du gouvernement , par M. le baron Bigot, de Moroguks,
auteur de la Noblesse constitutionnelle > etc. T. IV et dernier.
Paris , 1827; Renard. In-8° de 578 p. ; prix, 7 l'r.
Dans noire premier article sur cet ouvrage ( voy. Rcr. Eue. ,
t. XXXIV, p. 728), le défaut d'espace ne nous a point permis
SCIENCES MORALES. i83
d'entrer dans les détails de son exécution. Nous allons présente''
maintenant les idées de l'auteur sur quelques points d'organi-
sation sociale.
Pénétré de l'importance du pouvoir judiciaire dont les actes
décident de notre existence et de nos propriétés en matière
Civile, de notre honneur, de notre liberté, de notre vie même,
en matière criminelle, M. jbk Morogijes accorde une grande
place dans son livre à cette institution, dans laquelle il fait
entrer le jury comme un élément indispensable. A cet égard ,
ses opinions sont conformes à celles de quelques autres esprits
non moins distingués. « Toutes les actions civiles et criminelles
se réduisent en fait,» a dit Montesquieu. Il y a donc deux choses
à considérer dans le jugement qu'on en porte : i° la question
de fait, qu'on peut soumettre à des jurés, plus attentifs que des
juges ordinaires an maintien, à la figure, aux antécédens de
l'accusé, et à mille circonstances propres à éclairer la conscience
du citoyen appelé à représenter la société tout entière; 2° l'ap-
plication de la loi, qui doit être naturellement confiée à des
légistes, versés dans la connaissance des codes. Un tribunal
peut donc contenir dans son sein deux parties distinctes , un
jury et une cour. Pour classer toutes les capacités, M. de
Morogues établit cinq ordres de tribunaux, dont les premiers
s'occupent des matières de simple police, tandis que les plus
élevés sont chargés de juger en dernier ressort.
L'idée qui sert de fondement à ce système n'est pas entière-
ment nouvelle; il ne faut pas la considérer comme une pure
spéculation philosophique, et nous sommes étonnés que l'au-
teur n'ait point cité à l'appui l'exemple de l'Angleterre où toutes
les causes criminelles et la plupart des causes civiles sont éga-
lement placées sous l'égide tutélaire du jury. Suivant M*. Charles
Comte, qui a publié une dissertation fort étendue sur ce sujet,
hs lois anglaises, pour établir la capacité d'un juré, ne consi-
dèrent que son revenu. Tout homme qui possède un revenu net
de 10 liv. steri. , ou qui tient à ferme pour vingt-un ans au moins
une terre de 20 liv. stcrl. de rente, ou qui est soumis à l'impôt
des pauvres, ou qui occupe une maison n'ayant pas moins de
quinze fenêtres, est capable d'être juré. Les individus obli-
gés de se louer en qualité d'ouvriers ou de domestiques sont
presque les seuls exclus. Aussi lisons-nous dans l'ouvrage si
curieux de M. Cottu sur l'administration de la justice en An-
gleterre, que, dans le comté de Lancaster, le nombre des
jurés s'élève à 8,000, e! à plus 10,000 dans celui d'York. Aux
termes de la dernière loi française, il faut, pour être juré,
payer un impôt foncier de '^00 fr., ou exercer une profession
kS, livres français.
qui suppose une fortune équivalante. Or, en calculant d'après
le taux actuel des impositions, on peut admettre que le revenu
est sept fois plus considérable que la contribution foncière; et
comme, d'ailleurs, la livre sterling a plus de valeur chez nous
que chez nos voisins, puisque la même somme s'échange sur
le continent contre une plus grande quantité de denrées, il en
résulte qu'il y a, sur une même population toutes choses égales
d'ailleurs, environ dix fois moins de jurés en France qu'en Angle-
terre, et que, par conséquent, la grande majorité de nos compa-
triotes qui pourraient en exercer leshonorables fonctions ne figu-
rent pas surles listes générales. Dans le projet de M. deMorgues,
elles contiendraient presque tous les contribuables, répartis
graduellement dans les cinq ordres de tribunaux qu'il propose.
La législation française a distingué les crimes des délits, et les
premiers ont été seuls abandonnés à la conscience publique;
ce qui a fait dire avec raison à M. Legraverend, qui a écrit sur
cette matière, qu'en Angleterre le jury est le tribunal national,
le juge commun dont les décisions planent sur tout le. monde,
tandis qu'en France il n'est que le tribunal delà partie gan-
greneuse de la société.
L'institution d'un jury conçu sur une aussi grande échelle
n'a pas seulement l'avantage d'asseoir la liberté individuelle
sur des bases plus larges et plus solides; elle relève encore, et
l'Angleterre en offre un mémorable exemple, la dignité de
l'homme chez le citoyen appelé souvent à juger ses semblables.
La solennité des formes judiciaires l'ennoblit à ses propres
yeux; la hauteur des fonctions qu'il remplit lui fait sentir son
importance; il connaît mieux ses droits et ses devoirs; il
apprécie davantage l'ordre légal sous lequel il vit; et, revenu
à ses occupations ordinaires, il est plus disposé à conformer
ses actions à la raison commune dont il a été momentanément
l'organe.
Cette institution du jury, notre auteur l'applique aux abus
de la liberté de la presse, la première, la plus vitale de toutes,
la seule qui offre une garantie efficace à nos droits civils et
politiques, cette liberté qui éclaire les discussions politiques en
faisant jaillir la lumière du conflit des opinions diverses, et
qui, appelant tous les citoyens à donner leur avis sur les inté-
rêts généraux, est devenue la condition fondamentale du gou-
vernement représentatif.
Une partie de l'ouvrage est ensuite consacrée à traiter de
l'honneur, regardé dans ce livre, nous ne savons trop pourquoi ,
«'omrne le ressort de cette espèce de gouvernement. Montes-
quieu définissait Y honneur , le préjugé de chaque personne et
SCIENCES MORÀLE$. i85
de chaque condition, définition assez singulière; et il en faisait
fort arbitrairement, ce nous semble, le principe des mooaiv
ehies, COmQie si l'on pouvait trouver sur la ierre (hu\ monar-
chies semblables dans leurs formes constitutive?.; comnic si,
d'ailleurs, observée dans des siècles différons; la même monar-
chie ne différai! pas complètement d'elle-même. Ce grand pu-
bKeiste avait alors sous les yeux la monarchie de Loim, W, et
cette image avait trop préoccupé. Sa pensée. La délinition que
M. de Nforogues d«uinc à l'Iionneiir est encore plus vague. Il
nous dit que « l'honneur est de tous les tems, de tous les pays,
de toutes les religions, nécessaire à tous les états, à toutes les
conditions, à tous les âges. » Il y voit, tout à la fois le désintéres-
sement, l'amour de l'estime, l'amour de la patrie et toutes les
autres vertus.
Il veut, en conséquence , qu'on inculque avant tout les
sentimens d'honneur dan> l'âme des jeunes gens; mais son at-
tention ne se porte pas seulement sur l'éducation des hommes,
il la dirige encore sur celle des femmes, aussi importante
peut-être à cause de leur influence dans la famille et dans la
société. Selon lui, «le grand but de l'éducation des femmes
doit être de leur inspirer l'amour de la vertu, en même tems
que le désir de plaire.» Pour ce second objet, l'instituteur n'a
pas de grands frais à faire; il peut s'en reposer sur la nature
et sur l'esprit de société. « Les femmes, dit: encore l'auteur,
portent dans le monde cette douceur, cette aimable légèreté ,
cette affabilité, cette politesse, cette finesse de tact, d'expres-
sion et de goût, cette bienfaisance et cette sensibilité qu4, dans
la France, forme la base du caractère national et font l'admi-
ration de tous les peuples du monde». Cette admiration n'est
peut-être pas aussi universelle qu'il le pense : plus de suite dans
nos projets, et moins de légèreté dans les choses sérieuses ne
dépareraient pas le caractère national aux yeux des étrangers.
M. de Morogues désire, en opposition à des préjugés gothiques,
qu'on donne de l'instruction aux femmes, et cette idée nous
semble éminemment morale. Pour que les femmes soient véri-
tablement les compagnes de leurs maris, il faut que, dans le
ménage , il y ait , autant que possible , communauté de pensées,
de sentimens et de biens. D'ailleurs, ne doit on pas compter au
premier rang, parmi les charmes qui les embellissent, les
grâces de l'esprit et de l'imagination? Leurs attraits ne sont-ils
pas doublés par la culture des taleas agréables? leur entretien
ne tire-t-il pas un intérêt inépuisable d'une instruction solide
et variée?
Plusieurs livres sont ensuite employés < à l'établissement
iS<5 LIVRES FRANÇAIS.
philosophique d'une noblesse de mérite», dans laquelle se
trouvent classées les deux aristocraties de la science et de l'in-
dustrie. Passant à la représentation de la propriété, il émet le
vœu, d'après ce principe que l'inégalité des fortunes doit mo-
tiver l'inégalité dans les droits d'élection et d'éligibilité, que
les contribuables au-dessous de 3oo fr. acquièrent des droits
gradués, proportionnels à leur importance sociale. C'est ainsi
qu'il dispose les choses, de manière à ce que les uns concourent
à l'élection des chambres départementales (car il institue des
chambres de différens degrés), d'autres, des chambres d'ar-
rondissemens, et ceux-ci des chambres de canton-: dans son
plan, les moins imposés participent à la nomination des fonc-
tionnaires des communes.
En résumé, M. de Morogues reconstruit l'édifice social jusque
dans ses fondemens, sans penser qu'il faut des siècles pour chan-
ger de fond en comble les conditions organiques d'une nation.
Contentons-nous de perfectionner les institutions établies,
au lieu de vouloir tout réédifier; sans doute, elles sont loin de
la perfection même relative; mais elles ont en soi la capacité
de devenir meilleures; et , bien dirigées, leurs formes se prê-
teront aux nécessités des tems, aux progrès des lumières, au
développement lent, mais graduel de la société humaine.
Ad. Gondinet.
80. — * Des libertés garanties par la Charte > ou de la ma-
gistrature dans ses rapports avec la liberté des cultes, la li-
berté de la presse et la liberté individuelle; par M. Boyard,
conseiller à la Cour royale de Nancy. Paris, 1827; Garer et
Roret. In-8° de 5ao pages; prix, 6 Fr.
Rien n'est plus digne de méditations sérieuses que les graves
sujets que M. Boyard a courageusement entrepris de traiter. En
rendant compte (voy.itec Enc.,t. xxxvi, p. i83) d'un précédent
ouvrage du même magistrat sur les droits et les devoirs de la ma-
gistrature et du Jury, nous avons rendu hommage à la noblesse
de ses intentions et à la sincérité de ses paroles ; mais nous nous
sommes crus obligés de lui adresser quelques critiques, dont
la plus grave, sinon sur le fonds de ses pensées, du moins
quant à la forme qu'elles ont revêtue, consistait à lui repro-
cher une intolérance de polémique qui nuit beaucoup aux dis-
cussions. Ce défaut s'aperçoit à peine dans le nouvel écrit de
M. Boyard, dicté par la même force de conviction, mais ré-
digé avec beaucoup plus de mesure. Le premier livre, relatif
à a liberté des cultes, et surtout aux envahissemens du sacer-
doce, si contraires au véritable esprit de la religion, contient
beaucoup d& documens utiles sur les luttes des parlement
SCIENCES MORALES'. 187
contre le clergé. DoilUOIlS une idée des opinions et du style de
l'auteur par une trop comte citation : « Supposons un moment
bue les concessions faites au clergé administratif vûi&wtut com-
bler ses désirs et le l'aire rentier dans la sphère qu'il doit oc-
CUpcr, croit-on qu'il y testerait long- teins? Non. Son génie est
de s'étendre; c'est une plaie qui s'accroît aussitôt qu'elle n'est
plus contenue par les gens de l'art. S'il reste oisif, il faut se
préparer à satisfaire son amour pour les dignités, et soudain
paraît un autre parti qui le soutient aujourd'hui comme un
auxiliaire, mais qui demain le combattra comme un rival. La
noblesse de; cour ne s'accorde avec le clergé qu'autant qu'elle
n'en redoute rien. S'il survient un conflit, il survient une
guerre; et l'effet infaillible de cette guerre, c'est d'agiter l'état
et de compromettre la destinée du trône Ils accusent de
corruption la nation la plus morale de l'univers.... Et que faut-
il pour réformer cette nation si coupable ? M. le cardinal, ar-
chevêque de Toulouse nous l'apprend : il faut des modifications
à la tenue des registres de l'état civil et à la célébration des
mariages; le rétablissement des synodes diocésains et des con-
ciles provinciaux; la réhabilitation des fêtes supprimées ; le ré-
tablissement des jésuites; une dotation pour les ministres de
la religion ; le rétablissement des officialités; une réorganisation
des chapitres et la suppression des lois organiques du concor-
dat et des lois sur l'administration des fabriques : il ne faut
que cela. »
Le livre second, sur la liberté de la presse, abonde en excel-
lentes observations; mais la révolution française, qui y 'occupe
une grande place, m'y semble assez peu comprise. L'auteur
félicite vivement notre législation de ce qu'elle attribue main-
tenant aux tribunaux et aux cours, et non plus à des jurés, la
décision des procès en matière de presse. Il faut convenir que
plusieurs admirables services rendus au pays par la magis-
trature, depuis que ce pouvoir politique lui a été dévolu, per-
mettent à tout magistrat de revendiquer cette grave attribution
avec un généreux et légitime orgueil; mais il ne faut pas que
notre reconnaissance envers les magistrats nous fasse illusion ,
et que les puissans motifs qui militent en faveur du jury dis-
paraissent devant l'entraînement des circonstances. Ce n'est
pas là, au reste, une question à traiter ici transitoirement et à
la légère; et je m'empresse de convenir que , dans le moment
où nous sommes, elle manquerait complètement d'à-propos.
Quelque opinion que l'on se soit formée* à cet égard, on doit
être unanime sur la haute estime due aux magistrats ; ou les
avait insultés en leur conférant un immense pouvoir dont on
i83 LIVRES FRANÇAIS,
se complaisait à croire qu'ils n'useraient fJtt'aVéc une servile
déférence; ils se sont noblement venges de eet affront, et,
comme le dit M"-. Boyard, les ministres ont reconnu un peu
tard l'erreur grossière dans laquelle ils s'étaient fourvoyés.
Le troisième livre n'est pas d'une moindre importance que
l«s deux autres. Son sujet est la liberté individuelle , et contient
beaucoup de détails pleins d'intérêt sur les lettres de cachet,
le> priions ci état , l'exil, la police, et sur cetle responsabilité
ministérielle si souvent, mais si vainement, et l'on pourrait
presque dire si ridiculement invoquée.
La simple énumération des matières traitées par M. Boyard
suffit pour recommander puissamment son ouvrage à l'atten-
tion publique, et la consciencieuse énergie de l'auteur, tou-
jours animé de sentimens élevés et purs, placera son nom
parmi ceux qui honorent notre magistrature nationale, et qui
heureusement deviennent chaque jour de plus en plus nom-
breux. Ch. Renoitard, avocat.
<S i . — * Recueil général des anciennes lois françaises , depuis
l'an l\io jusqu'à 1789, par MM. Isambert . Decrusy et Armet;
T. XI et XII et V et VI du règne de Louis XVI. Paris, 1817 ;
Bçlin-Leprieur et Verdière. 4 vol. in-8°; prix, 28 fr.
Jusqu'ici nos lecteurs ont été tenus au courant des diverses
livraisons qui composent cetîe importante collection. La mort de
M. Jourdan, qui rassemblait seul tout ce qui concerne le règne
de Louis XA7!, a dû apporter quelque retard dans la publica-
tion des deux derniers volumes de ce règne. M. Armet s'est
cliarg&'de continuer la tache si habilement commencée par
Mi, Jourdan; et parmi les quatre volumes que nous annonçons,
il y en a deux qui lui appartiennent en entier. Us renferment
une multitude de pièces du plushaut intérêt, depuisle 3 mars 1 781
jusqu'au 5 mai 1789, époque de l'ouverture des états-géné-
raux, et limite naturelle qui sépare l'ancienne monarchie
française de la nouvelle ère qui date de la révolution. M. Isam-
bert, de son côté, a ajouté deux nouveaux volumes à la col-
lection ; ils contiennent les règnes de Charles VIII, Louis XII,
et une partie de celui de François Ier ( 1 ^83- i526). Ainsi, ce
recueil a déjà dépassé la grande collection dite Ordonnances du
Louvre, commencée par Laurière , il y a un siècle, continuée
par Secousse , de Fillevaut, Brequigny, Camus, et dont M. Pas-
torct est chargé en ce moment. Cet avantage, joint à la com-
modité du format , doit assurer un véritable succès à l'ouvrage
de MM. Isambert, Decrusy et Armel. Ces laborieux éditeurs
ont mis, en effet, un soin extrême à ne rien laisser échapper
d'essentiel, et tous les monument législatifs qu'ils ont tassem-
SCIENCES MORALES. i«g
liK-s offrent un puissant intérêt, mou seulement pour le puis
consulte, mais encore pour l'homim (l'état et l'historien. Dans
une entreprise aussi pénible, les ailleurs ne pouvaient guère
découvrir louiez les pièces qui n'existent pas dans les princi-
paux recueils. [Nous leur signalerons quelques omissions loi sqne
leur tâche sera entièrement accomplie, el ils pourront, s'ils le
jugent à propos, les comprendre dans le supplément qu'ils
devront sans doute donner. J'n attendant , nous recommandons
tette collection au public éclairé, et nous croyons que le teins
ne peut qu'ajouter à la juste réputaliondont elle jouit déjà. A. T.
8 -i. — * Traité des assurances et des contrats à la grosse d'Y-
MÉrviooN , conféré et mis en rapport avec le nouveau (Iode de
commeiceet la jurisprudence, suivi d'un / ocabulaire des tétines
de marine ; par P. S. Ijoui.ay - Paty, de la Loire-Inférieure.
Rennes , 1827 ; Molliex. Paris, Charles Bcchet. 2 vol. in - /,° ;
prix, 36 fr.
83. — * Traite des assurances terrestres, suivi de deux Irai-
tés traduits de l'anglais, le premier <Yc l'assurance contre l'in-
cendie , et le second de l'assurance sur la vie des hommes ; par
H. Quénault, docteur en droit, avocat à la Cour royale de
Paris. Paris, 1828; Warée oncle. In-8°de xxxu et 5 12 pages ;
prix , 7 fr. 5o c.
Voici, sur les assurances maritimes et terrestres, deux ou-
vrages de jurisprudence, dont l'un , celui d'Emérigon, est depuis
long-tems en possession d'une haute renommée, et dont l'antre,
celui de M. Quénanlt, mérite de prendre place parmi les meil
leurs traités qui aient paru dans ces dernières années. L'aû-vrage
d'Emérigon , écrit sous l'empire de l'ordonnance de la marine
de 168 1 , n'a point vieilli ; d'abord , parce que le Code de com-
merce de 1807 a reproduit dans toutes ses dispositions impor-
tantes L'ordonnance de Louis XIV, et surtout parce qu'Émé-
rigon, plein de bon. sens et de science, est fréquemment remonté
jusqu'aux principes les plus généraux, et a accumulé sur toutes
les questions des laits nombreux qui lui étaient fournis, soit
par la connaissance approfondie des législations anciennes et
modernes, soit par sa propre expérience. Il était impossible,
toutefois , de réimprimer Émcrigon sans faire acception des
modifications apportées à la matière par le nouveau Code de
commerce et par la jurisprudence. M. Boulay-Paty s'est chargé
d'annoter Emérigon, et à la suite de chacune des sections de
l'auteur original il «'* placé, sous le titre de Conférence, l'indi-
cation des dispositions législatives a«ctucl!es, des arrêts princi-
paux, des opinions de jurisconsultes, avec ses propres obsei-
vations. M. Boulay - Paty était, à plus d'un titre, appelé à
ic)o LIVRES FRANÇAIS,
exécuter cet important travail. Conseiller à la Cour royale de
Renues, r c'est (pour emprunter les expressions de sa préface)
à la vue d'un grand port, en face des navires, au milieu des
arméniens, qu'il a accompli sa tâche. » Il est, en outre, déjà
connu par un Traité sur les faillites , et par un Cours de droit
commercial maritime , dont il a, clans ce nouveau commen-
taire, reproduit beaucoup d'opinions et de passages. 11 esta
regretter que M. Boulay-Paty ait négligé de donner la biogra-
phie d'Émérigon et la bibliographie de son Traité des assu-
rances maritimes . Sans de pareils documens , un commentaire
est incomplet.
Dans le Traité des assurances terrestres , tout est nouveau ,
la matière et l'auteur. Les assurances terrestres, après plusieurs
tentatives, restées infructueuses, ne se sont véritablement natu-
ralisées en France que depuis 1816 et 1817. Notre législation
laisse, à cet égard, une lacune à laquelle il sera sans doute as-
sez prochainement suppléé, mais qui oblige à ne recourir, sur
une foule de questions importantes, qu'à des analogies et àdes
règles d'interprétation générales. M. Quénault a procédé sur
ce sujet avec beaucoup de circonspection. Profondément versé
dans la connaissance du droit civil, il a constamment tendu à
se rapprocher des dispositions du droit commun. Quoiqu'il fût
fort en état de marcher seul , il s'est cependant efforcé d'ap-
puyer d'autorités ses solutions , autant que le permettait la
nouveauté de son sujet; mais il a parfaitement senti, qu'en
s'aidantdes travaux des jurisconsultes sur les assurances mari-
times-fil devait ne s'en rapporter qu'avec une extrême précau-
tion à des analogies souvent trompeuses. Un défaut très -fré-
quent dans les ouvrages de jurisprudence, est de les composer,
de pièces rapportées, en puisant de côté et d'autre, dans les
auteurs et dans les arrêts, des lambeaux épais qu'on néglige
de s'approprier par une critique saine et sûre ; mais une étude
consciencieuse des moindres questions, et, ce qui est plus pré-
cieux encore, beaucoup de fermeté logique et de conséquence
dans les idées, ont facilement préservé M. Quénault de ce dan-
ger : aussi aperçoit - on avec évidence que, même lorsqu'il
s'appuie des noms les plus célèbres, il se décide par conviction
et non par confiance. L'auteur a fait précéder son ouvrage
d'une courte introduction , dans laquelle il expose avec une
netteté parfaite la théorie des combinaisons d'assurances, ses
diverses applications, ainsi que les modes d'assurances mu-
tuelle et à prime. Les deux Traités, traduits de l'anglais de
Samuel Marshall, qu'il a placés à la sui'e du sien, offrent peu
de discussions doctrinales, mais contiennent des faits nom-
SCIENCES MORALES, 19.1
brçux , souvent relatifs à des questions d'un haut intérêt.
Ch. Uf.noimiu) , avocat.
8/j. — * Code forestier % précédé d»'/// discussion aux Chambres,
et suivi de Y ordonnance réglementaire s avec un commentaire
des articles du Code et de l'ordonnance ; publié par M. Bau-
dhii 1 \ut, auteur du Traite graciai des eaux et forets. Paris, 18*27;
Arilius Bertrand, rue llautefeuille, n° 2'i. 1 forts volumes
in-12; prix , 10 (r.
Le premier volume de l'ouvrage que nous annonçons repro-
duit d'une manière complète les discussions dont le Code fo-
restier a été l'objet dans les deux chambres. Dans le second
se trouvent le texte du Code et celui de l'ordonuance réglemen-
taire : chaque article est accompagné d'un commentaire où la
corrélation des dispositions nouvelles avec l'ancienne législa-
tion est établie et le sens précisé par le rappel des observa-
tions auxquelles l'article a donné lieu, soit dans le sein des
Chambres, soit dans celui de la Cour de cassation et des Cours
royales. Il eût été préférable, pour la commodité des recher-
ches, que les textes fussent imprimés sans interruption, et que
les commentaires fussent réunis à la suite sous la forme de
notes : ce léger défaut n'empêche pas le travail de M. Baudril-
lart d'offrir aux propriétaires de bois, aux usagers, aux adju-
dicataires de coupes et aux propriétaires voisins de forets, le
tableau complet de leurs droits et de leurs devoirs; il est aussi,
malgré quelques taches, un monument remarquable du progrès
des idées saines en économie publique.
Quoique, à force d'être répétée devant une population qui
n'en prospère pas moins, la prédiction que la France périra
faute de bois commence à perdre de son crédit, l'importance
de cette production du sol est cersainement aujourd'hui mieux
sentie qu'à l'époque de la fameuse ordonnance de 1669 -r mais
le législateur ne s'adresse plus à la société pour laquelle furent
faits les vieux règlemens qui, menaçant toujours, ne préve-
naient aucun mal et n'opéraient aucun bien : aussi n'est-ce
plus à une multitude de prescriptions et de prohibitions go-
thiques qu'il confie la conservation des forêts; il s'attache à en
rendre la propriété plus précise, à faire cesser la désolante
indivision qui existait sous le nom de droits d'usage, de pa-
cage, de glandée, bien sur que les améliorations seront une
espèce de besoin pour le propriétaire devenu maître chez lui.
Les droits d'usage, dont la nouvelle législation autorise la sup-
pression absolue, moyennant indemnité , restesde la barbarie de
l'époque qui les a vus naître, ne sont plus, dans une multitude
i92 LIVRES FRANÇAIS.
de localités, qu'une injustice fondée sur une prescription ré-
cente. Dans des teins où le bois était sans prix, on ne craignait
pas d'en sacrifier en partie la jouissance, pour attirer sur ses
terres des vassaux sur lesquels on se dédommageait par des
din.es el d'autres redevances féodales; ce but est même expli-
citement exprimé dans la plupart des concessions. On a sup-
primé les droits féodaux, et Ton a bien fait; mais pour être
juste et conséquent, il aurait fallu supprimer aussi les droits
d'usage, quand les premiers en étaient le prix: l'effet écono-
mique des droits conservés était aussi désastreux que celui des
droits su pp limés.
Le droit de parcours, avec lequel la reproduction des taillis
et le succès des semis sont à peu près impossibles, s'exerce
principalement sur les hautes montagnes de notre pays. Si les
enquêtes étaient chez nous en u^age, on eût comparé, sur des
documens authentiques, les prolits en bétail qui résultent de la
vaine pâture avec la valeur des bois dont elle arrête la crois-
sance; et l'on eût trouvé une différence énorme en faveur du
bois, surtout dans les départemens riches en minerais de fer,
comme le sont une partie de ceux des Pyrénées : on eût aussi
remarqué que les revers déboisés des montagnes du midi de la
France, desséchés pendant l'été, laissent échapper à chaque
orage des torrens qui dévastent tout, et en les comparant aux
ruisseaux des vallées boisées qui, nolamment dans les Pyrénées
orientales et les hautes A-lpes, rafraîchissent et fécondent, par
des irrigations bien entendues de vastes étendues de terrain ,
on eûtf'Trouvé que, même par rapport à l'éducation du bétail,
le pacage des forêts est le plus barbare de tous les systèmes
d'agriculture. Dans des pays plus avancés que le nôtre en habi-
tudes constitutionnelles, on se fût gardé de présenter le projet
de loi, sans cette discussion de faits; et si l'administration des
forêts cherchait aujourd'hui même à les constater, le but et
l'utilité de la loi étant mieux compris, bien des efforts louables
seraient encouragés, bien des résistances neutralisées.
Le privilège si inutile, pour ne rien dire de plus de la ma-
rine, s'est encore glissé dans le Code, mais comme la dernière
apparition d'un système condamné par ceux même qui le dé-
fendent. Le Code forestier a réuni, d;ins la chambre des députés,
267 voix sur 275, et dans celle des pairs, 1 12 voix sur 1 1 5. Toutes
les dispositions législatives nécessaires à l'amélioration des forêts
sont aujourd'hui adoptées : c'est aux propriétaires à faire le reste.
J. J. B.
85. — * Petit Manuel forestier, par Herbin de Halle
SCIENCES MORALES. i:/;
s.
sons chef de la '>'- division de la difebtiOtl générale des forêt
Paris, i 8 •> 7 ; au bureau de l' Almanaeli du Commerce. \\\ i S
de !"><>(» pages ; prix , 8 lr.
8(>. — " Petit Manuel des gardes forestin s , par le même.
PsTÎS, i 8v>7 ; même bureau. In-i8;prix, 1 fr. 5o c.
La conservation des forets a été, dans tons les teins, l'ob-
jet de la sollieitnde des gouvernemens. En France, et sous
Louis \I\ , ee prinee, afin d'arrêter non-seulement les abus
auxquels les fonts de l'état étaient exposées, mais les spécu-
lations imprudentes de la propriété privée, donna la célèbre
ordonnance de ioÏh), fruit d'un long travail et de graves mé-
ditations. C'est aux sévères et sages dispositions de cette or-
donna née que nous sommes redevables de la conservation des
forêts de l'ancien domaine et d'une grande partie de celles du
clergé et des communes. Mais bientôt la marche de la civili-
sation et l'accroissement de notre industrie rendirent très-
diflicile, dès avant 1790, l'application du système de gène et:
de prohibition qu'elle prescrivait. Aussi, d<es modifications
plus en harmonie avec nos mœurs, une répartition alors plus
équitable entre les délits et les peines, firent supprimer la
juridiction des eaux et forêts que l'ordonnance de 1669 avait
réunie à la haute administration et à la conservation ; et
quoique les délits fussent du ressort des tribunaux ordinaires,
cette transition trop subite Ht que l'organisation forestière resta
incomplète et son action sans force. Les bois des particuliers
furent en partie dévastés par les défrichemens multiplics*ù l'in-
fini ; les communes firent des coupes anticipées dans leurs bois
pour les livrer au pâturage et pour effectuer également des
défrichemens. Une organisation nouvelle devint nécessaire; et,
malgré la loi du 29 septembre 1791 , il restait toujours à faire
une loi sur les aménagemens et sur l'administration qui se
trouvait entre «les restes ineohérens d'une ancienne législation
dont la base a été renversée et les commencemens d'une légis-
lation nouvelle qui en est restée à son ébauche et n'a jamais
reçu son complément. » Cette nouvelle loi organique et fonda-
mentale, préparée en 1823 dans le sein de l'administration
des forêts, élaborée ensuite par des membres du conseil d'état
et des agens de la marine, et soumise plus tard à une commis-
sion de magistrats, de jurisconsultes, d'administrateurs, fut
provisoirement arrêtée et imprimée en 1825, et adressée à la
Chambre des pairs, à la Cour de cassation, à toutes les cours
du royaume, aux préfets, aux conseils généraux et aux con-
servateurs des forêts pour en solliciter des observations. Les
cours de justice furent invitées à se réunir pour délibérer sur
t. xxxvii — Janvier 1828. i3
i94 LIVRES FRANÇAIS.
la communication qui leur avait été faite; leurs procès-ver-
baux et ceux de la Cour de cassation furent transmis à la com-
mission de la chambre élective. Celle-ci fit d'importantes mo-
difications à ce projet de code qui « devait concilier les besoins
de tous avec les intérêts de chacun» , assurer surtout la con-
servation des forêts et ne soumettre l'indépendance de la
propriété privée qu'à des restrictions commandées par un in-
térêt général évident, et dont chacun pût être juge.»
Ce Code forestier fut présenté à la discussion des chambres
et sanctionné par le roi, le 21 mai 1827. Monument de l'é-
poque, il est élevé afin d'améliorer notre sol forestier, en
obtenant, par des repeuplemens aussi bien exécutés qu'enten-
dus dans les bois de l'état et des communes, un accroissement
d'autant plus présumable que l'exploitation active de nos mines
de charbon et de houille tend à diminuer de plus en plus la
consommation du bois considéré comme combustible , et que
l'on doit tout espérer de l'utile établissement de décote fores-
tière qui vient d'être créée pour former des agens instruits, ainsi
que des écoles secondaires qui seront établies dans les régions
les plus boisées, et qui doivent servir à l'instruction d'élèves-
gardes. Dans l'état actuel des choses, et en attendant que ces
espérances se réalisent, les sages dispositions de ce code se
font sentir dès à présent, puisqu'il prescrit d'user avec cir-
conspection des produits qu'offre encore notre sol (1), afin de
pourvoir autant que possible à nos besoins en bois de service
pour les constructions navales, militaires, hydrauliques et ci-
viles, et pour les établissemens des arts mécaniques où le bois
est employé comme agent principal, pour le chauffage des
fonderies, des forges et des usines servant à la préparation
des métaux, des verreries, des manufactures de porcelaines,
faïences, poteries, etc., des salines, et pour les consommations
locales et domestiques. Il prescrit surtout de conserver des
ressources pour l'avenir et de remédier aux nombreux et dés-
(1) Le sol de la France comprend environ 6,521,470 hectares ; en
nombre rond, 6,5oo,ooo hect. , dont 1,100,000 appartiennent à l'état
et à la couronne; 1,900,000 aux communes et aux établissemens pu-
blics, et 3, 5oo,ooo aux propriétés particulières. Ces évaluations doivent
éprouver des réductions, si l'on en déduit les landes, les bruyères, les
terrains dépouillés qui s'y trouvent compris. M. le comte Roy, dansson
rapport à la Chambre des pairs, évalue ainsi le sol forestier: 6,416,181
hectares , dont 1,160,466 hectares à l'état, 3,178,984 hectares soumis
au régime forestier, et 3, 287,517 hectares à la propriété particulière.
SCIENCES MORALES. 195
ttsireux dénVichemens qui ont eu lieu de nos jours (1), et dont
on sentira, long- tems les effets déplorables, tels que l'augmenta-
tion des eaux superficielles <'t la formation des torrens et des
ravins qui déchirent et bouleversent les propriétés placées au-
dessous d»s montagnes ci des terrains pencnans et ardus. Les
semis et les plantations sur les montagnes, exemptés d'impôt
pendant vingt ans, alimenteront les eaux de source et les ri-
vières, soutiendront ou raffermiront le sol stérile de ces som-
mités, resté à nu par l'entraînement de la terre végétale que
retenaient les bois, et eeux-ci reproduits exerceront, comme
parle passé, « sur l'atmosphère une heureuse et salutaire in-
iluenee.»
M. Herbin île Halle ne pouvait sans doute choisir une époque
plus opportune pour satisfaire aux demandes nombreuses qui
lui ont été faites de donner une troisième édition de son Ma-
nuel forestier. Aussi s'est-il empressé, aussitôt la promulgation
du Code, de mettre au jour son ouvrage, qui contient, indé-
pendamment de l'analyse raisonnée par ordre de matières de
ce Code et de l'ordonnance réglementaire pour son exécution ,
les lois , règlemens , avis du conseil d'état, les arrêts de la Cour
de cassation, les décisions ministérielles, les instructions et
les circulaires de l'administration forestière en ce qui con-
cerne, i° le régime auquel sont soumises toutes les forêts du
royaume; i° les fonctions et les obligations des préposés fo-
restiers de tous grades; 3° les délimitations, bornages, et amé-
nagemens des forêts; 4° les exploitations et adjudications des
coupes ordinaires et extraordinaires; 5° les repeuplemens, plan-
tations améliorations et défrichemens; 6° le pâturage et les
extractions de minerais et autres substances dans les forêts;
7° les affections et droits d'usage; 8° lesconstructionsd'usineset
autres bâtimens dans l'étendue et aux rives des forêts; 90 la
recherche et le martelage des bois propres aux constructions
navales; io° la chasse et la louveterie; ii° la pèche dans les
fleuves et les rivières; 120 la constatation et la poursuite des
délits en matière d'eaux et forêts.
L'auteur, dans l'intérêt du service, comme dans celui des
agens et des gardes forestiers, et afin d'éviter les irrégularités
qui entraînent souvent la nullité des poursuites, a donné, dans un
(i)Les bois de l'état n'ont été généralement acquis que dans des
vues de destruction : cette vérité est prouvée par la quantité d'autori-
sations de défrichemens qui ont été demandées ; on en comptait en
1825 , 2968 ; et en 1826, i44<^
lo/î LIVRES FRANÇAIS,
article séparé , des formules des procès - verbaux auxquels
donnent lieu les délits les plus fréquens. Il a également joint
à son ouvrage le tarif des amendes à prononcer par arbre,
d'après sa grosseur et son essence, ainsi que le tableau résumé
des amendes et des peines applicables aux délits, pour faire
connaître les cas où le concours de deux gardes ou d'un seul
avec un témoin est nécessaire pour la validité des procès-
verbaux.
Cet ouvrage, utile aux préposés forestiers de tous grades,
aux ingénieurs, sous ingénieurs-constructeurs, maîtres, contre-
maîtres, etc., de la marine, chargés du la recherche, du mar-
telage et de l'exploitation des bois propres à ce service, ainsi
qu'aux personnes q i, soit par la nature de leurs propriétés,
soit par celle de leurs fonctions, ont besoin de connaître plus
particulièrement les lois et les règlemens sur les forêts, la
chasse, la pêche, se fait remarquer par une classification
claire et méthodique; des citations en caractères italiques, à
la suite de chaque disposition, indiquent les articles des codes,
lois, ordonnances, arrêts de la Cour de cassation, etc., qui
l'ont prescrite et facilitent les recherches.
Le Petit Manuel des gardes forestiers, extrait de l'ouvrage
dont nous venons de rendre compte, ne comporte que le de-
gré de connaissances et d'instruction que l'on exige de ces
préposés; ils y trouveront tout ce qui leur est nécessaire, tant
pour s'acquitter de leurs fonctions que pour bien connaître
toute l'étendue des dispositions relatives à la constatation des
délits et des contraventions, ainsiqu'à la rédaction des procès-
wrhaux qu'ils sont appelés à rédiger.
Sueur Merlin.
87. — * Observations sur les votes de quarante et un conseils gé-
néraux de département , concernant la déportation des forçats libé-
rés, présentéesà M. le Dauphin, par un membre de la Société royale
pour l'amélioration des prisons. ( M. le marquis de Barbé-Mar-
bois). Paris» 1828; de l'imprimerie royale. In-4° de 76 pages.
Depuis quelques années plusieurs publicistes ont manifesté
l'opinion que la déportation et la colonisation des condamnés
aux peines afflictives et infamantes étaient nécessaires pour rem-
placer les travaux forcés. Cette dernière peine a, suivant eux,
le grave inconvénient d'entasser les condamnés dans des bagnes
infects où ils finissent de perdre les restes d'honnêteté qui
pouvaient exciter encore des remords dans leur àme, et de re-
jeter ensuite dans le sein de la société des ennemis trop sou-
vent irréconciliables. ( Voy. Rev. Enc. , t. xxxm, p. 223 et
556 ). La difficulté était de trouver un lieu éloigné qui fût sus-
SCIENCES MORALES. iy7
Ceptîble de recevoir le nouvel établissement. Los uns ont dé-
signé la Guyane française; d'aulnes préféreraient Ee Sénégal
ou Jcs trois petites iles de Hiègnc, de la Désirade et lit Saint-
Martin, aux Antilles. Un homme d'état, dont le nom illustre
est d'une si grande autorité pour les questions qu'il traite, vient
de s'élever avec beaucoup de forée eonire la colonisation des
forçats. 11 démontre de la manière la plus évidente que les An-
glais sont loin d'avoir à se louer de leur célèbre fîotany-bay,
que l'on ne manque cependant pas d'invoquer en faveur de la
colonisation des condamnés. Effectivement, ils ont été obligés
de restreindre les cas où il y a lieu à transportation , et les au-
torités compétentes se sont vues forcées de commuer, de leur
propre mouvement, et sans l'aveu des condamnés, la peine
qu'elles prononcent en celle de la réclusion sur les pontons
[t/ic/iu/As ). Serait-ce dans un moment où les Anglais recon-
naissent tous les inconvéniens de leurs colonies pénales, qu'il
y aurait de l'avantage à demander à notre gouvernement la for-
mation de semblables établissemens ? M. de Marbois a donc
rendu un véritable service en exposant les nombreux motifs
qui s'opposent à ce que le vœu émis officiellement par quarante
et un conseils généraux de département et par l'expression libre
et honorable de quelques écrivains, soit pris en considération.
Du reste, le vénérable auteur des Observations soumises à M. le
Dauphin, en sa qualité de président de la Société pour l'amé-
lioration des prisons, a proclamé une vérité incontestable,
mais qui ne saurait trop être rappelée dans ce passage : « Je
n'hésiterai pas à dire qu'il est un moyen infaillible de diminuer
en France le nombre des crimes , et par conséquent celui des
forçats et des brigands : c'est de donner aux en fans des villes
et des campagnes une éducation correspondante à leur condi-
tion. La dépense ne sera pas grande, et le fût -elle, c'est à ce
prix que nous obtiendrons la paix intérieure du royaume , et que
nous corrigerons des mœurs dépravées par l'ignorance et la fai-
néantise. Chacun doit y contribuer, l'aisance comme l'opulence;
et s'il pouvait y avoir quelque différence , les plus riches de-
vraient être lés plus empressés à contribuer, car ils sont les plus
exposés, ils sont aussi les plus instruits, et ils doivent connaître
le mieux le prix des lumières. »
Nos lecteurs connaissent déjà les utiles travaux de M. Barbe
Marbois sur les prisons ("Voy. Rtv. Eue. , t. xxvm, p. 36 et
9-25). L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui doit encore
augmenter à son égard la reconnaissance de tous les amis de
l'humanité. A. T.
88. — * Histoire de l'exposition des produits de l'industrie
i|)S LIVRES FRANÇAIS.
française, en 1827; par M. Blanqui. Paris, 1827; Renard.
In-8^1 de 333 pages ; prix, 5 fr.
M. Blanqui a eu la bonne pensée de réunir les articles qu'il
avait insérés successivement dans les journaux, depuis l'ou-
verture de l'exposition jusqu'à sa fin: il leur donne ainsi une
existence moins fugitive et une plus grande utilité. Ses obser-
vations deviendront encore plus profitables aux étrangers qu'à
nous-mêmes; ce livre pourra les instruire à nos dépens, les
diriger plus sûrement dans la voie de l'utilité réelle, dégoûter
d'un vain étalage de niaiseries, arrêter la profusion des ré-
compenses honorifiques , et par conséquent leur avilissement.
Ils y verront aussi les inconvéniens de la concentration de
l'industrie sur un seul point, dans la capitale : en un mot, il
ne tiendra qu'à eux de s'instruire par la révélation de nos
fautes; et de plus, ils apprécieront avec assez d'exactitude les
progrès de -notre industrie, et verront ce qu'ils doivent faire
pour soutenir notre concurrence, ou pour nous devancer. Les,
amis des arts, Français ou étrangers, ne seront pas toujours
de même avis que M. Blanqui : sur un sujet aussi vaste et aussi
compliqué, il est impossible de s'accorder sur tous les points;
mais on adoptera si souvent l'opinion de l'auteur, qu'on ou-
bliera les sujets de contestation, et que l'on reviendra plus
d'une fois à son ouvrage.
M. Blanqui croit encore, assez faiblement, il est vrai, à
l'utilité des expositions générales. Ses méditations ultérieures
ébranleront de plus en plus cette foi chancelante. La question
n'est point susceptible d'une analyse rigoureuse qui mettrait à
découvert chacune des causes qui concourent à la production
de l'effet dont il s'agit. On ne peut trop le redire; les progrès
de l'industrie sont le résultat de la concurrence, de l'instruc-
tion , de l'importation de procédés et de machines, et même
d'ouvriers, des efforts de tous les amis des arts et des Sociétés
d'encouragement, et enfin des institutions publiques, dont les
expositions ne sont qu'une partie. Que l'on commence donc
par étudier séparément, s'il est possible, la portion d'effet
qui appartient à chacune de ces actions diverses : et, si l'on ne
peut y parvenir, qu'on se résigne franchement à ne rien savoir:
que l'on avoue certaine inclination pour le faste, pour ce qui
plaît aux yeux, et dispense de raisonner. Malheureusement,
cetlte disposition des esprits est très-commune, et la politique
sait en profiter. F.
89. — * De l'intervention armée pour la pacification de la
Grèce; par M. de Praut, ancien archevêque de Malines , dé-
SCIENCES MORALES. Kgg
piiu* du I*ny de-Dôme. Paris, 18:18 ; Pichon-Béchet. In 8u do
1 1(> pages : prii , 3 fr.
Avant la solution définitive de la question grecque, notre
célèbre publicislc a voulu encore une fois faire entendre cette
voix, dont 1rs prédictions ont été souvent confirmées par les
événement. M. de Pradt applaudit au triomphe de la civilisa-
tion , qui a su entraîner la politique dans une intervention que
l'humanité éplorée réclamait depuis long-tcms, et (pie tant de
préventions fâcheuses et d'engagemens funestes pouvaient en-
core éloigner. Mais , M. l'archevêque de Malinesjuge l'inter-
vention mesquine dans son plan, incomplète dans son résultat,
si elle se borne à empêcher par mer le contact des parties
belligérantes; tandis que la lutte continuerait d'être flagrante
sur le continent, théâtre principal de ses horreurs. En second
lieu , il démontre, par une suite de considérations fort justes,
que c'est à la France, non à la Russie, non plus qu'à l'Angle-
terre, qu'il convient d'intervenir, au moyen d'u:i débarque-
ment de troupes sur le continent de la Grèce. La France seule
peut remplir cette mission, sans arlarmes pour les autres puis-
sances, sans péril pour la paix de l'Europe. Enfin ( et c'est ici
l'idée capitale de l'écrit que nous annonçons )au lieu de faire
de la Grèce , étroite et réduite aux limites serrées de la Morée ,
un refuge pour quelques malheureux, il faut l'étendre à plaisir,
et faire d'elle un puissant empire, qui devienne le rempart so-
lide du midi oriental de l'Europe, puisque la Turquie, caduque
et incivilîsable , n'est plus susceptible de remplir ce rôle im-
portant. Ce plan grandiose rappelle l'école diplomatique de
celui qui combinait les empires de la carte européenne, comme
les pions de son échiquier. Dans l'état actuel des sociétés, nous
ayons la conviction que ce plan ne peut être adopté , puisqu'il
exigerait cette unité, cette énergie de volonté et cette prodiga-
lité de moyens, qui ne sont plus de notre tems. D'ailleurs, ce
n'est pas seulement l'Europe qui ne voudra ou ne pourra point
l'exécuter. La Grèce elle-même ne se prête pas actuellement à
de si grandes destinées. Peut-être que le tems, secondé par le
progrès croissant et universel de la civilisation, accomplira plus
tard et graduellement ce que nous croyons superflu de deman-
der aujourd'hui à la volonté ou au pouvoir de l'homme.
A. M.
90. — Lettre au roi sur le maintien ou l'organisation du con-
seil, où fon considère les changemensfréquens de ministère comme
un principe de destruction et comme une inconséquence dans une
monarchie héréditaire; par M. A. Madrolle. Paris (sans mil-
lésime); Ad. Leclère et O In-8°; prix, 1 fr. 5o c.
ioo LIVRES FRANÇAIS.
L* thèse que soutient ici M. Madrolle est ce) lu désavantage*
de l'inamovibilité des ministres dans une monarchie héréditaire.
Il va même jusqu'à souhaiter, ou du moins jusqu'à approuver
que ceux-ci disposera de leur portefeuille par testament (p. 18
et 19}. On ne saurait pousser- plus loin la doctrine de la légi-
timité ministérielle. Cependant, l'auteur convient que la durée
du ministère est un mal, lorsque ce ministère est mauvais
p. ire et 24). Comment donc expliquer cette apparente cou-
tradicîion? M. Madrolle ne s'en met point en peine, et c'est
au lecteur à chercher quelle est la véritable pensée de l'écri-
vain. Au lieu de se mettre ainsi gratuitement à la torture,
pourquoi n'expose-t-il pas franchement ce qu'il désire en fait
de gouvernement? on voit bien que la forme du gouverne-
ment constitutionnel et représentatif ne saurait lui convenir.
Il s'en explique assez ouvertement, mais toujours incidemment.
«Si, après tout, dit-il (p. 27), ce qu'on appelle gouverne-
ment représentatif supposait la mobilité du ministère, que fau-
drait-il penser du gouvernement représentatif?» De telles
opinions sont assurément permises; mais nous demandons à
l'auteur de les exprimer, sinon plus clairement, du moins plus
méthodiquement. Il se défend, dans sapréfaee, du soupçon qu'il
croit pouvoir encourir d'être soldé par un ministère alors
ébranlé, aujourd'hui tombé (du moins en partie), et qu'il trou-
vait, ainsi qu'il le dit avec naïveté, naturellement bon. Que cet
écrivain se rassure; ses éloges et ses témoignages de confiance
dans la marche suivie par les membres qui composaient le
dernier ministère sont, au contraire, de véritables accusations
portées contre ces hommes d'état. B. L.
O/i. — * Almanach des électeurs de Paris et des Départemens.
4me année. Paris, 1828; Moutardier, rue Gît-le-Cœur, n° 4-
In- 18 de 212 pages; prix, 1 fr. 25 c.
La noble et importante victoire remportée récemment par la
France dans le champ de bataille des élections donne un
nouveau prix à ce petit volume, On doit sentir de jour en jour
davantage combien il est utile d'acquérir toutes les notions né-
cessaires pour concourir sciemment et efficacement à l'opéra-
tion si nationale du choix des députés. L'éditeur de cet alma-
nach a eu principalement pour but, cette année, de rendre
compte des élections mémorables qui ont amené la chambre
actuelle. C'est à quoi il procède, après avoir offert quelques
dialogues assez piquans, qui semblent être placés là comme
pour ajouter le plaisant au sévère. Ce curieux tableau des der-
nières élections comprend près de la moitié du volume; il est
suivi: i° d'une tactique électorale; 20 d'un traité électoral.
SCIENCES MORALES.
(|iu m'a paru complet; !V de questions électorales; /t° dos lois
c! des ordonnâmes relatives aux élections. Ces morceaux ren-
dent , comme on voit, l'almanach directement utile à mi 1 1 <•-.
grand nombre d'eiccicurs qui vont bientôt être appelés à
compléter, par leurs votes, une assemblée à qui il est , selon
toute apparence , réservé de consolider nos destinées. A.
kji. — * I? Art de vérifier les dates , depuis l'année 1770 jus-
qu'à nos jours, formant la continuation ou la troisième partie de
l'ouvrage publié sous ce nom par les religieux bénédictins de
la congrégation de Saint-Maur. T. IV. Paris, 189.7; Ambroise
Dupont, et compe. rue Vivienne, n° 16. In 8° de 534 pag. ; prix
du volume, 7 fr. (voy. Rcc Eric, t XXXIII, p. aî4-)
L'art de vérilier les dates, ou, pour mieux dire, le tableau
chronologique de l'histoire des peuples fut une admirable con-
ception des savans d'un ordre monastique qui mettait sa gloire
à entreprendre les travaux littéraires les plus étendus, et qui
ne s'effrayait ni des études, ni du tems, ni des dépenses qu'il
fallait y consacrer, Vingt-trois volumes in-8°, ou six volumes
in-4° avaient conduit l'important ouvrage dont nous annon-
çons la continuation, jusqu'à l'année 1770. Les écrivains qui
se sont chargés de l'amener jusqu'en 1827 y ajoutent douze
volumes in- 8°, dont trois ont déjà paru. Le quatrième est ac-
tuellement en vente ; trois autres sont sous presse. Les volumes
neuf et dix ont été publiés; ainsi, l'ouvrage marche à grands
pas vers sa terminaison.
Un ouvrage de cette nature est un immense recueil de faits,
classés avec méthode, disposés de manière à ce qu'on puisse
reconnaître la situation politique des États, année par année,
et pour ainsi dire jour par jour, et juger, par un rapproche-
ment facile, de la connexion des événemens, de leur dépen-
dance mutuelle, de leurs résultats, en comparant les dates
ou les vérifiant. Afin de rendre ce travail vraiment utile, et
digne de la confiance qu'il doit inspirer, il est nécessaire que
les auteurs d'un pareil ouvrage, indépendamment d'une érudi-
tion peu commune et d'une longue patience, soient exempts de
toute partialité. Tous les peuples leur apparaissent successi-
vement, les modernes comme les anciens; tous doivent être
placés dans la même balance, considérés sous un même point
de vue, traités avec une égale justice. Il ne saurait être ques-
tion, dans l'art de vérifier les dates , ni de juger des torts des
Macédoniens envers les Grecs, ni deblàmer les Romains d'avoir
écrasé sans pitié les Carthaginois : on ne demande point à cet
ouvrage, si Philippe II peut être excusable d'avoir approuvé les
mesures sanguinaires du duc d'Albe , si Louis XIV eut raison
loi LIVRES FRANÇAIS.
d'abolir Pédit de Nantes. On n'y cherche que des faits et des
dates; mais on les veut tels que l'histoire doit les donner, dé-
gagés des réflexions des hommes de tous les partis, et surtout
de celles de l'auteur du livre. La raison en est simple. Si cet
auteur approuve ou blâme , n'a-t-on pas lieu de craindre
qu'entraîné par sa propre conviction, et d'ailleurs avec les
meilleures intentions du monde, il ne soit porté à dénaturer
les événemens, à en altérer les causes ou les conséquences?
C'est une pente à laquelle on s'abandonne, sans même s'en
apercevoir. Plus l'écrivain a de talent, plus l'erreur devient
grave; car il est difficile, souvent impossible , de se soustraire
au charme d'un style énergique ou profond , qui commande la
confiance, ou qui fait naître des émotions que l'on n'a point la
force de repousser.
Nous supposons ici que l'auteur écrit d'après une conviction
réelle. Mais , si , loin d'avoir ce sentiment intime qui le force à
communiquer sa pensée à ses lecteurs , qui s'échappe et se
trahit malgré lui-même, comme le parfum des fleurs , senti-
ment en quelque sorte respectable , quoiqu'il manque le but
de l'historien; si celui-ci soumet tous les faits à une critique de
parti; si ceux-mêmes que les nations ont long-tems admirés ne
sortent de sa coupelle que dénaturés par le sens qu'il y attache,
quoiqu'exacts par les dates; si les grands événemens qui ont
rendu la France glorieuse durant vingt années; si les principes
qui forment encore aujourd'hui les élémens de sa prospérité ,
sont constamment présentés avec un ton de dénigrement qui
blesse les esprits les moins prévenus en leur faveur: nous ne
saurions le dissimuler , nous ne reconnaissons pas l'histoire
dans les affligeans produits d'un pareil système; ce sont tout
au plus des Mémoires qu'il sera bon de consulter un jour, ne
fût-ce que pour apprendre comment l'esprit de parti peut
égarer des hommes d'un talent reconnu.
Si l'on nous demandait quel rapport ont ces observations
avec le quatrième volume de l'Art de vérifier les dates, nous
nous hâterions de répondre que ce volume conduit l'histoire
des républiques de Gênes et de Venise , du duché de Milan, de
l'état de l'église, du royaume de Naples jusqu'aux années
1802 — 1806, et plus loin; qu'en parlant de la création et de
la chute des républiques Cisalpine , Cispadane , Parthéno-
péenne, etc., et de toutes les guerres d'Italie, on ne donne
aux armées françaises que le nom de troupes de Buonaparté;
que l'on déclame sans cesse contre la rapacité , la cruauté , la
jactance française , tandis que l'on exalte la vertu et le dévoû-
ment de lady Ha rail ton , l'extrême bravoure des Lazaroni,
SCIENCES MORALES. fefl
lus exploits des armées russes, autrichiennes, napolitaines,
qui n'ont jamais cédé qu'à la trahison, etc. Nous ajouterions
que rien n'amène autant d'àpreté dans la discussion que l'at-
taque ou la défense des principes qui ont imposé cette forme
au récit de tant d'événemens extraordinaires , et que, pour
conserver à notre critique un ton de modération convenable,
nous avons dû nous borner à donner quelques conseils aux
jeunes écrivains qui auraient la volonté de traiter de nouveau
celte grande et inépuisable époque de notre histoire. R.
g3, — * Ihjutaliotïdc l'Histoire de France de t abbé de Montgail-
laul, publiée par M. Uranelt de Leuze (M. Laurent); accom-
pagnée de pièces justificatives qui contiennent une Note poli-
tique de Mirabeau et plusieurs lettres inédites de Louis XV 111,
avec un fac sùnile de leur écriture. Paris, 1828; Dclaforest.
In-8° de vi-489 pages; prix, 7 fr. 5o c.
L'abbé de Montgaillard, censurant tour à tour l'ancien ré-
gime et la révolution , attaquant avec amertume les notabilités
de tous les partis, a dû faire autant de mécontens qu'il a trouvé
de lecteurs. On devait s'attendre à voir ses doctrines et ses
appréciations devenir l'objet d'une critique sévère de la part
de nos jeunes historiens auxquels il semblait jeter le gant. Aussi,
la réfutation que nous annonçons était-elle attendue avec im-
patience, et a-t-elle été accueillie avec d'autant plus de faveur
que M. Laurent, son auteur, était avantageusement connu par
une Histoire de Napoléon et par un résumé de l'Histoire de la
philosophie. M. Laurent ne s'est pas borné, dans ce nouvel
ouvrage, à rectifier les erreurs sans nombre de Montgaillard
et à réfuter ses calomnies; il a lui-même tracé un tableau plein
de vigueur et d'intérêt des grands événemens qui ont agité la
France depuis 1789 : il a examiné le rôle des principaux per-
sonnages avec une impartialité à laquelle on est peu accou-
tumé, lorsqu'il s'agit d'une époque aussi rapprochée. Ce
livre contribuera à détruire bien des préventions relatives aux
hommes publics et aux institutions qui se sont succédé en France
depuis quarante ans. La manière dont l'auteur envisage le parti
ultra-révolutionnaire et le parti contre révolutionnaire, ses ap-
préciations de Mirabeau , de Robespierre et de plusieurs autres
acteurs du grand drame étonneront sans doute bien des lecteurs;
mais elles leur inspireront en même tems une haute estime pour
l'écrivain qui a su se placer au dessus des opinions à la mode,
et exprimer sa pensée avec autant de franchise que de talent.
Outre la partie historique de son ouvrage, M. Laurent a
trouvé l'occasion d'aborder les plus hautes questions d'ordre
social et d'économie politique, telles que la comparaison des
2o/, LIVRES FRANÇAIS.
( m. m initions anglaise Ht française, le droit de propriété, la loi
de réduction dos rentes; et il est peu de livres qui offrent au-
tant d'idées neuves et de nature à faire une profonde sensation
que celui-ci. Nous nous proposons de l'examiner en détail ,
dans notre section des Analyses, en le rapprochant de l'ou-
vrage anecdotique plutôt qu'historique dont il renferme la réfu-
tation. H. C.
9>. — * Mémoires sur les campagnes de Catalogne de 1808 à
181 4, avec une Carte de Catalogne et un Plan des environs de
Barcelone; par G. Laffaille, colonel du génie. Paris, 1827; An-
selin, rue Dauphine, n° 9. In 8° de 344 pages; prix, 8 fr.
La péninsule ibérique est depuis long-tems en possession de
fixer l'attention publique. C'est dans son sein que paraît devoir
se décider la question qui agite les deux mondes; celle des lu-
mières contre les ténèbres, de la civilisation contre la barbarie,
de la liberté contre le despotisme; question qui divise les hom-
mes qui veulent hâter le développement des facultés dont la
bonté du Créateur nous a doués, et ceux qui, en état de rébel-
lion contre la Divinité, s'efforcent d'étouffer en nous ces fa-
cultés.
Les mémoires du colonel Laffaille viennent jeter un nouveau
jour sur cette question. Leur publication dans les circonstances
présentes offre un grand intérêt, surtout si l'on observe sous
quel point de vue l'auteur a examiné les événemens dont il
avait à présenter le récit. Laissant de côté les motifs politiques
qui peuvent avoir déterminé Napoléon à entreprendre la guerre
d'Espagne, motifs que l'avenir seul doit nous dévoiler, il se
borne à nous faire connaître les faits militaires des campagnes
de Catalogne, dans lesquelles il fut toujours acteur, et, ce qui
vaut encore mieux , à dépeindre le peuple espagnol que son œil
scrutateur s'était attaché à étudier. Il le montre se raidissant
contre les obstacles, sans jamais se laisser décourager, et oppo-
sant un enthousiasme froid et réfléchi à la persévérance de nos
soldats.
A la vue des Français s'emparanl par surprise de Barcelone
et du fort de Figuières, le paysan catalan commence par mur-
murer ; bientôt il prend les armes, attaque quelques faibles
détachemens de nos troupes, et , étonné de voir reculer devant
lui ces guerriers si renommés qui ont mis en déroute les ar-
mées les plus formidables , il s'empresse de rapporter à la Di-
vinité le succès qu'il vient d'obtenir. Les moines, auxquels le
séjour des Français en Espagne fait craindre la perte de la fu-
neste influence qu'ils exercent dans ces contrées , profitent ha-
bilement de ces dispositions. Ils appellent à leur secours les
SCIENCES MORALES. ao5
miracles, les prophéties , les apparitions; ils répandent sur le
compte des français les calomnies 1rs plus atroces; ils vont
sonner le tocsin <le village en village, cl l'insurrection éclate
sur tons les points, favorises par la nature <ln terrain et par
leur agilité qui Leur donne les moyens d'échapper aux pour-
suites île nos Ironpes, les insurgé* se dérobent facilement à nos
coups. Cachés derrière des haies et dans le creux «les rochers,
ils tombent sur nos soldats isoles et les assassinent, après leur
avoir fait subir les pins horribles tonrmens. Ils sont bientôt as-
sez nombreux pour oser se mesurer en bataille rangée avec nos
troupes. Ces combats partiels, dans lesquels ils sont toujours
vaincus, servent du moins à les aguerrir. Mais leur nombre va
toujours en augmentant, tandis que notre armée , composée
seulement de conscrits français et de soldats italiens et napo-
litains, est journellement affaiblie par les maladies et les assas-
sinats. Elle ne reçoit aucun renfort ; une partie des terres
est restée inculte ; les insurgés ont détruit les moissons de
celles qui ont été ensemencées; ih emploient tonte sorte de sé-
ductions pour faire déserter les soldats étrangers qui forment
la principale partie de notre armée. Pour échapper aux dan-
gers que présente cette situation, le brave général Duhesmc,
qui n'a plus de communication par terre avec la France, prend
la résolution de se replier sur Barcelone, où il est bientôt blo-
qué par une armée innombrable d'insurgés. La conduite de ce
général dans cette place est digne des pins grands éloges. En-
touré d'ennemis extérieurs et intérieurs qui entretiennent des
communications suivies, n'ayant que des relations rares et dif-
ficiles avec la France, à cause de la présence des croisières an-
glaise et espagnole, il conserve, par sa sagesse, sa* modération
et sa fermeté, une place à la possession de laquelle Napoléon
attachait la plus grande importance. Je vous recommande, avait-
il dit au général Gouvion Saint-Cyr, en lui conférant le com-
mandement du 7me corps, de faire tous vos efforts pour me
cnnseiver Barcelone ; car si vous perdiez cette place , je ne la re-
prendrais pas avec 80,000 hommes. A la fin de 1808, le général
Duhesmc remet à son successeur le dépôt qui lui avait été
confié.
Tel est , en peu de mots, le récit de la campagne de Cata-
logne ea 1808. C'est la seule que le colonel Laffaille ait traitée
avec quelque étendue; il ne donne que des précis sur les cam-
pagnes de r8o(j à 181 4.
Ces mémoires sont écrits avec précision et simplicité; leur
lecture inspire un grand intérêt. C'est une galerie dans laquelle
figurent tour à tour plusieurs personnages qui occupent un
io6 LIVRES FRANÇAIS.
rang plus ou moins distingué dans l'histoire contemporaine. On
y voit paraître successivement les généraux Lacy et Milans que
Ferdinand récompensa, le premier par la mort, le second par
l'exil, de leur dévoùment pour sa personne ; Saarsfield et Vives,
qui, après avoir combattu pour la liberté , ont naguère com-
mandé les troupes réunies pour envahir le Portugal constitu-
tionnel , et pour retenir Cuba sous le joug de l'Espagne;
Ambrosio, dont la voix retentit un instant du haut de la tri-
bune napolitaine; Gouvion-Sainl-Cyr, plus illustre peut-être
par son ministère que par ses commandemens militaires; le
brave Duhesme, qui, après avoir versé son sang pendant 20 ans
pour sa patrie, trouva la mort dans les champs de Waterloo;
et le sage Maurice Mathieu , l'un des défenseurs de nos libertés
à la Chambre des pairs, qui mérita que ses ennemis l'honoras-
sent des surnoms de Présidente y Providente , qui sait tout pré-
voir et pourvoir à tout. A côté de ces noms , il convient de
placer celui du capitaine Laffaille; car, malgré la modestie de
l'auteur, on voit aisément qu'il a dû à sa bravoure et à ses ta-
lens , autant qu'à la confiance de ses chefs, de prendre une part
très-distinguée aux opérations des campagnes de Catalogne.
Le volume est enrichi de notes et de documens historiques
très-intéressans. L'auteur y a joint deux cartes très-bien gra-
vées, l'une de Catalogne, l'autre des environs de Barcelone.
Celle-ci présente avec une rare perfection tous les accidens du
terrain. — Nous avons remarqué une erreur sur la carte de Ca-
talogne; le graveur a substitué sur l'échelle les nombres 1,000,
2,000, etc. aux nombres 10,000, 20,000, etc.
J.-F. Pascal Allard.
g5. * — - Vie de saint Vincent de Paul, par B. Capefigue :
ouvrage qui a remporté le premier prix de fondation royale à
la Société catholique des bons livres , pour 1826. Paris, 1827;
Hivert. In-8° de 364 pages; prix, 5 fiv; et vélin satiné, 10 fr.
Rien de plus louable assurément que de vouloir créer une
saine littérature populaire, et ouvrir au peuple des sources
pures d'instruction et d'édification : c'est, je crois, le but que
s'est proposé la Société catholique des bons livres. Mais cette
tâche difficile , a-t-elle toujours su la bien comprendre et la
bien remplir? C'est là une importante question. Si l'esprit de
parti préside au choix des ouvrages, si des préjugés, des vues
étroites et fanatiques obscurcissent la vérité; si, refaisant les
Vies de Voltaire et de Rousseau, on accumule les mensonges
et les calomnies, on aura changé la nourriture en poison, et
contrarié directement la volonté de Dieu qui a mis dans tous
les esprits et dans tous les cœurs le besoin de s'éclairer, d'ai-
SCIENCES MORALES. a«7
mer, d'admirer. Du reste, ces réflexions nous sont inspirées
par l'ensemble des ouvrages déjà publiés par la Société catho-
iique, et non par ce dernier qui mérite sans contredit le prix
tpi'il a remporte. Il est écrit dans un esprit de modération et de
sagesse | malheureusement trop rare dans les livres religieux de
notre teins. Et cependant, s'il en faut dire ma pensée, j'aimerais
mieux lire la Vie aventureuse de saint Vincent de Paul contée
par lui-même que les plus beaux commentaires. Là on voit se
développer cette âme ardente de charité, dont le culte était
tout amour : on s'élève à la hauteur de son mysticisme : on ne
juge pas; on est entraîné à la suite de l'apôtre; puis, c'est lui qui
nous révèle le caractère de ces établissemens religieux, de ces
missions dont on a fait de nos jours un si étrange abus, et qui
furent fondées pour aller secourir le pauvre peuple des cam-
pagnes, écrasé sous le double fardeau des impôts et des guerres
civiles. Voici comment s'exprime saint Vincent dans l'acte de
fondation écrit de sa propre main : « Il a plu à Dieu de pour-
voir, par sa miséricorde infinie, aux besoins des villes , et il ne
reste que le pauvre peuple de la campagne qui, seul, demeure
comme abandonné; à quoi il a semblé qu'on pourrait remédier
par la pieuse association de quelques ecclésiastiques de bonne
vie et mœurs, et de capacité connue, qui voulussent renoncer,
tant aux conditions desdites villes qu'à tous bénéfices , charges et
dignités de l'église, pour, sous le bon plaisir du prélat, s'ap-
pliquer purement et simplement aux besoins du pauvre peuple,
allant de village en village, aux dépens de leur bourse commune,
secourir, instruire et catéchiser ces pauvres gens sans en prendre
aucune rétribution en aucune manière que ce soit, afin de dis-
tribuer gratuitement les dons qu'ils auront reçus gratuitement
de la main de Dieu. Tous les cinq ans, les bons prêtres devront
assister aussi les pauvres forçats sur les galères. »
Voilà ce qu'on ne saurait trop répandre , trop réimprimer.
Il existe aussi un petit journal, rédigé par les pieuses dames
qui commencèrent, sous les auspices de saint Vincent de Paul ,
l'institution des Enfans-Trouvés. Rien de plus touchant que les
fragmens qu'en donne M. Capefigue : 22 janvier. « M. Vincent
est arrivé vers les onze heures du soir; il nous a apporté deux
enfans ; l'un peut avoir six jours, l'autre est plus âgé. Ils pleu-
raient, les pauvres petits! Mme la supérieure les a confiés à
des nourrices. — 25 janvier. Les rues sont remplies de neige :
nous attendons M. Vincent; il n'est point venu ce soir. —
26 janvier. Le pauvre M. Vincent est transi de froid; il nous
arrive avec un enfant; mais il est déjà sevré, celui-là; cela fait
pitié de le voir; il a des cheveux blonds, une marque à sou
•208 LIVRES FRANÇAIS,
bras. Mon Dieu ! mon Dieu! qu'il faut avoir le cœur dur pour
abandonner ainsi une pauvre petite créature ! — ... 7 février.
« L'air est bien vif: M. Vincent est venu : ce saint homme est
toujours à pied. La supérieure lui a offert de se reposer; il a
couru bien vite à ses petits enfans, C'est merveille d'entendre
ses douces paroles, ses belles consolations : ces petites créatures
l'écoutent comme leur père: oh! qu'il le mérite bien, ce bon
M. Vincent : je l'ai vu pleurer aujourd'hui; un de nos petits est
moi t. C'est un ange, s'est-il écrié; mais il est bien dur de ne
plus le voir!»
Il faut suivre cet homme étonnant dans tous les détails de
sa sollicitude pour les pauvres et les malades. Ses règlement
des Filles de la Charité sont d'une prévoyance admirable : il
mesure la tâche au degré de force, à l'âge, à l'expérience de
chaque individu. Il prescrit un noviciat de deux ans, des
études, et un apprentissage de soins à chaque sœur. Il crée
Une sorte de hiérarchie entre les saintes filles : il marque toutes
les conditions du service, les heures, le tems, la façon de
l'employer. Ce sont là de sublimes enseignemens de religion et
d'humanité, et le vrai culte d'un Dieu d'amour et de miséri-
corde. L. Sw-B.
Littérature.
96. — Manuel épistolaire , à l'usage de la jeunesse; ou In-
structions générales et particulières sur les divers genres de
correspondance, suivies d'exemples puisés dans nos meilleurs
écrivains; par L. Philipon de la Madelaine. Onzième édition >,
corrigée et augmentée d'une Notice sur F auteur (ouvrage adopté
pour les lycées). Paris, 1827 ;Ferra jeune. Iu-12 de xv-343 p.;
prix, 3 fr. a5 c.
Beaucoup d'auteurs , avant M. Philipon de la Madelainc,
avaient eu la prétention de tracer les règles du genre épis-
tolaire, et beaucoup d'autres encore s'y sont essayés depuis
lui. On a îe soin de nous dire, dans l'avertissement du Ma-
nuel épistolaire , que cet ouvrage n'a rien de commun avec le
Secrétaire de la cour , X Art de la correspondance , la Rhétorique
épistolaire , etc., dans lesquels l'auteur, se donnant lui-même
pour modèle , fait à son gré la lettre et la réponse, et n'offre au
goût, à la langue, aux mœurs, aucune autre garantie que sa
morale et son talent : dans le Manuel , c'est Mme de Sévigné ,
c'est La Motte s Bussy - Rabutin , Rousseau , Voltaire, le cardi-
nal de Bernis, etc., qui donnent la leçon et l'exemple du style.
Nous approuvons fort cette direction que M. Philipon de la
LITTÉRATURE. aog
IVfadelaine a sui} ie pour son ouvrage : ici , comme dans tous 1rs
sujets littéraires, il s'agit surtout du goûl el des convenances.
Les convenances du style épistolaire oe résidenl pas seulement
dans ce tacl (in cl délicat dont chacun trouve eu soi le gcnnc,
cl qui est développé par nue bonne éducation, mais encore dans
l'observation. de certaines règles el de certaines formes établies
par L'nsage et par le inonde; ces règles paraissent quelquefois
puénles, mais on ne peut s'en. dispenser envers les personnes,
auxquelles on doil des égards et du respect. L'auteur indique
toutes ces choses, minutieuses en apparence, et les seules ce-
pendant qu'on puisse enseigner selon nous dans un pareil livre.
Ajoutons que l'art est non-seulement permis, mais encore qu'il
esi nécessaire dansées sortes de lettres où l'intérêt peut avoir
part. Dans une correspondance familière, au contraire, il ne
faut que du naturel, il faut être entièrement soi; Buffon a dit :
« Le style est l'homme ; o mais c'est surtout d'une lettre dictée
par le cœur qu'il faut pouvoir dire que l'auteur se peint tout
entier dans son style. Ici, les préceptes deviennent, inutiles; un
choix bien {ait des meilleures lettres connues, voilà tout ce
qu'on peut offrir comme instruction; la lecture d'un pareil
choix formera le goût épistolaire en particulier , comme celle
de nos meilleurs écrivains dans tous les genres forme le goût
littéraire en général. Mais, ici même, il ne raut point affecter de
donner des modèles, comme l'a fait notre auteur, qui a divisé
son livre en 16 sections : Lettres de bonne année, de félicita tio/t,
de remerciaient, etc., sons chacune desquelles il a classé, comme
exemples, les différentes lettres qu'il avait réunies. Il faut,
d'ailleurs, nous le répétons, que chacun dans ce commerce
conserve sa physionomie particulière et le cachet qui lui est
propre; le débordement de bde de d'Alcmbert écrivant à Vol-
taire (p. 5o) ne peut pas plus être olfert comme modèle, que
cette phrase prétentieuse d'un billet de 3Il,,L,dc *** (p. 53): « Je
vous attends à dîner aujourd'hui; venez jeter quelques fleurs sur
ma vie. » Cette tournure d'esprit si différente était propre sans
doute à chacun des deux écrivains; on ne saurait donc la blâ-
mer dans leurs lettres : elle deviendrait ridicule dans celui qui
s'appliquerait à l'imiter en dépit de sa nature. Dans ce sens,
quelques observations de M. Philipon de la Madelaine sur le
style épistolaire de nos meilleurs écrivains nous semblent por-
ter à faux. Lorsqu'il dit ( p. 60 ) , que Boileau, dans ses lettres,
n'était que correct , et que le génie et le caractère de ce poète
avaient trop d'énergie ou de roideur pour se prêter aux gentil-
lesses qui font le charme de ce commerce , qu'on peut nommer
le consolateur de l'absence » , et ( p. 6/4 ) de Mme de Maint, nor ,
t. XXXVI. — Janvier 1828. 1 h
•no LIVRES FRANÇAIS.
que « -on commerce épistolaire était moins celui d'une femme
aimable qui joue avec sa pensée, que celui d'un homme en place
qui pèse et calcule tout ce qu'il dit » , ses réflexions peuvent
être fort justes; mais il n'y a lieu , ni de blâmer pour cela ces
deux écrivains, ni de nous présenter comme les seuls mo-
dèles à suivre ceux qui ont écrit différemment ; chacun d'eux
a suivi l'impulsion de son esprit et de son caractère, la seule,
nous ne saurions trop le répéter, qu'on doive écouter en pa-
reille matière.
Comme livre destiné à l'éducation de la jeunesse et admis à
faire partie des quinze cents volumes qui doivent composer la
bibliothèque d'un lycée, le Manuel épistolaire nous paraît mé-
riter un reproche que l'on peut trop souvent adresser aux ou-
vrages qui ont le même but. Pourquoi apprendre à la jeunesse
( p. 3 ) l'existence des Lettres de Saint-Preuxà Julie , et lui dire
que le-style de J. - J. Rousseau , dans ces lettres , est brûlant ?
Pourquoi lui donner ( p. 4 ) comme définition du style épisto-
laire, d'où sortent, dit l'auteur, toutes les règles qui doivent
caractériser ce genre, les vers de VE pitre aHéloïse à Abailard ,
par Colardeau ? 11 valait bien mieux s'en tenir à cette autre dé-
finition , d'ailleurs plus exacte et plus complète , que nous
trouvons à la même page, et par laquelle nous terminerons cet
article: « Puisqu'une lettre et sa réponse ne sont qu'une con-
versation entre absens, écrivez comme vous leur parleriez s'ils
étaient là, c'est à-dire , avec ce naturel, cette facilité, cetagré-
ment, cette négligence même que demande ou permet un entre-
tien familier. Mettez-y de la mesure avec vos supérieurs , de la
franchise avec vos égaux, de la gaîté avec vos amis, de la clarté
avec tous. » E. Héreau.
0,7. — * OEuvres complètes de Voltaire, avec des Remarques
et des Notes historiques, scientifiques et littéraires. Paris, i8'i6-
1827; Baudouin frères, rue Vaugirard, n° 17. Cette édition
se composera de 76 volumes in-8°, dont le prix est fixé à
3 fr. 5o c. le volume.
Voltaire , dont les écrits ont exercé tant d'influence sur un
autre siècle, si différent du nôtre par ses mœurs et par ses
habitudes, doit aux circonstances actuelles 1112 accroissement
d'influence et de gloire. La révolution avait détruit une partie
des nombreux abus dont son esprit railleur et philosophique
avait d'avance fait justice; Voltaire, toujours recherché par les
gens de goût, était cependant relégué dans les bibliothèques;
et, lorsqu'on le lisait, c'était plutôt pour admirer les prodi-
gieuses ressources de son esprit, que pour lui demander
des armes contre l'intolérance et la superstition. Mais certains
LITTERATURE. an
hommes, en prêchant le rétablissement du règne honteux ei
oppressif des préjugés et des privilèges, en essayant même
de le hâter pai leurs manœuvres imprudentes et criminelles,
ont acquis au philosophe dont ils ne cessent de calomnier la
vie el les intentions, une vogue peut-être plus éclatante ei
certainement plus populaire que celle qui accueillait auxvme
siècle les productions de ce puissant génie. Les faits parlent
ici plus haut que tous les raisonnemens ; el ceux qui consul-
teront le Journal de la librairie , auquel la cause des Lettres et
de la civilisation a déjà plus d'une fois emprunté des argumens
Irrécusables, se convaincront que les injures des prétendus
défenseurs exclusifs de la religion et du trône, amis souvent
maladroits el dangereux, et que les triomphes apparens de
l'absolutisme, bien loin défaire baisser la valeur des écrits
philosophiques du dernier siècle, en ont évidemment augmenté
la demande, en leur rendant tout l'intérêt du moment. La seule
maison des frères Baudouin a publié quatre caillons des Œuvres
de Voltaire, remarquables par la beauté du papier et de
l'impression et par la modicité comparative du prix. Celle que
nous annonçons aujourd'hui se publie avec une rare exacti-
tude; trente-deux volumes ont déjà paru et font espérer que
la seconde moitié de cette belle collection ne se fera paslong-
tems attendre de ses nombreux souscripteurs.
98. — * Correspondance de Fénélon, archevêque de Cam-
brai, publiée pour la première fois sur les manuscrits origi-
naux et la plupart, inédits. T. i-iv. Paris, 1827; Ferra jeune,
rue des Grands- Augustins, n° 23. /» vol.in-8° de plus de Coo p.
chacun avec fac-similé; prix, du volume, 6 fr.
Cette volumineuse correspondance vient compléter la col-
lection des OEuvres co/i/jjlètcs de Fénélon , publiées chez le
même libraire (22 vol. in-8°, et 4 vol. in-8° de V Histoire de
Fénélon, par M. de Baussi.t; prix, i45 fr.) Elle offre plus d'un
genre d'intérêt. Les amis du caractère et 'du talent de Fénélon
aimeront à en retrouver la première empreinte dans ces con-
versations familières de l'amitié; ceux qui veulent éclaircir
l'histoire en appelant à leur aide le témoignage des acteurs des
grands drames dont elle nous offre le récit, trouveront, dans
les lettres de l'archevêque de Cambrai, dintéressans docu-
mens sur le duc de Bourgogne, sur les missions de Saintonge,
sur les querelles théologiques dans lesquelles se trouva engagé
le vertueux prélat, etc., etc. Ce sont de riches matériaux dont
nous nous proposons de rendre un compte plus détaillé, en
leur consacrant un article dans notre section des analyses, a.
99. — * Le Roman de Hou et des Ducs de Normandie, par
2i2 LIVRES FRANÇAIS.
Robert Wacb, poète normand du xn« siècle i publié pour la pre-
mière fois, d'après les manuscrits de France et d'Angleterre,
a\ ec des notes pour servir à l'intelligence du texte, par Frété.
Pluquet. Rouen, 1827; Frère, éditeur. 2 vol. in-80; prix, 20 fr.
C'est pour la première fois que , grâce aux souscriptions
des Normands et d'amateurs de la poésie du moyen âge, dans
d'autres contrées, on voir paraître un des plus anciens ouvrages
composés dans la langue française. Cet ouvrage est doublement
intéressant, comme monument littéraire et comme chronique
de la Normandie. Il est enrichi d'un glossaire et de notes in-
structives. Nous consacreronsincessammentune analyse au iïo-
man de Rou. D — g.
100. — Télémaque travesti } poëme héroï- comique en vers
libres et en douze chants, par Barigot. Paris, 1825 ; Sanson.
In 32 de vin et 246 p.; p»ix , 3 fr.
Marmontel , en disant (1) que le caractère qu'avait pris
Scarron dans son Enéide travestie était celui d'un conteur naïf
et ignorant, qui confond les tems et les mœurs , et qui fait parler
tout son monde comme on parle dans son quartier , a dit tout ce
qu'il était possible de dire en faveur de ces travestissemens, et
a montré comment, au milieu des anachronismes de toute
espèce dont ils fourmillent, se trouvait encore cette vérité dont
les beaux-arts ont besoin pour plaire. Mais il aurait dû ajouter
que le poète qui prend ainsi le rôle d'un bon bourgeois, ne
doit et ne peut raconter que des actions connues de tout le
peuple auquel il s'adresse. Prétendre qu'un artisan raconte à
ses voisins les aventures d'Énée ou de Télémaque, est une sup-
position fausse, tandis que l'on conçoit, au contraire, qu'il
expose à sa manière un grand événement contemporain, ou une
de ces légendes nationales dont on a bercé son enfance. Cela
étant, le sujet de X Enéide et du Télémaque sont également
contraires à l'hypothèse du travestissement.
Un autre défaut se trouve dans ces deux ouvrages, comme
dans la Henriade travestie. Il n'est pas dans la nature qu'un
conteur ignorant fasse des narrations si longues : tout travestis-
sement doit être court. Aussi ne lit-on plus ni K Enéide de
Scarron , ni la Henriade travestie, et il y a quelque apparence
qu'on ne lira pas long- tems le Télémaque travesti. Ce n'est
pas qu'il n'y ait de bonnes parties, une gaîté soutenue, des vers
tournés avec giâce; mais, outre que l'ouvrage entier manque
de vérité, il a tous les défauts du genre, des plaisanteries sou-
(1) Voyez , Encyclopédie méthodique, Grammaire et littérature , au
mot Burlesque.
LITTERATURE. n3
vent triviales, cl presque toujours tirées dé 1 1 < > | > loin pour
amuser. Déplus, si le burlesque a un mérite réel, il consiste
tans doute dans la peinture naïve des mœurs, des habitudes
des hommes, el surtout dans l'occasion qu'il offre au poète de
Frapper d'un ridicule ineffaçable lotîtes ces actions ou ces qua-
lités que les préjugés du vulgaire en\ ironnent de considération
ou de gloire. Marmontel a cité, avec trop de complaisance
peut-être, quelques passages de Scarron où ces qualités se
trouvaient réunies. Nous sommes fâchés de n'en avoir pas ren-
contré de pareils dans l'ouvrage de M. Barigot : nous aurions
aimé à nous dédommager par une bonne citation de ce que
notre critique peut avoir de sévère. B. J.
101. — * Chants du s/ccle, par Adolphe Nicolas. Paris, 1828;
Ponthieu et compagnie, Palais-Royal; Leipzig, Ponîhieu,
Michelsen et compagnie. In-8° de 194 pages; prix, 4 fr. 5o c.
Ce titre peut paraître d'abord ambitieux; mais, quand on a
lu le recueil, on est intimement convaincu que l'auteur a voulu
seulement indiquer le sujet et le but de ses chants, où il se pro-
posait de rappeler les faits les plus mémorables de notre siècle,
et de revêtir des couleurs de la poésie les idées et les senti -
mens les plus généralement répandus de nos jours. Dans ce
sens, son titre est complètement justifié. On retrouve dans ses
vers et la pitié des nations pour les malheureux esclaves d'A-
frique, et l'admiration pour les héros que les Turcs croyaient
pouvoir regarder comme leurs esclaves, et l'indignation géné-
rale contre la tyrannie dont les divans apostoliques menacent
les peuples les plus éclairés, et le prestige qui s'attache au gé-
nie de Bonaparte, même dans l'esprit des hommes les plus vi-
vement blessés du despotisme de Napoléon, et l'espérance que
nourrit l'Europe entière de voir enfin la liberté triompher de
ses ennemis. On sent, dans tout l'ouvrage, les élans d'un cœur
généreux qui palpite an nom de la patrie. Bien loin d'imiter
ces écrivains qui croient se donner un air de génie en rabais-
sant tons nos grands hommes, M. Nicolas consacre une de ses
pièces à l'éloge de Montesquieu; bien loin de se prosterner
sans cesse devant l'étranger, ce sont les noms de Marceau , de
Hoche, de Joubert , qu'il offre à nos hommages et «à nos regrets.
Cette noble direction donnée à ses travaux suffirait pour at-
tirer sur son livre la faveur du public. Mais ses vers se recom-
mandent par d'autres mérites à l'attention des amateurs de la
poésie. On y reconnaît, ce qui est bien plus rare de nos jours
qu'on ne le pense et surtout qu'on ne l'imprime, un véritable
talent poétique. Sans doute, ce talent n'est pas encore parvenu
à la pureté vigoureuse que donnent de profondes études et
2i/, LIVRES FRANÇAIS.
l'influence prolongée de sages el sévères conseils. Mais il s'é-
lève déjà, dans quelques morceaux, à une hauteur remar-
quable. Aucun homme capable de juger des vers ne pourra me
contredire, après avoir lu la strophe suivante , tirée de la pièce
sur Montesquieu dont je viens de parler.
Des âges celui-ci moissonne la richesse :
Chargé de leurs trésors , il vanne en sa sagesse,
Comme un froment impur, les lois des nations.
La paille est sous ses yeux par les vents emportée.
Et des plus saintes lois la semence restée
Des siècles dore les sillons.
Sauf une ou deux expressions qu'il serait utile , mais peut-
être difficile de changer, cette strophe rappelle la manière de
nos grands écrivains. Le jeune auteur, qui a rendu, avec celle
précision, cette fermeté et cet éclat, une grande pensée , qui,
en employant les expressions les plus hardies, a su les prépa-
rer de manière à ce qu'elles parussent naturelles, et les assor-
tir entre elles avec assez d'art pour en former un ensemble de
bon goût, reconnaîtra bientôt de lui-même ce qui manque à
quelques-uns de ses chants. Il sentira combien le choix d'un
sujet vague et mal défini peut nuire au développement du ta-
lent; il effacera quelques traits dus sans aucun doute à l'influence
qu'ont exercée sur lui, peut-être à son insu, les louanges pro-
diguées chaque jour à des productions du goût le plus bizarre
et le plus faux. Une étude nouvelle des grands écrivains anti-
ques et des auteurs modernes formés à leur école, achèvera de
lui révéler tous les secrets de la composition et du style. Alors,
une ordonnance plus forte, des idées mieux arrêtées, un choix
plus sévère des images , feront ressortir avec plus d'avantage
l'élégance et l'harmonie qu'on remarque déjà dans sa versifi-
cation. Ces deux qualités si précieuses me semblent portées à
un haut degré dans ces stances d'une jolie pièce intitulée
V Idéal:
Ainsi l'atome imperceptible
Dont Dieu forma les vastes mers ,
Tantôt roule en vague terrible,
Et, sous les feux d'un ciel paisible ,
Tantôt s'exhale dans les airs.
Tantôt, du marbre des fontaines
Il s'écoule parmi les fleurs;
Ou , nuage aux courses lointaines ,
Au front des Andes souveraines
11 vogue en brillantes vapeurs,
! [TTÉRÀTURE.
\n\ baignoires des Bayadères
Llndus peut-être Pa rené;
El vos pieds t en neiges légères,
De Morven timides bergères ,
Sur vos montagnes Pont presse.
Quand je te vois, ma bien-aîmée,
Soudain s'envolent mes revers;
Car ton haleine est parfumée
Comme L'encens de l'iduméc,
Comme la myrrhe des déserts.
Viens sur la pourpre du nuage ,
Virus clans mes bras dormir encor:
Que j'aime le zéphyr volage ,
Quand il caresse mon visage
Des parfums de tes tresses d'or !
Ce n'est pas seulement l'élégance et l'harmonie qu'on doit
louer dans celte dernière stauce; c'est aussi, c'est surtout le
bonheur de l'expression poétique caresser des parfums. Dans le
début du chant de la Tribune ^ L'auteur a fait preuve d'un mé-
rite encore plus rare, du talent de l'éloquence en vers. On
rencontre souvent dans son recueil des images, des rappro-
chemens, des impressions qui lui appartiennent. Il sait non-
seulement s'exprimer, mais encore sentir en poëte. En un mot,
ce début est du plus favorable augure; il annonce un écrivain
distingué, et doit assurer à M. Nicolas les suffrages de tous les
amis des lettres. J. R. A.
102. — * Contes en vers et poésies de Charles Pougens, de l'In-
stitut de France, Académie royale des inscriptions et belles-
lettres. Paris, 1827; Firmin Didot. In-18; 1 fr. 80 c. , et franc
de port, 2 fr. ; prix, papier vél. , 3 fr.
A la fraîcheur, à la grâce qui caractérisent ces poésies, on
aurait peine à croire que l'auteur, plus que septuagénaire,
s'occupe, depuis cinquante ans, d'arides recherches étymolo-
giques (1), si déjà il ne nous avait convaincus, en publiant
ses Quatre Ages, ses Lettres d'un chartreux, ses Lettres de Sos-
( 1 ) Trésor des origines et Dictionnaire grammatical raisonné de la langue
française, Spécimen. Paris, 1819. Imprimerie royale ; 1 vol. in-4°. —
Archéologie française , ou Vocabulaire de mots anciens tombés en désué-
tude, et propres à être restitués au langage moderne, accompagné
d'exemples tirés des écrivains français des xne, xrn<-, xive, xve et xvie
siècles, manuscrits ou imprimés. Paris, veuve Desocr, rue des Poite-
vins , n° i2« a'vol. in-8°.
ii6 LIVRES FRANÇAIS.
thèneà Sophie t sa jolie anecdote de Jocho , Àlberic et Sélènie,
ou Comme le teins passe, etc., qu'il sait, quand il le veut,
sacrifier aux grâces, et allier a la plus vaste érudition la gaîté
et l'élégance. On retrouve, dans plusieurs des poésies que
nous annonçons ici, cette sensibilité touchante qui charme le
lecteur dans les Lettres d'un chartreux. Le portrait d'une
jeune fille par un papillon offre ces peintures gracieuses qui
embellissent les Quatre Ages. Dans d autres pièces, telles que
le pauvre Jack y le Philosophe et le Charlatan, les Mémoires
pour servir à l'histoire de V espérance, etc., l'auteur laisse échap-
per une foule de traits de cette malice philosophique qui étin-
celle dans ses Contes du vieil Ermite de la vallée de Vauxbuin ,
dans son Abel ou les trois Frères, et dans ses Lettres philosophi-
ques, etc. Enfin, on remarque, dans les pièces dont ce recueil est
composé, celte pureté, cette élégance qui ont fait considérer les
ouvrages de M. Charles Pougens comme des modèles de style.
Ce célèbre académicien a prouvé qu'il savait également bien
écrire en prose et en vers, talent qui n'a été donné qu'à un
très-petit nombre d'écrivains.
Th.L., de la Société philotechnique , etc.
io3. — Almanach des Muscs pour Vannée 1828. Paris, 1827;
Audin. In- 18, grand raisin, de 320 pages; prix , 3 fr.
104. — Annales romantiques , recueil de morceaux choisis de
littérature contemporaine. 1827- 1828. Paris, 1827; Urbain
Canel. Ini8 grand raisin, avec gravures; prix, 6 fr.
Rivales modernes de V Almanach des Muses, dont l'antique
gloire est un peu déchue, les Annales romantiques , après trois
années d'existence, semblaient lui avoir abandonné le champ
de la poésie; mais leur publication n'avait été que momentané-
ment suspendue, et leur éditeur reparaît avec une double ré-
colte faite pendant les deux années qui viennent de s'écouler.
Si, avec les anciennes institutions, les anciennes moeurs, les
anciens préjugés, nous devions repousser entièrement l'an-
cienne poésie, le procès entre le classique et le romantisme se-
rait bientôt jugé; si, comme dans tout ce qui tient à la mode,
le nouveau devait toujours l'emporter sur le vieux, l'avantage
des Annales romantiques sur X Almanach des Muses serait in-
contestable. Mais nous n'avons pas tout rejeté des institutions
et des mœurs du tems passé; nous reconnaissons qu'elles avaient
quelque chose de bon , ainsi que la littérature de cette époque,
et la Mode, cette déesse capricieuse que l'on devrait aussi re-
présenter avec une roue et un bandeau, attributs de la For-
tune, nous ramènera peut-être un jour le goût des anciennes
études et l'amour des productions par lesquelles Corneille, Mo-
LITTÉRATURE. vr
Hère, Racine, Lafontainc cl Boileau ont illustre le siècle du
Louis \l\ .
N'eu déplaise a M. l ivtor lh oo, donl le manifeste en faveur
de l'école romantique ouvre les Annales, la littérature classique
p'est pas encore morte, et peut-êire même la poétique, si ex-
traordinaire et toul à la fois si intéressée, de l'auteur de Crom-
(iv// raffermira-t-elle dans la bonne route; ceux que l'espoir de
succès faciles aurait pu en détourner. L'heureux antagoniste
(!(>cc poète, M. m. Lavaative , a moins de constance dans les
idées; il a quitté le titre général et quelquefois peu juste de
Méditations) qu'il avait donné à ses premières poésies, pour
adopter celui à' Harmonies poétiques, qui nous parait encore pins
vague. Les partisans de l'école moderne ne cessent de s'armer
de l'autorité d'une femme célèbre, de M"'c de Staël qui, la
première en France, a écrit que la littérature doit être l'expres-
sion de la société ; l'auteur des Harmonies croit-il être l'organe
des sentimens de son siècle en disant à l'Italie (p. 18 ) :
Que t'importe où s'en vont l'empire et la victoire?
Les étranges images que l'on trouve dans le Chant du Morlaque,
morceau en prose, par M. Ch. Nodikr, seraient-elles aussi un be-
soin de notre siècle et l'expression de notre société? Ne doit-on
pas s'étonner que la plume d'un homme de goût et de talent ait
pu tracer de pareilles horreursque celles qu'on lit à la pag. n/4?
L'éditeur n'aurait-il pas dû nous faire grâce également du songe
de Jean Paul , autre morceau en prose dont M™ de Staël
elle-même a dit qu'il ressemble un peu au délire de la fièvre
et doit être jugé comme tel? A côté de ces pièces, dont le
moindre inconvénient est de fatiguer l'imagination, on en ren-
contre qui ne sont que ridicules, tels sont quelques passages de
celle de M. Alfred de Vigny, où Moïse demande à Dieu : « Ne
finirai- je pas ? »où il lui reproche de ne l'avoir pas laissé homme
avec ses ignorances, et de l'avoir fait sage parmi les sages; telle
est encore une invocation de M. S. B. à la Rime, véritable logo-
griphe, où l'auteur, trop occupe de son sujet, semble avoir ou-
blié la Raison, qui doit être la compagne inséparable de la rime ;
tels sont les vers de M. Emile Deschamps à Mme Anna D* ; telles
sont enfin les exclamations suivantes de M. Pauthier de
Censay :
Cieux , montagnes , torrens, éclairs , vents , fleuve , orages !
Tous , j'ai pour vous comprendre en vos beautés sauvages ,
Une à me impétueuse.
Nous pourrions bien aussi demander compte a M. Soumet,
poète en général très pur et très-correct , de cette expression :
La démence, d'une palme coupable (p. 19), et à M. Notaris, de
2i8 n\ RES FRANÇAIS,
cette autre : L'ombre taciturne de la nuit (p. 2/,); nous pour-
rions dire eucore que les noms de deux de nos meilleurs poètes
modernes, qu'on ne peut guère aceuser de romantisme, MM. Ca-
simir Dei.ayicnk et Blranger, (igurent^dans ce volume, au-
dessous de pièces qui ne sont guère à la hauteur de leur lépu-
tation; mais nous aimons mieux terminer notre revue en signa-
lin t de jolis vers de M. de Latouche sur un vieux sujet, une pièce
d'un auteur peu connu, M. Cave, qui a pour titre : A une pe-
tite fille mourante , et où respirent la grâce et la naïveté; quel-
ques vers descriptifs de M. Chênedoleé, qui contrastent avec
le ton élégiaque et trop uniforme du recueil, et Y Invocation à
la poésie , de Mme Tastu.
Il y a beaucoup plus de variété dans X Al/nanach des Muses ,
où l'on retrouve tous les genres, depuis la ballade et le sonnet
jusqu'à l' Hellénienne , création moderne, et la Marine poétique ;,
dont nous voyons ici la première tentative, due à M. Edmond
Oéraud, connu depuis long-tems par d'agréables romances.
Partisan de la distinction des genres, nous blâmons toutes ces
dénominations nouvelles qui ne constituent pas un genre véri-
tablement neuf, et qui ne tendent qu'à amener la confusion en
poésie, comme elles ont amené la confusion en histoire natu-
relle; au lieu d'admettre des noms nouveaux, nous voudrions
même bannir ceux des noms anciens qui ne s'appliquent qu'à
la forme et non pas à l'essence d'un poëme. Dans X Almanach
des Muses de cette année, comme dans celui des années précé-
dentes, nous remarquons que les fables sont en majorité; dans
ce genre si difficile, quoiqu'il paraisse, facile à la médiocrité,
nous avons à citer le Partage de la terre, par M. Léon Halevy,
les deux Moineaux, par M. Naudet , et le Rossignol et l'Alouette,
par M. Agniel. Les autres pièces du recueil qui nous
semblent dignes d'une mention particulière, sont les stances de
M. Michaux- Clovis, sur la mort d'un nouveau-né; la Fille at-
tentive , par L. Ad. de la Vilette ; le Château, par M. Brès; le
Charme , par M. Evariste Boulay-Paty, et le Sexagénaire, par
feu Désaugiers. Avec un peu de soin et de persévérance de la
part de l'éditeur, M. Gensoul, qui a souvent fait preuve de goût
dans ses propres compositions, il n'est pas impossible que X Al-
manach des Muses reprenne son ancienne splendeur, surtout si
un ordre social plus stable et plus satisfaisant vient rendre à nos
poètes de doux loisirs et à la société le besoin d'émotions douces
et paisibles. E. Héreau.
io5. — A la mémoire de Talma ; ode suivie de notes , par
Nestor de Lamarque. Paris, 1827; Ladvocat et Delaunay. In-
8° de 32 pages; prix , 1 fr. 5o c.
106. — Les Novembriseurs x improvisation lyrique dédiée à la
UÏTI'.llATl IU.. aig
Cour royale de I *.i i i -> , par Nestor de Lamarqi i. Paris, 1829 >
Ladvocai el Delaunay. In 8° de 7 pages.
Des pensées honorables, exprimées souvent en beaux vers ,
recommandent ces deiix odes, ou du reste l'on désirerait une
plus grande originalité, s(»it dans la composition de l'ensemble,
soit dans les idées. .Mais railleur, qui a donné déjà (les preuve-»
de Mtn talent comme poêle , et (l'un noble Caractère comme
citoyen, n'attache, sans doute , que peu d'importance aux deux
opuscules dont nous venons d'écrire les titres , et nous atten-
dons de lui d'autres productions pour le faire apprécier.
107. — Étrennes a M. de Villèle, ou nos Adieux au ministère;
par -Nïm.y el Barthélémy. Paris, 18^8; À.mbroise Dupont.
în-8° de •?.<) pages; prix , 1 fr.
Dans celte épître, les auteurs rappellent succinctement, et
sous des couleurs presque toujours très-poétiques, les derniers
actes anti-nationaux d'un ministère en partie tombé. Le défaut
de plan, le manque d'Originalité et d'invention, s'y font sentir,
comme dans tous les derniers ouvrages des mêmes auteurs, et
cela n'est pas étonnant ; mais nous ne devons pas moins leur
reconnaître une facilité merveilleuse à exprimer en vers les idées
qui semblent le plus rebelles à la poésie.
108. — Épître à sir ïFaltcr Scott, par Cordellier-Delanouf.
Paris, 1826; Ambroise Dupont. In- 8° de 3o p.; prix, 1 fr. 5o. c.
Il y a dans cette épître de la gaîtéde la légèreté, de l'élé-
gance et de l'originalité dans le style; l'auteur y professe d'ail-
leurs les sentimens les plus louables; mais il a si fort abusé
du droit que se réservent les poètes épistolaires de passer d'un
sujet à l'autre, qu'il est impossible de se faire une idée précise
ni des objets dont il parle, ni surtout de la liaison qu'ils ont
entre eux.
Le but direct et avoué de l'auteur est de juger Walter Scott
dont il est néanmoins un grand admirateur: il lui adresse, à
cette occasion, ces vers dont tout le monde sentira la justesse:
Parfois du vieil Homère imitant le repos,
Tu fais un peu long-tems bavarder tes héros ,
Et jaloux d'occuper la moitié du volume,
Les entretiens sans fin s'amassent sous ta plume.
Il est vrai que c'est grâce à ces nombreux colloques
Que des plumes sans nom , des auteurs équivoques
Parviennent à fournir vingt ouvrages par an.
t ♦•., D 1 • p l
Jusqu au sixième tome on conduit un roman,
En faisant converser, autant qu'il est possible ,
Le tyran, l'héroïne et le geôlier sensible !
2 2o LIVRES FRANÇAIS.
Ce passage montre que M. Cordelîier Delanoue n'épargné
pas la critique à ses compatriotes; il a raison, au reste, et si
l'on peut lui adresser un reproche, c'est d'avoir été trop
prompt à louer. L'épître et la satire doivent, être avares de
louanges. B. J.
109. — * Comédies historiques ; par L. Népomucène Lemer-
cier, membre de l'Institut de France, Académie française.
Paris, 1828; Ambroise Dupont et compagnie. In-8° de 400 pag.;
prix , 7 fr.
Nous nous bornons aujourd'hui à transcrire le titre de ce re-
cueil, nous réservant de l'examiner plus tard, dans la section
des Analyses, avec l'attention que réclament la célébrité des
ouvrages qui le composent, et la nouveauté du genre dont ces
ouvrages ont été en France le premier essai. Ce volume ren-
ferme Pinto , représenté en 1800 sur la scène française , et gé-
néralement regardé comme l'une des productions les plus
remarquables de son auteur; la Journée des Dupes , reçue
en 1804 , et à qui les ombrageux scrupules de la censure n'ont
laissé que les applaudissemens des salons; enfin X Ostracisme ,
comédie grecque, qui, je crois, sera nouvelle pour tout le
monde. Cette table des matières et le nom de M. Lemercier
doivent suffire pour éveiller la curiosité des lecteurs et les en-
gager à chercher, dans cette intéressante publication, ce qu'il
ne leur est pas permis de voir au théâtre. H. P.
1 10. — Tliéâtre de M. Comte , dédié à l'enfance. Paris, 1 828;
Baudouin frères. In-18 de 246 pages; prix, 1 fr.
C'est un dangereux moyen d'éducation que l'habitude de
faire jouer par les enfans des pièces de théâtre. On a beau choi-
sir les héros de ces drames parmi les enfans eux-mêmes, il est
à craindre que cette occupation ne leur communique un esprit
de paresse et de désœuvrement; qu'elle ne prédispose à la
dissimulation les âmes encore tendres et incapables de distin-
guer le bien du mal ; et, surtout, si quelques applaudissemens
d'une complaisance imprudente viennent tourner la tête des
jeunes acteurs , qu'égarés par la vanité ils ne conçoivent d'eux-
mêmes une idée beaucoup trop avantageuse , et dès lors fausse
et funeste. Ce n'est qu'à l'amour aveugle des parens , à la com-
plaisance de quelques maîtres, qu'il faut attribuer la faveur
accordée quelquefois à ce genre d'instruction; nous voudrions
le voir bannir de toutes les réunions d'enfans, non comme ob-
jet de lecture, mais comme sujet de représentation. En admet-
tant même que les pièces de théâtre n'aient aucun danger pour
les enfans qui les jouent, encore faudrait-il que la donnée
principale des ouvrages qui leur sont destiné' , fût toujours
LITTÉRATT RE. 221
vraie et morale : or, sur les quatre pièces qui composent le
\oliiine que nous annonçons, quand ou voit figurer àes époux
de cinq ans et le Petit Poucet ; <jui ne se demande si de pareilles
idées ue doivent pas être plus pernicieuses qu'utiles à l'enfance '
lr Jour de médecine, où l'on trouve d'ail leur g beaucoup de
eaitc, n'est j>as non plus d'un très-bon exemple, puisqu'on y
voit <\cu\ enfans tromper leur père au sujet d'une médecine
(pie l'un doit prendre, et que l'autre avale à sa place. Les Deux
Apprentis n'ont aucun de ces défauts ; ils offrent plus d'intérêt,
et les caractères y sont bien tracés. Mais les personnages sor-
tent de l'enfance, car le plus jeune a quatorze ans. Ce n'est
donc point sur cette pièce que tombe le reproche que je faisais
tout à l'heure aux autres : mais elle est unique, et n'appar-
tient déjà plus à l'enfance. Quoi qu'il en soit , ce petit livre pro-
curera une lecture agréable aux enfans et pourra fournir à
leurs parens ou à leurs instituteurs des sujets de conversation
propres à les intéresser. B. J.
in. — Le Fratricide , ou Gilles de Bretagne , chronique du
i5e siècle; par M. le vicomte AValsii. Paris, 1827 ; Ilivcrt.
2 vol. in-12 de 340 pages; prix, 6 Çv. 60 c.
Jusqu'à présent, à chaque phase de l'esprit humain, l'homme
de génie qui a pris l'initiative, et qui, marchant selon la ten-
dance de son siècle, a fait les premiers pas en avant, a tou-
jours entraîné à sa suite un cortège d'imitateurs. Les sciences
ont eu une marche plus républicaine et plus également pro-
gressive; mais dans les arts et dans la littérature, nous avons
vu se succéder divers souverains, ou chefs d'école. Il est même
arrivé que le monarque régnant a fait des conquêtes en pays
étranger, et que l'imitation s'est étendue au loin. Quoique la
doctrine de l'individualité fasse de jour en jour des progrès
parmi nous, et que nous touchions peut-être au tems où cha-
cun sera tenu d'avoir son mérite propre, et de s'abandonner
davantage à ses inspirations pour être quelque chose, cepen-
dant nous sommes loin d'être affranchis de tout despotisme
littéraire. Walter Scott nous gouverne encore, à quelques
égards (il est vrai, dans le sens des besoins du moment et de
l'opinion publique); mais au lieu d'étudier la manière dont il
envisage la nature, dont il sait lui dérober ses secrets, la ra-
nimer, et la faire revivre après des siècles, nous nous bornons
à copier servilement ses effets, et jusqu'à ses caractères; à poser
le pied dans l'empreinte qu'il a laissée, avec la gaucherie et la
gène qu'impose une pareille contrainte. Le roman du Fratricide
est une imitation évidente des romans écossais; on y trouve
des descriptions de lieux et de costumes , des cortèges royaux ,
des indications superficielles de mœurs féodales, et parfois
222 LIVRES FRANÇAIS.
du mouvement dramatique et de l'intérêt : c'est une tradition
meilleure que la tradition fade et sentimentale des romans
d'amour et de chevalerie qu'on nous a donnés si long-tems;
mais ce n'est pas là une création : il y a trop de réminiscences
et de respect pour tels ou tels précédens. L'épisode d'Armelle
de Beaumanoir attendrirait bien plus profondément, si le lé-
preux de la cité d'Aoste ne l'eût pas précédé. Cependant il y-
a du talent dans ce récit, et plus qu'il n'en faudrait pour
émouvoir avec une donnée nouvelle. L'ouvrage est écrit avec
beaucoup de facilité; les détails en sont intéressans; mais la
dernière situation de Gilles de Bretagne est trop prolongée, et
amène une grande monotonie dans le second volume : les in-
cidens, toujours très-romanesques, s'y multiplient sans motif
et sans éveiller la curiosité. Il y a aussi trop d'invraisemblance
à la fin. On ne peut pas s'expliquer l'odieux de certains per-
sonnages : tout est en surface, et rien en profondeur. Quand
nous voyons aller et venir dans la rue une foule de passans,
nous ne prenons que fort peu ou point d'intérêt à leur em-
pressement; mais si, étudiant leurs physionomies, nous cher-
chons à pénétrer les motifs qui les mettent en mouvement,
qui impriment à leurs traits un caractère soucieux ou un air
de joie, si enfin nous sommes dans le secret de leur ambition ,
de leurs goûts, de leurs plaisirs, ce spectacle nous plaît, nous
intéresse. Notre curiosité est éveillée : ce ne sont plus des au-
tomates, des machines mouvantes, mais des hommes avec
lesquels nous sympathisons; c'est là l'effet que nous cherchons,
que nous attendons d'un habile romancier ; c'est là ce qui
établit une si énorme distance entre Waller Scott et ses nom-
breux imitateurs. L. Sw. B.
112. — *Lc colonel Duvar, fils naturel de Napoléon , ouvrage
publié d'après les mémoires d'un contemporain. Paris, 1827;
Baudouin frères. 4 vol. in- 12 de plus de 200 pages chacun; prix,
12 fr.
Le colonel Duvar était, à l'époque de sa mort, arrivée en
1821 , un homme d'environ 34 ans. Dans son enfance, on ne
l'avait nommé que le Petit Léon; et lui-même, fils reconnu et
légitime de Çeu M. Duvar, hésitait à s'approprier ce nom qui
pouvait bien ne lui pas appartenir. Un ami de sa mère , qu'elle
appelait Qpalone, avait été son tuteur, l'avait comblé de bienfaits,
l'avait protégé d'une manière psesque miraculeuse dès ses plus
jeunes années. Duvar, ou le Petit Léon , eût donné sa vie pour
Opalone ; mais Opalone meurt avant que son élève ait atteint
l'âge de douze ans; toutefois, il semble qu'un génie protecteur
ait remplacé Opalone près du jeune homme. Fortune, avance-
ment rapide dans la carrière militaire, récompenses de toute
LITTÉfl LTURE. aa3
nature devienneul le partage de Léon; il est brave, il ;\ de l'es-
prit, delà raison, du sang-froid; mais combien d'autres possèdent
ces qualités au même degré) <j u i ne parviennent cependant pas
à se faire remarquer! Quant à Duvar, il lui suffit de se pré-
senter pour réussir. Le mot de l'énigme ne se fait pas attendre;
on le devine dès les premières pages (lu livre. Opalonc n'est
autre que Napoléon.
L'histoire du colonel Duvar est pleine d'intérêt ; clic se com-
pose d'une suite de seènes militaires, décrites avec une grande
vérité, et d'anecdotes spirituellement racontées. Rien n'est pins
amusant que ces détails donnés par un officier qui a gagné
tous ses grades l'un après l'autre, sur la vie du soldat, sur
le régime intérieur des casernes , sur les habitudes des camps,
sur la manière d'exister en campagne et en garnison. Tant de
personnes, en France, ont fait la guerre, que ce chapitre doit
avoir un succès général.
Le dernier volume prend une teinte plus sérieuse. Les dés-
astres de Waterloo ont consterné la France, et le colonel Du-
var fait partie de l'armée de la Loire. Bientôt } la réaction de
i8i5 prive la patrie de ses plus braves défenseurs. On parcourt
ave< douleur les p;iges où sont rnpportées quelques unes des
humiliations qu'on leur fit subir, et l'émotion que l'on éprouve
est trop forte pour laisser la faculté de sourire au récit du trait,
presque incroyable, du colonel d'une des légions du midi, qui
avait « ordonné à tous les officiers, et attendu la saison pluvieuse,
de se pourvoir d'un parapluie uniforme. » Le colonel Duvar va
chercher Napoléon à travers les mers; il arrive aux États-Unis ,
et parvient à se faire conduire a Ste- Hélène; il espère péné-
trer jusqu'à Longwood à l'aide d'un déguisement; mais il est
découvert , et ramené en France, où on le met en surveillance
à Besançon. Il se rend de nouveau à Baltimore; il y apprend
la mort de Napoléon et se livre au désespoir. Le icr août 1821,
au soir, des vêtemens furent trouvés avec un portefeuille sur le
bord de la mer Ces vêtemens, ce portefeuille, lui avaient
appartenu... Sur un papier le malheureux jeune homme avait
tracé ces mots : Je vais le rejoindre.
L'écrivain spirituel qui s'est chargé de nous communiquer
les mémoires du colonel Duvar a été long-tems militaire et
s'est distingué à l'armée. Nous l'engageons à nous donner d'au-
tres souvenirs du même genre ; mais s'il persiste à garder l'ano-
nyme , nous ne lui promettons pas une entière discrétion. R.
11 3. — * L'Epicurien ou la T'iergc de Memphis, traduit de
l'anglais de Thomas Moore , par Mmp Atcxandrinc Aragon.
Paris, 1827; Selliguc. In-12; prix, 3 fr.
aM LIVRES FRANÇAIS.
La Revue a déjà fait connaître ce nouvel ouvrage de Thomas
Moore(voy.T. xxxv, p. 6dfh etT. xxxvi, p. 19$); nous n'avons
ici à rendra compte que du travail de Mme Aragon. Nos lecteurs
savent que ce n'est point son coup d'essai ; elle a traduit avec au-
tant de précision que d'élégance V Histoire d' Angleterre àe Golds-
mith, en 6 vol., et les Mémoires sur la cour d'Elisabeth , par
Lucy Aikin , en 3 vol. in- 8°. La traduction de l'Épicurien n'a
été pour Mn,c Aragon qu'une sorte de délassement à des
travaux plus sérieux. Le public lui en saura gré; elle a su
reproduire la couleur, l'aisance et l'harmonie du style de
l'Anacréon britannique. Nous avons lu le texte, nous lui avons
ensuite comparé la copie; et nous aimons à la signaler comme
une seconde création, qui peut être mise à côté de l'original.
Le genre de talent flexible et animé de Mme Aragon était émi-
nemment propre à faire passer dans notre langue cette richesse
d'ornemens, cette sensibilité profonde et cette magie de pin-
ceau qui distinguent l'auteur de Lalla-Roukh et des Amours
des anges. f Les dames françaises lui porteront bonheur; car ce
dernier ouvrage avait déjà été importé chez nous parla plume
élégante et gracieuse de Mme Belloc. Albert-Montémont.
114. — ■ *La Femme ou les six Amours y Nouvelles par
Mme. Élise Voiart. Paris, 1827 ; Ambroise Dupont. T. IV, V et
VI, en tout 6 vol. in-12; prix, 20 fr.
Nous avons annoncé, avec de justes éloges, les trois pre-
miers volumes de cet intéressant ouvrage ( voyez Rcv. Enc.
t. xxxv, p. 469), qui nous ont représenté Xamour filial , Y amour
jraternel et l'amour ; ici, l'auteur, continuant l'histoire de sou
sexe, dont les différentes sortes d'amour constituent en effet
les devoirs, les plaisirs et les peines, et remplissent toute la
destinée, nous montre X amitié constante et dévouée, X amour
conjugal et enfin X amour maternel , prodiguant à l'envi les plus
nobles sacrifices. Chacune des Nouvelles , consacrées à ces af-
fections si douces et si pures, renferme le récit d'une anecdote
pleine d'intérêt, et dont l'héroïne est toujours un modèle de
vertu. Nous regrettons néanmoins que l'auteur ait terminé la
relation si touchante, dont Cécile, Xanrie par excellence, est
l'héroïne, par une catastrophe qui inspire un sentiment d'hor-
reur, et qui heureusement n'est pas seulement invraisemblable,
mais n'a pas même été possible; car elle ferait supposer qu'à
une époque trop féconde en excès et en crimes, communs à tous
les partis, pour qu'il soit nécessaire d'ajouter, par des exagé-
rations et des fictions, à l'horreur qu'ils inspirent, un bourreau
a pu, en présence d'une foule immense , frapper à la fois de la
hache fatale et la jeune fille condamnée par un tribunal odieux,
LITTÉRATURE. 22r>
cl sa jeune amie, victime volontaire, qui vient jusque sur
lYrhalaud se faire immoler avec elle. Détournons DOS regard]
de 00 hideux spectacle, trop peu en harmonie avec les ta-
bleaux graoiOUX <l les peintures pleines de douceur et de
charme qui coin icnucnl a la plume élégante de Rfu< Voiai t , cl
transportons-nous en Italie sur les traces de l'aimable Paient inc,
qui reproduit dans les prisons de l'inquisition de Venise, pour
sauver son épuux, le sublime héroïsme dont naguère une de
nos compatriotes, madame Lavalette, a donné L'exemple. Cette
Nouvelle est un petit roman moral, dont la lecture attachante
et eni rainante fait aimer les principaux personnages mis en
scène et conduit au but que l'auteur s'est proposé. « Dans cette
communauté des joies et des maux de la vie, dit Mmc Voiart ,
combien la lâche d'une femme est noble et imposante ! Compagne
de l'homme, c'est à elle que la providence a confié son bon-
heur et peut-être sa vertu.... mère de famille, elle est appelée
à prendre rang parmi les êtres utiles; ce dernier titre lui donne
droit à la tendre vénération de son mari, tandis que, comme
épouse, elle règne sur lui par l'effet d'une ineffable et myslé*
rieuse sympathie qui remplit leur existence de calme et tic
paix, (l'est dans les foyers domestiques que la femme déploie
vraiment tout ce que le ciel lui a départi de douceur et de
charme. » La mère , sixième et dernière Nouvelle, est une rela-
tion inliniment touchante , dont quelques détails sont empruntés
à l'histoire des guerres civiles de la Vendée. L'héroïne est une
veuve d'un général vendéen, qui vient, aprèsqueson mari a été
tué dans un combat, se réfugier avec ses deux enfans en bas âge
dans un village aux environs de Paris. Les tendres soins qu'elle
donne à l'éducation de sa fille, qui dépérit et meurt sous.ses yeux,
les chagrins amers que lui causent les écarts et les déréglemens
de son fils , le retour inespéré de ce îils qui avait passé dans les
colonies, et que la malheureuse mère, devenue aveugle, e.3t allée
attendre à son débarquement dans un de nos ports de mer, don-
nent lieu à des récits touchans et pleins d'intérêt que termine le
dénoûment le plus pathétique; et la tendresse maternelle est
décrite avec cette vérité profonde qui ne pouvait puiser ses in-
spirations (pie dans le cœur d'une excellente mère. M. A. J.
11 5. — *Lcs trois Sœurs, par Mm«. A. L***. Paris, 1827;
Sautelet et CP. 2 vol in-12; prix, G fr.
Trois jeunes filles, de bonne heure orphelines et sans for-
tune, sont recueillies par des parens et des amis, qui se char-
gent de remplacer ce qu'elles ont perdu, mais qui s'en acquit-
te^ bien diversement. Emma, placée près d'une tante dont
la fastueuse dévotion cache une âme égoïste et dure, aban-
r. xxxvn. — Janvier 1827. 1 5
aaf> LIVRES FRANC/VIS.
donnée par elle à la brutalité de quelques mercenaires et aux
leçons d'un mauvais prêtre, contracte l'habitude de la dissimu-
lation et de l'hypocrisie, et porte bientôt dans les relations de
la société une grande sécheresse de cœur elles principes d'une
religion étroite et superstitieuse. Mathilde , gâtée par un oncle
qui l'idolâtre et lui passe toutes ses fantaisies, élevée dans
un brillant pensionnat où l'on s'applique plutôt «à développer
en elle quelques talens agréables qu'à former sa raison et son
cœur, enivrée par la louange, séduite par le commerce du
grand monde, devient légère , vaine, coquette Toutes deux,
dans l'ignorance des devoirs qui les attendent, sont incapables
de les remplir, et font par leurs défauts le malheur de leurs
maris et le leur. Une troisième sœur, Marie , confiée à une amie
de sa mère, a reçu d'elle des soins vraiment maternels; elle
s'est formée par l'exemple aux vertus domestiques; et quand
le tems est venu de mettre ces leçons en pratique , elle trouve
dans les occupations du ménage, dans les affections de la fa-
mille, dans l'étude, dans la culture des arts, le bonheur qui
nje peut manquer à une vie sagement réglée. Cette fable, fort
simple , sert de cadre à des développemens intéressans sur la
destinée des femmes et sur l'éducation qui leur convient. La
morale de l'auteur est simple et généreuse ; son style est animé
par cette conviction que donne l'expérience du bien qu'on re-
commande; il se distingue en même tems par une facilité et une
élégance d'expression, q«i trahissent d'excellentes habitudes
littéraires. Cela ne gâte jamais rien à la morale; la pensée la plus
heureuse doit beaucoup aux formes du langage : on peut dire
d'elle ce qu'on a dit de la vertu, qu'elle a plus de charme en un
beau corps.
Gratlor et puîchro veniens in corpore virtus. H. P.
ii 6. — VHermite des Alpes, nouvelle; par A. Bignan. Pa-
ris, 1827 ; à la librairie universelle, rue Vivienne, 11° 2. In-18
de 220 pages; prix, 2 fr.
Un avertissement de l'auteur nous apprend que la publica-
tion de cette Nouvelle, qu'il avait destinée à paraître par frag-
niens dans les Annales de la littérature et des arts , sous le ré-
gime de la censure, s'étant trouvée tout à coup suspendue par
le veto des membres de ce comité, il se hâta d'appeler de sa
décision à M. de Bonaldy président du conseil de surveillance
qui lui avait été adjoint par ordonnance royale. La réponse de
ce dernier, que M. Bignan a fait imprimer en tète de son ou-
vrage, porte, en substance, que le conseil n'a pu s'empêcher
d'approuver la décision du bureau. « Les lecteurs honnêtes et
amis des bonnes mœurs, y lit-on, regretteront que vous n'oyez
LITTÉRATURE. av. 7
pas choisi un sujet moins révoltant , et le bureau de censure a
nu devoir supprimer les peintures trop vives qui le rendaient
encore plus dangereux. « Cette délicatesse de la censure, au
milieu de tous les principes dangereux, en morale et en poli-
tique, dont nous l'avons vu, sinon permettre, du moins tolé-
rer l'expression, doit surprendre. Mais cette petite persécution
aura été pins profitable que préjudiciable aux intérêts du livre-
et de son auteur, parce que le public, juge exquis des conve-
nances, prend toujours, dan* ces sortes de luttes, le parti du
faible contre le fort , de l'opprime contre l'oppresseur.
I ne malheureuse fille, forcée de fuir l'amour incestueux
d'un père, se réfugie auprès de celui qu'elle aime, et qui a la
lâcheté de ne pas vouloir légitimer des nœuds coupables et vo-
lontaires; elle abandonne son séducteur pour suivre une famille
italienne qui s'est intéressée à son triste sort. Au passage du
mont Saint-Bernard, elle se trouve éloignée de son guide et
engloutie sous une avalanche, d'où la retire l'auteur de ses
jours et de ses infortunes, qui, après s'être repenti, était en-
tré dans 1 ordre des religieux du mont Saint-Bernard. C'est lui-
même qui raconte sa faute, celle de i>a fille et la funeste catastrophe
qui les a réunis pour un instant. Cette narration est faite à un
officier de l'armée française en route pour le passage du mont
Saint-Bernard, effectué sous les ordres de Bonaparte, et cet of-
ficier n'est autre que le séducteur de Louise. On voit qu'il y avait
ici matière à de fortes émotions; malheureusement, toute l'ac-
tion est en récit, et manque par cela même de chaleur et de
vie. L'ouvrage , du reste, est bien senti et bien écrit, à l'ex-
ception de quelques expressions ambitieuses , dont le défaut
frappe d'autant plus, que si elles doivent paraître un hors-
d'œuvre sous la plume de l'auteur, elles deviennent tout à-fait
inconvenantes dans la bouche du personnage auquel il les a
prêtées, et que cet appareil fastueux de descriptions contraste
trop avec la douleur où il doit être plongé. Cette Nouvelle
prouve , d'ailleurs , que M. Bignan peut ambitionner dans la
prose les mêmes palmes qu'il a cueillies dans la carrière
poétique. E. Héreau.
117. — Mes Souvenirs , ou Choix cl Anecdotes , par Mine Adèle
D\minois. Paris, 1827 ; Gneffier, rue Mazarine, n° 23. In- 12;
prix, 3 fr.
Ce volume contient six Nouvelles lia Fiancée de V illcfranchc >
le Cluimp de roses , le Prisonnier de guerre , la Sœur de charité ,
les Deux Réputations , l'Inondation , dont les sujets sont intéres-
sans, la narration facile et la morale pure. Ou regrette néan-
moins d'y trouver quelques tableaux trop sombres, tels que la
peste et l'inondation. Les hommes ne sauraient déduire des
i5.
?,S LIVRES FRANÇAIS.
préceptes de conduite que d'événemens sur lesquels leur vo-
lonté a quelque influence. Toutefois, ces catastrophes de la
nature servent à M1,u' Daminois de cadres dans lesquels elle
place les récits de plusieurs actes de dévoûment et de généro-
sité. Dans la seconde Nouvelle, intitulée : le Champ de Roses ,
le système du sage de Zurich , Lavater, devient un ressort neuf
et ingénieux; ses observations justes et profondes contribuent à
faire reconnaître le véritable auteur d'un crime dont une fille
innocente est accusée. Dans l'avant-dernière de ces Nouvelles,
l'auteur montre comment deux réputations opposées se réu-
nissent souvent sur la même personne. «Cette différence d'o-
pinion s'attache plus particulièrement au mérite, et \\ n'est que
trop ordinaire de voir le mal présumé et le bien méconnu... Il
serait cependant plus noble et surtout plus juste de con-
naître la vérité, avant de condamner légèrement et de refuser
son estime, ou de départir son mépris; suivre l'impulsion gé-
nérale est plus souvent un acte de lâcheté que de prudence.»
Beaucoup de réflexions du même genre, remarquables par leur
justesse, et dont chacun peut faire l'application, donnent un
nouveau prix à l'ouvrage de Mme Daminois, et annoncent en
elle l'heureuse alliance d'une belle aine et d'une raison supé-
rieure. H. C.
1 18. — Nouvelles grecques , par M. Félix ***. Paris, 1828; Fr.
Louis. In- 12 de xii-184 pages; prix, 2 fr. 5o c. et 3 fr.
La Grèce nouvelle n'a rien de l'ancienne Grèce que son cou-
rage et son amour de l'indépendance. Son génie et ses arts re-
naîtront peut-être un jour, et mériteront d'être célébrés par
les poètes; mais il faut d'abord qu'elle ait triomphé de ses fa-
rouches oppresseurs , dont les mœurs ont sensiblement altéré
les siennes. L'écrivain qui veut rester fidèle à la vérité n'a point
de tabîeahx agréables à nous offrir, en nous entretenant des
Grecs modernes, surtout dans leurs rapports avec les barbares
Musulmans. Les nobles efforts des victimes pour briser un joug
odieux et leur persévérance dans la foi de leurs pères sont les
seules ombres que l'on puisse opposer à la peinture des hor-
reurs auxquelles cette terre sacrée est livrée depuis long-tems.
Peut-être, malgré tout ce que nous savons des malheurs de la
Grèce, les tableaux de M. Félix*** paraîtront ils trop sombres
à ceux qui n'ont pas été les témoins des tristes scènes qu'ils
nous retracent. Peut - être trouvera-t-on que le pathétique est
porté trop loin dans les deux dernières nouvelles du volume
que nous annonçons; mais, du moins, il faudra reconnaître
«pie, dans la première qui a pour titre Adda , et dont lord Bv-
ron est le principal personnage, l'auteur a su ménager assez
habilement l'intérêt, el répandre sur son récit cette teinte vague
■>>\)
ri cette douée mélancolie qui caractérisent l«*s meilleures pro-
ductions de son modèle. E. II.
i i<). - - Nouvelles blanehes et noires , par M.m*Sophie Doiir.
auteur de Cornétie, nouvelle grecque, et de ht Famille noire,
ou In Imite e! l'esclavage. Paris, 18/8; Achille Desauges. Iw-ii
tic ->.'S\ pages ; pria ,*} IV.
Les héros de ces contes sont tour à tour des blancs on des
nègres: c'est là ce qui a motivé le titre assez, singulier de ces
Nouvelle* On v t ouve partout à louer 1rs opinions généreuses
et philantropiqucs de l'auteur; quant aux conceptions, elles
nous ont paru communes et à peine ébauchées. M«n« Doin, qui
s'est fait connaître par plusieurs ouvrages bons et uti!es, nous
a donné le droit d'être sévères, et nous ne doutons pas qu'elle
ne soit appelée à faire beaucoup mieux quand elle le voudra;
voici les titres des huit Nouvelles contenues dans ce volume : le
Déluge , l'Évangile , le Droit d'aînesse , le Négrier , Blanche et
noir, Noire et blanc , A quelque chose malheur est bon , le Pauvre
homme. B. J.
i 20. — Catherine, ou la Mésalliance; par Mine***. Paris, 1827;
Ambroise Dupont et compagnie. In-12, de 25o p ; prix, l\ fr.
(Se vend au profit des en fans de Catherine.)
Les ouvrages composés par les femmes ont une grâce et un
naturel qui les distinguent éminemment de ceux que produisent
les écrivains les plus corrects. Elles rencontrent sous leur plume
des naïvetés de sentiment, des délicatesses d'expression , de ces
mots trouvés qui font le désespoir des grands esprits du sexe
masculin. Ces qualités brillent de tout leur éclat dans le joli
romnn de Catherine. Un but vraiment moral , une rare finesse
d'observation, une grande pureté de style, ont fait remarquer
ce charmant ouvrage, qui obtient d'autant plus de succès que
l'extrême intérêt qu'il inspire prend sa source dans un récit
d'une exacte vérité. On connaissait de Mme*** des vers très-
spirituels ; elle vient de prouver que la prose élégante et facile
est aussi de son domaine. Le bénéfice de ce roman est promis
aux enfans de la pauvre et généreuse Catherine; il appartenait
au cœur d'une femme de faire servir le premier fruit d'un
beau talent à l'accomplissement d'un bienfait. R.
121. — Notices historiques sur les Bibliothèques anciennes et.
modernes y suivies d'un Tableau comparatif des produits de la
presse de 1812 à 1825, et d'un Recueil de lois et ordonnances
concernant les bibliothèques; par J.L. A. Railly, sous-biblio-
thécaire de la ville (de Paris. ) Paris, 1828 ; Rousselon. In-8°de
ij et 210 pag. ; prix , 5 fr. •
Ce livre n'est point adressé aux savane , puisqu'il ne renferme
guère qu'une compilation un peu superficielle des livres qui
a3o LIVRES FRANÇAIS.
sont généralement dans leurs mains. L'histoire universelle des
bibliothèques anciennes et modernes, dont la plupart ont
mérité de laborieux et prolixes historiens, serait un travail
effrayant. Le livre de M. Bailly devra plaire aux gens du monde,
en mettant à leur portée des notions générales sur des objets
que la plupart ignorent, et en les présentant sous une forme qui
n'est pas dépourvue d'agrément. On doit des éloges à l'exactitude
du titre modeste adopté par l'auteur {Notices). Mais cette exac-
titude ne se retrouve point dans les développemens du titre. Eu
effet, il promet premièrement un Tableau comparatif des produits
de iapresse,de 1812 à 1827 ; il fallait dire : de iSiietde 1827,
car la comparaison n'existe dans l'ouvrage qu'entre deux années
seulement, sans qu'il y soit nullement question des année, in-
termédiaires. Ce tableau complet et progressif des produits de
la presse , durant ces seize dernières années, se trouve tout fait
dans les tables très-laborieuses et très-correctes de la Bibliogra-
phie de la France , dues au savant M. Beuchot; et l'on n'a pas
oublié que M. le comte Daru leur a procuré une grande publi-
cité, et en a tiré des résultats importans, à l'occasion de la dis-
cussion de la loi contre la presse, présentée aux chambres
en 1827 (Voy. Rev.Enc., t. XXXIII p. 677). En second lieu, le
titre du livre que nous annonçons promet un Recueil de lois et
d'ordonnances concernant les bibliothèques ; il fallait dire une
Indication sommaire des lois et ordonnances concernant les biblio ■
thèques. Cette indication occupe à peine les cinq dernières pages
du volume, et ne remonte qu'au 26 novembre 1789. On ferait
un code, non moins volumineux que le présent ouvrage tout
entier du Recueil. effectif et textuel des lois et des ordonnances
promises par son titre. Au reste, l'ensemble de l'ouvrage an-
nonce assez de lecture , et les articles sur les bibliothèques de
Paris contiennent des détails intéressans et utiles à parcourir.
On regrette que, dans un travail de cette nature, il se soit
glissé un trop grand nombre de fautes d'impression , qui défi -
gurent beaucoup de noms propres.
122. — Catalogue des livres condamnés depuis i8i4 jusqu'à
ce jour ( Ier septembre 1827 ), suivi du texte des jugemens et
des arrêts insérés au Moniteur. Paris, 1827 ; Pillet aîné. In- 18
de 64 pages ; prix 1 fr. 5o c.
Cette compilation curieuse doit prendre rang parmi les bi-
bliographies spéciales; en outre , elle peut être utile aux li-
braires et aux loueurs de livres. La première partie se compose
d'un dictionnaire des ouvrages condamnés , classés par ordre
alphabétique des titres , avec l'indication des nos du Moniteur
où se trouvent les détails des procès. La seconde partie donne
le texte même de l'insertion officielle au Moniteur de l'extrait
UTTKH/VTl aE.— BEAI X-ARTS. i3i
tics jugemens et arrêts*, laquelle est prescrite par l'article 26 de-
là loi du 26 mai i8i<). La première de ces insertions est du
'i'3 juin 189.0. Antérieurement à cette époque, il y a 1 i <-u <]<_•
craindre quelques omissions , principalement à l'égard des con
damnations prononcées par les tribunaux OU COUTS des dépar-
temens. Il manque, pour ajouter à l'utilité et à la commodité
de ce volume, une table alphabétique des auteurs contre les-
quels les condamnations sont prononcées. La seule inspection
des feuillets de ce livre présente une réfutation suffisante des
déclamations fanatiques ou hypocrites, qui accusent de fai-
blesse ou d'impuissance la législation actuelle de la presse. Le
reproche contraire pourrait lui être adressé à meilleur droit. X.
is&3. — Catalogue des livres imprimés et manuscrits de la bi-
bliothèque de feu M. Antoine-Alexandre Barbier , chevalier de
la Légion-d'Honneur, ancien administrateur des bibliothèques
particulières du roi, ancien bibliothécaire duConseil-d'État, au-
teur d u Diction/, aire des ouvrages anonymes et pseudonymes. Pa ris,
1828 ;Barrois l'aîné, libraire, rue de Seine, n° 10. 1 vol. in-8°.
Ce Catalogue, fort curieux et fait avec beaucoup de soin ,
n'est pas simplement le répertoire d'une collection rare de
livres; le savant possesseur de cette bibliothèque l'avait formée
dans une direction toute spéciale, celle des études qu'il affec-
tionnait. Il en résulte que cette réunion de livres relatifs à
l'histoire littéraire et à la bibliographie, a un caractère tout
particulier, et que ce Catalogue est indispensable pour les per-
sonnes qui voudraient acquérir quelques-uns des livres et ma-
nuscrits réunis par M. Barbier; il sera aussi très-utile aux per-
sonnes qui s'occupent d'histoire littéraire, de biographie et de
bibliographie.
Beaucoup d'articles de cette bibliothèque sont enrichis de
notes manuscrites de plusieurs savans ; nous y avons aussi re-
marqué des autographes fort curieux et divers ouvrages rares
et singuliers; car M. Barbier, en se procurant les ouvrages
nécessaires à ses travaux, ne négligeait pas de recueillir ceux
qui se rencontrent difficilement, et dont la rareté cause souvent
de vifs regrets aux bibliophiles.
Le nombre total des articles de ce Catalogue est de 2,210 ,
sans y comprendre le supplément. La vente, qui durera 1 8 jours,
commencera le iS février , Salle Sylvestre , me des Bons - £n-
fans, n°$o. Z.
BEAUX-ARTS.
124. — * L'Inde française , ou Collection de dessins lithogra-
phies, représentant les temples, pagodes, mœurs, costumes,
usages, cérémonies , meubles , ustensiles, etc. , des peuples hin-
»1* LIVRES HUNÇAIS.
dous (]iû habitent 1rs possessions françaises de l'Inde, et en gé>-
néral la côté de Coromandel et celle dn Malabar, par MM. Gé-
ringer et Marlet; avec un texte explicatif, pur M. Eugène
Burnouf. 4e livraison. Paris, 1828; Gcringer, rue du Roule,
n° i5; 1 cahier in-folk>. Prix de la livraison-, i5 fr. (Voyez
Rev. Enc. T. XXXVI, p. 785.)
La quatrième livraison de ce bel ouvrage est supérieure, par
le soin avec lequel elle a été exécutée, à celles que nous avons
annoncées précédemment. Peut-être faut-il attribuer cet avan-
tage à l'intérêt des sujets qu'elle contient. Nous y avons re-
marqué le portrait du fameux brame Ram-Mohuw-Roy , qui a
osé, dans l'Inde, faire publiquement profession de déisme.
Rien de plus curieux que la vie si laborieuse de cet homme re-
marquable. La troisième planche représente une ancienne pa-
goile, près de Pondichéry; la Notice donne des détails sur la
manière dont les Indiens bâtissaient ces édifices quelquefois
gigantesques; et il n'est pas inutile de remarquer que le pro-
cédé est semblable à celui qu'employaient les Égyptiens pour
élever leurs pyramides. Les autres planches font connaître le
costume et la physionomie des femmes de la caste royale, ainsi
que des cultivateurs et des marchands qui occupent le troi-
sième rang dans la hiérarchie des brames. Ces sujets sont très-
curieux et coloriés avec un rare talent. En général, on s'aper-
çoit, en parcourant cette intéressante galerie, d'un mérite qui
manque trop souvent aux ouvrages de ce genre, c'est que l'au-
teur a long-tems vu ce qu'il représente. Un éditeur, en s'asso-
ciant d'habiles artistes, peut toujours mettre de son côté le
mérite de l'exécution; c'est là une condition indispensable du
succès. Mais le talent ne peut jamais tenir lieu de la vue des
objets, et il faut, avant tout, représenter aussi exactement que
possible la réalité. Sous ce rapport, l'ouvrage que nous annon-
çons offre toutes les garanties désirables. Il a pour lui le suf-
frage le plus imposant, celui de l'abbé Dubois qui a séjourné
pendant trente-deux ans dans l'Inde, comme missionnaire, et
qui a plus d'une fois exprimé à l'auteur de cette note son opi-
nion sur l'étonnante fidélité avec laquelle les éditeurs ont re-
produit le tableau de la société dans l'Inde. £2.
12 5. — * Manuel de miniature et de gouache ; par Constant
Viguier, de Paris ; suivi du Manuel du lavis à la seppia et de
l'aquarelle , par Langlois de Longueville, capitaine au 47*
régiment d'infanterie de ligne. Paris, 1827; Roret , iu-18
de VIII et 36o pages; prix, 3 fr.
Les auteurs des deux petits traités dont la réunion forme
le manuel que nous annonçons, ont rendu un véritable ser^
BEAT \-AKT.s.
NC6 au publie. 11 n'y B point surabondance de livres SUT
nette matière; les traites existans datent déjà de loin, et le
faire des artistes a depuis quelque tems éprouvé des change-
mciis qu'il était utile de Constater. Une critique sévère pourrait
peut-être reprochera M. Constant Viguier quelque! omissions
relativement à l;i gouache: ses leçons sur le maniement, le mé-
lange, l'empâtement des couleurs, pourront paraître un peu
courtes; mais n'oublions pas que nous annonçons un manuel,
restreint de sa nature dans des limites étroites, el que l'auteur
a particulièrement considéré la gouache dans ses rapports avec
la miniature. Le traité de l'aquarelle qui suit, fait ex professo,
ne laisse rien à désirer et répare plusieurs des omissions du
traité de la gouache. Les auteurs auraient, peut-être bien fait
de consacrer quelques pages à l'explication de ces moyens in-
génieux à l'aide desquels on transforme une estampe en une
peinture animée, et à celle de ces transpositions de gravures
coloriées dont les jeunes personesse font un délassement agré-
able. Peut-être ont-ils considéréces amusemenscommeétrangers
à leur sujet; nous ne serions pas éloigné de lejpenser aussi, en
regrettant toutefois de ne les point voir compris dans leur
agréable manuel. OE.
126. — * Choix des plus belles fleurs prises dans différentes
familles du règne, végétal , et de quelques branches des plus beaux
fruits, etc., gravées, imprimées en couleur et retouchées au
pinceau, par P. J. Redouté, peintre et professeur d'iconogra-
phie au Musée d'histoire naturelle. 4e et 5° livraisons. Paris,
1827; l'auteur, rue de Seine, n° 6; Pankoucke, rue des Poi-
tevins, n° 14. 2 cahiers in-4°j contenant chacun 4 planches;
prix du cahier, 12 francs.
Que pourrions-nous ajouter aujourd'hui aux éloges que les
charmantes productions de M. Redouté ont mérités et obtenus
si souvent ? Contentons- nous de signaler l'exactitude avec la-
quelle les deux nouvelleslivraisons ont suivi celles que nous avons
annoncées dernièrement ( voy. Rev. Eric. t. XXXVI, p. 202),
et de constater les soins continus que l'auteur donne à leur
exécution. Nous trouvons , dans ces deux cahiers, une branche
du cerisier royal, une rose faune de soufre , la narcisse à plu-
sieurs fleurs , la dalia simple , la primevère de Chine, le chrysan-
thème canéné , une branche de fleurs de pommier, et la benoite
écarlate. - ce.
127. — Dictionnaire d'Architecture, contenant les noms et
termes dont cette science exige la connaissance, et des autres
arts accessoires, etc.; par M. Vagnat, architecte. Grenoble,
1827 ; imprimerie de Baraticr. In-8° de 292 pages.
Quelques extraits de cet ouvrage donneront aux lecteurs le
a34 LIVRES FRANÇAIS.
moyen de le juger : — «Biais. Ligne qui n'est point perpendi-
culaire à une autre, mais inclinée. — « Biez. s. f. Canal qui
conduit les eaux sur une roue d'artifice. — « Calcul, s. m.
Opération des nombres, pour abréger les énonciations. —
«Cèdre du Liban. Arbre qui, étant planté dans un terrain
sec et léger, exposé au nord, est vert en toute saison. Parmi
les arbrisseaux, on distingue le rouge de Virginie. — « Dé-
meubler. Enlever les meubles de quelque part. — «Héritage.
Se dit de tout ce qui appartient à une seule personne. — « Pa-
pier, s. m. Composition de linges détrempés aux foulons, mé-
langés avec des ingrédiens, étendus par feuilles, sert à dessi-
ner, écrire, peindre, et à d'autres usages. — «Rouge, s. m.
Couleur vermeille , tirant sur le sang. »
En faveur des étrangers qui cultivent notre langue, et qui
recherchent les dictionnaires de toute espèce, où ils espèrent
trouver des mots et leurs définitions, nous devons faire remar-
quer que l'auteur de celui-ci a souvent pris le patois des ou-
vriers de son pays pour des expressions admises dans la langue
technologique ; il ne faut pas y chercher du français. F.
128. — * Théâtre de Dieppe, par P. F. Frissard, ingénieur au
corps royal des ponts et chaussées, ancien élève de l'École poly-
technique. Paris, 1827; Carilian-Goeury. In-fol. de 32 pages
de texte et de 20 planches; prix, i5 ir.
Dieppe qui, tous les ans, à l'époque des bains, voit se
réunir dans ses murs une société brillante et nombreuse, et
qui, à la même époque, jouit depuis quelques années de la
présence auguste d'une princesse protectrice des arts et bien-
faitrice des pauvres; Dieppe qui, au commencement de 1826,
n'avait point encore même les vestiges d'une salle de spectacle,
en possédait une le 8 août de la même année. Son inaugura-
tion avait lieu solennellement, en présence de S. A. R. Mme la
duchesse de Berry, qui avait permis qu'on lui réservât la sa-
tisfaction d'y poser la dernière pierre. C'est cette salle de
spectacle, construite en six mois, sur un emplacement où
existait auparavant la plus hideuse, la plus incommode et la
plus insalubre prison, qui est le sujet de l'ouvrage que nous
annonçons. L'auteur, étranger à ce genre de construction,
qu'un architecte même a peu d'occasions d'entreprendre, au-
rait voulu , en se chargeant de dresser le projet de la salle de
spectacle de Dieppe, pouvoir étudier toutes les parties de
son sujet, avant d'en former un ensemble; il aurait désiré
trouver des documens qui eussent pu l'aider à éviter une
grande partie des inconvéniens que l'on reproche à la plupart
des salles de spectacle; mais lu manque d'un ouvrage élé-
BEAUX-ARTS. — MÉAÏ. ET RAPF. i35
nu ntaire et précis sur ce genre d'édifice l'ayant obligé de vi-
siter et d'étudier les salles déjà exécutées, i! a cru pouvoir se
rendre utile en présentant le plan et les détails de la salir de
spectacle de Dieppe. Nous regrettons (pie les bornes de ce
recueil ne nous permettent pas d'entrer dans l'exposé des plans,
dans la description des déçois, des machines et des orne-
jmens; mais nous remarquons que la salle peut contenir de
huit à neuf cents personnes; que l'on a suppléé autant que
possible à la privation du rideau de toile métallique de Darcet
par toutes sortes de précautions contre l'incendie; et que, si
l'auteur s'est occupé soigneusement de l'une des premières
conditions de tout projet d'architecture, la convenance, il s'est
efforcé aussi de satisfaire à une autre non moins essentielle,
l'économie, puisque la totalité des dépenses de l'entreprise
ne s'est montée qu'à i35,ooo fr. Nous laissons aux hommes de
l'art le soin d'apprécier les dissertations de l'auteur qui, en
publiant ce travail , ne paraît avoir eu d'autre but que d'of-
frir à ceux qui se trouveraient dans le même cas que lui l'ex-
posé de son expérience, de ses fautes et de ses succès. Le
lecteur verra sans cloute avec intérêt l'auteur indiquer avec
franchise ce qu'il faudrait modifier, ce que l'on devrait éviter
et ce que l'on pourrait imiter. Les planches qui forment le fond
de cet in-folio sont d'une belle exécution; les dessins, qui
nous paraissent d'une exactitude et d'un fini parfait, sont dus
au crayon de M. Amëdée Feret; les plans, remarquables par
leur netteté et leur correction, sont de la plume de M. Mon-
noyeur. Ce sont deux jeunes artisies de Dieppe, l'un , employé
des ponts et chaussées, l'autre professeur de la classe de des-
sin du collège de Dieppe, qui ont fait dans ce travail preuve
d'un talent recommandable. B. G.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes.
129. — * Séance publique de la Société d'agriculture , com-
merce 9 scieneçs et arts du département de la Marne, tenue à
Châlons, le 28 août 1827. Châlons, 1827; Boniez - Lambert,
imprimeur de l'école royale d'arts et métiers. In - 8° de
100 pages.
Le discours d'ouverture d'une séance académique n'est le
plus souvent qu'un luxe d'élocution, un ornement qui dispa-
raît avec les circonstances pour lesquelles il fut fait, comme les
emblèmes et les devises placés dans les décorations d'une fête
extraordinaire. 11 n'en est pas ainsi du discours du président
annuel de la Société de la Marne ( M. Caquot ) ; l'orateur y
a36 LIVRES FRANÇAIS,
expose avee sagesse des vérités repoussées encore par beau-
coup de gens que l'esprit du tf'rô/e .épouvante, et qui se sont
placés, en bons tacticiens, les uns en avant pour attaquer la tète
des colonnes ennemies , les autres sur les derrières pour couper
la retraite, inquiéter, ébranler la confiance, recueillir et orga-
niser les déserteurs. Nous ne résisterons point au désir de ci-
ter quelques passages de 1 excellent discours de M. Caquot.
« ... L'homme, au sortir des illusions de la jeunesse, devient
penseur; le siècle devient philosophe. Déjà même, dédaigneux
des grandeurs et impatient d'un maître, il répudie le nom du
souverain pour adopter celui des hommes qui le dirigent; on a
dit le Siècle de Louis XIV ; on ne dit point le siècle de
Louis XV, mais le xvine siècle. Alors est ouverte une vaste
carrière d'investigations en toutes choses ; on cherche , on de-
vine, on découvre: la raison s'avance, quelquefois elle s'égare:
l'homme de lettres ne peut plus réussir sans la philosophie, et
la philosophie devient la littérature. Les sciences enfin, élar-
gissant leur horizon, ne voient plus de bornes aux découvertes.
Le xvme siècle peut être appelé le siècle des théories : mais jus-
qu'alors peu fécondes en résultats utiles, ces théories atten-
daient qu'on les fît plier aux besoins de la vie. Notre âge s'est
chargé de cette application: tout maintenant est réalité; nous
sommes positifs.
« Oui, messieurs, l'esprit du siècle est essentiellement posi-
tif. Etre utile, voilà le véritable titre à la considération, même
à la gloire ; et tout ce qui est gloire est maintenant noblesse.
Vous l'avez vu , ce noble pair qui a laissé dans nos murs tant
de souvenirs , et dans cette Académie dont il était membre,
tant de regrets; vous l'avez vu entouré d'amour et de respect ,
guidé par son génie élevé , par son ardente philantropie,
suivre avec orgueil l'impulsion de son siècle ... que dis -je ' le
diriger, marchera la tête de l'industrie, et tout brillant déjà
de sa vieille noblesse, enter encore sur son antique race cette
noblesse de nos tems modernes. Elles ne seront point séparées ;
il nous reste des Larochefoucauld.
« ...Enfin, messieurs, une puissance nouvelle est née qui,
s'élevant sur les débris des vieilles institutions, s'appuie sur les
lois et les mœurs, enfante l'ordre et l'union, s'entoure du res-
pect des peuples, croît par la liberté, grandit au milieu des
contradictions, et libre enfin de toute entrave, plane sur les
deux mondes : cette puissance, c'est I'esprit nu siècle.
Après ce discours d'un haut intérêt, le secrétaire a lu le
compte- rendu des travaux de la Société dans le cours de l'an-
née académique. On peut affirmer, d'après cet exposé, que la
MÉMOIRES ET RAPPORTS. afy
Société de la Manu- a (ait un bon emploi de son tems cl de ses
moyens d'influence. — Quant au rapport sur le concours dont
le programme était : Démontrer la supériorité de la morale de.
V Évangile sur celle des philosophes aucuns et modernes ( voyez
(■/■dessus, p. 181, l'annonce du discours qui a obtenu le prix ),
nous ferons quelques observai ions. Les académies devraient-
elles proposer de démontrer ce qu'il n'est pas permis de regar-
der comme douteux? Soumettre la morale de l'Evangile an ju-
gement de la raison humaine, n'est-ce pas )a faire descendre
infiniment au- dessous de son origine ? La raison est, sans doute,
aussi bien que la foi, un bienfait du créateur de l'homme,
mais un bienfait d'un autre ordre, et nulle assimilation ne peut
être établie entre ces deux éminentes facultés. La morale de
l'Évangile ne changerait pas de nature, quand même elle cho-
querait notre raison ; elle en est absolument indépendante ,
puisqu'elle est l'expression exacte des préceptes divins, une
révélation. La véritable étude de la morale n'admet pas d'autres
données que la nature de l'homme, la connaissance de ses fa-
cultés et de ses besoins, de l'ordre et du mode.' de développe-
ment des uns et des autres. Tant que l'on introduira des élé-
mens étrangers à la question, on n'arrivera pointa une solution
rigoureuse, complète, et dont les bons esprits puissent être
satisfaits. On ne doit point perdre de vue que la morale est une
application de la science sociale, dont la base est la science de
l'homme; que les questions les plus importantes que l'on ait à
traiter dans les applications de cette science sont des questions
de limites , de maxima et minima ; que toute la morale serait
comprise dans la solution de celle-ci : Comment les hommes
réunis en société doivent-ils se conduire pour que la somme du
bonheur de tous soit la plus grande possible, c'est-à-dire, que
les besoins soient le plus facilement et le plus amplement satis-
faits, les facultés le plus complètement exercées et les amélio-
rations accessibles le plus sûrement préparées , le plus promp-
tement obtenues?» S'il est possible de trouver une réponse à
cette question, ce ne peut, être qu'en lui appliquant les règles
du calcul des limites, dont le premier résultat est de réduire
les données à l'expression la plus générale et d'en éliminer tout
ce qui leur est étranger. Nous nous sommes étendus sur cette
matière, à cause de son importance, et parce qu'il nous semble
que les recherches morales n'ont pas encore pris la direction
qui peut les conduire aux vérités générales et fondamentales
qui composent une science.
Un mémoire de M. Garinf.t, maire de Châlons, sur l'amé-
nagement des forêts et les causes de la dépopulation du chêne
i VS LIVRES FRANÇAIS.
appelle l'attention des magistratsct des législateurs. On y trou-
vera des faits et des évaluations dont l'analyse occuperait ici
plus de place que nous ne pouvons leur en consacrer. Après
avoir lu ce mémoire, on est convaincu que beaucoup de dis-
positions prohibitives, réglementaires, etc., fondées sur de faux
calculs ou .sur des faits mal observés, n'aboutissent qu'à créer
des délits, à faire imposer des amendes, ou prononcer des
peines encore plus sévères.
La Société de la Marne avait perdu , dans le cours de l'année
académique, quatre de ses membres, MM. Pinteville de Cernon,
Le Gay , Becquey et Delacourt : des notices sur la vie et les
travaux de ces hommes de bien ont occupé une partie de cette
séance, et ce n'était pas la moins intéressante pour l'assemblée.
F.
Ouvrages périodiques.
i3o. — * Le Médecin du peuple , journal de santé et d'écono-
mie domestique, par une Société de Médecins. Cette feuille paraît
tous les dimanches. Paris, 1827; Lami Denozan, rue desFos-
sés-Montmartre, n° 4 ; prix de l'abonnement, 20 fr. par an.
Ce nouveau journal a surtout pour objet de faire connaître
les préjugés trop souvent adoptés dans les classes les moins
éclairées de la société sur les maladies les plus communes, de
mettre en garde contre leurs résultats, et de prescrire des for-
mules d'hygiène utiles, faciles et bienfaisantes. Il doit signaler
les découvertes nouvelles en chimie , en pharmacie , en chi-
rurgie, en médecine, en hippia trique, en économie domes-
tiqué, et donner des conseils pour tous les âges et tous les
tempéramens. Le numéro que nous avons sous les yeux con-
tient un article contre le préjugé que les jeunes pommes de
terre non mûres sont malfaisantes et vénéneuses ; elles sont
moins nourrissantes, parce qu'elles contiennent moins de
fécule; mais leur usage n'est nullement à craindre, et rien ne
peut engager à en interdire l'emploi. Un autre article, fort
raisonnable, démontre aussi qu'il faut se garder de négliger
les rhumes, et surtout de les traiter par des échauffans; ils
proviennent tous d'inflammation; et les rafraîchissans, les
pédiluves, les boissons adoucissantes sont les seuls moyens
propres à les guérir. Des observations sur le traitement des
contusions, sur celui des écorchures causées aux chevaux par le
frottement de la selle, sur la manière de reconnaître la falsifi-
cation du sulfate de quinine, sur l'influence singulière de la
mode relativement à la santé des femmes qui ont adopté suc-
cessivement l'usage d'avoir les yeux battus, d'avoir des jambes
engorgées , puis étiques, de feindre des attaques de nerfs et des
OUVRAGES PÉRIODIQUES. i3q
vapeurs, et enfio de paraître très-pâles, ce qui esl presque de
rigueur aujourd'hui , ces observations et les réflexions qui les
accompagnent donnent de l'intérêl el de la variété au Médecin
du peuple, dont le plan nous parait bien conçu,, et qui peut
tendre des services réels à la société. R.
i3x, — * Annales de mathématiques pures et appliquées, ou-
vrage périodique, rédigé par M. J. 1). Gi-.rconnk, professeur
d'astronomie, doyen de la Faculté des sciences de Montpellier,
des Académies de finies, [Nancy, Turin et Bruxelles. Mont-
pellier, 1827- 1828; au bureau des Annales. Paris, Bachelier.
Il parait par an ia cahiers in 4° avec des planches , formant un
volume; prix, 11 fr.
(Test en juillet 1810 qu'a paru le premier cahier de cette
utile publication, qui a continué sans interruption depuis cette
époque : la collection compose aujourd'hui dix sept volumes.
Les sujets variés qu'on y traite embrassent toutes les branches
de mathématiques tant pures qu'appliquées, telles que l'analyse
algébrique, appliquée, élémentaire, indéterminée, transcen-
dante; la statistique, l'arithmétique politique, l'optique, la
géométrique, soit synthétique, soit analytique, la géométrie
descriptive, l'hydrodynamique, la mécanique en général, etc.
On y trouve des Mémoires très intéressans sur toutes les parties,
l'énoncé des problèmes à résoudre , les solutions de ces ques-
tions ; enfin , on peut regarder ces Annales comme un résumé
de tous les progrès que fait la science ou son enseignement
public. Les professeurs y peuvent rencontrer une multitude de
démonstrations nouvelles qui ont pour objet de perfectionner
l'instruction qu'ils sont chargés de donner, et qui leur four-
nissent des idées neuves pour simplifier les théories qu'ils en-
seignent et hâter les succès de leurs élèves. Les auteurs peuvent
y faire paraître leurs travaux, dont l'impression leur causerait
des frais dont ils ne seraient pas assurés de trouver la compen-
sation par la vente; c'est pour eux un moyen de les faire con-
naître dans tout le monde savant. On doit louer le rédacteur
M. Gergonne, des soins qu'il apporte dans le choix des maté-
riaux qu'il fait entrer dans ses Annales, et du zèle qui les lui
a fait soutenir au milieu des circonstances les plus difficiles,
!)armî lesquelles nous citerons deux invasions à main armée, et
'incurie du dernier ministère qui n'a pas jugé à propos de
continuer les souscriptions accordées jusqu'alors à cette hono-
rable entreprise. Francoeur.
1 32. — * Journal des connaissances usuel/es et pratiques , ou
Recueil des Notions immédiatement utiles aux besoins et aux
jouissances de toutes les classes de la société, et mises à la por-
tée de toutes les intelligences; publié par M. C. dk Lasteyrib y
i.\o LIVRES FRANÇAIS.
3 5e cahier. On s'abonne rue de Grenelle-Saint Germain , n° 59 ;
prix 12 fr. pour Paris, et i3 fr. 80 c. pour les départemens.
La marche rapide de l'industrie et de la civilisation ont ren-
du l'instruction indispensable pour toutes les classes de la so-
ciété , même pour les personnes qui ne se sont pas livrées d'une
manière spéciale à l'étude des sciences. Le Journal des con-
naissances usuelles , que nous avons déjà annoncé avec éloge ,
nous semble atteindre parfaitement le but que s'est proposé
l'éditeur. On y trouve non-seulement les pratiques et les pro-
cédés utiles dans les arts et dans l'économie rurale et domes-
tique, mais aussi des notions de géométrie, de physique,
d'histoire naturelle, d'hygiène, d'économie politique, qu'il n'est
plus permis aujourd'hui d'ignorer. Nous avons remarqué des
méthodes nouvelles sur la fertilisation du sol au moyen de la
combustion du sol, sur la nourriture économique des bestiaux,
sur la composition des fumiers, et des notions curieuses sur
l'invention des lunettes, sur l'origine des établissemens d'en-
fans trouvés, sur les révolutions qu'a éprouvées le globe, etc.
— C'est ici à la fois une production utile et une œuvre patrio-
tique que tous les amis du bien doivent encourager. Z.
i33. — * Journal Asiatique, ou Recueil de mémoires , ex-
traits, ci notices relatifs à l'histoire, a la philosophie, aux sciences,
à la littérature et aux langues des peuples orientaux ; rédigé par
MM. de Chezy , Coquebert de Montbret , Raoul- Rochette , Jbel
Remusat, etc., et publié parla Société Asiatique. 62e cahier. Paris,
1827; Dondey-Dupré, un cahier in- 8°, chaque mois; prix pour
l'année , 20 fr.
Cet intéressant journal recueille avec soin une foule de mor-
ceaux historiques qui, sans lui, resteraient inconnus, et publie
des documens importans sur la littérature orientale. Le cahier
que nous avons sous les yeux, donne un morceau très-curieux
de l'histoire des guerres des croisades, sons le règne de Bi-
bars, sultan d'Egypte, d'après les auteurs arabes, traduit par
M. Reinaud, Ce Bibars s'empare successivement de Jaffa ,
d'Anîioche, de quelques châteaux occupés par les templiers,
et met tout à feu et à sang aux environs de Saint- Jean d'Acre.
Il reçoit des députés de Conradin et de Charles d'Anjou, pro-
met beaucoup et n'accorde rien. La lettre qu'il écrit à Bohé-
mond , prince d'Antioche, pour lui annoncer qu'il s'est emparé
de sa capitale, est un modèle de plaisanterie musulmane; elle
est un peu grossière, mais fort originale. Les chroniques où
puise M. Reinaud sont d'autant plus intéressantes, que sans
elles, cette époque serait presque ignorée; car les ailleurs la-
tins du-tems n'ont rien dit de la plupart de ces événemens. Un
mémoire sur l'emploi des mercenaires musulmans dans les ar-
OUVft. PKK.— LIVR, EN LAKG. ÉTR. *4i
mées chrétiennes, nous apprenti que Mainfroy en avait dans
ses troupes | lorsqu'il lit la guerre à Charles d'Anjou, qu'ils
l'établirent ensuite à Lucepa, en Sicile, et qu'ils ne furent dé-
finitivement chasses de l'Italie que dans le xiv,: siècle. Ce mé-
moire est du à M. le lieutenant-colonel Fitz-Clarence. Des no-
tices sur les (leurs et les fruits de l'Indousian, et l'indication
des méprises de quelques sinologues t qui prennent quelquefois
le nom d'un port pour un nom d'homme, terminent le cahier
où se trouve aussi le procès - verbal d'une des séances de la
Société Asi(Ui<jnc .
Ce fut à cette séance que l'on reçut, comme membre de la
Société, M. de Fortiâ-d'Urban ; et nous en prendrons l'occasion
de parler du discours qu'il prononça à la séance suivante. Ce
discours, d'un savant aussi recommandable par son érudition
que par son zèle ardent pour le progrès des lumières , donne
l'heureuse certitude que la publication des Ann a les de fJainaut,
entreprise par M. de Fortia, ne souffrira désormais aucun retard.
Ces Annales auront douze volumes in -8°. Elles sont l'ouvrage
de Jacques deGuyse, religieux franciscain duxivc siècle, mort
à Yalcnciennes en i'S^q. Le texte latin n'en avait jamais été
imprimé, et la traduction française, qui avait paru en i53i,
fourmillait d'erreurs et d'omissions graves. Une nouvelle tra-
duction accompagne le texte, revu sur plusieurs manuscrits ,
et déjà trois volumes en ont paru. (Voy. Rcv. Enc. t. XXXV,
p. 446.) R.
Livres en langues étrangères, imprimés en France.
i34 — * Modem french and englisJi conversation , etc. — Nou-
velles conversations, françaises et anglaises; contenant des
phrases élémentaires , et de nouveaux dialogues faciles , en
français et en anglais, sur les sujets le plus en usage; par
AV. A. Bellenger. Dixième édition, revue avec soin. Paris, 1 82C ;
Baudry. In- 18 de xix et -266 pages; prix, 2 fr. a5 c.
Ce n'est point avec les grammaires que l'on apprend à parler
une langue : l'usage est ici le meilleur maître. Aussi a-t-on mis
entre les mains des élèves des recueils de dialogues où ils trou-
vent des phrases applicables à toutes les circonstances de la
vie ordinaire, et dont l'emploi dans la conversation habituelle
les rend bientôt maîtres de la partie la plus utile du langage.
Le petit volume de M. Betlenger , parfaitement approprié à son
but, est d'un format très - portatif , et sera par conséquent
recherché de tous ceux qui ont encore besoin d'avoir recours
à un interprète ou à un aide-mémoire. a.
t. xxx vu. — Janvier 1828. 1G
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
États-Unis. — De l'esclavage des noirs. — On trouve dans
le cahier de la Revue trimestrielle américaine, du mois de sep-
tembre dernier, un article fort étendu et fort bien fait sur
l'esclavage des noirs. Il offre des détails curieux sur les amé-
liorations qui ont eu lieu dans la condition des esclaves et
sur la manière dont la question de leur affranchissement est
envisagée au-delà des mers.
Après une sortie assez violente contre « les philantropes exa-
gérés d'Europe, et surtout d'Angleterre, qui, à force de rêver
le mieux, ne peuvent plus faire le bien, qui blâmeraient un
homme d'être mahométan à Constantinople, catholique en
Espagne, puritain en Ecosse, et qui, par cette habitude de
ne jamais compter pour rien les mœurs, les usages, et même,
si l'on veut, les préjugés des peuples, demandent à grands
cris l'émancipation des esclaves des Etats-Unis, et veulent
non-seulement les voir libres, mais encore admis à partager
1er droits des blancs et à entrer dans leur alliance. » Le jour-
nal américain observe que les Européens se feraient une idée
très- fausse de l'état des noirs, s'ils se lés représentaient ac-
tuellement courbés sous des chaînes et passant la moitié de
leur vie dans d'affreux cachots. L'abolition de la traite a pro-
duit un changement immense dans leur condition. On en peut
juger par ce tableau comparatif de l'état des esclaves des
colonies anglaises dans les Indes occidentales.
i. Lorsque lesnègres arrivaient encore en foule àla Jamaïque,
les propriétaires jouissaient d'un pouvoir sans bornes. Ils
n'avaient pour punir leurs esclaves d'autres règles que leurs
volontés; et ce pouvoir arbitraire était surtout cruellement
exercé par les subalternes auxquels ils le transmettaient —
( Maintenant, il est défendu de donner plus de trente-sept
coups de fouet en présence du maître ou de l'intendant; et,
s'ils sont absens, on ne peut aller au-delà de dix coups de
ÉTATS i ms. a4j
fouet. On inflige d'ailleurs rarement aujourd'hui cette cruelle
punition.)
9. H y a vingt ans, on faisait souvent usage (1rs chaînes. —
( < i usage est entièrement aboli. )
'». On ne baptisait presque jamais Les noirs. — (On les bap-
tise maintenant presque tous. )
',. On ne voyait presque jamais les noirs dans les églises. —
(Le nombre des églises est triplé, et partout elles sont très-
fréquentées par les noirs.)
5, Leurs funérailles se faisaient à minuit avec tous les rites
africains et devenaient une oecasion de se livrer aux plus
honteux excès. — (Elles ont lieu de jour et avec les mêmes
cérémonies que pour les blancs. )
o'. La cérémonie chrétienne du mariage ne se pratiquait
point parmi les noirs. (Plusieurs d'entre eux s'y soumettent
aujourd'hui, et cet usage devient général.)
7. A l'époque de la récolte des cannes à sucre, les pro-
priétaires faisaient travailler leurs esclaves le dimanche. —
( La loi nouvelle a réformé cet abus. )
8. Les esclaves ne pouvaient consacrer que la journée du
dimanche à la culture de la portion de terre assignée pour
leur subsistance. — (Maintenant la loi leur accorde vingt-six
jours dans l'année, outre les dimanches , et l'on fait jurer aux
propriétaires de se conformer à ce règlement.)
9. Au* moment où la traite cessa, un grand nombre d'es-
claves nouvellement arrivés n'avaient point d'habitation à
eux. — (Aujourd'hui, chacun d'eux en a une.)
10. Les manumissions étaient chargées de taxes. — (Ces
taxes sont abolies.)
1 1. Les esclaves ne pouvaient en appeler à personne des
punitions injustes qu'on leur faisait subir. — (Il existe main-
tenant un conseil de protection établi pour recevoir leurs
plaintes et pour y faire droit. )
12. Les procès étaient traités de vive voix. Les tribunaux
des noirs avaient le droit de faire exécuter sur-le-champ la
sentence qu'ils venaient de prononcer. — (Aujourd'hui, toutes
les pièces d'un procès doivent être transmises au gouverneur
et hors le cas de rébellion, la sentence n'est exécutée qu'après
avoir été approuvée par lui. Pour dix esclaves punis de mort,
il y a vingt ans, il n'y en a pas un maintenant.)
i3. L'équipage des vaisseaux côtiers (coasting vessels) était
exclusivement composé de noirs. — (On y emploie souvent
aujourd'hui des hommes de couleur.)
i/|. Noirs libres, en 1787, 10,000. — En 1826, 35, 000.
16.
*4/| AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
Après ces détails vient la description des habitations des-
noirs et de leurs amusemens au tems de la récolte qui ne pré-
sente aucune idée pénible, et qui est même assez riante. Tel
est l'état des noirs à la Jamaïque. Tout ce qu'on a dit ci-dessus
peut s'appliquer à ceux des États-Unis, sauf quelques légères
différences, presque toutes à l'avantage de ces derniers, qui
sont encore traités avec plus d'humanité. Cependant, il est uu
bienfait qu'on leur refuse, c'est celui de l'instruction. Le jour-
nal américain se borne à faire à ce sujet cette triste réflexion :
A quoi leur servirait-elle? elle ne pourrait que troubler la
tranquillité dont ils jouissent. Sans doute, dans l'état actuel
des choses, l'instruction leur serait peut-être funeste; mais
qui pourra du moins s'empêcher de maudire l'institution qui
contraint un gouvernement, d'ailleurs sage et libéral, à laisser
tant d'êtres pensans plongés dans les ténèbres de l'ignorance?
Cette institution porte , d'ailleurs, en elle un germe de
mort pour le pays où elle est établie, germe qui se développera
tôt au tard. Tandis que les blancs diminuent , les noirs ré-
pandus dans les États du sud s'y multiplient d'une manière
effrayante. On a prouvé, par des calculs exacts, que leur
nombre double en vingt-huit ans. Cet accroissement ne peut
manquer d'amener leur liberté ; bientôt ils porteront leurs vues
plus haut. Supérieurs en nombre aux blancs, ils ne voudront
plus leur laisser l'exercice exclusif des droits civils; ils préten-
dront à leur alliance. Alors , ou les blancs ne voudront faire
aucune concession, et les états du sud deviendront le théâtre
de guerres civiles sanglantes et acharnées; ou ils se soumettront
à la destinée , et les deux races si long-tems distinctes se con-
fondront pour former un peuple de métis. Ce second événe-
ment, poursuit le journal américain, paraîtra sans doute fort
naturel aux philantropes européens; mais la race blanche du
sud en serait peut-être plus épouvantée que du premier. Soit
raison, soit préjugé, elle est persuadée qu'elle se dégraderait
ainsi au physique et au moral, et deviendrait un objet de dé-
rision pour les races qui se seraient conservées pures. Par
quels moyens peut-on prévenir cette catastrophe que le cours
naturel des choses doit infailliblement amener? le seul effet de
l'émancipation que l'on demande sans cesse , sans en avoir
calculé les conséquences , serait de la précipiter ; il reste un
seul moyen de salut : c'est de faire sortir le plus d'Africains
possible des États-Unis; c'est d'en former des colonies, soit
dans leur ancienne patrie , soit à Haïti, soit à l'ouest des mon-
tagnes rocheuses. Déjà, depuis 1816, une société s'est formée
dans ce but salutaire. Elle ne s'est occupée que de la coloni-
ÉTATS-UNIS. — AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. i/,5
saitionen Afrique; mais elle a rencontré beaucoup d'obstacles.
Plusieurs personnes n'ont point goûté ce projet Entre autres
objections, on a dit que |e prix énorme qu'exigerait le trans-
port dé tous les noirs rendait la chose presque impossible.
Mais, comme le remarque la Revue, ce ne sont pas tous les
noirs que Ton vent, faire retourner ( n \lrique; on vent seule-
ment diminuer assez leur nombre pour qu'il ne menace plus
la tranquillité et la prospérité futures de la république. Du
reste, on peut former des colonies ailleurs qu'en Afrique. Si
l'on ouvrait une route à travers la grande chaîne qui sépare
l'Océan atlantique de l'Océan pacifique, il serait bien moins
coûteux d'établir des noirs sur les bords de la rivière de Co-
lumbia, que de leur faire traverser les mers pour aller chercher
un autre continent. Il y a encore Haïti qui ne se refuserait point
sans doute à en recevoir une partie sur son territoire. Enfin,
de quelque manière que ce soit , il serait urgent de réaliser ce
projet. Aujourd'hui, le danger que l'on veut prévenir paraît
encore éloigné} mais, on ne peut se dissimuler qu'il s'avance
sans cesse, que chaque moment l'approche de nous, qu'un
jour arrivera où il pourra mettre les blancs à deux doigts de
leur perte; et l'on doit sentir combien il est urgent d'étouffer
dans son germe, par une prévoyance éclairée et bienfaisante,
cette cause déplorable et inquiétante de troubles , de malheurs
et de dissolution sociale. L. L. O.
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.
Chili. — Sant-Iago. — Altération du climat. — L'année 1S27
laissera de longs et douloureux souvenirs dans notre république;
la nature nous a traités avec une extrême sévérité. Des pluies
opiniâtres et d'une abondance extraordinaire ont fait tomber
d'immenses torrens qui ont tout ravagé sur leur passage : les
habitations et les usines ont été entraînées, ainsi que la terre
végétale en plusieurs lieux; ailleurs, des (erres fertiles ont été
ensevelies sous des amas de pierres et de cailloux. Le nombre
des victimes est encore inconnu; le gouvernement a demandé
partout des renseignemens exacts sur ce grand désastre , afin de
pourvoir, autant qu'il sera possible, aux besoins les plus pres-
sans : mais le mal est si grand que les ressources qui restent
encore ne pourront en réparer qu'une faible partie. Des milliers
de personnes ont perdu la vie; les bestiaux ont prodigieu-
sement diminué ; et ce qui est le plus fâcheux , le climat
semble altéré. Le Chilien , se confiant à une atmosphère dont
246 AMÉRIQUE MÉRIDIONALE.
il connaissait depuis si long-tems la bénignité et dont il ne
redoutait point les caprices, construisait son habitation en
conséquence : les pluies de cette année ont suffi pour détruite
ces cabanes peu solides, et les torrens n'en ont entraîné que
les débris. Sur la côte, comme dans les montagnes, tout a cédé
à la violence de ces redoutables pluies. Les environs de Val-
paraïso et de la Séréna ont été ravagés. Le canal du Maïpo a
éprouvé des dégradations qui retarderont long-tems la mise
en activité de ce grand moyen de fertilité pour les plaines
qu'il doit arroser.
N. d. R. Il paraît que, dans le Nouveau-Monde, le climat
n'a pas encore la constance et l'uniformité de celui des régions
les moins heureuses de l'ancien continent. Dans la vallée de
Quito , la température s'est abaissée de plusieurs degrés depuis
1740, époque du séjour des académiciens français LaConda-
mine , Godln et Bouguer au Pérou. Le bassin, du Mississipi
paraît moins salubre aujourd'hui que lorsqu'il reçut pour la
première fois des colons européens ; les Bermudes, qui passaient
pour un séjour de délices, sont aujourd'hui ptni saines et
désagréables , etc. L'ensemble des observations faites en Amé-
rique ne suffit pas encore pour faire entrevoir la cause de ces
altérations auxquelles il semble que les arts de l'homme ne peu-
vent point remédier. Y.
ASIE.
Calcutta. — Navigation par la vapeur. — Les avantages
que cette nouvelle espèce de navigation a procurés pendant la
guerre contre les Birmans ne sont point négligés depuis la
paix. On vient de construire;, sur les chantiers de Calcutta,
deux bàtimens dont sir Robert Seppings a fourni les plans , et
que font mouvoir des machines à feu de la force de quarante
chevaux. Chaque navire en a deux, et reçoit du concours de
leur action une vitesse extraordinaire. On destine ces bàti-
mens au service maritime des nouveaux établissemens anglais.
M. de J.
AFRIQUE.
Alger. — Droit des gens. — Relations entre les Etats chrétiens
et les Barbaresques. — Moyen défaire enfin cesser la piraterie
dans la Méditerranée. — La croisière française devant Alger
avait arrêté le navire V Orphée y chargé par le commissariat
royal de Suède de porter au Dey les présens d'usage , consistant
principalement en munitions de guerre. Le gouvernement
français a fait relâcher ce navire, et l'a remisa la disposition
AFRIQUE.— EUROPE. *47
du capitaine suédois, ainsi que sa cargaison. On peut direl
même en France, et sans vanité nationale, que, dans celle
occasion , le gouvernement français s'est montré fidèle jusqu'au
Scrupule à ses traités avec les autres Fiais, sans se permettre
d'en interpréter aucune disposition, même dans les cas où ses
intérêts sont compromis, ainsi que des droits reconnus pat-
tontes les nations civilisées. — Quant à la Suède, comment
a telle pu souscrire au traité qui lui impose le tribut le plus
déshonorant! C'est donc aux éternels ennemis des chrétiens
qu'elle fournit des armes et des munitions pour combattre des
chrétiens! Il serait inutile de reproduire ce que l'on a dit et
écrit sur l'existence antisociale des pirates africains, sur les fers
que V Afrique forge lentement à l'Europe, suivant l'expression
de Raynal; sur la nécessité et les moyens de détruire les re-
paires de ce brigandage et d'empêcher qu'ils puissent jamais
être rendus à leur odieuse destination. Jusqu'à présent, ni la
raison ni l'éloquence n'ont pu rien obtenir en faveur de l'hu-
manité ; ou peut-être, des intérêts politiques mal conçus ont
parlé plus haut que les intérêts des peuples, la raison, l'hon-
neur. Il semble que des circonstances moins défavorables ont
préparé l'affranchissement de la Méditerranée; que les flottes
combinées des trois nations européennes les plus puissantes sur
mer, après avoir accompli leur destination relativement à la
Grèce, pourraient faire ce que Pompée sut exécuter autrefois
avec des forces beaucoup moins imposantes, et contre des en-
nemis beaucoup plus nombreux. Rien n'empêche que l'on ne
prépare dès à présent la fondation de colonies européennes
sur les cê)tes d'Afrique, et dans le mont Atlas, afin de repousser
les Crébères dans les déserts de l'intérieur, qu'eux seuls peuvent
habiter. Ce 'serait ainsi que le commerce de la Méditerranée
s'élèverait à la plus grande prospérité qu'il puisse atteindre;
que l'antique Libye, le royaume de Massinissa, le territoire de
Carthage, etc., reprendraient leur fertilité, et que des cités
autrefois célèbres pourraient sortir de leurs ruines. Ces im-
menses bienfaits, dont l'Afrique serait quelque jour aussi re-
connaissante que l'Europe, coûteraient beaucoup moins aux
puissances européennes qu'une seule campagne des guerres
qu'elles se font l'une à l'autre. F.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
Londres. — Société médico-botanique. — Cette Société existe
depuis sept années. L'idée de sa création fut inspirée par la
248 EUROPE.
triste certitude que la plupart des hommes qui se dévouaient à
l'exercice de la médecine négligeaient totalement l'étude de la
botanique qui , cependant, méritait toute leur attention. Il sera
difficile de croire, mais il est positif que, jusqu'au Ier janvier
182 1, il n'avait existé aucun ouvrage où l'on démontrât les qua-
lités et les propriétés des plantes dans leur application à la
médecine, et que, lorsque les étudians possédaient les noms
systématiques des plantes inscrites au catalogue de matière mé-
dicale publié par le collège royal de médecine, ils croyaient
avoir une connaissance suffisante de la botanique.
Ce fut pour remédier à cette fâcheuse ignorance que fut
fondée la Société médico-botanique de Londres. Elle s'occupe de
rectifiée les descriptions des plantes , erronées ou incomplètes,
de démontrer leurs divers usages et leurs effets, de rendre po-
pulaires par la publicité toutes les découvertes et les applica-
tions nouvelles des simples à la guérison des maladies; elle
embrasse la botanique médicale de toutes les contrées, en com-
parant ses avantages selon les climats et les nations. L'impor-
tance des travaux de cette Société a été si bien sentie que déjà
les universités de l'Angleterre et de l'Ecosse out exigé des gra-
dués en médecine qu'ils se livrassent à l'élude de la botanique,^
et que cet exemple à été suivi par le Collège des chirurgiens et
par la Société des pharmaciens.
La Société a ouvert sa huitième session annuelle, au mois
de juin dernier. Dans la première séance, elle était présidée
par M. M'Grigor, directeur générai du conseil de médecine
de l'armée ; et M. Frost , directeur et professeur de botanique,
a prononcé un discours dans lequel il a rendu compte des ser-
vices- déjà rendus à la science par la Société. Il a jeté quelques
fleurs sur la tombe du duc d'York , et a félicité l'assemblée de
ce que le duc de Clarence avait bien voulu se constituer le
protecteur de la Société et l'assurer de son constant intérêt.
S. M. le roi de Bavière a adressé à la Société une lettre
conçue dans les termes les plus flatteurs; et dans cette séance,
la Société a proposé un prix de 2 5 livres sterling, ou une
médaille d'or de môme valeur, pour la description exacte de la
plante ou de l'arbre qui distille la myrrhe, gomme que Ton
suppose provenir de Yamyris-kataf.
On remarque des noms célèbres parmi ceux des membres de
cette Société. Nous citerons surtout le marquis de Lansdoa-nc,
le marquis de Donegal , sir JD. Hobhouse , le lieutenant général
sir B. d'Urban , MM'. Morris, Bumclt , Astley Coopcr . rte.
R.
— Nouvelle voiture ii vapeur, inventée par M. Gurxey. — Les
GRANDE-BRETAGNE. i/.y
journaux anglais ont beaucoup parlé d'une nouvelle voilure
a vapeur dont voici la description.
La voiture , complète dans toutes ses parties, a été examinée,
dans les premiers jours du mois de décembre 1827, par des
savans et des artistes de tous les rangs, dans les ateliers de
M. Gumey, et le (i du même mois, ils Font vue marcher dans
le pare du régenta Londres. Ils ont admiré la facilité avec
laquelle on la guide, la rapidité de sa marche, la simplicité de
sa construction; et la sûreté parfaite du résultat de cette expé-
rience les a convaincus que dans très-peu de teins elle recevra
la sanction du public, tandis que l'application du même prin-
cipe aux autres effets du tirage doit devenir presque univer-
selle, attendu l'économie qu'elle procure, comparativement à
l'emploi des chevaux. Quelques voyages d'expérience ont dû
être entrepris depuis : on avait l'intention de commencer par
celui de Windsor, afin de montrer cette invention au roi.
Là chaudière de la machine est formée de tubes au nombre
d'environ quarante, en fer forgé et soudé, disposés en deux
séries qui viennent se joindre à la partie supérieure, et figurent
un fer à cheval placé verticalement. C'est dans l'intérieur de
ce fer à cheval que se trouve le foyer. Le tout est enferme
dans une caisse en tôle. Il y a quatre tuyaux de cheminée,
par lesquels s'échappe l'air combiné , sans donner de la fu-
mée, attendu qu'on y brûle du coke et du charbon de bois.
Tout cet appareil est placé sur le derrière de la voiture.
Les réservoirs d'eau et de vapeur, ou plutôt les séparateurs,
ainsi qu'on les nomme, sont aussi placés derrière la voiture et
envoient l'eau dans les tuyaux où elle se convertit en vapeur;
de là le fluide passe dans les deux cylindres qui sont disposés
sous la voiture, et dont les pistons, au moyen de bielles im-
priment les mouvemens aux roues de derrière Un réservoir
d'eau alimentaire est placé aussi sous la voiture, et il est rempli
de nouveau à chaque relais. Sa contenance est d'environ 2^5
litres, et il suffit pour une marche de plus d'une heure. Au
moyen d'un régulateur, on peut imprimer aux roues un mou-
vement de deux à dix milles par heure et même plus, si cela
devenait utile.
La voiture a la forme d'une diligence ordinaire, portant six
personnes dans l'intérieur, et quinze à l'extérieur, sans compter
le guide çjui est aussi le mécanicien. Cette voiture a six roues :
les deux de derrière, qui reçoivent seules le mouvement des
pistons, ont cinq pieds de diamètre; celles du milieu, qui sont
celles de devant dans les diligences ordinaires, ont trois pieds
neuf pouces; et les deux roues de devant, ou directrices, ont
a5o EUROPE.
trois pieds. Le guide est placé au-dessus de ces dernières, et
les dirige au moyen d'un levier à poignée. Il a à sa portée la
tige d'une soupape à gorge pour guider l'introduction de la
vapeur : il peut ainsi régler, à volonté, le mouvement de la
voiture, accélérer, retarder, arrêter sa marche, et même la
faire reculer.
Lorsqu'il s'agit de monter des pentes rapides, la voiture est
munie de jambes à mouvement alternatif, qui ajoutent à l'ac-
tion des roues. Ces jambes sont mues parla machine, à la vo-
lonté du guide, ainsi que des forins qui enraient les roues de
derrière, et en ralentissent les mouvemens dans les descentes.
Le dessus de l'impériale de la voiture est à neuf pieds au-dessus
du sol.
Le poids total de la voiture et de tous les appareils est porté
à quinze cents kilogrammes. La détérioration de la route est
moindre que celle causée par quatre chevaux, dans le rapport
de un à six. Les pieds des chevaux font l'effet de pilons qui
tendent continuellement plus que les roues à détruire les routes.
Lorsque les roues sont à large jantes, au lieu d'être étroites,
M. Mac-Adam pense qu'elles font aux routes plus de bien quç
de mal. L. Séb. Lenormand.
N. D. R. Un des points les plus importans a été de mettre
les voyageurs à l'abri de toute espèce d'accident , et de leur
inspirer une entière sécurité. En effet, ils ne courent aucun
danger, lors même que la chaudière, ou plutôt l'assemblage
de quarante tuyaux cylindriques qui la remplace viendrait à
éclater. Le seul accident possible serait la rupture de l'un des
cylindres, et par conséquent une diminution momentanée d'un
4oe dans la puissance de la vapeur. Mais le mécanicien con-
ducteur peut sur-le-champ réparer le dommage , en rempla-
çant par un autre cylindre celui qui serait hors de service. Il
est toutefois très-peu probable qu'une semblable rupture puisse
avoir Heu. Car avant de faire usage des cylindres, on les soumet
à une pression cinquante fois plus forte que celle qui est néces-
saire pour mettre la voiture en mouvement.
RUSSIE.
Odessa. — Culture de l'olivier. — La côte méridionale de la
Crimée possède deux variétés d'oliviers qui y sont devenues
indigènes. Le port de l'une est pyramidal , le fruit d'un ovale
parfait ; les branches de l'autre sont pendantes , et le fruit
gros , en forme de cœur, et abondant. Ces arbres précieux ont
résisté aux injures des siècles et à la barbarie des peuplades.
RUSSIE.— DANEMARK. *r>i
qui ont succédé aux colons grecs et génois; mutiles y > it r la
main des hommes, rongé* par la dent du bétail, ils ont con-
stamment repoussé au pied et par le haut. En 1812 , un jardin
Impérial l'ut créé h Nikita, On s'y occupa spécialement de la
culture et de la propagation de ces arbres utiles, que l'on
parvint à multiplier par boutures; et l'on lit venir de France
diverses espèces d'oliviers cultivées en Provence. Elles pros-
fiérèrent jusqu'à l'hiver de 1825 à 1826 qui les fit périr jusqu'à
a racine , tandis que les oliviers indigènes résistèrent au froid
dans toutes les expositions. Au printems suivant on les distri-
bua aux propriétaires établis sur la côte méridionale de la
Tauride ; ils reprirent parfaitement, après avoir été trans-
plantés , et de toutes parts on fit de nouveaux élèves. Il serait
peut-être utile aux propriétaires du midi de la France de mul-
tiplier chez eux ces espèces, aguerries contre un froid de 10
degrés Réaumur ; et c'est sans doute , un service à rendre
aux cultivateurs d'oliviers que de les prévenir que la direction
du jardin impérial de Nikita offre à cet égard ses services aux
particuliers ou aux établissemens publics de l'étranger. Elle
demande en revanche que les agriculteurs du midi de la
France veuillent bien lui communiquer en détail leurs mé-
thodes les plus avantageuses sur la manière de multiplier cet
arbre précieux ; et surtout lui faire savoir si l'on a constaté
par des expériences suivies que l'olivier se greffe avec avan-
tage sur le troène (ligustrum vulgare) , ainsi que l'a annoncé
M. Noisette ; si ces greffes sont de quelque durée, et ne se
décollent pas après quelques années , lorsqu'on a eu soin
d'enterrer la greffe à la profondeur de quelques pouces , afin
de faire prendre racine au scion même d'olivier. Les semis,
jusqu'ici, n'ont pas réussi, parce que probablement on avait
omis de tremper les noyaux dans une forte lessive avant de
les semer. Les personnes qui se sont occupées de semis d'oli-
viers sont également invitées à faire part de leurs observations
à la direction du jardin impérial de Nikita.
(Extrait du Journal d'Odessa.)
N. du R. La greffe de l'olivier sur le troène ne peut être qu'un objet
de curiosité : le tronc de l'olivier, lorsqu'il a pris tout son accroisse-
ment, est d'un diamètre au moins quintuple du plus gros troène ; un
support aussi grêle n'est pas fait pour un arbre.
DANEMARK.
Copenhague. — Société établie pour propager l'étude de la phy-
sique expérimentah'. — En appréciant les bienfaits de la civi-
lisation, on a généralement reconnu toute la puissance des
25a EUROPE.
sciences physiques SUT la prospérité d'un pays. Ces sciences,
qui nous dévoilent le pouvoir des machines, la nature et l'effet
des élémens, les qualités des diverses substances et le moyen
d'en tirer avantage, sont essentiellement liées au bonheur des
hommes en société. Aussi l'Angleterre et la France, qui dans
les progrès de l'industrie se montrent de dignes émules, n'ont-
elles rien négligé pour propager leur étude. Les soins infati-
gables de M. le professeur Oersted, sont parvenus dès i8*23
à établir à Copenhague une Société dont le but est de
répandre la connaissance de la physique appliquée. Son plan
eut le plus grand succès. Son altesse royale le prince Christian-
Frédéric en embrassa l'idée avec ce zèle actif et bienfaisant
qu'il fait admirer toutes les fois qu'il s'agit des arts et des
sciences; et la Société se forma sous ses auspices. Elle compta
parmi ses premiers membres les ministres d'état L. E. M. le
comte de Schimmclmann et M. de Mœsting , le grand maré-
chal de la cour M. de Hauch et plusieurs fonctionnaires dis-
tingués. Le prince, comme protecteur de la Société, en fit un
rapport à Sa Majesté qui daigna l'assurer de sa haute pro-
tection.
La Société se proposait d'ouvrir à Copenhague et dans les
principales villes de province des cours publics, dans lesquels
on enseignerait les lois d'après lesquelles agissent les forces de
la nature et les moyens que présente la physique expérimen-
tale pour tirer des productions du pays tous les avantages
possibles. Elle s'engagea encore à publier desinstructions utiles,
à donner des renseignemens à tous ceux qui en demanderaient
sur l'agriculture, les manufactures, l'industrie en général, et
enfin à procurer des secours pécuniaires à des jeunesgens qui
voudraient se perfectionner, sous la direction de la Société,
dans les arts mécaniques pour lesquels ils auraient d'heureuses
dispositions.
M. Oersted a été, à l'unanimité, nommé directeur. C'est lui
qui rédigeles instructions données aux personnes que la Société
envoie faire des cours dans les provinces; il désigne le sujet
qui doit être traité dans ces cours; les professeurs Oersted ,
Zcise et Forchammer font les leurs gratuitement. Les villes
d'Aarhus, Aalborg, Viborg, Odensé , Randers, Elseneur et
Fi édériksvœrk ont déjà profité des soins de la Société. On y a
ouvert des cours très-suivis. M. Saptorph , directeur d'un col-
lège à Odensé, a professé publiquement dans cette ville , et
M. Koester, pharmacien , a suivi cet exemple dans d'autres
villes. Conformément aux dispositions de son prospectus, la
Société s'est encore rendue utile en publiant des ouvrages ten-
dant à l'amélioration de. l'économie industrielle. V. B.
DANEMARK..— ALLEMAGNE. a53
— La Société archéologique du Nord \Nordiske Oldshrift Selskab)^
a nommé, dans la séaiico du ir> novembre 1827, M. Depping ,
résidant à Paris, auteur de Y Histoire des Normands en France ,
membre ordinaire. Cette société publie un journal sous le titre
d'Hermod; elle a entrepria l'impression des anciennes Sagas is-
landaises; ses statuts sont en langue islandaise, ainsi que les
diplômes de ses membres, et elle a pour devise une inscription
runique. Z.
ALLEMAGNE.
Saxe. — Etat de l'industrie métallurgique (en 1826). — Le nom
seul de Freyberg rappelle de riches mines d'argent et de
plomb et une école célèbre. Les mines de Freyberg sont tou-
jours exploitées avec beaucoup de soin ; mais leur richesse a
diminué sensiblement dans ces dernières années; et elles ne
peuvent être sauvées, nous assure- tron, que par le percement
d'une grande galerie d'écoulement qui aboutirait à l'Elbe et
assécherait les parties basses, très-abondantes en argent. La
dépense est la seule cause qui ait empêché jusqu'à ce jour
l'exécution de ce projet. M. Brendel, directeur des machines,
qui a rapporté d'Angleterre les connaissances pratiques les
plus étendues, a construit dernièrement sur l'une des mines de
Freyberg une machine à colonne d'eau remarquable par sa
bonne disposition. Comment se fait-il que ce genre d'appareils
ne devienne pas plus commun en France, lorsque dans toutes
les parties de l'Allemagne on en a reconnu la supériorité? Les
procédés des usines de Freyberg ont subi depuis trois à
quatre ans des changemens très-importans. On séparait an-
ciennement à l'atelier d'amalgamation le cuivre de l'argent par
la coupellation avec addition de plomb; on grille maintenant
l'alliage provenant de la réduction de l'amalgame et on le
traite ensuite par l'acide sulfurkjue faible qui dissout l'oxide
de cuivre et n'attaque pas l'argent. — Dans les fonderies on
a substitué le coke au charbon de bois avec succès; on a ob-
tenu des produits plus purs, on a fait de plus longues cam-
pagnes, et l'économie de bois pour le pays a été considérable.
— Ces perfeclionnemens sont dus aux talens et à l'activité de
M. de Herder, directeur général des mines, et fils du célèbre
philosophe de ce nom, qui a trouvé d'utiles auxiliaires dans
le professeur de chimie à Freyberg, M. Lampadius, l'inspecteur
général des usines, M. Wolf, et dans plusieurs employés sub-
alternes.
I/administration des mines et usines de Freyberg nous a
2.V, EUROPE.
paru un peu compliquée. Nous n'avons sur les connaissances
pratiques et la complaisance des différens chefs et employés
qu'à répéter ce que déjà nous avons dit en parlant des mi-
neurs du Harz ( Voy. ci-dessus, p. A97 ). Peut-être serait-il
juste de dire que les connaissances théoriques sont plus répan-
dues en Saxe qu'au Harz.
A l'époque de notre séjour en Saxe , plusieurs agens des
compagnies anglaises cherchaient à recruter des ouvriers pour
le Mexique. Le gouvernement saxon venait de s'y opposer par
une ordonnance. Au Harz l'autorité était plus indulgente à cet
égard; un grand nombre d'officiers et d'employés étaient
engagés.
L'école de Freyberg a perdu en 1826 un de ses professeurs
les plus distingués, M. Mohs, qui est allé s'établir à Vienne.
Elle est toujours suivie par beaucoup de jeunes gens. — On y
fait un cours de jurisprudence des mines qui manque aux
écoles françaises et serait cependant d'une grande utilité sur-
tout pour les ingénieurs au service du gouvernement. — Les
collections de minéralogie, de géologie et de machines sont
fort belles : les Saxons, qui paraissent être ceux des habitans de
l'Allemagne dont les mœurs se rapprochent le plus des nôtres ,
les entretiennent avec un soin et une coquetterie toute particu-
lière, quelquefois même peut-être excessive.
Aug. Perdonnet.
SUISSE.
Appenzell. — État de V instruction populaire. — Le gouver-
nement d'Appenzell, Rhodes extérieures, vient de s'occuper
de ce qui tient aux écoles et statuera plus tard sur les mesures
plus utiles à prendre a cet égard. Un tableau comparatif qui
comprend les années 1804 à 1827, démontre leurs progrès dans
cet espace de tems. Il y a vingt- trois ans que les 5g écoles de
l'époque étaient visitées chaque jour par 2,109 enfans- Aujour-
d'hui 73 écoles répandent l'instruction parmi 3,5o2 élèves, ce
qui dépasse de deux cinquièmes le nombre d'alors, et le porte
au dixième de la population des Rhodes (elle est de 37,724
âmes). Si (dit la Feuille mensuelle appenzclloisc), d'après M. Ch.
Dupin, l'Angleterre ne voit dans ses écoles que la 16e partie
de sa population, l'Autriche la i3e, la Hollande la 12e, la
Bohême la 11e, la Prusse la 18e, la France la 3o% le Por-
tugal la 80e de la leur, alors les Rhodes extérieures ne doivent
pas trop nvoir honte de leur 10e, et si l'on portait en compte
les enfans qui suivent les répétitions, il en résulterait un éco-
lier sur 6 habitans. Z.
SUISSE. *.'>$
Cas TOJI i>r. Vaud. — Législation criminelle. — - La Suisse pa-
raît eplin ne devoir plus rester étrangère aux progrès que la
science législative a faits en fSurope et en Amérique, depuis
un demi-siècle. Long-tems, eu effet, cette cou liée dont on
vante la civilisation et la liberté, regardait avec une sorte
d'horreur toutes les innovations qui étaient de nature à appor-
ter quelques changemens à l'ancien ordre de choses. Aussi ,
tous ceux qui en avaient étudié les mœurs pouvaient-ils dire
avec M. le professeur liossi : «On y traite les vérités comme
les hommes : on leur demande, quel âge avez-vous? et, si elles
n'ont pas eu le tems de vieillir, on les regarde comme n'ayant
pas encore le droit d'entrer au sénat. » {Annales de législation,
t. i , p. 69.)
Cette fâcheuse disposition des esprits, et notamment de
ceux qui ont acquis une certaine importance politique parmi
leurs concitoyens, avait fait déjà repousser l'institution du jury
que quelques hommes éclairés avaient tenté d'introduire dans
\e canton de Vaud. (Voy. Rev. Enc., t. ni, p. 58 1 , septembre,
1819; t. vi, p. 374, et t. vu, p. 6 1 5.) Une nouvelle tentative
de ce genre a eu lieu; et, quoiqu'elle n'ait pas obtenu un ré-
sultat beaucoup plus avantageux, on peut cependant espérer
que les traces qu'elle a laissées ne s'effaceront pas de sitôt.
Dans la session du grand Conseil de 1826, le Conseil d'état
avait présenté à cette assemblée un projet comprenant les
bases d'une nouvelle procédure pénale, fondée sur l'instruc-
tion orale publique et sur la conviction morale du juge, et
conservant les tribunaux permanens. Il accompagna cette pré-
sentation d'un rapport dans lequel il développait les motifs du
projet et la marche qu'il avait cru devoir suivre. Le grand
Conseil n'hésita pas à se prononcer pour la publicité des dé-
bats et la conviction morale du juge; mais le jury fut demandé,
comme devant nécessairement être substitué aux tribunaux
permanens dans la nouvelle procédure. Reprenant de nou-
veau cette grande question, le Conseil d'état a fait, dans la
session de 1827, une seconde tentative et a présenté un projet
de loi intitulé ; Organisation de la procédure criminelle, d'après
les formes du jury. La première base de ce projet était que les
délits seraient jugés par des Cours d'assises sur la déclaration
du jury. La liste des jurés devait être composée d'un individu
sur cent de la population; c'est-à-dire, de i5oo citoyens âgés
de vingt-cinq ans, n'étant ni interdits, ni faillis, ni assistés
par une bourse^de pauvres, etc. Cette liste, par diverses opé-
rations de commission, de sort ou de récusation, se trouvait
réduite au nombre de douze citoyens, formant le jury chargé
*56 EUROPE.
déjuger une affaire criminelle. La commission de cinq mem-
bres, destinée à émettre une opinion préalable sur ce projet,
se partagea en majorité et minorité. La première, composée de
trois membres, fut d'avis de rejeter l'art. ier du projet, relatif
au jury; la minorité opina, au contraire, pour que cet article
fut adopté. Les deux parties de la commission motivèrent cha-
cune leur avis et on en trouve le texte dans les nos 6? 7 et 8
de la Feuille du canton de Vaud. Le grand Conseil ouvrit la
discussion sur cette importante loi, dans sa séance du 3o mai
dernier; divers orateurs furent entendus dans les deux sens;
et, lorsqu'on passa au scrutin, on eut la douleur de voir
soixante-six suffrages se. prononcer contre ce projet, tandis
que vingt-sept seulement l'appuyaient. Malgré ce triste résul-
tat, les amis de l'humanité et des lumières n'en doivent pas
moins concevoir de justes espérances pour l'avenir. En effet,
si nous sommes bien informés, ce double principe, si nouveau
dans la législation vaudoise, de la publicité des débats et de la
conviction morale du juge n'a trouvé que bien peu de contra
dicteurs; et une fois admis dans la pratique, il servira de
transition naturelle pour passer de la procédure inquisitoriale
à l'admirable institution du jury.
Nous ajouterons, comme complément à ce que nous venons
de dire sur l'état de la législation criminelle dans le canton
de Vaud, qu'il résulte d'un rapport officiel fait sur la maison
de détention de Lausanne, que le régime pénitentiaire, établi
depuis plusieurs années, y produit les plus heureux effets.
Voici, du reste, la statistique exacte des procès criminels et
correctionnels qui ont eu lieu, en 1825 et 1826, dans ce
canton. Dans la première de ces années, 14^ jugemens avaient
été rendus; la seconde n'en offre que 109, dont trente par les
tribunaux inférieurs, et 79 par le tribunal d'appel. De ces 109
jugemens rendus en 1826, il y en a eu 101 qui ont porté sui-
de simples délits correctionnels , et 8 seulement sur des causes
criminelles; la peine la plus forte qui ait été prononcée est
celle de quatre années de fer, pour fabrication de fausse
monnaie. On doit observer encore qu'en 1825, il y eut 27
condamnés en état de récidive, et en 1826, seulement 11;
qu'en outre, sur les J09 jugemens, 3o ont prononcé la libéra-
tion ou la simple condamnation aux frais, et que, parmi les
accusés, 24 étaient étrangers au canton. Nous avons déjà eu
occasion d'établir un rapport entre -la population de la France,
de l'Angleterre et de l'Espagne, et les condamnations qui ont
eu lieu dans ces divers états en 1826 (Voy. Rep. Enc, t. xxxiv,
p. 371, et ci-après, p. '16$). Pour compléter, autant que pos-
SUISSE. — ITALIE. *57
iible , cet intéressant parallèle, noua ferons le même rappro-
chement pour le canton de Vaud. La population de ce canton
i'elese maintenant à 170,000 Ames. Or, en déduisant des 109
kigemens criminels et correctionnels, rendus en 18y.fi, les 3o
par lesquels les accusés ont été ou acquittés, ou condamnés
feulement aux frais, ce qui ne peut équivaloir à une peine,
ions trouvons un total de 70, qui , mis en rapport avec la masse
:1e la population, ne présente qu'un individu sur 2i5i nabi-
tans. Le lecteur attentif peut se rappeler qu'en Angleterre il
y a eu un condamné sur 117.6 habitans; en France, un sur
1172; et en Espagne, un sur 885. Tout l'avantagé du parallèle
?st donc en faveur du petit canton suisse. Quelle preuve plus
convaincante que l'instruction populaire et un système de
religion doux et tolérant sont le meilleur moyen de ramener les
nations à la vertu et aux bonnes mœurs? A. T.
ITALIE.
Parme (fi janvier 1 828.) — Encouragement donne aux Lettres. —
S. M. l'archiduchesse, duchesse de Parme, vient d'envoyer une
abatière d'or, comme un témoignage de sa satisfaction et de
son estime, à M. Antoine Briccolani, qui lui avait fait hommage
d'un exemplaire de sa belle traduction en vers italiens ( ottave
rima) des Lusiades de Camoens. (Paris, 1826, t fort vol. in-32,
imprimé par F. Didot. Chez le traducteur , rue de la Harpe,
n° 5. Prix , 5 fr. Voy. Rev. Enc. , t. xxxi, pag. 519).
Milan. — Exposition des beaux- arts. — L 'Académie des
beaux-arts de Milan ayant décerné les prix d'usage aux artistes
qui ont concouru , on a remarqué d'abord que tous ceux qui
ont obtenu des prix ne sont que des Milanais. Le grand prix
de peinture a été adjugé à M. Ambroise Puva ; celui de scul-
pture, à M. Louis Scorzini , et celui à' architecture , l\ M. Gas-
pard Fossati. Jean Pagani a obtenu celui du dessin de la
figure , et Ange Moja et Dominicpœ Brusa celui du dessin de
f ornement. On a en même tems apprécié les travaux qui ont
mérité une mention honorable, et accordé des éloges aux
artistes qui, sans prendre part au concours, ont le plus fixé
dans l'exposition, l'attention du public. On a distingué surtout
les dessins de perspective, qui honorent l'école de M. San-
quirico, regardé comme le peintre par excellence des déco-
rations scéniques chez les Italiens. La Bibliothèque italienne
rend justice à tous ses élèves qui ont fait preuve de talens,
sans négliger les conseils, souvent plus utiles aux jeunes ar-
tistes que les éloges. (N°. CXLI , pag. /,i5.) Nous indique-
t. xxxvir. — Janvier 1828. ' 17
258 EUROPE.
rons ici seulement quelques objets plus remarquables par
leur importance ou leur singularité.
Pour la peinture historique, M. Hayez a représenté Marie
Stuart , au moment où elle monte sur l'échafaud; M. Palaci
s'est plu à retracer le grand Newton observant pour la pre-
mière fois le phénomène de la réfraction des rayons de la
lumière dans les petits globes de savon qu'un enfant s'amuse à
faire tomber de sa fenêtre; M. Diotti a exposé le jeune Tobie
rendant la vue à son vieux père. On assure que les trois peintres
ont partagé les suffrages dans des sujets si différons. Parmi les
divers tableaux de M. Hayez, on distingue celui de Clorinde mou-
rante au moment où Tancrède , la reconnaissant , lui donne
le baptême. M. Palàgi a exposé sa Véturie se présentant avec
les matrones romaines devant Coriolan, qui commande l'armée
des Volsques, sous les murs de Rome. M. Pompée Marquesi
s'est fait remarquer par divers travaux de sculpture. On a
signalé quelques ouvrages de peinture de MM. Pagna Servis
et Castelli. Plusieurs femmes artistes ont aussi fixé les regards.
M'ne Joséphine Crippa-Sepolina a représenté Louis XIV con-
duit par madame La Vallière à sa retraite, dans le couvent
des Carmélites ; la seconde a intéressé les connoisseurs par
quelques portraits. Il semble que l'Académie des beaux-arts de
Milan annonce de grands progrès, si Ton considère le nombre
de ses élèves, le mérite de ses professeurs, et le caractère des
ouvrages des uns et des autres.
Nécrologie. — L'avocat Charles Bosellini est mort le
ier juillet 1827. Né à Modènc en 17 65, il étudia les belles-
lettres, la philosophie et la jurisprudence. Il voyagea en France
et en Angleterre, et acquérant toujours de nouvelles connais-
sances, il sut apprécier celles qui méritaient d'être préférées de
son tems. De retour en Italie, il se trouva entraîné par les mou-
vemens politiques qui agitèrent la péninsule depuis 1 796. 11 occu-
pa divers emplois honorables, et fut d'autant plusestimé parses
compatriotes, qu'il était difficile de s'acquitter de son devoir
au milieu du conflit des partis contraires. Aussitôt qu'il vit
s'évanouir les espérances qu'il avait conçues pour l'avenir de
l'Italie, il se consacra tout entier aux études et à la retraite;
il voulut du moins être utile à sa patrie par ses pensées, ne
pouvant plus l'être par ses actions. Plusieurs Mémoires furent
le fruit de ses recherches philosophiques sur des sujets relatifs
à la législation et à l'économie politique. Il publia en 1816
son ouvrage intitulé : Nuovo csanw délie sorgenti délia publica
c dclla privata ricliezza (Nouvel examen des sources de la
richesse publique et privée). Il est bon de remarquer que ce
ITALIE.— ILES IONIENNES. 25<j
aile, qu'on ne pul imprimer du teins do Napoléon, l'a été
près ->;i chute, sous le gouvernement du (lu<- de Modène. L'au-
nr examine el compare les principes A1 Adam Smith, de Lau*
frdalc el de quelques autres économistes modernes, et suit
vjours sa propre pensée. Il ue borne pas, comme tant d'autres,
richesse publique et privée à l'agriculture, aux arts1, au
immerce; il la cherche encore dans les garanties sociales, dans
travail, l'industrie, l'épargne, qu'il regarde tous comme les
émeus primitifs de toutes sortes de richesses. M. Bosellini avait
abord cru possible un excès dans la production générale 3
lànt mieux considère les théories de MM. Sismondi et Mal-
Itff, qui attribuent à un tel excès la crise actuelle de l'Angle-
rre, il a pris part à leur discussion, et s'est déclaré contre
opinion de ces deux célèbres économistes. On trouve dans
ontologie de Florence divers articles de cet écrivain sur
ïtte question. En général , les idées de M. Bosellini tendent
l'amélioration de son pays. Il était convaincu qu'une sage
Perte, ainsi que la tolérance et l'égalité devant la loi, sont
(clamées par la justice et par la religion. Il sentait la néces-
té d'un régime constitutionnel pour satisfaire aux besoins des
copies, et seconder le développement de leurs facultés. Le
oui nal arcadique de Rome contient plusieurs articles remar-
uablcs de M. Bosellini, sur le Prospectus des sciences écono-
miques de INI. Gioja, et sur les Nouveaux principes d'économie
olitique de M. Sismondi. On trouve dans le même journal/un
iblcau historique des progrès des sciences économiques , depuis
mr naissance, jusqu'en i8'25. M. Bosellini est encore auteur de
eux opuscules intéressans, l'un sur le système de succession
Wopté en Angleterre, et l'autre sur quelques opinions du comte
mrbacovi, concernant la pluralité des voix, la réforme des
odes civils et d'autres sujets analogues. M. Bosellini a été un
xcellent époux, un père tendre et prévoyant, un ami géné-
eux, et ses enfans élevés et instruits par lui-même continue-
on t d'honorer son nom en marchant sur ses traces. F. S.
ILES IONIENNES.
Santé publique. — Frictions mcrcurielles employées avec succès
outre la peste, pour empêcher le développement de ses effets mor-
,./,. /T \ — tjh bateau des îles Ioniennes, ayant été rencontré à la
(1) Communiqué à l'Académie des Sciences, dans la séance du
4 décembre.
*7-
i6o EUROPE.
mer par un vaisseau turc, fut forcé , pour se faire reconnaître
(.l'envoyei à bord son patron. De retour à Céphalonie, l'équi-
page de ce bateau fus mis eu quarantaine, et il fut constaté qu<
celui des marins qui avait communiqué avec le bâtiment otto-
man était atteint déjà des premiers symptômes de la peste
Quoiqu'aucun autre n'offrît d'indice de cette contagion, h
médecin anglais du lazaret résolut de soumettre tous ces ma-
rius, sans exception , à un traitement mercuriel énergique, in-1
terne et externe. L'événement ne tarda pas à prouver que la'
transmission de la maladie de l'un à l'autre avait eu lieu
ainsi qu'il l'avait soupçonné. Tous ces individus furent atteint*
successivement de la peste; mais ils le furent avec des diffé-
rences extrêmement remarquables. Le patron et un autre ma-
rin, qui n'avaient éprouvé aucun effet sensible du traiteraeni
mercuriel, subirent la maladie dans toute sa violence et suc-'
combèrent. Au contraire, les matelots, sur qui le mercure
produisit ses effets puissans, en se portant sur les glandes
salivaires, ne furent atteints que de symptômes qui ne les
exposèrent à aucun danger, quoiqu'ils caractérisassent com-
plètement l'infection. Ces matelots, au nombre de dix , échap-
pèrent tous à la mort ; et il y a tout lieu de croire que ce fut à
l'efficacité du traitement mercuriel qu'ils durent leur salut.
Déjà, lors de l'irruption de la peste à Malte, en i8i3, on-
avait pareillement fait usage du calomélas, pris intérieurement
à grandes doses, et de frictions mercurielles très-énergiques;
mais on n'y avait eu recours qu'après l'invasion de la maladie,
pour essayer de l'arrêter dans son cours, tandis qu'à Cépha-
lonie on vient d'employer ce même remède avant le déve
loppement de la peste, lorsque le danger de l'infection était
imminent, et sans attendre que l'apparition des premiers
symptômes rendît ses effets tardifs, incertains ou impuissans
Un moyen aussi simple que des frictions mercurielles, qui
préviendraient, sinon l'invasion de la peste, du moins ses
effets mortels, doit exciter un intérêt d'autant plus grand que
des communications avec des navires infc ctés de cette maladie
peuvent être à chaque instant provoquées par les événemens
dont la Méditerranée est aujourd'hui le théâtre.
Mon eau de Joxxès.
Nécrologie. — Frédéric North, comte de Guilford, cheva-
lier grand'eroix de l'ordre de Saint Michel et de Saint-Georges,
chancelier de l'université des îles Ioniennes, etc., était le troi-
sième fils du fameux lord North, premier ministre d'Angle-
terre sous le règne de Georges III. Né en 1766, il est mort le 14
octobre 1827. Nommé, il y a quelques années, gouverneur de
ILES ioniennes. *$*
jeylan, il entreprit avec 1M. Cordiner un voyage dans linté-
feur de l'île, el se mil ainsi en éfet «l'eu donner Une excellente
escripiion. De retour en Angleterre, il fut envoyé aux îles
pniennes avec une mission du gouvernement.
La plus vive affection attachait lord Guilford aux restes
ut rages de la malheureuse Grèce; et ce fut avec nne philan-
ropie qui, comme on l'a dit poétiquement, « n'avait jamais
l'hiver, » (ju'il employa sa fortune et ses talens a tenter, en
élevant le caractère national des habitans des îles Ioniennes,
e ramener ces îles à leur splendeur première. Il réussit d'a-
lord à établir des écoles dans quelques-unes des îles qui
ont presque continues à la Grèce. Enfin, soutenu à la fois par
e gouvernement anglais et par le parlement ionien, il se \it
n état de réaliser son projet chéri, et Corfou devînt, par ses
oins, le siège d'une université grecque. Il serait difficile de
e faire une idée de tous les obstacles, de toutes les intrigues
[ni entravèrent les efforts du noble philhellène, et qui exigèrent,
pur y résister, l'heureuse réunion dur. caractère ferme et per-
évérant, d'un esprit concilia tenir et élevé, d'une grande for-
une et d'un rang distingué. Sans cet heureux concours de
[ualités, de talens et d'avantages divers, il n'eût été donné à
jersonae de réussir; et, s'il en eût manqué un seul à lord Guil-
ord , il est probable qu'il eût échoué dans son entreprise. Eu
lépit de la constitution, appelée si faussement libérale, cpie le
[ouvernement anglais avait octroyée aux îU:s Ioniennes, la
puissance accordée au lord haut commissaire était immense, et
e caractère tyrannique de sir Thomas Maitland, qui était alors
evètu de cette importante dignité, le rendait ennemi de toute
îroposition généreuse. Ce fut pourtant sous ces décourageans
mspices que lord Guilford obtint du parlement des îles Io-
liennes que l'université de Corfou serait établie, dès qu'il au-
ait été possible de réunir les élémens nécessaires au succès.
Ze fut alors que lord Guilford montra réellement de la persé-
vérance et du courage. Il était impossible de trouver parmi les
ioniens des professeurs instruits, et le peu d'étrangers éclairés
jui habitaient sur le sol de la république des Scpt-Iles ne par-
aient pas la langue nationale avec assez de facilité pour donner
les cours publics. Il fallut donc faire instruire les professeurs eux-
nêmes; et souvent, lorsqu'on se croyait au moment d'être ré-
compensé de tant de peines, une mort imprévue, un mariage ,
m accès d'enthousiasme guerrier, etc. , vinrent tout à coup ren-
verser les espérances que l'on avait conçues, et forcer de faire
le nouvelles recherches et de nouveaux choix. Enfin, après
262 EUROPE.
plusieurs années de patience et d'efforts, après avoir envoyé à
grands frais des élèves dans chaque université et presque dans
chaque grande ville de l'Europe, on parvint à réuni!1 un nombre
de professeurs suffisant pour commencer les travaux scolasti
qn.es. En novembre 1823, lord Guilford reçut la seule récom
pense digne de ses généreux sacrifices et de ses nobles senti-
mens : i! fut nommé archonte ou chancelier de l'université de
Corfou.
Outre un recteur et un bibliothécaire , l'université de Cor-
fou a seize professeurs. La permission d'assister aux cours
publics et aux leçons de langue anglaise est accordée à titre
gratuit. Ainsi les dépenses d'un étudiant se bornent à celles
qu'exigent les besoins de la vie. Le nombre des étudians s'est
considérablement augmenté, depuis l'ouverture de l'université.
Dans la première année, il était de 47 ; de 87 dans la seconde;
enfin , de 21 1 au mois de juin 1826 : ce nombre a encore aug-
menté depuis. Corfou seule en envoie au moins cent, et les au-
tres îles, en proportion de leur richesse et de leur population.
Un tel nombre d'étudians, à une époque si désastreuse pour la
Grèce, prouve incontestablement, d'une part, le besoin d'in-
struction qui pénètre partout; et, de l'autre , la réputation qu'a
déjà obtenue l'université de Corfou et l'estime qu'inspirait son
chancelier.
L'établissement de la bibliothèque de l'université est encore
un des bienfaits ,4e lord Guilford , et il donna les premiers ou-
vrages qui la commencèrent. En 1826 , cette bibliothèque con-
tenait eléjà 9,000 volumes, dont la moitié provenait de la géné-
rosité du chancelier : on a reçu depuis quelques ouvrages im-
portans de la part des deux universités anglaises dans l'Inde,
du roi de Danemark, du comte Mocenigo, noble Zantiote, etc.
Peu de tems avant sa mort, lord Guilford fit à la bibliothèque
un nouveau présent, et ajouta 8,000 ouvrages imprimés à ceux
qu'il avait donnés; il y joignit aussi 3, 000 manuscrits, dont la
plupart, très-intéressans, se rapportent à l'histoire moderne,
depuis le xne siècle jusqu'à nos jours. La bibliothèque se com-
pose maintenant d'environ 21,000 volumes : le public y est
admis.
Nous faisons des vœux pour que la mort de l'honorable fon-
dateur de l'université de Corfou n'arrête pas l'exécution de ses
plans, et pour qu'ils continuent à être exécutés avec le zèle qui
ranimait lui-même. Puisse-t-il avoir un successeur digne de lui !
il trouvera des auxiliaires dans tous les philhellènes qui désirent
vivement la prospérité de l'université de Corfou, et qui souhaitent
[LES loMI'.VM'.S. -ESPAGNE.
que, pour l'honneur de la mémoire de lord Guii fard, et sur-
tout pour le bien de l'humanité) les nobles travaux soient couron-
nés de succès (i). II. II.
ESPAGNE.
Statistique judiciaire. — ■ Parmi les causes jugées par les
tribunaux espagnols, en itt?.(>, on remarque les suivantes:
1^33 homicides, 1 3 infanticides , 5 empoisonnemens, i antro-
bophagie (ce crime a été commis en Catalogne ), io* suicides,
4 duels, 177S blessures graves, 5*2 viols, 1 44 incontinences
publiques, J69 injures, 2763 blasphèmes, 5G incendies, 1620
vols, 10 falsifications de monnaie, 45 idem d'écritures authen-
tiques, 640 abus de confiance et malversations, 10 prévarica-
tions, 1783 excès divers. 167 accusés ont été condamnés à
mort, 5f> aux verges et à l'exposition, 4960 aux travaux pu-
blics, aux arsenaux et aux présides, 479 à servir dans les
armées de terre ou de mer, 46 à la privation de leurs emplois ,
7o38 à des amendes et à des réprimandés. Enfin, il y a eu 194
graciés , et i55a absous ou dont les causes ont été renvoyées.
En additionnant le nombre des condamnés aux peines qui
viennent d'être indiquées, y compris les graciés, qui doivent
être rangés parmi les individus déclarés coupables, nous trou-
vons un total de 12,939. Or, la population de l'Espagne s'élève,
d'après les dernières statistiques, à 11, 44 7*629 âmes. Il résulte
(t) Quoique lord Guilford soit mort en Angleterre , où il était allé
passer quelques mois, son cœur et ses affections vives et profondes pour
sa nouvelle patrie adoptive en faisaient un véritable citoven des îles
Ioniennes auxquelles il a entièrementdévoué les dernières années de sa
vie ; et ce motif nous a fait placer ici l'article nécrologique qui lui est
consacré, et qui. autrement, aurait dû être inséré au compte ouvert de la
Grande-Bretagne. Qu'il nous soit permis, en payant ici un dernier tribut
à la mémoire d'un homme de bien que nous avons personnellement
connu, et qui nous a bonoréde sa bienveillante amitié, de rappeler que
lord GruLFORoest venu lui-même, à trois reprises, en passant à Paris,
communiquer à la direction delà Revue Encyclopédique des renseigne-
mens sur l'état de l'université et de l'instruction publique en général
dans les îles Ioniennes, et qu'il a témoigné à plusieurs rédacteurs de
ce Recueil le vif intérêt que lui avait inspiré une entreprise de bien
public destinée à rapprocher, par des communications mutuelles et
fréquemment renouvelées , les hommes généreux et éclairés de toutes
les nations. Il avait invité en particulier le fondateur de la Renie à faire
avec lui un voyage à Corfou pour y observer de prè^ la situation mo-
rale de cette contrée, et [jour en présenter un tableau fidèle et complet,
propre à exciter l'émulation pour le bien et à faire apprécier le zèle
des jeunes et savans professeurs qui se sont dévoués h la plu» noble
mission. N. Ju R.
264 EUROPE,
de là qu'en ce pays on trouve un criminel sur 885 habitans.
Il y a quelque tems, nous avons eu occasion de faire, dans ce
recueil , le même calcul pour la France et. l'Angleterre, et nous
avons trouvé, dans le premier de ces pays, un condamné sur
ii 72 habitans, et dans le second, un sur 1226. (Reçue Ency.
T. XXXIV, p. 371.) Aujourd'hui, l'Espagne vient grossir ce
curieux parallèle, et son exemple sert à démontrer de nouveau
l'heureuse influence de la civilisation et des lumières sur les
mœurs des peuples. En comparant l'Angleterre, la France et
l'Espagne, nous sommes obligés de convenir que la nation
anglaise est la plus avancée dans la route de la civilisation ;
aussi trouvons- nous, quoique l'opinion contraire soit géné-
ralement répandue, que ses tribunaux ont à flétrir moins d'ac-
tions coupables dans une année, que les nôtres dans la même
période. D'un autre côté, quelle immense différence entre la
France et l'Espagne! Ce calcul incontestable ne suffit- il pas
pour dévoiler toute la pensée des hommes qui voudraient nous
faire rétrograder au point où se trouvent en ce moment nos
voisins d'au-delà des Pyrénées ? A. T.
Madrid. — Académie des Beaux- Arts. — Exposition annuelle
des ouvrages de peinture. — L'exposition de cette année ( 1 827)pré-
sente moins d'intérêt que celles des années précédentes. Cepen-
dant, un tableau d'EsPARicio a fixé l'attention publique, beau-
coup plus par l'intérêt du sujet que par le talent du peintre.
Il représente le débarquement du roi au port de Sainte-Marie .
Ce tableau contient plus de cinquante portraits , dont un du
dauphin, et plusieurs de généraux français. Il a été exécuté
aux frais de la municipalité de Madrid, qui en a fait présent
au rpi.
Un ouvrage d'un mérite bien supérieur dans un autre genre
est aussi exposé depuis peu, dans une salle basse du Musée,
aux regards des curieux; c'est un groupe en marbre, arrivé
dernièrement de Rome, où il a été sculpté par l'Espagnol
Alvarès, et représentant une scène du siège de Sarragosse, un
vieillard blessé, défendu par sonjils. Ce groupe , d'une propor-
tion colossale, a réuni tous les suffrages. N.
PAYS-BAS.
Colonies de bienfaisance de Frédériks-Oord et de AYor-
tel. — La Russie a créé des colonies militaires : système cou-
veuable tout au plus à un peuple qui veut s'organiser pour la
conquête, mais peu favorable au développement des popula-
tions libres qui cherchent la prospérité dans l'industrie et des
!
IWYS-HA.S.
istitutions pacifiques, c'est 049 qu'attestent les derniers rapporta
ont cette espèce de colonies régi mentai res a été l'objet. Le
ouvei iiemenl des Pays - lîas s'est proposé tin tout antre but,
■lui d'améliorer 1" soit de la classe indigente, < n l'employant
(•(invertir en plaines fertiles des bruyères et des landes in —
■Ites. Aucun des étabùssemens <jué ce gouvernement a fondés
t qu'il protège n'atteint ce but d'une manière plus satisfai-
ante que les colonies de bienfaisance de Frédèriks - Oord et
e Wortel, Les détails qui vont suivre s'appliquent également
d'autres colonies qui se sont formées sur le même plan, et
ont la direction est la même; il en existe onze dans les pro-
inees septentrionales, et trois dans les provinces méridionales.
Détruire peu à peu la mendicité, ramener l'homme à la vertu
t au bonheur par le travail, tel est le résultat progressif etassuré
es colonies agricoles, situées dans les landes cîeDrentheet d'/Yn-
ers. On ne peut se dissimuler que le bienfait de la vaccine et le
îaintien prolongé de la paix, qui tendent à conserver la vie à
m grand nombre d'individus, tandis que l'invention des ma-
hines industrielles prive souvent de travail une foule d'hommes
|ui n'ont que leurs bras pour ressource, contribuent aussi à
•euplcr les dépôts de mendicité et absorbent en partie les res-
ources des bureaux de bienfaisance (i).
Il fallait donc en trouver d'autres, et cela ne tarda point. Le
lonheur d'indiquer le meilleur moyen d'extirper la mendicité
t de procurer du pain à une foule d'hommes aux prises avec le
lesoin, était réservé à M. le général Van den Bosch. Cet offi-
ier, déjà connu dans la république des lettres, conçut l'idée de
réer dans nos vastes bruyères des colonies agricoles pour les
ndigens, et traça lui-même le plan de ces nouveaux établisse-
riens. Son projet fut adopté par le gouvernement qui nomma
me commission et arrêta le règlement de la Société, sous le
lom de Société de bienfaisance , fondée par le prince Frédéric.
D'après ce règlement, tout habitant des Pays-Bas , pourvu
[u'il ne soit pas sous le coup d'un jugement infamant, peut
Ire membre de la Société de bienfaisance, moyennant une cot-
ation annuelle de deux florins Go ccuts des Pays-Bas (5 f. 75c).
La Société est présidée par le prince Frédéric et dirigée par
leux commissions. La première , sous le titre de Commission de
(i) Ces institutions , dans les Pays-Bas, sont loin de ressembler à la
Maison de travail dé Florence, dont nous devons d'intéressantes des-
Tjptions à M. Pictf.t, de Genève , dans la Bibliothèque, universelle , et
iu docteur Vale>tiw, dans son I oyage médical en Italie.
266 EUROPE.
bienfaisance, se compose d'un président nommé à perpétuité, et
de douze membres; ia seconde, appelée Commission de sur-
veillance, admet vingt - quatre membres, y compris le prési-
dent et le secrétaire. Leurs fonctions sont gratuites.
Le but de la Société est de fonder des colonies agricoles et
libres, où des familles indigentes, des orphelins, des enfans
pauvres, trouvés ou abandonnés , soient distribués par mé-
nage.
Chaque ménage obtient une maison meublée et fournie
d'ustensiles aratoires. Cette maison est construite en briques et
se compose d'une chambre commune, de quatre chambres à
coucher, d'une cave et d'un grenier; une grange de la même
grandeur est annexée à l'habitation et renferme une étabic.
A chaque ménage sont affectés, outre l'habitation, i° trois
arpens et demi de terrain défriché, et pour la première fois
mis en culture aux frais de la Société; 2° deux vaches et des
moutons en nombre suffisant pour fournir les engrais.
En arrivant, les colons reçoivent des vêtemens, des vivres
et des avances en argent, jusqu'à ce que leur champ suffise à
leurs besoins. Mais, tout ce que la Société leur fournit en meu-
bles, ustensiles aratoires, vêtemens, etc. , et objets nécessaires
pour leur subsistance, est une avance dont ils doivent succes-
sivement acquitter la valeur. La Société en obtient le rembour-
sement par des retenues hebdomadaires, proportionnées au
gain du colon; cependant, ces retenuevs ne peuvent jamais s'é-
lever par semaine au-delà de 75 cents ( 1 fr. 55 c) sur le sa-
laire d'un enfant de moins de douze ans; d'un florin (2 f. 1 1 c.)
sur celui d'une fille qui a passé douze années ; d'un florin 25
cents (2 fr. 65 c.) sur celui d'un garçon de douze à quinze ans;
d'un florin 5o cents ( 3 fr. 17 c. ) sur celui d'un garçon de
quinzeans. L'excédantest, pendant la premièreannée, remis en
entier à leur disposition ; durant les années suivantes, la moitié
de cet excédant leur est payée , et l'autre est placée à leur pro-
fit personnel dans une caisse d'épargne. Ce fonds leur est res-
titué avec les intérêts, dès qu'iU ont atteint leur vingtième an-
née, ou quand ils quittent la colonie.
Une commune, un corps militaire, une réunion d'employés
ou de particuliers qui versent la somme de 1,600 florins , fixée
pour l'établissement d'un ménage, ont le droit de placer à la
colonie une famille indigente.
Cette famille, pour être admise, doit être pourvue du
nombre de bras nécessaires à son existence. On considère comme
capables de se livrer au travail les enfans âgés de plus de six
ans et d'une bonne constitution.
PAYS-BAS. 467
On obtient l'établissement «l'une famille, en payant, peu
liant seize ans au plus, atô florins ( 02 fr. 75 c. ) annuellement
et par U:tc.
Pour l'admission de six orphelins, en fans pauvres, trouvés
ou abandonnés., âgés de plus de six ans, ou paye par tête
/|5 florins ( 108 francs g5 cent. ) pendant seize ans. Ils sont
reunis au nombre de 1,000 à i,5oo , dans un même local auquel
est affecté le terrain nécessaire pour les nourrir. Un établisse-
ment de ce genre existe à Veen-Iiuiscn ; il est dépendant de la
colonie de Frédericks-Oord. C'est un véritable modèle a pro-
poser, et il serait difficile d'imaginer un plus intéressant spec-
tacle. Je le dis avec un sentiment de satisfaction particulière,
la Société de bienfaisance n'eût- elle à se féliciter que d'avoir
fondé ce bel établissement, elle aurait bien mérité de la patrie,
et acquis des droits légitimes à la reconnaissance des amis de
l'humanité.
Les chefs de famille out la jouissance de l'habitation qui leur
a été remise, jusqu'au décès du dernier d'entre eux. Ils en
payent 5o florins par an ( io5 (r. 55 c. ). La Société est tenue
aux grosses réparations et à l'impôt foncier.
Si, à leur décès, les chefs de famille laissent des enfans mi-
neurs, la Société leur continue la même jouissance et charge
du soin de leur tutelle d'autres chefs de ménage.
Les orphelins, etc. , placés à la colonie, peuvent y demeu-
rer jusqu'à l'âge de vingt ans, à moins de mariage consenti
avant cet âge, d'appel sous les drapeaux de la milice natio-
nale, ou d'enrôlement volontaire dans l'armée.
Les économies de la Société servent à l'établissement gra-
tuit de nouvelles familles indigentes, choisies de préférence
dans les communes qui présentent le plus grand nombre de so-
ciétaires et de donateurs.
L'instruction primaire et< l'exercice des divers cultes reli-
gieux sont à la charge de la Société; de bous instituteurs et de
sages ministres s'acquittent à l'envi de ce soin important.
J'ai dit que l'objet de la Société de bienfaisance , en for-
mant des colonies agricoles pour les mendians valides, est
aussi de chercher à extirper la mendicité. Les mendians sont
donc réunis dans un même local et soumis à une surveillance
active et continue. Le défrichement et la culture des terres for-
ment leur principale occupation. Ces colonies portent le nom de
colonies de répression.
Dans les dépôts de mendicité qui existent encore dans quel-
ques provinces des Pays - Bas, la dépense pour un mendiant
s'élevait annuellement jusqu'à 100 florins (21 1 fr.), tandis que,
i68 EUROPE.
dans la colonie, cette dépense ne va pas au-delà de 35 florins
( 73 fr. 85 c. ), et les mendians y sont infiniment mieux traités
sous tous les rapports que dans les dépots de mendicité. Aussi,
le roi des Pays - Bas a-t-il pris la mesure de faire évacuer ces
derniers sur les colonies, dès Tannée 1822.
Les travaux sont distribués par tâche ; en général , ils s'exé-
cutent en commun et sous la même direction, jusqu'à ce que
le colon soit devenu locataire. Ces travaux sont rétribués.
Les colons portent des vétemens uniformes ; ils doivent
être propres et décemment habillés. Indépendamment du sa-
laire fixé en argent, ceux qui se distinguent par leur bonne
conduite et leur industrie reçoivent trois genresde décorations,
en médaillesde cuivre, d'argent et d'or.
Les colons qui obtiennent la médaille d'argent ou d'or
sont dès lors considérés comme des locataires ordinaires. Il ont
par ce fait acquis le droit de cultiver seuls leur terrain, et ne
sont plus soumis qu'aux dispositions qui concernent l'uniforme,
l'enseignement et le service divin.
A la tête de l'établissement est placé un directeur en chef
chargé de surveiller les travaux, la conduite des colons, l'or-
dre, le maintien de la discipline, etc.
Ce fut en janvier 18 18 que la Société de bienfaisance fut éta-
blie dans les provinces septentrionales du royaume , et elle
compta presque à sa naissance plus de i5,ooo membres. Les
bruyères de la province de Drenthe furent défrichées, et la co-
lonie de Frédericks-Oord y fut établie.
Le général Van den Bosch se chargea de surveiller lui-même
les travaux; et au bout de deux ans seulement d'existence de
la colonie, toutes les personnes qui la visitèrent virent avec
surprise les étonnans changemens si promplement opérés dans
ces plaines auparavant incultes et inhabitées ; on fut surtout
frappé de l'amélioration du sort d'une multitude d'hommes,
naguère couverts de haillons et croupissant dans la misère,
mais aujourd'hui proprement habillés et jouissant d'une aisance
et d'une satisfaction qu'il est rare de trouver ailleurs. J'ai visité
cet établissement dans l'été de 1822. Il y avait alors dans les
colonies libres près de deux mille cinq cents individus, indi-
gens, orphelins, enfans trouvés ou abandonnés. Il existait, en
outre, une colonie de répression fondée pour rerevoir mille
mendians; une partie s'y trouvait déjà réunie, et la Société qui,
à cette époque, comptait près de vingt mille membres, avait
traité avec le gouvernement pour le placement de quatre mille
orphelins, et de cinq cents nouveaux ménages. L'état pros-
père où j'ai vu ces braves gens semblait tenir du prodige ; ce
PAYS IJAS. 9.r,9
prodige était dû aux efforts heureusement combinés tic la reli-
gion , de la morale et de l'industrie.
La Société méridionale tic bienfaisance est aussi présidée par
le prince Frédéric. Kilo se composa, dès son origine, de près
tic 1 3,000 membres, nombre qui s'accroît journellement,
Cette nouvelle Société acquit, au commencement: de 1822,
5!Ï2 arpens tic bruyères, près de la commune de AVortel, pro-
vince tf Anvers >/|f> arpens furent aussitôt partagés en 70 por-
tions, et l'on arrêta (pie, sur 24 d'entre elles, on élèverait immé-
diatement un nombre égal d'habitations. On traça des chemins
et l'on combla les bas-fonds ; des fossés larges et profonds sé-
parèrent les terrains affectés à chaque habitation, et procurè-
rent aux eaux un écoulement facile. Ces ouvrages terminés, on
commença le défrichement sur le tiers du terrain assigné à
chaque ménage. Les deux autres tiers furent défrichés , dans le
cours des deux années suivantes, par les colons jcux-mcmes,
aux frais de la Société et sous la surveillance de la direction ;
c'est ainsi que l'on commença à les mettre au fait des travaux
agricoles, et en position de gagner un salaire.
On fuma avec la cendre des bruyères une étendue de qua-
rante-cinq perches ou ares sur chacune des vingt-quatre pe-
tites fermes; et, à la fin de septembre, on y sema du seigle. On
obtint par les mêmes procédés, pendant le cours de l'hiver, un
engrais suffisant pour planter, au printems suivant, en pommes
de terre et eu légumes, le reste du terrain déjà défriché.
La 'qualité du sol a surpassé l'attente générale, et les ré-
coltes ont été superbes (1). »
Vers la (in de 1822, trois cents individus furent recueillis à
la colonie libre, et le nombre des sociétaires s'élevait à i5,ooo.
J'ai visité la colonie de Wortel, pour la première fois, en
juin 1823 , et j'ai consigné dans le Journal (V Anvers du Ier juillet
de la même année une Notice sur l'état où je l'ai trouvée. Sur
une terre où je n'avais vu quelques années auparavant que des
bruyères et un sable aride, j'admirais alors des maisons sa-
lubres, proprement bâties, ayant chacune un petit jardin, et
environnées de champs couverts de seigle, de pommes de terre
et d'autres productions alimentaires. J'ai pénétré dans toutes
(1) Voyez le Philanthrope , Bruxelles , 1822; pag. i5. Nous avons
annoncé, clans !a Bévue Encyclopédique du mois de décembre 1824.
cet intéressant recueil périodique , publié par ordre de la Société de
bienfaisance de la Belgique , et nous le recommandons de nouveau à
nos lecteurs.
2 7o EUROPE.
les habitations; la propreté en était recherchée : partout j'ai
trouvé de bon pain, d'excellentes pommes de terre, enfin une
nourriture saine. Les colons étaient bien vêtus, leurs vaches
bien nourries; les hommes et les garçons travaillaient dans les
champs; les femmes et les jeuneà filles s'occupaient de la fila-
ture, du tricot, de la broderie, elc. J'ai interrogé plusieurs
ménages: l'indigence avait disparu, tous se trouvaient heureux
et l'étaient incontestablement. Les figures annonçaient le con-
tentement et la santé. 11 fuit avoir vu ce touchant tableau
pour se faire une juste idée des bons résultats de la moralité,
de l'esprit de travail, de l'ordre, qui régnent chez des individus
arrachés, depuis si peu de tems à la misère et au vice.
Il serait injuste de taire que la colonie de Wortcl doit une
grande partie de ses succès à son directeur-général M. le capi-
taine VandenBosch, frère du général , homme de mérite et
de probité, et qui possède de profondes connaissances en agri-
culture. C'est lui qui a créé les colonies de bienfaisance en
Belgique, et cette contrée lui en doit une éternelle recon-
naissance.
À la fin de 1823, la colonie de Wortcl offrait un ensemble
de cent vingt-cinq fermes,ayant chacune trois arpens et demi de
terrain; de cinq maisons de surveillans; de la maisondu sous-di-
recteur; d'un bâtiment de filature; du magasin et de l'école. Ces
quatre derniers bàtimens sont situés au centre de la colonie.
Dans la môme année, la Société de bienfaisance a acquis de
nouvelles bruyères, aux environs des communes de Ryckevorsel
et de Merxplas , non loin de Woriel, pour l'établissement d'une
colonie de répression de mille mendians valides. Le gouver-
nement s'est engagé à payer 35 florins par tète ( 73 fr. 85 c. ),
pendant seize ans. Cette colonie est aujourd'hui dans nu état
très-florissant, et les mendians qui la composent ne forment
plus qu'une société d'hommes honnêtes et" laborieux.
Le bâtiment de la colonie de répression est magnifique;
l'air y est excellent, et le travail en grande activité; les décès
y sont rares. Un jardin palissade sépare le quartier des hommes
de celui des femmes; il y existe une infirmerie, une chambre
de bains, une école, un magasin, une filature, etc.
Les mendians sont divisés en trois classes. Les individus de
la première gagnent par jour trente cents (G5 centimes); dans
la seconde, vingt-cinq cents (53 c.) , et dans la troisième, vingt
cents (4^ c). Ce salaire suffit pour leur entretien.
L'établissement des colonies de bienfaisance, qui fait le sujet
de cet article, a ses détracteurs, comme la vaccine, comme
toutes les institutions et les découvertes récentes. Ces détrac-
PATS-BAS. 571
eurs prétendent que cet état prospère ne te soutiendra que
quelques années, Les champs défrichés depuis plusieurs années
lans la Campine , et ouï forment aujourd'hui de très-bonnes
ferres; les plaines fertiles du pays dé Waes, qui n'étaient il y
1 deux siècles el demi que des landes abandonnées} et la pros-
périté croissante delà colonie de Frederiks-Oord, qui existe
lepuis 1818, sont là pour leur répondre et pour démentir leurs
lécourageanles prédictions.
Pour bien juger des avantages de celle association philan-
thropique, il faut examiner si elle s'avance d'un pas ferme vers
son but, si les moyens de l'atteindre peuvent lui manquer, si
dans sa marche il existe de l'inquiétude ou de l'irrésolution,
enfin, si elle fait honneur à ses engagemens. Jusqu'ici, tousses
actes inspirent la confiance. Une Société qui ne possédait pas,
il y a huit OU neuf ans, un pouce de terre en propriété; qui
compte aujourd'hui des possessions de quelques milliers de
mesures de terrain; qui dispose d'un capital de cinq millions,
:îont les intérêts et les remboùrsemens se font avec la plus
grande exactitude; qui jouit de la confiance publique à ici
point que ses effets sont plus avantageusement placés que ceux
du gouvernement même; une telle Société, dis-je, n'a point à
craindre de voir échouer ses nobles efforts.
Les colonies de bienfaisance des Pays-Bas comptent en ce
moment près de dix mille pauvres, qui y trouvent une existence
honnête, la tranquillité et le bonheur; de plus, les deux
Sociétés de bienfaisance s'occupent avec persévérance à venir
su secours d'un plus grand nombre d'infortunés. Tous les ans,
une quantité plus ou moins considérable de colons, après avoir
satisfait à leurs engagemens, sont émancipés et deviennent loca-
taires ordinaires; ils payent dès lors 5o ilorinsde loyer (io5 fr.
5o c.) par an, et cessent d'être à la charge de la Société de
bienfaisance. On ne peut douter que la Société n'arrive au
même résultat, avec tous ses ménages actuels.
Ces éventualités n'étaient pas même entrées dans les calculs.
C'est sur l'évidence de ses succès, sur la bienfaisance des ha-
bitans , sur la protection éclairée du gouvernement qu'elle avait
fondé ses espérances. De semblables espérances, de semblables
calculs , ne peuvent être trompeurs. (1). De Kivercoff.
(1) On peut consulter avee fruit, pour avoir de plus grands deve-
jopperaens sur l'intéressant sujet traité dans cet article, une brochure
Rltitulée, Mémoire sur les Colonies de h un f aisance de Frédériks-Oord et
de Worlel; par le chevalier /. Ii. L. DE Kihckhoff. Bruxelles , 1827.
ln-8°, de 38 pag.
i~i EUROPE.— PAYS BAS.
Amstebdam. — La Société Félix Meritis, dont M. van s'Gra-
vkxwert a fait un éloge mérité dans son Coup-d'œil sur les
institutions scientifiques de notre royaume ( voyez Rev. Enc. ,
T. XXXV, pag. a 3 et suiV. ), a célébré sa fête sémi-sèculaire ,
le 6 et le 9 novembre 1827. Fondée en 1777, c'est le célèbre
van Saûnden qui prononça le discours d'ouverture, et ce fut
lui encore qui , en 1802, présenta un tableau non moins vrai
qu'éloquent de tous les événemens remarquables qui avaient
signalé les premières vingt-cinq années de l'existence de la
société : on s'était flatté de le voir remplir encore la même
tâche à la dernière réunion solennelle ; mais la mort l'ayant
enlevé à son honorable carrière, c'est M. B. Klyn , l'un des
commissaires directeurs de la société qui , dans la soirée du 6,
a retracé dans un discours les différens titres de la société à la
reconnaissance et à l'estime des habitans de cette ville et des
Belges en général, en tâchant surtout de démontrer que la li-
berté et la propagation des lumières sont les deux principaux
buts que la société s'était proposés pendant le cours de son
existence. Ce discours était précédé, entremêlé et suivi de
chants dont les paroles sont dues à M. Warnsinck ; la mu-
sique, savante et harmonieuse, à M. Bertelman. La présence
d'un grand nombre de fonctionnaires publics et des députa-
tions de plusieurs sociétés et institutions savantes et littéraires
ajoutait à la solennité de cette fête.
Le vendredi suivant, tout concourait à rendre la solennité
encore beaucoup plus imposante. M. Loots, poète connu et
universellement estimé, a lu un poëme dans lequel il célèbre
la société, surtout comme éminemment protectrice du bon et
du beau. Une cantate, dont les paroles étaient du même au-
teur et la musique de MM. Fodor et Wilms , a été exécutée
avec beaucoup de précision. Mais, ce qui devait surtout com-
pléter la satisfaction des membres de la société , c'était la pré-
sence de S. M. le roi des Pays-Bas et du prince d'Orange, qui
avaient bien voulu se rendre à l'invitation des commissaires,
et assister à cette réunion comme un bon père à une fête de
famille.
Deux inscriptions, l'une, en vers latins, du célèbre profes-
seur van Lennep, l'autre, en hollandais, de M. B. Kxyit,
placées dans la grande salle de la société , perpétueront le
souvenir d'une solennité si mémorable pour les habitans de
cette ville, et pour tous ceux qui prennent à cœur les intérêts
de l'humanité et des lumières. X. X.
m INCE.— DÉPARTEMENS. 27 ^
FRANCE.
La Voultk [Ardèche.) — Exploitation duferpmr tes procédés
anglais. — La riche mine do LaVonlte a cessé d'être inutile h
l'industrie française; la compagnie des fonderies et forges de la
Loire et de l'Isère s'est chargée de cette entreprise , dont l'in-
fluence sera très-puissante sur- les manufactures du midi de la
France, et réagira même sur celles du nord, par une concur-
rence profitable à tous les consommateurs de fer. Quatre hauts
fourneaux, dont deux sont en activité, et les deux autres presque
terminés, produiront de la fonte excellente pour le moulage, et
C€ que les mouleurs n'auront pas employé sera converti en fer
forgé aux forges de Terre- Noire , près de Saint Etienne. Une
vaste fonderie est eu avant des fourneaux, placés tous le.
quatre sur la même ligne, mais séparés par de petits passages
voûtés. L'établissement est à 25û mètres du Rhône, et commu-
nique avec le fleuve par un canal. Deux machines soufflantes,
mues par deux machines à vapeur, chacune de la force de
soixante chevaux, entretiendront la combustion dans les four-
neaux. L'air est envoyé par les machines soufflantes dans un
vaste réservoir, où sa densité est maintenue et réglée par une
colonne d'eau. Tous les procédés économiques employés en An-
gleterre ont été introduits dans celte belle usine pour la prépa
ration du minerai, son transport et celui du combustible, le
chargement des fourneaux , etc.
La compagnie des forges de la Loire et de l'Isère avait fait
venir d'Angleterre ses premiers ingénieurs et ses premiers ou-
vriers; aujourd'hui, la direction des travaux est uniquement
confiée à des Français. L'exploitation des mines est surveillée
par M. GAVET,l'un des élèves distingués de Y École des mineurs de
Saint-Etienne. Le plan de la fonderie et des hauts fourneaux est
l'ouvrage deta.W'ALTER, ancien officier d'artillerie, directeur de
la forge de Terre-Noire, et les machines soufflantes, les chariots,
les chemins de fer, toutes les machines nécessaires au travail de
la fonderie de LaVoulte, sortent des ateliers de Vienne^ appar-
tenant à la même compagnie, et dirigés par M. Ferry fils.
C'est ainsi que nos jeunes artistes rivalisent avec la vieille in-
dustrie anglaise, et se livrent avec ardeur à tout ce qui peut
honorer notre patrie, el contribuer à sa prospérité. N.
Sociétés savantes et Etablissemens d'utilité publique.
Dieppe ( Seine- Inférieure . ) — Société archéologique. — La
t. xxxvn. — Janvier 1828. 18
a;4 FRANCE.
i viiîiion annuelle des souscripteurs pour la recherche et la dé-
couverte des antiquités dans l'arrondissement de Dieppe a eu
lien le 27 décembre 1827, à l'hôtel de la sous - préfecture ,
sous la présidence de M. de Viel-Castel. Le rapport des tra-
vaux a clé fait par M. P. J. Féuet, correspondant de la com-
mission départementale des antiquités. Il résulte de ce rapport
que les Fouilles exécutées en 1827 dans la cité de Limes , vul-
gairement connue sous le nom de Camp de César, ont fourni
de nouvelles preuves que ce monument appartient à la plus
haute antiquité du pays, et qu'il remonte au tems des Belges ,
de ce peuple belliqueux que César nous représente comme le
moins civilisé et le plus redoutable de ceux qui habitaient les
Gaules, lorsqu'il vint y porter les armes et les lois de Rome.
Un plan exact de ce vaste monument, de ce superbe oppidum,
exécuté sous les auspices de M, Frtssard, ingénieur des ponts
et chaussées, et par les soins laborieux de M. Charles Mon-
noyecr, a été mis sous les yeux de l'assemblée. On a présenté
à l'examen des sociétaires des médailles celtiques, desdébris de
poterie grossière de la même époque, des silex dégrossis et fa-
çonnés en hache , tous objets trouvés dans les tracés réniformes,
bases des habitations gallo belges ( luguria ) , creusées dans la
terre, sur divers points de cette vaste enceinte. On a vu aussi
avec un vif intérêt une urne cinéraire en verre, haute de
14 pouces, large de 8, trouvée par M. Jean Hoinville , culti-
vateur, dans les champs de Luneray (canton de Bacqueville) ,
et offerte par lui au cabinet d'antiquités de la ville de Dieppe.
Cette découverte ayant engagé M. Féret à examiner des ruines
voisines des champs de Luneray et de Grenville, il soupçonne
qu'une voie partant de Lillebonne et se rendant dans les pa-
rages de Dieppe passait dans le lieu où sont situées ces ruines
qu'il considère comme pouvant provenir d'une mansion , ou
lieu de séjour ou de repos des troupes romaines. Une partie
des explorations faites autour de Dieppe, aux frais d'une prin-
cesse éclairée qui sait apprécier le but important où tendent les
recherches archéologiques, devait aussi trouver place dans le
rapport de M. Féret, puisque cet antiquaire avait été chargé
du soin honorable de surveiller et de diriger des travaux qui
ont révélé l'existence des ruines d'une bourgade gallo-romaine
entre les villages de Bracquemont et de Graincourt, traversées
en partie par la grande route de Dieppe à Eu. Après la lecture
du rapport, M. B. Gaillon, trésorier, a communiqué à l'as-
semblée l'état des recettes et dépenses, et l'a informée que
S. A. R. M,nc la duchesse de Berry avait daigné faire partie des
souscripteurs. M. de Viel-Castel, président, ayant résumé les
avantages qui résulteraient des travaux entrepris pour la con-
DÊPAUTEMENS. a75
naissance de l'histoire Lucienne du pays, pour l'instruction de
I.i jeunesse el le perfectionnement de certaines branches d'in-
dustrie, OU proposa de SOUSCrire de nouveaux Couds pour la
continuation des ira vaux rie 1828; ce qui fut agréé et exécuté
à l'unanimité. L'assemblée arrêta aussi que le plan de la cité de
Limes sérail gravé, pour être joint au rapport de M. Fcret,
qui serait imprimé aux frais de la Société, ainsi que la liste des
souscripteurs et le procès-verbal de la séance. **.
DÔLE. (Jura.) — École gratuite des sciences appliquées aux
arts et métiers et aux beaux-arts. — Cette école, ouverte le 5
janvier de cette année, sous les auspices du conseil municipal,
par les soins de M. Dusillkt, maire, est spécialement des-
tinée aux ouvriers; chacun d'eux y trouve l'enseignement des
élémens des sciences qui ont rapport à sa profession : il apprend
à réfléchir sur ses opérations, à perfectionner ses procédés, a
exécuter plus promptement et à mieux faire. On enseigne dans
cette école l'arithmétique, la géométrie, la mécanique, la géo-
métrie descriptive et ses applications, lé dessin graphique, le
dessin et la sculpture, l'architecture, la physique appliquée aux
arts, la chimie, l'agriculture, l'histoire naturelle, l'écriture par
la méthode américaine. Des classes d'un ordre plus élevé sont
consacrées à l'enseignement du droit commercial, de l'anato-
mie , de la musique vocale , d'après la méthode de M. Wilhem ,
et de la sténographie (méthodes de Taylor et de Cone'n de Pré-
péan). Les heures des leçons sont celles où les ouvriers ont. ter-
miné leurs travaux journaliers. On ne peut qu'applaudir au zèle
d'un administrateur qui marque l'époque de sa magistrature par
des institutions aussi sages et aussi utiles. M. Dusillet mérite les
remercîmens de tous les hommes qui s'intéressent à la prospérité
de la France. R.
Rouen (Seine - Inférieure). — Société de Médecine. —
Sujet de Prix pour 1828. — La soeiété, n'ayant reçu aucun
mémoire sur la topographie médicale de Rouen , retire ce
sujet du concours et propose à sa place la question suivante :
Traiter de la croissance et des maladies qu'elle occasione ,
qu'elle complique et qu'elle guérit. Le prix sera une médaille
d'or de la valeur de 3oo francs.
Les mémoires seront reçus jusqu'au icr novembre 1828,
ternie de rigueur. Ils ne devront porter aucune signature, mais
seulement une épigraphe répétée sur un billet cacheté ren-
fermant le nom de l'auteur. Ils devront être adressés , franc de
port, à M. Pihorel, D. M., secrétaire de correspondance, rue
du Fardeau , n° 21 , à Rouen.
Strasbourg (Bas-Rhin). — Société des sciences, agriculture
FRANCK.
ci arts du département du Bas-Rhin. — La Société met au con-
cours, pour 1828 , les questions suivantes : « Exposer en quoi
consiste l'éducation morale, et comment elle peut être donnée,
le plus efficacement, aux hommes des différentes conditions
de la société. » Le prix consiste en une médaille d'or de la
valeur de 3oo francs.
« Déterminer par l'expérience et l'observation quels sont les
effets du mercure dans le traitement des inflammations aiguës
et chroniques qui ne sont pas de nature vénérienne. » La
Société désire que les concurrens puissent s'appuyer de faits
observes par eux-mêmes, indépendamment de ceux qu'ils
puiseraient dans les auteurs. Le prix est une médaille d'or de
200 francs.
Les mémoires, rédigés en français pour la première question,
en latin ou eu français, pour la seconde, seront adressés,
francs de port, au secrétaire général, avant le icr mai 1828:
ce terme est de rigueur. Le nom de l'auteur sera renfermé dans
un billet cacheté, annexé aux mémoires, suivant les formes
académiques.
La Société avertit de nouveau que les mémoires écrits en
langue allemande ne seront pas admis à concourir.
Le président, Désire Oroinaire; le secrétaire général, Goupil.
PARIS.
Institut. — Académie des sciences. — Suite de la séance du
m décembre 1827. — MM. Gay-Lussac , Thénard et Chevreul
font un rapport sur deux notes de M. Sérullas. La première
traite des bromures d'arsenic, d'antimoine et de bismuth ; et la
seconde a pour titre : Observations sur Voxibromure d'arsenic.
Tous les faits qu'il a découverts sont parfaitement conformes
aux idées théoriques que l'on se faisait du brome, d'après ce
que l'on sait déjà de ses propriétés caractéristiques et de la place
qu'il occupe dans la classification chimique des corps simples ;
mais, le brome étant encore rare, les expériences de l'auteur
ayant la même exactitude que celles qu'il a soumises plusieurs
fois au jugement de l'Académie, nous pensons, dit en termi-
nant le rapporteur, que le nouveau travail qu'il lui a présenté
mérite son approbation. (Adopté.) — M. Girard Mi un rapport
verbal sur les ouvrages relatifs à l'ouverture du canal de Hud-
son , qui ont été envoyés à l'Académie par M. Grnest. —
M. Cauchy lit un mémoire intitulé: Usage du calcul des résidus
pour la sommation ou la transformation des séries dont le terme
général est une fonction paire du nombre que représente le }-ang
PARIS. >77
etertne. H lit nue noie imprimée sur un mémoire d'Euler
<jiii a pour titre : Nota methodus fractiones quàscumque
notes in fractiones simplictè resolvendi. »
— Duit\. — Al M. R.ASPAIL et Saigey transmettent une note
relatif e au collage du papier à la cm e par un nouveau procédé
de leur invention. Les auteurs désirent que cette note soit dé-
posée an secrétariat pour que les personnes qu'elle intéresse-
rait puissent en prendre connaissance. L'Académie agrée cet tt
proposition. — M. Moreaif dk .Ionni.s donne leclure d'une noie
relative à l'emploi qu'on vient de faire, au lazaret de Cépha-
lonie, du traitement mereuriel interne et externe, pour pré-
venir, dès les premiers symptômes, l'invasion de la peste on
de ses effets moi tels (Voy. ci-dessus, p. a 5rj). — Une commission
composée de MM. Duméril et Blaùwille, avait été chargée de
rendre Compte d'un mémoire de M. Jacorson, intitulé : Obser-
vations sur le développement prétendu des œufs des moulettes et
des anodontes dans leurs branchies. Sur la proposition de plu-
sieurs membres, le rapport de M. Blainville sera imprimé.
— 3i décembre, — M. Arago lit l'extrait d'un Mémoire de
31. Auguste La Rive, qui a pour objet l'étude des circonstances
qui déterminent le sens et l'intensité du courant électrique, dans
un élément voltaïque. — L'Académie nomme correspondons dans
la section de minéralogie et de géologie MM. Mitscherlioii ,
de Berlin, qui réunit 5o voix sur 5i; et M. Conybeare, de
Londres, qui en réunit />7 sur Si. — MM. Mathieu, Lcgendre
et Dulong font un rapport sur le mémoire de M. Francoeur ,
relatif à la comparaison du mètre français avec les mesures an-
glaises. La grande variété des mesures qui existaient en Angle-
terre détermina, il y a quelques années, le gouvernement à
charger une commission , composée de savans, de rédiger de
nouveaux règlemens, et de proposer un système uniforme de
poids et mesures pour toute la Grande-Bretagne, Cette com-
mission a proposé l'adoption générale de la plupart des mesures
déjà en usage à Londres et dans une grande partie de l'Angle-
terre; mais, pour que l'on pût aubesoin retrouver les unités de
longueur et de poids, elle a cherché par des expériences pré-
cises leur rapport avec la longueur du pendule à secondes à
Londres et avec le poids d'un pouce cube d'eau distillée. Une loi
du 17 juin 182/» a consacré les mesures proposées sous le nom
distinct if de mesures impériales, et a prescrit, à dater du 1 tr mai
1M25 , l'abolition de toutes "les autres mesures dans le royaume-
uni. Voici les conclusions de M. Mathieu , rapporteur, adoptées
par l'Académie. «Le rapport, duyard impérial anglais au mètre
français a été obtenu avec nue grande précision par une
comparaison immédiate de ces deux étalons. Le mètre vaut
?:8 FRANCE.
39,^7079 pouces anglais, et le yard o mètre, yi438348. Quant
à la valeur de l'once 3 1,091 3 grammes que nous avons obte-
nue, en faisant par le calcul toutes les réductions convenables,
et en adoptant les déterminations les plus précises sur la dila-
tation de l'eau et le poids de l'air, nous pensons qu'on peut
la regarder comme exacte à 2 ou 4 milligrammes près, et que
l'on peut l'employer, lorsqu'on n'aura pas besoin d'une plus
grande précision , jusqu'à ce qu'on ait obtenu par des pesées
directes, exécutées avec des étalons authentiques, le rapport
du kilogramme à la livre troy. Nous proposons à l'Académie
d'accorder son approbation à un travail dans lequel M. Fran-
cœur a. résolu avec adresse un problème intéressant. ^> —
MM. Dcsfontàines , Mirbcl et Labillardière font un rapport sur
l'ouvrage de M. Jaume Saint-Hilaire, intitulé : Flore etPomone
françaises. L'auteur se propose de faire connaître, dans ce
nouvel ouvrage, les espèces qui manquent à sa collection des
plantes de France, et il en présente à l'Académie les douze
premières livraisons avec figures coloriées. Chaque livraison
est accompagnée de 12 dessins, les descriptions étant d'ailleurs
aussi étendues que le comporte la matière. La première livrai-
son et une partie de la seconde comprennent les scabîcuses ,
disposées dans l'ordre adopté par les botanistes. Il en est de
même des séneçons qui se terminent à la troisième livraison.
Les deux suivantes traitent des campanules. Le genre hicracium
est exposé dans les livraisons six , sept et huit. On trouve dans
les quatre dernières livraisons des poires de jardin et beau-
coup de pommes à cidre. C'est de la juste proportion du mé-
lange de ces dernières que dépend la bonne qualité de cette
boisson, tant pour le goût que pour la conservation. C'est dans
le résumé de ses observations à ce sujet que l'auteur terminera
ses recherches concernant les pommes cultivées en plein champ
dans certains cantons de la France. Cette partie de l'ouvrage
présente des vues d'utilité qui méritent des encouragemens.
Nous désirons que M. Jaume Saint-Hilaire publie le travail
dont nous venons de rendre compte, parce qu'il contribuera
aux progrès de la botanique et de l'agriculture. (Approuvé.)
— Dit 7 janvier 1828. — M. Mirbel est nommé vice-prési -
dent pour l'année 1828: M. Dulong, vice-président de l'an-
née dernière, commence ses fonctions de président pour l'an-
née 1828. — M. Warden , correspondant, donne communica-
tion d'une lettre de M. Smith, employé du commerce dans le
haut Missouri, qui a exploré, vers la fin de 1826, un territoire
jusqu'alors inconnu, situé au sud -ouest du grand lac salé, à
l'ouest des monts Rocheux. — M. Blain ville lit une note sur la
différence des mâles et des femelles dans une espèce de gelinotte
PARIS. 2?0
| a, marioms). MM. Bote et Latreiile communiquent quelques
observations à ce sujet. — i\J. Ivory, de Londres, esl nommé
correspondant de la section de géométrie. A. Michblot*
Société £ encouragement pour C industrie nationale. — Séance
publique du 28 novembre dernier. — La séance a été présidée
par M. Chaptal, pair de France. M. Dkcûando , secré-
taire, a présenté, dans nn rapport tics- lumineux , le ré-
sultat du concours. Les prix proposés étaient au nombre de
vingt-cinq, montant ensemble à 7(>,3oo fr. Deux seulement
ont été remportés, mais la plupart des questions ont élé trai-
tées avec plus ou moins de succès ; plusieurs des con-
çu rrens ont mérité des encouragemens et des médailles, et
leurs travaux présentent pour l'avenir des gages assurés de
triomphe.
M. C/i. Mollet a lu ensuite un rapport sur le concours ou-
vert pour le perfectionnement des scieries à bois mues par tenu.
Une médaille d'or de 2e classe a été accordée à M. de Ni-
cevillk , propriétaire à Metz (Moselle), qui a fondé, dans
cette ville, un grand établissement de scierie à bois mue par
l'eau , et où les machines perfectionnées sont mises eu mou-
vement par, la roue hydraulique de M. Poncelet. Une médaille
de bronze a élé décernée à M. Hermite, de Saint- Martin
^Basses-Alpes), pour avoir établi une scierie que la simplicité
de son mécanisme permettra d'imiter sans de grands frais.
Le prix de 5ooo fr. est remis à l'année i83o.
Les conditions du programme rela'if à l'application, en
grand) dans les usines et manufactures , des turbines h.ydrau-
licjucs, ou. roues à palettes courbes de Bclidor, n'ayant point été
rigoureusement remplies, le prix n'a pu être décerné; mais,
sur le rapport de M. le vicomte Héricart de Thury, la Société
a accordé un encouragement de 2,000 fr. à M. Burdin, ingé-
nieur des mines à Clermont (Puy-de-Dôme), comme un té-
moignage particulier de l'intérêt qu'elle prend à ses travaux,
qui promettent la solutiou de cet important problème. Ce prix,
qui est de 6000 fr. , est remis au 1e1' juillet 1829.
Sur le rapport de M. le chevalier Challan , un encourage-
ment de 5oo fr. a été accordé à M. Lamotte, rue de Cha-
ronne, n° 14, à Paris, qui, plus que tout autre concurrent,
s'est approché du but proposé par la Société dans le concours
ouvert pour la construction (Vun moulin simple et à bas prix ,
propre à ccorecr les légumes secs. Le prix, qui est de 1,000 fr. ,
est prorogé a l'année 1829.
2$o FRANCE.
M. Moliard jeune a fait un rapport sur les concours relatifs,
i° à la fabrication du fil d'acier propre à faire les aiguilles à
coudre; 2° à In fabrication de ces mêmes aiguilles. La Soeiété,
considérant que les fabricans d'aiguilles préparent eux-mêmes
le fil d'acier nécessaire à leur consommation, et que dès lors
il n'est pas possible qu'il s'élève une fabrique spéciale de fil
d'acier propre à cet usage, a retiré du concours le premier de
ces prix, et décerné à M. Micnard Billinge, de Belleville,
près Paris, une médaille d'or de 2e classe, à titre d'encoura-
gement pour les perfeçtionnemensqu'il a apportés dans la tré-
fiierie de l'acier. Les aiguilles à coudre, envoyées au concours
par la fabrique établie à Mérouvel, près l'Aigle, bien qu'elles
n'aient pas encore toutes les qualités désirables, remplissent
néanmoins une partie des conditions exigées par le pro-
gramme; en conséquence, la Société a proclamé cet établisse-
ment comme étant toujours digne de la médaille d'or qui lui
fut décernée en 1823. Ce concours est prorogé à l'année i83o.
M. Grenet fils, de Rouen, a été déclaré de plus en plus
digne de la médaille d'or de 2e classe qu'il obtint en 1825
pour la fabrication de la colle forte. Les produits de cet ha-
bile fabricant remplacent, avec avantage, la colle de poisson
dans tous ses usages , si l'on en excepte la clarification de la
bière, et ils lui auraient mérité la prime offerte, s'ils eussent
été fabriqués en plus graiîde quantité. Sur le rapport de
M. Payen, une médaille d'argent a été décernée à M. Gom-
pertz, au Banc-Saint-Julien, près Metz , pour avoir établi
en France une fabrique de colle, façon de Hollande, dont
les produits luttent avec succès contre ceux d'origine étran-
gère. MM. Chassain et Valette, de Roanne (Loire), ont
obtenu une médaille de bronze , pour avoir introduit dans
leur département la fabrication de la colle forte. Le prix de
2000 fr. est remis à l'année 1829.
Les conditions du programme relatif à la construction des
fourneaux n'ont point été remplies, faute de tems pour ré-
soudre les divers problèmes dont il exige la solution; mais la
Société, sur le rapport de M. Gaultier de Claubry, a décerné
des médailles de bronze à MM. Koechlin frères, de Mulhouse,
et à MM. Dollfuss, Mieg et Cie de la même ville, pour les don-
nées intéressantes qu'ils ont fournies sur cette grande ques-
tion. Elle a voté des remercîmens à la Société de Mulhouse
pour avoir répandu et fait imprimer à ses frais le programme
relatif à cet objet, et prorogé le prix, qui est de 9,000 fr. ,
jusqu'à l'année i83o.
M. Hallette, ingénieur-mécanicien à Arras, a seul répondu
PA.RIS. aHi
à l'appel <!<' la Société, pour l'introduction des puits artésiens
dans les partie* du territoire français où il n'en existe pa i
encore; mais l'examen des titres de ce concurrent a mis au
jour vu fait extrêmement remarquable; il a produit un certifi-
cat constatant que, depuis quinze ans, d'inutiles efforts avaient
été tentés pour procurer de l'eau à ta ville de Roubaix, et
qu'en moins d'un mois il est parvenu à donner à MM. Mi-
merci et Bitlteau, négocians de cette ville, de l'eau en telle
abondance, qu'ils Ont pu monter une machine à vapeur de
la force de vingt chevaux , et consommant neuf cents hec-
tolitres d'eàu pour chaque jour de travail. Sur le rapport de
M. le vicomte SéricaH de Tluuj, une des trois médailles (for
de i,c classe promises par le programme a été décernée à
M. Hallette, et le concours pour le percement des puits arté-
siens a été prorogé à l'année prochaine.
Sur le rapport de M. Base, le prix, de 5oo fr. proposé pour
un semis de pins d'Ecosse a été décerné à M. Jndrc Dubois,
garde du domaine de Chàlons-le-Vcrgeur (Marne ) , apparte-
nant à M. le comte Amable de Thuisy. Ce propriétaire a dé-
claré que tout le succès de ses plantations de pins était dû à
M. Dubois, et pour le récompenser de son zèle il lui a tait
don de la valeur du prix dont il s'agit. Le môme sujet de prix
est remis au concours pour 1828.
Un nouveau prix d'une valeur totale de i3,5oo fr. a été
proposé, sur la demande de M. de Chabrol, préfet du départe-
ment de la Seine; il a pour objet la fabrication des tuyaux de
conduite en bois, fonte, fer forgé, tôle laminée, pierre na-
turelle ou factice. Ce prix est divisé en différens lots énu-
mérés par le programme.
Les prix, dont la nomenclature suit, sont remis au concours.
Prix à décerner en 1828.
i° Pour la fabrication des briques, tuiles et carreaux par
machines , 2,000 fr.
20 Pour la construction d'une machine propre à raser les
poils des peaux employées dans la chapellerie, 1,000 U\
3° Pour l'établissement en grand d'une fabrique de creusets
réfractai res , 3, 000 fr.
4° Pour la fabrication de la colle de poisson ou toute autre
substance qui puisse clarifier la bière, 2,000 fr.
5° Tour la découverte d'un outre-mer factice, 6,000 fr.
6° Pour la fabrication du papier avec l'écorce du mûrier à
papier, 3Kooo fr.
a8a FRANCE.
7° Pour des laines propres à faire les chapeaux communs à
poils , 600 fr.
8° Pour l'étamage des glaces à miroirs par un procédé dif-
férent de ceux qui sont connus, 2,400 fr.
90 Pour le perfectionnement des matériaux employés dans
la gravure en taille-douce, i,5oo fr.
io° Pour la découverte d'un métal ou alliage moins oxidable
que le fer et l'acier, propre à être employé dans les machines
à diviser les substances molles alimentaires, 3, 000 fr.
ii° Pour la dessiccation des viandes, 5, 000.
i2° Pour la découverte d'une matière se moulant comme le
plâtre et capable de résister à l'air autant que la pierre, 2,000.
i'i° Pour la construction d'un moulin propre à nettoyer le
sarrasin, 600.
i4°Pouri'importationenFrance et la culture de plantes utiles
à l'agriculture, aux manufactures et aux arts, ier prix, 2,000;
ie prix, 1,000.
Prix à décerner en i82<
i5° Pour la construction d'ustensiles simples et à bas prix,
propres à l'extraction du sucre de betteraves, deux prix, l'un
de i,5oo fr., l'autre de 1,200 fr. , ensemble 2,700.
160 Pour la description détaillée des meilleurs procédés
d'industrie manufacturière qui ont été ou qui pourront être
exercés par les habitans des campagnes; ierprix, 3, 000 fr. ;
2e prix, i,5oo.
La valeur de tous ces prix, réunie à celle des prix déjà pro-
posés pour les années 1828 , 1829 et i83o , forme un total
de i22,5oo fr.; c'est 7,5oo de plus qu'en 1826.
Non contente de multiplier ainsi ses récompenses, la Société
d'eucouragement a cherché les moyens d'en faciliter l'accès et
de faire entendre son appel à un plus grand nombre de con-
currens; et dans cette intention elle a pris différentes mesures
pour assurer la propagation de ses programmes.
Cette séance a été accompagnée, comme à l'ordinaire , d'une
exposition d'objets d'industrie où l'on a remarqué :
Une riche collection de modèles de machines propres à
fabriquer les armes à feu portatives. Ces machines ont été
exécutées en Russie sous la direction de M: le colonel de Lancry,
sujet français alors au service de cette puissance. On ne peut
trop louer le zèle et la générosité qui ont porté M. de Lancry à
faire jouir sa patrie du fruit de ses travaux, en déposant cette
collection dans le cabinet de la Société d'encouragement qui
en publiera sans doute la description dans son bulletin. — Un
PARIS. >83
pendule compensateur exécuté par M. Laebschb, horloger à
Pari* , et dont le mérite consiste dans la régularité de ses oscil-
lations el dans la simplicité de son mouvement — Divers méca-
nismes d'horlogerie dus à M. Perrelbt, horloger du roi, rue
du Bac, n° 4o, et qui appartiennent au cabinet des machines
de l'École royale polytechnique. — Des presses à «olant-balan-
cicr à percussion, inventées par M. Hkvillon , horloger à
Màeon, et qui ont déjà rendu a'éminens services aux proprié'
laires de vignobles de la Bourgogne. — Des horloges, des
sonnettes à battre les pieux, du même auteur, dans lesquelles
il a fait une heureuse application t\u levier excentrique de .son
invention. — Un microscope, d'après Je professeur Amici ,
construit, pour la première fois, par M. Vincent Chevalier
et (ils, habiles opticiens, à Paris, quai de l'Horloge, n° 69. —
Des agr.lfes présentées par M. Hoyau , rue de Paradis-Pois-
sonnière, n° 32, et fabriquées par des procédés mécaniques
très-ingénieux. — Un appareil pour essayer la force des bou-
teilles, imaginé par M. Colardeau, ingénieur en instrumens
de physique, rue de la Cérisaye, n° 7. — Des instrumens de
physique de M. Bcnten, quai Pelletier. — De fort jolies pote-
ries, façon anglaise, exécutées comme essais dans la manufac-
turc royale de Sèvres par M. de Saint-Amans, qui, après avoir
étudié en Angleterre les procédés de Wedgewood, se dispose
à élever une fabrique où il en fera l'application avec dis
matériaux tires du sol fiançais. — Un appareil de chauffage ,
au moyen de la circulation de l'eau, que M. C/i. Derosne avait
exposé au Louvre, et dans lequel il paraît avoir fait un heu-
reux emploi des procédés de M. Bonnemain. — De la bijouterie
en platine de M. Bernauda, place Dauphine, n° 32, qui a
donné une grande impulsion à ce genre d'industrie. — Une
très-belle collection de dessins d'ameublement de M. Chena-
vard fils. — Des colles fortes de M., Grenkt, de Rouen. — Des
colles, façon de Hollande, de Gompertz, de Metz. — Des
peignes, façon écaille, qui, par la vérité de l'imitation et l'ex-
trême modicité des prix, ont mérité à la dernière exposition
une médaille de bronze à l'auteur, M. Hénon iils, rue Michel-
le-Comte, n° 37. — Des boutons en cuir imitant la soie, de
MM. Jamin, Tronciion et Cordier, rue Grenetat, n° 32. —
Enfin, des cartes de visite et d'adresse ayant l'aspect de la
porcelaine, fabriquées par M. Séouin, passage du Caire.
G. S.
Société royale pour V amélioration des prisons. — Séance du 2 3
janvier t.S-juS. — Cette séance occupera une place distinguée dans
les'fastes de l'humanité. On ne doute point que les améliorations
-iS.i FRANCE,
promises ne viennent enfin soulager d'affreuses misères et faire
sentir aux innocens qui ont à supporter les imperfections des
lois et les erreurs de ceux qui les appliquent, que la pairie ne
les perd point de vue, qu'elle partage leurs souffrances et s'oc-
cupe sans relâche des moyens de les soulager. Le discours pre-
noncé dans cette séance par M. de Maiitignac, nouveau mi-
nistre de l'intérieur, est l'exposé de ce que le gouvernement a
lait jusqu'à présent pour rendre au moins tolérable le séjour
dans les lieux de détention. En cette matière, une administra-
tion sage et prévoyante fait plus que les lois, et supplée à leur
insuffisance. On a vu avec satisfaction que celle d'aujourd'hui
connaît l'étendue de ses devoirs, et qu'elle ne cherche point a.
les éluder. Il y a cependant quelques observations à faire sur
pe discours inspiré par les sentimens les plus louables, et qui
a fait naître tant d'espérances consolantes. L'orateur a dit : « A
la lin de 1826, les prisons de quarante cinq chefs-lieux de dé-
partement avaient reçu les améliorations nécessaires. » Ces der-
niers mots ne tiennent-ils pas la place d'une expression plus
juste, et ne fallait-il pas se borner à dire que ces prisons ne
dévorent plus aussi promptement les infortunés détenus et ne
provoquent plus les cris de l'indignation publique ? Si l'on avait
obtenu réellement les améliorations nécessaires , n'aurait-on pas
atteint le plus haut degré de perfection? car on ne conçoit point
ce que pourrait être une amélioration inutile ou superflue.
« Les maisons centrales (de détention) réclament un accrois-
sement déplorable, mais nécessaire; si la justice doit être in-
flexible pour -punir, l'humanité doit être infatigable pour sou-
lager. » Cette pensée est très -juste et noblement exprimée.
Mais, pour que l'application rigoureuse des lois criminelles ne
soit pas une extrême injustice , il faut que ces lois soient raison-
nables et sans passion. La société pour l'amélioration des pri-
sons ne devrait-elle pas mettre au nombre de ses attributions,
et par conséquent de ses devoirs, d'adresser au pouvoir légis-
latif de pressantes sollicitations pour obtenir la révision du
Code criminel? Entendrons-nous long-tems encore les nations
étrangères nous reprocher la criminelle loi du sacrilège? Il n'y
a point de plans d'architecte, de règlemens d'administrateurs,
ni de surveillance municipale qui puissent porter aucun remède
au terrible fléau d'une législation vicieuse. Mais il est trop pé-
nible de nous arrêter à ces pensées; soulageons-nous en citant
la fin de ce discours, que nous regrettons de n'avoir pu insérer
en entier.
« Ainsi, messieurs, nous pouvons être utiles encore. A ous
continuerez à voir, à étudier, à comparer ; vous enrichirez
PARIS. aSÔ
l'administration du fruit <le vos recherches et de vos travaux.
De ootre <V>tr , n'en doutez pas, non, profiterons, autant qu'il
Bera en nous , des a\ is salutaires que nous dr\ ions à voue sa
gesse ci à votre expérience. C'est en nous prêtant ce mutuel
appui que nous remplirons l'heureuse et noble destination à
laquelle l'héritier du trône nous appelle. >■ N.
Société philotechnique. — Séance publique tenue dans une des
salles de l*R6tcl-de~ Fille, le iG décembre 1827. — M.Vili.kaavk,
secrétaire perpétuel, a embrassé, dans un assez court rapport,
les travaux scientifiques et littéraires de cinquante de :>es col-
lègues ; et ces travaux, tous utiles ou honorables, ont été ca-
ractérisés avec une remarquable précision.
I ne lecture, faite par M. Tissot , d'un fragment de ses
Etudes sur Virgile, a pleinement justifié le succès qu'ont ob-
tenu les premiers volumes d'un ouvrage déjà placé parmi les
productions les plus estimées de notre littérature.
On a beaucoup applaudi un discours de M. Berville , qui a
pour titre : De l'illusion et de l'imitation dans les arts. Des ré-
flexions ingénieuses, une imagination brillante, une grande
élégance de style, et l'art de l'orateur, ont enlevé, en les mérit
tant, tous les suffrages.
Une dissertation sur l'état de la peinture en France depuis le
règne de Louis XI F Jusqu'à la restauration, a été lue par
M. Alexandre Le Noir. Il n'a paru manquer au succès de ce
morceau, plein de faits et d'observations savantes, que d'être lu
avec un organe assez fort pour être entendu.
Trois fables de M. Naudet ( Le Rossignol et le Serin , les
deux Moineaux y le Cheval et le Mulet) , une fable de M. Febvé
( La Girouette et le Paratonnerre) , et une fable, imitée de l'al-
lemand, par M. Léon Halevy ( Les Furies ) , ont toutes offert
le mérite du style, et, à des degrés différens , le naturel et la
grâce, le trait et l'originalité.
Des fragmens d'une traduction en verà de la Pharsale, lus
par M. Léon ïhiessé, ont une seconde fois annoncé au public
qu'un éloquent et digne interprète allait enfin être trouvé pour
un des plus mâles génies de l'antiquité. ,
Une des fables tirées du poeme des Métamorphoses ( Hippo-
mène et Atalante) par M. de Pongerville, et réunies par lui,
sous le titre heureux à' Amours mythologiques, lue par M. Febvé,
ne pouvait plus rien apprendre au public sur le talent du poète
traducteur : mais elle pouvait charmer , et le charme a été-
complet.
Les lectures ont été terminées par M. Vientvet. lia extrait
d'un des derniers chants de sa Philippide des tableaux ou des
a86 FRANCE.
récits pleins d'une verve entraînante, et de vers qu'on regrette
de n'avoir pas retenus.
La partie musicale a prolongé l'intérêt que trois heures de
lecture n'avaient pu affaiblir. Un Trio de M. Brod pour le pia-
no, le basson et le hautbois, exécuté par Mlle Berlot, M. Ba-
risel et l'auteur, a été trouvé riche d'heureux motifs, plein
d'effet, et a réuni tous les suffrages. Le même succès a été ob-
tenu par un morceau de piano , à quatre mains, composé par
Czerny , et exécuté par Mile Berlot et par M. Fussy , avec un
talent très - remarquable , qui , déjà bien connu , semble tou-
jours nouveau. Ce sera suffisamment louer des nocturnes à deux
voix composés par M. Romagnesi, chantés par lui et parMme****
ainsi que des romances et des chansons du même compositeur ,
que de dire : La nuit était venue, l'heure du dîner approchait ,
et une assemblée brillante et nombreuse , avide d'écouter en-
core le chanteur, a attendu pour commencer à s'écouler, qu'il
se fut retiré lui-même.
Après la séance, les membres de la Société philotc clinique se
sont réunis dans un banquet, où des artistes étrangers sont ve-
nus s'asseoir; et là les liens d'une douce fraternité ont été res-
serrés encore entredes talens, divers ou rivaux, mais qui s'es-
timent avec franchise et s'aiment sans envie. V.
Note du rédacteur. M. Villena ve nous a communiqué ce portrait
de Frédéric 11, tiré de son rapport :
« M. Paganel achèvede préparer, pour l'impression, un grand
ouvrage historique où il embrasse toute la vie de Frédéric II ,
prince qui, si remarquable parmi les célébrités du dernier siècle,
futà lafois législateur etpoëte, philosophe et conquérant, esprit
fort et musicien; qui occupa tous les salons et embarrassa tous
les cabinets de l'Europe; fut, comme auteur, impie; comme
roi, despote; comme homme, citoyen : personnage singulier,
que se disputèrent, en sens inverse, la politique de son tems
et la raison de tous les âges. Son épée et sa plume , ses raison-
nemens et ses actions , ses pensées libérales et sa volonté abso-
lue offrent des contrastes étonnans. L'ami de Voltaire et le
seigneur de Potzdam, le correspondant de d'Alembert et le
co-partageant de la Pologne; celui que les philosophes ont
célébré, que les écrivains catholiques, et même les jésuites, ont
prôné (i); celui qui aurait voulu être roi de Fiance pour qu'il
ne fut pas tiré , disait-il, un coup de canon en Europe sans sa
permission; celui qui exprimait un jour le désir de gouverner
(i) Voyez le Dictionnaire historique de Fjîller.
PARIS. 787
la Grande-Bretagne, et à qui L'ambassadeur «Je cette nation osa
repoudre : « Sire, si nous étiez roi d'Angleterre , voua ne le
séné/, pas vingt - quatre heures » (mot qui juge un homme et
tout un règne ; celui enfin qui, si grand à la tête de ses ar-
mées, et si extraordinaire dans le palais de Sans-Souci, a eu
tant de biographes sans avoir trouvé encore un historien, va
nous être enfin montré avec toute son action sur l'époque où
il a véco ; et on le verra imprimer à la civilisation du nord
un mouvement dont il voulait peut-être, après sa mort, les ré-
sultats qu'il comprima pendant sa vie : étrange allure d'un roi
qui , de la même main , moissonnait le despotisme et semait la
liberté! »
M. Villenave a parlé en ces termes de la Revue Encyclopé-
dique et de ses dîners mensuels :
« On sait que ce recueil justifie pleinement son titre, et que
la Société phtlo technique n'est point étrangère à ses succès, puis-
qu'au nombre des rédacteurs sont inscrits quatorze on quinze
de ses membres. S'il est en France d'autres ouvrages pério
diques plus répandus à Paris et dans l'intérieur , et dont la ré-
daction offre autant ou plus de mérite encore, du moins est-il
vrai que la Revue Encyclopédique doit à son plan et à son titre
d'être devenue, pour diverses parties du globe, comme la malle-
poste de la civilisation. Si on ne peut dire des dîners mensuels
de la Revue :
C'est avec des dîners qu'on gouverne le monde.
du moins est-il vrai encore que, dans ces banquets littéraires ,
les notabilités voyageuses de tous les pays viennent se rattacher
dans les liens d'une même estime, se rencontrer et se fixer
dans les mêmes opinions. C'est, en se rapprochant, que les
peuples se connaissent, et c'est alors, et c'est ainsi que les pré-
jugés tombent, que les erreurs s'effacent, que le foyer des lu-
mières s'agrandit, et que l'esprit du siècle marche avec plus
d'ensemble, plus d'empire et plus de liberté. »
Collège royal de France. — Cours de littérature française ,
par M. Andrieux de l'Institut. — Depuis trente ans, les
méthodes d'enseignement ont beaucoup changé, elles se sont
améliorées, et l'on travaille tous les jours à les améliorer
encore : nous ne sommes plus au tems où un professeur
de littérature n'occupait ses élèves que des trois genres de
style , et des figures de pensées et de mots. Il est cepen-
dant une vérité qui n'est pas encore assez répandue; c'est que
la littérature est un instrument , et non pas un but. Il ne s'a-^
git pas de venir dans une chaire pour y apporter des juge-
iSS FRANCK.
mens tout faits sur les auteurs anciens et modernes , ni pour
frapper l'imagination des jeunes gens par des périodes sonores,
artistement cadencées ; ce qu'il faut, avant tout, c'est répandre
des idées justes et des sentimens généreux : c'est former des
hommes pour la patrie et la famille, car tous vos auditeurs
seront citoyens, presque tous époux et pères, et comme tels
ils auront des devoirs à remplir. Nul professeur n'a mieux que
M. Andrieux compris l'importance et le véritable but de ses
fonctions. Nous examinerons peut-être un jour, dans ce recueil,
quelle influence ses leçons doivent exercer sur les destinées de
la France à laquelle, depuis vingt-quatre ans, il a préparé tant
de citoyens amis du travail , de la médiocrité et du bien public.
La reprise des leçons de ce professeur offre un spectacle vrai-
ment touchant ; c'est une fête de famille pour les jeunes gens
qui, séparés pendant quelques mois de ce bon vieillard, sont
avides de le revoir et de l'entendre encore. L'amphithéâtre du
collège de France est encombré long-tems à l'avance, et ce
n'est pas sans peine que M. Andrieux peut parvenir à sa chaire,
au milieu des applaudissemens et des transports de cet audi-
toire dont il est -si tendrement chéri. Certes, il est bien digne
d'un pareil attachement : comme homme de lettres , il eût pu
prétendre à parcourir d'une manière brillante et lucrative une
carrière où il a remporté de beaux succès ; comme homme
public, à remplir d'importantes fonctions. Mais aux applau-
dissemens du théâtre ou de la tribune, aux fastes des grandeurs
et de l'opulence, il a préféré le modeste et paisible emploi
d'instituteur. Entouré de cette jeunesse qu'il aime , comme si
elle n'était composée que de ses enfans, il vient chaque semaine
l'entretenir du beau et du bon, développer en elle les semences
du goût et de la vertu , et personne n'est plus écouté; car il
appuie ses paroles de l'autorité de sa vie publique et privée.
Les lecteurs de notre Revue , qui n'ont pas oublié les articles
sur le théâtre des Grecs (voy. Rev. Eric; tom. xxi, pag. 77,
326 et 269; t. xxii, p. 89 et 36i), aimeront sans doute à trou-
ver ici une esquisse de ces charmantes leçons oùd'instruction ,
vraiment nationale , est appropriée, comme on dit aujourd'hui,
aux besoins de la génération nouvelle.
La littérature, dit M. Andrieux, se compose d'ouvrages qui
sont faits par l'homme et pour l'homme. Si l'on veut bien ap -
précierles ouvrages , il faut commencer par étudier l'homme;
car c'est dans sa nature que nous trouverons les sources du
beau et du vrai , qui sont les causes du plaisir que nous éprou-
vons en lisant les ouvrages.
On divise ordinairement l'homme moral en entendement et
PARIS. »80
«•il tofonté. Cette division n'est pas nouvelle < on la trouve dans
les anciens philosophes; mais il semble à M. Andrieux (pi'il y
a quelque coOse à placer" avant tout cela, c'est Yinstinrt ; Via-
slincl dont notre boB Dueis disait, avec sa manière \n\ peu
abrupte, que c'était nn bien grand maître, qu'il lui tirait son
chapeau, et qu'il était son très-humble serviteur.
M. Andrienx reconnaît trois espèces d'instincts (i) : instincts
physiques, mixtes et moraux.
i° Les instincts purement physiques sont ceux qui nous sont
communs avec les animaux , par exemple, \zfaim , \asoif, le
sentiment de. notre conservation , etc.
2° las instincts mixtes, qui tiennent à la fois des physiques
et des moraux, tendent au développement de ces deux autres
(lasses d'instincts , et nous sont communs avec les animaux ,
sauf des modifications. Tels sont, par exemple, la locomotivité, ou
le besoin de remuer; c'est cet instinct si puissant chez l'homme
<'t chez les animaux qui produit l'amour de, la liberté. Tels sont
encore l'instinct du rhythme et de la cadence, de la poésie , de
Y imitation, le courage, la pudeur, Y amour, le rire , enfin le
besoin de comniuniqmer nos idées et les moyens que nous em-
ployons pour le faire; car M. Andrieux pense que la parole est
chez nous un instinct. L'homme étant destiné à vivre en société
devait sentir le besoin de communiquer ses idées, et Dieu lui
a donné l'instinct de la parole, qui est le premier et le plus fort
lien des sociétés.
3° Les instincts moraux sont opposés aux instincts purement
physiques.il faut entendre ici, par moral, l'intellectuel, ce
qui n'est ni tangible, ni compréhensible, par opposition au
physique , qui est le corporel , le matériel. IAin est le lot des
métaphysiciens; l'autre, celui des physiologistes. Ainsi, moral
n'est pas pris ici dans le sens qu'on lui donne le plus ordinai-
rement; car nous verrons, en parcourant les instincts moraux ,
qu'il y en a parmi eux de très- immoraux.
Ces instincts moraux se subdivisent eux-mêmes .en affection-
nels et intellectuels.
Le professeur passe alors successivement en revue l'affection
des païens pour leurs enfans, celle des enfans pour leurs pa-
rens, et il explique ce qu'il faut entendre par cette espèce de
proverbe, Y amitié ne remonte point. Il place encore dans les
(i) Le professeur a eu grand soin de faire observer qu'il ne fallait
pas confondre les facultés instinctives, les dispositions premières et
originelles de l'homme qu'il appelle instincts , arec l'instinct des ani-
maux.
T. xxxvn. — Janvier 1828. jo
29o FRANCE.
iustincts moraux affectionnels l'amour des frères et sœurs entre
eux, et rien n'est plus naturel. On a fait au théâtre des pièces
dont le dénoûment repose sur des reconnaissances de per-
sonnes qui, sans s'être jamais vues, avant de savoir leur nom,
devinent, pour ainsi dire, leur parenté. Le public goûte même
assez ce genre d'intérêt. Après tout, quand deux personnes du
même sang se rencontrent, peut-être y a-t-il un mouvement
physique du sang qui veut remonter vers sa source; nous
sommes faits du sang et de la chair de nos parens : serait-il
donc si extraordinaire que deux parties d'un même tout en
présence l'une de l'autre tendissent à se rapprocher?
Après les affections de famille, on peut placer au premier
rang V 'amitié , que Cicéron appelle rerum humanarum ac divi-
narum cum miâta charitate ac benevolentia consentio. Ce sen-
timent est à coup sur l'un des plus doux qu'il soit donné à
l'homme de connaître; c'est une communication continuelle de
pensées et de sentimens. Après avoir charmé notre adolescence
au collège , partagé les plaisirs et les espérances de notre jeu-
nesse , nous avoir aidé à supporter les peines de la vie dans
l'âge mûr, elle prête à la vieillesse le charme des souvenirs, et
adoucit nos derniers instans par l'idée d'une réunion éternelle.
M. Andrieux se plaint que nous ne connaissions pas dans nos
tems modernes ces amitiés héroïques de Thésée et d'Hercule,
de Pylade et d'Oreste. Il proteste toutefois contre cette défini-
tion du triste La Rochefoucauld: ■<■ Ce que les hommes ont nommé
amitié n'est qu'une société, un ménagement réciproque d'inté-
rêts , un échange de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce
où l'amour- propre se propose toujours quelque chose à ga-
gner. » (N° 81.) L'amitié de l'auteur des Maximes est celle des
courtisans , qui ne cherchent que les moyens de satisfaire leur
ambition ou de se pousser en cour.
Nous regrettons vivement que les bornes de cet article ne
nous permettent pas de rapporter ce que M. Andrieux a pu
dire de l'amitié des gens de lettres. Il appartenait à l'ami de
Collin-d'Harleville de réclamer contre cette éternelle accusation
de jalousie et d'amour-propre, qui éteindrait chez les hommes
de lettres le plus doux des sentimens.
On a pu remarquer que toutes les affections dont on vient
de parler sont de bons instincts ; mais l'homme a aussi de mau-
vais instincts. Il semble qu'on ait cherché à les rassembler dans
les sept péchés capitaux , pour avertir l'homme d'être sans cesse
en garde contre eux.
Jjorgucil vient de l'amour excessif de nous mêmes. Cet amour
serait vraiment le plus déplorable des penchans, si Dieu n'avait
PAULS. 29t
nus dans nos cœurs, pour le contrebalancer, la compassion, la
pitié, ce que les anciens appelaient cheiritcp, mot louchant dont
la religion chrétienne s'est emparée, et qu'elle nomme charité.
Il n'est pas besoin de remarquer que nous n'entendons pas par
Ce mot une légère el modique aumône.
UctH'ic e. : un instinct que nous retrouvons chez les animaux ;
ainsi, nous voyons le chien moi die son compagnon quand il
ohlie.it seul les caresses de leur, maître commun.
La colère est aussi un mauvais instinct que l'éducation ré-
forme beaucoup, mais que l'on aperçoit dans toute sa force
chez les animaux el chez les enfaus, quand le moindre de leurs
désirs est contrarié. Il faut encore en chercher la source dans
ce malheureux égoïsme, auquel se rattachent peut-être tous
nos mauvais penchans.
\1 avarice. Platon , qui place la colère dans la poitrine, place
l'avarice dans la région du ventre, parmi les passions viles et
les appétits grossiers, parce que, dit-il, c'est avec l'argent qu'on
achète tous les grossiers plaisirs. En combattant l'avarice, il ne
s'agit point de faire l'éloge de la pauvreté cynique de Diogène ;
la misère est une chose îriste, et c'est une affreuse position que
(•(die d'un père qui voit souffrir la faim à sa femme et à ses en-
fans , sans pouvoir leur procurer du pain. Apprenons à repous-
ser la misère par le travail. « La Faim, dit Franklin, regarde à
la porte de l'homme laborieux , et n'ose entrer chez lui. » Il
faut dire aussi que la soif de l'or est un vice bas et misérable
que notre éducation ne favorise que trop; il faut enseigner aux
jeunes gens qu'avec du travail , de l'ordre et une bonne
conduite, il est presque impossible qu'un honnête homme ne
réussisse pas à se procurer une heureuse médiocrité qui lui
permette d'élever sa famille. On a beaucoup crié contre une
certaine aristocratie qui tenait à des préjugés que nous sommes
loin de défendre; mais cette aristocratie était sans contredit
préférable à celle des richesses, qui est l'aristocratie de la cor-
ruption et des vices.
La gourmandise et la paresse sont encore deux instincts que
le sentiment de notre conservation corrige. « Pour moi j'avoue ,
dit M. Andrieux, que j'ai toujours un peu regretté que l'on ait
mis la paresse au nombre des sept péchés capitaux. J'ai eu en
effet, toute ma vie, d'assez belles dispositions à la paresse; et
si je ne m'y suis pas tout à-fait abandonné, c'est que, comme le
loup, la faim m'a fait sortir du bois.» Il est, au reste, très-
étonné qu'on ait oublié parmi les péchés capitaux V hypocri-
sie, qui est le mensonge eh action, en permanence, vice af-
freux qui décèle de la bassesse d'àme avec de la perfidie. Il
'9-
•jt92 FRANCK.
examine ensuite le mensonge, et recherche s'il est jamais permis
démentir. Il faut convenir qu'on rencontre quelquefois de su-
blimes mensonges; tel est celui d'Oreste et Pylade, ou celui de
Sophronie , dont le Tasse a dit : « Mensonge héroïque, quelle
est la vérité que l'on puisse te préférer ? » M. Andrieux pense
qu'il faut se garder de mentir, parce qu'on pourraiî'en contrac-
ter l'habitude. Il flétrit ce mot attribué à un moderne diplomate,
que la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée;
mais il se hâte de reconnaître que la trop grande sincérité a ses
inconvéniens. Un homme d'honneur ne doit jamais dire que ce
qu'il pense; mais il n'est pas tenu de dire tout ce qu'il pense,
sans cela on serait toujours à couteau tiré dans la société. Mo-
lière, cet admirable penseur, l'avait bien senti. C'est cette vé-
rité qu'il a mise en action dans le Misanthrope , qui est assuré-
ment un honnête homme, mais qui a des accès de sincérité
tout-à-fait à contre-tems.
Revenant aux bons instincts, on ne peut oublier Vamour de
la patrie 9 sentiment si naturel à l'homme , qu'après avoir
fourni aux poètes une foule de beautés, on y puise encore
chaque jour des beautés nouvelles. C'est Ovide qui a dit:
Nescio quâ natale soluui dulcedine cunctos
Ducit, et immemores non servit esse sui.
L'un des plus beaux ouvrages que ce sentiment ait inspirés est
à coup sur V Horace du grand Corneille, où le poète nous montre
à côté du dévoûment le plus sublime l'excès de ce même amour
dégénérant en férocité.
Vamour de la gloire est aussi un noble et généreux instinct ,
mais dont l'excès est dangereux; n'est-ce pas lui qui fit d'Oc-
tave le tyran de ses concitoyens, et qui tourmente ces rava-
geurs de provinces, comme les appelle Bossuet, que les poètes
ont tantôt maudits, et tantôt exaltés dans leurs vers. La gloire
est belle sans doute , mais elle est rare; elle appartient à peu
d'hommes, même dans les siècles les plus favorisés, et il n'est
pas sans danger de vouloir exciter, dans l'enfance et dans la
jeunesse, cet amour de gloire qui peut dégénérer chez eux en
sotte vanité et les porter à se consumer en inutiles efforts,
qui , faute de qualités supérieures, ou seulement de talens dis-
tingués, les conduiraient au ridicule et à la misère.
La gloire n'est pas chose facile à définir. Le Dictionnaire de
t Académie dit que la gloire est : « l'honneur, l'estime , les
louanges, la réputation que la vertu, le mérite, les grandes
qualités, les bonnes actions et les bons ouvrages attirent à cha-
cun. » A cette définition un peu vague et un peu longue
PAULS. ar/3
M. Andrieux propose de substituer la suivante: La gloire est
iioe renommée éclatante, durable, fondée sur l'estime, l'admi-
ra!ion et la reconnaissance des hommes. Ainsi, Marc-Aurèle,
Henri IV , Franklin , Washington, et tous ceux qui ont con-.
tribué avec éclat au bonheur de leurs semblables, ont mérité de
la gloire.
Le désir de la gloire est si naturel que, pour obtenir cette
grande renommée, des hommes recommandables sont descen-
dus à des faiblesses qu'il faut blâmer et plaindre. Cicéron im-
portunait tout le monde du récit de son consulat, et demandait
à Lucceius de violer les lois de l'histoire pour embellir le ta-
bleau de ses actions ; et Voltaire, pour assurer le succès de ses
ouvrages, flattait des grands seigneurs dont il se moquait tout
bas, tandis qu'il écrasait avec colère, et parfois avec cruauté,
ces insectes qui le fatiguaient de leurs piqûres.
Il est peu de mots dont on ait plus abusé que du mot gloire :
il y a vraiment des exemples incroyables de ces abus. Dans l'o-
raison funèbre de la duchesse d'Orléans, Bossuet faisant allu-
sion au voyage que cette princesse venait de faire en Angle-
terre auprès du roi Charles ÏI , dit qu'à son retour Madame
allait être précipitée dans la gloire. Or, quel avait été le but de
ce voyage? La princesse avait été envoyée par Louis XIV
auprès du roi Charles II, son frère, pour le détacher de l'al-
liance des Hollandais. Elle y était parvenue, et avait fait ac-
cepter au roi d'Angleterre une pension du roi de France ,
moyennant laquelle il trahissait les intérêts de ses sujets, mé-
content qu'il était de son parlement qui ne lui fournissait pas
assez d'argent pour ses plaisirs. C'est à propos c\u succès de
cette misérable intrigue que l'éloquent prélat, empruntant un
mot de Tacite, déclare que la princesse allait être précipitée
dans la gloire : Prœccps in gloriam agebatur.
Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV t s'est servi presque
des mêmes expressions : « Madame alla voir son frère à Can-
torbéry , et revint avec la gloire du succès ; elle en jouissait, lors-
qu'une mort subite et douloureuse l'enleva, à l'âge de '26 ans ,
le '^o juin 1670. » Mais on est moins étonné de rencontrer cette
phrase dans le Siècle de Louis XIV, qui est presque continuel-^
temeut écrit sur le ton du panégyrique. Voltaire, d'ailleurs ,
avait passé sa jeunesse au milieu d'une société qui se ressentait
de la corruption des mœurs du tems de la régence.
Je me suis arrêté avec plaisir sur cette partie des leçons de
M. Andrieux, parce qu'elle a dû faire connaître la manière de
ce professeur. Je n'ai pu indiquerta par tic littéraire des séances
du Collège de France: mais les ouvrages de M. Andrieux sont
des garanties suffisantes que ses préceptes littéraires sont dignes
île ses préceptes de morale. C'est de lui que Chénier aurait pu
dire :
Et s'il venge le goût trop souvent oublié ,
Chacun de ses éerits, au goût toujours fidèle,
En offrant la leçon présente le modèle.
Je regretterai , toutefois, bien sincèrement de ne pouvoir
analyser ses leçons sur X honneur et sur les idées religieuses. Elles
renferment une foule d'aperçus neufs , toujours pleins de bon
sens et de goût. On a beaucoup vanté l'esprit de M. Andrieux ;
mais on n'a pas assez parlé de sa haute raison et de son iné-
puisable bienveillance. Combien de jeunes gens lui doivent ce
qu'ils vaudront pour la société ! Celui qui a essayé de donner
ici une idée des leçons de cet excellent homme aime à avouer
publiquement que sa reconnaissance ne pourra jamais acquitter
les obligations qu'il a contractées envers lui. J. B.
Athénée royal de Paris, ruede Valois ( ci-devant du Lycée ),
n° 2. — Quarante-deux années de travaux recommandent l'Athé-
née de Paris à la bienveillance des amis des lettres, et de tous ceux
qui sentent le prix d'une instruction philosophique et variée : il
offre surtout un lieu de réunion agréable et un foyer central
d'instruction aux étrangers qui viennent passer l'hiver à Paris.
La 43e année est commencée, depuis le i5 novembre dernier,
et doit finir le 16 novembre 1828. Nous nous empressons de
donner le programme des cours qui viennent de s'ouvrir.
Ire. Section. — Sciences physiques. Physique expérimen-
tale. M. Demonferrand. Chimie. M. Dumas. Géologie. M. Cons-
tant Prévôt. Physiologie comparée des Végétaux et des ani-
maux.M. Adolphe Brongni art. Zoo/ogvV. M. Bl a inville. Anato-
mie et Physiologie- M. àmussat. Médecine publique, A. Melier.
2e. Section. — Sciences morales et économiques. Litté-
rature. Philosophie des facultés intellectuelles. Le Dr. Gall. Ci-
vilisation industrielle des nations européennes M. Blanqui. Elo-
quence. M. Francis Le Vasseur. Ecole romantique M. Parisot.
M. Artaud fera plusieurs lectures sur la philosophie de l'his-
toire, et M. Auzoux consacrera quelques séances à des démons-
trations générales d'anatomie , au moyen de pièces artificielles de
son invention.
Le prix de la souscription est de 120 fr. pour Tannée; 90 fr.
pour six mois; 60 fr. pour les dames et pour MM. les étudians.
Établissement orthopédique el gymnastique du Mont - Par-
nasse , destiné au traitement de loutes les difformités dans les
deux sexes , et dirigé par MM. les docteurs Bkllanger , Du-
PARIS. iq5
1 vi iî( Maison a a* mm da Chevreuse, n" .', , .1 Paris ). —
L'heureux emploi des moyens mécaniques dans !«• traitement
des difformités qui affectent les diverses parues du corps;,
1 donné naissance à nue nouvelle branche de thérapeutique*
l m iage expérience a démontré que t'orthouédin obtient d<-s
résultats aussi sûrs que satisfaisans , lorsqu'elle e§1 appliquée
par des médecins instruits; mais qu'elle pourrait avoir des
conséquences funestes entre les mains du charlatanisme ou de
l'ignorance. On juge alors combien il est Important que des
médecins, déjà connus par leurs talens, s'oe< npcnl spéciale-
ment de celle partie de la il. et réunissent dans le même établis-
sement tout ce que les connaissances médicales peuvent ajouter
d'efficacité aux moyens orthopédiques. Tels sont les avantages
que présente la maison du Mont Parnasse. Tons les appareils ont
été perfectionnes et produisent les plus heureux résultats , sur-
tout lorsqu'ils sont combinés avec les frictions, les bains, les
médicamens et 1rs exercices gymnastiques. Un Gymnase; a été
institué, à cet effet, d'après les idées de M. àmÔbôs, de manière
à transformer en j<'ux tous les exercices utiles au redressement.
L'établissement du Mont-Parnasse embrasse le traitement
de toutes les difformités auxquelles le corps humain est sujet,
dans les différentes époques de la vie; ainsi, les déviations
de la colonne vertébrale, la conformation vicieuse des mem-
bres, les pieds-bots, les difformités du visage, le menton de
galoche, le strabisme, etc. , la viciation des organes des sens,
sont corrigés par des appareils aussi ingénieux que variés.
Jusqu'à prisent, la plupart de ces maladies, acquises on natives,
étaient regardées comme incurables, et les en fans étaient con-
damnes à porte* toute leur vie ces infirmités qui aujourd'hui ne
peuvent résister à un traitement bien dirigé et continué avec
constance.
Les jeunes demoiselles sont confiées à une dame recomman-
dable pat son éducation et ses principes religieux, et placées
dans un grand pavillon où une institutrice leur donne chaque
jour des leçons. Les jeunes garçons sont aussi surveillés par un
instituteur qui continue leur éducation. Le traitement ne souffre
nullement des études qu'on fait : l'instruction n'est qu'un acces-
soire utile et agréable, qui ne fait point perdre de vue la gue-
rison des malades. Il faut, en effet, pour obtenir de bons résul-
tats, des moyens mécaniques , une continuité de soins, une
exactitude de surveillance et -un discernement que ne peuvent
avoir les parens, ni les personnes étrangères à l'ait de guérir.
Aussi, dans l'établissement du Mont Parnasse, un des médecins
est toujours auprès de> malades pour diriger et assurer les e.i
uc)6 FRANCE
fets du traitement. C'est à cause des accidens graves qui sonl
résultés de ce défaut de surveillance dans les pensions et dans
les maisons particulières, qu'on doit placer de préférence les
malades dans un établissement où leur éducation est cultivée,
sans nuire aux progrès de la guérison. Z.
Réclamation. — Lettre à M. le Directeur de la Bévue Encyclo-
pédique.— Monsieur , je sais que beaucoup de personnes m'ont
attribué la Notice sur le chlore et les chlorures (Voxides insérée
dans voire cahier du mois de novembre dernier ( voy. Rev.
Jùic\, t. xxxvi, p. 273). Quelques erreurs disséminées dans ce
travail ne me permettent pas d'en prendre la responsabilité,
et je vous prie de vouloir bien désabuser vos lecteurs à ce su-
jet, en insérant ma lettre dans votre plus prochain cahier.
Agréez, monsieur , etc. Dubrunfaut.
Paris , le 9- janvier 1828.
Théâtres. — Théâtre français. — Première représentation
de Racine, comédie en un acte et en vers; par MM. Briseux
et Busoni. (Jeudi 27 décembre). — Les malices qui fourmillent
dans la jolie comédie des Plaideurs qu'on vient de donner à la
Comédie française, ameutent contre le poëte tous les Chica-
neau et les Perrin Dandin de Paris. Le pauvre auteur dont,
ce soir même, on joue la pièce à Versailles, est sur les épines;
lorsque les acteurs, sans avoir pris le tems de se déshabiller,
viennent en poste lui annoncer le brillant succès des Plaideurs
à la cour. Le roi a ri, c'est assez; les courtisans se sont pàmés-
d'aise; et pour célébrer le triomphe du poëte, on couronne
son buste. Boileau, La Fontaine, Chapelle, tous amis du grand
homme, figurent dans cette bluetle, qui finit par le mariage
obligé; c'est le comédien Floridor qui parvient à épouser la
nièce du propriétaire de la maison où loge Racine; le bon-
homme la lui refusait d'abord, à cause de sa qualité de comé-
dien ; mais il la lui accorde de grand cœur, lorsqu'il reprend
qu'il vient de faire un héritage. Il ne faut pas chercher d'ac-
tion dans un pareil ouvrage; mais on y trouve des traits heu-
reux , de jolis vers, et quelques éloges du poëte tournés avec
assez de délicatesse. C'était, ce jour- là, la fête de Racine;
l'ombre du poëte a dû accueillir avec satisfaction un hommage
spirituel et applaudi du parterre.
Première rcprésenlationde Molière, comédie episodique
en un acte et en vers, par M. François Dercv. v Mardi 1 S
PARTS. |g|
janvier). — dette petite comédie est encore un bouquet potn
l'un des créateurs de noire théâtre; joute le jour anniversaire
«le la naissance de Molière, elle était destinée à le fêter; le cadre
imaginé par l'auteur est assez ingénieux , avantage rare dans les
pièces de circonstance. I ■ directeur de comédie, et un de ses
acteurs, occupés à composer une petite piÔCC en l'honneur de
Molière, sont incessamment dérangés par une foule de fàeheux.
Ces L-ens de notre teins offrent les principaux traits des origi-
naux peints jadU par Molière, dont le génie a deviné l'homme
de tous les tems. (lest un bon bourgeois, enriehi dans le com-
merce, et que la représentation de George Dandin et du Bour-
geois gentilhomme ont préservé de la folie d'épouser une demoi-
selle de grtfndè maison , et d'être l'ami intime de grands seigneurs
(pi i vi\ aient à ses dépens. C'est une espèce d'Arsinoé,jadisaetrice,
aujourd'hui mariée à un baron, et qui se récrie contre l'indc-
cenee des comédies de Molière. C'est un Chrysalde nouveau,
que désolent les dissertations de sa femme sur le romantisme, et
qui supplie qu'on joue Ici Femmes savantes pour corriger, s'il
se peut, sa folie. C'est un autre Harpagon, tracé trait pour trait
sur celui de la comédie, et qui soutient que rien ne ressemble
aujourd'hui aux personnages de Molière, et particulièrement à
son avare. C'est un tartufe vêtu en frac, etcoifféàla moderne,
dont la colère contre Y Imposteur de Molière prouve que cette
peirfture le blesse comme une personnalité. C'est enfin une
Célimène, féconde en billets doux, et qui donne à son amant
ces excuses frivoles dont l'autre Célimène payait Alceste. L'ap-
parition successive de ces divers personnages n'a pas laissé à
nos deux auteurs le tems de faire un seul hémistiche; ils s'ima-
ginent alors de recueillir les scènes qu'ils viennent d'entendre,
et qui sont comme un hommage à cette vérité de pinceau qui
immortalise Molière. Des caractères bien esquissés, des mots
piquans , des vers heureux ont assuré le succès de cette baga-
telle, que les comédiens ont terminée par le couronnement du
buste de leur grand patron.
Chacun de son côté, comédie en trois actes et en prose, par
M. Mazères. (Vendredi, 25 janvier). — Les principaux élémens
d'une bonne comédie sont l'action , les caractères et les mœurs;
or ici l'action est commune et peu dramatique, les caractères
manquent d'originalité, et les mœurs ne sont point celles de la
société que l'auteur a voulu peindre. Il est possible que, dans
un certain monde, on se quitte pour des torts graves ou pour
quelque étonrderie, et qu'on se reprenne ensuite par sentiment
ou par caprice; mais, dans le monde que M. Mazères a mis
en scène , ce sont de rares exceptions dont se sont déjà emparés
ayS FRANCE.
les autours de Misanthropie et Repentir, ainsi que à' Adolphe et
Clara. Il suffit de citer ces deux ouvrages pour indiquer tout ce
qui manque ou de pathétique ou de piquant à la pièce nou-
velle. Le baron et la baronne de Val Hère vivent chacun de
son côté; le mari avait des maîtresses, la femme était étourdie;
on s'est séparé par consentement mutuel ; mais quoique ma-
dame de Vallière se console au milieu des fêtes et des adora -
teurs , elle sent les inconvéniens de sa situation; et si elle ne
regrette pas ouvertement son mari, elle regrette au moins
l'état de femme mariée. Le mari s'est livré à de grandes spé-
culations, elles n'ont pas très bien réussi; il se trouve dans la
nécessité de vendre une terre qui reste encore dans la com-
munauté; c'est pour lui un prétexte de se présenter chez ma-
dame. On voit, dès cette première entrevue, que la réconci-
liation est assurée; le mari repentant et malheureux, la femme
fatiguée de cette espèce de veuvage, ne demandent qu'à se
réunir; l'amour- propre seul retient encore les deux époux; et
de plus, un oncle qui fait le raisonneur, mais qui est assez peu
raisonnable, défend formellement à sa nièce de se rappro-
cher de son mari. Cependant, comme il est nécessaire que
M. de Vallière ait ce soir même la réponse de sa femme, au
sujet de la vente en question , elle lui assigne un rendez-vous à
sa maison de campagne de Saint-Mandé, où elle donne une
fête , et où il sera mystérieusement introduit par la petite porte
du parc. Mais , tandis qu'il attend sa femme près d'un pavillon
isolé, il est rencontré par le jeune comte Balcoff, attaché à la
légation russe, et l'un des adorateurs les plus empressés de
madame de Vallière; l'air mystérieux de l'homme qu'il ren-
contre, son costume négligé, donnent des soupçons à Balcoff;
et, dans l'explication qu'il demande, il parle assez légèrement
de madame de Vallière. On devine qu'un duel est le résultat de
cette entrevue. Le jeune Russe est blessé; l'affaire s'ébruite;
madame de Vallière désespérée a une nouvelle entrevue avec
son mari, et lui pardonne; le petit Cosaque vient faire ses
excuses et prendre congé, attendu que l'oncle de madame,
ami de l'ambassadeui5 , s'est employé pour le faire renvoyer en
Russie. Cet oncle pardonne; c'est le dénouement que tout le
monde avait prévu. Nous n'avons point parlé d'un notaire,
personnage assez bien jeté dans l'action, et dont le rôle serait
comique et vrai, s'il ne se plaignait trop souvent et trop pu-
bliquement de la bêtise et des gaucheries de sa femme, laquelle
est en effet un personnage ass>ez ridicule. La fatuité i\u jeune
Russe n'est pas mal peinte, et le rôle de madame de Vallière,
tracé avec talent, a été admirablement joue par mademoiselle
p. vins.
Mars; il est impossible de montrer une finesse plus ingénieuse i
une grâce pins exquise, une expression plus piquante. Mais
la perfection de l'actrice aa pu couvrir les inconvenances et
surtout le peu d'intérèl delà pièce. Le premier acte, rempli de
détails agréables el spirituels, ne promettait rien cependant
pour les autres, et, malheureusement pour, les spectateurs,
l'auteur leur a tenu parole. La pièce, mal aeeueillie le premier
jour, a mieux, réussi les jours suivans , grâce à de larges
coupures.
— Tiikvtiik DE i/Odéon, — Première représentation de
Y Important, comédie en trois actes et en vers; par M. Ancelot.
(Mardi /» décembre). — Nous sommes chez M. Dupré, bon bour-
geois de Chàlons-sur-Saône. Ce Dupré a pour neveu un jeune
bomme appelé Frédéric, lequel est lié avec Sénarmont, autre
jeune homme qui , pendant son séjour à Chàlons, a été accueilli
avec bonté chez Dupré. Si l'on en croit Sénarmont sur parole,
c'est un homme de haute importance; il a les plus belles con-
naissances, il est ami des ministres, il est même fort bien à
la cour. Il promet un emploi à Frédéric; et bientôt celui-ci est
nommé inspecteur des domaines. Il est évident que cette faveur
ne peut venir que de Sénarmont , qui est en ce moment à Paris.
Cependant le ministre parle dans sa lettre d'une recomman-
dation d'un duc de Séréville; et cette protection, on la doit sans
doute encore à Sénarmont, car personne ne connaît ce duc
chez Dupré.
De retour à Châlons, Sénarmont est accablé de prévenances
et de 'caresses; chacun l'invite et le recherche, le bruit de son
crédit met toute la ville en mouvement; Frédéric surtout le
remercie et de l'emploi et de la protection du duc de Séréville,
qu'il lui a procurés. Sénarmont parle en effet du duc comme
d'un ami particulier dont il obtient tout ce qu'il veut. Or, le
duc, qu'il ne connaît pas, l'écoute, et va bientôt confondre
tant d'impudence. Il y a depuis quelques jours chez Dupré un
étranger qu'il a connu à Reims et avec lequel il s'est lié ; cet
ami, qu'on appelle Gf an ville, est un bon homme, personnage
sans façon et qui ne fait aucun étalage. Cet étranger n'est autre
que le duc de Séréville , qui parcourt la France avec la mission
secrète de s'enquérir des besoins et des plaintes du peuple ,
ainsi que des vexations de l'administration. Le duc, qui veut
punir Y Impôt tant , fait annoncer, dans le journal de Chàlons, la
disgrâce du duc de Séréville. Accusé d'un complot contre le
gouvernement, il s'est enfui , et l'ordre est donné de l'arrêter,
ainsi que tous' ceux qui auraient avec lui quelque relation
intime. Dupe de cette fausse nouvelle, un M. Doublet., sous-
3oo FRANCE.
préfet par intérim, et qui espère arriver à une préfecture en
s'attachant à tous les partis qui triomphent, saisit avec empres-
sement l'occasion favorable d'une conspiration pour montrer
son zèle, et il fait arrêter Sénarmont, suspect d'intimité avec
ie prétendu conspirateur. Sénarmont, qui voudrait bien main-
tenant dire la vérité, mais qui ne voudrait pas avouer son
mensonge, est dans une situation fort embarrassante, lorsque
Doublet reçoit l'ordre de le mettre en liberté, attendu que la
conspiration de Séréville n'est qu'un conte de gazette. Le duc
se fait alors connaître, et Sénarmont part pour la Suisse en
offrant aux amis qu'il quitte sa protection auprès des cantons.
Une autre mésaventure, dont nous n'avons pas parlé, arrive
à Sénarmont; il reçoit un coup d'épée pour un article' de journal
dont il se vante, et qu'il n'a point fait; cet article a offensé un
jeune médecin, qui connaît mieux Rossini que Broussais , et
qui paraît aussi avoir plusieurs manières de tuer son monde.
Un receveur de contributions, une femme poëte, une petite
Emma, qui n'est ici que pour épouser son cousin Frédéric,
sont les autres personnages de la pièce dont nous venons de
donner une rapide analyse.
Il est facile de voir qu'en plaçant son Important sur un petit
terrain , en le faisant agir dans un espace étroit, l'auteur a ra-
petissé son principal personnage. Se vanter de connaître un duc,
et d'avoir écrit un article de journal, ce sont là , il faut le dire,
des importances de province. L' Important serait mieux carac-
térisé , plus dramatique sur un plus grand théâtre. Toutefois
la comédie de M. Ancelot est un ouvrage amusant; des^Stua-
tions plaisantes , un dialogue spirituel et de fort jolis vers en
ont assuré le succès; elle tiendra une place honorable dans le
répertoire de l'Odéon.
— Théâtre' anglais. — Le Marchand de Venise, comédie en
cinq actes de Shakspearc. (Mercredi s3 janvier.) — Le théâtre
anglais a perdu un peu de cette première vogue qu'il devait
chez nous à la nouveauté; mais il est toujours suivi par un
grand nombre d'amateurs qui saisissent avec empressement
cette occasion de se familiariser avec une langue et une littéra-
ture étrangères, de jouir d'un spectacle toujours original pour
nous, et d'applaudir trois ou quatre acteurs dout le talent fait
oublier la médiocrité des autres. Le Marchand de f en/se est
assurément une des compositions les plus dramatiques de Shaks-
peare. Nous n'essaierons pas d'en tracer ici une analyse qui
serait fort longue, si nous voulions suivre le fd de ileux in-
trigues assez romanesques, et retracer ces nombreux caractères
dont la variété est un des signes ordinaires de la fécondité de
PARIS. ioi
Shtkspeare. Nous distinguerons seulement celui du Juif Shy-
lock , le héros de ce drame. C'est une création, forte et poétique,
où le génie de Shakspeare s'est empreint tout entier. Ce Juif,
abreuvé idu mépris des chrétiens qui lui empruntent son ar-
gent, en lui crachant sur la barbe et en le chargeant de malé-
dictions, semble être le représentant de la haine de sa nation
contre les oppresseurs dont elle est victime; il déteste -jusqu'aux
vertus qu'il n'a pas et qu'il rencontre dans l'ennemi sous lequel
il est obligé de se courber. « Je le hais, parce qu'il est chré-
tien, dit-il, en parlant de celui qui devient son débiteur pour
rendre service à un ami; mais je le hais bien davantage parce qu'il
a l'ignoble simplicité de prêter de l'argent gratis, et qu'il fait
baisser le taux auquel nous prêtons à Venise. Si je puis une fois
prendre ma belle sur lui, j'assouvirai a plaisir la vieille aversion
que je lui porte. Il hait notre sainte nation; et jusque dansles
lieux où les marcliandsse réunissent, il insulte moi, mes marchés
et mes profits légitimes, qu'il appelle intérêts. Maudite soit ma
tribu si je lui pardonne !» Lorsque ce caractère a été ainsi exposé
par le poëte, on est préparé avoir le Juif proposer en riant cet
abominable arrangement en vertu duquel il sera maître de cou-
per une livre de la chair du chrétien si la dette n'est pas payée à
une certaine époque; à le voir, armé d'un couteau, demander au
tribunal du doge l'exécution de cette clause homicide. Cette der-
nière situation est développée dans la pièce anglaise avec un
admirable talent; le poète fait naître l'émotion, il l'accroît, il
la suspend, il la porte à son comble avec une puissance de
génie dont il n'a peut-être donné aucune preuve plus éton-
nante. Des tableaux gracieux produisent un heureux contraste
avec cette situation principale; et malgré quelques invraisem-
blances assez grossières, malgré des bouffonneries qui peuvent
amuser les Anglais, mais que nous ne saurions goûter ici, l'en-
semble de cet ouvrage présente beaucoup d'intérêt, et l'on
connaîtrait mal Shakspeare si l'on n'avait vu et étudié le Mar-
chand de Venise. Mlle Smithson ne trouvait point dans ce rôle
les grands effets que lui ont offerts la plupart des drames dans
lesquels elle a paru chez nous ; mais elle a joué cependant
le personnage dePortia en comédienne habile; Abbott a rendu
avec une amertume bien sentie l'ironie d'un rôle de quelques
lignes; et Terry , qui jouait le personnage de Shylock, a dé-
ployé une grande intelligence; son organe favorable a la scène
et sa physionomie mobile produisent de l'effet; et, quoique le
rôle de Shylock ne soit point de l'emploi qu'il joue, dit - on , à
Londres, i! l'a rempli avec distinction. M. A.
Sua FRANCE.
I>f.aux-arts. — Expositiondes tableaux en 1827. Second article
Voy.T. XXXVI, p. 5 26) — Le ministère de la Maison du Roi a
fait l'acquisition de plusieurs collections de monumens grecs et
égyptiens; on y a réuni tout ce que la couronne possédait d'ob-
jets de même nature, ainsi que àvsfigulines rustiques de Bernard
Palissy et des émaux de Limoges; il fallait ensuite loger toutes
ces richesses; on leur a consacré neuf à dix salles du Louvre :
leîle est l'origine du Musée Charles X, que les principaux artistes
de notre école ont été appelés à décorer.
On a pensé, aussi, à mettre le Conseil d'État dans le même pa-
lais, et les salles qui lui sont destinées ont été également enri-
chies de peintures.
En France, on est pressé de jouir : on a donc voulu que le
public pût avoir sous les yeux, tout à la fois, non-seulement
l'exposition ordinaire qui, déjà, devait être fort nombreuse,
puisqu'elle avait été reculée d'une année; mais encore tous les
travaux exécutés dans le Musée Charles X et les salles du Con-
seil d'État. Les artistes n'ont pas lout-à-fail répondu à ce désir :
Le Musée des antiquités égyptiennes , grecques et françaises n'a
été ouvert que dans le cours du mois de décembre, et les salles
du Conseil d' E tat n'ont été offertes auxregards du public qu'au
commencement de janvier. A cetle même époque a eu lieu
l'exposition des produits des manufactures royales; jamais
Paris n'avait vu une solennité de cette nature; il semblait que
ce fut la fête des arts.
Je crois, au reste , que l'empressement que l'on a mis à ter-
miner un aussi grand nombre d'objets, pour une époque fixée ,
n'e>t pas sans inconvénient : le talent ne souffre la gène qu'a-
vec une impatience dont ses travaux se ressentent; or, c'est une
gêne, et une gène très-grande pour un artiste, d'être obligé
de faire un tableau dans un délai déterminé et assez court. Enfin,
jouissons des choses telles qu'elles sont.
Lorque le Musée Charles X a été ouvert, le public s'y est
porté avec empressement. Un double intérêt l'y attirait : celui
qui s'attache à tous les objets précieux qui y sont renfermés,
et celui qu'inspirent les hommes de talent qui ont été appelés
à le décorer.
Pour donner une juste idée du nombre, de l'importance et
de la variété des antiquités de toute nature qu'on y a réunies ,
il faudrait non-seulement faire une longue énumération, mais
encore établir des rapprochemens qui se présentent continuel-
lement à l'esprit; enfin, entrer dans un examen minutieux
quoique plein d'intérêt. J'ai abandonne ce soin à une plume
PARIS. 3<>1
plus habile que la mienne , et je me bornerai à rendre compta
des peintures modernes qui sont là comme une sorte d'hommage
rendu au génie de l'antiquité (i).
En général ou a représenté dans les plafonds des sujets
allégoriques; c'est, sans doute, un programmejqui a été donné aux
artistes qui ont été chargés de les exécuter; dès lors, l'observa-
lion que je vais faire ace sujet s'adresse, non aux peintres,
mais à ceux qui ont donné le programme qu'ils ont suivi.
A mon avis, rien n'est plus froid que l'allégorie. L'exécution
peut être digne d'éloge; mais, en peinture comme en littérature,
les sujets qui excitent l'enthousiasme ne sont pas ceux qui s'a-
dressent à l'esprit : ce sont ceux qui saisissent l'ame; or, l'aine
ne peut être émue que par les sujets où les passions sont en
action.
Dans le tableau dont M. Gros a orné le plafond de la salle
d'entrée, on voit le Roi donnant aux arts le Musée Charles X.
Il est facile de comprendre quelles sont les ressources qu'un
semblable sujet peut offrir à un peintre. Le roi , vêtu de ses ha-
bits royaux, la tète ornée de la couronne, montre à des figures
allégoriques , qui représentent les arts et les lettres, un temple
sur le frontispice duquel est écrit : Musée Charles X. Près de
lui sont l'abondance et la paix, pour indiquer que les arts et les
lettres ne peuvent prospérer que sous l'influence de ces deux
divinités. M. Gros, voulant enrichir cette scène, y a ajouté les
ligures accessoires que le sujet comportait, entr'autres les nym-
phes de la Seine, de l'Ourcq, et même de la petite rivière des
Gobelins, à laquelle le peintre n'a probablement fait cet hon-
neur que parce qu'elle traverse l'établissement dont elle porte
le nom à Paris. Sous le portique du musée sont réunis des sa-
vans et des artistes.
Quelque habileté que le peintre mette dans la disposition de
ses personnages, ce sera toujours un sujet froid qui ne peut être
relevé que par le mérite de l'exécution. Ce tableau n'étant pas
achevé, on ne peut rien dire à cet égard, si ce n'est qu'avec
M. Gros on peut justement espérer.
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'il aurait été
(i) Le cahier de décembre dernier ( t. xxxvi , p. 827 ) contient un
article dans lequel on a déjà parlé des richesses que contient le Musée des
antiquités égyptiennes. Le rédacteur de cet article a dit quelques mots
des peintures qui ornent ce Musée; mais il appartenait à celui de nos
collaborateurs qui est chargé de rendre compte de l'exposition, d'en
faire un examen plus étendu. Ar. du R.
3o/, FRANCE.
bien vu de placer la scène que cet artiste a représentée,, dans le
L ouvre même où se trouve le Musée Charles X, par exemple,
sut le pallier d'un des magnifiques escaliers dus à MM. Percier
et Fontaine. Non-seulement le lieu aurait été d'une grande
richesse architecturale, mais encore c'eût été un hommage au
talent de ces deux habiles architectes.
Dans la seconde salle, M. H. Verinet nous montre Jules II
ordonnant les travaux du Vatican et de Saint-Pierre, au Bra-
mante , h Michel- Ange et h Raphaël. Yoilà de l'histoire, et per-
sonne ne sera tenté d'en faire un reproche à M. Vernet. Cet ar-
tiste a une liberté de pinceau qui donne à ses productions un
charme tout particulier; on est sûr d'y rencontrer de l'habileté ,
du feu; mais, on n'y trouve pas au même degré cette pureté de
contours, cette correction de dessin qui donnent à un tableau
un rang classique; quelques parties offrent de la dureté; ce-
pendant, dans son ensemble, ce plafond où règne une grande
puissance d'effet, me paraît un des meilleurs ouvrages qui soient
sortis des mains de ce peintre.
L'Egypte sauvée par Joseph : tel est le sujet que M. Abcl de
Pujol a exécuté dans la troisième salle. Voici comme il Ta conçu.
Le Sirius dessèche le Nil par ses feux; des vapeurs qui s'en
exhalent sortent sept spectres décharnés qui s'élancent sur
l'Egypte personnitiée; celle-ci se réfugie dans les bras de Jo-
seph, et le fils de Jacob la couvre de son sceptre protecteur.
Dans le fond du tableau, Pharaon, assis sur un trône placé
sous le portique de son palais , admire dans Joseph le génie li-
bérateur de l'Egypte.
La peinture ne peut mettre sous les yeux du spectateur qu'une
action instantanée. Voilà l'Egypte dans les bras de Joseph; mais,
comment le peintre peut-il, matériellement, rappeler les actes
de prévoyance par lesquels il l'a sauvée de la famine ? Si cela
était possible, cela n'a pas été fait. Le livret a beau dire que
Pharaon admire dans Joseph un génie libérateur; on ne voir
rien qui justifie cette assertion. C'est l'histoire et non le ta-
bleau qui le dit. Je le répète : les allégories sont en général
froides , parce que rarement le sujet est expliqué d'une manière
complète; or, dans toute production de l'esprit, il faut que le
spectateur, le lecteur ou l'auditeur sache immédiatement de
quoi on veut lui parler. C'est ce que Boileau a si bien exprimé
dans ce vers :
« Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué. »
Sous le rapport de l'exécution, ce tableau n'est pas entière-
ment satisfaisant; l'harmonie générale ne m'en a point paru
PARIS- 3of>
heureuse, la figure de Joseph est, sans contredit , la plus belle;
elle est bien peinte et d'une couleur assez puissante.
M. Picot avait également à peindre le plafond d'une salle ou
sont exposées des antiquités egyptieunes; il a donc fait aussi
un tableau allégorique dont l'Egypte est le sujet: l'htude et le.
Génie dévoilant l'Egypte à la Grèce,
Il y a, si je puis inVxprinicr ainsi , dans le matériel même de
cette composition, quelque chose qui aide à en faire saisir la
pensée. Deux figures qui représentent le génie et l'étude, enlè-
vent effectivement un voile qui couvrait une jeune femme,
dont le caractère et les attributs indiquent clairement l'Egypte;
au reste , ce voile ne cachait pas seulement la figure de
femme, mais encore tous les attributs qui l'entourent, tels
qu'un sphinx, un crocodile, des débris de monumens, etc.
Ainsi c'est la contrée elle-même qui était tout entière couverte
d'un voile. Que le personnage qui la considère avec un mé-
lange de respect et de satisfaction soit la Grèce, c'est ce qui
n'est pas aussi clairement exprimé. On pourrait dire encore que
l'espace est un peu vide; mais le ton général est harmonieux ,
il y a de l'habileté dans l'exécution ; la figure de l'Egypte est
gracieuse, bien ajustée: c'est donc, à beaucoup d'égards, un
bon tableau.
Les peintures de la cinquième salle, qui forme le milieu,
celle où Henri IV fut exposé après sa mort , ont été confiées à
M. Gros. Celte salle est soutenue par des colonnes qui la di-
visent en trois parties. Dans le plafond du milieu, on voit la
r>éritable Gloire s' appuyant sur la Vertu ; à gauche, Mars,
couronné par la Victoire , écoutant la Modération , arrête ses
coursiers et baisse ses javelots : on aperçoit au loin les colonnes
d'Hercule ; à droite, le Teins élève la Vérité vers les marches
du trône ; la Sagesse l'y reçoit sous son égide; un génie nais-
sant l'écoute ; les armures royales sont à ses pieds.
Avant d'exprimer mon opinion sur ces productions, que l'on
me permette de faire une réflexion qui s'applique plus ou
moins à tous les plafonds du Musée Charles X.
Ce qui me semble le plus raisonnable, c'est de décorer les
plafonds d'une manière architecturale, ou, tout au moins, que
la peinture ne soit employée que comme accessoire. Si, cepen-
dant, on veut les couvrir de peinture, il faut, ce me semble,
supposer une voûte ouverte où l'œil , en s'élevant vers le ciel,
embrasse tout ce qui s'y passe. Alors, le peintre pourra nous
montrer, selon la destination du monument, Jupiter foudroyant
les Titans, Borée enlevant Eurydice; ou, l'assomptiou de la
t. xxxvii. — Janvier 1828. 20
3o6 FRANCE.
vierge, Tascension de J.-C. , etc. Dans cette hypothèse, les fi-
gures, vues de bas en haut, doivent offrir beaucoup de rac-
courcis; mais l'œil embrasse facilement l'ensemble du sujet
représenté. Si, au contraire, le plafond est peint comme un
tableau, il en résulte nécessairement plusieurs inconvéniens.
D'abord, c'est une invraisemblance sans profit, comme sans
motif, de placer des figures horizontalement au-dessus de la
tète du spectateur. Ensuite, le peintre met ordinairement son
point de vue à la hauteur de l'oeil; or, si le spectateur s'en
écarte, il ne voit plus les objets tels que le peintre les a ré-
présentés. C'est ce qui m'est arrivé avec les trois plafonds que
je viens de désigner; je m'étais placé près des fenêtres pour
les considérer, et de là les figures me paraissaient courtes et
grosses : j'étais hors du point de vue; ce n'est que lorsque j'ai
été perpendiculairement au-dessous des tableaux , que j'ai pu
en saisir l'ensemble et les détails. Je le répète, je ne crois pas
qu'il soit bien vu d'employer la peinture pour décorer les pla-
fonds; il en coûte une fatigue extrême pour la voir, consé-
quemment on met de la paresse à la regarder. Je sais que les
Italiens ont suivi le système que je combats , et c'est d'eux que
nous l'avons emprunté ; mais, les Italiens mettent de la peinture
partout: nous n'en sommes pas là; avant de peindre les pla-
fonds, commençons par peindre les parois de nos monumens.
Un Italien me disait: «Lorsque vous irez à Parme, si vous
voulez voir la belle coupole du Corrège , prenez le moment
où le public n'est pas encore dans l'église ; faites apporter un
matelas , couchez-vous dessus, et, alors vous la verrez à votre
aise.» En vérité, c'est un étrange emploi de la peinture que
celui qui exige de pareils moyens.
Je reviens à M. Gros : si les sujets qu'il a représentés et la
manière dont il les a conçus ne satisfont pas complètement, il
faut s'en prendre au genre auquel ils sont empruntés , et qui
ne lui permettait pas de se livrer à toute la chaleur de son
imagination. Dans le plafond où il a montré Mars écoutant la
Modération, il a peint ce dernier personnage sous les traits d'une
femme qui présente un frein au dieu de la guerre. Si l'on vou-
lait représenter la Modération, isolément, il semblerait parfai-
tement convenable qu'on lui donnât pour attributs un frein,
une règle, un sablier, etc. ; mais, ici, elle est en action , et je
ne sais trop si, en lui mettant dans la main un frein qu'elle
présente à Mars, l'idée morale n'est pas indiquée d'une manière
trop matérielle. Au reste, on retrouve dans tous ces tableaux la
force d'exécution et l'éclat de couleur qui forment un des
caractères distinctifs du talent de M. Gros; cette figure de la
PAULS J07
Modération doiii je v ieiis de pai l<'i •, m'a paru charmante, comme
pote «m ('1)1111111' expression.
II, Peagohard a peint au plafond de la salle où sont réunis
les émaux de Limoges et de Bernard Palissy, François Ier,
accompagné de la reine de Navarre et entoure de. .sa cou/ %
recevant les tableaux et les statues apportes d'Italie par le
Primat ire.
C'est un tableau où il y a du fracas. Je ne conteste pas à
M. Fragonard de l'habileté demain, mais ce n'est pas assez;
il faut encore du goût, une scène bien disposée; en vérité, je
ne trouve rien de tout de cela dans ce tableau où il n'existe pas
mie seule belle tète, et qui est noir dans toutes ses parties,
qnand il fallait, au contraire, à raison de l'usage auquel il était
destiné, se tenir dans un ton général clair.
Les nymphes de Parthénope, emportant loin de leurs rivages
les pénates, images de leurs dieux , sont conduites par la déesse
<les Beaux- arts sur les bords de la Seine. Je ne vois pas bien
pourquoi les nvmphes de Parthénope fuiraient le sol en-
chanteur qu'elles habitent. La salle où M. Meynier a peint
vc sujet contient des antiquités grecques dont plusieurs ont
été apportées d'Herculaniim et de Pompéia; mais, l'irruption
du Vésuve qui a englouti ces villes a-t-il forcé les arts d'aban-
donner Parthénope ? Il ne me semble pas qu'il en soit ainsi :
les arts sont encore cultivés àNaples; le sol de cette ville n'est
pas désert. A vrai dire, je ne comprends pas bien le sens de
cette allégorie. Je répète, au surplus , que le reproche que je
fais au choix des sujets s'applique aux auteurs du programme
que les artistes ont suivi.
Dans l'exécution, on reconnaît un peintre qui cherche l'élé-
gance et la beauté des formes; mais, les productions de l'anti-
quité, qui sont et resteront le type de la beauté, ne sont si
admirables que parce qu'elles offrent une image fidèle et bien
sentie de la belle nature; or, il n'y a pas assez de nature dans
les figures de M. Meynier; c'est ce que l'on appelle des formes
de convention. Il me semble aussi que le ton général de ce
plafond est froid. C'est une idée heureuse d'avoir montré dans
le lointain la façade du Louvre pour désigner tout à la fois
les rives de la Seine et le séjour des arts; cette partie de l'allé -
gorie est parfaitement bien exprimée.
M. Heim, qui a décoré la huitième salle, y a représenté
le Vésuve recevant de Jupiter le feu qui doit consumer les villes
d'Ih-rculanum , de Pompéia et de Stabia. Ces villes implorent
Jupiter , et Minerve intercède pour elles , tandis qa'Éole tient les
lents e/c haines et attend l'ordre du souverain des dieux.
20.
3oH FRANCE.
Cette dernière partie du tableau est la plus faible, niais les
figures des trois villes sont bien agencées. C'est en vain qu'elles
supplient Jupiter; le fils de Saturne ouvré la main et donne au
Vésuve la foudre qui doit les détruire; mais, l'expression de
regret", de tristesse que le peintre lui adonnée, indique qu'il
obéit au destin. Le ton général de ce tableau est fort, vigou-
reux, et, dans son ensemble, c'est un ouvrage qui fait honneur
à M. Heim.
La dernière salle , celle qui forme l'entrée du Musée Char-
les X, du côté du salon des sept cheminées, a été décorée par
M. Ingres. Homère couronné , comme Jupiter , par In Victoire ,
reçoit 3 sur le seuil de son temple , f hommage des grands /tommes
reconnaissans : tel est le sujet de son tableau.
Ce sujet a déjà été traité par un sculpteur de l'antiquité.
Archelaùs de Priène, ville d'Ionie, a représenté l'apothéose
d'Homère dans un bas-relief dont le père Kircher a donné une
description, et qui est gravé dans le recueil connu sous le nom
d'Jdmiranda. Dans le bas-relief, le prince des poètes est cou-
ronné par le Tems. Cybèlc , ou la terre , placée derrière lui ,
porte les œuvres d'Homère. Celui - ci les tient également dans
une main ; dans l'autre est un sceptre. Deux vierges, placées
aux côtés duMéonide, et à demi-prosternées, tiennent, l'une
l'épée d'Achille, l'autre cette partie de l'agrès d'un bâtiment
que les Romains nommaient aplustre. Le surplus de la compo-
sition exigerait une longue description et n'offre, d'ailleurs,
aucun point de comparaison avec le tableau de M. Ingres.
Dans ce tableau, Homère est assis sur un trône, la Victoire
le couronne; deux figures, assises à ses pieds, représentent
également Y Iliade et Y Odyssée. L'expression , l'attitude, les at-
tributs de ces deux figures sont parfaitement d'accord avec le
caractère des poèmes qu'elles rappellent ; l'une a quelque chose
de belliqueux, ou, pour mieux dire, elle exprime la colère dé-
daigneuse d'Achille ; l'autre est mélancolique et soucieuse : c'est
l'ouvrage de la vieillesse, ce sont de longues traverses , de
longues infortunes que le poète raconte. En considérant la ma-
nière dont ces deux figures sont composées et ajustées, on re-
connaît un peintre qui joint à un sentiment profond de l'an-
tique, une étude attentive de Raphaël et de Michel-Ange , et
qui sait cependant conserver son individualité.
En traitant le même sujet que le statuaire grec, M. Ingres
n'a conservé de la composition d'Archelaiis que les deux figures
allégoriques de l'Iliade et de l'Odyssée, et seulement comme
pensée , car celles du tableau diffèrent totalement du bas-relief,
par la pose, le caractère et l'agencement des draperies; THo-
PARIS. 3o;)
lucre , \ il de profil , dans le bas-relief, fait face an spectateur
dans le tableau, .le ne sais si la crainte de faire des emprunts n'a
pas entraîné IM. Engres trop loin; en effel , :l me semble plus
juste de faire couronner Homère par le Tems que parla Vic-
toire. Les moyens de la peinture et de la sculpture sont si dif-
férons que M. Ingres pouvait conserver, sans crainte , la même
pensée, et je ne doute pas qu'il ne l'eut Ires-bien exprimée.
(Test, au reste, une réflexion que je hasarde.
Tout le reste de la scène n'a aucune espèce de relation avec
le bas-relief grec. C'est une grande et belle idée que d'avoir
l'ait assister les hommes de génie de tous les siècles à l'apo-
théose d'Homère. On comprendra facilement que, pour repré-
senter ces personnages , M. Ingres s'est servi des meilleurs
portraits connus ; mais il n'est pas donné à tout le monde d'em-
ployer ainsi des matériaux existans. Quelle belle tête, par
exemple,, que celle du Poussin ! On sent que le peintre l'a faite
avec amour. On peut en dire autant de Virgile, et de Raphaël
qu'Apellc prend par la main pour l'amener auprès d'Homère;
idée heureuse dont tout le monde a senti le charme. C'est aussi
une idée heureuse que d'avoir disposé la scène de manière à
ce que les personnages de l'antiquité sont vus en entier, tandis
que les modernes, placés sur les gradins inférieurs du temple,
ne sont vus qu'à mi-corps. Par ce moyen, le peintre a exprimé
une idée morale, savoir, que nous leur sommes inférieurs, ce
qui est certainement vrai, à beaucoup d'égards; et il a évité
de donner trop d'importance à nos misérables costumes.
Je crois que ce tableau n'a pas assez de ressort. La figure
d'Homère, en particulier, ne me paraît pas assez montée de ton ;
mais cet ouvrage a été arraché à M. Ingres avant qu'il fût
entièrement terminé; il faut donc attendre qu'il soit achevé
pour en juger définitivement l'effet.
Tel est l'ensemble des travaux exécutés dans le Musée
Charles X; les salles destinées au Conseil d'état ont été égale-
ment décorées par nos premiers artistes. Les peintures dont les
plafonds et les panneaux ont été ornés offrent un mélange de
sujets allégoriques et de sujets historiques; ces derniers sont,
en général, empruntés à l'histoire de France, ce qui est par-
faitement convenable pour le lieu auquel ils étaient destinés.
Dans le nombre des tableaux qui représentent des faits re-
latifs à notre histoire, le plus important, sans contredit, est
celui dont l'exécution a été confiée à M. H. Vernet : Vliilippe-
Juguste avant la bataille de Bouvincs.
Ferrand, comte de Flandre, avait entraîné dans sa révolte
contre Philippe- Auguste, beaucoup de païens, d'alliés et de
3io FRANCE.
sujets du roi. Leur année était considérable; Philippe ri 'avait
à leur opposer qu'une cinquantaine de mille hommes ; il crai-
gnait même des défections dans son parti. Avant la bataille, il
prit une de ces résolutions qui ne peuvent être inspirées que
par des sentimens magnanimes, et qui lui réussit complète-
ment. Il déposa sa couronne en présence de toute son armée,
et s'écria: «S'il en est un parmi vous qui soit plus capable que
moi de porter ce diadème, qu'il se présente! je jure de lui
obéir. Si , au contraire, vous pensez que j'en sois le plus digne,
jurçz, à la face du eiel, de le défendre; de combattre pour
votre roi, pour votre patrie; jurez de vaincre ou de mourir.»
Tons jurèrent, et la bataille de Bouvines sauva la France du
démembrement dont elle était menacée.
Le tableau de M. H. Vernet donne-t-il une idée juste de cette
action? Je ne le pense pas. Le roi est debout près d'un autel
élevé sous un arbre; il vient de déposer sa couronne, il parie
aux chefs réunis devant lui; mais ces chefs ne sont, pas assez
pressés, assez nombreux; la scène n'a pas assez de mouve-
ment; enfin les lignes de l'armée me paraissent trop éloi-
gnées. Le centre du tableau est occupé par le roi, le groupe
des chefs est à gauche ; à droite, on voit la suite du monarque.
Cette disposition est fort bien entendue : les masses se balan-
cent, et le personnage principal attire le premier les regards.
Quels sont ces deux évêques à cheval, sur un plan plus éloi-
gné que le roi? L'un est, sans doute, Guérin, évêque de Sen-
tis, ancien chevalier du temple, et qui, par ses dispositions,
assura le gain de la bataille; l'autre, l'évêque de Beau vais,
qui y fit éclater une bravoure extraordinaire. Mais pourquoi
sont-ils tout-à-fait en dehors de l'action ?
On a trouvé que le roi était un peu pauvre de formes. Ii ne
faut pas oublier que, depuis l'affreuse maladie qu'il avait
éprouvée en terre sainte, il avait une santé languissante et un
physique très-frêle. La pose, le caractère de la tête, et l'ex-
pression générale de cette figure ont, d'ailleurs, de la noblesse,
de l'élévation.
Ce tableau offre, en général, une exécution très remar-
quable, et une vigueur de ton qui lui assurent, même dans
l'avenir, un rang distingué. Il n'y a qu'un très - habile
peintre qui ait pu le faire ; seulement on regrette que M. H. Ver-
net abuse de sa facilité, et qu'il n'étudie pas assez les détails
de ses figures. Dans son ensemble, c'est un fort bel ouvrage ,
mais beaucoup de parties laissent à désirer sous le rapport de
la correction. Cette fougue, cette verve, qui caractérisent le
talent de M. H. Vernet, sont-ils donc incompatibles avec la
correction? Il serait fâcheux d'être oblige de le croire.
PAiUS. Sii
La salle où est placé le tableau dont je viens de parler, en
contient deux autres; l'un de M. Bouillon : la Clémence d'Au-
guste envers Ci/ma et ses eompliees ; l'antre (Je M. Guillemot:
Clémente de Marc* .lurèle envers les rebelles de ses provinces
d'Asie. La composition de M. Bouillon est sage, bien disposée;
ses figures sont correctes, mais on voudrait un peu plus de
chaleur dans l'expression des personnages, et de feu dans l'exé-
cution. Quant à M. Guillemot, on voit bien qu'il sort d'une
bonne école, celle de David; peut-être le voit on trop, car
sa manière me paraît dépourvue d'individualité; puis, son
pinceau manque de grâce.
Le plafond du grand salon a été peint par M. Blondel, qui
y a représenté la Fra/tcc, au milieu des rois législateurs et desju-
r/seo/isultes •franeaisi recevant la Charte constitutionnelle. C'est
une scène aérienne, ainsi que je disais qu'on aurait dû le faire
pour les plafonds du Musée Charles X. La stature du défunt roi
n'était pas du tout héroïque, et il faut convenir que c'est un
personnage difficile à faire entrer dans un tableau de style.
M. Blondel s'en est tiré le moins mal possible. En général, on
s'est accordé à dire que l'ensemble de cet ouvrage est satisfai-
sant, que l'effet est bien entende : je me range volontiers à
cet avis.
Ce même salon contient un grand nombre de tableaux qui
en ornent les panneaux. La mort du président Durand, de
M. Delaroche , est une scène très -pathétique et très -bien
rendue. L'expression de ce jeune enfant qui se jette aux genoux
des assassins est bien sentie; le mouvement de la jeune fille
qui se précipite dans les bras de son père , comme pour lui
faire de son corps un rempart contre les coups qui le mena-
cent, est plein d'abandon et de vérité; c'est, de tous points,
un bon tableau. M. Gassies qui a représenté la mort d'un autre
magistrat, qui périt également, victime de sa fidélité et de son
courage, le président Jlrisson , a aussi fait preuve de talent.
M. Lethière a une réputation depuis long-tems établie, et,
saint Louis refusant de créer chevalier l'émir Oclaï, qui lui offre,
à ce prix , la liberté et la couronne du sultan qu'il vient d'assassi-
ner, me paraît à la hauteur de ses précédens ouvrages.
C'est un tableau mal conçu , à mon avis , que celui de saint
Louis rendant la justice sous un chêne , par M. Rouget. Quoi !
une couronne, un sceptre et autres attributs de la royauté pour
rendre la justice sous un chêne! Non! ce n'est pas là ce que
l'histoire raconte de saint Louis.
Le cardinal Mazarin , au lit de mort , présentant Colbert à
Louis XI F : tel est le sujet de l'un des deux tableaux de
3 i a FRANCE.
M. Schnetz. La figure du cardinal mourant , enseveli , pour
ainsi dire, dans un énorme fauteuil, est bien posée, bien peinte,
et d'une fort belle expression. Le peintre a exprimé avec beau-
coup de justesse cet affaissement précurseur de la mort, et qui
n'est combattu que par une grande force morale. L'attitude du
jeune Colbert est modeste; celle de Louis XIV annonce le
maître. Le Mazarin me paraît, à tous égards, la plus belle des
trois figures; au reste, c'est un tableau fort bien exécuté, et il
est fâcheux qu'il soit placé à contre-jour.
Le consul Boëtius , enfermé dans la tour de Parie, recevant les
adieux de sa fille et de son petit-fils, avant d'aller au supplice ,
du même artiste, est bien loin du précédent tableau, comme
pensée, et comme exécution. D'abord , le livret explique mal
la scène; en le lisant, on s'attend à voir la fille et son fils, in-
troduits dans la prison du consul, et à devenir spectateur d'une
scène déchirante; mais il n'en est pas ainsi. Boëtius passe les
bras à travers les barreaux, de sa prison pour prendre son
petit-fils des mains de sa fille , et l'embrasser. On ne voit donc
que la tète , pour ainsi dire , du principal personnage , et la
pantomine de sa fille, qui s'élève sur les pieds pour mettre son
fils dans les bras de son père',' ne pouvait ajouter aucun intérêt
à la scène , sous le rapport pittoresque. L'action n'est pas clai-
rement exprimée; rien n'annonce la séparation cruelle qu'elle
précède; et, si les choses se sont passées ainsi, c'était un récit
qu'il fallait laisser à l'histoire. Dans les situations fortes, tous
ies membres ont une manière d'exprimer l'état moral des êtres
représentés; ici, le peintre était privé de cette ressource; puis-
que c'était un sujet rebelle à la peinture , il aurait dû le re-
jeter; au moins, telle est mon opinion.
Les Barricades , et les Seize au parlement, de M. Thomas,
sont deux tableaux remarquables par l'heureuse disposition
des scènes , la vérité des expressions et l'exécution franche et
hardie que l'on y trouve. Le peintre a fort bien exprimé ce
tumulte qui accompagne toutes les scènes populaires et dont
chacun de nous a encore le modèle dans le souvenir.
I e plafond de la troisième salle est de M. Drolling : la Loi
descend sur la terre; elle y établit son empire et y répand ses
bienfaits.
J'ai déjà exprimé mon opinion sur les sujets allégoriques, et
j'avoue que ce tableau ne serait pas de nature à m'en faire
changer. La Loi est sur un char que suivent l'Abondance et la
Paix; Mercure est auprès de la déesse; la Sagesse dirige les
chevaux qui traînent le char, lequel est précédé d'un génie
portant une bannière sur laquelle est écrit : Cuique suum. Towt
PAULS. 5i3
cela est juste, sans doute; mais tout cela est bien froid. Celte
scène manque de vie. Au reste, si le sujet est peu entraînant,
l'exécution est forte, savante et prouve beaucoup d'habileté.
Les panneaux de cette salle sont décorés de plusieurs figures
allégoriques de MM. Cognirt , Dassy, Maricny et Caminadk
que je ne puis malheureusement qu'indiquer, tant le nombre
des ouvrages de premier ordre est considérable; et de deux
tableaux de MM. Sciieffer aîné et Delacroix.
Le sujet du tableau de M. Scheffer est Charlemagnc présen-
tant les eapitulaires à rassemblée des Francs.
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que cet artiste
traite les sujets de genre avec plus de succès et de vérité que
les compositions historiques. Sans doute il y a du mérite dans le
tableau dont je parle, mais ce mérite est accompagné de ma-
nière; or la manière gâte tout. C'est encore bien autre chose
chez M. Delacroix qui a représenté Ycmpcreur Justinicn com-
posant ses lois. C'est un tableau d'histoire traité dans le goût
d'une vignette romantique : point de style, point de noblesse,
et surtout point de correction ; mais un grand éclat de couleur.
Le coloris est certainement une qualité précieuse ; mais il faut
qu'il enveloppe de belles formes; puis, il faut, avant tout, que
la disposition de la scène soit juste , convenable; il faut que
la vérité locale, c'est-à-dire, l'exactitude des costumes, des
mœurs, des lieux, des caractères de tete, soit observée. Or ,
n'est- ce pas une chose au moins hasardée que d'avoir coiffé
d'un turban Trébonien, le secrétaire de Justinien , lequel vivait
à la fin du vme siècle et au commencement du vi^e. Et, quel est
ce génie qui paraît inspirer Justinien ? Est - ce là de l'histoire ?
Au moins l'école de David , tant décriée par les gens qui veu-
lent faire autrement, parce qu'ils sont incapables de faire je
ne dirai pas mieux, mais seulement aussi bien, se donnait la
peine d'étudier les costumes, les lieux, et surtout les figures.
Pour beaucoup d'artistes delà nouvelle école, il ne s'agit point
de cela ; dans leur impuissance, ils cherchent à être bizarres,
et ils réussissent complètement.
Nous voici arrivés à la dernière salle dont le plafond a été
peint par M. Mauzaisse. Ici, l'artiste a montré la Sagesse di-
vine donnant des lois aux rois et aux législateurs , ce qui , en
d'autres termes , veut dire que toute justice émane du ciel.
Dans une composition de ce genre, qui repose sur une idée
métaphysique, ce que l'on pouvait attendre du peintre, c'était
que ses figures fussent bien groupées, bien dessinées; que la
lumière fût distribuée avec art, de manière à bien faire ressor-
tir toutes les parties d'une aussi vaste composition, où l'on voit
les rois et les législateurs de tous les âges et de tous les pays.
M FRANCE.
M. Mauzaisse nie paraît, avoir parfaitemenl atteint ce but, et ,
de plus, il a exécuté ce tableau avec une grande hardiesse , ce
qui fait un peu oublier la froideur du sujet.
Cette même salle contient plusieurs autres peintures, parmi
lesquelles j'ai remarqué une composition de M. Alaux : la Jus-
tice qui amène F abondance et l'industrie sur la terre, conçue
avec grâce, et exécutée avec un charme de pinceau remar-
quable; et une figure allégorique de M. Dejuinne, représen-
tant la Guerre. Voilà un tableau fait avec conscience et talent,
où tous les détails caractérisent parfaitement le personnage al-
légorique que le peintre voulait représenter. On trouve là de
la pensée, de l'étude, une exécution soutenue; et cependant
M. Dejuinne est coloriste.
MM. Alaux, Franque, Couton, Colson, Lancrenon et
Steuben ont complété la décoration de cette salle par des ta-
bleaux sur lesquels je regrette de ne pouvoir m'arréter.
Tournons, maintenant, nos regards vers les salons d'exposi-
tion, et voyons quelles sont les réputations qui s'y sont élevées,
et quelles sont celles qui y ont reçu des atteintes.
1 1 faut mettre dans la première classe M. Eugène Devéria ,
qui, dans un tableau dont le sujet est la naissance de Henri IV,
a beaucoup attiré les regards du public. Le moment choisi est
celui où Henri d'Albret, prenant l'enfant dans ses bras, le
montre au peuple en lui demandant comment il doit être nommé.
Il y a un peu de confusion de plan et de figures dans ce ta-
bleau ; mais on y trouve aussi de belles expressions , et par-
dessus tout une richesse, un éclat de couleur, qui prouvent que
M. Devéria a cherché à rappeler l'école vénitienne.
Il est assez remarquable que les novateurs, qui reprochent
à l'école de David de manquer d'originalité, n'ont pas su se
frayer une route nouvelle; cependant, de combien d'entraves
ne se sont-ils pas débarrassés ! Au reste, il faut remarquer que les
maîtres de l'école vénitienne ne sont pas à dédaigner sous le
rapport du dessin , et , à cet égard , M. Devéria est bien
loin de les égaler. Un de nos grands peintres, Girodct, disait :
« C'est dans le dessin qu'est l'élégance des proportions , la
beauté des formes, la justesse de l'expression , qualités qui
n'ont pas besoin du charme du. coloris pour toucher et pour
plaire; tandis que le coloris seul n'excitera jamais les mêmes
impressions (i).» Eh bien ! que l'on dépouille le tableau de
(i) OEuvres poétiques et didac(îqucs[dc Girodet. Rcnouard, rue de
Tournon. nn 6.
PAïus. 3r5
iM. Devéria du charme </// coloris, et l'on verra ce qui restera.
C'est qu'il est bieo plus difficile de dessiner de beaux contour»,
de modeler de belles formes que de peindre de belles draperies.
Que Ton me permette, à cette occasion, de rappeler ce que j'ai
dit, lorsque j'ai rendu compte du tableau deM.Concr, repré-
sentant la mort de Ccsar, cl qui a reparu à l'exposition. (Voyez
ci-dessus, t. \\\v,p. 8i(>.) Je faisais observer (pie les personnages
élevés étaient ceux que le peintre avait le moins bien rendus,
parce que, pour ceux-là, il n'avait pu copier les modèles qu'il
avait sous les yeux, et qu'il fallait une noblesse de forme, un
certain caractère de beauté que l'on n'obtenait que par de
longues études. M. Court a exposé une mort d'Hippolyte : voilà
un tableau de style , le peintre y a échoué.
Ce n'est, au reste, qu'un échec; mais deux autres coryphées
de cette nouvelle école qui devait tout faire oublier, ont eu
une bien autre mésaventure. MM. Dklacroix et Sigalon, qui
avaient attiré l'attention à la précédente exposition, ont en-
voyé , le premier, un Christ au Jardin des Oliviers; le second,
A thalie faisant égorger tous les enfans du sang royal, sur lesquels
il est impossible d'arrêter ses regards.
Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les pères de
l'église s'opposaient à ce que Ton donnât un beau caractère de
tète à Jésus-Christ, parce que, disaient-ils, il n'avait pas eu
besoin de l'impression que produit toujours la beauté pour
remplir sa mission divine. Il y a bien long-tems que ce système
est abandonné; M. Delacroix l'a fait revivre: rien de moins
noble, de moins élevé que la tête de son Christ. Il en a agi de
même pour ses anges; et là, au moins, il a l'avantage d'être le
premier qui ait suivi cette marche; car, jusqu'à lui, on avait
toujours pensé que, pour représenter des anges, c'est-à-dire,
des êtres qui participent de l'essence divine, on devait em-
ployer tout ce que les formes humaines offrent de plus pur et
de plus élevé.
Quanta M. Sigalon, en admettant même que quelques parties
de son tableau soient bien exécutées, il est impossible de n'être
pas frappé du désordre et de l'incohérence de la composition, du
défaut d'harmonie de l'ensemble , et de la pauvreté du dessin.
M. Bonnefond, l'un des principaux artistes de l'école de
Lyon, dont les tableaux offraient un mérite d'exécution re-
marquable, était tombé dans un excès de sécheresse et de
dureté qui en diminuait le prix. Ces défauts ont disparu dans
une jeune femme secourue par des religieux , et il n'y a plus que
des éloges à lui donner. La couleur locale est bien observée, les
expressions sont justes et bien senties; c'est, enfin, un tableau
qui mérite d'être distingué à tous égards.
3i6 FRANCE.
Dans une vue de Denise, M. Bonnington semble avoir voulu
rivaliser avec Canaletto. C'est un rude jouteur que Canaletto;
cependant, M. Bonnington n'est pas resté si loin de son mo-
dule que l'on n'ait, avec raison, admiré son ouvrage.
M. Lawrence, autre peintre anglais, a envoyé deux portraits :
celui de Mme la duchesse de JBeny, et celui du jeune fds de
M. I.ambton. En vérité, le premier de ces deux portraits res-
semble à une plaisanterie. Ce n'est pas qu'il n'y ait de l'habileté
dans plusieurs parties; mais, comme la poitrine est modelée!
comme les bras sont dessinés ! c'est véritablement une dérision.
Le portrait du jeune Lambton est beaucoup supérieur , sans
doute; la tète est fort belle; l'expression, peut-être au-dessus
de l'âge du modèle, est bien sentie; les yeux sont pleins de vie;
la couleur, dans quelques parties, est digne du pinceau de
Vandyck. Mais, comme tout le reste est sacrifié ! Que l'on mette
à côté de ce portrait celui du pape , par David ; celui de
Mme de Ryan , par Girodet; celui de Mme Récamier, par M. Gé-
rard ; enfin , celui du général Lasalle , par M. Gros , et la foule
aura bientôt abandonné M. Lawrence; au moins, je le pense
ainsi , et je me fonde sur ce que, dans les portraits que je viens
de citer, toutes les parties sont traitées avec la même supé-
riorité , tandis que, dans celui du peintre anglais, tout est
sacrifié à un effet cherché.
Dans un prochain article, je passerai en revue les autres
parties de l'exposition. P. A.
Nécrologie. — Fresixel. (Augustin Jeûri)r membre de l'Insti-
tut (Académie des sciences), né à Broglie, département de l'Eure,
le 10 mai 1788, mort à Ville- d'Avray, près Paris, le 14 juillet
1 8^7. Entréà l'Ecole polytechnique, à l'âge de seize ans, il s'y dis-
tingua par ce zèle patient et observateur qui, dans les sciences,
caractérise le génie. Ayant embrassé la carrière des ponts et
chaussées, il fut successivement envoyé par le gouvernement,
au sortir de cette école, dans les départemens de la Vendée, de
la Drôme, de l'Ile-et-Vilaine, où, bien que tout entier aux
utiles travaux qui lui étaient confiés, il trouva le moyen de
commencer d'ingénieuses recherches qui l'amenèrent à l'ob-
servation de faits nouveaux présentés par la diffraction de la
lumière , inexplicables d'après la théorie newtonienue de
rémission , et d'accord au contraire avec celle d'Huyghens et
d'Euler, qui attribue les phénomènes lumineux aux vibrations
d'un fluide répandu, dans l'espace. Le mémoire dans lequel
Fresnel présenta le fruit de ses recherches fut envoyé, en
181 5, à l'Académie des sciences. En 1819, il remporta le prix
PARIS. 3.7
que cette académie avail promis au meilleur mémoire sur les
phénomènes généraux de la diffraction. Fixé à Paris, par le
directeur général (les ponts et chaussées, Fresnel s'y lia avec
Un de nos savans les plus célèbres iM . A.EAGO, continua SCS
recherches, et, à L'aide du principe qu'il avait rendu incon-
testable, parvint, successivement à expliquer la diffraction ,
C inflexion t la réflexion, la polarisation t la refraction, la double
réfraction, etc. Des travaux aussi importans lui ouvrirent les
portes de l'Institut, où il fut reçu à l'unanimité, en i8a3. Eu
182.1 , il fut décoré de la Lésion d'honneur et admis, en i8i5,
par la Société royale de Londres qui lui accorda, deux années
après, le prix fondé par M. de Rumford, pour un mémoire dans
lequel il avait appliqué la théorie des ondulations aux phénomènes
de {^polarisation. I )ès 1819, il avait été attaché à la commission
des phares; et l'éclairage des côtes et des ports lui dut d'utiles
perfectionnemens. Les expositionsde 1823 etde 1827 ontmontré
les systèmes lenticulaires de Fresnel, exécutés par MM. Soleil
etïabouret.En 1823, lejury d'examen luidécerna une médaille
d'or et réclama pour lui le cordon de Saint-Michel. La Société
d'encouragement lui décerna également une médaille d'or, en
1824. En 1821, il fut nommé à celle des places d'examinateur
de l'École polytechnique qu'avait occupée Malus, devenu cé-
lèbre comme lui par ses belles observations sur la lumière. La
constitution naturellement faible de Fresnel avait été altérée
par la continuité opiniâtre de ses travaux. Dans ces dernières
années , ses forces déclinèrent, et après quelques alternatives
de maladie et de santé, il expira à Ville-d'Avray le 14 juillet
1827, âgé de moins de quarante ans, et laissant un nom à
l'illustration duquel une plus longue carrière eût sans doute
beaucoup ajouté encore. A.
— Louis- François Cassas, inspecteur général de la manufac-
ture des Gobelins, chevalier des ordres de Saint -Michel et de la
Légion d'honneur, né le 3 juin 1756, à Azay-le-Féron (Indre),
mort à Versailles, le ier novembre 1827 , d'une apoplexie fou-
droyante. Comme peintre paysagiste et comme architecte,
Cassas mérite les regrets des amis des beaux-arts et des admi-
rateurs de l'antiquité, dont il contribua à faire connaître les
monumens en consacrant à leur étude sa vie et sa fortune.
Après avoir passé sa première jeunesse en Italie et formé des
collections précieuses de vues dessinées dans la Sicile, l'Istrie
et la Dalmatie, il accompagna à Constantinople l'ambassadeur
Choiseul-Goufjîcr qui l'avait choisi pour travailler à la conti-
nuation de son beau voyage de la Grèce. Peu de tems après
son arrivée dans la capitale de la Turquie, il partit avec le
savant auteur du Voyage de la Troadc, M. Lechcvallier, pour
3i8 FRANCE.
reconnaître et dessiner des monumens et des sites dont l'exa-
men constata d'une manière frappante l'admirable exactitude
de la géographie et des descriptions d'HOmère. A peine avait-il
achevé ces intéressans travaux, qu'il forma et mit à exécution
le hardi projet de visiter et de mesurer les édifices de la terre
sainte, les restes imposans des temples de Baalbek et les magni-
fiques ruines de Palmyre. A cette époque, comme aujourd'hui,
ce voyage offrait des dangers que l'enthousiasme de l'artisie
ne redouta point; il fut le premier, après Wood, qui fit con-
naître à l'Europe savante l'état actuel des monumens restés
enfouis pendant tant de siècles au milieu des déserts, et dont
les pompeux débris surpassent les descriptions créées par l'ima-
gination brillante des poètes orientaux. M. Cassas revint en
France au commencement de la révolution. Ses nombreux et
riches portefeuilles fixèrent l'attention de tous les amateurs
éclairés des arts et de l'antiquité, et leurs suffrages unanimes
le déterminèrent à en tenter la publication. Son Voyage d'Is-
trie et de Dalmatle , contenant les monumens les plus remar-
quables et les plus beaux sites de ces deux provinces , a été pu-
blié en entier; mais il n'a paru que trente livraisons de son
grand Voyage en Syrie et en Phénicie. Cet ouvrage dont le plan
était hors de proportion avec les ressources de l'auteur, devait
offrir au public une suite nombreuse d'édifices antiques du
plus grand intérêt, retracés dans leur état présent, accompa-
gnés de restaurations habilement combinées et de vues pitto-
resques. On ne saurait trop regretter qu'une si belle entreprise
n'ait pas été continuée, ou que du moins la partie déjà publiée
n'ait pas reparue, augmentée d'un texte qui lui donnerait un nou-
veau prix , et dont les itinéraires et les notes précieuses de l'au-
teur pouvaient rendre la rédaction aussi facile qu'intéressante.
Dans cette énumération succincte des honorables travaux de
M. Cassas, nous ne devons pas omettre la collection de mo-
dèles des plus beaux monumens d'architecture des différens
peuples qu'il fit exécuter à grands frais, en y consacrant des
soins et des recherchesqui l'occupèrent presque exclusivement
pendant plusieurs années. Cette collection unique, d'une utilité
inappréciable pour l'étude de l'architecture, avait été acquise
par le gouvernement impérial, au prix d'une modique pension
viagère. Elle est aujourd'hui déposée dans les magasins du pa-
lais de l'Institut, en attendant le local qui lui est destiné dans
la nouvelle école des beaux-ar ts. M. Cassas remplissait , depuis
douze ans, les fonctions d'inspecteur général de la manufacture
des Gobelins, et avait contribué aux perfectionneir.ens re-
marquables des produits de cet établissement. T. Richard.
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE CENT NEUVIÈME CAHIER
JANVIER 1828.
1. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
i. Considération* générales sur la république des lettres ,
en 1827 Pag. 5
2. De l'influence des futurs progrès des connaissances écono-
miques sur le sort des nations. . . . Jean-Baptiste Say. 14
3. Forces productives et commerciales du midi de la France ;
troisième article : Département de l'Hérault
Charles Dupin , de l'Institut. 34
IL ANALYSES D'OUVRAGES.
4. Histoire naturelle des poissons, par M. Cuvier
Bory de Saint-Vincent. 4'>
5. Collection des chroniques nationales françaises; avec notes
et éclaircissemens , par M. J. A. Buchon
J. C. L. de Sismondi. 5 2
G. Guerres des Vendéens et des Chouans contre la république
française; second article N. 71
7. Discours du général Foy B. C. 83
S. OEuvres choisies , et OEuvres inédites d'Évariste Parny.
X. P. D. 90
9. O'Neill , ou Je Rebelle , poëme par E. Lytton Bulwer
(ouvrage anglais) H. E. P. 101
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de i34 ouvrages , français et étrangers.
Amékiqtje septentrionale. — États-Unis, 3, dont 1 ouvrage
périodique tog
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. Chili, 6 xll
Europe. — Grande-Bretagne, i5,dont I ouvrage périodique. 117
— Russie, 3 I2g
— Pologne, 1. — Danemark, 5 j3a
— Allemagne, 7 ,34
— Suisse, 2 j/_
— Italie, 9, dont 1 ouvrage périodique ^o
— Pays-Bas, 5 !57
France, 78, savoir : Sciences physiques et naturelles, 19. . . . 161
— Sciences religieuses , morales , politiques et historiques , 20. . . 178
— Littérature , 28 20g
— Beaux- Arts-, 5 a3r
— Mémoires et Rapports de sociétés savantes , 1 î35
— Ouvrages périodiques , 4 238
— Livres en langues étrangères , imprimés en France , 1 a4r
H'20 TABLE DES ARTICLES.
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amériquu septentrionale. — États-Unis : De l'esclavage des
noirs 242
Amérique méridionale. — Chili. Sant-lago : Altération du
climat 245
Asie.- -Calcutta : Navigation à la vapeur 246
Afkique. — Alger : Droit des gens ; Relations entre les États
chrétiens et les Barbaresques ; Moyens de faire enfin cesser
la piraterie dans la Méditerranée lbid.
EUROPE.
Grande-Bretagne — Londres : Société médico-botanique. —
Nouvelle voiture à vapeur inventée par M. Gurney 247
Russie. — Odessa : Culture de l'olivier 25o
Danemark. — Copenhague : Société établie pour propager
l'étude de la physique expérimentale; Société archéologique
du Nord 25 t
Allemagne. — Saxe: État de l'industrie métallurgique eu 1826. 253
Suissb. — Appenzell : Etat de l'instruction populaire. — Canton
de Faud: Législation criminelle 2o5
Italie. — Parme: Encouragement donné aux lettres. — Milan :
Exposition des beaux-arts. — Nécrologie : Bosellini 257
Iles Ioniennes. — Santé publique : Frictions mercurielles em-
ployées avec succès contre la peste. — Nécrologie : lord
Guilford. . 259
Espagne. — Statistique judiciaire. — Madrid. Académie des
beaux-arts : Exposition annuelle des ouvrages de peinture. 263
Pays-Bas. — Colonies de bienfaisance de Frederiks-Oord et de
Wortel. — Amsterdam : Société Félix Meritis 264
France. — La Foulte (Ardèche ) .'Exploitation du fer par les pro-
cédés anglais. — Sociétés savantes et établissemens d'utilité
publique : Dieppe ( Seine-Inférieure) : Société archéologique.
— Dole (Jura) : École gratuite des sciences appliquées aux
arts et métiers et aux beaux-arts. — Rouen (Seine-Inférieure):
Société de médecine: Prix proposé. — Strasbourg (Bas-Rhin):
Société des sciences , agriculture et arts : Prix proposés. . . 273
Paris. — Institut. Académie des sciences: Séances du 17 dé-
cembre au 7 janvier. — Société d'encouragement pour l'in-
dustrie nationale. — Société royale pour l'amélioration des
prisons. — Société philotechnique. — Collège royal de
France : Cours de littérature française , par M. Andrieux , de
l'Institut. — Athénée royal de Paris. — Établissement ortho-
pédique et gymnastique du Mont-Parnasse. — Réclamation.
— Théâtres. Théâtre-Français : Premières représentations de
Racine , de Molière , et de Chacun de son côté, comédies.
Odéon : première représentation de l'Important , comédie.
Théâtre anglais : Le Marchand de Venise , comédie de Sha-
kespeare.— Beaux-Arts : Exposition des tableaux en 1827;
second article. — Nécrologie: Fresnel; Cassas 276.
REJUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RA1SONNÉES
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DVNS LA LITTÉRATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS.
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
NOTICE
SUR LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE.
Il y a peu d'années encore , l'intérieur de l'Afrique était
considéré parmi nous comme une foret immense, entrecoupée
de vastes déserts de sable , au milieu de laquelle erraient à
l'aventure quelques hordes sauvages. De nombreux doc u mens
géographiques , conquis par l'audace des voyageurs, ont enfin
dissipé ce préjugé. On sait aujourd'hui qu'au delà du Sahara ,
le continent africain renferme un grand nombre de villes po-
puleuses et fortifiées. Quelques-unes de ces villes ont des mar-
chés régulièrement fréquentés par les caravanes, et pourvus
de plusieurs marchandises d'Europe. Les échanges s'y opèrent
au moyen de monnaies de différentes espèces : ici , ce sont des
cauris , coquillages des Maldives , importés par les Arabes et
par les Anglais; là, de petites bandes de toile servent an même
t. xxxvii. — Février 1828. 21
322 NOTICE
usage; quelques pays ont aussi une monnaie métallique, gros-
sièrement fabriquée. Les monnaies d'Europe ont cours sur ces
marchés, et les lettres de change n'y sont pas absolument in-
connues. Plusieurs régions de l'Afrique centrale sont assez
bien cultivées ; les propriétés y sont divisées et closes; mais ,
dans d'autres pays, la terre resiée en friche pendant un an
appartient au premier occupant. Le nègre possède quelques
arts industriels : il bâtit des maisons, des temples ,x surtout des
remparts ; il travaille le bois , le cuir, le fer ; il fabrique des
tissus de coton , de lin , même de soie. Il est tel royaume
africain qui peut mettre sur pied une armée de cent mille
combattans, soit fantassins, soit cavaliers. La plupart de ces
guerriers sont armés de flèches, de dards et de lances; il en
est qui sont bardés de fer, comme les soldats romains, ou
comme nos anciens chevaliers ; quelques-uns ont des armes à
feu , et plusieurs peuples connaissent les procédés de la fabri-
cation de la poudre. Ces troupes ont leur tactique, leurs mots
d'ordre et leur discipline. Un certain art préside à l'attaque,
aussi bien qu'à la défense des places. Chez quelques nations
de l'Afrique , la justice est rendue dans des assemblées de no-
tables et de vieillards. Il en est qui ont aussi des assemblées
politiques et des institutions libres. Le nègre est naturellement
bon, humain , affectueux, hospitalier. Il aime passionnément
la musique, la danse, l'éloquence, la poésie. Il a quelques
instrumens dont le son ne manque pas de douceur. Ses ora-
teurs, ses poètes ont du feu, de l'imagination, de l'enthou-
siasme. Les grands personnages du pays redoutent extrêmement
leurs satires et sont fort avides de leurs louanges. Quelque-
fois , pour les obtenir, ils vont jusqu'à entreprendre sans sujet
des guerres désastreuses. Trop ordinaire effet <l'un amour
malentendu pour la gloire, que l'Europe n'a pas le droit de
reprocher à l'Afrique !
Les peuples noirs paraissent avoir fait de grands progrès
depuis environ un siècle. L'anthropophagie, cette habitude
féroce qui a probablement souillé l'enfance de toutes les na-
tions, semble avoir disparu du continent africain. Les sacri-
sua la en ii.i v\i km de lyrique.
(Ices humains, qui caractérisent la seconde période des sociétés»
n'attristent plus 1< -s regards du voyageur, si ce n'est chez Quel-
ques peuples de la Guinée méridionale. Vers le nord de f A (ri -
que, les mœurs des nègres ont des traits frappans de ressem-
blance avec celles de la Grèce des siècles héroïques, ou de
notre Europe, bu tenu des troubadours. Ces deux époques
furent, pour l'une ('i l'autre contrée, l'aurore de la civilisa-
tion. Le même développement social est peut-être réservé aux
Africains. Ces peuple! sont en état de progrès; c'est un Fait
important et décisif, car il prouve qu'ils sont perfectibles.
Mais, dira-bon, la race noire est-elle susceptible d'une
civilisation aussi développée que celle de la race blanche? Ne
présente-t-clle pas, comparée à cette race , une infériorité in-
tellectuelle qui semble provenir de la différente conformation
du cerveau ? Le climat qu'elle habite, en rendant ses besoins
presque nuls , n'opposc-t-il pas un obstacle non moins insur-
montable aux progrès de son industrie ?
Eh quoi ! jeté par la nature sous un ciel brûlant et ora-
geux, exposé à une température sujette aux variations les
plus brusques , entouré de bétes féroces et de reptiles dé-
vorans, assailli de myriades d'insectes qui sans cesse troublent
son repos, dévorent ce qu'il possède, et menacent jus-
qu'à sa vie, le nègre manque de besoins! Mais, l'ha-
bitant du cercle polaire excepté, c'est de tous les hommes celui
qui en a le plus. N'a-t-il pas d'ailleurs son genre de luxe, qui
les multiplie ? Ses femmes ne sont-elles pas fastueuses et co-
quettes, à leur manière? Ils manqueraient de besoins réels
ou factices, ces hommes qui, pour les satisfaire, domptant
l'humanité et la nature , s'enchaînent l'un l'autre et vendent
jusqu'à leurs en fans !
Serait-il vrai, d'un autre côté, que le père commun des
hommes eût réparti entre eux avec si peu d'équité le plus pré-
cieux de ses dons , l'intelligence ? Je pourrais opposer ici au
préjugé contraire à l'espèce noire des exemples aussi nom-
breux qu'éclatans. Mais laissons là ce qu'on nommerait sans
doute des exceptions, et examinons les faits généraux. L'esprit
9 1.
3*.', NOTICE
du nègre est fin; son imagination est vive; son coup-d'œil
rapide. Ses idées paraissent, à dire vrai , manquer de suite ,
d'application et de persévérance. Supérieur peut-être au blanc
dans tout ce qui dépend d'une conception instantanée , il lui
est inférieur dans ce qui exige l'observation , l'étude et le cal-
cul. D'où il suit que, de noir à noir, on ne remarque pas la
même distance intellectuelle qui existe de blanc à blanc. Les
richesses de la pensée sont , chez les premiers , plus également
distribuées, et l'Afrique connaît peu cette aristocratie des lu-
mières, bien plus précieuse pour l'Europe que celle des titres.
Mais , dans un pays qui jusqu'à ce jour a offert si peu de sé-
curité, où le signe représentatif des richesses est à peine
connu, faut-il s'étonner qu'un petit nombre d'hommes se
soient livrés à des études qui exigent à la fois l'aisance et le
repos ; que la science , aussi bien que l'industrie , y compte peu
de capitalistes ? Ajoutons aux autres causes qui ont ralenti les
progrès de l'espèce noire , l'immense étendue du continent
qu'elle habite. Les nations ont besoin d'être séparées par des
intervalles de mers, qui offrent à la fois une barrière au génie
des conquêtes, et une voie à celui du commerce. Les progrès
des peuples ont été presque partout en raison de la facilité de
leurs communications maritimes ; et tous les grands continens
se sont montrés paresseux dans la carrière de la civilisation.
Mais , lors même que le cerveau des noirs serait moins heu-
reusement conformé que celui des blancs, le mal serait-il ir-
rémédiable? Ne voyons-nous pas tout exercice développer la
partie du corps qu'il met en mouvement ? Si le jarret du dan-
seur, si le bras du maître d'armes, croissent en vigueur et en
volume par la pratique de leur art, pourquoi l'étude, cette
gymnastique du cerveau, ne produirait elle pas un effet ana-
logue ? Pourquoi le développement de cet organe ne se trans-
mettrait il pas des pères aux enfans ? La folie est bien héré-
ditaire. C'est sans doute ainsi que les descendans de tant de
peuples barbares, desGoths , des Vandales, de ces Huns dont
la difformité épouvanta jadis nos ancêtres, ont pris place parmi
les peuples les plus civilisés du globe. La même modification a
SUR LA CIVILISATION DE L'AI Rioi h. 3*6
dû s'opérer chez toutes les nations policées; elle peut s'opérer
aussi chez la race noire.
Mais, d'où vient que les Africains, depuis si [OBg-teiBS en
rapport avec les blancs, ont si peu profité (le leur exemple
dans la culture des arts, tandis que ceux-ci, sans modèles et
sans maîtres, se sont élevés à un tel degré de supériorité?
Question bien facile à résoudre , si l'on considère que ces
communications avec la race blanche ont arrêté, bien plutôt
que favorisé , les progrès de la race noire ; que les efforts de
la plus instruite des deux ont eu constamment pour résultat
d'entretenir et d'exploiter l'ignorance de l'autre !
Maîtres depuis un ten.s immémorial des rives septentrionales
de l'Afrique, les blancs d'Asie, Berbères, Numides, Persans,
Phéniciens , Maures , Arabes (1) , n'ont cessé de lever sur elle
un impôt de sang. Les peuples chrétiens , après avoir exter-
miné les paisibles liabitans du Nouveau-Monde, ont entrepris
de le «(peupler d'esclaves, en établissant des marchés d'hommes
sur la rive occidentale de l'infortunée péninsule. Les horreurs
de la traite européenne sont connues; grâce au ciel, il n'y a
plus sur ce trafic, dans les pays civilisés, qu'une opinion et
qu'un sentiment. La traite que font les Maures est souillée des
mômes crimes, et les sables du désert, moins complaisans que
les flots de l'Atlantique, montrent partout au voyageur les
traces sinistres des caravanes qui traînent les esclaves aux
marchés barbaresques. Au nord, comme à l'ouest de l'Afrique,
la race blanche s'est montrée si impitoyable envers la race
noire , que les oppresseurs n'ont cru pouvoir conserver le nom
d'hommes qu'en le refusant aux opprimés. Si l'on cherchait à
évaluer la population dont ce double fléau a privé l'Afrique
on serait effrayé des résultats d'un pareil calcul. Mais cette
perte est encore le moindre des maux nés du commerce des
esclaves. Son plus grand crime envers l'Afrique est d'y avoir
(i) Quelques migrations européennes se sont fondues parmi ces
peuples, que je considère comme de race blanche, ainsi que le font
les nègres.
3aG NOTICE
fait de la chasse aux hommes la plus lucrative de toutes les
industries. De là , le droit des gens foulé aux pieds; les liens
de la société et de la famille à chaque instant rompus : de là,
les habitans du littoral abandonnant tout travail utile pour le
métier de marchands d'hommes ; les princes toujours armés
contre leurs voisins, et faisant la chasse à leurs propres
sujets; les villes détruites aussitôt que fondées; les popula-
lions se précipitant les unes sur les autres ; tous les arts pai-
sibles négligés , pour une guerre de brigandage dont l'homme
est le butin.
Cependant , comme il faut être juste envers tout le monde,
môme envers les négriers , je dirai qu'il fut tel tems et tel
pays où la traite put faire partiellement quelque bien. Là ,
par exemple, où l'on avait pour coutume de dévorer les
prisonniers ou de les immoler aux fétiches , l'avarice a quelque-
fois servi l'humanité. Mais , aujourd'hui que ces actes de bar-
barie ont généralement cessé , la continuation d'un pareil tra-
iic est le plus énorme des crimes , et l'Europe doit rougir de
voir ses enfans entrer, pour le commettre, en concurrence
avec ces Maures qu'elle refuse de compter parmi les peuples
civilisés.
Que serait-ce si, en comparant les résultats des deux traites,
il se trouvait que le partage le plus honorable est encore celui
des Arabes ?
Pendant trois siècles, la soif du gain, et d'un gain immé-
diat, a seule conduit les Européens en Afrique. Bâtir des
forts, envahir le territoire , s'emparer des habitans et de leur
or, tel était le but de tous leurs actes. Avec un climat moins
inhospitalier et des enfans moins braves , l'Afrique aurait eu
le sort de l'Amérique. Et pendant ces trois siècles , les Euro-
péens eurent-ils jamais la pensée/ de communiquer aux Afri-
cains quelque idée morale ou quelqu'un de leurs arts ? Loin
de là : ils ne songèrent qu'à les tromper pour les mieux as-
servir. Les Portugais toutefois envoyèrent quelques mission-
naires dans le Congo; et, bien que ces prêtres fussent presque
aussi ignorans que les peuples qu'ils allaient catéchiser
its
SUB LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. »>:
avaient fait , surtout parmi les chefs, de nombreux prosélytes.
Quelques effoi ts de plus, et nue grande partie <le l'Afrique
serait aujourd'hui chrétienne. Mais alors, plus de traite!...
Ce résultat fut bientôt pressenti , et la civilisation de l'Afrique
fut sacrifiée au système colonial. Les déceptions* les Violences
continuèrent ; et les nègres, plus effrayés que séduits par nos
arts, ne virent en nous que des objets de baine et d'effroi.
Plus tard, quelques nations européennes, au premier rang
desquelles il est juste de piacer l'Angleterre , ont reconnu
cotte faute. Elles ont senti combien il importerait à l'Europe
de communiquer ses mœurs à un immense continent situé si
près d'elle, et de ie rendre tributaire de son industrie. Mais il
était trop tard : la déiiance avait pris racine dans l'esprit des
nègres; ils ont partout semé d'obstacles les routes qui pou-
vaient nous conduire parmi eux ; et, dans cette carrière trop
long-tems abandonnée aux Arabes, nos pins hardis efforts
n'ont encore obtenu que de faibles progrès.
Les Arabes, il faut l'avouer, avaient sur nous quelques
avantages : ils étaient plus rapprochés du nègre par le climat,
par la couleur, par le degré de leur civilisation. Après avoir
jeté un grand éclat dans les sciences et dans les arts, on les vit
tout à coup s'arrêter; et comme, dans le mouvement obligé
de l'esprit humain , il faut nécessairement qu'un peuple avance
ou recule, les Arabes rétrogradèrent. Quelle cause assignerons-
nous à ce phénomène social ? J'en vois deux principales :
l'union de la loi civile à la loi religieuse, et la polygamie. Rete-
nu par ces deux liens, l'Arabe n'a point franchi la période
poétique de l'existence des sociétés. Voyager , combattre et
chanter, voilà toute sa vie. A ses yeux, les maisons sont des
tombeaux, le travail est le partage de l'esclave. Il n'affectionne
que deux professions, le brigandage et le commerce. Ces deux
professions, qu'il exerce en même tems, l'ont conduit dans les
régions les plus lointaines. Sobre, courageux, patient jusqu'à
l'héroïsme, il se plaît à mesurer ses forces avec les rigueurs
de la nature. A la faveur des déserts, dont il a fait les
canaux de son industrie, i! pénètre sur tous les points du
328 NOTICE
continent africain ; il le parcourt dans tous les sens; il l'en-
veloppe de ses caravanes. Il impose aux naturels par
quelques restes de ses anciens arts et par de mauvais fusils
qu'il achète à l'Europe. Il excite ces peuples crédules à
s'armer les uns contre les autres ; il se met à la tête de leurs
expéditions, acquiert comme marchand la part d'esclaves qui
ne lui revient pas comme guerrier; et, traînant après lui cette
double proie, court en approvisionner les marchés musulmans,
depuis Fez et Maroc jusqu'à la Perse et aux Indes. Mais, chemin
faisant, il a transmis aux Africains, avec quelques notions et
quelques habitudes commerciales, sa langue, son écriture et sa
religion. Cette langue, cette religion, sont dès long-tems ré-
pandues sur la rive orientale de l'Afrique. Au nord, jusqu'au
10e degré de latitude, presque tous les peuples nègres ont
adopté l'islamisme; chaque jour, ce culte fait de nouveaux
progrès, opérant en Afrique une lente, mais non moins remar-
quable révolution. Parmi les résultats qu'elle va produire, il en
est dont aucun ami de l'humanité ne peut méconnaître les avan-
tages. Ainsi, des superstitions absurdes ou féroces seront
abolies; des sociétés secrètes où la religion sert d'égide au
crime (i) seront dissoutes; les mœurs s'adouciront; l'abus des
liqueurs fortes sera réprimé; la polygamie sera restreinte; enfin,
et c'est ici le plus grand bienfait de cette révolution, les
sources de la traite tariront peu à peu d'elles-mêmes; car la
loi de Mahomet interdit au musulman de réduire en servitude
un autre musulman. Aussi, dans les expéditions qui ont pour
but d'enlever des esclaves, la population mahométane est
épargnée par ses coreligionnaires. On voit par là quel puissant
(i) Le pourrait , sorte de congrégation , ou de franc-maçonnerie de
voleurs, qui gouverne plusieurs Etats, entre autres le Timanni. Le
moungo-joungo , ou moumbo-joumbo , association des maris pour le
châtiment des femmes. Un roi ayant révélé le secret de cette association
à une de ses femmes qu'il aimait tendrement, tous deux furent poi-
gnardés par un membre de la société, revêtu du costume du mounxo-
joungo.
si \{ LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. 3ag
véhicule porte ce3 peuples à embrasser l'islamisme; et l'époque
n'est peut-être paa bien éloignée où, le Coran avant .soumis
l'Afrique entière, l'exportation des esclaves cessera sur tous
ses rivages.
Mais, à côté dé ces bienfaits, viennent se placer des incon-
vcniens graves. La loi civile, enclavée dans la loi religieuse,
deviendra stationnairc comme elle. Les institutions libres péri-
ront , étouffées par l'influence des prêtres; le Bornou et les pays
qui l'avoisinent semblent en offrir déjà un exemple. Le fatalisme
engourdira les esprits. Les communications avec l'Europe
deviendront encore plus difficiles. Cette difficulté tient beau-
coup à l'influence des Arabes, qui, dépossédés du commerce
exclusif de l'Inde et du Mozambique, veulent du moins con-
server le monopole de Tombouctou et des autres grands mar-
chés de l'Afrique centrale. Ils interceptent à main armée les
passages du désert; ils répandent parmi les nègres toutes sortes
d'erreurs et de préjugés contraires aux chrétiens; ici, ils les
dépeignent comme des cajîrs , ou idolâtres, dont l'aspect seul
donne la mort; là, ce sont des cannibales qui dévorent les
esclaves noirs achetés à la côte, tandis que ceux des Maures,
arrivés à leur destination, recouvrent, disent-ils, la liberté et
sont même vêtus de rouge. Entin, la conquête de l'Inde , l'expé-
dition d'Egypte, le bombardement d'Alger, l'insurrection des
Grecs, sont racontés et commentés dans toute l'Afrique, pour
persuader à ses princes que le but des Nazaréens est de s'em-
parer de leur territoire, qu'ils ne sauraient trop prendre de
précautions pour leur en fermer les chemins. Que sera-ce
quand tous les Africains auront adopté la croyance et les
mœurs musulmanes?
Ajoutons que la polygamie, limitée par la loi de Mahomet,
n'en sera que plus enracinée dans les institutions du pays; la
polygamie, le plus grand obstacle que puisse rencontrer la
civilisation! Avec la polygamie, une moitié de l'humanité est
nécessairement esclave, et l'influence des femmes, si douce, si
féconde pour le progrès de la société humaine, est paralysée
clans son principe. Avec la polygamie, point de foyer dômes.
33d NOTICE
tique, point de famille! Environné d'une multitude d'enfans,
parmi lesquels sa tendresse est comme dispersée, le père est
toujours prêt à les traiter à l'instar de ses troupeaux. Ces en-
fans, héritiers des jalousies de leurs mères, sont Lien moins
frères que rivaux; et le trône, que dis-je ! l'héritage d'une
tente ou d'une hutte est souvent le prix du fratricide. C'est la
polygamie surtout qui a rendu l'Orientstationnaire. Si les Grecs,
si les Romains ont fait faire un si grand pas a l'espèce humaine,
c'est à la monogamie qu'ils en sont redevables; et les institu-
tions matrimoniales de ces deux peuples, combinées d'un côté
avec la morale évangéhque , de l'autre avec le respect des
peuples du Nord pour les femmes, sont la source de la civilisa-
tion européenne (i).
Enfin, et c'est nous Européens que ce dernier inconvénient
concerne, sera-t-il sans danger pour l'Europe d'avoir vis-à-vis
d'elle l'Afrique devenue tout entière musulmane, et recevant
de Constantinople et de l'Egypte notre discipline militaire?
Lorsque , par la propagation de l'islamisme, les cafirs noirs
viendront à manquer aux Turcs, aux Arabes, aux Barbares-
ques, ces peuples ne viendront-ils pas chercher parmi les
cafirs blancs une plus forte recrue d'esclaves? Aujourd'hui,
quatre ou cinq mille chrétiens, captifs à Alger et dans les autres
régences, suffisent pour assouvir l'avarice et l'inhumanité du
Maure; et quelques prises faites aux puissances les plus faibles ,
quelques naufrages sur les rives septentrionales de l'Afrique,
(i) Je n'ignore pas que , dans beaucoup de contrées de l'empire
ottoman , et surtout dans celles que fréquentent les Européens , la po-
lygamie n'est plus en usage que parmi les fonctionnaires publics, et
parmi quelques riches voluptueux. Delà, sans doute, ce contraste si
remarquable en Turquie entre la dépravation des fonctionnaires et la
morale rigide des particuliers. Un jour peut - être les gouvernails
céderont-ils à l'opinion publique qui méprise les polygames , et nous
verrons le sultan licencier son harem. Mais combien de siècles faudra-
i-il pour que celte révolution , indépendante de la loi religieuse , s'é-
tende à l'Afrique mahométaneî
SUR LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. 33j
quelques ealèvemens de péeheura et de paysans sur les côtes
d'Italie et de Sanlaigm* , fournissent sans peine ce continrent
de victimes. Mais, quand les vrais croyons ne trouveront pins
d'esclaves que parmi les chiens de chrétiens , n'est-il pas à
craindre que les habitai» de nos côtes et de celles d'Espagne
ne soient un jour, comme dans le moyen âge, traînés par
milliers sous Le bâton des lîarbaresques?
Ainsi, soit que l'on considère sa population noire, ou sa
population maure , l'Afrique doit fixer aujourd'hui l'attention
de l'homme d'état, aussi bien que du philantrope. Eh! que!
autre parti à prendre que de la rapprocher de nous par la
ei\ ilisation ?
.l'ai déjà indiqué les principales causes qui ont empêché nos
progrès parmi les peuples noirs. La première de toutes, c'est
la défiance que leur inspirent nos intentions, défiance trop
bien motivée par nos actes. Pendant trois siècles, qu'avons-
nous demandé à l'Afrique? de l'or et des esclaves. Que lui
avons-nous donné en retour? des fusils, de la poudre-, pour
aider ses enfans à s'entre-détruire; des liqueurs fortes pour les
abrutir; quelques objets d'un luxe frivole : de l'ambre, des
grains de verre, des chapeaux galonnés, des habits de char-
latan; voilà ce qui a payé la liberté et la viedes hommes! Aussi la
civilisation, fuyant notre approche , s'est comme cachée dans l'in-
térieur du pays. Aussi, lorsqu'une nation qui, moitié par philan-
tropie, moitié par politique, s'est mise à la tète du mouvement
social du globe, a voulu dans ces derniers tems faire en Afrique
quelques généreuses tentatives, les résultats ont mal répondu à
ses efforts; la civilisation qu'elle y avait transportée, est restée
circonscrite dans ses établissemens ; les villes qu'elle avait fon-
dées et peuplées de malheureux enlevés aux négriers, ont excité
les alarmes des naturels du pays ; ils n'ont vu dans cette entre-
prise que le dessein de s'emparer de leur territoire et de les
asservir eux-mêmes; et la fougue de ces barbares, dirigeant
tout son effort sur ce poste avancé de la civilisation, a plusieurs
fois triomphé de la tactique européenne. L'Angleterre paraît
se fatiguer des pertes que lui cause l'établissement de Sierra-
33a NOTICE
Leone. Sans parler des eirconstances antérieures, peut-être le
projet de cet établissement n'était-il pas bien conçu. On ne
transplante point chez un peuple barbare une civilisation
toute faite. Cet arbre veut arriver jeune sur le sol qu'il doit
ombrager de ses rameaux. Il faut que la civilisation approprie
ses formes au climat, à la nature et aux productions du pays,
au caractère des habitans, etc. Elle ne consiste point dans telle
ou telle manière de se loger, de se nourrir, de se vêtir, mais
dans le développement des facultés physiques, morales, intel-
lectuelles, dans leur application aux devoirs sociaux et au bien-
être de la vie. Ce développement, fruit de la liberté garantie
aux personnes, aux opinions et aux propriétés, ne peut être
que graduel chez les peuples comme chez les individus. Si
donc les nations européennes veulent accélérer le progrès social
des noirs, il faut qu'elles s'attachent, non pas à leur faire tout
d'un coup comprendre et goûter l'ensemble de notre civilisa-
tion , mais à leur suggérer peu à peu les moyens de développer
celle dont le germe est déjà déposé parmi eux. Il faut, en
proscrivant sévèrement la traite, donner à l'Afrique, en échange
des nombreux produits de son sol, non plus des armes et des
liqueurs fortes, mais des outils et des instrumens d'agriculture.
Il faut que les esclaves enlevés aux négriers soient placés pour
quelque tems dans les ateliers de nos possessions en Afrique,
et ensuite renvoyés dans leur pays natal avec les instrumens
de leur nouvelle profession. Ces hommes sauront peu de chose,
sans doute; mais le peu qu'ils sauront, ils l'approprieront aux
besoins du pays. Il faut engager des ouvriers, soit européens,
soit plutôt hommes de couleur de nos colonies, à aller séjourner
quelque tems au milieu des populations africaines, afin d'y
répandre les procédés de nos arts. Celui qui introduirait parmi
les noirs l'usage de la roue, du rouet, du moulin; celui qui
leur enseignerait à bâtir une digue, un pont, une chaussée, à
préserver leurs habitations de l'invasion des insectes sans les
remplir de fumée, aurait fait faire un grand pas à la civilisation
africaine. Celui-là aurait fait plus encore, qui aurait donné à
l'Afrique un alphabet propre à écrire les idiomes du pays,
SI II LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. 333
Jusqu'à présent , l'arabe est en Afrique à peu près la seule
langue écrite. Or, cette langue n'y est point vulgaire; elle
soumet les peuples africains à l'influence des Maures et des
Marabouts, qui seuls enseignent à la lire et à l'écrire, et qui ne
leur donnent point d'autre livre que le Coran et ses commen-
taires. La langue arabe est pour l'Afrique ce qu'était la langue
latine pour l' Europe (lu moyen âge. Pour échapper aux té-
nèbres de cette période, il a fallu que chaque peuple défrichât
son propre idiome et se fît une littérature nationale.
L'emploi des moyens que nous venons d'indiquer ramenant
peu à peu vers nous la confiance, et la cessation de la traite
rendant plus rares les guerres des indigènes entre eux, il de-
viendra moins difficile de pénétrer dans le pays. Les chefs qui
le régissent se détermineront à ouvrir les routes, c'est-à-dire,
à permettre qu'on traverse leur territoire pour aller commercer
chez leurs voisins. On pourra de proche en proche les décider
à autoriser le transit, moyennant certains droits de passage.
Les germes de cet établissement existent déjà dans quelques
contrées, et les résultats ne tarderont pas à convaincre ces
princes qu'il est tout à leur avantage. On pourrait alors, en
employant des hommes du pays, commercer de la côte avec
l'intérieur, soit en remontant les fleuves au moyen de bateaux
à vapeur, soit en établissant des caravanes, comme les Arabes.
Le commerce, en se développant, répandrait bientôt sur ses
traces les lumières, le bien-être et la civilisation. De notre tems,
le commerce est le plus persuasif de tous les missionnaires.
Néanmoins, pourquoi ne ferait-on pas quelques tentatives pour
appeler au christianisme les nations africaines? La supériorité
de cette religion, même sous les rapports humains, les seuls
que j'envisage ici, est trop évidente pour que je cherche à la
prouver. Le christianisme ne ferait-il qu'abolir la polygamie; là
où il s'établit, la cause de la civilisation est gagnée.
Il ne faut pas croire que la polygamie soit inhérente aux
mœurs et à la constitution physique des peuples noirs. Mon-
tesquieu attribue cet usage, quia pour conséquence nécessaire
l'esclavage des femmes, à leur trop prompte nubilité dans les
334 NOTICE
pays chauds. « Quand la beauté , dit-il , demande l'empire, la
raison le fait refuser; quand la raison pourrait l'obtenir, la
beauté n'est plus. Les femmes doivent être dans la dépendance.»
Eh bien , cette observation n'est point applicable à la race noire :
tandis qu'au nord de l'Afrique, les femmes de race arabe, ou
berbère, sont nubiles à dix ans, celles du Bornou, à 20 degrés au
sud, ne le sont qu'à quinze, c'est-à-dire, plus tard qu'en Italie.
D'un autre côté, la polygamie est si peu fondée sur un excès
des facultés prolifiques chez l'homme noir, que les Européens
qui voyagent en Afrique sont partout importunés de gens qui
sollicitent des remèdes contre l'impuissance. La polygamie
n'existait point dans l'ancienne Egypte. Quelle cause a donc in-
troduit et maintenu parmi les Africains cette monstrueuse
institution? La même qui l'avait établie chez les barbares du
Nord : l'abus de la force.
Le Nègre tient plus à l'usage des liqueurs fortes qu'à la plu-
ralité des femmes; et pourtant, il se range partout sous la loi
de Mahomet; le grand obstacle à l'adoption du christianisme
n'est donc pas dans les mœurs du Nègre. Il est plutôt dans les
progrès de cette autre loi préconisée par les Maures qui, soit
marchands, soit brigands, pénètrent, dominent partout, et.
ont imprimé à l'Africain une sorte de terreur superstitieuse.
Une autre difficulté naîtrait de la concurrence qui ne manque-
rait pas de s'établir entre les sectes chrétiennes. Ainsi, en
s'abstenant de tout prosélytisme, on abandonne l'Afrique aux
sectateurs du Coran; en y introduisant la foi chrétienne, on
l'expose au fléau des guerres de religion. Fâcheuse alternative,
dont on ne peut sortir qu'en associant à la propagation du
christianisme cette tolérance religieuse, le plus grand bienfait
que le ciel puisse accorder à la terre, le culte le plus pur que
l'homme puisse offrir au Créateur!
Nous avons osé tracer le plan que les nations européennes
devraient suivre pour accélérer la civilisation des peuples noirs.
Résumons-en les principales bases.
i° Compléter le bienfait de l'abolition de la traùe, en dé-
terminant à y concourir les puissances qui tolèrent encore ce
SUR LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. 535
trafic, el en redoublant dYlforts pour la saisie des navires
négriers.
a°Plaoer dans des ateliers les nègres arrachés à la traite et
les renvoyer ensuite dans leur pays natal, munis des instru-
meni de leur nouvelle profession.
>" Engager à Les suivre, soit des ouvriers européens, soit
«les hommes de couleur exerçant des professions mécaniques.
4° Donner aux Africains, en échange des produits de leur
sol, des instrumens d'agriculture et d'autres outils dont on
ieur enseignerait l'usage.
5" Engager, par le paiement de droits de transit, les princes
noirs à ouvrir leur territoire aux marchands européens, ou
autres, et faire, d'abord aux frais des gouvernemens, quel-
ques expéditions, en employant la voie, soit des bateaux à
vapeur, soit des caravanes.
6° Approprier l'alphabet européen aux dialectes africains
les plus répandus, et former, au moyen de l'enseignement mu-
tuel, des instituteurs noirs qui s'en iraient de proche en proche
propager l'instruction dans l'intérieur.
7° Répandre gratuitement en Afrique des livres écrits dans
ces dialectes , tels qu'un abrégé de la Bible, quelques alma-
nachs, quelques traités contenant des notions simples d'arith-
métique, de géographie, d'arts mécaniques, de morale, etc.
8° Essayer d'introduire le christianisme en Afrique, en pre-
nant toutefois les plus grandes précautions pour le respect de
la liberté religieuse.
Les résultats de ce plan seraient lents et insensibles; mais
ils n'en seraient que plus sûrs. Hommes qui voulez créer pour
un long avenir, imitez la nature dans le développement gra-
duel de ses productions. Toute entreprise qui a pour but de
modifier les institutions et les mœurs d'un peuple doit prendre
le tems pour auxiliaire; la lenteur de sa marche est presque une
garantie de son succès.
La population maure qui habite le nord de l'Afrique est?
en grande partie du moins, originaire d'Arabie; semblables aux
couches de lave qui ont coulé d'un volcan, les différentes masses
33G NOTICE
dont elle se compose , portent encore dans leur caractère et
dans leurs mœurs les dates diverses de leurs migrations. Celles
qui sont arrivées les premières sur le sol africain , ont fini par
y prendre racine et sont devenues agricoles; les autres subi-
ront peu à peu la même influence, à l'exception des hordes
du désert. Encore le désert, tout stérile qu'il est, a-t-il été
partagé par ces hordes. Chaque tribu y reconnaît des fron-
tières et n'a pas le droit d'errer sur les sables de la tribu voi-
sine. Le passage des caravanes trace déjà sur ces sables quel-
ques lignes où le commerce répand ses bienfaits. Que faut-il
pour rendre ce passage plus fréquent et ces lignes plus nom-
breuses? Que la population de l'Afrique centrale s'accroisse et
se civilise; que les Maures moins fanatiques comprennent qu'il
est de leur intérêt de favoriser les relations de l'Europe avec
ce continent, relations dont le désert leur est garant qu'ils
resteront en grande partie les intermédiaires. Or, si je ne
me trompe, la religion musulmane s'adoucit chez ses anciens
sectateurs. Le sultan appelle, dit-on, ses sujets sous les dra-
peaux, sans distinction de culte. Le pacha d'Egypte envoie les
siens s'instruire parmi nous. Celui de Tripoli ouvre aux An-
glais les routes du Bornou et du Soudan. Un ambassadeur de
Tunis a figuré au sacre du roi de France. Que les nations eu-
ropéennes encouragent par leur exemple l'esprit de tolérance
qui semble gagner les Turcs et qu'ils transmettront aux Maures;
qu'elles aillent au devant d'eux pour leur communiquer nos
arts, pour les éclairer sur les avantages réciproques d'un com-
merce paisible. Elles verront peu à peu ces gouvernemeus si
terribles s'adoucir pour se consolider, ces peuples si sauvages
se civiliser pour s'enrichir. Au milieu du mouvement qui en-
traîne tous les états vers ira meilleur ordre de choses, il en
est un qui semble rester immobile : Alger est toujours le fa-
rouche Alger. Mais de qui émane le gouvernement de cette
prétendue régence? Du grand-seigneur? Non. — Des naturels
du pays? Encore moins. Quelques milliers d'aventuriers ont
formé dans Alger une milice tyrannique , qui seule élève et
renverse à son gré un despote toujours choisi dans son sein.
SUR LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. *3?
Celte milice se recrute dans la lie de Constantinople el des
antres villes turques. C'est, à proprement parler, l'aristocratie
du vagabondage; et, dès la première génération de cette sin-
gulière noblesse , les fils semblent tellement dégénérés du bri-
gandage de leurs pères, qu'ils ne sont admis dans leurs rangs
qu'avec défiance. Or, voilà les hommes qui, improprement
nommés Algériens, oppriment les naturels du pays exclus,
comme schisma tiques , de toute part au pouvoir (ij; qui, sou-
vent maîtres de Tunis, imposent par la terreur à toute la côte
voisine leur propre barbarie; qui viennent sur les vaisseaux, et
jusque sur les rivages de l'Europe, lever chaque jour un tribut
d'esclaves! et l'Europe hésite à envoyer vingt mille hommes s'em-
parer de cette ville, en chasser la soldatesque qui l'opprime,
.délivrer les esclaves noirs et blancs qui y gémissent, détruire
l'arsenal , démanteler la place et remettre le gouvernement, soit
au sultan, soit aux naturels du pays, en stipulant le respect du
droit des gens et le libre passage vers l'Afrique centrale (a)! Jamais
armée n'aurait mieux mérité le nom de libératrice : elle le serait à
l'égard des Européens , à l'égard des noirs, même à l'égard des
Maures; et le désintéressement que l'Europe montrerait, en
restituant sa conquête, donnerait une impulsion efficace à ce
mouvement général de civilisation qui se fait sentir, même en
Afrique, et qui doit entraîner enfin tous les peuples vers la
plus douce confraternité (3).
Chauvet.
(i) Les Maures d'Afrique sont de la secte d'Abou-Bèkre.
(■i) Voyez ci-après la Note relative a Y Association anti-pirate.
(3) L'auteur de cette Notice se trouvait sur la flotte qui, en i8oj ,
se rendit à Alger, sous le commandement de Jérôme Bonaparte, pour le
rachat des esclaves génois. Parmi deux centsesclaves environ qui furent
rachetés, il se trouva un certain nombre de Français, pris sous divers
pavillons. L'un d'eux, fort avancé en âge, et captif depuis quarante
ans, avait presque entièrement oublié la langue de sa patrie. lorsque le
consul français, M. Duhois-Thainville, signifia au dey que , Gènes
étant réunie à la France , les Algériens ne devaient plus courir sus aux
t. xxxvn. — Janvier 1828. 11
3^8 NOTE
Aote (servant (I'appendicf. au mémoire qui précède )
SUR LA NÉCESSITÉ ET LES MOYENS DE FAIRE CESSER
LES PIRATER i ES DES ÉTATS EARRARESQUES.
L'Europe civilisée s'est occupée des moyens d'opérer l'abo-
lition de la traite des noirs sur la côte occidentale de l'Afrique;
mais elle a fait peu d'attention à la cote septentrionale dont les
marchés de chair humaine sont alimentés par des esclaves de
race blanche, enlevés sur les rives européennes, de la Méditer-
ranée. Les pirates d'Alger, de Tunis, de Tripoli, se sont ce-
pendant fait, depuis long-tcms, une habitude d'armer en course
pour attaquer les bàtimens marchands, s'emparer de leurs
équipages, les conduire comme esclaves en Afrique; et de faire
également des descentes sur les côtes de Sicile, de l'Italie, de
l'Adriatique, d'où ils enlèvent des populations entières.
Parmi les hommes qui se sont élevés avec le plus d'énergie
contre ce honteux brigandage, l'amiral sir Sidney Smith s'est
distingué par l'énergie de ses réclamations adressées aux Souve-
rains, et par le projet d'une Société anti-pirate , spécialement
destinée à faire cesser les brigandages des États barbaresques.
lia fait voir, à diverses reprises , combien il était absurde et
monstrueux qu'un barbare put à son gré s'emparer des sujets
des princes chrétiens, les réduire au plus horrible esclavage,
les dévouer à la mort, selon son caprice, et extorquer un tribut
des princes assez faibles pour consentir a payer ces honteuses
contributions.
Il proposait aux nations les plus intéressées au succès de
cette noble entreprise de s'engager par traité à fournir leur
contingent d'une force maritime qui, sans compromettre aucun
pavillon, et sans dépendre des guerres ou des crises politiques
navires génois, celui-ci s'écria, dit-on, en langue franque : Che vulir
t,tu Bonaparte ? vulir mangiar luito ? e mi, che mangiar? « Que veut-il ,
<e Bonaparte? veut-il manger tout? et moi, que mangerai-je?» ou plu-
tôt : « qui mangerai-je? »
SERVANT D'APPENDICE, ne, I3g
des peuples, aurait été constamment chargée de la protection
des côtés de la Méditerranée , et du soin de surveiller, d'ar-
rêter et de poursuivre tous tes pirates par terre et par mer.
Avoué et protégé par tonte l'Europe, ee pouvoir fut parvenu
sans doute à rendre au commerce une parfaite sécurité, et eût
concouru à civiliser peut-être les côtes septentrionales de
l'Afrique. Le blocus des forces navales barbaresques entrepris
par cette armée protectrice, avec la coopération des ambassa-
deurs de tous les princes et Etats de la chrétienté, n'eut point
tardé à amener le résultat désiré.
Sir W. Sldnev Smith adressa des circulaires aux consuls rési-
dans près des puissances barbaresques; il publia dés adresses au
prince régent, ainsi que les lettres des personnes influentes qui
voulaient contribuer à l'abolition de l'esclavage des blancs; il
mit également au jour des rapports sur les horribles traitemens
éprouvés par les esclaves blancs à Alger, et ouvrit une sous-
cription afin de les racheter. Le fonds devait en être plus spé-
cialement consacré au rachat des Allemands dont les gouver-
nemens n'entretenaient aucune relation avec les barbaresques.
Parmi un grand nombre de Pièces annexées au Rapport du
Président de la Réunion des Chevaliers de tous les Ordres de
r Europe, qui eut lieu à Vienne, le 29 décembre 1814, nous
placerons ici le Mémoire n° 1 , qui expose le plan et le but de
l'iNSTITUTION ANTI-PIRATE.
Londres , août 181 4-
Pendant que l'on discute les moyens d'opérer l'abolition de
la traite des nègres sur la côte occidentale de l'Afrique, et
que l'Europe civilisée s'efforce d'étendre les bienfaits du com-
merce, ceux de la sécurité des personnes et des propriétés
dans l'intérieur de ce vaste continent, peuplé d'hommes doux,
industrieux et capables de jouir au plus haut degré des avan-
tages de la civilisation, il est étonnant qu'on ne fasse aucune
attention à la côte septentrionale de cette même contrée, ha-
bitée par des pirates turcs, qui, non-seulement oppriment les
naturels de leur voisinage , mais les enlèvent et les achètent
comme des esclaves pour les employer, dans les batimens ar-
22.
340 NOTE
niés en course, à arracher à leurs foyers d'honnêtes cultiva-
teurs, de paisibles habitans des côtes de l'Europe. Ce honteux
brigandage ne révolte pas seulement l'humanité; mais il en-
trave le commerce de la manière la plus nuisible, puisque
aucun marin ne peut naviguer aujourd'hui dans la Méditerra-
née, ni même dans l'Atlantique, sur un bâtiment marchand,
sans éprouver la crainte d'être enlevé par des pirates, et con-
duit esclave en Afrique.
Le gouvernement d'Alger se compose des officiers d'un
orta ou régiment de janissaires, soldatesque révoltée, pré-
tendant ne pas reconnaître, même en apparence, l'autorité de
la Porte Ottomane, qui cependant n'avoue pas cette indé-
pendance : le dey est toujours celui des officiers* de l'orta qui
s'est le plus distingué par sa cruauté. Il se maintient à la tète
de la régence, ou divan, en enrichissant ses confrères, c'est-
à-dire, en leur permettant toutes sortes de violences en Afrique,
et de pirateries par mer contre les nations européennes faibles,
ou dont il n'a pas à redouter la vengeance immédiate.
Le pavillon ottoman même ne suffit pas pour protéger sçs
sujets grecs, et les mettre à l'abri des attentats des corsaires
algériens. Dernièrement le dey, soit par un caprice de cruauté,
soit par une politique barbare, dont le but est de détruire le
commerce de ses rivaux de Tunis et de Tripoli, fit pendre les
équipages de quelques bâtimens de l'Archipel et d'Égypie,
chargés de blé, et tombés en son pouvoir.
Le pacha d'Égypie, dans sa juste colère, a fait arrêter tous
les Algériens qui se trouvaient dans ses Etats , et réclame eu
vain la restitution des cargaisons injustement saisies par le
dey d'Alger.
La Porte Ottomane voit avec indignation, et même avec
ombrage, qu'un vassal révolté ose se permettre les actes les
plus outrageans, les plus atroces contre ses sujets paisibles,
et qu'il entrave un commerce dont elle a plus que jamais be-
soin pour payer les troupes des pachas employés sur la fron-
tière orientale de l'empire ottoman à combattre les VTa-
chabilts et les autres nombreuses tribus arabes qui, sous
SERVANT D'APPENDICE, wc. ; , .
l'influence de ces sectaires, ne cessent, por leur invasion, u<-
menacer l'existence de ce gouvernement..;
Si un barbare, se disanl prince indépendant, quoique hum
reconnu tel par le sultan ottoman, son souverain légitime,
peut, à son gré, menacer, effrayer, pendre les Grecs et les
maiins des petits étais européens, qui seuls font, un commerce
que lt's bàtimens des grandes puissances ne trouvent point
assez avantageux pour être suivi, parce qu'ils ne peuvent
naviguer à aussi peu de frais; si ce chef audacieux de pirates
peut, quand bon lui semblera, intercepter les cargaisons de
blés destinés pour l'Europe, les peuples civilisés sont, par ce
fait, sous la dépendance d'un chef de voleurs qui, à leur insu,
pourrait augmenter leur détresse, ou même achever de les
affamer dans tin tems de disette.
Le barbare a aussi un moyen formidable d'extorquer de
l'argent des princes chrétiens : il les menace (ce qu'il vient
de faire par rapport à la Sicile) de mettre à mort ceux de
leurs sujets tombés en son pouvoir; sa cruauté connue, ren-
dant ses menaces très - redoutables, lui devient un moyen
de faire servir l'argent d'un prince chrétien à soutenir la guerre
qu'il déclare à l'autre; il peut ainsi mettre toute l'Europe a
contribution, et forcer, pour ainsi dire, les nations, à tour
de rôle, à payer un tribut à sa férocité, en achetant de lui la
vie de malheureux esclaves et la paix.
Il est inutile de démontrer qu'un tel état de choses est non-
seulement monstrueux, mais absurde, et qu'il n'outrage pas
moins la religion que l'humanité et l'honneur. Les progrès
des lumières et de la civilisation doivent nécessairement le
faire disparaître.
Il est évident que les moyens militaires employés jus-
qu'à ce jour par les princes chrétiens pour tenir en échec
ceux des États barbaresques ont été, non-seulement insuffi -
sans, mais ont eu le plus souvent pour résultat de consolider
davantage le dangereux pouvoir de ces barbares. L'Europe a
paru long- tems se reposer sur les efforts des chevaliers de
Saint- Jean de Jérusalem, et n'a point assez vu que cet ordre
3/, 2 NOTE
chevaleresque n'avait, dans les derniers tems, ni assez de
pouvoir, ni peut être assez d'énergie pour contrebalancer et
repousser les agressions toujours renaissantes de ces nombreux
pirates. D'ailleurs, par son institution même, l'ordre de Malte,
obligé de ne point transiger avec les infidèles, ne pouvait
mettre à profit toutes les ressources de la politique , en faisant
des traités d'alliance avec ceux d'entre eux qui sont plutôt
victimes eux-mêmes du système pirate qu'actifs coopératcurs;
comme, par exemple, Tunis et Maroc, gouvernés tous deux
par des princes nés dans ces États, qui depuis long-tems se
sont montrés bien disposés, et sont capables de maintenir avec
les puissances européennes des relations commerciales et de
bon voisinage. Ainsi la résurrection de cet ordre, après le sui-
cide politique qu'il a commis sur lui-même, ne pourrait suffire
seul au but qu'on se propose. Ce but honorable est de mettre
pour toujours l'Europe à l'abri des attentats des corsaires afri-
cains , et de faire succéder à des États essentiellement pirates ,
depuis Barherousse , des gouvernemens utiles au commerce, et en
harmonie avec toutes les nations civilisées.
Maintenant, quels sont les moyens à employer? Le soussigné
voudrait pouvoir faire partager à toute l'Europe sa convic-
tion , résultat de trente années d'étude et d'examen approfondi.
Il n'a cessé, pendant son ministère à la cour ottomane, de
s'occuper du sujet qu'il traite aujourd'hui; il s'en est occupé
dans les camps, sur les flottes de cette même puissance, et
pendant tout le cours de ses rapports assez connus avec les
nations et tribus de l'Afrique et de l'Asie.
Cette conviction intime de la possibilité de faire cesser
promplement le brigandage des États barbaresques ne saurait
être mieux prouvée que par l'offre qu'il fait de prendre la di-
rection de l'entreprise, si l'on met à sa dispostion les moyens
nécessaires.
Animé par le souvenir de ses sermens , comme chevalier, et
désirant exciter la même ardeur dans les autres chevaliers
chrétiens, il propose aux nations les plus intéressées au succès
de cette noble entreprise, de s'engager par traité à fournir leur
SERVANT D'APPENDICE* i-.tc. ?£S
contingent d'une force maritime, et j)our ainsi dire amphibie,
qui, sans compromettre Aucun pavillon, et sans dépendre des
guerres on des crises politiques des nations, aurait constamment
la garde des côtes de la Méditerranée, et le soin important de
surveiller, d'arrêter et de poursuivre tous les pirates par terre
et par mer. (le pouvoir, avoué et protégé par toute l'Europe,
non- seulement rendrait au commerce une parfaite sécurité,
mais finirait par civiliser les côtes de l'Afrique , en empêchant
ses habit an s de continuer Jeur piraterie, au préjudice de leur
industrie productive et de leur commerce légitime.
dette force protectrice et imposante commencerait par un
blocus rigoureux des forces navales des barbaresqiu s, partout
où il pourrait s'en trouver: en même tems, les ambassadeurs
de tous les souverains et États de la chrétienté devraient se soute-
nir mutuellement, en représentant à la Porle Ottomane qu'elle
ne peut qu'être responsable elle-même des actes hostiles de ses
sujets, si elle continue de permettre flans ses états le recrutement
des garnisons en Afrique, qui ne lui sont d'aucune utilité >
tandis que ces forces pourraient être mieux employées contre
ses ennemis que contre les puissances européennes ses amies;
en exigeant d'elle un désaveu formel et une interdiction authen-
tique des guerres que ces chefs rebelles déclarent à l'Europe.
On pourrait engager la Porte /Ottomane à donner de l'avan-
cement et des récompenses à ceux des janissaires, capitaines
de frégates, et autres marins algériens qui obéiraient à l'appe
du sultan, et par ce moyen, le dey se trouverait bientôt aban-i
donné , et sans grands moyens de défense.
Cette même influence pourrait être employée d'autant plus
efficacement à Tunis, que ce pays est souvent en guerre avec
Alger, dont il a réellement tout à craindre. D'ailleurs, le chef
du gouvernement tunisien est d'un caractère tout opposé à
celui du dey d'Alger : il se prêtera volontiers à tout ce qui
pourra civiliser son pays , et amener la prospérité de son em-
pire. La paix entre Tunis et la Sardaigne, qui a tant souffert
par l'enlèvement de ses sujets, doit être le premier anueau de
la chaîne, et l'on ne doit rien négliger, dès à présent, pour
l'obtenir.
3 i ', N< ) TE SERVANT D'APPENDICE , etc.
Les autres détails seront aisément développés, quand les
souverains auront adopté le principe, et qu'ils auront daigné
accorder au soussigné la confiance et l'autorisation nécessaire
au succès de l'entreprise.
Reçu , considéré et adopté à Paris, en septembre 1814 ;
A Turin, le 4 octobre 1814 ;
A Vienne, durant le Congrès.
Signé, W. SIDNEY SMITH.
Sur un projet de M. Drovetti . consul général de
France en Egypte , pour préparer la civilisation de
V intérieur de V Afrique (1 ).
Placé depuis un grand nombre d'années aux portes de l'Afri-
que par une mission dont le gouvernement a deux fois apprécié
l'utilité, M. Drovetti a eu de fréquentes occasions d'étudier
la cause de l'état de dégradation auquel fut, de tout tems,
condamné l'habitant des contrées centrales de cette vaste partie
du monde. Nous ne saurions donner le nom d'état social à cet
état inerte des peuplades de l'Afrique qui, bornant leurs be-
soins à des besoins physiques , vivent à peu près comme les
palmiers dont ils tirent leur principale subsistance.
Néanmoins, dans la plupart des jeunes Africains qui, tous
les ans, arrivent du sein des déserts dans la vallée du Nil,
M. Drovetti a reconnu une rare intelligence et une sagacité
native dont les ateliers européens du pacha d'Égyple fournis-
sent d'ailleurs tous les jours des preuves convaincantes.
De ces faits rapprochés résultent des contradiclions mani-
festes. Pourquoi, si les nègres sont si intelligens comme indivi-
dus, restent- ils comme peuple dans une torpeur intellectuelle?
(1) La Note que nous insérons ici, comme servant de complément
au Mémoire de M. Chauvet sur la civilisation de l'Afrique, a été lue par
M. Pacho, à la Société de géographie, dans la séance du 19 octobre 1827.
Pourquoi, s'ils paraissent doués d'une grande sagacité chez
nous , u'invontcnl ils rien chez eux ? Pourquoi n'ont Us jamais
construit de navires, creusé de ports el sillonné les déserts de
larges canaux ? Pourquoi, dans la série dessiècles, un Lycurgue
ne leur a-t-il point donné des lois et n'a-t-il pas organisé ces
hordes diverses en corps de nation ? Pourquoi un Homidus ne
s'cst-il jamais élevé parmi eux, et n'a-t-il point fait un peuple
de conquérons de ces peuplades d'esclaves?
Le climat serait-il la cause de cette humiliante apathie? Un
grand homme la avancé; mais, depuis long-tems, on lui a
répondu par l'histoire que ni les vertus ni le génie des nations
ne peuvent être calcules aux degrés d'un thermomètre. Fau-
drait-il attribuer cette cause à une dégradation innée ? Fau-
drait-il faire de l'Africain une espèce d'homme particulière?
Mais ces rêves de quelques matérialistes sont réfutés par mille
faits, et il paraît désormais établi que l'espèce humaine est
une.
Nous croyons plutôt trouver la vraie source de ce phénomène
moral, non point dans l'influence du climat sur l'homme, ni
dans une outrageante classification humaine, mais dans la
simple disposition des lieux habités par rapport à l'habitant.
De nos jours, il est permis de croire que In peau de tigr^ cette
expression ingénieuse par laquelle l'antiquité représentait la
Libye seule, peut s'étendre à l'Afrique entière. Ce vaste océan
de sables, au milieu duquel sont quelques taches de terre, a dû
rendre, en effet, de tout tems les communications de l'une à
l'autre difficiles, et la réunion de leurs habitans impossible.
De plus, l'immense Saharali forme une nouvelle zone de sépa-
ration entre ces portions de terre, déjà séparées entre elles, et
une grande partie du littoral africain. Cette zone , solitude
affreuse et brûlante, placée entre le centre de ce continent et
le monde civilisé, lui a présenté une barrière que celui-ci n'a
jamais su franchir ; et le monde civilisé, pour excuser sa négli-
gence, a accusé la nature d'aberration.
Nous n'irons point nous perdre mal à propos dans les pro-
fondeurs de L'histoire pour appuyer cette assertion. On sait
3/»6 SURLN PROJET
que, dotons les peuples civilisés qui occupèrent, dans l'anti-
quité, les bords de l'Afrique, aucun n'a pénétré dans ses pro-
vinces centrales; l'humanité seule l'aurait exigé, et l'ambition
seule guidait leurs conquêtes.
Dans les tems modernes , une nation commerçante a cherché
à connaître l'intérieur de l'Afrique , ou plutôt ses mines et ses
ressources. Elle a répandu de l'or pour avoir de l'or. Une foule
de voyageurs largement défrayés , envoyés comme agens de
commerce , sont morts martyrs de la science.
D'autres nations, plus généreuses dans leurs vues, mais qui
ont employé des moyens trop disproportionnés au but qu'elles
auraient voulu atteindre, ont quelquefois pensé à ces régions
reculées, et d'honorables missions ont été couronnées par de
pareils sacrifices.
Ces efforts et ces tentatives louables ont procuré du moins,
comme cela devait être, quelques notions géographiques. On
a vu des lacs, des rivières , des montagnes ; les cartes du pays
ont changé, et les habitans sont restés les mêmes.
Cependant, nous le répétons, l'Africain, malgré ses cheveux
laineux, son nez aplati et ses lèvres épaisses, est homme
comme nous. En vain, naguère encore, dans notre cruelle
mais timide avarice, n'osant pénétrer dans sa patrie, nous en
côtoyions les bords, nous l'enlevions clandestinement à ses
champs , nous l'enchaînions dans nos navires; et dans des cli-
mats lointains l'appelant en sûreté notre esclave, en dépit de
ses larmes, nous en faisions l'instrument de nos volontés. La
voix de l'humanité, trop long-tems étouffée, s'est fait enten-
dre ; les rois de l'Europe l'ont enfin écoutée , ils ont dit :
l'Africain est libre.
Mais il ne suffit point de le rendre à la liberté, il faut lui
en donner le plus bel apanage; il faut éclairer son intelligence.
Le fanatisme musulman, bien autrement funeste que les déserts
et les climats, entoure de toutes parts la malheureuse Afrique;
il la tient sous sa sauvegarde; il veille sans cesse sur sa proie.
Cette hydre gagne toujours du terrain. Déjà il a envahi plusieurs
provinces de l'intérieur : il règne dans le Soudan ; il campe
Dl M. DROVETTÏ. i/,7
dans le désert avec les nombreux Touariks j dans l'Abyssioie ,
il triomphe de l'Evangile; et Tombouctoti ost à demi -><>i i m i^<-
a Bes lois.
Ainsi, nous réussirons peut- être, par la persévérance, à
parcourir toute l'Afrique : l'islamisme, ébloui j>ar notre or,
nous laissera passer; niais il nous servira toujours d'escorte; il
veillera vins cesse sur nos pas. Nous pourrons, de cette manière,
dresser des cartes, recueillir des plantes et des pierres; nous
ferons des livres, nous enrichirons nos cabinets ; et le malheu-
reux habitant continuera d'être enveloppé dans des ténèbres
indignés de L'esprit humain.
Ce n'est donc point en multipliant les sacrifices, en payant
des rançons à l'islamisme, en livrant aux déserts des voyageurs
à dévorer, que nous parviendrons à améliorer l'état social du
nègre. C'est en créant, s'il est possible, une chaîne de rap-
ports entre ces régions reculées et l'Europe; c'est en rappro-
chant L'Africain de nous , que nous parviendrons à le rappro-
cher doublement de l'état social.
Telles sont les vues généreuses de M. Drovetti. L'Egypte,
cet ancien foyer de civilisation, ne peut plus les remplir par
elle-même; mais elle peut du moins aider à leur exécution.
Chaque année, un grand nombre déjeunes nègres, conduits
par les caravanes, arrivent dans ce pays de différentes pro-
vinces de l'intérieur. Déjà Mohammed-Aly a commencé à les
retirer de l'état d'abjection où ils étaient précédemment. Au
lieu de permettre qu'ils fussent vendus, comme autrefois ,
dans les marchés et qu'ils allassent servir les caprices des ha-
rems, il a mis des armes dans leurs mains, il en a fait des
soldats; mais il reste à en faire des hommes, et ce soin nous
regarde.
C'est dans cette intention que M. Drovetti se propose d'en-
voyer chez nous ces intéressans enfans de l'Afrique; c'est au
milieu de nos enfans qu'ils pourraient commencer à cultiver
leur esprit; c'est sur les bancs de nos écoles et dans nos univer-
sités qu'ils apprendraient à connaître nos lois et cette sagesse
acquise par l'expérience des siècles. Leurs jeunes cet veaux.
3/,S SUR UN PROJET DE M. DROVETTI.
doués de cette souplesse qui rend propre à recevoir toutes
sortes d'impressions, seraient bientôt empreints de cette at-
trayante philosophie qui lie entre elles les diverses familles
du genre humain. Retournant ensuite dans leur patrie, ils T
propageraient leurs nouvelles idées. Ces idées, pareilles à la
flèche messagère, passeraient de tribu en tribu, d'oasis en
oasis; les esprits réfléchiraient; les lumières se répandraient,
et quelques enfans occasioneraient peut-être ce que tant de
siècles n'ont pu produire.
Tel est l'exposé sommaire du projet de M. Drovetti, projet
formé depuis l'année 181 1. M. Drovetti en fit part à ses cor-
respondans; mais lescrises politiques, qui troublaient l'Europe
à cette époque, ne pouvaient guère permettre l'exécution de
ces vues pacifiques et bienfaisantes. Maintenant que le calme
a succédé à ces jours d'orage, les circonstances paraissent fa-
vorables pour s'occuper de ces contrées lointaines.
M. Drovetti se propose donc d'envoyer a Paris, à ses frais,
un certain nombre de jeunes nègres , afin qu'ils puissent être
enfin initiés aux avantages de la civilisation. Les sociétés sa-
vantes seconderont des intentions aussi généreuses; la Société
de géographie surtout doit être portée à les seconder, puisque,
par l'objet de son institution, elle pourra, mieux que toute
autre association, en recueillir les utiles fruits. Et le moyen
le plus efficace de les seconder sera" d'intercéder auprès de
l'autorité, pour en obtenir l'admission gratuite dans nos écoles
de ces jeunes nègres, dont la seule disponibilité aura coûté
de grands sacrifices à M. Drovetti. Il est même vraisemblable
que non-seulement en France, mais dans le reste de l'Europe,
de riches capitalistes, et peut être aussi quelques gouverne-
mens, voudront s'associer à cet acte de philanthropie, et lui
donneront tout le développement qu'il mérite.
Pacho.
ÉTUDE SI l\ LA RÉVOLUTION GRECQUE. V,r,
Etude sur la a évolution grecque , et sue le sort
PROBABLE RÉSBRVÉ A LA GRECE.
La victoire chrétienne de Navarin, Bile «le la plus sainte des
alliances, qu'inspirés par un instinct consolateur, nous annon-
cions, il y a trois ans(i), aux amis d'un peuple de martyrs, a
ranimé les espérances de tous les cœurs généreux en faveur de
la Grèce. Délivrés par ce mémorable événement des inquié-
tudes qui nous oppressaient, nous pouvons reprendre la plume
pour indiquer, d'une manière approximative, les résultats dé-
finitifs de la lutte longue, sanglante et glorieuse de nos compa-
triotes. En présence des faits, dans un âge où les illusions com-
mencent à s'évanouir, nous nous efforcerons d'envisager cette
lutte sous toutes ses faces : nous expliquerons comment elle n'a
pu se passer d'une intervention extérieure. Cette intervention
donnée, nous hasarderons quelques vues sur l'établissement
politique de notre nation, vues qui nous paraissent les condi-
tions de sa prospérité et du repos de l'Europe, et en harmonie
avec les vœux de l'humanité. -Heureux si cet acte de piété
filiale est accueilli avec bienveillance , au moment où s'ouvre
l'ère si long-tcms désirée de la renaissance de notre patrie !
La tyrannie, quelles que soient ses doctrines et ses formes,
est une atroce illégitimité. Les Grecs, depuis si long-tems livrés
au plus dur esclavage, avaient donc le droit de prendre les
armes pour briser le joug ottoman.
La population grecque, en admettant le calcul le plus rap-
proché de la vérité , peut être estimée à trois millions d'ha-
bitans. Près de la moitié de cette population, fortement com-
primée par la supériorité numérique des Turcs , n'ayant pu
prendre aucune part à l'insurrection, une portion de la Ro-
inélie, la Morée et quelques îles ont dû seules entrer en lice.
(i) YoyezEev. Eue. , t. xxv, pag. 293-309, février 1 8 2 5 , la Notice
intitulée : Tableau moral el politique de la Grèce, en 1824; par M. Michel
Schiuàs.
15o ETUDE
On connaît l'état de la Grèce sous la domination turque. L'a-
griculture et l'industrie dans un état de langueur et de ma-
rasme, le commerce produisant des valeurs destinées en grande
partie à fournir les moyens d'émigrer, les études scientifiques
et littéraires à peine réveillées, les arts dans l'enfance, tels
sont les principaux traits du tableau. J'ai parlé à dessein de
l'émigration. La Grèce, en effet, subissait progressivement
une dépopulation affligeante; l'opulence, le mérite , fuyaient
l'aspect du glaive toujours menaçant. Il n'y a pas de pays en
Europe qui n'ait reçu de nos colonies; pas une ville considé-
rable qui n'ait consolé l'exil de nos frères : des gouvernemens
même ont plus d'une fois employé leurs talens , dont leur terre
natale était déshéritée. Ce n'est pas dans la partie insurgée
qu'on trouvait le plus de lumières. Les meilleures écoles, les
moyens d'instruction les plus nombreux existaient dans la
région septentrionale de ce pays. A Constantinople surtout,
siège du gouvernement oppresseur (i), centre des intrigues et
dernier refuge du commerce , on voyait établis ou attirés suc-
cessivement la plupart des hommes distingués de la nation
grecque. C'est là que les Fanariotes , élevés par leur savoir et
leur esprit d'intrigue au rang de premiers esclaves , tour à tour
ministres influens et princes régnans au-delà du Danube , se
dédommageant de leur servile et humiliante dépendance et de
leur anéantissement devant le turban , par une arrogance sans
mesure envers les autres raïas , passant, à l'aide d'une étrange
combinaison de complots, du pouvoir aux gémonies, et de la
proscription au pouvoir, ne laissaient pas cependant de rendre
d'importans services à leur nation. Je ne suis point partisan de
leur système : je pourrais même, comme tant d'autres, m'é-
tendre longuement sur leur machiavélisme et leur corruption;
néanmoins, je dirai sans détour que cette caste, qui était le
plus utile instrument de la politique des Turcs , aurait pu de-
venir pour eux un obstacle redoutable, si elle n'avait pas été
(i) On sait que, dans les capitales, on exerce toujours moins de
vexations que dans les provinces.
Mit LA REV0L1 TIOW GRECQ1 E. V».
presque anéantie. Habituée au maniement des affaires, el perpé-
tuellement en contact avec les négociateurs européens, elle au-
rail représenté notre pays avec plus de dignité que la plupart
de ces primats qui la remplacèrent , et qui, sans avoir les mêmes
talens, se livraient aux mêmes exactions. (;>si encore à Consr
tantinople que se trouvait, pour employer le langage du pays*,
la grande église, placée par le conquérant lui-même à la tète de
la nation grecque. Placé dans une autre résidence, le pa-
triarche, entoure du saint synode, et marchant à la tète de
ses coreligionnaires armés pour soutenir leurs droits, aurait
paru plus imposant aux yeux du sultan , que couvert des simples
insignes de ^a dignité et traîné processionnellemcnt au sup-
plice infâme du gibet. Sa présence aurait prévenu en partie,
ou réprimé avec succès les passions funestes développées plus
tard au milieu de ses concitoyens. Des communications établies
avec l'église d'Occident auraient peut-être amené de bonne
heure la formation d'un concile médiateur, et procuré l'appui
de quelques souverains à la Grèce, qui n'aurait pas eu à dé-
plorer la mort de tant d'innocentes victimes. Les princes chré-
tiens, réunis à Vérone, n'auraient pas eu la dureté de repousser
les doléances des vénérables chefs de l'église d'Orient, qui
avaient traversé les mers pour plaider en personne la cause du
malheur immérité de leur nation. C'était un spectacle nouveau
de voir des peuplades qui, quoique sœurs, se connaissaient à
peine, dont les intérêts étaient même souvent en collision,
grâce à la stupidité de leur administration, se réunir sponta-
nément dans le but de la délivrance commune. La guerre éclata.
Sur terre , sa direction fut confiée aux capitaines des Àrmatolis
et des Kleftes (i), auxquels vinrent s'associer tous les individus
en état de combattre. Sur mer, la marine marchande devient
militaire. Dans la première année , on obtient des succès tu-
multueux et inespérés : on s'assemble alors pour établir un gou-
vernement. Malgré les formes démocratiques et représentatives
(i) Voyez, pour l'intelligence de ces dénominations , l'excellente
pjéface des Chants populaires de la Grèce, par M. FaurièL.
352 ÉTUDE
dont on ne fut pas avare, puisqu'un sénat unique et un pou-
voir exécutif composé de cinq membres devaient se renouveler
tous les ans, il était aisé de voir que l'influence oligarchique
des primats et des capitaines continuait à dominer. On aperce-
vait même déjà l'ébauche des partis. L'un s'était formjl' autour
de Démétrius Ypsilanti, qui avait jusqu'alors exercé l'autorité;
l'autre, auprès d'Alexandre Mavrocordato, nommé président,
et de Théodore Négris , premier ministre : tous trois Grecs de
Constantinople, débris du Fanar , et accourus de bonne heure
sur le tKéâtre de l'insurrection. Qui dit parti, dit tendance au
pouvoir, aux honneurs, et souvent à X enrichissement : car les
chefs , fussent-ils désintéressés , peuvent difficilement imposer
la même abnégation à leurs adhérens. L'esprit de parti produit
aussi une confiance aveugle dans les moyens qu'on se croit
exclusivement pour opérer le bien. Quelques combinaisons que
l'on eût imaginées pour satisfaire les ambitions, les amours-
propres et les intérêts de chacun des personnages influens , les
germes des animosités intestines existaient toujours. Les insu-
laires accusaient les Moraïtes de parcimonie; les Roméliotes,
d'indolence. On répondait par des récriminations. Ainsi, pour
avoir proclamé un gouvernement, on n'avait pas centralisé le
pouvoir, ni enchaîné les volontés arbitraires de tel primat
dans son district, de tel capitaine dans le ressort de son com-
mandement : on avait rédigé des projets qui ne conduisaient à
aucun résultat. L'horrible catastrophe de Chios et la capitu-
lation de Souli furent les premiers effets de ce désordre. Bientôt,
l'ennemi, à la tète d'une nombreuse armée, envahit l'Acarnauie
et l'ÉtoUe, qu'il est forcé d'évacuer avec de grandes pertes. Il
y revient, et il éprouve le même sort. Peu auparavant, la région
nord-est de la Morée avait été le théâtre d'événemens ana-
logues. Les manoeuvres hardies de quelques centaines de Grecs
les firent triompher d'une armée de quarante mille Turcs, dont
on était parvenu à couper les communications. Après avoir
repoussé ces trois invasions, le peupie grec, confiant dans
l'avenir , se livrait déjà aux illusions les plus séduisantes.
On avait pu disposer de quelques récoltes , après de longues
SUR LA RÉVOLUTION GRECQUE,
iriyations. Quelques journaux vinrent satisfaire à d'autres he-
ioitis, en offrant des points de ralliement à l'opinion. Appelés à
ptprimer les dispositions des différentes fractions de la société,
ls devaient aussi, en se perfectionnant, contribuer à les diri-
ger. On jeta les fondemens de quelques écoles et d'autres éta-
disscmciis d'utilité publique. Sans doute alors, le gouverne-
nent Taisait approvisionner et réparer les places fortes, tenait
es garnisons au complet, se disposait à reprendre Poffen-
ive, en attaquant sérieusement Patras, Modon et Coron; il
renforçait l'armée et la marine, réglait les finances, établissait
les relations avec les puissances étrangères. Examinons ce
ju'il fit réellement. Mavrocordato fut remplacé dans la pré-
àdence par Mavromichalis , chef des Mainotes. Ncgris céda
la place de secrétaire d'état à l'ex président, dont il devint
ïès-lors l'ennemi. Créature de Mavrocordato, il mourut son
ival. Bientôt, des malversations commises au sein du corps
exécutif dont Colocotroni était membre, déterminent le secré-
aire d'état à la retraite. Le sénat , jaloux de faire observer les
ois, veut mettre les coupables en accusation. Mais, retirés au
nilieu de leurs partisans, ils répondent par des fusillades:
le là, guerre civile. Une troisième assemblée nationale appelle
ï la présidence George Coundouriotis d'Hydra , qui s'associe
Mavrocordato comme premier ministre. On proclame la patrie
In danger. Les dissidens sont mis hors la loi, poursuivis, at-
einls, désarmés. Les partis insulaire etRoméliote triomphent:
mtrés dans la Moréc en conquérans, ils compromettent la
■use générale par leurs excès. A la tète des Roméliotes paraît
ilors un homme que Mavrocordato avait le premier poussé
feans les affaires, sans prévoir qu'il aurait en lui un rude ei
mplacable antagoniste : c'est Colettis. Né en Épire, médecin
courtisan près des tils d'Ali Pacha de sanguinaire mémoire-
-mis, patriote modeste; bientôt député, ministre de l'intérieur,
membre du corps exécutif, mettant à profit les besoins pu-
blics du moment, il sut exploiter quelques torts de Mavrocor-
lato envers les Roméliotes pour les attirer à lui et s'élever
)ar leur concours. Ces ambitions rivales, sans procurer des
t. xxxvn. — terrier 1828. -^3
3:"i4 ÉTUDE
avantages réels aux individus, ont dû faire un mal incalcu-
lable à la patrie.
Sous la première présidence, la mission diplomatique du
comte Métaxas au congrès de Vérone fut sans succès. Sous la
seconde ; la détresse financière, de plus en plus croissante, lit
sentir l'urgence d'un emprunt : Orlandos et Louriolis furent
chargés de le contracter à Londres. On sait à quel point ces
deux hommes furent funestes à leur pays. Pouvant le sauver
par l'exécution des mesures qui leur étaient prescrites, ils !e
compromirent gravement par leur coupable insouciance. L'or
seul parut être leur idole. Les comptes qu'ils ont à rendre à
leur gouvernement éclairciront ce qui est encore obscur dans
leur conduite.
La guerre civile avait à peine cessé, lorsque les Turcs s'em-
parèrent des îles d'Ipsara et de Cassos, et occupèrent presque
en entier celle de Candie. L'époque des plus grandes calamités
s'avançait à grands pas. Les Turcs, bien conseillés, allaient
enfin profiter de leurs fautes, aussi bien que des nôtres. Après
les expéditions désastreuses d'Orner Pacha et de Scodra Pacha
contre Missolonghi, de Koursid Pacha contre la Morée , Res-
chid et Ibrahim se flattèrent d'être plus heureux. Vassal redou-
table et toléré, l'heureux assassin des mamelucs, le sceptre de
Saladin en main, céda promptement aux ordres du sultan de
Constantinople, qui étaient parfaitement d'accord avec les
vœux secrets de son ambition. Vivre pour servir, et servir
pour l'enrichir, voilà le sort de ses peuples. Ses flottes, ses
armées, voilà les seuls moyens de civilisation à sa portée. Les
arts de l'Europe ne sont pour lui que des instrumens : son but
unique est la puissance. Ses trésors lui ouvrent les chantiers
de la chrétienté pour la construction de ses vaisseaux, et la
science militaire pénètre, pour le malheur des peuples, dans
le pays des eunuques, sous l'escorte des renégats. Ibrahim,
fils de ce satrape, nommé pacha de la Morée, part pour la
conquérir. Voyez ce farouche Ottoman (i); il méprise la civi-
(i) Expression de l'amiral Codrington.
sur LA RÉVOLUTION GRECQUE. 35$
lisation don', il se sert; il reste fidèle à la barbarie ('ans la-
quelle il a été nourri, s'il ne subjugue pas, il égorgera. Il fera
périr l'homme par les tortures, la végétation par l'incendie; il
De respirera que dans une atmosphère sanglante. En jetant
les yeux sur les dispositions des Crées au moment de son
h livre, on concevra la promptitude de ses succès. Les Mo-
raïtes, découragés par la défaite de leurs principaux chefs,
révoltés naguère contre le gouvernement, restèrent par ven-
geance inactifs et sourds au cri de la défense commune. Le
gouvernement fut également privé de la coopération des Ro-
méliotes, parce que Colettis était l'ennemi mortel de Mavro-
rordato. Ainsi, rien n'étant préparé, rien n'ayant pu être
Bbtnbmé pour la résistance, Ibrahim ne rencontrait aucun
obstacle. L'occupation soudaine de Navarin, la marche rapide
sur Tripolizza, la reddition de cette place, l'apparition des
Arabes sous les murs de Napoli, leurs incursions dans toutes
les parties de la presqu'île, et la dévastation horrible de cette
montrée, furent les tristes conséquences des dissensions que
ious avons signalées. Missolonghi était, depuis près d'un an,
'objet des attaques vigoureuses de Reschid Pacha, généralis-
sime de la Romélie : Missolonghi, création hardie du patrio-
tisme, mausolée de Botzaris, patrie adoptive de Byron, hon
îcur immortel de la Grèce! La garnison, c'est l'élite de la
îation hellénique; c'est la réunion deshabilans, des soldats,
les capitaines; c'est une poignée de citoyens, opposée aux
barbares d'Europe, d'Asie et d'Afrique. L'autorité, c'est celle
les meilleurs : jamais aristocratie ne fut plus pure. Ils président,
tu conseil, ils dirigent la guerre. L'expérience et la sagesse
nspirent leurs actions, leur exemple dirige les élans de la cite
'on(iante*j l'ombre généreuse de l'aigle de Souli plane sur
eus. Notis, Zavellas , Fotomaras, Véïcos , Zervas, et vous
ous, héros del'Étolie, FoTtunati! ... nulla unquam dies incmoi i
Vos adimet œvol Race digne de tes aïeux, abandonnée à toi
nème, tu fus toute la Grèce. Missolonghi se joue de la mort,
Malgré les ravages d'une grêle incendiaire, les larges écrou-
cmciis des remparts et la furie des assauts. Le peuple dit Christ
2.3.
356 ÉTUDE
s'assemble et s'écrie: Point d'esclavage ! À L'instant, les glaive*
tant de fois rougis du sang de l'infidèle, les drapeaux, ces
compagnons vétérans de l'héroïsme, criblés de mille balles,
s'agitent dans les airs. La religion les bénit sous la voûte d>\
temple de la nature, les prêtres de la liberté saluent ses pro-
diges par leurs cantiques. Un silence mystérieux succède. Pré-
lude du sacrifice, il environne l'enceinte où vont s'accomplir
le dernier baptême, la dernière communion. Au signal donné,
la cohorte sacrée opère sa sortie finale. Les bras défaillant de
ses guerriers sèment encore le trépas sur leur passage. Tels
qu'un robuste vaisseau, englouti momentanément dans le
gouffre de l'Océan courroucé , rebondit sur l'horizon et cingle
vers le port avec assurance, Us se plongent dans les rangs
serrés des barbares et se fraient un chemin sous leurs yeux
stupéfaits. La population grecque accourt au devant de ces
immortels débris. Spectres de Titans, ils imposaient encore
sous leurs armures brisées, avec leurs corps mutilés, sous leur
costume réduit en haillons! Cependant, les hordes d'Ibrahim
franchissaient les portes désertes de Missolonghi, impatientes
d'attacher des chaînes , d'allumer des bûchers pour leurs vic-
times. Soudain une vaste mine , éclatant avec fracas , enve-
loppe vaincus et vainqueurs dans la même catastrophe. Mieux
que dans une ténébreuse catacombe , la mort se plaît alors à
s'allier avec la vie par l'attitude dramatique de ces cadavres
qui semblent se repousser, de ces visages qui ont encore l'air
de se provoquer au combat, de ces hommes venus de si loin
pour s'entre-détruire. Hélas! telle est la moisson de la tyran-
nie. Numance et Sagonte sont éclipsées : la fin de notre ville
sera le gémissement le plus sublime de l'histoire. Sur ce tom-
beau s'élève l'enseigne de Mahomet : au-dessus voltige le nom
de Missolonghi : les âmes des martyrs sont montées daus les
cieux !
Les hommes qui n'avaient pu prévenir ce désastre, effrayés
de ses conséquences, proclamèrent aussitôt leur désespoir, en
appelant la Grande-Bretagne au protectorat de la Grèce. Et
parce que Mavrocordato fut, dit-on, le promoteur de cette
SI R LA aÉVOLl TIOH GRECQ1 E.
mesure , Colettis crul devoir la combattre. Delà, un parti an-
giâis, el un parti françaii : chacun eut ses intrigues, ses émis-
s ûres, ses correspondances. Quelque tems après, la forme primi-
tive du gouvernemeui est changée. Deux commissions de plu-
sieurs membres, préposées, l'une à la direction intérieure, l'autre
NX relations étrangères» remplacent les corps législatif et
exécutif. Ces autorités essaienl t!e négocier avec la Porte, sous
la médiation de l'ambassadeur anglais à Constantinople : mais
cette démarche n'a pas plus de suite que cette du protectorat.
Les Turcs continuaient, en attendant, leurs préparatifs pour
attaquer Athènes. Reschid-Pacha ne tarde pas à camper devant
ses murs, à la tête d'une puissante armée. La convocation
d'une assemblée nationale semble alors nécessaire pour conju-
rer le danger. Les partis s'agitent : quelques-uns des députés
se réunissent à Égine , d'autres à Castri. Enfin , la divergence
des opinions s'efface pour un moment , et le comte J. Capo-
d'Istria est proclamé, à l'unanimité, président septennal de la
Grèce par rassemblée nationale, réunie à Damala. Aucune me-
sure ne peut sauver la-citadelle de Minerve. Les Grecs, pleu-
lant la mort infructueuse d'une élite de braves, accusent les
fautes de quelques étrangers de la reddition d'Athènes. Le
tems seul pourra faire connaître la vérité. Ici finissent les suc-
cès et les espérances des Turcs : le traité de Londres venait
d'être signé.
D'après l'aperçu rapide, mais fidèle, que nous venons de
tracer, il est aisé d'expliquer cette série de revers qui, acca-
blant la nation grecque dans la plus légitime des luttes, et ren-
dant cette lutte de plus en plus désespérée, occasionnèrent
l'intervention active des puissances prépondérantes de la chré-
tienté. Si quelque chose peut encore nous étonner, c'est que
ces revers n'aient pas été plus rapidement accumulés. Qu'est-ce,
en effet, que cet amas d'actes incohérens, mal conçus, sans
prévoyance ; cette politique sans loyauté , sans union , sans
énergie (1), des hommes qui , depuis près de sept ans, ont
(i) Incerti solutique, et œagis sine domino quàm in liber tate.
(Tacitk.)
358 ÉTUDE
prétendu gouverner la Créée? Us voulaient la guerre, et mal-
gré le haut dévoùment et la capacité distinguée d'un Fabvier,
craignant chacun pour sa propre influence, ils négligeaient
l'armée comme institution nationale. Ils voulaient des troupes,
et négligeaient les approvisionnemens. Ils voulaient la guerre
et le pouvoir, et négligeaient les finances et l'administration.
Incapables par eux-mêmes de conduire au port le vaisseau de
l'état, ils n'ont jamais pu s'accorder pour suivre des exemples
connus et appeler au timon quelque pilote habile du dehors,
devenu le fils adoptif et le premier citoyen de la Grèce. Des
démarches tardives pour cet objet, éminemment populaire dès
le principe, ont pu être faites : mais comment faire réussir un
projet de coterie, d'ailleurs mal dirigé dans l'exécution? Il y a
néanmoins une haute justice à rendre aux chefs de la Grèce; et
mon cœur palpite de joie et de fierté en la proclamant. C'est
qu'une fois déclarés, ils furent constans et inébranlables dans
leur inimitié contre la domination turque. Il n'y eut qu'un
traître : c'est l'infâme Varnaklolis , monstre de stupidité et de
dépravation , sans religion, sans famille, sans patrie. Il serait
peut-être intéressant de caractériser quelques-uns des person-
nages marquans dont nous avons fait mention. Nous trouverions
un Ypsilantly honnête homme, brave soldat, voulant le bien
et ne sachant ou ne pouvant pas le faire; un Mavrocordato ,
homme instruit, sobre, infatigable, désintéressé, ruiné par des
libéralités sans prévoyance, peut-être trop mobile dans ses af-
fections et dans ses doctrines, né pour le second rang plutôt
que pour le premier, qui gagna et perdit tour à tour la con-
fiance des partis; Négris, intrigant habile , doué d'une grande
finesse d'observation et d'une pénétration remarquable, orateur
plutôt qu'écrivain ; Mavromichalis , chef d'une famille qui, par
son héroïsme dans les combats , a bien mérité de la patrie ;
George Coundouriotis , heureux dans sa présidence, lorsqu'il
fallut réprimer les discordes civiles, malheureux sur les champs
de bataille; Colocotrom , capitaine ambitieux , brouillon, n'en-
tendant rien aux lois, et peu versé dans l'art de la guerre;
Nifàtas, guerrier simple et modeste, toujours le premier de-
SI R LA RÉVOLUTION GKECQ1 i Ï5g
\ .\m l'ennemi , intrépide comme un lion; Botxaris, dont la
gloire pure et sublime peut l'égaler à Léonidas, irréprochable
dans sa vie, admirable dans sa mort; Tombasii , vaillanl ma-
rin; Miaoulis , moderne Ajax; SaktourÎÉ , brave jusqu'à la
témérité; Canaris, dont les brûlots incendiaires étaient la ter-
reurde l'ennemi; Caraïskaki, enfin, prématurément enlevé
par la mort, qui savait entraîner les chefs et les soldats par
l'ascendant de son génie, par l'éclat de sa valeur et par ses ins-
pirations soudaines; qui dictait à la fois une correspondance
variée et préparait les plans de ses batailles; il avait conçu le
\asfe projet de s'élever par des victoires sur les débris d'une
ignoble oligarchie, pour donner des lois indépendantes et de
l'énergie à sa nation. Voilà des hommes dignes de la cause
qu'ils ont défendue, et du peuple dont ils faisaient partie;
peuple dont l'existence est un miracle , le caractère toujours
étonnant, la conception brillante, les défauts involontaires ou
produits par l'infortune; crédule par instinct et méfiant par
expérience, fier parce qu'il n'a pas oublié son origine, ami des
distinctions parce que l'image du beau le poursuit et le tour-
mente, persévérant dans tout le cours de sa lutte, ne rendant
jamais les armes, décimé, mais non abattu; écrasé, mais non
vaincu, et préférant la faim, la misère, les maladies, la mort,
à la servitude. Le crime de piraterie, imputé à quelques indi-
vidus , ne saurait ternir la gloire de la nation. Le crime est tou-
jours punissable , même quand il naît de la nécessité , comme
dans les circonstances où se trouve la Grèce. On doit le répri-
mer, mais surtout en détruire les causes > en procurant l'indé-
pendance et la liberté qui feront cesser l'indigence et ses hor-
ribles suites. Les hommes devenant meilleurs, la société aura
une tranquillité intérieure garantie par leurs vertus sociales.
Après avoir considéré les Grecs sous le point de vue mili-
taire et politique, jetons un coup d'œil sur les influences ex-
térieures dont ils furent à même de ressentir plus ou moins les
effets. Un phénomène inattendu nous frappe et nous afflige
d'abord. C'est l'impassibilité de l'église d'Occident, sourde aux
cris de détresse et de désolation de sa sœur éperdue. Le dogme,
36o ÉTUDE
inexorable comme le destin, oublie trop souvent la charités
Les siècles d'Urbain II, d'Eugène III ne sont plus! L'huma-
nité trahie ne trouve de consolation que dans le zèle de quel-
ques prédicateurs protestans , et d'un rabbin du nord de l'Al-
lemagne qu'on cite avec admiration! Mais la sympathie des
peuples européens veillait sur nous. Ici , la civilisation, fidèle
à ses nobles et impérissables traditions, tend de bonne heure à
la Grèce une main secourable. Une contrée de l'Allemagne,
patrie d'un philosophe sur le trône, Louis, roi de l'heureuse
Bavière, et la Suisse, donnent le signal : l'Angleterre et la
France y répondent. En Allemagne, le monarque bavarois
étend sur les Grecs les bienfaits de sa munificence. Non loin
de son palais s'élève un institut spécial pour l'instruction de
la jeunesse hellénique : tout y respire l'ordre et la prévoyance.
L'enfance de l'héritier d'un beau nom, du fils de Botzaris , y
puise les connaissances du citoyen utile , apprend les devoirs
de l'âge mûr. La confiance de sa mère et^le sa patrie ne sera
point trompée : orphelin indigent , il rentrera dans ses foyers,
enrichi de sagesse et digne de suivre les traces de son père. La
Suisse s'honore d' ' Eynard , qui n'a respiré que pour la Grèce,
dont l'activité philantropique s'est reproduite sous mille formes
pour la soutenir et la relever. La France, Paris surtout, siège de
ce comité grecoù brillent tant d'illustrations, et qui, par la haute
confiance qu'il inspire, a su centraliser les offrandes des peu-
ples et en faire l'application la plus avantageuse à nos besoius ;
la France, où la tribune, le barreau, les chaires scientifiques
ont retenti de si nobjes accens , où tous les arts, tous les ta-
lens, toute l'ardeur du génie se sont coalisés pour notre dé-
fense, se place à la tête des généreux défenseurs de la Grèce.
Leurs solennelles et constantes réclamations paraissent avoir
enfin pénétré à travers l'atmosphère épaisse des préventions ,
dans les palais des souverains. Car on doit attribuer l'idée du
traité pacificateur à l'intérêt réel qu'ont inspiré aux trois puis-
sans monarques la persévérance des Grecs dans une lutte aussi
terrible et l'attachement que les nations leur ont montré, plutôt
qu'à des motifs de rivalité politique, ou à des exigences pure-
SUR LA RÉVOLUTION GRECQ1 E 36ï
tient commerciales*. Il sera digue des Grecs de ae point con-
errer un souvenir haineux des torts passés, et d'oublier
néme ceux de cette puissance ( l'Autriche ) qui, fidèle à ses
toctrinés d'égoïsme , n'û jamais cessé, soit par les plumes
c'-uilcs dé ses écrivains, soit par les exploits sans danger de
es amiraux et parles actes de ses commissaires, d'être hostile
li cause générale de la Grèce.
Nous devons fixer notre attention sur les conséquences pro-
tables des deux événemens principaux, destinés à mettre fin aux
ngoissés de la Grèce : i° l'avènement de M. Capo-d'Istria au
gouvernement de cette contrée; 'i° la convention de Londres.
3e traité a été beaucoup moins calculé sur l'étendue des sacri-
bes faits par la Grèce pour reconquérir son existence poli-
ique, que sur les convenances du droit public européen et
br l'urgente nécessité de prévenir l'extermination totale de la
lation grecque. Cependant, les proportions primitives de cette
onvcnlion devront acquérir plus d'extension, à mesure que
B sultan paraîtra plus disposé à défendre énergiquement ses
rétendus droits par la force. S'il persiste dans les dispositions
ui semblent aujourd'hui le diriger, la victoire, qui ne peut
tre incertaine , rendra les princes médiateurs arbitres souve-
ains dans la question; et l'indépendance absolue du territoire
rec mieux circonscrit résultera immédiatement des sacrifices
lits en commun par la triple alliance. Ce résultat , que nous
ppclons de tous nos vœux, est le seul digne de la puissance et
e la magnanimité des trois monarques chrétiens, sur lesquels
i Grèce n'aura pas vainement compté. L'équité la plus rigou-
euse ne saurait en indiquer un autre. Nous ne demandons que-
e qui nous appartient, la terre de nos ancêtres. Peut - être
ussi, notre fidélité à la foi chrétienne, au milieu des tortures
ccumulées par sa mortelle ennemie, doit nous mériter une ré-
ompense proportionnée aux maux que nous avons soufferts,
•'indépendance ,de la Grèce ne serait-elle donc pas l'acte le
lus religieux de notre siècle? La politique fournit aussi des ar-
umeus pour cette cause sacrée. Puisque les déclarations dé-
ntéressées de la triple alliance ont exclu toute idée de démem-
rement et de partage, il est important que la Grèce devienne
362 ÉTUDE.
un état indépendant et fort, un membre vigoureux et actif de
la confédération européenne. Sa place semble marquée dans le
système de l'équilibre social, autant par sa position géogra-
phique que par les richesses de son territoire, dont la liberté
aurait bientôt développé les germes. Avant-garde de la civili-
sation d'Occident, elle serait l'un des boulevards de la chré-
tienté. L'esprit mercantile, qui se récrie au moindre froisse-
ment que lui fait éprouver le mouvement convulsif d'une na-
tion remuée jusque dans ses fondemens, s'emparerait alors avec
avidité des avantages immenses que lui présenterait cette terre
privilégiée, rendue entin à la paix et à la sécurité. La morale,
ia religion , la politique, l'intérêt commercial s'accordent pour
solliciter l'indépendance de la Grèce. Et, je le répète, un pareil
résultat est le seul qui puisse assurer à l'alliance des trois mo-
narques l'assentiment de la postérité.
L'élévation de M. Capo- distria a été un acte spontané et una-
nime de la nation. Dans des conjonctures aussi critiques, elle
a dû confier le dépôt de ses destinées à la maturité des talens,.
au patriotisme éprouvé et au crédit européen de cet illustre
citoyen. Il a été seul regardé comme capable de rétablir l'har-
monie, d'organiser la contrée, de la faire respecter des bar-
bares et de la rendre plus recommandable à l'Europe. M. Coray
l'a ingénieusement comparé à Timoléon, appelé jadis comme
pacificateur par les colonies siciliennes de Corinthe, sa patrie.
Puisse un même succès couronner ses efforts! 11 ne s'agit de rien,
moins que de réformer une nation égarée durant des siècles par
les plus funestes exemples, et travaillée par des passions haineuses
que les cruautés de la guerre n'ont que trop alimentées; de re-
planter la liberté sur un terrain dont elle a été arrachée avec force
et auquel elle est restée trop long-tems étrangère; de constituer
enfin un pouvoir robuste avec toutes les précautions qu'exige
la conservation d'un bien aussi précieux. Il ne nous appartient
pas de donner des conseils : exprimer des vœux et rappeler quel
ques principes, voilà notre tache. Nous n'improuvons aucune
forme de gouvernement, pourvu que le bonheur national soit sou
Unique objet. La tyrannie, sous quelque dénomination quelle
se cache , voilà ce que repoussent Les préceptes divins, comme
si il LA RÉVOLl TIOH GRECQ1 l '<'< \
:s doctriucs de la sagesse humaine. Nous aimerions à von rc
aître tout ce qui a fail jadis la gloire <l<- nos pères, moins le
»o1 y théisme , l'esclavage domestique et les orages d'une démo-
ralie effrénée; mais avec le christianisme, dans sn pureté pri-
aitive, Les prodiges des découvertes et des inventions modernes ,
t les perfectionnement de la civilisation. Nous voudrions ré-
alité devant la loi, la liberté civile et religieuse, fortement
;arantie, l'affranchissement de la pensée, et la répression lé-
;alo de ses écarts. Nous voudrions que l'on prévînt les délits ,
n favorisant l'instruction publique, loin d'entraver l'exercice
égitime des facultés humaines; et que la punition, après le
lédemmagemenl des personnes lésées et le soin de la sûreté
générale, procurât l'amendement du coupable plutôt qu'une
rengeance inutile. Nous voudrions que l'on appelât aux fonctions
mbliques, modestement rétribuées et convenablement circons-
rites dans leurs pouvoirs, la probité et le mérite (i);que,
>our les finances, on évaluât les revenus avec une équitable
agacité, qu'on spécialisât les dépenses, que l'on régularisât
es comptes (2) ; que, pour la guerre , on s'occupât en tems de
>aix de l'armée déterre et de mer; que, pour l'extérieur, on
écùt en bonne harmonie avec les autres nations; que, pour
'intérieur, on revînt irrévocablement à l'ordre et à la justice,
1 cette justice dont la Grèce a été si long-tems privée et qu'elle
lésire avec tant d'ardeur. O Grèce, relève-toi! Le jour glorieux
le Salamihe luit, enfin sur les lauriers de Navarin ! O Grèce dé-
iolée ! réunis tes enfans sous l'ombrage du platane patriarcal!
)'une main, tu les Désiras : de l'autre, tu offriras à tes bienfru-
eurs les prémices de ta reconnaissance. Michel Schinas.
(1) Chez les nations qui, après avoir subi un long asservissement,
relancent dans la carrière de la régénération sociale, il est impossible
ju'une administration sage se forme, sans le concours de plusieurs
jouîmes d'une grande capacité venus du dehors.
(a) Un point de la plus haute importance et qui exige les remèdes
les plus prompts, c'est la dépréciation de la monnaie dont la Grèce
>st affligée dans ce moment. Il se commet des abus scandaleux à cet
■ard, et il faudra sévir avec la dernière rigueur contre la tourbe des
aussaires auxquels le gouvernement une, qui spécule sur l'altération
lu titre des monnaies, donne lui même l'exemple.
II. ANALYSES D'OUVRAGES
SCIENCES PHYSIQUES.
THE LIBllARY OF USEFUL KNOWLEDGE, etC. BIBLIO-
THEQUE des connaissances usuelles; Ouvrage pério-
dique , publié le ier et le 1 5 de chaque mois par cahiers
Je 3a pages (i).
La Grande-Bretagne a vu, depuis quelques années, s'opérer
dans les sciences et les lettres une grande et importante révolu-
tion. On n'aurait qu'une idée bien imparfaite de l'étendue des
connaissances d'un peuple, si l'on n'en jugeait que par les pro-
grès qu'ont fait faire aux sciences quelques hommes de génie,
par les ouvrages de ses plus célèbres historiens, ou par l'élo-
quence de ses orateurs; car il serait possible que la lumière
n'eût pénétré que dans les classes élevées de la société, et que
l'obscurité couvrît encore les classes inférieures. Il faut, dans
une appréciation de ce genre, avoir égard surtout à la diffusion
des connaissances; la réflexion indique, de plus, un élément
d'une haute importance, la nature môme de l'instruction acquise.
La révolution intellectuelle dont nous parlons n'a pas eu
d'influence immédiate sur l'extension des connaissances en
elles-mêmes. Les limites des sciences n'ont pas été plus rapide-
ment reculées que dans le cours des années antérieures ; la lit-
térature ne s'est pas extraordinairement élevée; mais les études
ont été réparties dans de plus justes proportions et avec plus
d'égalité; elles ont été propagées plus promptement et avec
une libéralité mieux entendue.
Le tems n'est pas encore éloigné où les livres ne servaient
(i) Londres, 1827; Baldwin , Cradock et Joy. Grand in-8°, avec de
nombreuses figures gravées sur bois , jointes au texte. Prix, 6 pence
(60 c.) le cahier. — M. Audot publie sous le titre à' Encyclopédie populaire,
une collection analogue, traduite en partie de la Bibliothèque anglaise ;
et que nous avons annoncée (voy. t. XXXVI, p. 717).
SCIENCES PHYSIQ1 ES. 16 -
[lt aux indh idus dès classes supérieures, où la science était
enfermée dans les universités, el cultivée uniquement par les
itorson nés pour qui l'étude était une nécessité. Le plus grand
ombre même ne lisait guère que (les ouvrages assez futiles,
es poésies , des romans, eï les livre:-, sérieux ne pouvaient cap-
iver l'attention. Quant aux oui riers et aux petits commerçons ,
kir esprit ne s'était jamais appliqué qu'à la lecture des co-
uines d'un journal.
L'importauce graduellement croissante des manufactures,
•ur connexion intime avec les ails mécaniques, leur dépen-
ancedes théories chimiques, paraissent d'abord avoir porté les
Nefs de ces établissemens à se familiariser avec ces sciences,
.es avantages qu'ils retiraient de cet accroissement de connais-
mees furent bientôt devinés par leurs employés; le goût s'en
fpandit , et les classes ouvrières cherchèrent avec ardeur les
loyens de se procurer, au moins en partie, cette instruction
ont toutes les heures du jour leur faisaient sentir la nécessité,
elle est l'origine des écoles d'ouvriers ( mcchanlc's instlliitcs ),
ablissetnens que l'on rencontre aujourd'hui sur tous les points
u sol de la Grande - Bretagne, et où les ouvriers viennent
liercher les élémens des sciences qui se rattachent à leurs di-
L?rs genres d'industrie.
Ces institutions, si éminemment utiles, se distinguent de tous
s établissemens destinés jusqu'à ce jour à l'éducation du peu-
le. Dans ces derniers créés par les gouvernemens , ou élevés
i moyen de souscriptions particulières, c'est toujours aux frais
i riche, et sous son influence, que le pauvre reçoit de L'instruc-
:m. Les écoles d'ouvriers , au contraire, ont été fondées par
lux même qui en profitent, de leurs propres deniers, et pour
ur propre usage. Les heureux résidais de cette innovation
fnt évidens et incontestables. Sans vouloir déprécier les éta-
issemens d'instruction gratuite fondés et entretenus si libéra-
ient aux frais du public, on peut affirmer que l'école des
iv riers de Londres, par exemple, {London mcchanlc's institutc)
ipaud plus de connaissances positives, donne des résultats plus
fantageux, que les établissemens publics où l'on fait des dép-
enses centuples. En effet, les leçons que l'on y donne sont
wio SCIENCES PHYSIQUES,
mieux adaptées aux besoins et à la capacité des auditeurs ; et,
sans se jeter dans des théories et dans des abstractions que
toutes les intelligences ne peuvent saisir facilement , on y con-
sidère l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre, la physique, la
mécanique, la chimie, dans leurs applications spéciales aux arts.
L'instruction n'est cependant pas bornée aux matières qui se
rattachent exclusivement à la profession d'artisan; aucune partie
des connaissances humaines n'est exclue de l'enseignement;
et l'attention, la décence, l'intérêt que l'on remarque dans le
maintien et sur le visage des assistans, feraient honneur à un
auditoire d'un rang plus élevé. Nous avons suivi à l'institut de
Londres un cours iïanatomic ; bien que ce cours n'offrît d'au-
tres avantages que ceux qui résultent de l'accroissement des
connaissances, la salle était aussi remplie, l'attention aussi pro-
fonde , que si l'enseignement donné se fût particulièrement
rapporté à la profession de chaque individu. Des cours & éco-
nomie politique ont présenté les mêmes résultats. On a attaché
à ces écoles des bibliothèques de livres choisis que les sous-
cripteurs viennent emprunter ou consulter, et j'ai remarqué,
f3n examinant la liste des livres en circulation, que les ouvrages
élémentaires sur toutes les parties des connaissances usuelles
étaient constamment dans les mains des artisans.
Pour apprécier les motifs qui déterminent ainsi les ouvriers
à se porter en foule à ces foyers d'instruction, après les fatigues
de la journée ; pour évaluer le prix qu'ils atttachent à cet em-
ploi de leur tems et les avantages qu'ils espèrent en retirer, il
n'est point inutile de savoir qu'ils paient une rétribution pour
chacun des cours auxquels ils désirent être admis. Si leur ad-
mission était gratuite, ou si une seule souscription leur ouvrait
l'entrée de tous les cours, ils feraient peut - être moins de cas
d'une instruction acquise à peu de frais ; et à l'imitation des
étudians des hautes classes , ils perdraient le plus souvent leur
tems, au lieu de le mettre à profit par l'étude. Mais , comme
ils paient leur instruction , c'est le besoin d'apprendre seul qui
1rs excite à s'imposer le sacrifice d'une partie de leurs mo- :
diques salaires , des jouissances qu'elle leur eût procurées , et
même des besoins qu'elle eût pu satisfaire.
SCIENCES PHYSIQUES.
Peu de teins après la fondation de ers établissement, pi,-
lier indice de la révolution intellectuel le que nous avons signa
c, nn \ ii paraître une foule d'écrits périodiques surles science
i les arts; nous devons placer an premier rang, à cause de son
idite réel et de l'antériorité de sa publication, le Magasin des
Ttisans [ thr mec hante' s Magazine, voy. llcv. Jùic. , t. \\\l
. i/;\ Ce recueil hebdomadaire donnait, dans chaque cahier,
Dur la somme de 3 pence ( 3occnt. ) iG pages in-8° à deux
donnes. Des savans i\i\ premier ordre ne dédaignaient pas de
•diger ces instructions, et, ce qui n'est pas moins important ,
b répondre aux observations et aux questions des ouvriers ,
icttant ainsi en contact la théorie et la pratique, au grand
Pantage de l'une et de l'autre. Indépendamment du bien pro-
uit d'une manière directe par cette publication elle servit
icorc de modèle à une infinité d'autres écrits du même genre
ni contribuèrent plus ou moins à se rapprocher du grand but
Brs lequel tend notre siècle: la diffusion des connaissances.
Le changement qui se manifesta parmi les chefs d'ateliers et
s simples ouvriers fut prompt et. important. La portion des
miles classes de la société dont l'esprit put s'élever au-delà
es frivolités de la vie fashionable (des gens du monde ) vit
rec intérêt les progrès du peuple ; stimulée par son exemple,
L'ut-étre même redoutant pour l'avenir une comparaison qui
l* pouvait manquer de lui être désavantageuse, elle sentit la
L'cessité d'acquérir des connaissances utiles, et consacra plus
ne jamais à des études graves une partie du tems qu'elle con-
unait naguère dans des lectures oiseuses ou dans de futiles
.'•lassemens. L'attention que les hautes classes accordèrent aux
émeus des sciences peut encore être en partie attribuée à
•x tension prodigieuse et à l'importance que la science des
•chines, et en particulier le perfectionnement de la machine
vapeur, vinrent donner aux manufactures nationales. Leur in-
uencesurla prospérité publique ne pouvait manquer d'exciter
nissamment l'attention des propriétaires fonciers dont la for
me était intéressée à cette révolution. Une curiosité naturelle
; irrésistible suscita de tous cotés des recherches sur les
568 SCIENCES PHYSIQUES.
causes et les applications d'une puissance pouf ainsi dire sans
limites; mais il fallut d'abord se familiariser avec les principes
des sciences. De là, cette multitude d'ouvrages élémentaires
que la presse mit au jour.
Tel était l'état de l'esprit public dans la Grande -Bretagne ,-'
quand M. Brougham publia son Traité sur l'éducation popu-
laire ( voy. Rev. Enc. , t. XXV , p. 727) (1825), dans lequel il .
parla , le premier, d'un projet de Société pour la propagation
des connaissances usuelles. Il est évident, disait-il, que ce qui
manque aujourd'hui à la classe ouvrière pour acquérir de Pins- I
t motion, c'est le tems. Il faut donc trouver pour elle un mode
d'enseignement plus rapide; le plus grand nombre devra se
contenter de ne point dépasser de certaines bornes; mais il faut I
qu'il les atteigne par la route la plus courte. C'est ainsi quel*
dans l'étude de la géométrie, il ne sera point nécessaire de lui
faire parcourir tous les degrés de ce magnifique système qui lie
les vérités les plus générales et les plus éloignées aux axiomes
et aux définitions; il suffira de concevoir les principales pro
priétés des figures. Ne sera-t-il pas également possible d'en-v
seigner la mécanique, sans exiger une connaissance préliminair
aussi parfaite de la géométrie et de l'algèbre que celle qu'on
suppose ordinairement ? Les hommes instruits rendraient donc
un éminent service, en consacrant une partie de leur tems,
soit à composer des traités élémentaires de mathématiques ,
clairs et précis, pour former un raisonnement géométrique et
pour donner une notion suffisante des principales propositions
et de leurs applications, soit à rédiger des traités de philoso-
phie naturelle où les principes de la physique seraient mis à la
portée des lecteurs peu avancés en mathématiques, ou dont
l'instruction ne s'étendrait pas au - delà des formules les plus
simples de l'arithmétique. On aurait tort dépenser que le tems
ainsi employé n'aurait d'autre résultat que de répandre quel-
ques notions élémentaires sur les sciences parmi le peuple, bien
que cet objet seul dût produire les plus grands avantages. Les
idées de la masse du peuple s'élèveraient; ses vues se porte-
raient sur des sujets plus nobles ; et c'est là, si je ne me trompe,
:;
SCIENCES PHYSIQUES. 3Gg
lu but de la plus sublime philosophie, aujourd'hui surtout que
les adeptes des sciences transcendantes ont cessé de jeter des
regards dédaigneux sur la multitude. D'ailleurs, si l'avance-
ment de la science a été de tout tems le but du philosophe , ii
y parviendra plus sûrement, quoique indirectement, en for-
mant des milliers de spéculateurs qui multiplieront les obser-
vations et les expériences. Il serait inopportun de rien enseigner
au-delà des clémcns; car l'élève qui sentira en lui le goût et
l'aptitude nécessaires portera plus loin ses études ; et c'est
ainsi que se multiplieront les hommes capables de faire des
découvertes dans les sciences et dans les arts. Tout professeur
qui aura développé dans un traité simple et concis les doctrines
du calcul, de la géométrie et de la mécanique , au moyen
d'exemples assez bien choisis pour frapper l'imagination, et qui
aura montré leur connexion avec les autres branches des con-
naissances humaines et avec les besoins sociaux, aura certai-
nement acquis le droit de réclamer une grande part dans cette
moisson de découvertes et d'inventions, que ne peuvent man-
quer de recueillir les milliers d'hommes actifs et ingénieux dont
il aura contribué à étendre et à fortifier les facultés intellec-
tuelles et créatrices.
Il est évident qu'une Société obtiendrait des résultats plus
avantageux, que tout ce que l'on peut attendre des travaux
d'individus isolés. Cet objet a été pris en considération , et
l'Angleterre a vu se former dans sa capitale une association
qui se propose de rendre plus faciles la composition et la pu-
blication d'ouvrages utiles, et à bas prix. Pour devenir membre
de celte réunion , il ne faut ni des lalens transcendans, ni mi
savoir profond, ni de grands moyens pécuniaires ; bien que ces
qualités ne soient point sans importance dans une Société de
ce genre, elles ne sont pas indispensables à ses succès.
Le projet de cette Société ne tarda pas eu effet à être mis
a exécution. Plusieurs hommes publics, connus par le zèle qu'ils
avaient montré pour l'éducation du peuple, pour favoriser les
progrès moraux et intellectuels de l'humanité en général, s'as-
socièrent, quelques mois après la publication de Y Essai sur
t. xxxvn. — Février 1828. 2.4
3 :o SCIENCES PHYSIQUES.
/ édacàtién publique , à l'illustre auteur de cet ouvrage. Ils mi-
rent en commun leurs talens et leurs efforts, et formèrent le
noyau de la Société projetée. La détresse commerciale de cette
époque apporta des retards dans les opérations de cette asso-
ciation philantropique ; mais ces délais furent mis à profit pour
discuter et faire connaître au public l'objet et les vues de l'in-
stitution que l'on voulait fonder. Le nombre des membres s'ac-
crut rapidement, et vers la fin de 1826 on publia le prospectus
qui annonçait la formation de la Société, et qui renfermait son
plan et ses règlemens qu'elle avait eu le tems de mûrir et de
perfectionner.
Ce plan d'instruction publique et populaire est sans contre-
dit le plus vaste que Ton ait jamais conçu , ou du moins qui
ait jamais été exécuté. L'objet de la Société est clairement ex-
primé et strictement compris dans le titre qu'elle s'est donné :
elle veut répandre des connaissances utiles à toutes les classes;
et pour atteindre ce but, elle publie périodiquement des traités
à la portée de tous les lecteurs sur toutes les parties de ces
connaissances, sous la direction et avec la sanction d'un comité
supérieur.
Chaque traité doit contenir l'exposé sommaire des principes
fondamentaux de la science à laquelle il est consacré , les
preuves et les éclaircissemens nécessaires pour donner une
instruction solide, les applications pratiques des principes et
des théories que l'on a exposées; enfin, l'explication des faits
et des apparences souvent trompeuses. Le comité chargé de
faire composer et de publier une suite de traités méthodiques
pour l'instruction commune du peuple, a commencé par dé-
terminer toutes les divisions et les subdivisions dont le savoir
humain paraît susceptible. Il a désiré que chaque partie con-
stituante d'une science pût devenir le sujet d'un traité distinct,
précis et substantiel. Dans les cas où l'importance des matières
traitées exigerait de plus grands développemens, on ajoute au
iraité principal un traité supplémentaire d'une étenduesuffisante.
Chaque traité doit être renfermé dans les limites de 32 pages
grand in-8°, à deux colonnes, contenant a peu près autant de
matières que 100 pages ordinaires in-8° , et ornées de gravures
SCIENCES PHTSJQ1 ES. I71
en bois i insérées dam le texte. Le pi i v de chacun des traités
est li\r à 6 pences ou Se centimes environ, et il en paraît un
régulièrement !<• i" el le ïB de chaque mois: si l'on arrive à
une gronde distribution de ces ouvrages, on pourra les fournir
à un prix encore j > I n s bas.
[le! sujets choisis par la Société comprennent toutes les
branches de la philosophie naturelle, les mathématiques pures,
leurs applications à la pratiqué, les arts utiles, des extraits
succincts et elairs des principes de lSKWTON,de son optique,
de la mécanique céleste de Laplace, du novum organum de
Bacon, de son traité de àugfhentîs seie/itianun. Toutes les sub-
divisions de la philosophie intellectuelle, de l'éthique, de la po-
litique, seront successivement traitées, ainsi que l'histoire des
sciences, des arts , des nations et des hommes les plus célèbres.
Plus on examine ce plan, et plus on admire la grandeur du
projet, la sage distribution des détails. Chaque traité sera pré-
cisément ce qu'il doit être pour une instruction populaire; court
et précis, il peut être lu aux heures des loisirs journaliers , et
cette lecture instructive et attachante remplacera, avec d'im-
menses avantages, les délassemens souvent dangereux dans
lesquels ces heures de loisirs étaient dissipées : écrit d'un style
simple et familier, il est adapté à l'intelligence des hommes
qui n'ont point reçu d'éducation première; appuyé sur des
exemples et rempli d'applications aux faits et aux phénomènes
les plus ordinaires, il sera facilement compris et lu avec in-
térêt. Son objet spécial étant traité à fond, le lecteur aura la
satisfaction d'acquérir une instruction complète sur une branche
quelconque des connaissances humaines. Enfin la modicité ex-
trême du prix permet aux hommes les moins favorisés parla
fortune de se procurer les traités qui leur conviennent , sans
s'imposer aucune privation sensible.
La main qui avait créé cette immense machine d'avance-
ment intellectuel , moral et social , fut aussi celle qui lui donna
!e mouvement, et le premier traité qui parut sortit de la plume
de M. Brough un, son Discours sur le but, les avantages et 1rs plai-
sirsde la teiertee (voy. liée. Ene., t. XXXIV avril 1827; p. 1 ',o\
24.
3-2 SCIENCES PHYSIQUES,
servit d'introduction à la série des traités sur les sciences
physiques par lesquels la Société devait commencer i'exécu-
lion de son plan. L'auteur établit les grandes divisions du
savoir humain: il développe la nature et l'objet des mathéma-
tiques pures, l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre , puis, les
diverses branches de la philosophie naturelle; et c'est tou-
jours avec bonheur qu'il trouve et décrit les applications les
plus frappantes de ces sciences aux besoins et aux usages de
l'homme vivant en société.
Dix autres traités suivirent bientôt ce discours d'introduc-
tion t il nous suffira d'en mentionner ici les titres : i° Hydro-
statique. 2° Hydraulique. 3° Pneumatique. 4° De la chaleur.
5° Mécanique. ier traité; Des agens mécaniques. 6° 2e traité;
Éiémens de la science des machines. 70 3e traité; Du frotte-
ment et de la raideur des cordes; 8° De la mécanique animale.
90 Extrait du Novuni organum. io° Optique.
Tous ces traités sont en général assez bien adaptés au but
que nous avons indiqué. Les principes de la science sont expo-
sés avec une grande clarté, dans un style très-simple et cepen-
dant toujours pur; tout en présentant les méthodes et les
applications les plus à portée de la masse des lecteurs, on
reconnaît à chaque page les maîtres de la science. Nous appre-
nons que quelques-uns de nos plus illustres savans coopèrent
aux différentes parties de cet important ouvrage.
La circulation ou le débit de ces traités est peut-être la
meilleure preuve qu'on puisse donner de leur utilité; car si
le peuple les achète, il les lit; s'il continue à les lire, c'est
qu'il les comprend ; et la société a atteint son but. Or, nous
savons que trente mille exemplaires du premier traité ont été
vendus dans l'espace de quatre mois ; c'est une preuve sans
réplique que la population de la Grande-Bretagne a senti la
force des argumens, et l'importance des conseils développés
dans l'éloquent discours de M. Brougham. Il est évident que
l'esprit de la nation était bien préparé pour recevoir la masse
de connaissances que lui ont successivement apportées les autres
traités élémentaires.
SCIENCES HlYMol ES. > I
La publication de chacun d'eux esl suivie «l'une demande
immédiate de quinze mille exemplaires , el le débit des exem-
plaires restant continue encore avec rapidité. On peut rai-
sonnablement évaluer à quarante ou cinquante mille le nombre
«les lecteurs.
Nous félicitons la nation anglaise de l'abondance et de la
variété des richesses intellectuelles qui lui sont offertes par
celte voie, et de l'occasion nouvelle qui est fournie à tout
homme intelligent et laborieux de s'instruire et de s'élever
dans l'échelle sociale, en se distinguant dans la profession qu'il
exerce. Nous la félicitons aussi d'avoir su apprécier et mettre
à profit cette institution bienfaisante, et d'avancer d'un pas
rapide et sûr dans la carrière des améliorations. Nous signa-
lons ce grand exemple à l'attention du monde civilisé, a celle
des amis de l'instruction, et des pei fectionnemens en tous
genres. Cet appel sera sans doute entendu, et la France, où
l'on sait à la fois comprendre et agir, saura surtout y ré-
pondre (i). D. L a.
(i) Le vœu philantropique de notre savant collaborateur et cor-
respondant , auteur de cet article , est déjà rempli. Grâce à l'activité
infatigable, et à la noble persévérance des fondateurs et des membres
les plus zélés de la Société pour l'amélioration de l'instruction élémentaire ,
qui ont introduit et fait prospérer en France Y enseignement mutuel ;
grâce aux généreux et constans efforts de M. Charles Dupin, qui de-
puis plusieurs années a réussi à faire sentir par ses écrits , par sa cor-
respondance, par son exemple, et par le cours qu'il a ouvert gratui-
tement , toute l'importance de Y enseignement industriel, adopté mainte-
nant dans la plupart de nos villes les plus populeuses , l'instruction
primaire et commune pour les enfans des classes pauvres , l'instruc-
tion industrielle et pratique, rendue populaire pour les adultes dans
les classes ouvrières et laborieuses , permettront bientôt à la France de
ne plus rien envier en ce genre à l'Angleterre. Ces deux grandes na-
tions, destinées à mareber, pour ainsi dire, à la tête de la civilisa-
tion humaine, n'auront plus entre elles d'autre rivalité qu'une ému-
lation salutaire et féconde pour se distinguer à l'envi dans les vastes
carrières de l'instruction populaire , de l'industrie et du bien public.
M. A. J.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Le petit Producteur français, par le baron Charles
Dupin, membre de l'Institut (i).
L'auteur de cet ouvrage l'a dédié à l'un de ses collègues à
Tlnstitut, M. le comte Daru , pair de France. Quoique les
épîtres dédicatoires soient ordinairement étrangères au sujet du
livre , et sans intérêt pour les lecteurs , il ne sera pas inutile
de nous arrêter un moment à celle-ci.
Lorsque M. Dupin aura terminé l'œuvre qu'il a commencée
et poursuivie avec un courage si digne d'éloges , il lui sera
permis de se reposer, de contempler ce qu'il aura fait, d'ob-
server les mouvemens de l'immense organisation dont il a pré-
paré le développement. Mais il reste encore beaucoup à faire;
et, puisque c'est un grand bien qu'il s'agit d'obtenir, il faudra
surmonter des obstacles, appeler des secours, réunir toutes
les forces, et ne rien perdre de leur action. M. Dupin a dû
prévoir qu'on lui ferait acheter le bonheur d'avoir servi l'hu-
manité et sa patrie : les opinions qu'il heurtait , certains in-
térêts qu'il ne devait point ménager, quelques passions peu
généreuses que toute célébrité offusque, l'ont assailli de con-
cert, et il a eu le sort commun à tous les fondateurs d'entre-
prises grandes et difficiles , consacrées au bien public. L'armée
et les alliés de l'obscurantisme ont attaqué l'auteur à cause du
livre, tandis que d'autres ennemis attaquaient le livre à cause
de l'auteur. M. Dupin était ainsi dans la nécessité de ne pas se
présenter seul à un combat où ses adversaires ne se piqueraient
point de loyauté; mais il n'a pris qu'un seul témoin, et tous
(i) Paris , 1827 ; Bachelier. 5 vol. pet. in- 12 , d'environ 100 pages ;
prix de chaque volume , 75 centimes.
SCIENCES MORALES. '-: »
fa Français conviendront i ainsi que les étrangers , qu'il ne
pouvait faire, un meilleur choix.
I,e /V//7 Producteur1 est di\isé eu cinq livrets , dont retendue
Q9l à peu près la même. Le premier présente , dans le cadre le
plus étroit qu'il a été possible d'admettre , le tableau général
du propres des forces productives et < .ommcrciales de la France ;
dans le second , l'auteur a résumé les notions les plus utiles
aux petits propriétaires cultivateurs ; le troisième est consacré
au\ petits fabricans et aux artisans ; le quatrième est destiné
aux petits conimereans ; et enfin, le cinquième, aux simples ou-
vriers. Avant d'entrer dans aucun détail sur chacun de ces
ouvrages , essayons d'éclaircir et de fixer nos idées sur la nature
et le caractère propre des livres populaires.
Si nous savions bien ce que c'est que le peuple, nous ne man-
querions pas d'écrivains dont la plume se conformerait au
goût et aux besoins de celte classe de lecteurs. Mais il est peu
d'hommes qui aient pris la peine d'étudier cette partie de la
population; plus elle s'éloigne des formes de l'homme façonné
par l'éducation , moins on s'attache à la connaître; et cepen-
dant on prononce sans hésiter sur le degré d'intelligence dont
elle est capable, sur sa moralité , ses droits sociaux , ses des-
tinées. On se mêle de régler la quantité d'alimens intellectuels
qui convient à son tempérament ; et, si l'on en croyait certains
docteurs, elle finirait par mourir d'inanition, si la nature de
l'âme humaine pouvait dégénérer, comme les forces et l'organi-
sation physiques. C'est pourtant ainsi que la plupart des auteurs
d'ouvrages populaires ont conçu ce qu'ils nomment le peuple :
c'est ainsi que le conçoivent presque tous les gouvernemens et
le vulgaire des législateurs. Aux yeux du philosophe, le peuple
est la nation; et, lorsqu'il s'agit d'instruction, tout ce qui est
capable de penser, et par conséquent d'apprendre , forme le
peuple , ou si l'on veut, la nation ; car ces deux mots peuvent
être substitués l'un à l'autre sans inconvénient. L'usage ordi-
naire a dégradé le mot peuple ; on ne l'emploie que pour dési-
gner la foule sur laquelle on laisse tomber des regards de
protection ou de mépris. D'un autre côté, depuis nos tour
3-6 SCIENCES MORALES.
mentes révolutionnaires, le mot national devenu suspect:
comment donc s'exprimer, et de quels termes est-il encore
permis a la raison de faire usage ? Quoi qu'il en soit, lorsque
l'on veut instruire des hommes, et non des enfans, qu'on ne
s'amuse point à des contes; qu'on aille droit au fait, qu'on
épargne un tems précieux, soit pour le travail, soit pour le
repos, après les (alignes de la journée. Le paysan qui sait lire
et qui est capable d'observer ce qui se passe autour de lui
est-il donc sans idées? Écrivains, qui cherchez à vous meltre à
sa portée, montez, si vous le pouvez, au lieu de descendre;
il sait peut-être plus que vous, et mieux que vous.
En général, l'homme du peuple pour lequel on fait un livre
doit être traité comme tout autre lecteur, car son intelligence
n'a rien qui la distingue de celle de l'homme placé plus haut
dans la hiérarchie sociale. C'est ainsi que M. Dupin conçoit
l'enseignement populaire , soit dans ses cours et dans les ou-
vrages qui en sont la rédaction, soit dans le Petit Producteur
français. On ne sera donc point surpris que son premier livret
soit un tableau statistique composé pour les hommes les plus
instruits, accoutumés par de longues études à généraliser les
faits et les observations : il suffit, pour tout comprendre dans
cette série de faits, de raisonnemens et de calculs, d'avoir l'es-
prit juste, et d'être attentif. Si l'on considère en elle-même
cette partie de l'ouvrage de M. Dupin , on trouvera peut-être
que notre situation y est présentée sous des couleurs trop bril-
lantes; que, si la France était aussi prospère au-dedans et au-
dehors , le malaise que l'on y ressent partout serait tout-à-fait
inexplicable. Quelques personnes promptes à s'alarmer, quand
il s'agit des plus chers intérêts de la liberté, auraient voulu
que l'auteur n'employât pas le mot àe journalisme dont le sens ,
nécessairement vague , indéterminable , convient beaucoup
mieux aux partis qu'à la raison, Les passions malveillantes ont
soin de multiplier ces dénominations ; ce sont des fantômes
qu'elles savent faire mouvoir dans les ténèbres, mais qui ne
supportent pas la clarté du jour. Le journalisme , puisqu'il faut
en parler encore, cet épouvantail dont certaine faction a la
SCIENCES MORALES. V;
maladresse de contiuuer l'essai, ne méritait pas l'honneur
d'être nommé dans ce livret.
Les observations de l'auteur sur les effets de Renseignement
mutuel contribueront sans doute à multiplier les partisans de
Cette excellente méthode d'instruction ; mais elles redoubleront
l'aniinosite de ses adversaires, la véhémence des persécutions
qu'elle éprouve. Comme cette lutte ne pouvait être évitée, on
ne regrette point que les forces se rassemblent de part et d'au
tre , et qu'une bataille décisive s'apprête : tout fait augurer que
la victoire sera fidèle à la cause de l'humanité.
X. Dupin rend justice à notre littérature, image fidèle des
mœurs publiques. Une expérience assez long-tems continuée
fait voir que ces mœurs se forment aujourd'hui sous l'influence
îles lumières, sans que d'éminens exemples y aient une part
remarquable. A l'avenir les cours pourront être tout ce qu'elles
voudront ; estimables, si elles veulent être estimées , futiles ou
dissolues , comme elles le furent quelquefois : mais les nations
ne chercheront point à les imiter; le tems n'est peut-être pas
loin où les cours se laisseront entraîner elles-mêmes, et se sou-
mettront avec sagesse au pouvoir de l'opinion.
Le premier livret était dédié à l'un des historiens modernes
les plus judicieux ; le second a paru sous les auspices d'un ver-
tueux prélat : nous imiterons à regret la discrétion de l'auteur
qui ne l'a point nommé. Ce livret est à l'usage de l'homme des
champs, petit propriétaire ou même fermier. Que de choses à
lui apprendre ! Mais il s'agit encore bien plus de l'élever que
de l'instruire; ce qui est le plus important , c'est qu'il ait une
juste idée de sa position sociale, et des moyens de s'environner
de considération et de bonheur. M. Dupin n'omet aucun de ces
moyens, et les présente dans l'ordre le plus propre à les gra-
ver dans la mémoire, à les faire passer daus les habitudes de la
vie; car c'est là seulement que les préceptes de bon ordre do-
mestique, de prévoyance et de sagesse dans l'administration de
ses affaires, de morale publique et privée, peuvent être utiles ;
ils ne sont pas faits pour être déposés dans un livre que l'on
consulte au besoin. M. Dupin ne se dissimule point que cette
3;8 SCIENCES MORALES.
partie de sa noble entreprise est une des plus difficiles ; qu'il
s'agit , dans la plus grande partie de la France, d'accoutumer à
de nouveaux usages une classe obstinée dans sa routine , de re-
former des hommes isolés, disséminés sur un immense terri-
toire, et sur lesquels on n'a presque point d'action. C'est ici
que l'éducation publique présente à la fois ses avantages et ses
besoins. Avec un commencement d'instruction, l'homme isolé
peut acquérir les connaissances qui lui manquent ; mais, s'il fut
mal élevé, si ses premières années ne furent pas soumises à
l'ordre et mises à profit par un bon emploi du tems, il est bien
rare que l'homme fait, le citoyen, le chef de famille ne conserve
point quelques vices ou quelques travers du jeune homme , à
moins que l'on ne mette à sa portée de bons exemples et d'u-
tiles avertissemens. M. Dupin compte sur les ministres de la
religion dont l'influence peut être rendue encore plus utile , si
elle est aidée par l'autorité des magistrats. Il cite l'exemple mé-
morable du sage Oberlin , bienfaiteur vénéré d'une population
de montagnards dont il adoucit les mœurs, qu'il tira de la mi-
sère en leur apportant des connaissances et de l'industrie. Ces
montagnards, devenus bons par les soins de leur digue pasteur,
furent assez heureux pour le conserver pendant plus d'un demi-
siècle; sa mémoire, consacrée par la reconnaissance, sera traus-
miseà toutes les générations qui se succéderont sur cette terre
qu'il rendit fertile.
Tout est précieux dans ce livret. Si nous pouvions céder au
désir de citer, ce serait peut-être encore une dédicace que nous
mettrions sous les yeux de nos lecteurs : l'auteur a transcrit
celle de l'ouvrage sur le droit à' aînesse par M. Dupin aîné ;
c'est à ses frères que le savant jurisconsulte adresse cet élo-
quent plaidoyer en faveur de l'équité, de la paix et de l'union
des familles.
Le fabricant esfc ordinairement pourvu de quelque instruc-
tion; il semble que son livret pourrait être plus court que celui
du cultivateur. Mais il ne faut pas oublier que chacun des cinq
volumes du Petit Producteur doit être indépendant des quatre
autres, et complet en lui-même. D'ailleurs, quoique l'agricul-
SCIENCES MORALBS. 379
tint- soil incontestablement le premier des arls, le cultivaient
o*eieroe pas une influence directe aussi grande que relie du la
brieanl ; il ne préside pas aux destinées (l'une aussi nombreuse
population; il n'emploie cgtie peu de bras; et quelquefois !<•
travail de sa famille lui suffit pour obtenir des produits très-
abondans. Le fabricant dont l'intelligence et la conduite hono-
rent Sa profession est le chef et l'appui de plusieurs familles ;
autour de lui, et par ses généreux soins, les enfans de ses ou-
vriers reçoivent le double bienfait «l'une instruction complète
pour la profession à laquelle ils se destinent, et d'une éduca-
tion où l'exemple n'est jamais séparé du précepte. M. Dupin
s'est complu à dépeindre ce fabricant, à le suivre dans ses di-
verses occupations, partout où ses qualités estimables trouvent
l'occasion de se développer : et partout le lecteur est amené à
cette conclusion, que le plus honnête homme est celui qui
comprend le mieux ses véritables intérêts. Ajoutons à ce résul-
tat de l'observation une autre vérité par laquelle l'auteur a ter-
miné ce livret , et qui est aussi l'un des précieux fruits de
l'expérience. « Les meilleurs moyens qui mèneront les petits fa-
bricans à la fortune, à l'opulence, produiront l'amélioration du
sort des ouvriers et des ouvrières. »
Au moment où ce troisième volume était prêt à paraître, la
France allait être rendue à l'espérance. L'auteur a dédié son
livre aux électeurs; il y a de l'écho en France, lorsque la
voix de l'intérêt public s'y fait entendre. Ceux qui reconnaî-
traient ici une manœuvre du comité directeur, sont invités à
prendre leur revanche; qu'ils propagent l'instruction, dissipent
les erreurs et leur substituent des connaissances; qu'ils compo-
sent de bons ouvrages populaires; qu'ils obtiennent la confiance
du peuple, en la méritant, les suffrages électoraux ne leur
manqueront point.
Puisque nous parlons accidentellement d'élections, à propos
de- dédicace, intervertissons un moment l'ordre de succession
des livrets. Avant que la rédaction du cinquième fût achevée ,
le département du Tarn avait fait ses choix, et mis au nombre
de ses députés un simple professeur d'ouvriers, suivant l'exprès-
38o SCIENCES MORALES.
sion <le M. Dupin. Ce témoignage d'une haute estime était trop
flatteur pour que le député ne se hâtât point de publier sa re-
connaissance , de reconnaître les devoirs que son nouveau titre
lui impose, et les engagemens qu'il ne craint pas d'y ajouter :
afin d'être bien sûr d'avoir satisfait cà toutes ses obligations , il
veut aller au delà : puisse-t-il avoir beaucoup d'émulés de son
zèle civique !
Le tour des comtîîerçans est arrivé : le quatrième livret leur
est consacré; l'auteur le dédie aux élèves des écoles du, com-
merce établies à Paris, à Lyon et à Bordeaux. Il annonce qu'il
s'attachera principalement à combattre des erreurs accréditées
depuis des siècles, sur les intérêts du commerce. Ces erreurs
sont le système des prohibitions, des monopoles, des privilèges ,
les vieilles doctrines dont l'Angleterre se débarrasse, et que les
hommes à vues étroites accueillent avec respect. « J'ignore si
bientôt les Français adopteront ces principes élevés et généreux
que les Américains du nord ont compris les premiers, que 1rs
Anglais comprennent aujourd'hui : mais j'ai l'intime et ferme
conviction qu'un jour les propriétaires, les fabricans et les né"
gocians français comprendront qu'il n'est rien de plus mutuel
que la prospérité des peuples, des cités et des individus. Nous
apprendrons à nous réjouir , par intérêt pour nous-mêmes et
pour l'espèce humaine en général, de tous les biens nou-
veaux qu'acquerront les nations qui ne sont pas la nôtre, les
villes qui ne sont pas la nôtre, et les hommes qui ne sont pas
nous.
Après avoir prouvé que le commerce paye à peu près le tiers
des impôts supportés par la France, l'auteur demande qu'on
lui consacre des institutions spéciales, et surtout des écoles
pour les petits commerçans. D'après ses calculs, un million pré-
levé sur le budget produirait d'autant plus de bien , qu'il ne
serait pas diminué par le luxe aussi ruineux qu'inutile d'un
grand maître, d'un état-major et de tous les frais accessoires
entraînés par ce faste de pure ostentation. 11 ne nous est pas
possible de transcrire ici rémunération des services que ce mil-
lion bien employé rendrait au commerce, à l'état, à tous les
SCIENCES MORALES. ^8i
Français : et, quand même nous pourrions insérer toutes cea
intéressantes notions, nous devrions peut-être .nous, en abste-
nir; car ce livre) sera bientôt entre les mains de tout le monde,
fauteur y a réuni deux discours qu'il a prononcés en 182G et
1S9.7 , à l'école spéciale de commerce établie à Paris. Dans le
premier, il démontre les avantages de l'application de la géo-
métrie et de la mécanique au commerce; et dans l'autre, il ex-
pose les résultats remarquables de quelques questions commer-
ciales ramenéesà des combinaisons de nombres, à des calculs.
Le cinquième livret est composé de deux discours prononcés,
le premier, en 1826, et le second , Tannée suivante, à l'ouver-
ture du cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts.
Dans le premier, le professeur Tait voir ce que l'on doit at-
tendre d< 'renseignement populaire; il prouve qu'il peut devenir
en peu d'années une source abondante de bonheur pour les
ouvriers, et de prospérité pour la France. Le second discours
preud une couleur plus sombre; JVI. Dupin ne dit plus ce qui
pourrait être, mais ce qui est; il découvredes maux trop nom-
breux et trop réels. Ses remontrances n'ont rien de sévère; il
n'irrite pas les plaies qu'on ne peut guérir que lentement, par
les progrès naturels d'un régime plus convenable à la nature
de l'homme. Les vœux qu'il formait alors ne sont pas encore
exaucés; mais n'oublions pas qu'il s'agit d'instruction, d'insti-
tutions nouvelles, et que les progrès du bien sont toujours lents,
au gré de notre impatience. En attendant que l'esprit d'associa-
tion répande ses bienfaits parmi les ouvriers, et que des écoles
plus nombreuses soient ouvertes à l'industrie, voici des livres
populaires qui vont pénétrer partout, accoutumera lire et à
penser des hommes dont les facultés intellectuelles n'étaient
qu'assoupies : une génération plus intelligente et plus instruite
portera plus haut notre industrie, multipliera ses produits , et
les perfectionnera, M. Dupin n'est qu'à l'entrée de la carrière;
les livrets se multiplieront; et, à mesure qu'ils passeront entre
les mains, de nos ouvriers, nos voisins ne manqueront pas de
les traduire, hommage qu'ils ont déjà décerné à cette première
publication. Que la France recouvre au moins une partie de
382 SCIENCES MORALES.
son ancienne prépondérance; qu'elle soit l'institutrice des na-
tions, et que, grâces aux travaux denossavans, nous servions
dé guides dans toutes les applications des sciences au perfec-
tionnement de l'art social. Ferry*
Du SYSTÈME PÉNAL ET DU SYSTEME REPRESSIF en général,
et de la peine de mort en particulier ; par M. Charles
Lucas , avocat à la Cour royale de Paris : ouvrage
couronné à Genève et à Paris (i).
Il n'est aucune question de morale , de philosophie et de
législation qui offre autant de difficultés à résoudre que celle
delà peine de mort.
Deux principes fondamentaux se présentent lorsqu'on veut
examiner cette importante question. Ils consistent dans la re-
cherche de la légalité et de î utilité de ce terrible châtiment.
C'est dans l'examen consciencieux de ces deux bases du
droit que l'homme s'est arrogé de donner la mort à son sem-
blable , que se sont renfermés les efforts des philosophes et des
publicistes qui ont écrit sur ce grave sujet.
Dans cette cause de l'humanité et de la justice, divers partis
ont été adoptés. Des écrivains célèbres, et parmi eux on trouve
Mably, Montesquieu , /. /. Rousseau et Filangicri, ont pensé
que la peine de mort est dans le droit et le devoir de la société.
D'autres, dans les rangs desquels nous voyons figurer Becea-
ria y Jcrèmie Bentham et MM. Pastoret et Livingston , ont mis
en doute non-seulement sa légalité, mais encore son utilité.
Enfin , quelques uns ont cru que, si la peine de mort est néces-
saire et légitime dans l'intérêt du corps social, du moins son
usage doit être restreint , au seul cas de l'homicide , accompa-
gné des circonstances aggravantes, qui, de nos jours, en-
traînent la peine capitale ehez toutes les nations polieées.
(î) Paris, 1827; Charles Béeliet , libraire. 1 vol. in-8° ; prix, 8 fr.
SCIENCES MORALES. 183
Quelles <|"r soient la diversité des opinions éi 1rs lumières
déjà répandues sui ce vaste <i intéressant smel , il n'en résuite
pas moins qu'il était l'un des plus élevés sur lesquels une
société littéraire ou philosophique pût appeler l'attention des
publicistes; sujet bien autrement util»- à L'avancement des doc-
trines sociales que les questions oiseuses et. décréditées mises
si souvent au concours par les académies officielles et privilé-
giées.
Par une circonstance digne de remarque, tandis que la So~
(/<(('■ de la morale clnrticnnc ouvrait à Paris un concours sur
la peine de mort, un généreux citoyen de Genève, M. de
Su u>\, en annonçait un semblable dans la patriotique inten-
tion de réclamer l'assistance des étrangers qui voudraient se-
conder ses efforts pour hâter l'abolition de ce châtiment dans
son pays.
M. Lucas a eu le double mérite de remporter la palme à
Genève comme à Paris; et c'est de l'ouvrage qui s'est annoncé
sous d'aussi honorables auspices que nous allons entretenir
nos lecteurs.
M. Lucas commence par rechercher quelle est la mission de
la justice humaine, et quelles sont les bases du système pénal
en général et de la peine de mort en particulier.
C'est au développement de cette théorie qu'il consacre la
première partie de son ouvrage, et il arrive à ce principe, que
« Péchafaud ne peut se maintenir au nom de la justice pénale ,
parce que la justice humaine n'a point à s'occuper de pénalité. »
Cette proposition nous paraît renfermer une grave erreur.
Elle a conduit M. Lucas à cette conclusion : que la société ne
doit exercer qu'une justice de convention ; en d'autres termes ,
qu'elle réprime et ne punit pas.
Non, sans doute, la société ne peut empiéter sur les droits
de la justice divine; elle s'arrête là où son pouvoir ne saurait
s'étendre sans usurper une portion de la puissance du Créa-
teur. Ainsi, nous concevons parfaitement que l'on proclame
absurdes et iniques les supplices exercés sur le cadavre (Vun
malheureux qui a cru pouvoir attenter à ses jours. Ici aucun
384 SCIENCES MORALES,
dommage réel n'est venu troubler la société dans son exis-
tence. Nous concevons également que des voix généreuses
s'élèvent avec indignation contre les lois qui ont pour but de
venger la Divinité dans les outrages qu'on suppose lui être
faits.
Mais nous ne pouvons, partant de ce principe, arriver,
comme M. Lucas, à cette conséquence, que la société n'exerce
qu'une justice de convention et qu'elle n'a point à s'occuper de
pénalité.
Ces derniers termes même nous paraissent vides de sens.
Nous ne croyons pas, en effet, que l'auteur aille jusqu'à dire
que les crimes et les délits dont certains individus se rendent
coupables doivent rester sans répression. Or , nous ne con-
naissons pas, dans le langage légal, la différence qui pourrait
exister entre une répression et une peine, surtout depuis que
les lumières d'une saine philosophie ont fait écarter de cette
dernière qualification toute idée de vengeance brutale. Une
peine étant donc infligée dans le but, d'abord de défendre
celui qui en est frappé contre la tentation de renouveler l'ac-
tion qui la lui a méritée, et ensuite de donner un salutaire
exemple aux autres membres du corps social qui voudraient
l'imiter , il en résulte que, toutes les fois qu'il y a peine , il y
a répression, c'est-à-dire effort de la société pour prévenir les
progrès d'un exemple dangereux; et en second lieu, que
toutes les fois qu'il y a répression, il y a peine, puisque la douleur
morale ou physique qui la constitue a été le moyen reconnu in-
dispensable pour arrêter la contagion du vice.
C'est donc, nous le répétons, une erreur grave que celle
dans laquelle est tombé M. Lucas, lorsqu'il a cru devoir avancer
que la justice humaine n'a point à s'occuper de pénalité.
Mais il ne faudrait pas croire que ce principe contre lequel
nous nous élevons ait été jeté en avant par l'auteur, sans qu'il
ait pris à tâche d'en motiver l'adoption.
Douze chapitres sont consacrés au développement de ce
système, et M. Lucas y recherche la nature de l'homme, les
caractères qui le distinguent des autres êtres animés, les con-
SCIENCES MORALES,
dirions de son existence , l'origine et le but dos sociétés; enfin ,
il v traite d'une foule de théories de philosophie et de morale.
Abordant l'examen de cette question: «La peine de mort
est -elle, dans les mains de la société , l'arme d'une légitime
défense ? » 1 /auteur arrive à la solution négative de cette ques-
tion par ce singulier raisonnement : «Quand la société dresse
l'échafaud, l'assassin a été arrêté, -enchaîné, interrogé, jugé,
condamné. Toutes ces conditions ont dû être préalablement
remplies; et cependant, quelque nombreuses qu'elles soient
celle sur laquelle repose l'exercice du droit légitime de dé-
fense , le péril, ne s'y rencontre pas; et il y a mieux , l'idée
même a du en être écartée comme ne devant point influer sur
le coup qu'elle va porter.»
Ainsi, d'après M. Lucas, la société, dont il fait sans doute
Un être homogène , agissant immédiatement et par une seule
impulsion comme l'un de ses membres isolé , n'intervenant,
pas aussitôt que le crime qu'elle punit de mort a été commis ,
et ne se mesurant pas corps à corps contre le coupable, ne
peut dire qu'elle emploie ce châtiment comme arme d'une lé-
gitime défense.
Nous avons peine à concevoir comment M. Lucas n'a pas
vu, dans la métaphore qui représente la société, lorsqu'elle
frappe de mort l'un de ses membres, comme faisant un acte
qui contribue à sa propre défense, une fiction purement mo-
rale, et que l'on ne saurait prendre à la lettre dans le langage
judiciaire.
Qu'ont voulu dire les publicistes qui ont invoqué comme
argument favorable à la légalité et à l'utilité de la peine de
mort , la nécessité d'infliger le plus terrible châtiment qui fût
entre les mains de l'homme, pour réprimer les actions qui at-
tentent à l'existence et à la sûreté du corps social entier, ou de
l'un de ses membres pris isolément ?
Ils ont entendu établir le principe que quiconque commettait
un acte de nature à causer la dissolution du corps social entier,
comme un complot contre la sûreté de l'État, ou portait un
t. xwvii. — Février 1828 a5
386 SCIENCES MORALES.
fer homicide dans le cœur de son semblable, méritait d'être
privé de la vie; et pour rendre leur pensée d'une manière plus
nette et plus sensible, ils personnifiaient la société et disaient
qu'en prononçant la peine de mort elle ne faisait que se dé-
tendre contre ceux qui lui avaient porté atteinte.
Nous savons qu'il existe d'excellens argumens pour montrer
que, dans la première hypothèse, la peine de mort peut être ou
exorbitante ou inutile. Nous savons également que l'on peut,
même dans le cas de l'homicide accompagné de toutes ses
circonstances aggravantes, opposer à cette peine des argumens
non moins clairs et revêtus de toute l'apparence de la raison.
Mais c'est la première fois que nous voyons employer contre
une simple figure de rhétorique qui, au fond, cache une vérité
suivant nous incontestable, toutes les garanties imaginées pour
la plus équitable distribution de la justice.
M. Lucas termine les conclusions de sa première partie par
le passage que nous allons citer textuellement pour donner une
idée de sa manière et de la forme sous laquelle il développe
ses différens raisonnemens.
On a vu que l'auteur a employé toute la première partie de
son travail à démontrer cette maxime à laquelle on ne saurait
refuser le mérite de la nouveauté : que la justice humaine ne
doit point s'occuper de pénalité, et que la société réprime, mais
ne punit pas.
«Après avoir étudié et compris l'homme et la société, ajoute-
t-il, car il fallait connaître les termes avant d'arriver aux rap-
ports ; après avoir ensuite examiné les rapports de coexistence, et
les rapports de moralité qui pouvaient s'établir entre eux,
c'est-à-dire la justice de conservation et la justice pénale, nos
conclusions n'ont pas seulement eu pour commun résultat l'abo-
lition de l'échafaud, mais de plus l'indication de la liberté
humaine comme contenant pour l'ordre social toutes les garan-
ties, et pour la justice purement répressive tous les moyens
de répression.
«De toutes parts, en effet, dans nos naïves recherches,
nous avons senti la répression comme idée de justice , et la
SCIENCES MORALES. ->,S7
liberté comme moyen, s'opposer el se substituer à la pénalité <i
■i l'échafaud ; <le sorte que, dans notre marche agressive , après
avoir détruit nu système, nous nous trouvons en avoir fonde
on antre , on plutôt il est sorti de lui- même de l'a'uvre de notre
destruction. A peine l'échafaud est-il brisé par nos mains, que
nous trouvons la liberté humaine assise sur ses débris, et s'of-
frant généreusement de faire régner la justice, sans avoir besoin
d'un sceptre ensanglanté, s
Tonte la deuxième partie de l'ouvrage de M. Lucas, se com-
pose de huit chapitres et d'une conclusion; elle traite de la rc-
pression en général et de la peine de mort en particulier.
Sons le nom de justice de prévoyance, l'auteur établit très-
bien que les gouvernemens doivent, par la moralité de leurs
actes, donner de bons et salutaires exemples aux peuples qu'ils
régissent. C'est là certainement le plus équitable et le plus sûr
moyen préventif qui puisse exister.
Mais il est une condition première et indispensable sur la-
quelle M. Lucas insiste avec une justesse parfaite. Nous vou-
lons parler de l'enseignement élémentaire qui peut seul mettre
les peuples à même de bien comprendre la moralité des actes
<le leurs gouvernemens respectifs.
Pour mieux faire saisir notre pensée, nous prendrons
l'exemple de notre pays.
En France, la moitié de la population environ est dénuée
de toute espèce d'instruction. Or, quel résultat avantageux,
sous le point de vue moral , pourront tirer de l'abolition de la
traite des nègres, les paysans ignares qui végètent dans les
bruyères de la Bretagne, ou sur les montagnes de la Lozère.
Cependant, M. Lucas remarque, avec vérité, que l'abolition
de la traite des nègres est un fait qui honore le gouvernement.
Il en serait ainsi de l'accomplissement des mesures libérales
que les philantropes appellent de tous leurs vœux.
Après avoir indiqué les moyens qui concourent, selon lui,
ù la justice de prévoyance, M. Lucas arrive à ce qu'il appelle
la vertu préventive de la crainte dans la menace, expressions
que nous traduirons ainsi : des effets produits dans le cœur
368 SCIENCES MORALES.
ùe l'homme par l'indication du châtiment auquel il s'expose
en commettant une action punie par la loi.
Le principal argument de l'auteur consiste à prouver que la
certitude ou du moins la probabilité de la mort n'est pas assez
puissante pour empêcher un homme de commettre un crime
qu'il médite.
M. Lucas emploie ici un raisonnement dont on avait fait
usage avant lui. Il consiste à rappeler, non pas, comme il le
dit, que les progrès de l'industrie ont ouvert aux hommes une
foule de professions pleines de périls, car il semblerait que les
progrès de l'industrie auraient dû tendre, au contraire, à
dégager ces professions des dangers dont elles étaient jadis
environnées, mais à constater ce fait incontestable qu'il est
plusieurs états dont l'exercice a pour effet de compromettre
gravement l'existence et la santé de ceux qui s'y livrent. D'où
l'on tire la conséquence que, si beaucoup d'hommes consentent
volontairement à exposer leurs jours, ou à réduire leur vie de
moitié, moyennant un modique salaire, la crainte de la mort
n'est pas tellement inhérente à la condition humaine qu'une
foule d'individus puissent être détournés d'exécuter un crime
par celte unique considération qu'ils risquent d'être envoyés à
l'échafaud s'ils sont découverts.
Nous répondrons à cet argument, spécieux en apparence,
que parmi ces professions dangereuses il en est quelques-unes,
telles que l'état militaire, qui offrent à ceux qui les ont em-
brassées une compensation suffisante dans la gloire résultant
des chances mêmes qu'on y court. Les autres ne présentent pas
un péril assez imminent pour que le gain honorable que pro-
cure toujours le travail soit empoisonné par l'idée que les
hommes laborieux qui les exercent abrègent ou exposent leurs
jours.
Comment donc comparer à la profession du soldat qui dé-
fend son pays sur les champs de bataille, et de l'artisan qui
fait vivre sa famille du produit d'une industrie quelquefois
périlleuse, le scélérat toujours prêt à se plonger dans le sang?
Il en est, nous le savons, qui ont tellement étouffé le sentiment
SCIENCES MORALES. 58^
moril placé par le ("iratcur dans la conscience de lou* les
hommes, que la vie <>u la mort est pour eux la même chose.
Ta question de savoir si le nombre de ces eues dégradés
n'augmenterait pas par suite de l'abolition de la peine capi-
tale est loin à nos yeux d'être résolue. Mais , quoi qu'il eu
soit, nous osons croire qu'il est des hommes prêts à s'engager
dans la carrière du crime, et qui s'en écartent, moins par la
conviction intime qu'ils violeraient toutes les lois divines et
humaines, que par la terreur que leur inspire l'écbafaud et la
Certitude de vouer leur mémoire à une éternelle infamie.
M. Lucas présente encore cet argument déjà invoqué en
faveur de son opinion, et qui consiste à dire que les juges ou
les jurés se refusent souvent à constater la culpabilité d'un in-
dividu, pour ne point l'envoyer à la mort.
Sans doute c'est une absurdité judiciaire que de ne pas me-
surer avec toute l'exactitude possible l'étendue du châtiment
sur la culpabilité réelle de l'action; et, s'il nous était permis
de nous citer nous-mêmes, nous rappellerions ici ce que nous
avons dit autre part : «Multipliez les châtimens barbares, et
alors vous tombez dans le double inconvénient ou de faire
éluder la loi, si le juge conserve quelque sentiment d'huma-
nité, ou de dépraver la société en l'accoutumant au spectacle
des supplices (i). »
Mais il est un juste milieu auquel tout législateur éclairé doit
tendre; et, lorsqu'il aura été assez heureux pour y arriver, on
peut affirmer que les crimes ne resteront point impunis, et
que d'un autre côté le spectacle réitéré des supplices ne vien-
dra pas abrutir des populations altérées de sang.
Après avoir déduit les motifs qui doivent, d'après lui, faire
abolir la peine de mort, M. Lucas arrive, dans sa troisième
partie, à rechercher et à établir «par quelle combinaison de
garanties répressives, réunissant toutes les conditions de jus-
tice et d'efficacité, la peine de mort en particulier et le sys-
(i) Réflexions sur les lois pénales de France et d'Angleterre , pag. fi 4.
(Voy. Bev. Enc, t. XXIII, pag. 58.)
3go SCIENCES MORALES.
tème pénal eo général auquel elle se rattache doivent être
remplacés. »
La conséquence de toutes ses théories serait de remplacer
les peines des divers codes criminels par une échelle qui a
pour base un an de réclusion et pour hauteur vingt-cinq.
Cette échelle ne doit avoir que cinq degrés, savoir: 25 à 20,
20 à i5, i5 à 10, ioà5, 5 à 1.
Il est vrai que M. Lucas voudrait que la justice eût le droit
de placer entre ces cinq degrés autant de degrés intermédiaires
qu'elle en aurait besoin; et de plus qu'elle fût appelée à opérer,
non-seulement entre le maximum et le minimum de chaque
classification, c'est-à-dire entre 25 à 20, 20 à i5, etc., mais
surtout l'ensemble de l'échelle, c'est-à-dire entre 25 et 1.
Ainsi, l'auteur rejette de son système pénal toute peine à
perpétuité.
Ici encore nous ne saurions embrasser son opinion.
Adoptant pour un moment ce principe que la peine de
mort est illégale et inutile, du moins voudrions-nous la rem-
placer par un châtiment qui fût à la fois une leçon rigoureuse
pour le criminel et un avertissement efficace pour tous ceux
qui seraient tentés d'imiter son dangereux exemple.
Or, une séquestration limitée, pour une action placée au
plus haut degré de l'échelle de criminalité, serait, nous le
craignons, insuffisante pour atteindre ce double but.
N'y aurait-il pas aussi une sorte d'imprudence coupable à
rejeter dans le sein de la société le membre indigne qui l'aurait
affligée par le spectacle de l'un de ces crimes atroces dont nous
sommes trop souvent les témoins.
Supposons que l'un de ces sombres frénétiques qui ont épou-
vanté le monde par d'horribles forfaits n'ait été condamné
qu'à un emprisonnement de vingt-cinq ans. Supposons en
même tems qu'il n'ait eu que cet âge, lorsqu'il a commis le
crime; faudra-t-il , à l'expiration de sa peine, qu'il vienne
braver pendant de longues années encore la famille qu'il aura
plongée dans une éternelle douleur, en frappant d'une main
inhumaine un père, un époux, un ami.
SCIENCES MORALES. 3oi
Nous le croyons sincèrement, le meilleur moyen d'amener
d'utiles réformes dans la législation pénale n'est pas de récla-
mer nue sorte d'impunité pour remplaeer un système dont
nous sommes loin de nous dissimuler tous les vices. Riais c'est
à la lueur du Qambean de l'expérience que nous voulons qu'on
procède en une aussi grave matière.
Aussi loi mous- nous des vœux, ardens pour que la peine de
mort soit abolie bientôt dans de petits États, tels que la Loui-
siane et le canton de Genève. Nous sommes persuadés, en
elfct , que, dans l'intérêt même de la cause à laquelle nous nous
glorifions d'appartenir, quoique nous puissions ne pas adopter
tontes les opinions de ceux qui y sont aussi engagés, il est à
désirer que l'on fasse l'application des nouvelles théories de
jurisprudence criminelle dans des contrées dont le peu d'é-
tendue permettra d'en mieux apprécier les effets.
C'est dans des États de ce genre que l'on a essayé d'abord le
régime disciplinaire des prisons. Lausanne, Genève et diverses
provinces des États-Unis ont adopté ce régime salutaire, et
commencent à en recueillir tous les bienfaits. Espérons que
nous ne tarderons pas à voir l'application de cette voie de
réforme introduite dans nos nombreuses maisons de répression
et de correction qui, dans leur état actuel, loin d'offrir aux
détenus les moyens de revenir à de meilleurs sentimens, ne
sont pour eux qu'une école d'immoralité et de vices.
La troisième partie renferme de nombreux et intéressans
détails sur le système disciplinaire que l'auteur préfère, avec
raison , à la déportation réclamée cependant par quelques
bons esprits.
Ici nous éprouvons une vive satisfaction à donner à cette
partie du travail de M. Lucas tous les éloges qu'elle nous
parait mériter. Nous savons qu'il est dans l'intention de pu-
blier incessamment une traduction du Code disciplinaire de
M. Livingston. Nous ne saurions trop l'engager à tenir le plus
tôt possible sa' promesse; ses efforts, joints à ceux, du célèbre
jurisconsulte américain, ne pourront que hâter le progrès des
saines idées sur cet important sujet.
39* SCIENCES MORALES.
Nous avons pu nous élever contre quelques-unes des doc-
trines de M. Lucas; mais nous mériterions de justes repro-
ches, si nous ne nous empressions de déclarer que son ouv.rage
est du petit nombre de ceux qui font penser. Nous regrettons
sans doute que la forme en soit aride , et qu'il ait enveloppé
ses idées des nuages d'une métaphysique aujourd'hui fort en
vogue. Il faut avoir étudié son langage pour le bien saisir, et
nous avons peine à comprendre un style hérissé de mots aussi
harmonieux et aussi clairs que ceux-ci -.Répression avcrsive ,
intentionalité , nuisibilité y etc. Ce qui rend les ouvrages de ce
genre véritablement utiles ,. c'est la précision et la lucidité de
la pensée et de l'expression. Tel est l'un des principaux mé-
rites qui ont valu tant d'influence aux livres de Montesquieu y
de Bcccaria et de M. Livingston. Nous sommes persuadés que
M. Lucas aurait mieux atteint son but honorable s'il eût donné
une forme plus attrayante à son savant écrit.
Maintenant que la partie la plus pénible de notre tâche est
remplie, iLest de notre devoir de compléter les éloges que nous
avons déjà donnés à l'ouvrage qui nous occupe. Nous croyons
qu'il est de nature à fournir de nouveaux et puissans argumens
en faveur de l'abolition de la peine de mort. En effet, M. Lucas
a rassemblé une foule de faits curieux qui ne peuvent que for-
tifier plusieurs de ses raisonnemens ; et nous sommes d'autant
plus disposés à louer l'utilité de ses recherches qu'une sem-
blable méthode nous paraît peu ordinaire dans l'école philo-
sophique à laquelle il appartient.
Le volume est terminé par les rapports de MM. Charles
Renouard et de Chateauvieux. Le premier a été fait au nom
de la Société de la morale chrétienne , et le second au nom du
jury chargé par M. de Sellon de décerner le prix qu'il avait
offert au meilleur mémoire en faveur de l'abolition de le peine
de mort.
M. Renouard a analysé , avec une grande précision , les
divers ouvrages envoyés au concours de la société dont il
était le digne organe. Le passage suivant nous a surtout frappé
par son extrême justesse.
SCIENCES MORALES.
En ^'adressant à-ses collègues, il leur dit : « Une accusation ba-
nale ne manquera pas contre vous, si vous arrives à vous flattei
que l'abolition de la peine (!<* mort devienne le résultat die vos re-
cherches; on vous dira que vous rêvez une utopie. J'aime à croire
que vous ne vous défendrez pas du reproche : oui, ce sont des
utopies que nous rêvons. Mais, qu'on nous dise laquelle, parmi
lej vérités légales qui aujourd'hui dominent réellement sur le
monde, n'a pas commencé par être une utopie? L'égalité de-
vant la loi, la libre défense des accusés, le gouvernement dans
l'intérêt général, le vote de l'impôt, la liberté sous toutes
les formes, de pensée, de conscience, de parole, de presse,
d'industrie , n'étaient-cc pas là autant de rêveries dont les phi-
losophes, dans leurs études solitaires, osaient à peine entre-
voir vaguement la promesse pour un lointain avenir ? Et ce-
pendant, chacune à leur tour, elles ont pris possession des
réalités de la vie. Hier, l'abolition delà traite des noirs était
une utopie; on appelle encore de ce nom l'extirpation de l'es-
clavage, la suppression des loteries et des jeux, l'enseignement,
libre et universel : qui osera dire toutefois qu'il faille rejeter
l'espérance de voir sous peu de tems, ces utopies-là devenues
des vérités pratiques?»
En prononçant son jugement sur le travail de M. Lucas, le
rapporteur reconnaît que l'on peut lui reprocher un certain
faste de logique, bien préférable, selon lui, au luxe de la rhé-
torique, mais fâcheux encore «parce qu'il donne souvent une
physionomie étrange et paradoxale à des idées qui gagneraient
beaucoup à être exprimées en des termes vulgaires , tels que
tout le monde les sent ou peut les sentir. »
On voit que nous ne sommes pas les seuls à regretter que
l'auteur ait fait usage d'un style que nos lecteurs ont pu appré-
cier dans les différentes citations que contient cet article. Il
est vrai que M. Renouard ajoute qu'il n'est donné d'encourir
ee reproche qu'aux esprits élevés et vigoureux. Nous ne croyons
pas, comme lui, que ce soit là un caractère d'élévation et de
vigueur. Pascal, J.-J. Rousseau et Montesquieu ont, nous le
pensons, possédé ces qualités; cependant, ils n'ont pas dé-
394 SCIENCES MORALES
daigné de se mettre à la portée de toutes les intelligences.
Pour eux la langue française offrait assez de ressources; ils
n'avaient pas besoin de créer des mots, et ils savaient trouver
dans le vocabulaire ordinaire des expressions suffisantes pour
rendre complètement leurs pensées. Ce n'est pas sans motif
que nous insistons sur cette critique , adressée moins à M. Lucas
qu'à l'école philosophique et littéraire dont il est le disciple.
Nous ne saurions trop rappeler aux adeptes de cette école que
le style seul fait vivre les ouvrages, et nous osons prédire une
courte existence aux écrits dont les auteurs ne se sont pas
donné la peine de cacher la sécheresse de leurs sujets sous le
charme d'une diction pure et facile, sans pour cela tomber
dans le luxe de la rhétorique.
A. Taillandier.
THIRD REPORT FROM THE COMMITTEE ON EMIGRATION, etC.
— Troisième ravvort fait, en 1827, a la Chambre
des communes cV "Angleterre , sur les émigrations et
les colonisations; imprimé par ordre delà Chambre{i).
Il faut accepter les conséquences des situations où l'on s'est
placé. L'Angleterre, brillante d'industrie et de richesses, cou-
vrant toutes les mers de ses vaisseaux et toutes les côtes de ses
colonies, est tourmentée de deux maladies qui naissent de cette
pléthore. Il résulte de l'une des deux que beaucoup de
familles anglaises jouissant d'un revenu honnête, mais borné,
n'ont pas de quoi vivre dans leur île, s'expatrient, se fixent
en France, en Suisse, en Italie, touchent leurs rentes dans
leur pays et les mangent dans l'étranger. Les lourds im-
pôts, la taxe des pauvres, les dîmes du clergé anglican,
ont tellement renchéri les objets de consommation, que, pour
vivre un peu agréablement au delà du canal de la Manche,
il faut être plus riche qu'en aucun autre pays. Ajoutez à
(1) Londres, 1827. 1 gros vol. in-fol.
SCIENCES MORÀLE& V
cette difficulté que, dans ce pays, la considération qu'on
obtient se mesure sur la dépense qu'on fait; de sorte qu'une
famille modeste dans ses goûts , économe dans ses dépenses,
consentirait à vivre de peu, niais ne peut prendre' son parti
de n'être pas considérée, quels*que soient d'ailleurs la régula-
rité de conduite et le mérite personnel de chacun de ses
membres (i). La nation porte la peine de sa vanité, comme
d'autres (Sortent la peine de leur légèreté.
Cette maladie, quelque grave qu'elle soit, n'est pas encore
devenue l'objet de la sollicitude des législateurs de la Grande
Bretagne. C'est une autre maladie encore, qui est le sujet de
l'important rapport que nous avons sous les yeux. Elle sera
mieux appréciée que de toute autre manière, si nous racon-
tons simplement ce qui se passe parmi la classe ouvrière, dans
plusienrscanttfns, et principalement dans les provinces méridio-
nales de L'Ecosse, dans les environs de Glasgow, de Paisley, de
Lanarck. Les ouvriers y sont exposés à des mortes-saisons.
Lorsque la demande des produits manufacturés se ralentit, le
prix des journées diminue; beaucoup d'ouvriers même restent
sans ouvrage; c'est une extrémité commune à tous les districts
manufacturiers; mais les victimes de ces circonstances péuibles
sont plus nombreuses dans les pays où l'industrie manufactu-
(r) On demande comment il est possible que les Anglais fournissent
à l'étranger, à si bon marché, des produits qui se vendent si cher
chez eux ; et en effet , on se procure , dans les boutiques de Paris ,
la plupart des marchandises anglaises à meilleur compte que dans les
boutiques de Londres. Cet effet tient à beaucoup de causes , et surtout
à deux principales : le commerçant qui exporte reçoit sur les princi-
paux articles qu'il envoie au dehors de fortes restitutions de droits ;
et en second lieu , les contributions indirectes, qui sont de beaucoup
les principales en Angleterre, tombent fortement sur le débitant, qui
est forcé dès lors de se dédommager , sur le prix de ce qu'il vend , des
droits énormes qu'il paie sur la bière et le vin qu'il boit , sur la ca-
rafe où il tient son eau , sur le chapeau , l'habit , les gants dont il
est contraint de se vêtir; et en général, sur tous les objets de sa con-
sommation et de se. plaisirs.
tyi SCIENCES MORALES.
rière joue le principal rôle. Cependant, ce n'est pas le plus
grand malheur de ceux que nous désignons ici; et voici qu'une
nouvelle infortune vient ajouter à leur détresse.
L'Irlande, la misérable et prolifique Irlande, qui, depuis
cent ans a vu, grâce aux pommes de terre, quadrupler sa po-
pulation, ne peut plus l'occuper et la nourrir. Un canal de
quelques lieues seulement la sépare de l'Ecosse, et Ton voit
arriver en Ecosse des essaims de malheureux Irlandais qui
viennent offrir, dans tous les genres d'occupations, leur travail
pour la moùié du prix qui est nécessaire aux ouvriers écossais
pour vivre. Il ne faut à ces Irlandais qu'un méchant haillon
pour se couvrir, un hutte de terre pour s'abriter, et quelques
pommes de terre bouillies pour se nourrir; comment l'ouvrier
écossais, qui a besoin de vivre dans une maison, de manger
un peu de viande, de boire un peu de bière, et qui aune famille
à soutenir, peut-il lutter contre de si redoutables antagonistes?
Exigera-t-on du maître manufacturier, qui lui-même lutte
contre de nombreux concurrens, qu'il paie plus cher un travail
qu'il peut obtenir à meilleur compte? L'apprentissage, dans
beaucoup d'arts, se réduit à peu de chose; l'Irlandais ne manque
ni de force ni d'aptitude; la plupart de ces émigrans, d'ail-
leurs, ont en Irlande vu tisser dès leur enfance et tissé eux-
mêmes de la toile; au bout de peu de jours ils sont propres à
fabriquer toutes sortes de tissus.
Ce débordement de travailleurs menace l'Angleterre, comme
l'Ecosse. Manchester en est infecté. Il faudra repousser à
main armée ces infortunés habitans d'une autre province
du même pays; ou bien il est indispensable que toute la classe
ouvrière de l'Ecosse et de l'Angleterre , c'est-à-dire des con-
trées les plus riches et les plus industrieuses de l'Europe , se
mette à coucher dans des cabanes, à boire de l'eau et à manger
des pommes de terre pour toute nourriture.
Telle est la situation qui a fixé les regards du parlement de
l'empire britannique. On lui a proposé d'adopter une mesure
générale relativement à la colonisation, pour que les familles
valides, sans ouvrage, plissent se transporter dans une des
SCIENCES MORALES. '><,;
nombreuses colonies anglaises où il se trouve encore beaucoup
de terres à défricher. Si un grand nombre de familles nid i
génies prenaient cette route, la métropole' se trouverait débar-
rassée de beaucoup de pauvres qu'elle est obligée de secourir,
et ceux qui resteraient, devenant moins nombreux, ne man-
queraient pas d'ouvrage. La difficulté est de fournir aux frais
de leur passage et à leur entretien au delà des mers, jusqu'au
moment où ils pourraient vivre sur leurs récoltes. On croit
que les paroisses qui sont obligées par les coutumes et par
les lois, à prendre soin de leurs pauvres, trouveraient leur
compte à faire l'avance nécessaire pour s'en débarrasser, si
l'on parvenait à leur garantir le remboursement de l'avance et
même des intérêts. Tel est l'objet des mesures législatives qui
ont été proposées, et qui ont été renvoyées à une commission
spéciale. Pour procéder avec la maturité que l'on met en An-
gleterre, et que l'on devrait mettre partout, à ces sortes d'af-
faires, la commission s'est livrée à une enquête qui a duré
depuis le mois de février jusqu'au mois de juin 1827,
On sait qu'un comité du parlement a le droit de mander,
moyennant une indemnité convenable, toute personne dont le
témoignage peut concourir à l'éclairer. On appelle de préfé-
rence celles qui ont des connaissances locales et qui jouissent
d'une réputation de jugement et de probité. Le témoin répond
aux nombreuses questions qui lui sont adressées; les questions
et les réponses sont consignées dans un procès-verbal imprimé
qui devient un dépôt de faits et d'avis, tout-à-fait propres à
servir d'appui au rapport et à éclairer la discussion et le pu-
blic (1).
Dans l'enquête que nous avons sous les yeux, lorsqu'il s'agit
de constater le genre et le degré de détresse dont les ouvriers
d'un certain district sont assaillis, ou mande des ouvriers eux-
(1) Voyez, sur les enquêtes parlementaires, l'excellent écrit de
M. Charles Comte , intitulé : Des garanties offertes aux capitaux et aux
autres genres de propriétés. Brochure in-8°, chez Delaforest, librairie ,
rue des Filles-Saint-Thomas, n° 7.
398 SCIENCES MORALES.
mêmes, des chefs de manufactures, des marguilliers de paroisse
charges de la distribution des secours, des membres d'asso-
ciations de bienfaisance, l'évêque même du diocèse, toutes sortes
de personnes enfin que l'on croit capables de faire connaître la
véritable situation des choses.
S'agit-il de savoir dans quel état se trouvent les districts qui
ne sont pas encore cultivés au Canada, les genres de culture
auxquels ils sont propres, les facilités qu'offre le pays pour
s'y procurer les choses nécessaires à la vie et pour écouler les
produits d'une habitation coloniale , on consulte les hommes
qui ont long-tems habité la colonie, qui ont vu se former un
grand nombre d'établissemens ; on interroge des marchands
qui fournissaient aux colons des étoffes ou des outils, et qui
recevaient en paiement des produits; on consulte des ingé-
nieurs civils et militaires qui ont été chargés de dresser des
cartes, de tracer des limites, etc. Les mêmes questions sont
adressées aux personnes qui connaissent la colonie du Cap de
Bonne -Espérance, ou celle de la Nouvelle-Galle du sud ou
la terre de Van-Diemen; et il en résulte une masse d'infor-
mations au moyen desquelles il est impossible qu'on adopte au
hasard un parti peu éclairé. On connaît bien les maux aux-
quels il s'agit de porter remède; on peut mesurer les difficultés
qui se présenteront, et les moyens qui peuvent exister pour
les vaincre. Le bon sens de toutes les réponses que font les
témoins aux diverses questions q\ri leur sont adressées, est
très-remarquable. Jamais de divagations; on répond ad rem; on
ne cherche point à briller, à soutenir ce qu'on a avancé. Les
témoins disent tous : je crois, ou bieny<? ne sais pas. Il est vrai
que les membres du comité, et notamment le président M. Wil-
mot Horton, entendent parfaitement bien X économie des so-
ciétés, plus connue sous le nom $ économie politique.
Si l'on veut un exemple pris au hasard de la manière dont
cette enquête est conduite , voici un des témoignages [évidences)
obtenus. Un ancien capitaine, James Weatherley, est interrogé
par le président de la commission.
«Depuis quand avez-vous quitté le Canada? — Au milieu
SCIENCES MORALES, 3gjgi
de janvier dernier, j'ai quitté ma maison qui est située dans
l,i commune de Mardi , sur les bords de la rivière Ottawa, dam
le haut Canada.
« N'étiez -vous pas voisin des élablissemens formés en 182^,
et connus sous le nom de colonies de M. Robinson? — Oui, et.
je les traversais fréquemment pour aller aux sessions du dis-
trict qui se tenaient au chef-lieu, à Perth.
« Combien de tems avez-vous résidé en ce lieu? — Près de
huit ans.
» Avez-vous quelquefois songé à une question dont on s'est
beaucoup occupé, c'est-à-dire à la possibilité de la part du
colon de rembourser, avec les intérêts, l'argent qui lui serait
avancé pour former son premier établissement ? Si un mari,
une femme et trois enfans avaient besoin de 100 liv. st. pour
s'établir sur un lot de terrain de cent acres, pourraient-
ils aisément , au bout de sept années , commencer à en
payer l'intérêt sur le pied de 5 pour 100 ? — Je n'en fais aucun
doute.
« Pensez-vous que cette famille pût indifféremment payer
en nature, ou en espèces? — Bien avant sept années, je crois
qu'elle pourrait payer en nature; mais, au bout de sept ans,
elle pourrait payer en argent.
« En répondant ainsi, jugez-vous d'après vos propres ob-
servations, et tenez-vous compte du peu de moyens des per-
sonnes dont il s'agit? — J'en juge d'après ce que j'ai vu, attendu
que je demeurais tout près d'émigrans de cette condition,
voyant ceux de M. Robinson et d'autres, soit au moment où
ils arrivaient sur leurs terres, Soit au bout de cinq ans, de
six ans, voyant l'étendue du terrain qu'ils avaient défriché et
des bâtimens qu'ils avaient construits; toutes ces améliorations,
au bout de cinq années , leur donnaient assez de produits pour
payer en nature l'intérêt de ce qu'on leur avait avancé.
« Pensez-vous que tous ceux qui connaissent le Canada et
qui ont réfléchi sur ce point, soient du même avis que vous? —
Je n'en fais aucun doute.
•< Ya-t-il dans le haut Canada des districts considérables où
.,oo SCIENCES MORALES.
le terrain soit aussi bon que dans les établissemens Robinson ?
— Sans doute , et il y en a beaucoup qui valent mieux.
« Y a-t-il dans les parties avoisinantes des États-Unis des
demandes de travailleurs ? — Il y en a dans ce moment, à
cause des canaux qu'on y creuse.
« Le canal projeté entre le lac Erié et la rivière Ohio est-il
achevé? — Pas encore.
« Des Colons de 1VI. Robinson ont-ils passé la frontière pour
demander de l'ouvrage aux Etats-Unis? — Au mois de dé-
cembre dernier, je m'arrêtai chez l'un d'eux qui se préparait
à aller travailler au canal pendant la mauvaise saison, et qui
avait l'intention de revenir travailler à ses terres , aussitôt que
le tems le lui permettrait. r
«En supposant qu'un colon pût commencer à s'acquitter des
intérêts au bout de cinq ans, combien pensez-vous qu'il lui
faudrait de tems pour rembourser le principal? — Il me semble
qu'il le pourrait en dix ans.
« C'est-à-dire, cinq ans plus tard? — Oui. »
Parmi les personnes appelées en témoignage sont des geos
d'un mérite éminent, tels que sir Henry Parnell , le major
Moody. Voici quelques-unes des questions proposées à M. Mal-
thus, le célèbre auteur de Y Essai sur la population , avec ses
réponses.
Demande: «. Etes -vous allé en Irlande? — Oui, en 1817,
pour un tems assez court.
«Vous êtes-vous occupé de la population de l'Irlande? —
Oui, jusqu'à un certain point.
« Vous a-t-elle fourni quelques vues pour vos ouvrages? —
Oui, surtout pour mes principes d'économie politique.
« A combien se monte-t-elle à présent ? — Si j'en juge d'après
les documens que j'ai pu consulter, elle est d'environ sept mil-
lions et demi d'habitans.
« Ayez la bonté de dire au comité sur quelle base vous ap-
puyez cet avis. — En comparant l'estimation faite en 1792
d'après le nombre des maisons, avec le recensement de 1821,
l'augmentation de ces vingt-neuf années équivaut à un double-
SCIENCES MORALES. ',01
imni dans l'espace de quarante ans. Suivanl cette progression,
la population actuelle <le 1S77, doit être de sept million, cl
demi.
<« Avez-vous réfléchi sur l'eliei probable d'une pareille aug-
mentation sur les basses classes en Irlande? — Comme Les créa
tares humaines ne peuvent vivre sans nourriture, cette pro-
gression s'arrêtera nécessairement , mais après de cruelles
souffrances.
« Voulez-vous dire au moyen d'une plus grande mortalité?
— Oui; mais les décès plus nombreux sont précédés d'une
misère plus grande.
« Prévove/.-vous quel peut-être l'effet qui en résultera rela-
tivement à la classe ouvrière en Angleterre ? — L'augmentation
de la population et de la misère en Irlande sera fatale aux
classes laborieuses de l'Angleterre, parce que l'émigration
d'Irlande en Angleterre ira croissant, fera tomber de plus en
plus les salaires et rendra nulles les habitudes de prudence qui
dominent dans ce pays- ci. Peu à peu nos ouvriers seront ré-
duits à se nourrir uniquement de pommes de terre.
« Quel en sera l'effet sur nos contributions en faveur des
pauvres? Cela augmentera- t-il le nombre de nos secourus? —
vSans aucun doute. Un ouvrier qui aurait pu trouver de l'ou-
vrage dans sa paroisse ou ailleurs, n'en trouvera plus, du
moment que sa place sera occupée par un Irlandais.
fi Pensez - vous que , si le nombre des classes laborieuses
d'Angleterre était diminué par un bon système de colonisation
le vide serait aussitôt rcmpl^par la population surabondante
de l'Irlande? — .Sans aucun doute.»
Les développemens de cette question , et beaucoup d'autres
témoignages recueillis conduisent la commission à penser que
tout système de colonisation, pour être efficace, devrait com-
mencer par l'Irlande.
Le président de la commission fait ensuite à M. Malthus la
question suivante: «Si, au lieu d'une colonisation, on intro-
duisait en Irlande le système anglais , suivant lequel chaque
paroisse est obligée d'entretenir ses pauvres, que pensez vous
t. wwii. — février 1828. 16
/,o9 SCIENCES MORALES,
qu'il arriverait ? — Que le revenu foncier de L'Irlande entière-
serait absorbé par l'entretien des pauvres. Je ne sais même pas
s'il serait suffisant. »
La commission agite ensuite la question de savoir si , en
supposant qu'un bon système de colonisation enlevât à l'Irlande
un demi-million de ses habitans les plus nécessiteux, pour les
faire vivre confortablement par-delà les mers , le vide qu'ils
laisseraient ne serait pas rempli promptement par de nouveaux
Irlandais tout aussi misérables que les premiers. Mallhus en
convient; et lorsque cet habile publiciste est ensuite consulté
sur les moyens de préserver l'Irlande et l'Angleterre du fléati
qui les menace , on demeure convaincu qu'on ne peut compter
sur l'efficacité d'aucun remède, tant que subsisteront les lois et
les habitudes qui gouvernent l'Irlande.
On sait que les grands propriétaires de terres irlandaises
sont en général des Anglais ou des successeurs d'Anglais qui
les ont obtenues par suite de confiscations. Les jésuites, en fa-
natisant les catholiques d'Irlande, firent massacrer, comme on
sait, les protestai»; et les protestans, par l'effet de la réaction,
dépouillèrent les catholiques. Il n'y a, par cette raison, pour
les grands propriétaires, ni plaisir ni sûreté à résider sur leurs
possessions. Ils les louent par grosses masses à des agens d'af-
faires qui les sous-louent par parties à de moindres agens, les-
quels les sous-louent par petites portions à de pauvres paysans
qui cultivent des pommes de terre, seule nourriture qui les
soutienne ainsi que leurs enfans. Ceux-ci, devenus grands",
se marient et louent une autre petite portion de terrain, un
seul acre, quelquefois moins; ils élèvent une hutte de boue,
et là ils font des enfans à leur tour qui vont gratter la terre un
peu plus loin et multiplient à la manière des lapins.
Malthus, consulté sur les moyens de changer ces déplorables
coutumes, n'en trouve aucun , à moins qu'on ne parvienne à
donner à cette population des besoins et de la dignité. Alors
pour jouir d'un certain bien-être et d'une certaine considé-
ration , on ne se marierait pas avant d'avoir les moyens de
vivre honorablement et de donner quelque éducation à ses
SCIENCES MORAL!
cofans. Mais, comment espérer une telle amélioration avec dés
idées religieuses qui leur persuadent que la fin de l*homm<
(a terre esi de croître el de multiplier, en remettant à la Pro-
vidence Le soin de faire subsister toui cela?
Le comité semble croire avec Malthus que la législation
pourrait concourir à débarrasser les propriétés foncières de
cette multitude de petits cultivateurs misérables et à les rem-
placer graduellement par de bons fermiers, on imposant ;uix
propriétaires de fortes taxes sur toutes les nouvelles maisons
Ou plutôt Inities d'habitation qu'ils laisseraient construire. Cet
étal de choses donne lieu à beaucoup de questions d'une so-
lution extrêmement difficile, surtout quand il s'agit de faire
payer des contributions et d'imposer des gènes à des familles
qui jouissent d'un grand crédit, comme celles des Welling-
ton, des Castlereagh et autres qui ont profité des infortunes
de l'Irlande.
Quoiqu'il résulte de ce rapport que les colonisations d'An-
gleterre, d'Ecosse et d'Irlande ont déjà eu lieu avec un grand
succès ; que les sommes qu'on avancerait à de nouveaux colons
pour opérer des émigrations beaucoup plus considérables,
seraient moindres que celles qu'on distribue maintenant à ces
mêmes familles indigentes, à titre de secours, et que ces mêmes
sommes seraient remboursées avec les intérêts, .au bout de
quelques années, le parlement n'a pas encore osé adopter les
conclusions du rapport. Il a craint que ce ne fut un palliatif,
et non un remède. Il a craint que les mêmes causes qui ont
amené le mal (l'ignorance dc$ Irlandais et la taxe des pauvres
d'Angleterre) ne ramenassent incontinent les embarras dont
on aurait cru pouvoir se délivrer; et cette crainte n'est point
chimérique.
On peut dire , en attendant, que les travaux du comité,
l'enquête, le rapport ont procuré une masse de solide informa-
tion qui, en tout état de cause, ne sera point perdue. Que de
renseignemens précieux n'y trouve- t-on pas sur le genre de
vie des pays coloniaux, non seulement du Canada, mais aussi
de la Nouvelle-ËCOSSe, du cap de Bonne- Espérance, de la
26.
/,o', SCIENCES MORAXES.
Nouvelle- Galle du sud, de la terre de Van-Diemen ! Des habi-
tans de toutes ces colonies, des négocians, des navigateurs sont
consultés par le comité ; on apprend quelles sont les ressources
qu'offrent ces pays aux personnes qui voudraient s'y fixer;
quelles terres sont vacantes dans leur voisinage, quelles pro-
ductions peuvent y réussir, quelle population on y trouve déjà,
ce qu'on peut y vendre et y acheter. Un livre de voyage n'ins-
truit pas à beaucoup près autant; car un voyage ne présente
qu'un seul témoignage, portant presque toujours l'empreinte
des opinions et des intérêts de l'auteur; tandis qu'ici les témoi-
gnages se corrigent les uns par les autres. Que de ressources
de semblables enquêtes offrent à des législateurs, pourvu toute-
fois qu'ils soient indépendans, et que leurs intérêts individuels
se confondent avec les intérêts nationaux !
J.-B. S.
Histoire de la guerre de la péninsule, sous Napoléon,
précédée d'un tableau politique et militaire des
puissances belligérantes, par le général Foy ; pu-
bliée par madame la comtesse Foy (i).
Lorsque le général Foy vit la carrière des armes se fermer
devant lui , il résolut de chercher la gloire dans la carrière des
lettres. Il choisit un des sujets historiques les plus intéressans
qu'offrent les annales des âges modernes, la guerre nationale
soutenue par l'Espagne contre Bonaparte, et il se livra tout
entier au soin de reproduire de si grandes scènes dans leurs
justes proportions et sous le jour le plus vrai. Mais, bientôt dé-
tourné de ses travaux littéraires par ses devoirs de député, il
n'avait encore écrit qu'une faible partie de sa relation quand
la mort vint le frapper dans la force de l'âge et du talent. On
pouvait donc craindre qu'il ne nous restât rien , ou presque
(i) Paris , 1827 ; Baudouin frères. 4 vol- in-8° et un Atlas ; prix ,
3a fr. 5o cent.
SCIENCES MORALES. /,o5
• ieu , de s »u projet. Heureusement pour sa renommée , te géné-
ral Foj b'étail pas de ceux qtii n'étudient un sujet qu'à mesun
qu'ils le traitent. Il savait que, sous peine de ne faire, au lieu
d'un livre, qu'un amas informe dopages Incohérentes, on ne
doit tracer le premier Irait d'un ouvrage que lorsqu'on a tout
l'ensemble devant les veux. Il savait qu'avant d'écrire le récit
d'une guerre, un véritable historien doit rassembler sur les na-
tions belligérantes toutes les recherches qui auraient été né-
cessaires au général chargé de diriger en chef les opérations. Il
a fait ces recherches; il en a consigné les résultats dans une
introduction ; et quoiqu'il n'ait pu achever son travail ,il laisse
iprès lui un important ouvrage, qui, malgré l'éclat de ses
Discours , sera son plus beau titre aux yeux des juges éclairés.
Ces recherches ne sont pas celles de 1 économiste, mais celles
du politique; ce qui est bien différent. Jl faut sans doute con-
naître la population d'un état, ses revenus, et les productions
de son Soi; mais, au-delà de ces connaissances faciles à acquérir,
l'homme d'état qui sait comment on guide les nations, cherche
sut tout quels sont les sentimens des peuples et les idées qui
dominent parmi eux. Jusqu'à ce qu'il soit certain d'apprécier
avec justesse les passions des citoyens, il suspend son juge-
ment sur tout le reste. Il ne veut pas des chiffres trompeurs,
mais des réalités. 11 n'ignore point que tel pays peut contenir
quarante millions d'habitans et ne peser dans la balance que
pour dix millions , être couvert de richesses et manquer d'ar-
gent pour sa défense. Il examine, dans chaque nation : d'abord
le patriotisme, carie patriotisme seul fait que ce qui est dans
I étal est à l'état; secondement, le caractère national, qui mo-
difie les forces que le patriotisme doit mettre en jeu ; ensuite ,
l'organisation sociale et militaire, qui, plus ou moins bonne ,
fia cause qu'il y aura plus on moins de forces perdues; enfin,
le génie de l'homme ou des hommes qui doivent dirige! cette
organisation, Voilà les recherches du véritable homme d'état,
les seules qui puissent servir de base à des raisonnemens poli-
tiques.
(''est avec constance, avec talent que le'général Fo)
/,o6 LIVRES FRANÇAIS.
Ii\ ré à ces investigations d'une sorte de statistique morale. Sou
tableau de la France mérite particulièrement l'attention, j'ai
presque dit la reconnaissance des Français. Je ne connais au-
cun ouvrage, du moins aucun ouvrage déjà publié, où se trou-
vent si bien exposés les trésors de puissance que la liberté avait
amassés pour la patrie, et qui furent dépensés à servir et à
détruire la fortune d'un homme qui osa dire : La patrie c'est
moi. Des rhéteurs convaincus par \es argumens irrésistibles du
ministère de la police impériale, prenant à la lettre cette cou-
pable saillie d'un tyran, osèrent se dire patriotes, au moment
où ils s'efforçaient de rapporter à lui seul toute la gloire de nos
armes, cette gloire immense qu'il trouva si belle, qu'il accrut
un moment, mais dont il tarit la source, dont il corrompit la
pureté, et dont il nous a fait perdre le fruit. Quelques-uns ,
par habitude sans doute, continuent gratis 'aujourd'hui un ma-
nège naguère si bien payé. Leurs déclamations pourraient éga-
rer ceux des jeunes Français qui ne connaissent que d'une
manière vague les guerres de la république et de l'empire.
Qu'on mette entre les mains de ces jeunes gens l'ouvrage du
général Foy, ce sera leur rendre un véritable service. Ils ne
pourront lire sans émotion la peinture de l'admirable armée que
la liberté avait donnée à la France; de ces soldats qui portè-
rent dans les camps toutes les vertus civiques, qui lirent voir
à l'Europe frappée de respect autant que de crainte l'invasion
sans violences , la conquête sans pillage, et les vainqueurs
souffrant la faim au milieu des vaincus dans l'abondance; de
ces chefs en qui le culte du patriotisme laissait à peine place à
l'ambition de la gloire, qui se résignaient aux proscriptions
d'une assemblée soupçonneuse comme aux boulets de l'ennemi ,
et mouraientiudifféremmentsur les champs de bataille ou sur les
cchafauds, en répétant l'hymne de la patrie. Ils sentiront que
Bonaparte , s'emparant du pouvoir au moment où les fruits des
institutions républicaines commençaient, après de longs jours
d'orage, à mûrir sous les rayons de la victoire, et les recueil-
lant sur l'arbre de la liberté abattu par sa main , se para de ces
fruits qu'il n'avait pas fait naître et dont il déshéritait l'avenir.
SCIENCES mou ILES.
i les réflexious ne se trouvent point dans le livre du général,
mais elles ressorient sans effort des tableaux qu'il met sous nos
yeux. Il réfute plus positivement une autre erreur ussez répan-
due, bien des gens regardent le gouvernement «le; Bonaparte
comme un despotisme militaire. C'était bien certainement du
despotisme, et l'auteur est loin de le nier. C'était , dit - il , la
carcasse politique de Constantinoplet moins l'anarchie des pachas,
l'opposition sourde de l'uléma, et la mutinerie bruyante du janis-
saire. Mais ce despotisme ne fut ni établi par les soldats, ni
soutenu par eux. Ce fut, au contraire, parmi eux. que fane, m -
tissement de la liberté trouva le plus d'opposition. Leurs rangs,
privés de Hoche, de KJéber, de Dcsaix et d'autres capitaines
qui n'auraient jamais fléchi sous un maître, comptaient cepen-
dant encore une foule de patriotes qui gémissaient de. ce que
tant de périls et de travaux n'aboutissaient qu'à renverser la ré-
publique. Ces nobles défenseurs de la France volèrent contre
l'empire, comme ils avaient voté contre le consulat à vie. Ils
cherchèrent à former un parti national. La nation resta tran-
quille, muette, et toute l'administration civile se jeta aux ge-
noux du nouveau César. Dès lors, L'armée, n'ayant plus à
choisir entre la liberté et Bonaparte, se dévoua à celui qui
semblait le représentant de la France. Elle crut, en le servant,
ne combattre que pour l'indépendance nationale, seul bien qui
put rester à un peuple assez malheureux pour ne vouloir pas de
liberté.
Forcé de retracer les changemens que le régime impérial
opéra dans l'esprit de l'armée, le général se dédommage de
cette tache pénible, en faisant valoir les qualités que le des-
potisme même ne put ôter à nos troupes, et qui adoucirent
pour l'Europe les funestes effets de ces entreprises militaires
dont l'étendue et la rapidité mettaient sans cesse nos soldats
dans l'alternative de mourir de faim on de dévaster les pays
ennemis. 11 rend particulièrement un brillant hommage aux
simples officiers qui , étrangers aux jouissances (F amour-propre
rie l'officier général , exempts de l'ivresse du soldat, n'avaient
que le sentiment du devoir pour compenser les privations cou
4o8 SCIENCES MORALES.
tinuellcs auxquelles ils refusaient de se soustraire en prenant
part au pillage.
Il répond ensuite aux reproches de déprédations dont les
étrangers et leurs alliés de France ont poursuivi les chefs d'un
rang supérieur. Il convient que Bonaparte changea les mœurs
de la tête de l'armée. Mais, malgré tous les soins que ce génie
funeste prenait de corrompre ses généraux pour les mieux en-
chaîner par leurs vices, un petit nombre seul se rendit coupable
d'exactions. «L'immense majorité... a rejeté avec mépris des
richesses qui, après tout , ne sont que des dépouilles. Plus de
cinq cents officiers généraux ont eu l'occasion de répéter le
refus de ce général de la vieille monarchie qui ne recevait de
présens que du roi son maître. » Ceci n'est peut-être pas, quant
au chiffre, d'une exactitude rigoureuse; mais on avait mis
tant d'exagération dans l'attaque qu'on ne doit pas s'étonner
d'en trouver un peu dans la défense.
Il n'y en a aucune dans l'examen de tout ce que fit l'empe-
reur pour suppléer, par une savante ordonnance de l'armée,
par l'abondance du matériel , par une instruction militaire
plus complète et plus uniforme , à la perte de l'esprit public et
de l'enthousiasme républicain qu'il avait détruits. L'auteur passe
en revue les modifications introduites dans le service des diffé-
rentes armes, dans l'état -major, dans l'administration des
troupes , et dans la législation militaire. Toutes ses réflexions
sont d'un observateur éclairé , d'un militaire habile , et d'un
ami sincère de son pays. Enfin, après avoir fait connaître les
moyens de succès que le chef de la France avait sous sa main,
il retrace le caractère de Napoléon. Ce portrait laisse encore
beaucoup de choses à peindre; mais il est rempli de traits
brillans; il unit la vigueur à la ressemblance. Ce n'est pas
tout ce qu'on peut dire, mais c'est ce qui a été dit de plus
juste sur l'homme qui depuis tant d'années occupe tant d'écri-
vains.
Si l'on considère dans son ensemble le tableau politicfiie et
militaire de la France , on y trouve un grand vice de compo-
sition, le manque de méthode et de suite. L'auteur intervertir
SCIENCES lUOilALKS. 409
iouvenl l'ordre des faits, il sépare par de longs Intervalles des
réflexions et <1< ;s peintures, qui plus rapprochées se prêteraient
mutuellement plus de force ci de clarté. Toutefois , je le répète ,
< c tableau est, même sous le rapport littéraire, un ouvrage
remarquable. On y sent un esprit assez étendu pour être juste
dans l'appréciation des plus grands objets; des passions géné-
reuses qui, loin de fausser le jugement, ajoutent par leur no-
blesse à sa rectitude; enfin, un talent que l'art n'était pas encore
parvenu à mettre toujours à la disposition de l'écrivain , mais
qui jette fréquemment des lueurs brillantes dont se colore la
pensée 81 s'enflamme le sentiment.
Les mêmes qualités se font remarquer dans le tableau de
l'Angleterre. On y trouve une égale connaissance des faits ,
des hommes, des institutions. C'est là, et non dans les décla-
mations de Walter Scott, qu'on peut apprendre à connaître
toute la bravoure des soldats anglais: jamais on n'en fit un
plus bel éloge. Des rapprochemens presque continuels entre
nos troupes et celles de la Grande-Bretagne considérées sur
le champ de bataille, dans les marches, au bivouac, dans la
chaumière des paysans, peuvent fournir aux guerriers et aux
politiques des réflexions éminemment fécondes. Quelquefois,
ces rapprochemens amènent des peintures frappantes de viva-
cité et de coloris. Les améliorations successives introduites par
le duc d'York dans l'organisation de l'armée anglaise, les pro-
grès que nos éternels rivaux ont encore à faire, surtout dans
les Armes Savantes et dans l'instruction militaire des chefs ,
sont habilement exposés. L'auteur a fait jaillir de son sujet des
lumières qui étonneront peut-être les Anglais les plus versés
dans la connaissance de la guerre en général et de l'organisa-
tion particulière de leurs troupes. 11 ne juge pas avec moins de
justesse la politique du cabinet de Saint-James, et les repré-
sailles de Napoléon. Mes lecteurs me sauront gré sans doute
de mettre sous leurs yeux l'opinion du général au sujet de ce
blocus continental ', tant blâmé par ceux qui veulent juger une
mesure de guerre, je dirais presque de siège, d'après les règles
de l'économie politique, el tant, vanté par des enthousiastes
;,io SCIENCES MORALES.
comme la plus belle conception du vainqueur d'Arcole et de
Bfontmirail.
« Si un champion cuirassé descendait dans l'arène que se
disputent des gladiateurs dépourvus d'armes défensives, ne
serait-il pas de l'intérêt commun des combattans de suspendre
leurs querelles et de se réunir contre celui qui porte des coups
sans en recevoir? Ce champion cuirassé, c'était, selon les idées
de Napoléon, l'Angleterre, restant invulnérable, tandis que
les progrès de la guerre avaient rendu les états du continent si
faciles à déchirer. Derrière son grand fossé, l'Angleterre se
riait des malheurs du monde; Napoléon essaya de l'en punir,
et quoique cette entreprise n'ait pas réussi , elle conservera
dans la postérité un aspect, de grandeur et d'éclat.
«Mais, en supposant même que le système d'exclusion fût un
moyen de prospérité future pour le continent, il n'est jamais
faciLe de faire sacrifier aux hommes ce qui leur plaît aujour-
d'hui pour ce qui leur sera avantageux demain... L'assentiment
sans réserve des princes et des sujets sur tout le continent
était donc la première et l'indispensable condition de la mise
en action du système continental. A quel titre Napoléon eût-il
obtenu cet assentiment ? Depuis qu'il avait étouffé la liberté
dans son pays, sa voix avait perdu le don de persuader; le mal
qu'il avait fait lui ôtait même le droit de faire du bien, et son
glaive , qui ne se reposait point , était l'effroi des nations et des
monarques... Les Anglais chassés de partout, réduits à l'alliance
du roi de Suède en Europe, et du roi d'Haïti en Amérique,
étaient plus près de triompher qu'en 1793, lors du blocus de
Cambrai et de la prise de Toulon.»
Maintenant je regrette de ne pouvoir m'arrèter un instant
sur les tableaux de l'Espagne et du Portugal, qui, quoique
moins importans que ceux de la France et de l'Angleterre,
présentent aussi de grandes beautés; mais l'espace me manque et
je suis forcé de passer à l'examen de l'histoire dont ces tableaux
ne sont que l'introduction. Comme je l'ai déjà dit , la narration
historique est restée incomplète. Bien loin de nous conduire jus-
qu'au moment où les Espagnols finirent en France une lutte qu'ils
SCIENCES MOKALK.s. \ i i
avaient commencée quand presque toute l'Espagne étaii occupée
parles Français, l'auteur s'arrête à la convention de Cintra > conclue
le m» aoal 1808. Sur six ans de guerre, il n'en a retracé qu'un
s.ul. Peut être les éditeurs auraient ils <lù ne donnera l'ouvrage
que ce titre : Fragment d'une histoire de la guerre d'Espagne.
Mais on aurait tort d'attacher peu d'importance à un pareil
fragment. 11 contient la partie la plus intéressante du sujet, la
peinture de cette insurrection soudaine qui fit de L'Espagne
tout entière un champ de bataille, de tous ses paysans des sol-
dats, de tous ses prêtres des tribuns, de tous ses rochers des
forteresses.
Rien dans les vicissitudes de l'espèce humaine n'offre de si
beaux modèles au pinceau de l'histoire que ces grandes commo-
tions politiques où les peuples, sortant de leurs habitudes factices,
n'obéissent plus qu'à leurs sentimens; où chaque homme, re-
prenant, pour ainsi dire, son individualité dont le dépouillaient
les formes de la société moderne, peut, comme les citoyens des
républiques anciennes, déployer toutes ses facultés, accomplir
toutes ses destinées , peser tout son poids dans les balances de
la gloire. Le général Foy n'est pas resté au-dessous d'un pareil
tableau. IXous voyons d'abord les troupes françaises, entrées
en Espagne comme alliées , s'emparer par une ruse déloyale
des principales forteresses du nord. Godoy propose à la
famille royale de s'exiler au Mexique. Le peuple indigné s'op-
pose à cette fuite , plonge le favori dans les cachots ; et cher-
chant un chef qui puisse guider son courage , il proclame
dans son aveuglement le jeune Ferdinand VII. Ce roi, que les
espérances des Espagnols environnaient de tant d'amour, se
laisse entraîner par les Français vers Bayonne. Godoy est
délivré. Charles IV passe, comme son fils, les Pyrénées. Le
dernier infant resté à Madrid va partir. Bonaparte, maître de
tout le gouvernement espagnol , se croit maître des Espagnes.
Soudain un même cri s'élève dans tous les cœurs castillans.
L'indépendance d'une nation ne peut dépendre ni de l'ineptie,
ni de la lâcheté de quelques hommes; là où les chefs la trahis-
sent, les citoyens doivent la défendre. Aussitôt des artisans
\ii SCIENCES MORALES.
armés de fourches et de bâtons, des femmes, des piètres s'é-
lancent dans les rues de Madrid contre la garde impériale. La
mitraille les disperse. Les principaux habitans de la ville de-
mandent merci. La journée du i mai a donné l'Espagne à Na-
poléon, s'écrie orgueilleusement Murât; dites plutôt qu'elle la
lui enlève pour toujours , répond le ministre de la guerre
O'Farril. O'Farril disait vrai. Chaque fuyard de Madrid , en
portant dans sa province la nouvelle du combat, y devient
le noyau d'une troupe armée. Meurent les Français devient
le seul mot de ralliement des Espagnols, le seul souhait d'a-
mitié qu'ils s'adressent en s'abordant, la seule prière qu'ils
élèvent vers le ciel. _
« Ce n'était pas , dit l'historien , l'exemple des uns qui donnait
aux autres le désir de les imiter. La même sensation enfantait
partout en même tems les mêmes prodiges.... Au midi comme
au nord on mesura l'offense et non le danger. Partout le
mouvement vint des classes inférieures; partout le dévoû-
ment à la patrie se déploya en raison inverse des avantages
qu'elle accordait à ses enfans. Les hommes de l'autorité , les
soldats, les riches , voulurent d'abord arrêter le mouvement
populaire... On chercherait en vain dans la plupart des villes
les noms de ceux qui ont poussé les premiers le cri de l'in-
surrection. Tous ont voulu, tous ont agi, tous ont senti la né-
cessité d'autorités constituées pour les diriger et employer dans
l'intérêt commun les efforts de tous. »
Dans le Portugal l'insurrection fut plus tardive; et peut-être
n'aurait-elle pas eu lieu si les Espagnols n'eussent pas donné
l'exemple. Junot s'était avancé sans combat jusqu'à Lisbonne.
Les Portugais avaient pleuré au départ de leur roi; mais l'éten-
dard du Portugal flottait encore sur leurs murs, ils restaient
silencieux et tranquilles. Bientôt un autre drapeau le remplace
sur une tour du palais des Maures, et des cris menaçans com-
mencent à se faire entendre. Les prélats du royaume comman-
dent , au nom du ciel , d'accueillir en amis les soldats de
\'honin;e des prodiges , du grand empereur que Dieu appelait à
fonder la felieilé des nations: on attend. Plus tard, les insignes
SCIENCES MORALES. /, i I
nationales sont partout remplacées par des couleurs étrangères
la justice esl rendue au nom de Napoléon. On ordonne d'illu
idiikt; trois habitans seuls obéissent) le mécontentement de-
vient de la haine. Quelques espérances de formée encore nu
état Indépendant apaisent un moment les esprits. I.nfin, la
nouvelle de l'insurrection espagnole, les suggestions des juntes
de Neville el de Calice soulèvent aussi le peuple portugais» Mais
l'insurrection a chez lui un autre caractère que parmi les (Cas-
tillans. Le premier qui se déclara fut un officier général, un
vieillard d'une haute naissance. Le premier cri ne fut point
comme en Espagne: meure/aies Français} mais maure Napo-
léon. Les Espagnols, en demandant à l'Angleterre des armes
et de l'argent, avaient refusé le secours des troupes anglaises;
les Portugais ne rêvaient que débarquemens de bataillons bri-
tanniques. Au lieu de cette secousse instantanée qui s'était fait
ressentir de Figuières à Cadix comme la commotion électrique,
on pouvait suivre dans le Portugal la marche progressive de
l'enthousiasme. Enfin , quoiqu'il se commit beaucoup d'attentats
dans la première effervescence populaire, ils furent, en géné-
ral, bien moins nombreux qu'en Espagne, où, dans presque
toutes les villes, les prémices du sang espagnol coulèrent, sous
des mains espagnoles, par d'horribles assassinats. On ne vit,
par exemple, rien de comparable au massacre des deux cents
négocians français qui, depuis long-tems établis à Valence, y
furent d'abord plongés dans les cachots et bientôt égorgés un
à un.
Toutes ces scènes d'un caractère si varié sont habilement
retracées; et l'auteur ne peint pas avec moins de vigueur l'effet
que les événemens de la Péninsule produisirent sur nos plus
implacables ennemis. Un cri de joie retentit dans toute l'An-
gleterre. « Assez et trop long-tems elle a soldé les efforts de
princes sans dignité et de ministres sans prévoyance; elle sera
plus heureuse en prenant la défense des révolutions et des prin-
cipes populaires. » Le général Foy aurait dû peut-être faire
contraster avec cette joie la tristesse de la France, où peu de
personnes nous comprenaient alors , quand nous prédisions
\ i | SCIENCES MORALES,
les suites de l'insurrection espagnole, mais où tous les hommes
généreux sentaient peser sans cesse sur leur poitrine la honte
qu'un despote imprimait à la nation.
Dès les premiers momens de la lutte on s'aperçut que, des
deux côtés , ce serait une guerre de barbares. Tandis que les
Français renouvelaient dans Cordoue les horreurs dont cette
ville fut victime cinq siècles auparavant, lorsque Ferdinand III
la ravit aux Maures, les Espagnols soumettaient au supplice
de la scie nos officiers enlevés sur les routes , ou les plongeaient
vivans dans des chaudières bouillantes. Les cruautés qu'on a
tant reprochées aux Grecs modernes, ne sont rien en compa-
raison de celles dont se rendirent coupables les insurgés de la
Péninsule, qui n'avaient pas, comme les Grecs, trois siècles
d'oppression à venger. Dieu me garde toutefois de prétendre
que ces attentats ternissent la gloire dont le peuple espagnol
s'est couvert dans une si sainte lutte ! Ce n'est pas de nos jours
qu'on doit se montrer sévère envers les erreurs du patriotisme
et du courage.
Quant à la conduite de nos soldats, l'auteur, tout en la blâ-
mant, présente les meilleures raisons qu'on pût alléguer pour la
faire paraître moins inexcusable. «Dans ces guerres contre les
populations armées, dit-il, la fureur du soldat est toujours en-
traînée au-delà de la volonté du général. Autant il est disposé à la
générosité envers ceux qui font le même métier que lui , autant
il est cruel pour les paysans armés : ce n'est pas un sentiment
aveugle qui l'anime; c'est, au contraire, une appréciation
exacte delà disparité des moyens , de l'espèce de trahison,,
et du sort affreux qu'une pareille situation lui prépare. Il est
difficile, pour ne pas dire impossible , de maintenir la discipline
contre de pareilles résistances. »
Tout cela est malheureusement juste; mais qu'on me per-
mette une réflexion. Un chef généreux aurait employé tout
son ascendant à calmer cette exaspération naturelle dans le
soldat , et il ne l'aurait pas employé en vain. Napoléon , au
contraire, a, pour ainsi dire, sanctionné toutes les vengeances
en les racontant sans les flétrir, en traitant de brigands', dans
SCIENCES MORALES. /,ir>
8os bulletins, les paysans espagnols .unies pour défendre lew
patrie. Empereur depuis quatre ans, il avail déjà perdu le
SOUVenir de toute idée de pal.ie et. de liberté; il Oubliait déjà
que les confédérés de Pilnitz avaient traité de la même manière
nos Volontaires de i7<)'>; et il "<■ prévoyait point qu'en 181/, ,
Schwartzenberg ordonnerait aussi le massacre des paysans
français que lui Napoléon appellerait à remplacer ses bataillons
détruits. Il suivait alors sans scrupule et sans crainte l'usage
ordinaire des cours, que, seize ans plus- tôt, il avait jugé si
coupable, que, six ans plus tard, il devait trouver si fatal.
Je n'ignore point la différence qui se trouvait entre sa po-
sition et celle du duc de Brunswick, ou du prince de Schwart-
zenberg. Les Espagnols semblaient par leurs cruautés se placer
creux-mêmes hors des lois de la guerre; les Français, au con-
traire, n'ont jamais été cruels envers les soldats étrangers.
Mais, quelques prétextes que fournît la conduite des insurgés,
Bonaparte aurait dû, par humanité, par politique, par respect
pour la dignité des troupes françaises, arrêter, de tout son
pouvoir, les représailles du soldat. Parmi les douleurs sans
nombre qu'il a fait subir aux vrais amis de la France et parti-
culièrement de l'armée, l'une des plus difficiles à pardonner
fut d'apprendre que son avidité et ses nouvelles maximes
poussaient nos régimens aux plus déplorables excès dans les
mêmes lieux où nos brigades républicaines avaient donné de
si grands exemples de discipline et de vertu, où l'on avait vu
nos grenadiers campés au milieu des vergers de la Biscaye, ne
pas toucher aux fruits mûrs qui pendaient sur leurs tentes, et
les soldats de la garnison que la conquête avait placée dans
Saint -Sébastien se promener enfouie dans la ville, sans étendre
vers les vivres, dont les boutiques étaient remplies, leur bras
exténué par la faim.
Du reste, après avoir lu cet te histoire, on est sûr que l'auteur
fit lui-même tout ce qu'il put pour diminuer les excès. La
noblesse de ses sentimens ajoute un nouvel attrait à toutes
ses narrations, de quelque genre qu'elles soient. Quoiqu'il
n'ait retracé que les événemens d'une année, on en trouve dans
,.(» SCIENCES MORALES.
son livre tin certain nombre qui sont remarquables, même à
côlé de ce fait immense de l'insurrection d'un grand peuple.
Les plus importons sont le premier siège de Saragossc, les
débats de la junte de Rayonne, l'entrée de Joseph Bonaparte
dans Madrid, la victoire de Médina de Rio Seco, la bataille
et la capitulation de Baylen, enfin le combat de Vimeiro et la
convention de Cintra. Chacun de ces objets est présenté avec
les couleurs les plus vraies et les plus vives. La clarté du récit
ne laisse rien à désirer, et l'énergie des peintures donne sans
cesse des émotions. L'auteur porte dans les palais où déli-
bèrent les grands et dans les rues où s'agite le peuple, le
même talent d'observation que sur les champs de bataille. Il
nous fait suivie de l'œil les anxiétés de la diplomatie et le pro-
grès des passions fougueuses des citoyens, aussi facilement
que les manœuvres des troupes. El certes, ce n'est pas peu
dire, car ses descriptions de batailles sont des modèles de net-
teté. Le lecteur qui connaît le langage militaire pourrait se
passer de plans. Au lieu de ces images confuses dont tant
d'écrivains embarrassent et obscurcissent notre esprit, lors-
qu'ils veulent retracer un combat, l'historien nous fait voir, en
quelque sorte, toute l'action. Ce mérite éminent se rencontre
surtout dans le récit de l'affaire de Roliça et de la bataille de
Vimeiro.
Le général Foy écrit l'histoire à la manière des anciens. Un
militaire aussi distingué que lui ne pouvait adopter un autre
système. Après avoir vu de près la politique, c'est-à-dire l'ac-
tion des peuples et des armées ; il ne pouvait aller demander
aux moines chroniqueurs de lui apprendre à la représenter
telle qu'ils la voyaient à travers les vitraux de leur couvent.
Toujours les regards fixés sur ce qui intéresse les nations, il
ne se perd point dans des détails minutieux et puérils : con-
naissant les limites du genre qu'il traite, il ne les franchit ja-
mais pour tomber dans le domaine des Mémoires. Son style a ,
comme sa composition, les qualités de l'histoire, la noblesse
et la clarté : il étincelle souvent de ces traits heureux, rapides
et brillans reflets d'une sensation vive et profonde. .Sans doute,
SCIENCES aioiiai.es. h,:
mi n'y reconnaît point un écrivain consommé. On v sent, au
contraire, l'inexpérience de l'âuteor dans cette carrière encore
nouvelle pOUT lui. Toutefois, bien différent <le c; s prétendus
j;cns d« lettres qui croient pouvoir écrire parce qu'ils ont vu
quelques laits et qu'ils savent tenir une plume, le prierai l'ov
avait compris, on le voit, que l'art d'écrire est peut-être celui
de tous qui demande le plus long et le plus laborieux appren-
tissage. Dans cette noble lice, apercevoir l'immensité de la
carrière est un gage piesquc certain qu'on saura la fournir. Le
général Kov paraissait en avoir mesuré l'étendue. Ses travaux,
qui n'étaient encore qu'ébauchés quand une mort prématurée
nous Ta ravi, portent déjà le témoignage des efforts qu'il avait
faits pour se former auv les vrais modèles. Même lorsque la
phrase manque de corrcd.ioii , elle saisit quelquefois par une
tourne re savante. Plusieurs traits décèlent une étude pro-
fonde du plus grand des historiens, de Tacite. Tels sont, ce
me semble, les mots suivans qui se rapportent au moment où
l'indignation di-> Espagnols commençait à devenir menaçante :
« Le grand duc appela à Madrid, les unes après les autres, les
divisions qui avaient passé les montagnes.il en fit la revue sur
la belle promenade du Prado, moins pour les voir que pour Us
montrer. » Telle est plus encore cette phrase qui termine le récit
de l'arrivée de Joseph Bonaparte a Bayonne: « Il entre dans les
salons. Les Grands d'Espagne l'y attendaient. Ils baisent ses
mains, le haranguent , le saluent comme leur souverain, avant
même qu'il ait eu le tems de consentir à l'être. »
Tu passage plus long, le tableau de l'insurrection d'Opotto,
donnera une idée a^sez juste de la manière de l'auteur, lots
que des événemens remarquables, en excitant son imagination,
pressenties monvemensde son style et donnentà ses expressions
un nouveau degré d'énergie... « On chargeait du pain sur des
voitures devant le magasin militaire. Les habitans 1'apprennen;
et se disent les uns aux autres que ce pain a été demandé par
le juge de Fora de Oliveira d'Azemeis pour une colonne de
troupes françaises qu'on attend d'un moment à l'autre. Tas
canonniers du régiment de Vianna, employés à l'arsenal.
t. xx xvii. — Février 1828. .»-
4.1 3 SCIENCES MORALES.
avaient été quelques jours auparavant sans recevoir de ration.
Un homme dit dans la foule : « Voyez , il n'y a que les Portu-
gais pour lesquels on ne trouve pas de pain. » Aussitôt la
foule s'écrie : « Ne laissons pas aller ce pain aux Français. » Le
convoi est pillé. Les acclamations nationales se font entendre.
Mille et mille voix les répètent. Le peuple sort de partout. Il
court surla place San-Oviedo, dans la partie la plus élevée de la
ville. On enfonce les portes. Lesfusils, la poudre, les cartouches
sont distribués à qui en demande. Un capitaine d'artillerie, Josao
Manuel de Mariz, dispose quatre pièces de canon; on manque
de chevaux pour les conduire, les prêtres , les moines, les
femmes s'y attachent (i) et les traînent sur les hauteurs de
Villa-Nova, de l'autre côté du Duero. Plus de dix mille hommes
parcourent les rues, Survient au milieu d'eux, à la tête d'une
vingtaine d'Espagnols armés et couverts de poussière, le major
Pinheiro, le premier insurgé de San-Joâo da Foz, qui se tenait
caché depuis le départ de Bellesta. C'est une armée espagnole
qui arrive. Le brick X Antelope s'approche et fait mine d'entrer
dans la rivière. Voilà une escadre anglaise. Les cris de guerre
sont entremêlés de coups de fusil. Le tocsin sonne dans toutes
les églises. L'autorité est impuissante pour réprimer une in-
surrection populaire et turbulente si générale. Luis d'Oliveira
est plongé dans un cachot comme traître à la nation. D'autres
citoyens en grand nombre sont traités de la même manière,
parce qu'ils sont réputés partisans de l'étranger. On les cherche
partout pour les massacrer, ces Français qu'une hospitalité
généreuse a soustraits, dix jours auparavant, à la main des
Espagnols. »
Certainement il y a dans ce récit rapidité, couleur , mouve-
ment. Le style y reproduit partout une sensation énergique et
noble qui passe de l'âme de l'écrivain dans celle du lecteur.
C'est à cette vivacité de sentiment que tient le plus grand
(i) N'est-ce pas ici une faute d'impression? l'auteur n'aurait-il pas
écrit : s'y attellent ?
SCIENCES MORALES, 419
charme de tout l'ouvrage. On voit à chaque page que le gé-
néral Foy tressaille en décrivant les efforts du patriotisme. Il
avait fait lui - même une guerre d'indépendance; il avait
éprouvé, dans sa première jeunesse, combien le chant des
hymnes patriotiques est doux au milieu du sifflement des
balles ennemies. Il n'était pas de ces hommes qui , après avoir
na versé le siècle des guerres nationales, peuvent en revoir le
tableau sans émotion, ou sont forcés par leur conscience d'en
détourner leurs regards. Les exhortations du courage, les
conseils de la constance ne pouvaient l'embarrasser; il aimait
à les entendre, et l'auteur de cet article a du plaisir à le rap-
peler.
Auguste Fabrf..
a7.
LITTERATURE.
LE JIOMAIS DE ROU ET DES DUCS DE NORMANDIE , par
Robert Wace , poëte normand du xne siècle; publié,
pour la première fois, d'après les manuscrits de France
et d'Angleterre, avec des Notes pour servir à l'intelli-
gence du texte, Tpar Frédéric Pluquet, membre de la
Société des antiquaires de France, etc. (i).
Après la conquête de l'Angleterre , lorsque les Normands qui
avaient accompagné Guillaume le-Bâtard, se furent partagé les
terres des vaincus, et eurent réduit à ia servitude ou du moins
à l'obéissance la race indigène, les descendans de ces aventu-
riers jouissant paisiblement dans leurs foyers des fruits de la
conquête, se racontaient, les jours solennels, aux banquets
joyeux dans leurs châteaux forts, les événemens singuliers
.qui, ayant fait sortir leurs ancêtres des mers brumeuses du
Nord, les avaient portés à infester et à occuper les côtes de
France, et à s'emparer des terres de la Normandie, d'où ils
s'étaient élancés ensuite jusqu'au trône de l'Angleterre. Cet
enchaînement d'aventures, arrivées à un peuple actif et entre-
prenant, devait avoir tout le charme d'un roman pour des
hommes à qui la chasse était plus familière que l'histoire, et
qui s'en rapportaient à leurs clercs pour tout ce qui tenait à
l'instruction. Déjà deux moines de Normandie, Dudon de Saint-
Quentin et Guillaume de Jumièges, avaient écrit en latin l'his-
toire du peuple au milieu duquel ils étaient cloîtrés; mais ces
pauvres cénobites avaient la tète farcie de lambeaux de poètes
et de prosateurs classiques ; tout barbares qu'ils étaient, ils
(i) Rouen, 1827 ; Edouard Frère, éditeur. Paris , llenouord. 1 vol,
in -8°; prix, ao fr.
UTT.iiATi KK. Vai
voulurent Paire de la prose, comme Tacite et Titc-Livc, ri des
vers comme Virgile et Horace; leur latin historique ot leurs
vers sont piloyalm s. AI alij.ii- l'intérêt du fond, il c;t |)i ol),'ihle
que l«\s seigneurs normands , après la chasse au sanglier ou au
renard, ne s'amusaient guère, lorsque le vent hurlait autour de
leur donjon, ou lorsque la pluie tombait sur les vieux arbres
de leurs parcs , à prendre le soir les chroniques latines des
deux moines de Normandie, pour lire les hauts faits de leurs
ancêtres.
Au^si, au xuc siècle, Henri II, roi d'Angleterre et duc de
Normandie, s'adressa à un clerc de sa cour, pour faire écrire
par lui dans |a langue vulgaire ce que l'on appelait un ?or/ia/i,
c'est-à-dire une histoire versifiée. Le clerc s'appelait Robert
Waec, ou , comme il dit lui-même, Malslrc Wace. C'était un
poète natif de l'île de Jersey, qui avait fait ses études à Caen ,
et qui avait exercé ensuite les fonctions de chapelain ou de
prêtre domestique à la cour de Henri 1, roi d'Angleterre ; il
servit encore Henri II et Henri III, et obtint pour prix de
ses services un canonicat à la cathédrale de Bayeux.
A cette époque, la langue française, transplantée par les
conquérais en Angleterre, était encore bien rud-eet imparfaite;
moitié romane, moitié tudesque, cette langue manquait de
souplesse, d harmonie, d'abondance; le génie poétique n'avait
point élaboré et épuré ce langage barbare; mais c'était le lan-
gage de la nation : le prince comme l'homme de guerre, le
suzerain comme le vassal, parlaient cet idiome. Maistre Wace
avait acquis une habitude étonnante à manier cet instrument
grossier, et à rimer histoire, fables et moralités. Il est un des
premiers poètes qu'ait eus la littérature française; il est aussi
l'un des écrivains les plus féconds de ce tems d'enfance de la
poésie nationale. Mais avec quelle avidité, avec quelle admi-
ration les Normands-Anglais devaient-ils lire ou se faire réciter
par les poètes de leur cour, ou par les jongleurs ambulans,
hoi.es de leurs châteaux-forts , ces longs poëmes qui contenaient
leurs histoires vraies ou fabuleuses, exprimées en vers si faciles
à comprendre! Quelle différence entre ces rimes naturelles eu
422 LITTÉRATURE.
langue vulgaire et les chroniques en latin ampoulé des moines
normands!
Maistre Wace a d'autres avantages encore qui devaient le
rendre populaire. Il peint en décrivant , il fait des tableaux et
des portraits, niais sans effort et sans prétention: sa langue ne
lui permet ni inversions, ni termes recherchés, ni tours variés:
c'est avec des constructions toujours simples et toujours les
mêmes; c'est sans épithètes, sans allusions savantes, enfin sans
modèles qu'il est obligé de faire ses vers; cependant, ils cou-
lent naturellement : sa narration a de l'intérêt, et sa naïveté
est charmante. Quand les langues sont dans leur enfance, elles
n'ont pas de fausse pudeur; elles disent tout, mais sans malice,
comme les en fans. Le chanoine de Bayeux a quelques expres-
sions, quelques anecdotes qu'aucun chanoine ne dirait aujour-
d'hui en société. Quoique Maistre Wace ait toujours vécu à la
cour, je suis persuadé qu'il avait une grande simplicité de cœur
et d'esprit.
Sous le rapport historique, il ne faut pas être plus exigeant
que sous celui de la poésie. Au xue siècle, l'histoire n'était
pas, comme aujourd'hui , un art qui consiste à écouter tous les
témoignages, à les comparer judicieusement, et à exposer avec
ordre et fidélité ce qu'ils apprennent de plus avéré. Les peuples
ignorans ne sont pas si difficiles; il leur suffit d'entendre des
traditions intéressantes, et Maistre Wace a servi ses contem-
porains selon leur goût. Il a pris quelques chroniques qui
existaient de son tems, et il en a présenté le contenu à sa ma-
nière. Peut être a-t-il interrogé quelques vieillards qui avaient
entendu raconter à leurs pères les premiers événemens de l'his-
toire de la nation ; peut-être les rois, qui avaient encouragé sa
plume, l'avaient -ils instruit de quelques particularités que les
chefs d'un état seuls peuvent connaître; peut-être aussi exis-
tait-il déjà des poésies historiques, des romances, des balladts
sur les principaux événemens, et sur les traits saillans de la
vie et du règne des ducs de Normandie. Quoi qu'il en soit, le
fond de son poëmc , à quelques détails près, est conforme à la
n éiité ou du moins à l'histoire, telle qu'elle nous a été transmise
LITTÉRATURE. 4*3
par de véritables historiens} el par des docutneus authentiques*
Les événemens qu'avait à raconter le chanoine de Bayetu
n'étaient pas assez compliqués pour que sa mémoire ait pu
les confondre, Cl ils étaient assez récens pour n'être pas encore
effacés du souvenir (les générations. Ainsi, Maistre Wace, tout
poète qu'il est , a aussi l'autorité d'un historien; on peut con-
sulter son poème ou son roman comme une source historique.
Dans les âges incultes, la poésie et l'histoire se confondent;
les hommes inspirés sont les conservateurs des traditions na-
tionales, qu'ils rédigent sous la forme de vers pour mieux les
enseigner aux peuples, et pour les graver plus facilement dans
la mémoire de leurs contemporains. C'est une belle mission
d'être à la fois poètes, historiens et moralistes populaires. Elle
permet d'exercer une grande influence sur l'esprit d'une nation
entière. Maistre Wace est pénétré de l'importance de sa mis-
sion. Dès le début de son poëme , il fait sentir la dignité des
bardes historiques : ce sujet lui inspire de graves réflexions
qu'il exprime naïvement. Les conquérans , dit- il, ont rempli
la terre de leur renommée.. Alexandre et César ont disposé
de la destinée des peuples; cependant, un peu de terre a suffi
pour couvrir leurs cendres; leurs tombes ont disparu, les
villes mêmes qu'ils avaient conquises, et qui étaient au nombre
des plus belles de la terre , sont détruites; ieurs exploits mêmes
seraient oubliés, quelqu'immense qu'en ait été la renommée,
sans l'histoire qui a pris soin de les transmettre à la postérité;
tout est périssable sur la terre, tout disparaît: les écrits seuls
des clercs survivent.
Tote rien (i) se torne en déclin ,
Tôt chiet , tôt muert, tôt vait à fin (2), etc.
On peut trouver plaisant que le poëte et l'historien soient
(1) Toute chose.
(a) Tout décline, tout meurt, tout va à sa fin; l'homme meurt, le
fer s'use , le bois pourrit , la tour s'écroule , le mur tomhe , la rose se
fine , le cheval hronche , le drap vieillit , tout ce qui est l'ait de la main
des hommes périt.
,i-i LITTÉRATURE.
transformés ici en clercs; mais, sans doute, le bon Maistrc
Waee ne connaissait d'antres poètes, ni d'autres historiens, que
ceux qui chantaient au lutrin, et rimaient pour les princes ,
Ou écrivaient la chronique dans le cloître.
A la manière des anciens chanteurs de ballades, il com-
mence ensuite à énoncer le sujet de ses chants ou plutôt de
ses. rimes. Ittais quand il veut expliquer l'origine des ancêtres
de sa nation, le bon clerc prouve que la géographie n'est pas
le coté fort de sa science. Vraisemblablement il s'est borné à
copier le début de quelque chronique écrite par un moine
ignorant. Danaus, les Danois, les Daees, le Danube, tout
cela est pour lui la souche et la patrie des Normands : il crovait
qu'ils avaient été voisins des Scythes et des Alains : cepen-
dant il les fait venir du Nord. C'est un étrange géographe que
ce clerc de la cour d'Angleterre; encore était-il probablement
un des plus savans hommes de la nation. Ces conquérans con-
naissaient mieux les terriers de leur gibier que les contrées
du globe; un Henri II, ou un Henri III, s'embarrassait peu
de savoir au juste où était situé le pays qui avait donné nais-
sance aux premiers de leur race.
Cependant Robert Wace connaît bien le caractère de la
nation qui vint infester les côtes de la France. Quoique ce
fussent les ancêtres de ce prince et les siens, il ne les traite
pas en fils bien respectueux.
La gent de Danemarche fu toz tems orgueillose,
Toz tems fu sorkuidée (i), è mult fu convoitose;
Fière fu, préisant (a) gaie è luxuriose.
Nuz homs ne se teneit à une famé expose ;
De plusors famés orent à merveilles enfanz,
Mult i outde petiz, è mult i out de granz
Mult i out fîlz , è filles è famés è serjanz (3) ;
Ne poout sa gent paistre trestout li plus mananz (4);
Ne poout pas sufire quanque il gaignoient,
A paistre lî enfez, lu trop multiplioient.
(i) Présomptueuse, (a) Arrogante. (3) Domestiques. (4) Riche.
LIMER vi[ {[>,:.
l'or Ç« iivinl suvc-ii K>- |),ir sort, kil gfttpienl(l)
Des for/, è des mcillors , la terre délivraient :
l'ust parterre, fustpar mer, du pafe les cachaient (a) ;
Cfl feseient granl mal kcl part ke il aloîent.
Ce passage explique aussi les motifs des émigrations et de
l.i piraterie tîçs Normand?. Le poète suit ici et dans foutes les
aventures de Hastings, Bier et Rou ou Rollon, les.. chroniques
latines de Normandie, Je me suis étendu ailleurs sur cette partie
du poème de Rou, et j'aime mieux passer à une époque dont
les Faits sont plus avérés, et qui avait dû laisser des souvenirs
plus vifs dans L'esprit de la nation normande en Angleterre; je
veux dire l'histoire de l'expédition de Guillaumc-lo Conquérant.
Un poëte de cour, un historien dont l'ouvrageest commandé par
le prince, ne tient aucun compte du bon droit des vaincus:
c'est le vainqueur qu'il chante et qu'il loue, lorsque ce vain-
queur est l'aïeul de son maître. Pour le chanoine de Bayeux,
Guillaume est le prince le plus juste, le plus grand, le plus
généreux. Son expédition en Angleterre est racontée avec tous
1rs détails propres à en rehausser la gloire; le récit du con-
seil que tint Guillaume avec ses barons, pour délibérer sur
l'expédition future, est un beau morceau comme poésie et
comme histoire, il rappelle un peu Homère, Virgile et Lu-
cain. Dans ce conseil, le poëte assigne une place aux princi-
paux barons qui, en Angleterre, furent richement dotés de
terres et de vassaux. Leurs descendais devaient être fiers de
trouver leurs noms dans ce poëmc . comme l'étaient les villes
de la Grèce qu'Homère avait immortalisées, dans l'énumé
ration de la flotte d'AgamemnOn.
L'histoire de la descente, de la marche du roi Harold , de la
bataille d'Hastings, que lui livre le duc de Normandie, ainsi
que des négociations infructueuses qui la précédèrent, enfin
de la victoire décisive des Normands qui la termina , décèle
une connaissance exacte de ce grand événement, que Wace ,
comme il l'avoue, avait entendu raconter par son père. Quand
(i) Jetaient. (2) Chassaient.
426 LITTÉRATURE.
on n'aurait d'antres documens sur la conquête d'Angleterre
que le poème de Robert Wace, on perdrait peu de détails inté-
ressaos. Il y en a bien quelques-uns qui ne s'accordent pas avec
les autres historiens, et qui ne sont même pas exacts : c'est
ainsi que, parmi les guerriers de la suite de Guillaume, Wace
en cite plusieurs qui probablement n'y étaient pas, ou qu'il
confond avec d'autres du môme nom, ou de la même contrée.
Mais tout le reste a une certitude aussi historique que les Chro-
niques et les Annales. La longue liste des compagnons de
Guillaume, contenue dans les vers de Maistre Wace, dut vive-
ment intéresser les familles de Normandie et d'Angleterre qui
retrouvaient là des titres d'illustration.
Après le récit de la bataille , le poète ne trouvant plus de
descriptions à faire, expédie en quelques vers le règne de
Guillaume. Il s'accorde avec Ordéric Vital pour les conseils
que Guillaume adressa en mourant à son fils Robert, à qui
ce prince laissa la Normandie et le Maine; mais dans le poème
de Maistre Wace, les confidences du despote mourant sont
exprimées avec bien plus de naïveté que chez l'historien latin
qui fait toujours parler ses personnages comme s'ils étaient des
sénateurs romains. Les remarques de Guillaume sur le carac-
tère des Normands , sur leurs bonnes et mauvaises qualités, et
sur la meilleure manière de les gouverner, sont curieuses à lire
dans le roman de Rou.
En Normendie a gent mult Gère ,
Je ne sai gent de tel manière ;
Chevaliers sont proz et vaillanz ,
Par totes terres cunquéranz.
Si Normanz uut boen chevetaigne, ( capitaine. )
Mult fait à criendre lor campaigne...
Orguillos sunt Normant è fier,
E vantéor èbonbancier;
Toz tems les devreil l'en plaisier (i)
Kar mult sunt fort à justisier (a)...
(i) Courber, plier, (a) Gouverner.
UTTÉRÀTXJRE. /,a7
Le conquérant de l'Angleterre, oppresseur des Anglo-8axons,
a bien pu adresser de parc ils avis à son successeur futur: ce
langage et ces*expressions s'accordent parfaitement avec son
caractère alticr et despotique.
Le poète de la cour de Henri II raconte encore en détail les
principaux éVénemens du règne de Robert , surnommé Courte -
lieuse, fils et successeur de Guillaume, daus le duché de Nor-
mandie :il ne traite des affaires d'Angleterre qu'accessoirement
et dans leurs rapports avec celles de la Normandie. C'était
peu! - être mal faire sa cour au roi d'Angleterre, qui avait com-
mandé ce roman historique; mais probablement le monarque
anglais aima mieux être instruit de ce que ses devanciers avaient
fait en Normandie, que de la partie de l'histoire d'Angleterre
qui précédait immédiatement son règne. Après avoir raconté la
guerre de Robert Courte - Heuse contre le roi d'Angleterre,
sa défaite àTinchebray, sa captivité en Angleterre, et sa mort
dans le pays de Galles, Maistre Wace termine son poëme par
une espèce d'épilogue dans lequel, apprenant au monde que ce
poème lui fut commandé par son souverain , il se plaint, avec
sa naïveté ordinaire, de ce que Henri II lui a promis plus
qu'il n'a tenu.
Li reis jadis maint bien me fist ,
Mult me duna, plus me pramist.
On est fâché de voir terminer par une observation person-
nelle et intéressée un poëme dont le début est d'un ordre
élevé, et qui n'aurait dû être inspiré que par le patriotisme.
Cependant, pour composer seize mille vers historiques, le
chanoine de Baveux a dû consumer bien du tems, et certes il
v a mis du talent; il n'avait entrepris sa tache que par ordre,
il l'a remplie consciencieusement : ce travail méritait un bon
salaire. Les poètes du xne siècle écrivant pour les cours aspi-
raient aux faveurs, tout comme ceux du xixe. L'abnégation
des intérêts personnels a été rare dans tous les âges , même
chez les enfans d'Apollon.
Il faut maintenant dire quelques mots du sort <îe ce poëme ,
,iS LITTERATURE.
ou roman. Ou le Copia plusieurs lois; i't grâce à ces copies plus
ou moins fidèles, ce vieux monument est parvenu jusqu'à nous:
il s'en trouve plusieurs exemplaires à Paris, dans la bibliothèque
du Roi, dans celle de l'Arsenal; et au Musée britannique à
Londres, il existe un manuscrit du Rou qui paraît être de la
lin du xn siècle , par conséquent, très-voisin du îems où le
poëte a vécu. Lancelot, Saiut-Palaye et André Duchesne pos-
sédaient des copies modernes du roman de Rou, et ces manu-
scrits sont encore dans nos bibliothèques. Il y a quelques siècles
qu'on a traduit les vieux vers de Maistre Wace en prose fran-
çaise : cette traduction a été publiée sous le titre de Chronique
de Normandie. Brequigny, l'abbé de la Rue, Dom Bouquet ont
donné des notices et des extraits du travail de Wace. Tout ré-
cemment, M. Pîuquet, en Normandie, et M. Brœndsted, en
Danemark, en ont publié des parties plus étendues : le premier
a pris en outre la peine de collationner tous les manuscrits du
Rou qui existent dans les bibliothèques publiques de France
et d'Angleterre, afin d'avoir un texte complet; et c'est ce texte
qui paraît enfin , six siècles et demi après la mort de l'auteur ,
grâce aux souscriptions particulières recueillies en France et
dans les pays étrangers. Les belles presses de M. Crapelet , et
plus encore, les notes de quelques savans de Normandie, sur-
tout de M. Le Prévost quia donné, entre autres détails curieux,
une foule de renseignemens sur les familles normandes, et qui
a soigneusement comparé le récit de Wace avec celui des autres
historiens, ont servi à orner cette édition sous le rapport ma-
tériel, et à l'enrichir sous le rapport littéraire. L'éditeur y a con-
tribué aussi par l'explication des termes du vieux langage, et
par une table détaillée des matières. Si la Normandie vient un
peu tard honorer un de ses premiers poètes -historiens, au
moins elle n'a rien négligé pour faire paraître enfin son rornan
national d'une manière digue d'elle et de notre siècle.
Depping.
UTTi.Kvn ki:. 4*g
Piion i:niii:s dii\m \ ricjrr.s, p^r Al. Théodore Lr.ci.i nco.
Troisième édition (i).
Lis >oj uii.s j)i >< i i iM,v, esquisses dranuitiqucs ethUtQ*
r/(/urs, publiées par M. di Foncj'.kay , ornées <lu por-
trait de L'éditeur, et d'un jac similc de son écriture,
ÉV€fC cette épigraphe: Le vrai est ce qu il peut. Troi-
sième éditiofi (a\
Proverbes romantiques, par A. Romieu (3).
Phoveubes du viatiques de I\ï. /. B. Sauvage (4).
Lorsque la comédie passe dans les salons et dans les livres,
on peut êtfe assuré que sur la scène elle n'a plus ses frnn-
chises. Qu'il en soit ainsi chez nous, c'est ce que tout le monde
dit, et ce que feraient assez connaître, quand on ne le dirait
pas , les diverses publications dont nous venons de transcrire
les titres.
Qui a pu éloigner du théâtre des talens que l'heureux don
de l'observation morale et de l'expression dramatique devait
manuellement y appeler? la gène où l'art est retenu par- les
scrupules et les préjugés littéraires des comités, par la rou-
tine des coulisses, du parterre et des feuilletons, avant tout par
les rigueurs préventives d'une censure, chargée spécialement
de la protection des ridicules en crédit(5). Quand il faut tailler
ses compositions sur l'uniforme patron de théories suran-
(i) Paris, 1827; Sautelet. 5 vol. in-8° ; prix , 24 fr.
(a) Pari,s, 1827; Moutardier. 1 vol. in-8° de 364 pages ; prix, 6 Fr,
(3) Paris , 1827; Ladvocat. 1 vol. in-8° de 278 pages; prix , 6 fr.
(4) Paris, 1828 ; Ponthieu. 1 vol. in 8° de 384 pages ; prix, 6fr. 5o e.
(5) Depuis que cet article est écrit, et livré à l'impression , il s'est
opéré dans le régime de la censure des théâtres une amélioration no-
table. Les pei sonnes chargées de l'exerceront changé un titre décrié
contre celui d' 'Examinateurs des murages dramatiques qui semble pro-
mettre , pour l'avenir, une modération plus conciliante, une plus
grande indépendance de jugement. Ces espérances se sont déjà con-
firmées par l'adjonction de MM. Laya et ÏSbifàut, â*e l'Académie fran-
/»3o LITTERATURE.*
nées, ménager les habitudes des vieux amateurs ou des co-
médiens émériles, désarmer par des concessions timides l'in-
flexible jurisprudence des pré vbts du Parnasse, enfin échapper
à ces yeux toujours ouverts qui guettent l'allusion, et la créent
au besoin , respecter certaines sottises déclarées inviolables
et exceptées par privilège des justices de Thalie; quand la
nouveauté, l'originalité, la vérité, placées sous la surveillance
de cette douane , ne peuvent so produire que par surprise , par
fraude, comme une marchandise de contrebande, on conçoit
que des esprits indépendans, ou amis de leur repos, reculent
devant une lutte fatigante , et gardent pour eux et pour leurs
amis ce qu'il ne leur est pas permis de dire au public.
Le public n'y perd rien toutefois. La comédie est son bien ;
il faut que tôt ou tard il en reprenne possession. Ces produc-
tions, composées loin de son regard ,' pour la satisfaction per-
sonnelle des auteurs et l'amusement d'un cercle privé, lui sont
restituées par la presse. La presse est un théâtre, comme une
tribune; théâtre toujours ouvert au ridicule, où l'on n'attend
pas pour en rire le privilège du ministre, la permission de
M. le maire, le visa du censeur; théâtre soustrait à l'influence
de l'ignorante critique, de l'envieuse cabale, de l'admiration
mercenaire, où les spectateurs ne se reposent sur personne du
soin de juger pour eux et d'applaudir à leur place, où le
plaisir et le bon sens sont les arbitres souverains des succès , où
l'on est sûr de réussir, si l'on est vrai et amusant; où, sans
cela, on n'est sûr de rien.
Parmi les écrivains qui dans ces derniers tems ont paru
avec le plus d'éclat sur cette scène d'exception, on doit citer
à divers titres , avec les auteurs des Barricades, des États de
çaise , pour remplir les places qu'ont laissées vacantes la retraite ds
M. Quathf.mf.re de Quitvcy, et l'honorable destitution de M. Ch. de
Lacretelle. On peut regarder comme une garantie de plus la con-
duite délicate du nouveau ministre de l'intérieur, qui s'est offert lui-
même comme examinateur à l'un des premiers écrivains de notre scène
hancaise, M. Casimir Delavigne.
LITTÉRATURE. /,'W
JBIoiSf du Théâtre de Clara Gazult M. T/téodore Lkcliicq, et
les spirituels anonymes qui se sont cachés sous le personnage
grotesque de NL.de Foncera}'. Leurs ouvrages, plus d'une fois
imprimés, lus et relus par la foule, sont aujourd'hui trop
connus pour que nous en donnions la liste et l'analyse. Il doit
suffire d'en constater la vogue, et, ce qui n'est pas fort dif-
ficile, de l'expliquer.
Quel est l'attrait principal de ces ouvrages? C'est , sans con-
tredit, une peinture de la société, plus ressemblante qu'il n'est
permis à notre scène comique de nous l'offrir. A la place d'une
nature de convention et de tradition, acceptée par la routine
impuissante, et quelquefois imposée par elle au talent créa-
teur, on y a vu paraître cette nature nouvelle qu'a faite parmi
nous la révolution des idées, des mœurs, des institutions. Les
personnages s'y sont dépouillés de ce costume vague, de cette
situation, de ce langage équivoques, qui ne sont d'aucun tems
ni d'aucun pays , et se sont montrés à nous dans les rapports
sociaux de notre époque, avec les professions, les intérêts,
les vices, les travers, les ridicules que nous connaissons. Une
liberté entière a permis d'y introduire ce qui est aujourd'hui
l'élément nécessaire de la comédie, puisque c'est la vie de la
société, la politique, si grave et si divertissante, qui mêle au
noble mouvement de l'espèce humaine vers un meilleur ave-
nir, les regrets d'un passé décrépit, les prétentions anciennes
et nouvelles de la vanité, les calculs de l'intérêt, les agitations
de l'intrigue, les manœuvres de la servilité et de l'hypocrisie.
Il n'est personne, je pense, qui, sous ces expressions géné-
rales et abstraites, ne replace les situations et les acteurs des
piquantes compositions auxquelles M. Théodore Leclercq et
les auteurs des Soirées de Ncuilly ont donné le titre modeste
de Proverbes. Un même caractère, et, pour le dire en passant,
c'est celui qui a fait surtout les succès de M. Scribe, un même
caractère distingue les deux recueils, l'aversion du lieu com-
mun dramatique, qui n'est plus la vérité, la recherche du réel,
de l'actuel, la comédie contemporaine et vivante. Du reste,
c'est des deux parts une manière différente : ici des nuances
,3i LITTERATURE.
fines, délicates, qui demandent à être regardées de près; là
une touche plus hardie et plus franche, des traits plus forte-
ment prononcés, et dont l énergique rudesse se prêterait mieux
à la perspective du théâtre. Les personnages de M. Théodore
Leclercq , c'est un de ses premiers mérites, se confondent pres-
que avec les spectateurs qui les contemplent; sa scène est de
niveau avec le salon; la compagnie se mire dans ses pein-
tures comme dans une glace. Quand de ses proverbes on a
voulu faire des pièces de théâtre, on en a exagéré les propor-
tions; on leur a donné plus de relief; ils y ont gagné pour l'effet,
et perdu en même teins quelque chose de leur exquise vérité.
Les ouvrages dont le bon M. de Fongeray se dit Y éditeur pour-
raient sans cette transformation passer de la scène de Ncuilly
sur celle de Paris; la vérité y est présentée avec cette charge
comique qui blesserait peut être une société choisie et ris-
querait d'y paraître inconvenante, mais qui saisit tout un pu-
blic, et entraîne par la contagion du rire, même les plus
délicats; c'est le dessin naïf, l'expression hardie de Charlet ,
transportée dans le drame.
Les Soirées de Neuilly ne sont pas seulement une produc-
tion de l'art comique. On n'en donnerait qu'une idée impar-
faite, si l'on n'ajoutait que, comme beaucoup de livres de
notre tems qui ne l'avouent pas aussi franchement, c'est aussi
une œuvre de critique. En se moquant des ridicules de l'épo-
que, les auteurs se sont égayés aux dépens des peintres infidèles
qui prétendent les reproduire; ils ont fait des comédies de la
ressemblance la plus gaie, et par la même occasion une satire
fort spirituelle de la fausse et froide comédie. Ce double esprit
anime leurs pièces, et se montre surtout dans leurs préfaces ,
petits chefs-d'œuvre de plaisanterie. On le retrouve dans la no-
tice, le portrait, et le fac simile , parodies du charlatanisme des
libraires. Ce livre est comique jusque dans le titre et sur la
couverture.
Les Proverbes romantiques de M. A. .Romieu, composes à
l'imitation des deux théâtres dont nous venons de parler, et
dans les mêmes intentions, ne l'ont pas été tout-à-fait avec un
LITTÈB VU \\l\. /,^,3
égal succès. L'auteur, du reste, n'y prétendait pas et avoua
modestement el de bonne grflee son infériorité. L'invention
de sa fable est généralement pins commune , son langage moins
irai ; on trouve trop souvent chez lui , à la place de la naïveté
dramatique, le tour de lïpigramme et de la satire, la phrase
un peu étudiée de l'écrivain qui compose à loisir, et se sub-
stitue involontairement à ses personnages ; son livre enfin
n'est pas assez étranger à la polémique quotidienne des jour-
naux, dont il semble quelquefois une réminiscence, et qu'il
traduit en dialogues. On n'y peut, du reste, méconnaître un
mérite réel , de l'observation, de l'esprit, du trait, une verve
moqueuse, une expression plaisante, si elle n'est pas toujours
comique.
Je ne saurais approuver, je l'avoue, cette qualification de
romantiques que M. Romieu a donnée à ses Proverbes; c'est
m\ mot vague, obscur, équivoque, que chacun entend à sa
manière, et qui l'a forcé à une préface interprétative. Un
[titre qui a besoin d'explication mérite par cela seul d'être
rejeté. M. Romieu a-t-il voulu promettre la recherche
du naturel et du vrai? Molière et Lesage, qui passent pour
classiques, sont, je pense, aussi vrais et aussi naturels que
peut l'être aucun auteur de notre âge. A-t-il prétendu seu-
lement indiquer une dérogation aux vieilles unités de tems
et de lieu? On est aujourd'hui à cet égard de si bonne com-
position, on se prête si facilement à cette licence, qu'il était
peut-être inutile de l'annoncer si fastueusement. Et puis il ne
faut rien outrer. S'il y a du pédantisme à violenter un sujet
pour le renfermer dans des limites de tems et d'espace rigou-
reusement calculées, il n'y en aurait pas moins à se faire une
loi de sortir en toute occasion des règles ordinaires. Le sujet est
la loi suprême. S'il se concentre dans une heure, s'il s'enferme
dans une chambre, tant mieux; on en suivra le développement
avec plus de facilité. Lui faut-il une carrière plus vaste, il est
raisonnable de se mettre à l'aise. Mais il ne faut pas sans néces-
sité nous fatiguer, comme on l'a fait dans ces derniers tems ,
par de continuels changemens de décoration, par de brusques
t. xxxvii. — Février 1828. 28
434 LITTÉRATURE.
passages d'époques en époques. La routine est toujours la
routine, qu'elle s'appelle classique ou romantique; et s'il fallait
choisir, j'aimerais mieux encore celle qui s'impose quelque
difficulté à vaincre, et me demande moins d'efforts d'attention.
J'étais chez moi aux arrêts, où je m'ennuyais fort: vous me
permettez d'en sortir; mais par une autre tyrannie, vous me
forcez de courir la ville sans fin et sans repos. Cette liberté-là
me fera regretter mon esclavage; et, pour peu que cela dure,
je demanderai comme une grâce de retourner en prison. Qu'on
me ramène aux carrières y dirai -je à nos Denys littéraires.
Duclos prévoyait que les philosophes, à force d'extravagances,
finiraient par le faire aller à la messe. Nous avons des roman-
tiques qui ramèneraient au giron d'Aristote M. Schlegel lui-
même. Je me hâte de dire, pour corriger la sévérité de mes
paroles , et prévenir une interprétation qui serait loin de ma
pensée , que M. A. Romieu n'est pas du nombre des écrivains
qui entendent si mal les libertés de l'art.
Une chose distingue d'abord des divers recueils que nous
venons de rappeler celui de M. Sauvage. C'est l'intention,
annoncée dans sa préface, de s'interdire les ridicules politi-
ques. Je dis l'intention; car ces ridicules-là sont tellement inhé-
rens à notre vie sociale, et par conséquent, si nécessaires à
notre comédie, qu'il n'a pu toujours réussir, malgré ses efforts,
à leur défendre l'approche de son théâtre. Consignés à la porte,
ils sont entrés par la fenêtre. N'est-ce pas de la politique, et
de la plus contemporaine, que ce parasite , qui se trouve porté ,
sans savoir pourquoi et comment, sur une liste électorale;
que ce sous-chef, de l'année dernière, qui répond aux sermons
consciencieux de sa femme, « Conscience, justice, raison, où
tout cela vous mènera-t-il aujourd'hui?» Si les salons eussent
eu aussi leurs censeurs, la fatale encre rouge n'eût - elle
pas aussitôt souligné ces passages? Nous serons moins sévères,
et nous nous plaindrons seulement que M. Sauvage se soit
inutilement imposé une gêne toul-à-fait contraire à la liberté
de l'art, et à la vérité de ses peintures. En général, cette
vérité est ce qui manque le plus aux nouveaux proverbes.
LITTÉRATURE. 43$
Ce sont plutôt des réminiscences un pou vagues du théâtre.
que des observations recueillies dans le monde; ce sont des
situations et des mœurs de convention , depuis long-tcms
îsécs par un plus heureux emploi. Le slyle naturel et pur
de M. Sauvage témoigne en faveur de son goût; plus d'une
scène, plus d'un trait, de dialogue, en faveur de son esprit.
Ifais il n'a pas cette nouveauté piquante de détails qui seule
donne du prix à des ouvrages nécessairement dépourvus
d'intrigue, et sans développement de passions et de carac-
tères. On peut, dans de grandes pièces, suppléer au comique
par l'intérêt ; on ne le peut dans des proverbes , et c'est
ce qui fait surtout la difficulté de ce genre en apparence si
accessible, et vers lequel on se jette en foule. Je termine ici cette
revue, avec quelque doute qu'elle soit aujourd'hui complète ,
mais bien certain seulement qu'elle ne le sera plus demain.
H. Patin.
«. ■*.•*.»»•» »."» ■» ->■»•<■-
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
i35. — An address pronounced al the opening of the New-
York high-school, etc. — Discours prononcé à l'ouverture des
hautes écoles de New- York, avec des Notes et des Éclaircis-
semens; par John Griscom. New York, i825; Imprimerie de
Mahlon Day. In- 12 de 212 pages.
Dans ce discours de M. Griscom , outre des observations sur
la direction qu'il convient de donner aux différentes classes de
la société, et sur l'enseignement offert à la jeunesse dans les
hautes écoles de New- York, on trouve une histoire et une sta-
tistique de l'enseignement mutuel jusqu'en 1824. Depuis ce
tems , il est probable que l'Europe a p4us perdu que l'Amérique
n'a pu acquérir : sur ce point, il n'y a pas de compensation,
même pour l'ensemble de la race humaine ; dans les pays où la
raison publique a des organes, les perles de cette nature sont
réparables; espérons que la France ne tardera pas à reparaître,
telle que M. Griscom l'a représentée. Ses correspondances et
les écrits des sociétés d'instruction élémentaire et des méthodes
d'enseignement ont dû lui faire concevoir une opinion très-
avantageuse de nos progrès: mais il n'a pas vu les forces en-
nemies des lumières qui sapaient l'édifice élevé par les gens
de bien , et qui décriaient les écoles d'enseignement mutuel ,
ou les faisaient proscrire par les autorités locales.
Si l'on pouvait douter encore que la méthode monitoriale fût
applicable à tous les objets de l'enseignement, l'expérience
des écoles de New- York déciderait la question. L'influence de
(1) Nous indiquons par un astérisque (*) , placé à côté du titre de chaque
ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui paraissent digues d'une atten-
tion particulière , et nous ea rendrons quelquefois compte dans la section des
Analyses.
KTAÏS-luMS. 437
eette méthode se manifeste dune autre manière, par l'excel-
lente conduite des élèves pendant les classes, à l'entrée et à
la sortie, par le sentiment et l'amour de l'ordre, l'émulation
du bien, le zèle pour l'accomplissement de ions les devoirs,
pne école d( demoiselles est actuellement en activité dans la
même ville, sur le même pïau que celle des jeunes gens; nous
apprendrons sans doute bientôt que ses résultats n'ont pas été
moins satisfaisans.
i36. — * Lettcrs from Europe, etc. — Lettres écrites d'Europe,
formant le journal d'un voyage en Irlande, Angleterre, Ecosse ,
France, Italie et Suisse, pendant les années 1825-1827; par
X II. Carter. New- York, 1827; Carvill. 2 vol. grand in-8° de
528—571 pages.
La course de M. Carter en Europe a duré une vingtaine de
mois, et ce tems lui a suffi pour acquérir une connaissance
suffisante de seize capitales, de trois ou quatre fois autant de
petites villes célèbres par leur industrie ou leurs monumens,
d'un nombre prodigieux de lieux remarquables : ce voyageur
a fait plus; car il a saisi les traits caractéristiques de chaque
population. Quelques lecteurs, accoutumés à juger plus len-
tement, le trouveront peut-être un peu trop expéditif; en effet,
l'extrême rapidité de sa marche ne s'accorde guère avec les
soins et l'attention d'un observateur exact. De tems en tems,
on remarque l'inévitable effet de cette précipitation; M. Car-
ter généralise, étend à tout; un peuple une manière d'être qu'il
a cru remarquer chez quelques individus, dans une diligence.
L'histoire de ce voyageur allemand , qui jugeait de toutes les
femmes d'une province d'après la figure et le caractère de son
hôtesse, n'a corrigé aucun écrivain de voyages; les lecteurs
seuls en ont profité. M. Carter doit s'attendre qu'en Europe
son ouvrage sera lu avec quelque défiance; en Amérique, on
sera moins soupçonneux : on se laissera volontiers séduire par le
talent de l'écrivain et par l'intérêt de ses narrations. On pensera ,
non sans raison , que de légères inexactitudes ne peuvent empê-
cher qu'un ouvrage aussi considérable ne soit très-digne d'es-
time, si les observations justes y abondent, s'il est instructif;
et les lettres écrites d'Europe apprendront beaucoup de choses ,
même à des Européens. Le voyageur écrivait pour ses compa-
triotes, avec une liberté républicaine; il pouvait négliger certains
égards auxquels un traducteur européen se conformerait : mais
après avoir supprimé tout ce que les convenances locales ne
permettraient point de conserver, il faut avouer que l'ouvrage
perdrait beaucoup de son prix.
L'apparition de ces lettres fait naître des réflexions qui peu-
438 LIVRES ÉTRANGERS,
vent en amener d'autres, et donner ainsi quelques lumières de
plus sur les moyens de propager les connaissances utiles : c'est
par ce motif que nous les plaçons ici.
Un voyage doit être, pour les contrées parcourues par le
voyageur, une statistique des localités, des monumens, des
sociétés et de leurs institutions, des causes diverses dont elles
éprouvent l'influence. La nature change; les hommes varient
encore plus rapidement; des monumens périssent, et d'autres
les remplacent. Il est donc indispensable de revoir, dans chaque
contrée, les nouvelles générations qui i'occupent, et la forme
nouvelle dont le pays s'est revêtu. Mais il y a des contrées
qu'on visite trop, et d'autres qui n'attirent pas assez l'atten-
tion. Il serait tems de laisser reposer l'Italie et la Suisse; l'An-
gleterre et la France sont, depuis quelque tems, le sujet de
nombreuses descriptions; le tour de la Grèce et de la Tur-
quie d'Europe, des nouvelles républiques américaines et des
contrées asiatiques et africaines qui participeront aux progrès
de la civilisation n'est pas encore venu : sachons bien ce qui
est à notre portée, avant de nous occuper de ce qui se passe
au loin, dans des lieux où notre action ne s'étend point en-
core, et qui ne peuvent réagir sur nous.
Les voyages les plus récens seraient, à coup sur, les plus in-
structifs, si les voyageurs qui les ont faits et écrits étaient assez
philosophes pour bien observer, et pour discerner ce qui peut
contribuer aux progrès des connaissances, aux perfectionne-
xnens sociaux : mais dans la foule des aventuriers qui courent
le monde par ennui, par désœuvrement, ou même par spécu-
lation et avec le projet de faire un livre, il en est bien peu qui
rapportent dans leurs pays quelques decumens assez sûrs pour
qu'on ose en faire usage, ou qui ne fussent pas mis en œuvre
depuis long-tems. Coxe fit très-utilement pour lui-même ses
voyages en Suisse; mais ses lecteurs n'en ont pas tiré autant
de profit; et il n'est pas le seul voyageur qui ait mieux servi
ses intérêts que ceux de ses contemporains et de l'huma-
nité. N.
EUROPE.
GRANDE - BRETAGNE .
137. — * Proccedings at the gênerai court of proprietors of the
Real del Monte min in g Company. — Rapport fait à l'assemblée gé-
aéralede la Compagnie des mines de Real del Monte t au Mexique,
GRANDE-BRETAGNE. 45*
par le directeur, le 28 février 18/7. Londres, 1827. lu-/,0 de
a8 pages avec 3 cartes ou plans des mines.
Les premiers rapports sur cesmiqes, qui sont dans les mains
de tons les propriétaires d'actions de la Compagnie Jical del
Monte , leur ont donné de grands détails sur ta situation gêné'
raie de ces mines, sur les travaux entrepris pOUT les mettre en
Valeur, et sur les progrès de ces travaux.
On apprend avec plaisir, par ce nouveau Rapport, que ces
progrès ont été uniformes et constans. Les principales opéra-
tions ont été régulièrement suivies; rien n'a été changé au plan
primitif, et les prévision* ont été couronnées de succès. Une
ancienne tranchée, ou canal de communication, qui partait du
centre même de la («brique, etqui s'avançait à travers la mon-
tagne métallifère jusqu'aux veines les plus riches , avait été
abandonnée et s'était remplie de débris et noyée; on la nom-
mait le Socabon. Elle a été déblayée, desséchée, réparée, sur
une longueur de 2,55o mètres, et l'on est arrivé ainsi à la dé-
couverte des liions les plus productifs.
La difficulté de transporter des machines dans les lieux où
sont situées les mines de Real de l Monte , d'y faire parvenir les
instrumens et outils nécessaires pour les établir et d'y réunir
tout ce qui peut servir à leur entretien et à celui des ouvriers,
était de telle nature qu'un observateur qui connaît parfaitement
la contrée disait qu'une personne qui n'avait pas l'habitude
journalière des obstacles à surmonter ne pouvait nullement les
apprécier, et que ces obstacles devaient paraître hors de pro-
portion avec toute force humaine aux hommes qui les connais-
saient le mieux. Ils ont été vaincus de la manière la plus re-
marquable par M. Colquiioun et ses subordonnés. Déjà, à
l'époque du Rapport, plusieurs machines à vapeur avaient été
établies pour épuiser les eaux, et d'autres devaient être placées
sous peu de jours.
En attendante résultat de ces nouvelles machines, on a cherché
à tirer parti des portions de mines à découvert, et l'on a constaté
qu'il existe un grand nombre de filons fort riches au-dessus ou à
côté de la galerie du Socabon , que l'on avait jadis laissées intactes
pour atteindre des veines plus riches encore. Lepremier produit
de ces filons a donné environ 620 charges de minerai par semaine
(la charge équivaut à i5o kilogrammes environ ). L'argent
contenu dans ces 620 charges s'est élevé à la somme de 4,35 4
dollars. Or, la dépense totale, non-seulement des mines en ex-
ploitation, mais de celles que l'on déblayait et que l'on prépa-
rait alors, ne se montait qu'à f\yf\^g dollars par semaine; les
frais étaient donc déjà couverts par les rentrées, et les travaux.
4*p LIVRES ETRANGERS.
de chaque jour ajoutaient aux avantages espérés. La propor-
tion du métal au minerai était, dans cette première hypothèse,
de 800 onces d'argent par semaine , ou par 1,000 kilo-
grammes.
La mine de Régla, qui appartient à la Compagnie de Real
del Monte, était réputée l'une des plus riches du Mexique ; ses
puits principaux sont inférieurs à la galerie du Socabon ; mais
les eaux qui les avaient envahis seront épuisées dans un court
espace de tems. Ces filons ont produit, de 1794 à 1801 , une
somme de six millions de dollars (environ 33 millions de fr. ),
et ils devenaient d'autant plus riches qu'on pénétrait plus avant.
Abandonnés depuis cette époque par le comte de Régla, leur
propriétaire, ils ont cessé de produire; mais ils vont recouvrer
leur ancienne renommée.
En ne portant les mines de Régla que poar leur produit ac-
tuel, qui est de 4?354 dollars par semaine;
Celui de Moran , de 4>°oo.
De Zimapan, dans un autre dis-
trict , de 5oo.
Et d'Ozimaltan, id. , de 5, 000.
On a déjà un produit total de i3,ooo dollars par semaine.
La dépense totale , selon les
comptes produits à l'assemblée des
actionnaires, s'élève, aussi par se-
maine, à * 9)°°o dollars.
Bénéfice net 4?ooo dollars.
Le dollar équivaut à 5 fr. 5o c.
Il serait fastidieux d'entrer dans les détails sur lesquels. s'ap-
pesantit le rapporteur de la Compagnie de Real dcl Monte ,•
car ils n'ont d'intérêt que pour les actionnaires, et à raison des
localités. Ce qu'il importe à nos lecteurs de savoir, c'est que
l'entreprise des mines du Mexique, connue sous le nom de Real
del Monte , est dans un état réel de prospérité ; que, grâce aux
avances considérables et aux sacrifices qu'on a faits, grâce à
l'habileté et à la'persévérance des directeurs et des ingénieurs,
on est parvenu à créer un des plus beaux et des plus fructueux
établissemens du monde; que tous les obstacles ont été sur-
montés; que les filons sont en pleine exploitation; qu'ils don-
nent des bénéfices ; et que cependant on n'avait pas encore, à
l'époque du Rapport, atteint les veines métalliques, regardées
comme les plus riches, ni tiré encore parti des nouveaux filons
découverts.
L'assemblée des actionnaires a voté, par acclamation, de-
GRANDE BRETAGNE. 4/, «
emerciemens à m. Jones \W lob , directeur, et aux administ-
rateurs, à sir James \ rien , commissaire principal de la (lom-
gnie , à M. -'aines Miskf.th Colquhoun, pour le talent et le
«ractère qu'il a déployés dans le transport des machines, us -
ensiles, approvisionnemens de toute nature , depuis la cote du
Mexique jusqu'aux mines, et en général aux employés de la
Compagnie du Mexique. R.
i38. — Travels in Buenos - Ayres and the adjacent provin-
ce , etc. — Voyage à Buenos -Ayres et dans les provinces du
ilio de la Plata, etc.; par J.-A.-B. Beaumont. Londres, i8a8 ;
laines Uidgway. In-8° de 270 pages; prix, 9 s. 6 d.
En 182G, M. Beaumont fut choisi par une compagnie de capi-
alistes anglais pour aller diriger dans la province (XEntrc-Rios
'établissement d'agriculture qu'on avait l'intention d'y former
isous le nom à' Association agricole du Rio de la Plata. Deux
cents émigrans anglais, presque tous laboureurs, et leurs fa-
nilles accompagnèrent M. Beaumont, et s'embarquèrent avec
uià bord du navire la Comtesse de Morley. Arrivés en vue de
Monlc-Arideo, l'escadre brésilienne , qui bloquait ce port, s'op-
posa a leur débarquement. Le découragement s'empara bientôt
'des passagers dont les trois quarts environ revinrent en An-
gleterre. 5o à peu près débarquèrent avec M. Beaumont. Mais
les circonstances malheureuses dans lesquelles se trouvait pla-
cée la république, les besoins de tous genres qui la déveraient,
la guerre qui épuisait, toutes les ressources, l'infidélité et la
Cupidité des agens, tout s'opposa à la réussite d'un projet, qui
portait en lui - même les élémens de sa propre destruction.
M. Beaumont, après dix-sept mois d'efforts inutiles, revint en
Angleterre , au mois de juin 1827.
C'est à ce voyage, entrepris sous le charme des illusions les
plus brillantes, et dont le résultat est devenu si fatal aux inté-
rêts des capitalistes associés, que nous devons l'ouvrage dont
nous avons à rendre compte. On conçoit aisément que, dans la
disposition d'esprit où il a dû se trouver, l'auteur n'a pu voir-
ies choses telles qu'elles étaient; aussi ne les a-t-il pas repré-
sentées telles qu'elles sont. Son ouvrage ajoutera donc fort
peu à la masse de renseignemens que nous ont fournis sur la
République-Argentine les relations de MM. Miers , Hcad et
Andrews s et surtout l'ouvrage du senor Ignacio Nttnez ( Statis-
tique des provinces de Rio de la Plata ). M. Beaumont a cru sup-
pléer au manque de faits nouveaux ou d'observations intéres-
santes par des déclamations passionnées et par des accusations
injustes contre l'administration de M. Rivadavia ( l'ancien pré-
sidente et contre le gouvernement Buenos -Ayrien. Des espé-
*/»* LIVRES ETRANGERS,
rances déçues et ûu désappointement personnel ont empêché
l'auteur de faire la part des circonstances malheureuses clans
lesquelles la république et son chef étaient placés. M. Beau-
mont ne pourra jamais persuader aux hommes éclairés et ob-
servateurs que M. Rivadavia n'est pas un homme d'un talent
supérieur et d'un caractère honorable; et des attaques inconsi-
dérées et imprudentes contre le gouvernement de Buenos- Ayres
ne nous empêcheront point de reconnaître ici tout le courage,
toute la persévérance, tout le mérite enfin qu'ont montrés les
chefs de ce gouvernement, et qui ont placé leur république nais-
sante à la tête de la grande fédération Sud- Américaine. H.
i3g. — * Practical, moral and political Economy, etc. —
Économie politique, pratique et morale; par T.-R. Edmonus,
Londres, 1828 ; Effingham Wilson. In-8° de 3o4 pages ; prix,
9 sh-
Beaucoup de paradoxes, un grand nombre de vérités et un
plus grand nombre d'erreurs, voilà en deux lignes l'analyse de
l'ouvrage de M. Edmonds. Cet ouvrage paraît néanmoins mériter
un sérieux examen. Nous indiquerons ici les matières qui y sont
traitées. Des choses nécessaires à la vie : nourriture, habille-
ment, logement; défense nationale; travaux utiles; du luxe et
du travail; population , argent monnayé. — Relations politiques
des hommes : division du travail, commerce, grandeur des villes;
de la valeur des choses; du paupérisme; des revenus et des
gages ; des profits et des intérêts; du papier-monnaie; des ar-
mées de terre et de mer; des impôts; le savoir est une puis-
sance. — Des facultés et des affections morales et intellectuelles de
l'homme : de l'esprit en général ; des mœurs et coutumes ; de
l'éducation; des langues; desdélifset des peines; de la société;
le savoir est le bonheur ; applications de ces principes à toutes
les nations en général et à l'Angleterre en particulier.
i4o. — * The life of Napoléon Buonaparte , etc. — Vie de
Napoléon Bonaparte, par pFilliam Hazzlitt. Londres, 1828;
Hunt et Clark. 4 vol. in-8°.
Cet ouvrage, promis depuis plusieurs mois, et dont l'édi-
teur a bien voulu nous communiquer le premier volume, mé
rite un examen approfondi. Ce que nous en avons lu fait con-
cevoir une haute idée du talent de M. Hazzlitt; mais nous 1
reprocherons une partialité trop marquée en faveur de Napo
léon, et des contradictions nombreuses, ainsi que de longue
dissertations métaphysiques, déplacées dans l'histoire, mèm
dans celle que l'on appelle philosophique. Cette Vie de Napo-
léon est la contre - partie de celle qu'a publiée Walter Scott.
Aussi, quels que soient les défauts qu'une critique judicieu
GRANDE-BRETAGNE. 443
puisse y remarquer, elle servira encore la cause de la liberté
dont 01. ll.i/./.litt sYst constitue depuis long-tems 1»' aélé défen-
seur. F. I).
i .\ i. — * Lord Byron (in<l some of lus contemporttries , etc.. —
Lord Byron et quelques-uns de ses contemporains, parLsiofl
lli m. Londres, 18285 Colburn. In - 4° avec gravures; prix ,
3 1. st. 3 sh.
Cet ouvrage obtient une grande vogue en Angleterre, et la
mérite à plusieurs égards. Peu d'écrits destinés à faire connaître
un homme célèbre contemporain offrent autant d'anecdotes
intéressantes et curieuses. Le portrait de lord Byron est une
image frappante et tracée de main de maître du caractère et
lies habitudes iïvn homme qui s'est acquis, de nos jours, la
plus liante renommée littéraire. Mais M. Leigb trompera l'at-
tente de tous etnw qui prendront son livre, avec l'espoir d'y
trouver une peinture de la vie domestique de lord Byron, telle
que ses poésies en ont pu faire naître l'idée ; l'auteur de ( lnlde-
Harold apparaît ici comme un homme capricieux, égoïste,
difficile à vivre et livré à mille petits préjugés. Et qu'on n'aille
pas croire que ce soit une description de fantaisie. M. Hunt a
réuni tant de faits, recueilli tant d'anecdotes et de conversa-
tions, que nous croyons impossible d'échapper à ses conclusions
sur le mérite réel de son héros. Les autres personnages, dont
il est encore question dans cet ouvrage, ont obtenu moins de
célébrité ,_ quoique c\cux d'entre eux, M. Colcràlge et feu
M. Shelley, fussent aussi doués à un degré bien éminent du génie
poétique. Tout ce que l'auteur rapporte à leur sujet est pré-
senté d'une manière si agréable et si animée, qu'on ne peut,
quelque opinion que l'on ait d'ailleurs sur les sujets de sa cri-
tique, lui refuser un tribut d'estime et d'admiration pour son
talent. La dernière partie du volume contient des mémoires re-
latifs à M. Hunt lui-même; et, quoique moins attrayante que
les précédens chapitres, elle n'en a pas moins une grande va-
leur. La relation do l'emprisonnement de M. Hunt, à cause de
la franchise de ses attaques contre le gouvernement anglais, est
pleine d'intérêt et d'agrément , et nous en recommandons la
lecture à quiconque doute encore que la conscience de souffrir
pour la bonne cause ne soit une compensation suffisante des
tourmens infligés par la tyrannie. J. S.
l4a. — Delisle, or tlie distrustful man , etc. — Delisle, ou le
Soupçonneux. Londres, 1828; Edward Bull. 3 vol. in-8° ;
prix, 1. 1. 11. 6.
143. — Almach'srcvlshcd, etc. — Une nouvelle visite à Almack.
Londres, 1828; Saunders and Otley. 3 vol. in-8°; prix, 1. 1. n, G.
444 LIVRES ÉTRANGERS.
1 4/1. — The lifc in the West, etc. — Vie dans l'Ouest. Londres ,
1828; Chapple. 1 vol. in 8°; prix, 21 sh.
Nous voilà rentrés dans ce qu'on appelle à Londres the season,
tems où les journalistes suffisent à peine à la critique des nom-
breux romans dont les libraires accablent le public anglais. Il
serait trop long d'indiquer tous ceux qui ont paru depuis un
mois; la Revue Encyclopédique ne doit s'occuper que des plus
importans, de ceux surtout qui ont en vue un but moral, ou
qui tendent à faire connaître le caractère d'un peuple, ou à
exposer ses moeurs et l'état de la société. C'est à ce titre que
nous accorderons quelques lignes aux trois ouvrages dont les
titres sont -placés en tète de cet article.
Sous la désignation de Vie dans V Ouest, l'auteur a peint les
habitudes d'une certaine classe d'habitans de cette partie de
Londres, occupée par l'aristocratie, et connue sous le nom
de west end. Si ses tableaux des salons de la haute société
manquent de vérité, si la fable de son roman est insignifiante,
on peut dire qu'il a peint d'après nature ces maisons de jeu ,
ces lieux de débauche et de prostitution qui fourmillent à
Londres aussi bien qu'à Paris , et dans lesquels l'aristocratie
anglaise va dépenser son tems et sa fortune, et souvent perdre
son honneur. En exposant les fraudes et les friponneries de
toute espèce exercées dans ces infâmes repaires , l'auteur a
rendu un service à la société, qu'il met ainsi en garde contre les
manœuvres d'escrocs titrés, en mène tems qu'il appelle la
vigilance de l'autorité contre des désordres que proscrivent les
lois. Son ouvrage est peu amusant, mais il est utile : c'est un
bon préservatif contre la funeste passion du jeu.
Ce n'est point contre des vices aussi honteux, contre des
désordres aussi criminels , que l'auteur à! Almack exerce sa
mordante satire; c'est aux travers et aux ridicules des fashio-
nables qu'il réserve ses attaques. Son intention est bonne; mais
n'exagère- t-il pas les défauts qu'il critique? S'ils étaient tels
qu'il les peint, les Anglais seraient le peuple le plus frivole, le
plus grossier, le plus corrompu de la terre. Il a pris des excep-
tions pour la règle générale, et il a prononcé anathème contre
la nation entière.
On se tromperait si l'on pensait, d'après le titre, que Delislc
est un roman de caractère. L'épithète de soupçonneux ne con-
vient pas plus au héros que les qualifications de susceptible, de
réservé, de dédaigneux; c'est encore un roman de mœurs, un
ouvrage destiné à peindre la société anglaise. La fable en est
plus attachante que celle des ouvrages précédens; mais trop de
personnages sont mis en scène, et il n'y a pas assez de variété
GRANDE-BRETAGNE. /, , »
uns les portraits que l'auteur en a tracés. Dans ce dernier
roman, comme dans la nouvelle visite àAlmack, on trouve
beaucoup de pages écrites avec un talent remarquable. Y. D.
Ouvragt s p< i indiques .
i V>. — * The foreign RtPtetv, etc. — La Revue étrangère,
n° I. Londres, janvier 1828;- Black, Young et Young. In-8°
de 35o pages; prix, 6 sh.
Fn rendant compte dans la Revue Encyclopédique (voy. t.xxxv,
p. 382) de la Revue trimestrielle étrangère (the foreign r/uar-
ter/> Revicw) , publiée à Londres, nous avions reproché aux
rédacteurs de ce recueil de ne faire connaître qu'un trop petit
■ombre d'ouvrages. Nous leur avions conseillé de modifier leur
plan, de manière à pouvoir offrir à l'Angleterre un tableau plus
eomplet de l'état des sciences et de la littérature dans les pays
étrangers. Ce conseil a été négligé, et un recueil rival vient de
s'établir pour remplir la lacune que nous avions signalée.
La nouvelle Revue étrangère a adopté le plan de la Revue
Encyclopédique, en omettant néanmoins la première section
consacrée aux Mémoires et aux Notices, etc. Son premier cahier
est composé de 35o pages, dont les deux tiers sont remplis par
l'analvse raisonnée de vingt-trois ouvrages écrits en langues
! française, espagnole, italienne, suédoise, allemande, etc., et
l'autre tiers par des articles bibliographiques sur une cinquan-
taine d'ouvrages d'un intérêt secondaire, et par des nouvelles
scientifiques et littéraires, recueillies dans les différens états
de l'Europe.
« On se formerait, avons-nous dit dans X Athcnœum du 29
janvier dernier, une fausse idée de la Revue étrangère, si l'on
jugeait ce journal d'après son premier article, attribué au
Dr Southey. L'analyse de X Histoire des ducs de Bourgogne est
sans doute écrite avec élégance; mais, sur quarante pages, en
consacrer plus de trente à un simple épisode, à la rébellion
d'Arteveld, n'est pas le moyen de faire connaître dans toutes
ses parties une histoire qui, comme celle de M. de Barante, em-
brasse une période de 1 13 années; aussi, malgré quelques pages
très remarquables, nous considérons cet article comme un des
moins instructifs, et nous lui préférons ceux qui sont relatifs à
la vie et aux écrits de JVcrner, et à la littérature du Portugal;
la critique spirituelle et piquante de plusieurs romans publiés
dernièrement en France, en Italie, en Allemagne et en Dane-
mark; l'article sur l'ouvrage du général Foy; celui qui traite
de l'histoire de la poésie espagnole, et surtout ceux où se
446 LIVRES ETRANGERS.
trouvent exposes l'état actuel de la Turquie et la situation du
parti prêtre en France.»
Une critique sévère trouverait pourtant quelque chose à re-
prendre dans les articles que nous venons de citer. Il y a dans
l'examen de la vie et des écrits de Werner un mélange de méta-
physique qui dépassera la portée de plus d'un lecteur; l'article
sur la littérature du Portugal annonce beaucoup d'érudition,
mais contient des passages trop dénués d'intérêt, et beaucoup
d'erreurs dans l'orthographe des noms propres. Les traductions
en vers anglais de poésies espagnoles font honneur à la nuise de
M. Wiffen ; mais les erreurs graves dans lesquelles il est tombe
prouvent que cet auteur n'a fait qu'une étude bien superficielle
de la littérature castiilanne. Malgré le défaut d'impartialité,
bien excusable sans doute, quand il s'agit de la malheureuse
et héroïque Grèce, l'article sur la Turquie, auquel a donné
lieu l'ouvrage de M. Grassi, intitulé : Charte Turque, ne paraît
mériter que des éloges.
Le tems nous a manqué pour pouvoir examiner les autres
articles contenus dans ce cahier. Mais, ce que nous en avons
lu , et le coup d'œil que nous avons jeté sur les notices biblio-
graphiques, et sur les nouvelles scientifiques et littéraires qui
complètent le volume, ont suffi pour nous convaincre que des
écrivains habiles, français et étrangers, ont concouru à la
rédaction de ce nouveau recueil. F. D.
RUSSIE.
146. * — Zapiski, etc. — Mémoires publiés par le Département
de l'Amirauté; tome x. Saint-Pétersbourg, 1826; imprimerie
de la Marine. In-8° de xvn-407 pages.
La première mention détaillée que nous ayons faite de ces Mé-
moires importons est due à un de nos correspondons étrangers,
M. J. H. Schnitzler, et se trouve consignée dans notre cahier
de mars dernier (t. xxxm, p. 732-733); les lecteurs y ont
trouvé l'indication succincte des sujets renfermés dans les
tom. vin et ix de ces Mémoires. Depuis, nous avons reçu de
notre correspondant de Moscou, M. P. R. E., un article sur
le vne volume de ce même ouvrage, et nous l'avons inséré
dans notre cahier d'août (t.. xxxv, p. 385), en indiquant les
années de publication des volumes antérieurs. Nous nous em-
pressons d'emprunter à un journal russe que nous venons de
recevoir (ï) un résumé sommaire des matières contenues dans
le tome x des Mémoires de l'Amirauté.
(1) Le Télégraphe de Moscou, nQ 2a ; i8a6, pag. 104-107.
RUSSIE. 44?
On apprend, clans ce volume, que les paratonnerres, établis
pepuis long-tems sur lea vaisseaux russes, vont L'être égale-
ment sur les phares. Plusieurs cartes nouvelles doivent être
publiées par le Département, qui a nommé le conseiller d'état
■ académicien Vichenepsfy a la place de membre, vacante dans
son sein par la mort du célèbre astronome Schubert % sur lequel
Ipus avons donné une courte Notice nécrologique (voy. Reç.
Bftt'.j cahier d'octobre 1S2O', t. xwir, p. 220) (1).
Nous passons sur plusieurs importations ou traductions d'ou-
vrages étrangers, intéressantes pour la Russie, mais qui n'au-
raient pas le mérite de la nouveauté pour nos lecteurs , afin
d'arriver plus vite à l'indication d'un des derniers ouvrages
du même académicien, qui a pour titre : Dr, l'interpolation ,
où il donne la solution de la question la plus importante pour
les navigateurs, et au moyen de laquelle , à l'aide du calen-
drier nautique, indiquant seulement la position du lever et du
coucher i\i\ soleil pour Greenwieh, on peut prendre cette
position pour tous les lieux et pour toutes les heures. Voici la
manière claire et concise avec laquelle ce problème est posé:
Des tables qui renferment deux quantités A et B liées entre
elles étant données, trouver, au moyen de leur différence, la
quantité B, correspondante à la quantité A, lorsque celle-ci
tombe entre deux nombres consécutifs des tables.
A la suite de ce mémoire vient le compte rendu de la navi-
gation effectuée par le vaisseau X Apollon, parti du port de
Cronstadt en 1821. Ce vaisseau, après avoir perdu son capi-
taine de ier rang Touloubirf , à 208 milles du cap de Bonne-
Espérance, continua sa route vers la Nouvelle- Hollande,
sous le commandement de son capitaine de 2e classe Khrous-
tsc/ioj , visita le Kamscbatka, puis se mit en croisière pour em-
pêcher le commerce des vaisseaux étrangers avec les possessions
russes de l'Amérique jusqu'au 11 octobre 1823. H ht ensuite
une visite au port Saint Francisque, dans la Californie, et la
relation fait remarquer que le changement opéré à cette époque
dans le gouvernement de cette presqu'île, qui s'était soustraite à
la domination de l'Espagne pour se mettre dans la dépendance
du Mexique, ne fut d'aucun obstacle pour l'équipage russe,
qui put y effectuer son débarquement, et reçut toute espèce
de secours et de protection delà part des autorités locales. Ce-
(1) Nous avons reçu depuis un article plus détaillé de notre corres-
pondant de Moscou , M. P. R. E. , mais beaucoup trop tard pour en
faire usage.
4/, 8 LIVRES ÉTRANGERS,
pendant, il ne" put s'y approvisionner de biscuit; le blé y
était en grande abondance, mais le défaut de moulin l'obligea
à emporter le grain en nature, avec la perspective de pouvoir
le moudre seulement au port d'Archangel. Le vaisseau rentra
enfin dans le port de Cronstadt le 9 octobre 1824.
On trouve dans ce môme volume la description du port mili-
taire de Svéaborg et de la ville d'Helsingfors , par le vice-amiral
Saritchcf, destinée à accompagner l'Atlas des ports russes que
dresse le Département de l'Amirauté; enfin divers extraits du
journal de l'École des pilotes de Cronstadt pour i8a5, et un
tableau des observations météorologiques recueillies dans
ce port pendant la même année, et qui donne pour résultat
55 jours pluvieux, 249 nébuleux, 45 neigeux, et seulement
16 jours sereins.
147. — Razbor tiiohh stateï , etc. — Examen de trois pas-
sages des Mémoires de Napoléon, par Denis Davuidof. Mos-
cou, 1825 ; imprimerie de Sélivanovsky. In - 8° de 65 pages,;
prix, 3 roubles.
L'auteur dé cette brochure , qui commandait .mi escadron
de hussards au commencement de la campagne de 1812, est
le premier qui donna l'idée , en Russie , de cette guerre de par-
tisans si utile à ses compatriotes et si funeste à nos armes pen-
dant la retraite de Moscou. Élevé depuis ( en i8i5 ) au grade
de général-major , il a publié un ouvrage qui a pour litre : De
la guerre des partisans , sujet traité en France par M. Lemière
de Corvcy (1).
Trois passages des Mémoires de Napoléon ( tome 11, p. 98 ,
112 et 119), d'où il résulterait que, pendant la campagne de
Moscou, pas une estafette ne fut interceptée, pas un convoi
de malades ne fut pris, pas un seul jour ne se passa sans qu'on
reçût des nouvelles de Paris au quartier général de l'armée
française, ont fait prendre la plume à M. Davuidof, jaloux de
défendre la gloire de ceux de ses compatriotes qui ont marché
sur ses traces, en 1812. Il oppose à cette assertion de Napo-
léon les bulletins même de la grande armée, les notes officielles
du Moniteur, des passages des ouvrages de MM. de Chambray
(1) Des partisans et des corps irréguliers. Paris, i8a3; Anselin et
Pochard. In-8° de trente feuilles et demie, avec une planche; prix ,
G fr. (Voy. Rev. Eue. , t. xvn , p. i3o-i3i).
Nous connaissons aussi : Considérations sur la guerre des partisans ,
par un ex-officier d'artillerie , ancien élève de l'Ecole polytechnique.
Paris , 1825; imprimerie de Lachevardière. In-8° d'une demi-feuille.
RUSSIE. 440
cl Vaudoncourt, des lettres du maréchal Berthier et d'autres
documens empruntés à la correspondance, saisie par l'ennemi.
Toutes ces citai ions sont traduites eu russe dans le cours de sa
brochure, et le texte original est reproduit en français dans des
notes, au bas de chaque page, (le manière à rendre le juge-
ment facile à tous les lecteurs. Deux notes de la page 3 9 lui pa-
raissent surtout être concluantes ; elles sont extraites d'une
lettre du maréchal Berthier au prince Koutousof ( en date de
Troïztkoï, 8/20 oct. ) et de la réponse de celui-ci (en date de
Taroutino, 9/ar oct. ). On lit dans la première que « le géné-
ral Lauriston avait été chargé de proposer des arrangement
pour donner à la guerre un caractère conforme aux règles éta-
blies et prendre des mesures pour ne faire supporter au pays
que les maux indispensables qui résultent de l'état delà guerre.»
Le maréchal Koutousof répond « qu'il est difficile d'arrêter un
peuple aigri par tout ce qu'il voit, un peuple qui depuis trois
cents ans n'a point connu de guerre intérieure, qui est prêt à
s'immoler pour sa patrie et qui n'est point susceptible de ces
distinctions entre ce qui est ou ce qui n'est pas d'usage dans les
guerres ordinaires. » M. Davuidof s'empresse de tirer de ces
passages la preuve de toutes les inquiétudes que les partisans
donnaient à l'armée française, et nous croyons la chose trop
bien prouvée depuis long-tems pour nous y arrêter davantage.
Mais, ce qu'il y a de plus remarquable et de plus important
pour l'histoire dans les erreurs que relève M. pavuidof, c'est
cette assertion des Mémoires de Napoléon, que le séjour de
l'armée française à Moscou fut de 20 jours. « Ce séjour, répond
l'écrivain russe, ne fut pas de 20 jours, mais bien de 34. Na-
poléon entra dans cette capitale le 2 septembre , et n'en sortit
que le 7 octobre. Cette remarque est très-importante; car ces
14 jours sont remplis par l'armistice de Taroutino, qui a eu
une influence si directe sur le sort de l'armée française. En ef-
fet, si les Français eussent quitté Moscou 14 jours aupara-
vant, aucun des projets du maréchal russe n'aurait atteint sa
maturité. L'armée russe n'aurait pas eu le temsde se renforcer
des troupes rassemblées par le prince Labaunf; les recrues et
les nouveaux soldats incorporés dans les régimens de ligne
n'auraient pas été suffisamment exercés; on n'aurait pas reçu
le renfort des 24 régimens de Cosaques du Don, qui, réunis à
ceux que possédait l'armée russe, offrirent plus de 20,000
hommes de cavalerie légère, qui firent tant de mal aux Français
dans leur retraite ; l'enthousiasme des Russes n'aurait pas été
excité par la victoire du 6 octobre.. .Enfin, si l'armée française
avait quitté Moscou 14 jours plus tôt, non-seulement elle aurait
t. xxxyii. — Février 1828. 29
/,5o LIVRES ÉTRANGERS.
évité la famine, mais elle eût traversé toute la distance de cette
ville à Smolensk par un beau chemin et un beau tems, l'au-
tomne ayant été chaud, contre l'ordinaire, et le froid n'ayant
réellement commencé que le 22 octobre et ayant surpris les
Français sous les murs de Viazma. » Cette prolongation de sé-
jour à Moscou, si justement reprochée à Napoléon, ne peut
plus être un point de contestation; là fut tonte sa faute, de là
vinrent tous les désastres de notre armée, et le témoignage d'un
écrivain russe, qui se montre aussi impartial que zélé pour la
gloire de son pays, devra être d'un grand poids aux yeux de
l'histoire.
M. Davuidof, nous aimons à le reconnaître, a conservé dans
cette discussion toute la décence et la dignité que l'on pouvait
attendre d'un homme digne d'apprécier le mérite militaire, et
que son esprit et ses talens ont rendu aussi célèbre dans la so-
ciété que sur les champs de bataille (1). Soldat lui-même, il a
respecté , dit-il , la gloire du premier soldat de tous les siècles ,
et la mémoire de celui que quelques -uns de ses anciens servi-
teurs, de ceux même qu'il avait comblés de bienfaits, ont eu
plus d'une fois la lâcheté d'insulter et de calomnier.
148. — Eléguiï i drouguiïa stikhotvoréniïa , etc. — Élégies et
autres poésies de Dmitri Glébof. Moscou, 1827; imprimerie
d'Aug. Sémen, In-8° de ïv-3oi pages.
L'art des transports de l'âme est un faible interprète ;
L'art ne fait que des vers , le cœur seul est poète.
Ces deux vers français, que l'auteur a pris pour épigraphe ,
peuvent s'adresser aux poëtes en général, mais conviennent
surtout au poêle élégiaque. Le recueil de M. Glébof se com-
pose de deux livres d'élégies, de ballades, d'épîtres, de ro-
mances et d'autres poésies légères , dont la plupart sont em-
pruntées à Bertin, à Legouvé, à Millevoye et à divers poëtes
français; ces emprunts , dit le Télégraphe de Moscou ( Sept.
1827, p. 38), auquel nous devons les matériaux de notre ar-
ticle, sont faits en général avec talent et avec goût, quoique le
traducteur laisse à désirer quelquefois plus d'énergie et plus de
mouvement dans certains passages où ses modèles brillent par
ces deux qualités. L'école française, ajoute le journal russe , a
cessé d'être en honneur parmi nous; nous ressemblons à des
enfans volontaires qui, après avoir secoué le joug des maîtres,
(1) M. Davuidof est un des poètes modernes les pins distingués de la
Russie. On connaît de lui des pièces charmantes , surtout une qui a
pour titre le Jour de garde ( dejourstvo) , et qui a même été attribuée
par quelques personnes au célèbre poète lyrique Derjavine.
RUSSIE. -POLOGNE. 45i
nous vengeons contre mx de l'ennui que dons avons éprouvé
dans les classes. Sans doute il ne faut pas toujours rester éco-
liers; niais nous n'en devons pas moins de la reconnaissance à
nos maîtres, quoiqu'en avançant dans la carrière nous /ions
apercevions que leur exemple ne doit pas être servilement
suivi, et que tOUl ce que nous avons appris d'eux ne doit pas
être regardé comme sacré. Gardons-nous surtout d'être exclu-
sifs, et ne quittons pas entièrement une imitation pour une
autre. Sans chercher à soutenir l'infaillibilité des modèles fran-
çais, on s'étonne de voir refuser la qualité de poète à Millevoye
par ceux qui se déclarent partisans de Schiller, de Byron et de
Goethe; on peut reconnaître tout à la fois le génie de ces trois
poètes et celui de Millevoye. Beaucoup de ses vers se gravent
également dans la mémoire et dans le cœur ; il ne s'est point
d'ailleurs traîné en esclave sur les chemins battus par ses pré-
décesseurs; et, si la mort n'était pas venue le surprendre au
milieu de ses triomphes, peut-être occuperait-il aujourd'hui
l'un des premiers rangs parmi les poètes français contempo-
rains. Avec autant d'imagination que l'auteur des Méditations
poétiques , il avait plus de variété dans l'esprit, un style plus
correct et plus de véritable sensibilité. »
Nous avons pensé qu'on aimerait à trouver ici ce jugement
d'un critique russe sur notre littérature ; bientôt , au milieu de
la confusion et de l'anarchie qui régnent parmi nos Aristarques,
c'est aux étrangers que nous irons demander pour nos chefs-
d'œuvre, et surtout pour ceux que le grand siècle nous a lé-
gués, la justice qu'on leur refuse en France, où le mauvais
goût voudrait nous rendre complices des efforts qu'il fait pour
nous ramener au siècle des Dubartas et des Ronsart. Sachons
gré aux auteurs étrangers qui n'ont pas entièrement renoncé à
chercher des modèles parmi nous; nous ne sommes pas encore
au point où voudraient nous voir les ennemis de notre gloire
littéraire; et les productions des Ségur, des Etienne , des An-
drieux, des Pongerville et de leurs émules protestent haute-
ment en France en faveur du goût et de la saine littérature.
E. Héreau.
POLOGNE.
i/i9 — * Examen théorique et pratique de la méthode cura-
t'we du D' Hahnemann, nommée homéopathie; par le Dr Bigel,
médecin de l'école de Strasbourg , etc. , etc. Varsovie, 1827 ;
rducksberg. Paris, Ponthieu et Cie; Béchet jeune. 2 vol. in-8a
de 328 et 392 pages; prix, à Paris, 12 fr.
Le docteur Bigel est un Français qui a demeuré long-tems à
29.
,,,7 LIVRES ÉTRANGERS.
Saint-Pétersbourg. Ayant accompagne à Dresde, en 182/i ,
l'épouso du grand-duc Constantin, il eut occasion d'y voir le
docteur Hahnemann , de prendre connaissance de sa doctrine;
et, après l'avoir mise en pratique à son retour à Varsovie, il
s'en constitua le zélé défenseur. Il inséra dans un journal alle-
mand qui se publie à Leipzig, et qui est intitulé Archives de la
médecine homéopathique , des dissertations écrites en langue
française, qui, reimprimées de nouveau et réunies, forment
en grande partie l'ouvrage que nous annonçons, et que leur au-
teur destine particulièrement à l'instruction de ses compatriotes.
Les détails assez étendus que la Revue Encyclopédique a
donnés dans le cahier de septembre 1827 ( t. XXXV, p. 777
et suivantes) sur l'homéopathie du docteur Hahnemann, nous
permettent de nous borner à quelques considérations sur ce
qui, dans cette nouvelle doctrine, est surtout de nature à ex-
citer l'éronnement. Si l'on peut admettre sans difficulté que,
parmi les diverses manières d'amener la guérison d'une mala-
die, il en existe une qui consiste à l'accroître et qui produise
la cessation du mal par son excès même, puisqu'on guérit une
brûlure en l'approchant de nouveau du feu, qu'on rend la vie à
un membre gelé en le frottant avec delà neige; il est, d'un autre
côté, bien difficile de croire qu'on puisse arriver à ce résultat par
l'emploi d'atomes aussi petits que ceux dont se servent les mé-
decins homéopathiques. Ainsi, par exemple, la douee-amère
est une plante peu active, et son extrait a été pris sans incon-
vénient à la dose d'une once; suivant Hahnemann, dans les
cas où elle est indiquée , on ne doit, donner qu'un octillionième
de goutte de sa teinture, et alors même son action dure pen-
dant dix à douze jours. Le rapport de ces deux doses serait
donc comme 576 esta 0,000000000000000000000000001. Pour
d'autres médicamens la décilionième partie d'un grain est en-
core trop active, et on ne peut l'administrer qu'en plusieurs
fois. Ne semble-t-il pas qu'un monde nouveau, celui des in-
finiment petits, comparable en quelque sorte à celui que la
découverte des verres lenticulaires fit apercevoir parmi les
atomes, s'ouvre pour la médecine, et qu'elle est appelée à des
considérations du genre de celles qui, avec tant d'avantages,
pour les sciences exactes, donnèrent naissance au calcul
infinitésimal. Les raisonnemens sur lesquels s'appuient les
disciples du docteur Hahnemann pour faire concevoir que des
quantités aussi minimes aient une action puissante et salutaire
paraissent plus spécieux que concluans; mais ils y ajoutent le
récit de faits, d'observations non moins extraordinaires que
leur théorie. Or, ces faits, il faut ou les nier ou bien les atli i-
POLOGNE.— SUÈDE.
huer au régime sévère impose aux malades, ou encore à ta
puissance dé l'imagination qui quelquefois a produit des mi
racles, on enfin, si on !e, regarde COmme vrais el comme le
résultai de l'administration de médicamens réduits à de pa-
reille* doses , il Tant élever des Statues an docteur llalinomann
et proclamer sa découverte comme la pins étonnante, et pent-
étre la plus précieuse qui ait été faite depuis des siècles en
faveur de l'humanité. Du reste, ce n'est pas une doctrine qui
puisse s'amalgamer avec les nôtres et seulement les modifier;
il faut renoncer à ce que nous avons appris, refaire la patho-
logie tout entière, n'étudier plus que des symptômes, en nous
résignant à ignorer toujours la cause interne ou prochaine des
maladies, recommencer la matière médicale comme si rien
encore n'avait été fait dans cette science, n'admettre que des
spécifiques et traiter les malades tout autrement qu'ils l'ont
toujours été. Cependant, pour savoir à quoi nous en tenir en
définitive sur l'homéopathie, il convient d'attendre que le
teins, qui met les conceptions humaines à leur place et fait
justice des idées chimériques, tandis qu'il sanctionne toutes les
vérités, oit prononcé sur sa valeur. Rigoliot fils, d. m.
SUÈDE.
i5o. — * Recueil de lettres, proclamations et discourt de
Charles Jean, prince royal, et ensuite roi de Suède et de
Norvège. Stockholm, i825; imprimerie de C. Deleen. In-8°
de 325 pages. Ne se vend point.
Le bras qui est armé du sceptre le quitte rarement pour la
plume, et peu de têtes couronnées se sont fait une gloire de
rendre hommage à l'opinion , en publiant leurs pensées. Le
grand Frédéric était jusqu'à nos jours un exemple à peu près
unique en ce genre, et encore n'avait-il cédé, en se faisant
imprimer, qu'au frivole désir de passer pour poëte. Ses prin
cipes sur les gouvernemens et sur les droits des nations n'avaient
rien de commun avec ceux que proclament aujourd'hui les
rois constitutionnels. Une telle détermination cependant n'au-
rait rien que d'honorable, el il serait à désirer que les hommes
qui doivent influer puissamment sur la destinée des peuples
donnassent , dans quelques écrits rendus publics, l'exposé de
leurs principes et de leurs vues administratives , qui offrirait
des garanties à leurs peuples, des instructions utiles à leurs
successeurs. Les conseils de courtisans , toujours intéressés à
les tromper, auraient inoins d'influence sur leur conduite ; et
des liaisons de confiance et d'affection, plus faciles et plus
454 LIVRES ÉTRANGERS.
intimes, pourraient s'établir entre eux et les nations qu'ils sont
appelés à gouverner. C'est à défaut de sympathie et d'harmonie
entre les rois et les peuples, que des ageos intermédiaires, dé-
corés du nom d'hommes d'état et habiles à spéculer sur l'irri-
tabilité des uns et des autres, parviennent h se rendre néces-
saires en divisant, pour régner, et ne laissant aux princes que
le titre de souverains et de vaines prérogatives dont ceux-ci se
montrent d'autant plus jaloux qu'ils ont plus complètement
aliéné leur volonté personnelle et compromis la dignité de
leurs trônes.
Dans l'ouvrage que nous annonçons, un monarque vient nous
exposer lui-même sa profession de foi politique et les vues
qui le dirigent. Le roi de Suède Charles Jean n'ayant eu
aucun motif de s'opposer à ce qu'un libraire de sa capitale pu-
bliât un recueil des lettres qu'il a écrites, des proclamations qu'il
a faites, des discours qu'il a prononcés , comme prince royal
et ensuite comme roi, nous avons l'avantage de pouvoir ap-
précier la manière dont il envisage les devoirs que sa position
élevée lui impose. Les pièces réunies dans ce recueil s'étendent
du 20 octobre 1820 au 28 janvier 1825. La première est le
discours prononcé par le prince royal, à son arrivée à Hel-
singbourg, et la dernière , une allocution du roi de Suède et de
Norvège à l'académie d'agriculture de Stockholm. Toutes res-
pirent un vif intérêt pour ses peuples, et un généreux attache-
ment aux principes constitutionnels. Partout il montre aux
Suédois le bien de la patrie comme le but de leurs actions, et
il se propose de rendre la liberté de la Scandinavie inébranlable
comme ses montagnes. Ce qui flatte le plus le roi de Suède,
c'est d'avoir été l'objet de l'élection unanime d'un peuple libre;
c'est le choix libre de la nation qui lui a conféré des droits
au trône; et par là, ces droits sont devenus plus légitimes et
plus sacrés que s'il fût descendu d'Odin.
Ou aime à retrouver les mêmes principes dans tous les actes
de ce recueil. Si Charles Jean s'adresse aux Etats-Généraux , il
les entretient de son respect pour la liberté constitutionnelle;
il déclare que le seul hommage national que puisse souhaiter
un gouvernement éclairé et libéral , c'est d'être jugé sur ses
actions ; il sait que les nations ne prospèrent et ne s'affermissent
que sous l'égide des lois protectrices de la liberté individuelle
et du droit de propriété ; que la gloire des conquérans peut
disparaître , mais que celle des hommes qui défendent la
liberté des nations est pure et durable. Loin de s'effrayer d'une
divergence d'opinion au sein de l'assemblée législative , il ne
conçoit pas l'idée qu'elle puisse avoir d'autre motif que celui
SI ÈDE.
il'un vrai patriotisme | et il professe le plus profond respecl
pour la manifestation constitutionnelle de toute pensée en
opposition à la sienne.
L'instruction publiques été L'objet de la sollicitude du roi
Charles Jean. Con\aiueii que, plus une nation est éclairée,
plus on voit se développer dans son sein un zèle patriotique
qui est le garant de .^a grandeur et de son indépendance, il
cherche ;• donner uo nouvel essor à l'éducation par de nom-
breux encouragemens , el il permet à son fils de passera l'Uni-
versité d'T psal le tems où ses devoirs ne réclament pas ailleurs
sa présence, espérant qu'il y puisera ces vrais principes de
morale publique et de patriotisme qui inspirent le respect poul-
ies droits «les citoyens et pour la dignité de l'homme.
Ou trouve dans ce recueil des morceaux que l'on voudrait
citer en totalité pour donner l'idée parfaite d'un prince qui
ne s'est pas laissé éblouir par l'éclat d'un trône, ni enivrer par
les fumées de l'orgueil. Tel est le discours que Charles Jean
prononça au conseil d'état le jour où son fils vint y prendre
place pour la première fois. «Un prince , lui dit-il, doit
racheter la faveur du rang par de grandes vertus et des
qualités supérieures. Par de belles actions, on excite l'admira-
tion des peuples; mais il en faut faire de lDonnes pour s'attirer
leur amour. Tout ce que l'intérêt ou la flatterie ont inventé
pour donner aux princes le change sur leurs actions disparaît
bientôt à la lumière de la vérité. Utilité, justice, c'est là le sceau
que respectent les tems, la seule illustration durable. Gravez
dans votre cœur ces profondes leçons; songez que l'auguste
couronne que décerne un peuple libre sera toujours mal affer-
mie sur une tète gonflée d'orgueil et de caprices, qu'il faut se
préparer à la porter par un sentiment profond des devoirs des
rois et des droits des peuples. Malheur au prince qui se per-
suade qu'en effaçant les traces des droits de sa nation, il re-
hausse l'éclat et le pouvoir du trône ! »
Ces principes dans la bouche d'un roi sont, sans contredit,
le garant réel de la sagesse et de la libéralité de son adminis •
tration : la publication des écrits qui les renferment honore
son règne et doit lui concilier tous les cœurs ; des peuples assez
heureux pour être gouvernés par de semblables doctrines, ne
sont point ingrats et ne recueillent qu'avec reconnaissance les
avantages de leur application. C'est un monument unique jus-
qu'à ce jour dans les fastes des princes et des nations.; c'est la
preuve d'un grand caractère, qui trouve en lui sa plus noble
récompense. Lorsqu'un monarque, s'a p pu van t sur l'expression
de la raison publique, s'est fait un devoir de ne conduire un
456 LIVRES ÉTRANGERS.
peuple qu'en l'éclairant, le peuple ne réclame d'autre liberté
que celle qui est fondée sur les lois et sur le maintien de l'ordre
social.
Le Recueil que nous annonçons renferme aussi des lettres
écrites à Napoléon , dès l'arrivée du prince royal en Suède ,
à la fin de 1 8 10; puis, successivement , en 181 1, 1812 et 181 3.
Elles tendent à expliquer les causes de la rupture du prince
avec Bonaparte, et les motifs qui le déterminèrent à prendre
parti pour l'armée russe. Ces lettres sont écrites dans l'intérêt
de la Suède , et sons l'influence des événemens de cette mémo-
rable époque. Nous nous abstiendrons de les juger, avec d'au-
tant plus de raison que nous ne connaissons qu'imparfaitement
les faits qui s'y rapportent, et nullement les réponses ou les
lettres antécédentes de Bonaparte. Quant aux proclamations
du prince royal de Suède, datées des bords du Rhin en 1814,
elles avaient déjà paru dans les feuilles publiques, et on les
trouve dans plusieurs collections de documens historiques. R.
ALLEMAGNE.
i5i. — * Lehrbuch der practischen Einleitung in aile Bûcher
der heiligen Schrift. — Introduction pratique pour tous les
livres de l'Écriture sainte, par le Dr C. - F. Staudlin. Goet-
tingue, 1826; Vandenhœk et Ruprecht. In -8° de xiv et 3c,3
pages.
La ré formation, en séparant plusieurs millions de chrétiens
de l'église romaine et de sa tradition , les renvoya à l'Écriture
sainte, comme à la base unique de leur croyance et de leui en-
seignement religieux. Le libre examen, après avoir déchiré le
voile doni. l'influence hiérarchique avait entouré la Bible, se
porta bientôt sur ce livre même. Cependant, les premiers ré-
formateurs, ne pouvant s'entendre sur tous les points de la foi
chrétienne, se virent forcés de s'enquérir des règles nécessaires
à l'interprétation de l'Écriture sain le, et c'est ainsi que prit
naissance une science nouvelle, celle de Y interprétation scienti-
fique delà Bible. Dans l'église catholique romaine, la Bible
n'avait été interprétée que par X autorité ou des pères de l'é-
glise, ou d'une prétendue inspiration des princes de l'église ,
rassemblés en concile général, ou enfin de l'église elle- même
concentrée dans la personne du souverain pontife. Les réfor-
mateurs, en rejetant cette autorité, durent se replier sur eux-
mêmes, et ne pouvant prétendre à l'infaillibilité, ils durent
abandonner au raisonnement et au libre arbitre de chaque in-
dividu l'intelligence de tel ou tel passage de l'Ecriture sainte.
ALLEMAGNE. /,r>7
L'étttde du grec el d-- 1'héblWI , ainsi (pic celle des autres langues
sémitiques qui peuvent servir à bien faire entendre Thébreux,
l'étude des mœui s et des religions orientales , celle de l'histoire
de l'église et (le l'antiquité, devinrent toutes de plus en plus
indispensables. Enfin, pour interpréter <•<• que des hommes
avaient écrit pour leurs semblables, pour distinguer ce qui
pourrai! leni avoir été révélé de ce qui semblait ne l'avoir pas
été, pour prouver enfin la nécessité dune révélation, OU pour
la contester, il fallut compulser les systèmes philosophiques des
païens, comparer les différentes religions et analyser scrupu-
leusement la nature de l'homme ; si bien (pie Tanthiopologie ,
l.i psychologie, la logique et la métaphysique devinrent presque
des parties intégrantes de la théologie.
[.es Universités servaient de foyers à tous ces travaux; et
dans la foule des petits souverains allemands, il s'en trouva
toujours quelques- uns qui ne mirent aucune entrave à ces dé-
veloppemens scientifiques. D'ailleurs la Suisse et la Hollande
étaient là pour servir de points d'appui aux théologiens alle-
mands. C'est donc, d'une part, à la division du pays et de l'é-
glise, et de l'antre à la réunion de tous les genres d'études
dans les Universités, que l' Allemagne doit son illustration scien-
tifique. C'est du moins en partie à ces circonstances qu'elle doit
d'avoir peut-être devancé ses voisins dans les études philolo-
giques, historiques, théologiques et philosophiques.
Parmi les Universités qui ont le plus contribué aux progrès
de ces études, Goettingue a toujours occupé une des premières
places, et c'est là que l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons
vient de terminer sa carrière , après y avoir professé avec un
grand succès, pendant plus de trente ans , les sciences théolo-
giques, et avoir enrichi la littérature allemande de beaucoup
d'ouvvages très-remarquables.
L'Introduction pratique à la Bible est un des derniers; c'est
le fruit d'une étude très-approfondie de cette charte religieuse
de l'humanité. Sans entrer dans des détails historiques ou cri-
tiques, l'auteur expose successivement avec une noble simplicité
les vues religieuses et morales qui constituent le fond de chaque
livre de la Bible; et en donnant ce résumé , il n'a d'autre but
que de faire connaître ces monumens historiques , et de les faire
respecter pour tout ce qu'ils contiennent de vrai, de beau et
d'utde, abstraction faite de la source de laquelle ils peuvent
être émanés. Mais, en y signalant le progrès des idées reli-
gieuses en général , il ne manque pas non plus d'indiquer les
erreurs dans lesquelles les auteurs de plusieurs parties de l'É-
criture sainte sont tombés. Pour être pieux, il ne cesse pas
458 LIVRES ÉTRANGERS.
d'être juste , et nulle part l'intérêt de la religion n'est séparé de
l'intérêt de la morale. Dans des siècles barbares , une égale
vénération était vouée à toutes les parties du livre sacré, et la
colère de Jehovah envers les idolâtres sert encore d'autorité
au clergé romain d'Espagne et d'autres pays, pour réclamer
l'extirpation des hérétiques , c'est-à-dire , des non-catholiques.
La civilisation, en exerçant l'esprit et en purifiant le sentiment
moral, nous accoutume à saisir les différences essentielles des
choses que la barbarie confondait. C'est pour cela que l'Intro-
duction du professeur Standlin mérite d'être distinguée et
d'être répandue chez les nations, qui sont encore arriérées dans
la civilisation , comme les Espagnols, ou dont les travaux se
sont concentrés sur d'autres parties de la littérature et des
sciences. L'auteur, en la dédiant aux Sociétés bibliques, lui a
donc assigné sa véritable destination, et nous pensons qu'en
joignant à chaque Bible un exemplaire de cette Introduction ,
les Sociétés bibliques feraient un grand bien et éviteraient les
seuls reproches que jusqu'ici on leur ait faits avec quelque fon-
dement. On pourrait y ajouter les indications très concises sur
l'historique et l'origine des différentes parties de la Bible, dont
M. le prélat Griesinger les a fait précéder, dans la belle édition
de l'Écriture sainte qu'il a publiée en 1824 , à Stuttgart ( chez
Metzîer). — Avec une pareille Introduction , la lecture des dif-
férens livres qui composent la Bible se trouverait régularisée;
et en fixant l'attention sur les variations qui ont été le résultat
du développement successif de l'humanité, on préviendrait le
danger qu'il y a de confondre la doctrine du vieux avec celle
du nouveau Testament, celle de Moïse avec les prophètes , et
celle des apôtres avec celle de Jésus-Christ.
Aujourd'hui, comme dans tous lestems , on est porté à croire;
on en sentira toujours le besoin. Mais, toujours aussi, et au-
jourd'hui plus que jamais, à l'avenir plus encore qu'aujour-
d'hui, on ne veut pas être forcé à croire. On veut se rendre
raison de sa croyance; et, si même on se résigne à ne pas vou-
loir tout comprendre, du moins on ne se résignera plus à bles-
ser la morale au nom de la religion, et à croire qu'il soit permis
de sacrifier sa conscience à l'autorité d'un clergé fanatique , et
sa raison aux superstitions de quelques siècles barbares.
F.-GuilL Carové, Dr.
i5a. — * Relias , oder geographisch antiquarische Darstellung
des alten Griechen landes. — Hellas, Description géographique
et archéologique de la Grèce , par M. Kruse , professeur à l'U-
niversité de Halle, membre de plusieurs Sociétés savantes.
Leipzig, 1827. In-8° avec un grand atlas (voy. t. xxxiv, p. 4^6>
l'annonce du tome premier ).
ALLEMAGNE. 45g
( et o\\\ rtgfl eSl un des plus impoi lans cl «les plus intéressant
à la fois qu'ail produits l érudition allemande de notreépoque,
M. kruse, parcourant toute la Grèce avec les textes anciens,
n'énonce pas tin fait qui ne soit appuyé par une citation. Et ce-
pendant, la lecture de son livre est facile et attachante; l'esprit
est sans cesse frappé de noms célèbres , ou chers à la cause de
la liberté. Tous les souvenirs y sont retracés, tous les restes des
antiquités v sont décrits, et. le voyageur, avec ces volumes et
ces cartes, n'aurait besoin d'aucun autre secours.
La seconde partie du tome n est consacrée à la Phocide, a la
Doride, à la Locridc, à l'Étolie , à l'Acarnanie et aux îles qui
en dépendent. Nous ne pouvons mieux l'aire connaître la ma-
nière, de M. Kruse qu'en lui empruntant quelques passages.
« N(\ii]Hictos, la seconde ville des Locriens Ozoles, nommée par
Strabon , était située sur le rivage de la mer de Crissa , au pro-
montoire d'Antirrhium. Selon l'historien Ephore, ce nom lui
venait de ce qu'avant la migration des Doriens, les Locriens
avaient construit leur flotte sur cette plage. Scylax place Nau-
pacte dans l'Étolie, parce que par la suite elle fit partie de
l'Étolie Épiclète. Cette ville acquit une grande importance quand
les Athéniens l'occupèrent (peu avant la guerredu Péloponèse)
et la remirent aux Athéniens chassés de leur patrie par les Spar-
tiates. Naupacte servait de port aux Athéniens, lorsqu'ils pré-
paraient les expéditions qui tendaient à soumettre ou à contenir
les colonies de la Grèce occidentale. Aussi entretenaient -ils
constamment une flotte dans ce lieu. Après la défaite des
Athéniens à Argos- Potamos , ils furent chassés de Nau-
pacte par les Lacédémoniens, et les Locriens rentrèrent en
possession de leur Mlle. Les Naupactiens se liguèrent ensuite
avec les Achéens de la côte opposée; mais Épaminondas les
expulsa, et Philippe, roi de Macédoine, soumit l'Étolie Épiclète
et la ville, et la plus grande partie du territoire locrien. Au
tems des Romains, Naupacte était sous la domination des habi-
tans de Patrée. Pausanias vit aux environs de Naupacte un
temple de Neptune avec la statue d'airain de ce dieu, un temple
de Diane Étolienne, dont la statue était en marbre, une grotte
consacrée à Vénus, enlin un temple d'Eseulape, construit par
Phalysius, en reconnaissance de ce que le dieu d'Épidaure l'a-
vait miraculeusement guéri d'une cécité. Ptolémée ne place
point Naupacte en Étolie; il rend cette ville à la Locride. Selon
la table de Peutinger, Naupacte était située à o, milles de Caly-
don, à 20 milles d'Evanthra. Elle figure encore parmi les villes
importantes , dans Hiéroclès édition de Wesseling). L'itinéraire
d'Antonin la note aussi comme telle. La distance qui la sépare
/,6o LIVRES ÉTRANGERS,
de l'isthme deCorinthey est évaluée à 75o stades. Il était na-
turel qu'on n'abandonnât point volontairement une place qui
du promontoire d'Antirrhium dominait le golfe de Corinthe. Sa
position était formidable, et elle eut un grand nombre de sièges à
soutenir. Le dessin qu'on voit dans l'ouvrage de Coronelli, et qui
représente Lépante, ou Nepacto ( car tel est aujourd'hui son nom)
peut faire connaître quels étaient les avantages d'un port qui
contenait la totalité des flottes athéniennes, et quelle était l'élé-
vation de son acropole. La ville est appuyéesur un rocherpresque
vertical, sur lequel est construite la forteresse. Le port, demi-
circulaire , peut se fermer avec une chaîne. Non loin de Nau-
pacte , au bord de la mer, est une source qui fait tourner des
moulins. Les environs sont ornés de jardins où croissent le
cèdre , le citronnier et l'oranger; la vigne y produit d'excellens
vins. L'empereur Emmanuel confia cette ville aux Vénitiens, et
trente mille Turcs l'assiégèrent en vain pendant quatre mois, en
i47$; elle tomba enfin au pouvoir de Bajazet II qui l'attaqua
par terre et par mer avec i5o,ooo hommes. Tous les vestiges
de l'antiquité ont disparu, à l'exception de la grotte de Vénus
que l'on distingue au pied du mont Rigeni. Les veuves et les
jeunes filles ont conservé la coutume d'y apporter des gâteaux
et du miel destinés aux Mites, ou bonnes déesses. Il paraît que le
temple de Ntptune, dont nous avons parlé, était situé à une
lieue de la ville, près le promontoire d'Antirrhium, où se
trouve aujourd'hui le château fort de Lépante. » — Toutes les
pages de M. Kruse offrent le même intérêt , ou un intérêt plus
grand encore à raison des souvenirs qu'il retrace. Les autorités
sur lesquelles l'auleUr s'appuie sont fidèlement indiquées au bas
du texte.
i53. — * Nachtrag zu meinem Werke. — Supplément à mon
ouvrage intitulé : Voyage au temple de Jupiter Ammon, et vers
la Haute-Egypte , par Henri de Minutoli , lieutenant-général
au service de Prusse. Berlin, 1827. In-8°.
Les additions que M. de Minutoli a faites à son ouvrage
sont au nombre de cinquante , et presque toutes se rattachent
à l'archéologie. Il donne d'abord le journal d'un voyage à tra-
vers le désert , rédigé par M. Ginoc , inspecteur des ponts et
chaussées, ensuite des dissertations archéologiques, parmi
lesquelles on peut citer ce qu'il dit des restes du temple d'Umé-
béda ou de Jupiter Ammon, et des figures hiéroglyphiques
que l'on remarque aux deux côtés de ce temple. On lit ensuite
un morceau sur la fondation du temple de Jupiter Ammon , et
sur l'établissement de colonies à Méroé, et à ce sujet il discute
la valeur significative de deux pièces d'argent qui font partie
AI.LK-MAGNF. \G\
delà collection de iM. Bosset de Neuchâtel, et qui présentent
des têtes que l'on regarde comme des têtes de nègres, ei sui
le revers des tètes de bélier. Viennent ensuite les chapitres ln-
titulés: Pratiques superstitieuses des Arabes; Monumens arabes
au Kjire; Explications sur ce qu'Hérodote rapporte du cro-
codile (et il faut remarquer que les assertions de cet historien
y sont défendues : ; Rapprochement des idées symboliques de
quelques peuples de l'antiquité, par exemple, des Indiens,
des Égyptiens, des Perses, des Américains et surtout des Mexi-
cains. L'écrivain rassemble ici des traditions et des laits qui
semblent annoncer quelque affinité entre les Égyptiens et les
Mexicains. — Selon lui, Thèbes, qui s'élevait sur les deux rives
du Nil, était divisée en deux préfectures : celle de l'est s'appe
lait Thebarum Nom us ; celle de l'ouest, Phlouris ou Phaturites.
Il est question plus loin de deux statues colossales dont M. de
Minutoli a parlé dans son grand ouvrage, et qui pourraient
être celles de Sésostris et de Mcmnon. L'auteur ajoute de nou-
velles observations à celles que M. Jomard a publiées relati-
vement à la conservation des morts dans le troisième volume
de la Description de V Egypte. Non-seulement il s'occupe des
catacombes de l'Egypte et des peintures qui les décoraient,
mais il étend cette discussion à d'autres peuples , et de plus il
la fait suivre de l'analyse raisonnée des passages d'Hérodote à
ce sujet, et de la découverte récente de divers modes de con-
servation des cadavres. Ce morceau est le plus considérable
du recueil. M. Minutoli s'y est livré à d'immenses recherches
qu'il a corroborées par ses propres observations; mais il a peu
consulté les écrits publiés depuis quelque tems sur ce sujet. Il
donne ensuite une dissertation sur le papyrus, où il constate
que cette plante est aujourd'hui très- rare en Egypte. Comme
l'atlas de Belzoni est peu répandu , M. Minutoli a reproduit les
figures de la grotte sépulcrale de Psammis, en ne prenant toute-
fois qu'une figure de chaque groupe, à l'exception du dernier
qui est entier : ces figures sont coloriées. L'auteur pense que le
sujet indiquait quatre nations soumises à un même vainqueur,
et conduites en triomphe devant lui. La culture delà vigne chez
les anciens Égyptiens et à Méroé est l'objet d'une intéressante
discussion. Le dieu Pan, représenté sur un vase de terre cuite,
que M. Minutoli a vu à Venise , lui semble le Mendès des
Égyptiens; cependant, il doute de l'authenticité et de l'anti-
quité de ce vase. On lit avec intérêt ses observations sur les
nilomètres, sur les hiéroglyphes, et sur quelques particularités
de la pyramide de Sakkara. Il croit que ces pyramides n'étaient
pas seulement des sépultures, mais qu'elles servaient aussi de
462 LIVRES ÉTRANGERS,
lieu de réunion pour les sacrifices et les initiations, et qu'elles
doivent leur origine aux dynasties de pasteurs de race sémi-
tique : elles lui paraissent plus appropriées au culte des Sa-
béens qu'à celui des Égyptiens; enfin il relève, d'après M. de
Humboldt, la singulière ressemblance qui existe entre les py-
ramides d'Asie, d'Egypte et d'Amérique. Il s'occupe aussi de
l'inscription grecque que sir Sidney Smith a communiquée à
la Société royale des antiquaires de France. Il serait trop long
d'indiquer tous les chapitres de l'ouvrage ; mais nous recom-
manderons à nos lecteurs un travail approfondi sur l'art de
faire le verre, et un autre sur les pylônes. Nous devons pré-
venir de nouveau que nos indications sont très-incomplètes,
et que ce volume contient une foule d'autres objets, traités
avec talent, et d'un grand intérêt. P. de Golbéry.
i54- — * Shakespeare' s Schaaspiele erlaùtert. — OEuvres dra-
matiques de Shakespeare, commentés par F. Horn. 4me partie.
Leipzig, 1827; Brokchaus. In-8° de 3^7 pages.
Les trois premiers volumes de cet ouvrage ne nous étant
point parvenus, nous ne pouvons annoncer que le quatrième,
que nous avons sons les yeux , et qui est destiné à le compléter.
M. Horn a voulu faire connaître à ses compatriotes les œuvres
du poète dramatique par excellence de l'Angleterre , et il en a
donné une analyse en prose, extrêmement exacte. Chaque
scène, chaque acte sont exposés avec une grande fidélité. Il
faut savoir gré sans doute à l'auteur d'avoir mis les œuvres de
cet homme de génie à la portée de ceux des Allemands qui ne
comprennent pas l'anglais; mais il faut convenir, quelque soin
qu'ait apporté M. Horn dans ses analyses, qu'il y a loin d'une
traduction rapide et mêlée de digressions historiques au tableau
brillant que présente l'original, revêtu des formes pompeuses
et à la fois énergiques de la poésie. Le quatrième volume con-
tient dix pièces de théâtre ainsi analysées, dont les plus re-
marquables sont Coriolan, Périclès , Antoine et Cléopâtre ,
Cymbelin , Mesure pour Mesure, et le Songe d'une nuit d'été ,
cette production si originale de l'imagination de Shakespeare.
M. Horn n'a pas voulu se borner uniquement au rôle d'inter-
prète; il a joint à ce quatrième volume un appendice, dans
lequel il jette un coup d'œil sur l'ancien théâtre anglais et sur
celui de Shakespeare en particulier. Il reproche tant soit peu
aux auteurs de la Grande-Bretagne d'avoir généralement traité
d'une manière faible les caractères de femmes qu'ils mettent en
action; et ce reproche, il l'étend aux Riehardson, aux Golds-
mith, aux Fielding, et même , avec assez de raison suivant nous,
au romancier le plus célèbre de l'époque moderne, à sir Walter
ALLEMAGNE. 463
Scott Dans ce même appendice, M. Ilnm fait connaître les
services qu* a rendus à la littérature L. Tieck, qu'il représente
comme celui de tous les écrivains qui a le mieux apprécié le
lems où vivait Shakespeare , et qui a le mieux développé les
analyses des ouvrages de celui quon peut nommer le père du
théâtre anglais. Enfin, M. Ho ru termine son commentaire par
quelques réflexions sur l'emploi de la musique dans les pièces
ne Shakespeare; et d'abord, après avoir fait un grand éloge de
sa pairie, non seulement sous le rapport musical, mais encore
relativement à toutes les sciences et à tous les arts, il part de l'Al-
lemagne, terre classique de la musique, pour établir une com-
paraison avec l'Angleterre à laquelle il refuse, d'après quelques
exemples, toute espèce de sentiment et d'intelligence de cet art
si brillant. Peut-être M. Horn , s'il eût mieux connu l'état actuel
de la musique, se fût-il montré moins sévère envers les Anglais,
dont les progrès à cet égard sont immenses, et qui , non-seu-
lement pour l'exécution, mais pour la composition même,
marchent à grands pas dans une excellente route. Quant à
l'emploi de la musique dans les pièces de théâtre, M. Horn
l'approuve complètement; et à l'appui de son opinion, il re-
présente au lecteur les situations des pièces conçues par Sha-
kespeare, et prétend que le secours de cet art offre à l'intérêt
dramatique un ressort de plus, soit par les contrastes qu'il
établit entre une douce mélodie et de fortes situations, comme
la romance de Roméo et Juliette, ou les chants de la triste
Ophélie, soit par l'impression de terreur que la musique
ajoute à l'action même, comme dans l'apparition du spectre
d'Hamlet ou dans celle des sorciers de Macbeth. L. Dh.
i55. — Matthàtis Edlen von Collin nachgelassene Gedichte. —
Poésies posthumes de Mathieu de Collin, choisies et publiées
avec une préface de J. de Hammer. Vienne, 1827; Gérold.
2 vol. in- 12.
Deux frères du nom de Collin, Henri et Mathieu, se sont
distingués en Autriche par leur talent poétique. Mathieu , né
à Vienne en 1779, avait suivi d'abord la carrière de la juris-
prudence. Il avait ensuite été nommé professeur d'histoire de
la philosophie à Cracovie, puis à l'Université de Vienne. On
a de lui quatre volumes d'œuvres poétiques, publiés par lui-
même à Pest, i8i3 - 1817. Cette collection comprend ses tra-
gédies dont les sujets ont été tirés en grande partie de l'his-
toire de l'Autriche et des pays environnans : il paraît que son
intention était de composer une série de douze tragédies et
drames qui se seraient succédé par ordre chronologique. On
trouve encore, dans la collection dramatique de Mathieu Collin ,
(6* LIVRES ETRANGERS,
une tragédie du Cid, une de Marins, et un drame lyrique lire
des poèmes d'Ossian , Kakhon et Kohnal. Aucune de ces pièces
n'a réussi sur la scène. Mathieu Collin a été aussi l'éditeur des
œuvres poétiques de son frère Henri, qui ont paru à Vienne
en six volumes. Jusque-là sa carrière avait été indépendante;
mais Collin s'étant attaché au gouvernement autrichien reçut
des missions qui devaient gêner son essor poétique. Il fut
chargé de la rédaction des Annales de la littérature, publiées
par ordre et aux frais de l'État, pour répandre ce qu'on appe-
lait les bonnes doctrines, c'est-à-dire, le goût du régime absolu
et de l'esclavage de la pensée. Collin fit ce qu'il fuit pour ins-
pirer aux Allemands les maximes autrichiennes. Mais abstrac-
tion faite de la partie politique de ce journal, qui est pi-
toyable et n'a jamais joui d'aucune considération, les Annales
de littérature de Vienne sont devenues un des meilleurs recueils
de l'Allemagne. Les articles sur la littérature orientale, sur
l'histoire, la philologie, sont pleins d'instruction, et n'ont point
cette pesanteur qui rend pénible la lecture des articles des
journaux critiques de Halle et de Jéna. Collin renonça, quelque
tems avant sa mort, à la rédaction des Annales; peut-être était-il
las du rôle qu'on lui faisait jouer. Une autre mission plus im-
portante, l'éducation du jeune Napoléon, dup de Reichstaedt,
lui fut confiée par le gouvernement d'Autriche. Collin avait
donné auparavant des leçons de littérature aux jeuues archi-
duchesses, et ce fut probablement ce qui le mit en évidence
pour la place d'instituteur. Il serait curieux de connaître les
instructions secrètes qui lui furent données pour cette éduca-
tion ; mais Collin était discret; nous ne savons rien à cet égard.
Ses œuvres posthumes ne contiennent que des ouvrages poé-
tiques. On y trouve la tragédie tfEssex qu'il avait été chargé
de refaire et qu'il a rendue plus poétique, mais en délayant
l'action un peu trop dans ses vers. Le premier volume de ses
œuvras posthumes contient encore deux autres pièces drama-
tiques assez froides, Fortunat et la Demande d'Amour. Le
second volume se compose de ses poésies lyriques, de ses
romances, sonnets, etc. Parmi les romances historiques, plu-
sieurs ont eu beaucoup de succès, surtout chez les Autri-
chiens auxquels elles étaient spécialement destinées. Collin
n'était pas un poëte doué de beaucoup de verve; mais il avait
de l'imagination , et il écrivait très-correctement.
i56. — Aglaja , Tasc/ienbuch, etc. — Aglaé, almanach pour
l'année 1828. 14e année. Vienne, 1827; Wallishauser.
Les poètes autrichiens semblent s'être donné rendez-vous
dans cet almanach. En Autriche, l'horison de la littérature,
ALLEMAGNE.- SI ISSE.
• i pur conséquent Je la poésie est plus étroit que dans le re te
<!<• l'Allemagne. Quand ou 6te tout coque la censure trouve
blâmable, il reste peu d'objets à traiter. Aussi In poésie de
Vjéglaéesi pâMe et sans éclat. M. <!<■ IKmmiu.i donné des vers
fort insignifians , traduits de l'arabe ou <1" persan; SI. C\s-
ï! mi a inséré un conte, le Livre du destin, qui n'a pas coûté
grands frais d'invention et de versification; le baron Zed-
ii r/ a tressé des couronnes funéraires* Sous ce titre lugubre,
l'auteur décrit assez poétiquement sa visite dans les lombeajix
des hommes oélèbres. Il est curieux de voir de combien de
circonlocutions il est obligé de se servir pour obtenir la per-
mission de parler du tombeau de Napoléon ; encore n'a-l -il
nas osé le nommer. Le célèbre Beethoven reçoit des hommages
bien mérités dans des élégies de divers auteurs qui déplorent
la mort de ce grand compositeur. M. West adonné un frag-
ment d'un roman de moeurs qui annonce un esprit fin et obser-
vateur. Le reste de YAglaé est médiocre. Quand il y aura plus
de liberté décrire en Autriche, les almanachs, comme les
autres produits de la presse, y deviendront meilleurs. D — o.
SUISSE.
157. — * Nette Ferhandltingen, etc. — Nouveaux Mémoires
de la Société suisse d'utilité publique concernant l'éducation,
l'industrie et les pauvres. T. IV. Zurich, 1828. In-S° de
■).-■). pages.
ï 58. — * Bcrieht an die srln\ eizerische, etc. — Rapport (ait à
la Société suisse {futilité publique sur les établissemens de déten-
tion de la Suisse; par M. Charles Iïouuckiiardt, docteur en
droit, président du tribunal civil de Eàle. Zurich, 1828. In-8°
de iv et ni pages.
159. — * Rapport sur la maison de détention de Lausanne ,
fait à la Société d'utilité publique du canton de Vaud, par
M. D. A. Chavannes. Lausanne, 1827. Io-8Q de 3/» pages.
iôo. — * Geschichte der baslcrislien Gescllschaft , etc. —
Histoire de la Société bdloise pour l'avancement du bien , pi vi-
dant les cinquante premières année» de son existence, par
M. Charles BoueckharoT, président du tribunal civil. Bàle,
1827. In-8° de îv et 1 V, pages.
Le nouveau volume des Mémoires de la Société suisse d'uti-
lité publique y dont les travaux influent sur la prospérité géu
raie, parce qu'ils forment l'opinion, contient la relation
taillée delà 17e session annuelle. Cette session , qui a eu lieu
à Pâle, au mois de septembre dernier, a été l'une des
t. wwii. — Février 1828. 3o
dé-
466 LIVRES ÉTRANGERS,
marquantes sous le rapport de l'importance des questions trai-
tées. L'une des trois questions a concerné l'éducation des en-
fnns employés dans les fabriques; une autre, les établissemens
de détention de la Suisse. Des mémoires sur les prisons de
onze cantons ont. été adressés à la Société; M. le président
Charles Bourckhardt les a résumés dans un rapport qui est un
chef-d'œuvre d'analyse et de clarté. Ce travail, élément d'une
partie essentielle de la statistique de la Suisse, a été imprimé
dans les mémoires de la Société et tiré à part; répandu da-
vantage par ce moyen, en éclairant l'opinion publique et les
gouvernemens de la Suisse, il hâtera sans doute les améliora-
tions dans le régime des prisons et propagera le système péni-
tentiaire dont deux cantons, Genève et Vaud , éprouvent déjà
les bons effets. Le Rapport sur la Maison de détention de Lau-
sanne, rédigé par M. le professeur Cha vannes, avec le talent
qui caractérise tous ses écrits, n'a pu être compris dans l'ana-
lyse de M. Bourckhardt; mais, inséré dans la Feuille du can-
ton de Vaud et imprimé séparément, il forme le complément
nécessaire des Mémoires et du Rapport ci-dessus mentionnés.
L'ensemble des faits exposés dans ces écrits émanés de la
Société suisse d'utilité publique présente aux yeux de l'obser-
vateur impartial les résultats suivans :
i° La Suisse a reçu une forte impulsion du mouvement phi-
lantropique que le xixe siècle propage dans toutes les parties
du monde civilisé.
20 Ce mouvement tout moral est si prononcé , que les gou-
vernemens cantonaux n'ont plus que le choix de le suivre de
gré, ou de se laisser entraîner par lui. .
3° Si, à quelques égards, la Suisse est en arrière des pays
les plus civilisés, à d'autres elle revendique une place au pre-
mier rang des nations de l'Europe.
4° Tous les cantons ne marchent point du même pas; mais
quelques-uns des plus jeunes devancent leurs aînés dans la
carrière des améliorations sociales.
5° La publicité, ce principe vital si lent à pénétrer dans les
vieux membres du corps helvétique, commence à dégourdir
ceux d'entre eux qui semblaient à jamais glacés par une tor-
peur invétérée.
Une relation française de la session à laquelle se rapportent
les trois publications dont nous venons de rendre compte est
sous presse et paraîtra en même tems que cet article.
Le quatrième ouvrage que nous réunissons aux précédera
renferme l'histoire d'une association qui n'est point affiliée à
la Société suisse d'utilité publique, quoiqu'elle ait à peu près
SUISSE. iS>:
les mêmes vu. s avec une tendance plus immédiatement pra-
tique. La ville et le canton de r>àlc sont exclusivement le
théAtre de son activité. XIÊistoire de la Société bâloise pour
(avancement <Ik bien , pendant les cinquante premières années
<lc son existence, est un précieux document cjui montre quels
obstacles renverse la persévérance d'un homme de bien, de
quelle indifférence opiniâtre elle parvient à triompher. Isaae
Iskmn, fondateur delà Société, lutta dix ans contre l'apathie
publique, avant de pouvoir trouver des coopéraient^ ; c'est à
la publicité périodique qu'il dut la victoire. En 1777, il posa
avec quelques amis les fondemens de l'association qu'il avait
long-tems rêvée. Déjà, à la fin de cette première année, la
Société comptait 17/, membres; à la fin de 1826 elle en avait
/198. Dans cet espace de teins elle a reçu au delà de 200,000 fr.
de France, et elle en a employé plus de 180,000 à des fonda-
tions de toute espèce et à ces œuvres d'une charité éclairée
qui guérit réellement et souvent prévient la misère au lieu
d'offrir des primes à la paresse, comme le font souvent des
hommes trop paresseux eux-mêmes pour faire le bien avec
circonspection. Malgré sa forme, purement historique, le livre
de M. le président Bourckhardt est un vrai manuel des philan-
tropes. Il n'est guère d'association qui ne puisse y apprendre
quelque nouveau moyen de soulager l'humanité, quelque nou-
velle application à faire de ses ressources. Ce guide est d'au-
tant plus sûr que tous ses préceptes sont des faits et que toute
sa science est expérimentale. C. Monnard.
1 G 1 . — * Notice sur M,ne de Krudncr, par Mme Adèle du Thon ,
auteur de Y Histoire de la secte des amis, d'une Notice sur Pes~
talozzi, etc. Genève, 1827; Cherbuliez. Paris, Paschoud. In-8°
de 20 pages.
M,ne de Krudner a brillé à Paris, comme jolie femme, comme
femme auteur, comme chef de secte. De la beauté , des talens ,
de l'enthousiasme porté à l'extrême, voilà plus de litres qu'il
n'en faut pour devenir promptement célèbre. Mme de Krudncr
le fut beaucoup, durant sa courte mais orageuse carrière. Elle
essaya d'abord de l'empire de la beauté. 11 serait inouï qu'une
femme, douée de cet entraînant prestige, ne l'eût regardé
que comme un accessoire aux charmes de son esprit; une foule
d'adorateurs tomba à ses pieds. Elle eut un moment de bon-
heur; mais son cœur impatient voulut aller au-delà même de
ce qu'elle avait désiré avec tant d'ardeur, et de cruels mé-
comptes la désabusèrent. Détrompée sur la puissance persévé-
rante de la beauté , elle voulut conquérir un autre sceptre
qu'elle était digne s.ins doute de porter; et elle composa Va
3o.
/,f>8 LIVRES ETRANGERS.
li-ric. Le succès qu'obtint cet agréable ouvrage plaça Mme Je
Ki -miner au-dessus de Mme Cotlin, et à côté de M,ne Flahaut
de Souza. Les lauriers se mêlèrent alors aux myrtes pour for-
mer sa couronne ; mais elle prétendit les relever merveilleuse-
ment en v joignant les épines de la pénitence et les palmes du
martyre. Toute l'énergie de la tète masculine la plus fortement
constituée eût à peine suffi pour supporter le fardeau qu'elle
s'imposait; car il ne s'agissait de rien moins que de subjuguer,
que d'entraîner, à la fois, les rois et les peuples, les armées
combattantes et les spectateurs inoffensifs dont les intérêts ve-
naient de se discuter à coups de canon et de se régler sans leur
avis. « La Providence est grande, disait Mme de Krudncr; Jé-
sus-Christ naquit dans une étable, et son adorable mère partage
aujourd'hui la gloire ineffable du Dieu des chrétiens. » Toute-
fois elle ne se présenta* que comme une Madelaine pénitente;
mais elle se mit à prêcher. Il y avait du charme dans ses (Us-
cours, bien qu'à force de torturer le dogme, qu'elle ne compre-
nait certainement pas, eile finît par poser des principes que la
religion chrétienne et la morale universelle pouvaient considé-
rer comme des blasphèmes. Elle fit spectacle, et c'est là surtout
ce qu'elle ambitionnait. L'empereur Alexandre parut à ses con-
férences mystiques, à Paris. J'eus l'honneur d'y assister, et
son entourage me rappela les scènes fantasmagoriques de Ro-
berlson, ou plutôt les mystérieuses soirées de Cagli.estro. Vê-
tue de blanc, prosternée d'abord , se relevant ensuite avec
grâce, les cheveux épars, l'air inspiré, la voix haute , elle sem-
blait jouir de îétonnement qui se peignai* dans les regards des
assistans. Sa fille, jeune et belle, l'accompagnait sous le même
costume; ses charmes purs, et l'innocence qui brillait dans toute
sa personne, détournaient plus d'un néophyte de l'attention
qu'on devait aux discours de la mère. Je l'avouerai, je ne fus
nullement touché. Cette comédie, jouée à Paris, me parut une
honteuse profanation des cérémonies des religions chrétiennes.
La présence de plusieurs grands personnages me donna lieu de
supposer que ces réunions avaient un but politique que l'on
cachait sous ce voile singulier. En effet, on a long tems pré-
tendu que Mme de Krudncr avait été l'inspiratrice du traité
connu sous le nom de Sainte- Alliance. Je ne puis le croire en-
core. Un traité conçu dans l'ombre, et sous le honteux attirail
rie la déception, ne pouvait être qu'une œuvre de ténèbres , et
des princes chrétiens ne l'eussent pas hautement avoué. D'ail-
leurs, Mme de Krudncr avait un cœur tout dévoue à l'amour
du prochain, et ce n'est pas exactement là le sentiment qui do-
mine dans le traité.
si IISSE. i6 )
Qu n'est pas long i; iiis dupe a Paris des prétendues inspi-
re t ions divines. Mmede l\ riidnci- sentit qu'à l'étonnemcnt al-
laient succéder le dédain et le ridicule; elle se hâta de partir
pour l.i Suisse , où elle ouvrit son temple , qui se remplit à l'in-
stant d'une foule degrot Vèutthes% suivant l'expression de .!.-.!.
Rousseau, gens essentiellement admiratifs, et peu portés à la
réflexton. I.a prétresse se trouva bientôt à l'étroit dans l'en-
ceinte des édifices construits par la main des hommes ; elle
éleva sou autel en plein ait ; quatre ou cinq mille personnes la
suivirent de; village en village; et, comme la charité est encore
de l'amour, une troupe nombreuse tic mer.dians dut à l'auteur
de Valérie la nourriture et le logement. Alors commencèrent
les miracles et les persécutions. Mmc Krudncr annonça la (in
du monde, imposa les mains aux malades, et enseigna une doc-
trine quelque peu contraire à la fidélité conjugale. Il en résulta
que plusieurs femmes ou filles abandonnèrent leurs maris et
leurs familles , et suivirent la Madclalnc qui leur ouvrait des
routes inusitées pour gagner le ciel. Mais les ^ouvernemens
ne goûtèrent pas oui code de morale d'une si étrange nature.
In virée à quitter la Suisse, et successivement le grand duché de
îiade, la Prusse et la Russie, M'ne de Krudncr prêcha et vou-
lut convertir les officiers de police; un peu de martyre eût as-
suré sa mission; on lui refusa jusqu'à ce plaisir; et tout ce
qu'elle put obtenir, ce fut la permission d'aller en Crimée se
faire des prosélytes parmi les Cosaques, les Baskirs et les Ta-
tares du Konban. Elle y trouva le dénouaient de son roman ,
et ses cendres reposent sur les bords de la mer d'Asov.
Voilà l'histoire de la vie publique de Mlue de Krudner , telle
(pie je l'ai connue. Elle possédait toutes les qualités qui peuvent
faire une femme accomplie ; il ne lui manquait que du bon sens.
Tourmentée d'un désir insatiable de célébrité, elle y sacrifia
jusqu'à ce vernis de décence qu'aiment à conserver les femmes
les plus corrompues; et cependant, si elle fut faible, elle n'é-
tait point dépra\ ée. Sa conduite, durant ses dernières années, ne
fut qu'un long accès de folie. Il faut la plaindre; il faut gémir
sur le triste sort d'un être si remarquable, si bien fait pour
plaire et pour être aimé, et qui a manqué sa destinée.
La Notice de M,ne Adèle, du Tho\ retrace une partie des faits
que j'ai rapportés. Elle est purement écrite et généralement
bien pensée. Je partage sa vertueuse indignation contre c. s
femmes (pu se couvrent du masque de l'inspiration , profanent
le dogme et la morale religieuse par vanité, « et négligent les
devoirs sacrés d'épouse et de mère sous le prétexte de réfor-
mer la société. > L'hypocrisie, qui ne sied à personne, Ici: \
4:o LIVRES ÉTRANGERS,
plus mal encore qu'aux hommes. Mais, à part cet excès, pres-
que incompréhensible dans une femme qui fut aussi belle et
aussi spirituelle que Mme de Krudner, et qui pouvait prétendre
à tous les succès, n'y a-t-il pas beaucoup de sévérité dans le
jugement que porte M,nc Adèle du Thon sur la première moi-
tié de la vie de cette personne extraordinaire ? Je veux croire
que les passions physiques étaient, en elle, aussi exaltées que
celles de l'imagination; mais fallait -il ajouter, à propos de
Valérie , (pie Mme de Krudner n'eût pas permis que l'on mou-
rût d'amour pour elle , faute de quelques faveurs ? Fallait-il ,
en la comparant à Mme de Staël , dire « qu'elles ne voyaient
dans les hommes que des amans, et que toutes leurs pensées ,
leurs paroles, tout leur être enfin était concentré sur un seul
objet, l'amour illégitime ? » J'ai eu l'honneur d'être admis près
de IVI'ne de Staël , et je ne me suis pas douté un instant de ce
travers; et certes, je lui ai témoigné vivement mon admiration
de cette force de conception , de cette éloquence ravissante ,
de ces traits de feu qui donnaient à sa conversation un charme
et une puissance inexprimables. L'indulgence pour les erreurs
des femmes serait-elle donc le partage exclusif des hommes?
Mme Adèle du Thon est une fort belle personne, elle a beau-
coup d'esprit, et je suis persuadé qu'elle regrette quelques ex-
pressions un peu hasardées, que la conscience de sa beauté même
et de ses talens remarquables devaient l'engager à repousser.
R.
ITALIE.
ïda. — * Filosofia délia statistîca , etc. — Philosophie de la
statistique, par M. Melchior Gioja., auteur des Êlémens de la
philosophie. T. II. Milan, 1826. In- 4°.
Nous avons donné quelque idée du premier volume de cet
ouvrage (Voy. Rev.Enc., t. xxxv, p. 394); le second, que
nous venons de recevoir, doit également fixer notre attention.
M. Gioja très-versé dans l'histoire de la science et familiarisé
avec les auteurs qui ont le plus contribué à ses progrès, se plaint
de ce qu'on ne veut voir dans leurs ouvrages que de simples
aperçus de prétendues découvertes dont les écrivains de notre
siècle ne manquent pas de s'attribuer la gloire. Refuser à nos
devanciers leur propriété serait une injustice manifeste; ne pas
connaître ce qu'ils ont enseigné depuis long-tems dans leurs
écrits, annoncerait une ignorance positive, selon la pensée de
l'auteur. M. Gioja nous fait remarquer aussi que plusieurs des
maximes et des méthodes que renferme son ouvrage avaient
été présentées au public avant que d'autres écrivains contem-
IIALIi;. .,;.
porains les eussent remises su jour, mais sans les développe-
mens donnés par M. Gioja, En effet) on trouve réalisée dans
l.i Philosophie de la statistique , une pensée de M. Ch. Dupin
i|ui avait dit que la statistique comparée est une science à
créer, etc. , voy. la Situation progressive des forces de la France);
et il faut remarquer que l'ouvrage de M. Gioja avait précède
tir quelque tems celui de M. Dupin. Dans la plupart des écrits
(le I économiste italien et spécialement dans la philosophie de
la statistique, on rencontre des rapprockemens et des compa-
raisons entre divers phénomènes économiques du même genre,
appartenant à des nations ou à des époques différentes, de
sorte qu'on pourrait bien regarder ce dernier traité comme une
statistique comparée.
L'auteur cherche, en outra, a établir des règles fondamen-
tales pour comparer l'état de l'industrie d'une même espèce ,
dans les divers pays. « La somme des avantages dont un pays
est susceptible, dit-il, comparée avec !a somme des avantages
réalisés, sert à mesurer les degrés de l'industrie ou de l'indo-
lence des nations : si ces deux sommes sont égales, l'industrie
est au maximum; leur différence en indique les degrés moindres
ou les défauts. y De l'application de ce principe, l'auteur tire
un grand nombre de résultats comparatifs.
Ce qui nous surprend dans la lecture de M. Gioja, c'est
l'érudition qu'il déploie et qui, trop souvent stérile et fati-
gante dans les écrits d'une certaine classe de savans, devient,
dans les siens uni source féconde de faits et d'expériences.
C'est par ce moyen qu'il justifie ses principes et ses inductions.
Citons, par exemple, ce qu'il dit des symptômes de l'igno-
ranee d'une nation. Il la reconnaît dans une idée fausse res-
pectée par ie gouvernement, ou par les personnages influens
de la société, ou bien encore qui sert de règle aux tribunaux ;
il en trouve des indices dans l'usage de sonner les cloches pen-
dant les orages; dans le nombre des morts par suite de la
petite vérole; dans le débit des livres consacrés au récit des
miracles, etc.; dans le succès des loteries; dans le nombre
des charlatans de toute espèce; dans l'opulence de quelques
loyers de superstition; dans le maintien du polythéisme; dans
l'intolérance; dans l'usage delà question, de la confiscation des
biens, etc. L'auteur passe de même en revue les symptômes de
la science: ce sont sans doute les écoles primaires, les impri-
meries , les journaux , les établissemens scientifiques , les uni-
versités, les bibliothèques, les académies, etc. Nous ne pour-
rions suivre l'auteur dans toutes ses recherches sans dépasser
les borne* qui nous sont prescrites. Quelques questions d'une
4;* LIVRES ÉTRANGERS.
grande importance s'y trouvent traitées, telles que les sui-
vantes : Comment se forme la loi?, Quels sont les symptômes
d'une administration publique, plus ou moins bonne ou mau-
vaise, quelle que soit la forme de l'autorité supérieure? Il
montre aussi combien il faut d'attention et de sagacité pour
apprécier exactement les phénomènes statistiques moraux , et
pour en déterminer les véritables causes, etc. Partout, môme
méthode, même précision, même esprit philosophique.
Pour faire mieux comprendre son travail, M. Gioja donne,
à la lin de son ouvrage, trois grandes tables synoptiques con-
tenant ies parties et les objets divers de la statistique, tels
que les ont dernièrement déterminés M. Zizius, en 1810, pour
l'Allemagne et Vienne; M. Férussac, en 1819, pour la France
et Paris; et M. Gioja lui-même, depuis 1808, pour l'Italie et
Milan. En comparant ces trois tableaux, l'auteur paraît con-
vaincu que sa manière de considérer la statistique, telle qu'il
l'a développée dans les deux dernières tables, est beaucoup
plus complète que les aperçus de MM. Zizius et Férussac.
N. B. Ce n'est pas la première fois que nous rendons compte
des ouvrages et des idées de M. Gioja, et que nous décidons
en faveur des Italiens la question de priorité dans les recher-
ches de l'économie politique. Nous apprenons cependant [Bi-
bliothèque italienne, n° 14 3, p. 3o6) que M. Gioja se plaint
d'une note jointe à un de mes articles, et qui semble rejeter
son opinion que j'avoue partager avec lui (voy. Rev. Enc. .
t. xxxv, p. i4?^ Il adresse deux mots à li. Revue Encyclopé-
dique > et deux mots de M. Gioja remplissent six longues pages
de la Bibliothèque italienne. Il semble ne point distinguer le
rédacteur de l'article et ceiui de la note ; comme il veut que
chacun puisse jouir de la propriété de sa pensée, nous récla-
mons l'exercice de ce droit. Il a dû remarquer, dans la Reçue
Encyclopédique, que chaque collaborateur expose librement sa
propre opinion. Ainsi le rédacteur de la note a profité de celte
liberté, comme je l'avais fait avant lui. M. Gioja oublie que
j'ai manifesté une manière de voir toute différente dans plu-
sieurs articles précédens (1). Je pourrais dire encore, quant
à la priorité des Italiens dans l'histoire de l'économie publique,
que j'avais émis mon opinion bien avant que M. Gioja l'eût con-
firmée et éclairée dans ses ouvrages, et même avant la publica-
tion de la belle collection des économistes italiens, faite par
M.Custodi. C'est en 1802 que je publiai Y Éloge d' Antoine Serra,
(1) Voyez t. xxx, pag. 454 ; t. xxxiv, p. 4.5.8; t. xxxy, p. 3<p,
ITALIE. 4t3
où je rendais compte de son traité sur les (anses àe la ricltesse
nationale, imprimé en i'm>, et où je montrais de combien les
Italiens avaient devancé les étrangers <laus ce genre de con-
naissance. J'offris même Un exemplaire for! rare de ce traité à
M. Custodi qui l'inséra dans sa collection , avec; une notice de
ge de Serra, iv. Salfi.
Il — * lUzinnario tcoi ico-pratico, etc. — Dictionnaire théo-
rique et pratique du notariat, par M. Cm. /a, notaire royal
Turin, iH-2(>; Jîianco. ;> vol. in 8°.
Le dictionnaire de M. Calza est un ouvrage substantiel, dans
lequel Hauteur a résumé les notions de droit les plus impor-
tantes, et (lotit la lecture peut être avantageuse, non-seule-
ment aux notaires, mais aussi à tous les jurisconsultes. 11 est
facile de jnger par ce recueil de l'état actuel des lois qui ré-
gissent le Piémont. On y voit figurer alternativement des sta-
tuts locaux, les constitutions royales de l'an 1770, les ordon-
nances ou édits qui les ont modifiées en toutou en partie, la
jurisprudence des sénats, l'opinion des anciens arrêtistes , et au
milieu de ces nombreuses autorités, des lambeaux du droit
romain. Il est à désirer que l'administration qui a déjà jeté
les fondemens de quelques améliorations utiles dans la législa-
tion piémontaise, s'occupe de faire disparaître les inégalités
que nous venons de signaler, par la publication d'un code civil
digne de notre époque et de l'état des connaissant es humâmes.
Cette mestuc serait toute au profit du pouvoir; elle mettrait
les citoyens dans le cas d'apprécier leurs obligations et de s'y
attacher par le sentiment de leur intérêt personnel. Le peuple
le plus sunmis sera toujours celui chez lequel on aura fait
naître le plus d'idées de droit et de justice, et ces idées ne se
répandent que lorsque les lois sont précises, clairement énon-
cées et susceptibles d'être universellement connues et enten-
dues. C. R— 1.
164. — Relazioue, etc. — Relation du voyage littéraire fait
en Suisse par le professeur Alexandre Volta. Milan, 1827;
Classiques italiens. In- 8°.
La relation de ce voyage, fait par l'auteur en 1777, fut
présentée, en 1779, au comte de Firmian , ministre plénipo-
tentiaire du gouvernement autrichien en Lombardie. On y trouve
une description particulière du mont Saint- Gotard et du lac de
Lucerne ; mais , ce qui la rend plus intéressante, ce sont les
diverses observations barométriques et géologiques que Volta
fit alors sur les lieux. Ce manuscrit était conservé dans la bi-
bliothèque de l'avocat Reina ; et on l'a publié pour célébrer les
noces d'un parent de ce savant.
/,-4 LIVRES ETRANGERS.
1 6 5 . — Sopra Luigi Cicconl e la tragedia estemporanea : Oà-
seivazioni Jilologiche t etc. — Observations philologiques de
31. Ferdinand Malvica, sur Louis Cicconi et sur la tragédie im-
provisée. Rome, 1827; Ch. Mordacchini. In -8°.
M. Cicconi est un jeune improvisateur qui vient de se lancer
dans la carrière ouverte par M. Sgricci. Après avoir débuté par
la Mort d' 'Achille, il a dernièrement improvisé la Mort de F *om-
/>eV..Mais, ayant adopté, pour la première pièce, la méthode
et le stylej'de l'école romantique qui, à dire vrai, offrent plus de
facilités aux improvisateurs, il a préféré, dans la dernière, la
méthode plus sévère, et le style plus correct des partisans du
classicisme. M. Malvica, classique zélé, croit avoir contribué ,
par ses conseils, à cette espèce de conversion; il se réjouit du
succès du jeune auteur, et lui donne encore de nouveaux avis.
Les préceptes qu'il réunit ne sont point nouveaux; mais il les
expose avec beaucoup de chaleur. Il n'admet aucune transac-
tion ; tout ce qui sent le romantique, lui paraît absurde et ridi-
cule. Il s'appuie de l'autorité de M. Botta qui regarde comme
des barbares les promoteurs de ces bizarreries, et à qui son ou-
vrage est dédié. Enthousiaste des tragédies d'Alfieri, c'est là
qu'il voit le plus haut degré de perfection dans ce genre. Tout
en partageant l'admiration que l'auteur a conçue pour cet
écrivain , nous ne voudrions pas qu'elle dégénérât en une sorte
de culte superstitieux, nuisible aux progrès de l'art. Allieri s'é-
tait imposé des lois dramatiques trop sévères, et dont la pra-
tique fatigue quelquefois les poètes aussibien que les spectateurs.
Ce que nous ne pouvons guère pardonner à notre critique, c'est
de se donner tant de peine pour seconder le perfectionnement
d'un jeune poète, dans un genre qui n'admet guère de perfec-
tion. Et comment pourrait - on y parvenir, en improvisant la
tragédie ? C'est ne pas avoir une juste idée de cette composition
que de l'espérer. Non moins jaloux de la gloire littéraire de
l'Italie que M. Malvica, nous avons manifesté ailleurs notre ma-
nière dépenser sur les essais de M. Sgricci dont nous estimons
les talens poétiques. Mais nous aurions désiré que M. Malvica
eût plutôt cherché à détourner le jeune improvisateur d'une car-
rière qui ne lui promet pas celte gloire durable à laquelle tous
les vrais poêles devraient aspirer. Il l'aurait dû faire d'autant
plus, qu'il s'est déclaré l'ennemi des romantiques , qui ne
sont autre chose que des improvisateurs qui se laissent aller
à leurs inspirations, sans vouloir s'assujétir à aucune règle.
F. Salfi.
166. — * M. Viïruvii Pollionis architectura, etc. — Traité d'ar-
chitecture de Vitruve, dont le texte a été rectifié d'après les.
ITALIE. 4:5
manuscrits, et auquel on a joint les commentaires de plusieurs
savais, les exercices el les notes de Jean Toi. km et de Simon
Siivvtk o, que l'on n'avait pas encore réunis à l'original. Udine,
i8a5«i 826-1827, etc.; 1rs frères Mattiuzai. i,r vol. part. 1 et 2 :
7'"' vol. part. 1. 3 vol. in folio, aven des planches gravées en bois,
ou sur cuivre; L'ouvrage entier sera composé d environ 10 vo-
lumes, dont le prix variera suivant le nombre des planches
et le genre de gravures; une feuille d'impression est estimée
à 5o c. d'Italie ( 5o c. ); chaque planche en bois à 5 c, et
chaque planche en taille-douce à 1 lire d'Italie ( 1 franc). La
première livraison coule 26 l.,6a-£-: la seconde 3i 1., 00, et la
troisième, 47 1., 5o : il y a dans celle-ci 3a feuilles d'impression,
14 planches gravées sur bois, et 28 planches gravées sur- cuivre.
Plusieurs causes, indépendantes de notre volonté, nous ont
empêchés d'annoncer plus tôt cette magnifique édition de Vi-
truve, monument (pie l'Italie, cette terre classique de l'archi-
tecture et de tous les beaux arts, érige au plus ancien institu-
teur des architectes, dont les préceptes dureront aussi long-tems
que l'art, c'est-à-dire, aussi long-tems que la civilisation. Lors-
qu'il nous sera possible de consacrer à ce grand ouvrage un
article assez étendu pour le faire bien connaître, nous aurons
à traiter une multitude de questions que cet important sujet
renferme, et dont il semble que les écrivains ne se sont pas
assez occupés. Il faudra que la philosophie soit consultée, et
nous ne donnons ce nom qu'aux pensées et aux inspirations
de la sagesse, aux applications de l'intelligence et du savoir à
des objets dignes de notre attention, à la recherche de ce qui
est grand, noble, utile.
«Notre travail, disent les éditeurs, sera distribué en quatre
volumes dont chacun sera divisé en parties. Nous y réunirons :
i° les exercices sur Vitruve de Jean Poleni, qui ont déjà paru,
et ceux de Simon Stratico qui sont encore inédits; 20 le texte
de Vitruve, corrigé par les critiques les plus dignes de foi;
3° les Commentaires et les Notes d'un grand nombre d'auteurs,
depuis Philander jusqu'à Poleni ci Stratico ; 4° les exercices de
Poleni qui n'ont pas encore vu le jour; 5° les derniers ouvrages
de Stratico sur le même sujet; 6° le dictionnaire de Vitruve, le
plus complet qui ait encore paru, avec les Synonymes italiens
et français; 70 la table générale des matières du texte de Vi-
truve, des commentaires et des notes; 8° la correspondance de
Poleni et de Stratico avec les érudits de leur tems, relative-
ment à Vitruve.
« L'ouvrage contiendra près de 100 planches gravées sut
cuivre, et le double de planches gravées sur bois. »
476 LIVRES ÉTRANGERS.
On voit que MM. Mattitizzi ont entrepris la publication d'une
bibliothèque vitritvienne , et rassemblé tous les moyens qui
peuvent garantir le succès de cette belle entreprise. i\ous au-
rons soin de tenir nos lecteurs au courant des progrès de leur
travail. N.
167. — * Dizionario e Bibliografia délia musica, etc. — Dic-
tionnaire et Bibliographie de la musique, par le Dr Pierre
Lichtenthal. Milan, 1826; Antonio Fontana. tom. I de vin
et 368 pages; tom. II de 3oo pages; tom.IIIdexvni et 388 pages;
tom. IV de 545 pages, plus 16 pages gravées.
Durant une longue époque , l'Italie a occupé le premier rang
dans toutes les parties de la musique, composition, exécution
vocale et instrumentale, érudition musicale , lutherie; à partir
de Zarlino, né en 1617, jusqu'à la mort du père Martini (1784),
se déroule une longue suite de talens du premier ordre dont
les travaux ou les exemples contribuent à l'avancement de l'art
et à l'illustration de leur patrie. Depuis quarante ans, les hou-
leversemens qui ont tant de fois changé la face de ce pays n'ont
fait déchoir la musique que jusqu'à un certain point : ce sont
encore ses écoles qui forment les premiers chanteurs du monde;
à la vérité, il faut avouer que tous les jours les élèves devien-
nent moins nombreux , et que les bonnes traditions menacent
de se perdre; l'Italie ne compte plus guère de professeurs de
chant et de composition, tels que les Léo , les Scarlati , les
Dînante , les Porpora et autres célèbres directeurs de ,ces
conservatoires , d'où s'élançaient durant le siècle dernier tant
d'artistes du plus haut mérite. L'Italie a donné naissance à
Rossini , c'est-à-dire au génie le plus inventif qui ait paru dans
le premier quart de notre siècle. Elle possède encore un grand
nombre de maîtres de chapelle dont les talens dans la musique
sévère sont incontestables : en un mot, elle peut encore reven-
diquer la première place dans la composition et le chant.
Quant à l'exécution instrumentale, les Français ont généra-
lement la supériorité, en partage avec les Allemands, et ces
derniers ne cèdent à personne le sceptre de l'érudition musi-
cale qui paraît leur être dévolu pour long- tems. Il n'y a donc
pas lieu de s'étonner si l'on voit leurs auteurs porter le tribut
de leurs veilles jusqu'au- dehors de leur pays. M. le docteur
Lichtenthal , né à Presbourg et établi depuis une vingtaine
d'années à Milan, s'est chargé de donner à l'Italie un livre dont
le besoin était incontestable.
Son ouvrage contient deux parties tout-à-fait distinctes , le
Dictionnaire et la Bibliographie. Pour examiner convenablement
de tels livres , il faut un espace bien plus considérable (pie
Il AMI',. /,77
celui <jui nous est accordé; à peine pourrons-nous donner aux
lecteurs une idée des travaux <1<' M. Lichtenthal, sur lesquels il
nous aurait été agréable de nous .ur. 'ici- long tems. Depuis
le Ih-finitoritim de Jean Teinturier, imprimé selon le doctCUT
liurnev en i \~ \ , il a paru plusieurs dictionnaires plus OU moin
estimables: l'un des plus mauvais, el celui pourtant qui a ob-
tenu le plus de succès, est celui de .l.-.l. Rousseau. Dépourvu
de toutes connaissances pratiques, exposant des .systèmes qu'il
ne comprenait pas, Housseau n'est bon à consulter que pour
ce qui concerne la métaphysique et la rhétorique de l'art :
encore rloit-il dans tous les cas être lu avec réserve, et sévè-
rement interdit aux commençons. Plusieurs ouvrages du même
genre ont été publics en France depuis celui de Rousseau; le
Dictionnaire de musique de V Encyclopédie méthodique , assem-
blage informe de toutes sortes d'erreurs et de quelques vues
utiles, et, en Allemagne, celui de Koch sont les plus remar-
quables. Ce dernier dictionnaire paraît être celui dont M. Lich-
tenthal a le plus profité pour composer le sien. Il a traité la
partie philosophique avec une grande supériorité, et les autres
parties en général avec succès. L'histoire n'y entre qu'avec une
juste mesure, et sans occuper une trop grande place. L'auteur
s'est beaucoup aidé des travaux de Ginguené , insérés dans
X Encyclopédie méthodique. Les articles relatifs aux instruirons
sont écrits avec sagesse et de manière à intéresser généralement.
Quelquefois l'auteur donne aux morceaux de ce genre une
assez grande étendue : l'article organo , par exemple, offre une
histoire abrégée de l'orgue et des détails importans sur la
structure de ce souverain desinstrumcns.il n'est pas étonnant
que, dans un si long travail, il se soit glissé plusieurs erreurs
et quelques omissions. M. Lichtenthal parait n'avoir sur l'école
française que des notions fort incomplètes , et en tous cas fort
inexactes; je n'en veux pour exemple que la liste qu'il donne
des compositeurs dramatiques de notre école moderne; on v
trouve sur la même ligne Lemoinc et Mêhul , Jadin et Chéru-
hini , Lebrun et Lesueur: en vérité, cela passe raillerie. Puisque
j'en suis sur les noms propres, je remarquerai que M. Lich-
tenthal les altère très-fréquemment. Ainsi, dans son ouvrage,
on rencontre Boildieu pour Boïcldieu , Francour pour Fran-
cœur, Saveur pour Sauveur, Rasa pour Roze , etc. Ces défauts
n'empêchent pas le dictionnaire de M. Lichtenthal d'être, à
ma connaissance, ce que l'on a publié de mieux en ce genre
jusqu'à nos jours. C'est un de ces livres utiles qui, sans obtenir
un succès très- éclatant , sont extrêmement profitables à Part
musical, et qui valent à leur auteur la reconnaissance des al-
tistes et des amateurs.
478 LIVRES ÉTRANGERS.
Il en est de môme de la Bibliographie. L'exeellent ouvrage
de Forkel sur ce sujet, mis au jour en 1792, n'avait perdu de
son prix que parce qu'il devenait tous les jours plus incomplet»
M. Lichtenthal n'a fait qu'achever Forkel; il a reproduit en
entier la littérature de la musique publiée par le savant allemand,
en conduisant le travail jusqu'à nos jours; il a suivi la même
classification, la même méthode; on trouve à la suite du titre
des ouvrages importans, une courte note sur l'auteur et quel-
quefois l'analyse de la table de l'ouvrage. Nous reprocherons à
M. Lichtenthal de défigurer les n©ms et les dates, ainsi que
dans son dictionnaire , et de donner quelquefois des jugemens
très-hasardés. Par exemple, eu citant un ouvrage de Roussier
sur la musique des anciens (tom. III, pag. 33) ; il place avec
Laborde cet écrivain au nombre des premiers auteurs du siècle.
Il y a plus de vingt ans qu'il a été démontré que Roussier,
grand algébriste aux yeux des musiciens, et habile musicien
selon les algébristes, n'était en effet ni l'un ni l'autre : on sait
aussi maintenant que la compilation du fermier -général La-
borde n'est plus estimée, même en France, que par rapport
aux nombreuses et utiles gravures qu'elle renferme. Quoi qu'il
en soit, nous osons nous faire l'interprète de tous les amis de
l'art musical, en remerciant M. Lichtenthal de ses deux nou-
veaux ouvrages. Écrits dans une langue beaucoup plus ré-
pandue que l'allemand, ils peuvent contribuer très-efficacement
aux progrès de ceux qui veulent s'instruire à fond dans la
musique. Nous savons que deux ouvrages du même genre se
préparent actuellement en France. Il n'est pas douteux que
l'auteur ne se félicite d'avoir été devancé par M. Lichtenthal;
car il ne pourra manquer de lui avoir de grandes obligations
qui contribueront nécessairement à l'amélioration de son ou-
vrage. J. Adrien-Laf^sge.
PAYS-BAS.
168. — Mémoire sur la cataracte congéniale , par M. Lusardi,
médecin oculiste, etc.; troisième édition. Bruxelles, 1H27; im-
primerie de P. J. de Mat. In-8° de 93 pag. avec planches.
169 — De Meet'kumt opde Kunstcn enJmbachtcn toegepast. —
La géométrie appropriée aux arts et métiers , par M. Lemaire ,
professeur de mécanique industrielle à l'université de Gand.
In-8°.
170 — Résumé du cours normal de géométrie et mécanique des
arts et métiers , etc. , par M. Dupin , ou texte des leçons don-
nées par M. Pag ani, professeur de mécanique industrielle à l'u-
niversité de Louvain. In- 12.
PAYS- Il \V .',;o
I/enseignement de la mécanique industrielle se propage <l«
plus en plus dans les Pays-Bas; l'artisan peut trouver aujour
d'bui une instruction facile et gratuite dans les principales \ i 1 les
de ce royaume. Nous avons déjà fait connaître, dans noire Jir
vue , des leçons publiées par M. Daitoblim, professeur à l'école
royale des mines, à Liège, et (elles que MM. Pagatvi et Van-
ni-.n-J.u.T ont l'ait paraître à Lo u vain et à Amsterdam. M. Le-
mairc vient de publier également le texte des leçons de méca-
nique industrielle qu'il donne à l'université de Gand. Jusqu'à
présent, quatre leçons seulement ont parti; elles traitent de
la ligne droite, du cercle , des angles, des triangles et des pa-
rallèles. De nombreux exemples de calcul et de construction
servent de développement à la théorie qui -est présentée avec
concision et clarté. M. Lemaire a fait usage des leçons de mé-
canique de M. Dupin, comme M. Vander-Jagt, et il l'a fait avec
discernement et conscience. M. Pagani s'est également servi de
l'ouvrage de M. Dupin; mais pour en présenter le résumé il a
omis les démonstrations des théorèmes et s'est contenté de pré-
senter la substance du livre français. On sent que ce résumé a
été fait par un géomètre, mais on trouvera peut-être que ta
concision a été portée trop loin. Nous pensons, comme M. Pa-
gani, que l'artisan peut fort bien se passer des démonstrations
du peu de vérités mathématiques qu'il est dans le cas d'employer;
mais il faut qu'il en comprenne l'usage par des exemples. Les
formules surtout ne peuvent lui devenir intelligibles, qu'autant
qu'on y applique les nombres. Il nous semble que M. Pagani,
dans la publication de son premier ouvrage, que nous regret-
tons de ne pas voir terminé, avait mieux senti ce qui convient
au peuple.
171. — * Jaarbœkje over 1 828 , etc. — Annuaire pour 1828 ,
publié aux frais de S. M. le roi des Pays-Bas. La Haye, 1827 ;
imprimerie de l'état. In- 12; prix, 80 cent.
Cet Annuaire, rédigé à peu près sur le même plan que celui
du bureau des longitudes de France, est le troisième de la
collection que publie M. Lobatto. On y trouve un calendrier
complet, l'indication du lieu des planètes et des principales
étoiles aux différentes époques de l'année, les longitudes et
latitudes des villes du royaume, les époques et les hauteurs
des marées , etc. Cette première partie est suivie d'explications
et de notices sur différens points scientifiques qu'il nous inté-
resse généralement de connaître. On y lit, par exemple, des
recherches sur les services rendus par nos navigateurs des
Pays-Bas dans la Nouvelle-Hollande et dans le pays de Van-
Diemen; l'exposition d'une méthode du célèbre Gauss sur le
48o LIVRES ÉTRANGERS.
calcul de la fête ilr Pâques; des renseignemens sur le système
métrique el sur nos poids et mesures.
La partie statistique a reçu dé nouveaux développemens
qu'on ne lira pas sans Intérêt. Il résulte de ces documens à peu
près officiels, que la population du royaume, au premier janvier
1827 , était de 6,116,935 aines. Les autres éiémens de popula-
tion étaient les suivans, pour l'année 1826 qui venait de suivre.
VILLES. CAMPAGNES.
Naissances 67,915 1 54, 080
Décès 58,899 1 1 o,i 53
Relativement à la population, on avait compté 1 naissance par
27 individus à peu près, comme les années précédentes; et 1 dé-
cès par 36 individus; ce qui annonce une mortalité plus forte
que celle qu'on avait observée antérieurement. Cette grande
mortalité s'est fait ressentir surtout dans la Nord-Hollande,
dans la Zélande et dans les provinces de Frise et de Groningue ,
où l'on a compté 1 décès sur 20 individus. Le rapport des nais-
sances masculines aux naissances féminines conserve une valeur
a peu près constante de 1 à 0,949. On a aussi compté, pendant
Tannée 1826 , un mariage par 126 individus, terme moyen.
M. le général Krayenhoff a donné une série d'observations
sur la déclinaison et l'inclinaison de l'aiguille aimantée obser-
vée à Nimègue pendant les neuf premiers mois de 1827. Il ré-
sulte de ces observations , que la déclinaison est de 210 35' 12",
valeur moyenne , et l'inclinaison de 690 35\ L'annuaire de
M. Lobaito contient encore une notice intéressante sur le ba-
romètre, suivie de quelques tableaux météorologiques. Ce petit
ouvrage est rédigé avec conscience et discernement, et con-
tinue à justifier l'accueil favorable qu'il a reçu dès sa naissance.
A • Q-
172. — * Mémoires sur les colonies de bienfaisance de Frédé-
ricks- Oord et de JFortel , par le chevalier de Kirckhoff.
Bruxelles, 1827; Frank, rue de la Puterie. In-8°.
Le but de l'auteur de ce Mémoire n'a pas été de rappeler à
ses compatriotes tout ce qui a été fait pour extirper la men-
dicité dans les Pays-Bas , ainsi que tout ce qui concerne la
formation des colonies de bienfaisance. L'impulsion donnée
par un de nos princes , la protection accordée par notre au-
guste monarque, le zèle philantropique avec lequel plusieurs
milliers d'actionnaires contribuèrent aux dépenses premières
de ces établissemens, et enfin les succès qui ont été le résultat
de tant d'efforts réunis, voilà ce qui lie pouvait rester ignoré
-sur aucun point du royaume.
■ s BAS. 4Qj
M, de Kitckhoff, en publiant cel écrit, s'esl proposé un J>ut
plus honorable pour la nation, celui de faire connaître aux
étrangers l'organisation dé m>s colonies de bienfaisance, de
les mettre à même d'en apprécier l'utilité, el de leur donner
l'idée (le les imiter. Il paraît même que plusieurs sociétés
d'agriculture françaises et américaines lui avaient témoigné le
désir d'avoir sur ces colonies des détails exacts et étendus,
et que <Vst d'après leur demande qu'il sVsi occupé de la
rédaction du mémoire que nous annonçons. Nous ne nous
étendrons point sur les documens qu'on y trouve. On pourra
s'en former une idée , lorsqu'on saura que les deux sociétés
des provinces septentrionales ei des provinces méridionales,
formées l'une en 1S1K, ci l'autre en 1822, comptent mainte-
nant près de quarante mille souscripteurs, et disposent d'un
capital de cinq millions de florins, et que pins de 8,000 pauvres
trouvent, dans les établissemens qu'elles ont (ormes, le travail,
l'existence, le bonheur. Ces résultats, qui deviennent chaque
jour plus satisfaisant , parlent assez hautement en faveur de
celle belle el utile institution (ij. J. D. L. B.
173. — Verslag, etc. — Rapport sur l'état des colonies de bien-
faisance établies dans les provinces septentrionales du royaume
des Pays-Bas, par le chevalier Caaa, membre de l'ordre équestre
de Hollande, etc. La Haye, 1827; imprimerie du gouvernement.
In-8° de 1 9 pag.
Parmi le grand nombre d'institutions philanlropiques créées
sous l'influence des progrès de la civilisation de notre époque
on pourrait, sans crainte d'être taxé d'exagération, placer au
premier rang les colonies de bienfaisance qui existent dans les
Pays-Bas; de là, on conçoit tout l'intérêt que doit inspirer la
brochure de M. Caan. On y lit avec plaisir qu'au 8 novembre
dernier, l'état des colonies de bienfaisance des provinces septen-
trionales du royaume ne laissait rien à désirer : l'exercice du
culte religieux , l'instruction , la santé des colons, le travail, les
magasins, la nourriture, les bàtimens, l'agriculture, le service
sanitaire, etc. , sont passés en revue par M. Caan. (Voy. ci-des-
sus , p. 264-271, une Notice sur les colonies de bienfaisance de
Frederiks-Oord et de Wortel.) be K.
17/». — * Guide des jeunes employés, par N. L. RiNSOif.
Bruxelles, 1828 ;Tarlicr. In-i8 de 2/, 2 pag.
(r) L'article inséré dans notre précédent cahier (p. 264 et suivantes) ,
relatif aux colonies de bienfaisance du royaume des Pays-Bas , a été
extra it du Mémoire de M. de Kircrhoff, dont on avait conserv la
signature, défigurée par une faute d'impression. j\. du ft.
t . x x x v 1 1 . — Février 1828. 3 1
48a LIVRES ÉTRANGERS.
il était difficile de concevoir un ouvrage plus mile et de
l'exécuter d'une manière plus satisfaisante que ne l'a fait M. Ren-
son; ses trente-cinq chapitres s'enchaînent avec un ordre par-
fait, et je ne sais par quel art l'auteur a su jeter un véritable
intérêt sur une matière qui semblait en comporter si peu; cela
tient indubitablement à ses vues toujours morales et qui dé-
cèlent partout l'homme de bien9 non moins que l'administrateur
instruit. Les honorables souvenirs qu'a laissés ., parmi les Belges,
M. de Chaban , préfet de la Dyle, ne permettent pas de douter
du plaisir qu'ils éprouveront à lire ce qu'en rapporte M. Ren-
son dans son chapitre sur les audiences. Nous terminerons cet
article, en formant le vœu que bientôt ce petit volume se trouve
dans les mains de toutes les personnes qui suivent la carrière
des emplois publics, ou qui s'y destinent. Stassart.
it5. — * Hugo de Groot, etc. — Hugues de Groot (Grotius),
et Marie deReigersbergen, par Jérôme de Vries. Amsterdam,
] 827. în-8° de 255 pag.
Il n'est personne qui soit un peu versé dans l'histoire des
Pays-Bas et qui ignore les grands talens et les revers de Hugues
Grotius; il n'est personne qui méconnaisse les grands services
qu'il a rendus aux différentes sciences morales et politiques telles
que le droit, l'histoire, la théologie, etc. Il y a pourtant encore
une partie de sa vie à laquelle on n'avait pas jusqu'ici accordé
une attention assez particulière , c'est sa vie privée et ses vertus
domestiques; M. de Tries s'est acquis des titres à la reconnais-
sance publique, en se chargeant de la tâche honorable de pré-
senter la vie de Grotius sous ce nouveau rapport. Le volume que
nous annonçons contient quatre discours: le premier (pag. i-5o)
nous fait connaître la première partie de la vie de Grotius jus-
qu'à son emprisonnement à la Haye i583-i6i8; le second,
(pag. 5i-io5), se rapporte à l'époque de 1619- 1632 , jusqu'à
son départ pour Hambourg; le troisième (pag 106- 170) traite
de la partie qui nous paraît la plus intéressante, (entre autres
de la résidence de Grotius comme ambassadeur de Suède à la
cour de France, ) jusqu'à sa mort en 1 6 4 r> ; le quatrième dis-"
cours enfin s'attache à faire ressortir les vertus delà digne épouse
de Grotius, la célèbre Marie de Reigersbergen , qui s'est mon-
trée toujours sa digne et courageuse compagne, au milieu des
revers qu'il a éprouvés.
Certes, M. de Vries aurait pu choisir un sujet plus vaste et
plus brillant. On se demande peut-être quel intérêt peuvent nous
offrir les détails de la vie privée des époux Grotius. IVlais par la
manière dont M. de Vries a traité son sujet, il nous initie à une
foule de preuves touchantes d'amour conjugal, de piété, de n -
PAYS bas. -FRANGE. /,»'»
signatioo el <1<% courage, qui nous font chérir ceux que nous
étions déjà accoutumés à estimer el à admirer. Souvent l'auteur
nous présente le texte même <l«'s lettres que Grotius el son
épouse se sont adressées mutuellement, et on est touché de la
simplicité et de la candeur qui s'y montrent partout. Puissent
les vertus domestiques de ces dignes époux trouver beaucoup
d'imitateurs parmi les familles de notre époque, et puisse la
lecture de cet excellent ouvrage contribuer à les répandre! Alors
ci: ne, sera, pas seulement un bon ouvrage cpie M. de Vries aura
aussi une bonne action. X. X.
LIVRES FRANÇAIS.
Sciences physiques et naturelles.
i--(). — Essai sur les modifications apportées à la conformation
de la terre depuis sa création, par Joseph J. D. , ancien capitaine
d'artillerie. Paris, 1828; Jules Rcaouard; Bachelier. In-8°;
prix , 1 fr. 5o cent.
Si l'auteur avait eu moyen de bien connaître quel fut l'état
de la terre à la création, et rapprochait de cet antique inven-
taire celui de nos connaissances actuelles, pour en déduire
l'histoire des vicissitudes subies par notre planète, son essai
serait incontestablement le livre le plus curieux qui eut jamais
paru, et la géologie serait une science désormais complète. Il
n'en est malheureusement pas ainsi; M. J. D. ne nous donne
sur l'état primitif du globe que des conjectures, plus ou moins
ingénieuses, plus ou moins neuves, et il en déduit des suppo-
sitions sur la manière dont ont dû se Former les montagnes, les
mers, les rivières. Il présume que la terre a dû n'être qu'une
masse dans laquelle les corps solides, liquides et gazeux, d'a-
bord confondus, ont dû bientôt se ranger dans l'ordre de pe-
santeur, par l'effet de l'attraction, qu'alors elle a dû former un
sphéroïde parfait, entièrement recouvert d'une couche d'eau ;
que, dans cet état de mollesse, la rotation a produit l'exhaus-
sement de l'équateur, que les mers se sont formées par affaisse-
ment, les montagp.es primitives par une sorte de Cristallisation;
L'auteur appartient à cette classe de géologues qui voulant,
malgré la pénurie de données précises où nous sommes encore ,
remonter à l'origine des choses, font de la science avec leur
imagination, et sont condamnés, s'ils rencontrent juste, à ne
jamais pouvoir le prouver; il nous permettra de continuer à
regarder comme le plus poétique et le plus raisonnable d\n-
Ir'eux l'illustre auteur du Génie du christianisme t qui pense que
je monde a été créé vieux. D'autres géologues s'occupent à
3i.
m LIVRES FRANÇAIS.
constater des fails , à réunir les matériaux du grand édifice sur
le plan duquel M. J. D. a voulu donner un aperçu : ceux-là
reconnaîtront, à plusieurs observations pleines de sagacité, que
l'auteur de l'essai pourrait, s'il dirigeait ses recherches sur des
choses plus à notre portée, rendre à la science de véritables
services. J. J. B.
177 . — * Encyclopédie portative ou Résumé universel des sciences,
des lettres et des arts. — Précis de minéralogie moderne, donnant
la connaissance de la structure, la nature , les caractères et la
classification des minéraux , avec la description et l'histoire
naturelle de chacune de leurs espèces; précédé d'une intro-
duction historique , et suivi d'une biographie , d'une bibliographie
et d'un vocabulaire formant table synonymique; parG. Odolant
Desnos, membre de plusieurs sociétés savantes. Paris, 1827;
au bureau de l'Encyclopédie portative, rue du Jardinet-Sain t-
André-des-Arcs, n° 8. 2 vol. in- 18; prix, 7 {je.
On peut apprendre beaucoup dans ce petit ouvrage. On
désirera sans doute plus de développemens en quelques par-
ties, plus de cette sorte d'érudition dont les sciences ne peu -
vent se passer que lorsqu'elles sont très-près de leur perfec-
tion : mais il fallait borner à deux petits volumes ce traité
d'une science immense, et y joindre, sans étendre l'espace,
l'histoire de cette science et celle des hommes qui ont accu-
mulé successivement les richesses qu'elle possède aujourd'hui.
C'est dans cette partie historique, biographique et bibliographi-
que que l'on remarquera le plus de lacunes, sans que l'on puisse
les reprocher à l'auteur: entre les limites qu'il lui était interdit
de franchir, il devait réserver pour l'exposition des doctrines
le plus grand nombre de ses pages; et, s'il était dans la néces-
sité de traiter moins favorablement quelque partie de son
travail , ce n'est pas à celle qui constitue la science qu'il lui
était permis d'imposer un tel sacrifice.
Au sujet de ces limites, presque toujours trop étroites, qui
sont prescrites aux ouvrages portatifs-, élémentaires , popu-
laires, etc., qu'il nous soit permis de dire, au nom de l'intérêt
public, que ce que l'on doit fixer avant tout, s'il est possible,
c'est l'étendue que doit avoir un ouvrage réellement utile, et
par conséquent un bon ouvrage. Si quelque incertitude sur les
méthodes d'enseignement et d'exposition empêche quelque fois
de résoudre cette question , qu'on donne la préférence aux
longs ouvrages; il y a moins d'inconvénient à excéder la me-
sure du savoir profitable qu'à rester en- deçà, d'autant plus
que, lorsqu'on s'attache à ne pas dépasser cette mesure, il
arrive très-rarement que les étudians sachent bien ce qu'ils
croient avoir appris.
SCIENOTS PHYSIQl ES. /,8r>
Les entreprises d*o\i\ ragea abrégés se multiplient ; une sorte
de ri\ alité s'établit entre les écrivains zélés pour la propagation
des connaissances usuelles. Afin que cette concurrence soif aussi
profitable an public qu'elle peut le devenir, il serait peut-être
nécessaire de traiter spécialement) à fond, avec étendue, les
questions encore plus neuves qu'on ne le pense: comment les
livres élémentaires doivent- ils être rédîgésPQuels développemens ■
Les rédacteurs peuvent-ils admettre? Est-il possible de trouver
des règles qui puissent diriger la composition de ces ouvrages,
et en garantir le succès ? Le philosophe qui résoudrait ces
questions aurait bien mérité des étudians, des professeurs et
J< is ailleurs qui écrivent pour les uns et pour les autres. N.
178. — * Discussion sur l'antiquité de la découverte et de
l'usage du platine ; citations de divers auteurs anciens à ce sujet ,
par M. F. Rêver. Rouen, 1827; M,uc veuve Renault. In-8U
de 67 pages.
M. F. Rêver, correspondant de l'Institut, aujourd'hui l'un
des patriarches de la science archéologique, élève une discus-
sion d'un haut intérêt. L'épigraphe qu'il a choisie indique par-
faitement son intention : « Et cela fesoy-jc en partie pour voir
si je pourrais tirer quelque contradiction qui eut plus d'assu-
rance de vérité que non pas les preuves que je mettois en avant.»
[Bernard Palissy, traité des Pierres, pag. 75».) M. Rêver,
ainsi queCaylus et Winckelmann , s'est occupé de ce que furent
les arts chez les anciens; et ses divers écrits sont marqués au
coin de la plus saine critique. Les anciens connaissaient-ils le
platine? Savaient-ils l'employer ? Telles sont les deux questions
que cet antiquaire s'est proposées à lui-même, d'après la des-
cription du plomb blanc qui se trouve dans Pline , et qu'il offre
ensuite aux archéologues. Il présente, pour sa part, son con-
tingent de renseignemens pour et contre; car il s'agit ici d'é-
cîaircir un fait, et non de plier les textes à une idée dominante.
M. Rêver est très porté à voir le platine dans le métal que Pline
appelle le plomb blanc, et qui a été pris pour ïétain, si ce n'est
par un petit nombre de gens de mines , suivant l'expression
d'un ancien traducteur de Pline. Il établit un parallèle entre la
description du plomb blanc donnée par le naturaliste latin et
celle du platine par notre célèbre Fourcroy- L'auteur soupçonne
que le platine était connu des Grecs, et qu'ils le mettaient en
œuvre sous le nom de cassitems ; il allègue les raisons qu'il a
de regarder quelques descriptions qui sont dans Homère,
comme pouvant porter à penser que le cassilerôs était notre
platine, antérieurement à la discussion qui vient d'être impri-
mée à la fin de 1827, M. Rbteb avait fait connaître l'exposé
486 LITRES FRANÇAIS,
des idées que l'étude du xvie chapitre de Pline, îiv. xxxiv, lui
avait suggérées sur l'identité du platine moderne et de l'ancien
plomb blanc; il avait fait également imprimer cet exposé,
comme mémoire à consulter , afin d'obtenir des hommes ins-
truits quelques avis dans l'intérêt de la science. M. Leboyer
répondit à cet appel par des réflexions imprimées dans le Lycée
armoricain. M. Rêver examine, dans son nouvel écrit, l'opinion
de M. Leboyer. Pour donner un aperçu de la manière dont la
discussion est posée , nous terminerons cet article par une série
de questions qui en est le résumé exact. Quel était, chez les
anciens , le métal qu'ils ont dit : i° Ne se recueillir que dans
les mines d'or et parmi les sables aurifères? i° Ne s'y montrer
que sous la forme de grenaille noirâtre, bigarrée de tons blancs?
3° Ne pouvoir être employé, s'il n'était allié avec quelque autre
métal ? 4° Être toujours plus dur a fondre que l'argent? 5° Avoir
été connu des Grecs, qui le portaient au plus haut prix, et l'em-
ployaient à des ouvrages précieux ? 6° Être aussi lourd que
l'or? 7° Avoir été mis en plaqué par les Gaulois qui, d'après
cette invention, firent aussi au plaqué d'argent ? 8° Enfin avoir
été désigné sous la dénomination d'or blanc, qu'il ne garda
point, et qui fut remplacée chez les Romains par celle de plomb
blanc? Faut-il croire que ce métal était l'étain même que nous
connaissons? ou bien les qualités que les anciens lui trouvaient
ressemblaient-elles aux qualités du platine ? Peut-on recon-
noître ces qualités dans quelque autre métal que le platine?
P. J. F.
I79- — * Atlas des oiseaux d'Europe, pour servir de complé-
mentau Manueld 'ornithologie deM. Temminnck; par M. J. C. Ver-
ner, peintre d'histoire naturelle. Septième livraison. Paris,
18:28; A. Belin, rue des Ma thurins St. -Jacques, i4-In-8°. Prix
de la liv. 5 fr. Le texte se vend également par livraisons.
Les dix planches dont se compose cette livraison représentent
deux espèces du genre éiourneau (Siurnus), et une du genre mar-
tin (Pastor), qui appartiennent toutes trois à l'ordre des om-
nivores; cinq espèces du genre Pie-griècÂes (Lanius), et une du
genre Gobe mouches (muscicapa); ces deux derniers genres font
partie de l'ordre des insectivores.
On reconnaît toujours dans les planches le talent qui place
M. Werner au rang de nos meilleurs peintres d'histoire natu-
relle; la réputation du Manuel d'ornithologie de M. Temminek est
bien établie depuis long-temps, et nous ne pouvons rien ajou-
ter à l'éloge que nous en avons déjà fait. A. 31 — t.
180. — * Plantes cryptogames du nord de la France; par
J.-B.-H. J. Desmazières. /te et 5e fascicules. Lille, 1826- i8,>-.
SCIENCES PHYSIQ1 /,8;
Letcux. Paris, Tn miel el Wurlz. lu-/|° ai ce 5o échantillons;
j-ii\, S IV.
L'empressement avec lequel nous avons rendu compte des
trois premières livraisons de cet ouvrage prouve l'importance
que nous attachons à cette laborieuse entreprise, que M. De-.
mazières continue avec une persévérance et des soins éclairés,
qui lui méritent les suffrages des hommes studieux. Ct n'est
point par le luxe typographique qu'il cherche à captiver les
amateurs d'histoire naturelle , mais par un choix de bons échan-
tillons, bien caractérisés, et par des notes raisonwées fort éten-
dues. Les deux fascicules (pic nous annonçons, le /je et le 5e de
la collection, renferment, comme les prcVédens, 5o espèces
de cryptogames, appartenant aux hydrophytes , aux champi-
gnons, aux lichens, aux mousses et aux fougères. Les bornes
de cet article ne nous permettent pas d'énumérer les genres et
les espèces inédites mentionnés dans l'ouvrage; toutefois, nous
devons citer parmi les plantes marines cloisonnées ythalassio-
phftt s diaphûistéçs ) , les genres boryna de grateloup, chloroni»
tutu gailloo, sphacelaria lyngbye, sur les caractères desquels
! auteur donne des explications précises, comme aussi sur ceux
dans lesquels doit être désormais restreint, le genre cera-
mium. L'examen attentif des échantillons renfermés dans le
5e fascicule prouve avec quel succès l'auteur explore les dé-
partemens du nord de la France, et combien ils lui ont fourni de
cryptogames rares et nouvelles, échappées aux recherches des
botanistes du même pays. Des cent espèces de plantes exposées
dans ces deux fascicules, nous en avons remarqué près de la
moitié qui ne sont pas mentionnées dans la dernière édition
[1827) de la Botanographie belgiqùc par M. Th. Lestiboudois,
quoique ce dernier ouvrage ait cité, comme appartenant à la
Belgique, des espèces observées, à la vérité, en Danemark,
mais qui n'ont pas encore été rencontrées en France.
181. — * Tableau analytique de la flore parisienne , d'après
la méthode adoptée dans la flore française de MM. De Lamarck
et De Candole; par Alex. Bautier. Paris, 1827; Béchet jeune.
Ii.-i8de284 pages; prix, 11 fr.
On connaît les avantages de la méthode dichotomique que
nous devons à M. De Lamarck, el à l'aide de laquelle les com-
mençans en botanique arrivent avec beaucoup de facilité à la
connaissance du nom des plantes. Cette facilité dans les moy< 1
de recherches offrant aux élèves qui n'ont pas beaucoup de
tems à consacrer à la plus agréable des sciences les moyens
d'obtenir de prompts résultats et de surmonter sans maître el à
tout instant les premières difficultés inséparables de toute étude
486 LIVRES FRANÇAIS.
scientifique, a été un des motifs qui ont déterminé l'auteur de
cet ouvrage à le composer et à le publier. Pour obvier à l'in-
convénient que l'on a souvent reproché à la méthode dichoto-
mique de ne pas offrir assez de points de repos et d'exiger une
attention trop soutenue , M. Dautier a placé l'analyse des es-
pèces après la description du genre, de manière à ce que ce
dernier puisse servir de terme iixe pour la mémoire. La dé-
couverte d'un grand nombre d'espèces, depuis la publication
du travail de M. De Lamarck, la nécessité de réduire en un
volume plus portatif un tableau si utile d;ms les herborisations,
et d'appliquer plus spécialement son usage aux terrains qui
entourent la capitale ; telles sont les raisons qui paraissent
avoir dirigé l'auteur dans la conception et la publication de
son travail. Il a su, d'après l'avis officieux de M. De Candole,
multiplier les moyens d'arriver à la connaissance des genres et
prévenîr les différentes anomalies qui auraient pu entraver les
recherches. Ce petit ouvrage, Vade mecurn, indispensable aux
amateurs de la botanique, renferme la description des familles
naturelles et de tous les genres de phanérogames qui appar-
tiennent à la flore parisienne. Ces genres Sont suivis de l'ana-
lyse des espèces. L'ordre adopté dans la disposition des familles
est celui qui commence par les êtres les plus composés en des-
cendant aux plus simples. Quant aux raisons qui ont empêché
l'auteur de compléter son ouvrage par la publication de la
cryptogamie et la description détaillée des espèces, elles seront
appréciées diversement par les lecteurs, que nous renvoyons
avec confiance à l'ouvrage même. Ils trouveront, au commen-
cement, des Notes préliminaires sur les organes des végétaux,
et à la fin , un Vocabulaire des mots techniques employés dans
l'ouvrage. B. G.
182. — * Le Bon Jardinier, almanach pour l'année 1828,
contenant les principes généraux de la culture; l'indication,
mois par mois, des travaux à faire dans les jardins; la descrip-
tion, l'histoire et la culture de toutes les plantes potagères éco-
nomiques ou employées dans les arts; de celles qui sont propres
aux fourrages; des arbres fruitiers; des oignons et plantes a
fleurs; des arbres, arbrisseaux et arbustes utiles ou d'agré-
ment, disposés selon la méthode du Jardin du Roi; suivis d'un
vocabulaire des termes de jardinage et de botanique; d'un jar-
din des plantes médicinales; d'un tableau des végétaux grou-
pés d'après la place qu'ils doivent occuper dans les parterres ,
bosquets , etc. ; et précédé d'une Revue de tout ce qui a paru
de nouveau en jardinage , en France et dans les pays étrangers.
pendant le cours de L'année ; par A. Poiteai , ancien jardinier
SCIENCES PHYSIQUES. 489
des pépinières royales de \ ersaiUi s, rie. et Vilmorin, membre
delà Société royale a* agriculture t etc. Paris , 182$-; Audot. ln-n
de 10A0 pages, avec '1 planches et a gravures*; prix, 7 francs,
et <) IV. 2.5 cent, par la poste.
Cet intéressant almanacfa offre cette année à ses lecteurs,
même avant le titre, une instruction qui serait peut-être per-
due, si l'on n'y joignait pas un commentaire : une gravure re-
présente le jardin et les serres de la Société d'horticulture de
Bruxelles. Cette Société ne se borne donc point à des disserta-
tions; elle veut faire plus que propager le résultat d'expériences
faites par autrui ' avis aux Sociétés de même nom, en quelque
lieu qu'elles soient instituées (1).
La Revue horticole est très-intéressante. Depuis 182G, plus de
200 noms d'espèces ou de variétés nouvelles ont été introduits
dans le Bon Jardinier. Si chaque année était aussi féconde en
découvertes botaniques et horticoles, l'embarras du choix de-
viendrait extrême; car on ne peut tout cultiver, tout placer
dans les plus grands jardins , dans les serres les plus vastes.
Mais ces acquisitions végétales ne sont pas les seuls objets pas-
sés en revue; de nouveaux procédés de culture, des moyens
de perfectionner ou de conserver les fruits, des Notices sur les
travaux et les services des Sociétés d'horticulture, et sur les
hommes instruits qu'elles ont perdus. Toutes ces matières, qui
forment une agréable liaison entre les lettres, les arts et les
sciences, peuvent être recherchées, même ailleurs que dans un
almanach, et en touttems. Cet ouvrage devient, chaque année,
plus instructif et plus attrayant : les lecteurs, satisfaits de la
manière dont les rédacteurs se sont acquittés de leur tâche,
ne penseront nullement à examiner s'il était possible de faire
encore mieux. F.
18 3. — * Annuaire pour Van 1828, présenté au Roi par le
bureau des Longitudes) Paris, 1827; Bachelier. In 12 de
212 pages; prix , 1 fri
L'Annuaire du bureau des Longitudes, rédigé par des sa vans
illustres, est une espèce de manuel des faits les plus utiles à
connaître dans l'astronomie, la physique, la chimie et la sta-
tistique : il comprend en outre tout ce que contiennent les ca-
lendriers ordinaires. Dans celui de 1828 on a retranché deux
extraits du Système du Monde de feu M. de La Place, que l'on
(1) Le magnifique jardin de plantes et <F arbres exotiques de M. Sou-
1 \ngk Bodib , à Ris, sur la route de Paris à Fontainebleau , est , en
quelque sorte, grâce à la munificence éclairée tiu propriétaire, une
forte de jardin affecté à la Société hortiadttirale de Paris.
4oo LIVRES FRANÇAIS.
voyait figurer depuis plusieurs années dans ce Recueil ; et ce
changement nous conduit à remarquer que , si ses rédacteurs
variaient davantage les fragmens scientifiques dont ils l'enri-
chissent , la collection en serait plus précieuse.
Parmi les morceaux détachés qui paraissent pour la première
fois, nous avons lu avec beaucoup d'intérêt un aperçu stati-
stique sur la Caisse d'épargne et de prévoyance, instituée à Paris
en 1818, duquel il résulte qu'en 1826 il y a eu 8z,3oo ver-
semens, dont l'ensemble a produit 3,625,985 francs, et que
depuis son origine en 1818 jusqu'au 3r décembre 1826, la
Caisse a reçu plus de vingt- huit millions de francs. La somme
totale des versemensa été chaque année en augmentant; niais la
valeur moyenne des dépôts tend aussi à s'accroître : elle était
de l\i fr. en i823; elle est aujourd'hui de f\\ fr. 5o cent., c'est-
à-dire, près du maximum, 5o fr. , que les statuts permettent
de recevoir. Ce fait remarquable prouve que le nombre des
déposans n'augmente pas dans le rapport de l'accroissement des
fonds versés. Si l'on veut connaître maintenant dans quelle pro-
portion les diverses classes de la société participent à ces dé-
pôts, il suffit de jeter les yeux sur le tableau suivant, qui offre
des relevés faits à deux époques différentes, sur une masse
d'environ 1 5, 000 déposans; on y voit figurer des individus ap-
partenant aux diverses classes de la société, clans les propor-
tions ci-après :
i° — Domestiques pour j
20 — Ouvriers
3° — Déposans sans désignation de profession . 7
4° — Enfans mineurs y
5° — Employés tV
6° — Marchands 7^
70 —Rentiers tî
8° — Professions libérales , artistes , etc. ... ^
90 — Militaires rj
io° — Diverses associations de secours mu-
tuels, des cultivateurs et quelques ecclé-
siastiques , magistrats ou fonctionnaires
publics , forment ensemble ...... ^
Les notices scientifiques fournies par M. Arago, de l'Acadé-
mie des Sciences, et spécialement celles qui traitent de la con-
gélation des rivières , de la théorie de la grêle , et par suite des
paragrèles qui occupent depuis quelque temps l'attention des
physiciens et de plusieurs sociétés savantes, i;ous ont paru sur-
tout dignes d'être mentionnées. M. Arago explique par terayonnp-
SCIENCES PHYSIQUES. 491
ménl nocturne quelques circonstances delà congélation des
rivières, dont les observateurs avaient c* 1 <• frappés, sans pou
voir en assigner la cause. C'est ainsi qu'il attribue à l'abondance
des eaux, et principalement à la faiblesse d'un rayonnement
nocturne, résultant d'un ciel couvert, le défaut de congélation
de la Seine dans son milieu, lors du froid si intense de i^<>f),
quand le thermomètre centigrade marquait — a3 °. Au con-
tinue, en 17G2, la rivière fut totalement prise à la suite de six
jours dégelée, dont la température moynne était de — 3°
9 centigr. , et sans que le plus grand froid eût dépassé — 90, 7 :
c'est qu'à cette seconde époque les six jours qui précédèrent la
congélation totale de la rivière furent parfaitement sereins: cir-
constance qui , favorisant le rayonnement nocturne , rendait la
.température de l'eau beaucoup plus basse que celle de l'atmo-
sphère, d'après la théorie connue du calorique rayonnant.
Après un exposé savant et impartial des remarques et des opi-
nions auxquelles le météore de la grêle a donné lieu jusqu'à
présent, M. Arago se prononce contre le système des para-
grêles, fondé sur la théorie erronée du célèbre Volta; système
qui ne lui paraît avoir aucune efficacité préservative : il finit
par déclarer qu'une explication satisfaisante du phénomène
de la grêle est encore à trouver.
Nous citerons encore les observations du même savant sur
l'aiguille aimantée, dont les mouvemens singuliers intéressent
si vivement les physiciens de nos jours. L'extrémité nord de
l'aiguille aimantée a continué, en 1 827, à se rapprocher du mé-
ridien terrestre; le 8 juillet à i\ 8' , M. Arago a trouvé pour
la déclinaison absolue, 22 ° 20' — . L'inclinaison de l'aiguille
a peu changé depuis l'année dernière; l'ensemble des observa-
tions indique à peine une diminution de 1' ~. Ad. Gondinet.
184. — * Anatomie de l'homme, ou Description et fiigures
lithograpliiées de toutes les parties du corps humain; par //«tes
Cloqdet, i). m., membre de l'Académie de médecine, etc .5
publiée par C. de Lasteyrie, éditeur; 33e et 34e livraisons.
Paris, 1827 ; Brégeaut, imprimeur-lithographe; Lasteyrie , rue
de Grenelle -Saint- Germain. Deux cahiers in -fol.; prix de
la livraison, 17 fr. 5o c. (vov. Rcv. Enc. t. XXXII, p. ^29,' et
t. XXXVI, p. i6'i.)
Cette importante publication, l'un des plus utiles monumens
que l'on ait encore élevés à la science de l'auatomie, base es-
sentielle des connaissances et des recherches médicales , se
continue avec le zèle et les soins éclairés qui ont déjà mérité
plus d'une fois nos éloges , adressés à l'auteur aussi bien qu'à
l'habile éditeur.
•îya LIVRES FRANÇAIS.
1 85. — * Traité pratique des maladies syphilitiques , contenant
les diverses méthodes de traitement qui leur sont applicables,
et les modifications qu'on doit leur faire subir, suivant l'âge,
le sexe, le tempérament du sujet, les climats, les saisons et les
maladies concomitantes; ouvrage où sont spécialement dé-
taillées les règles de traitement adoptées à l'hospice des véné-
riens de Paris; par L. V. Lagneau, D. M., etc. Sixième édi-
tion, corrigée et considérablement augmentée. Paris, 1828;
Gabon, rue de l'École de Médecine, n°io; l'auteur, rue du
Helder,n° 12. 2 vol. in-8°de io58 pages; prix, 16 fr.
Depuis que la médecine physiologique est venue changer ou
modifier toutes les idées médicales , les maladies syphilitiques
étaient les seules dont le traitement fût presque entièrement
resté sous l'empire de la routine. Cet état de choses ne pouvait
durer long- tcms, et déjeunes médecins militaires conçurent
le projet d'exécuter ce que leur maître avait annoncé. Ils aban-
donnèrent les anciennes méthodes et soumirent un grand
nombre de vénériens à un traitement purement antiphlogis-
tique qui, selon eux, eut pour résultat d'obtenir une guérison
plus prompte et d'avoir un moins grand nombre de récidives.
Aux yeux des praticiens sages, ces résultats brillans ne sont
pas encore assez bien prouvés, et le mercure entre leurs mains
a été si souvent administré avec succès qu'ils auront bien de la
peine à bannir de leur thérapeutique un médicament si éner-
gique.
Les recherches faites sur les maladies syphilitiques depuis
quelques années, ont fait sentir à M. Lagneau que son ouvrage
avait besoin d'être retouché, et les changemens qu'il a fait subir
à cette sixième édition placent toujours ses travaux au nombre
de ceux que les praticiens consulteront avec le plus de fruit.
D.
186. — Élémens de géométrie descriptive, à l'usage des élèves
qui se destinent à l'École polytechnique, à l'Écolejnililaire , à
l'École de marine; par E. Duchesne, professeur de mathéma-
tiques spéciales au collège de Vendôme. Paris, 1828; Malher,
passage Dauphine. In-J2 de 190 pag. avec un allas d'épurés de
18 pi. in-40; prix, 4 fr. 5o c.
Cet ouvrage n'offre rien de remarquable et ne paraît pas de-
voir être préféré à ceux qui traitent le même sujet et que l'on a
coutume démettre dans les mains des élèves, tels que ceux de
Monge f Hachette, Lacroix , etc., toutefois, il convient de dire
que les explications de M. Duchesne sont claires, surtout ce qui
se «apporte à la ligue droite. On peut lui reprocher de donner
aux démonstrations des développerions trop étendus, qui, loin
SCIENCES PHYSIQUES. fgl
d'éclairer l'esprit, lui sont quelquefois oui libles par leur surabon-
dance. INous l'inviterons S faire disparaître de la page !\>. une
erreur; les deux plan, dont les (races sont parallèles à la ligne
de terre et qu'il déclare ne pouvoir pas se rencontrer, se coupent
derrière le plan vertical de projection. \\\ reste, les disciples
auxquels ce livre est destiné pourront en tirer parti ; l'étude en
831 facile et le style convenable. Francoki i;.
187. — Art de fabriquer toutes sortes et ouvrages en papier pour
l'Instruction et l'amusement des jeunes gens des aeiix sexes, par
A. dz lii'xoi ht. Paris 1828; Audot. In-18 de 106 palg. avec
22 planches gravées; prix, 2 l'v. 5o cent.
1 S. s. — .ht de construire en cartonnage tondes sortes d'ouvrages
d'utilité et d'agrément , par A de Hécourt. Paris, 1828; Audot,
In-18 de vin- etio7 pag. avec huit planches gravées; prix, a fr.
et 2 fr. 25 cent, par la poste.
Ces deux ouvrages , offerts à la jeunesse qui aime à occuper
utilement ses loisirs , nous ont paru devoir atteindre le but que
l'auteur s'est proposé. Avec leur aide , il sera facile de se mettre
promptement an fait d'un grand nombre d'ouvrages utiles dont
la confection est elle-même un plaisir. Nous croyons qu'il est bon
de mettre de pareils livres dans les mains des jeunes gens; ils
contribueront à les rendre adroits et à les habituer de bonne
heure au calcul et à la réflexion. OE.
189. — * Atlas de Géographie ancienne, pour servir à l'intel-
ligence des Œuvres de Rollin , publié sous la direction de
M. Letronne, membre de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres. Paris, 1827; Fi r min Didot, rue Jacob. In-4°
obîong; prix , 12 fr.
On a réimprimé de nos jours, et sous différens formats, la
vaste collection historique qui comprend l'Histoire Ancienne et
l'Histoire Romaine; celle des Empereurs et l'Histoire du Bas-
Empire. La première partie, continuée par Crevierqin a com-
posé l'Histoire des Empereurs, est due à Rollin, et la dernière
est l'ouvrage de Le Beau , qui eut pour continuateur Ameilhon.
Les Œuvres historiques du vertueux recteur de l'Université
de Paris, qui servit l'enseignement par ses utiles travaux, qui
s'est immortalisé par sa bonté et par son excellent Traité des
Études, avaient besoin d'être enrichies de notes critiques,
propres à rectifier des erreurs de détail qui s'étaient glissées
dans la rédaction de son grand ouvrage, ou à indiquer des par-
ticularités historiques qui avaient été négligées. Des modifica-
tions dans l'évaluation des mesures et des monnaies anciennes
devenaient également nécessaires, afin de mettre l'ouvrage au
niveau des connaissances les plus récentes, acquises depuis sa
/l94 LIVRES FRANÇAIS.
publication. Un semblable travail ne pouvait être mieux confié
qu'à M. Letronne, savant dont la réputation est européenne.
Cet académicien a réduit à leur juste valeur les critiques dont
les écrits de Rollin ont été l'objet, en publiant pour la première
fois une édition qui offre sur les endroits vraiment fautifs les
rectifications et les éclaircissemens nécessaires. Les notes de
M. Letronne, précises et concluantes, portent le cachet de sa
profonde érudition; loin de dénaturer l'ouvrage, il a respecté
religieusement le texte du grand maître, en rejetant au bas des
pages les notes et les observations qui se trouvent entièrement
séparées du textes
La Géographie , compagne inséparable de l'histoire, lui sert
aussi de guide : elle trace, après une succession de siècles , la
forme des diverses contrées habitées par les peuples anciens,
la marche et la stratégie des armées; elle assigne la position
des villes même dont il n'existe plus de ruines, et montre la
place où les événemens mémorables se sont passés. Un Atlas
devenait donc indispensable pour servir à l'intelligence des
OEuvres de Rollin. Cet atlas qui, à l'exception de la Ire carte,
a été rédigé sous la direction de M. Letronne, par M. Du-
four, élève distingué de M. Lapie, vient de paraître: il est
composé de dix-sept planches. Les dix premières donnent les
cartes du Monde connu des anciens, d'après M. Gosselin; de
l'empire romain ( partie occidentale ); de l'empire romain
(partie orientale ); de l'empire d'Assyrie; de la Grèce, et d'une
partie de ses colonies; de la Grèce septentrionale et méridio-
nale; de l'Italie, avec les deux mêmes divisions; de la Gaule.
Les sept autres planches présentent les plans de Rome, de ses
environs; des environs de Carthage; de Syracuse; du combat
naval d'Ecnome; de Cunaxa; d'Athènes, de ses environs; de
lit bataille de Marathon, de Platée; du combat naval de Sala-
mine; du passage des ïhermopyles.
Les cartes générales donnent de grands ensembles, et le
géographe a réservé les cartes de détail pour les pays théâtres
des événemens importans , afin que le lecteur puisse suivre les
récits de l'historien. Cet atlas, sur lequel nous reviendrons,
en rendant compte de celui que l'on grave en ce moment pour
l'Histoire des Empereurs par Crevier, a été dressé avec exacti-
tude, et le choix des cartes et des plans qui le composent
prouve que M. Dufour a médité sur son objet. Quant à son
exécution matérielle, elle est digne de la belle édition qu'il
accompagne. Sueur -Merlin.
190. — * Le Monde en estampes, ou Géographie des cinq
parties du inonde , précédée d'un Précis de géograj>hic unh'cr-
SCIENCES PHYSIQUES. 4ç5
telle ; ouvrage consacré à l'instruction et à l'amusement de la
jeunesse, orné de cent quarante quatre gravures en taille douce
et de cartes; par le chevalier deRoujoux. Paris, 1828. J11-80
de 390 pages; piix, i5 IV. en noir, et 35 fr. fig. color.
Dans les sciences dont L'étude est principalement du ressort
de la mémoire, voir est le meilleur moyen de s'instruire. C'est
surtout dans l'enfance, OÙ l'attention est si mobile, les impres-
sions si fugitives, qu'il est utile de parler à l'esprit par les
yeux. L'ouvrage de M. de Roujoux nous paraît donc, sous ce
rapport, heureusement conçu; l'exécution n'en est pas moins
heureuse : des gravures d'une finesse admirable et d'une vé-
rité frappante exposent aux regards du lecteur ce que chaque
description contient de remarquable, et, pour me servir
d'une expression de L'auteur, présente une image vivante du
monde.
Si nous passons à l'examen de la partie descriptive, nous y
trouverons les deux principales qualités d'un ouvrage élémen-
taire; méthode et clarté. M. de Roujoux n'a point, comme
tant d'autres, oublié qu'il écrivait pour la jeunesse. Il a su
se tenir toujours à la portée de ses lecteurs. Nul développe-
ment de théories abstraites, nulles discussions approfondies
sur les points litigieux de la science ; un exposé simple, mais
fidèle ; un résumé succinct, mais complet, de nos connaissances
actuelles, recueilli dans les ouvrages des plus savans géogra-
phes et des voyageurs les plus célèbres; tel est, en peu de
mots, ce précis géograghique.
Le premier volume, le seul qui ait encore paru, est entière-
ment consacré à des aperçus généraux; les spécialités seront
développées dans les volumes qui doivent suivre. Nous ne
dirons rien du plan adopté par l'auteur, c'est celui qu'ont
suivi ses devanciers; comme eux, il parcourt successivement
les différentes parties de l'ancien et du nouveau continent;
seulement, avec les géographes modernes, il considère et
décrit, comme une cinquième partie de la terre, l'Océanie.
Le plaisir que nous avons éprouvé en parcourant cet ou-
vrage, les éloges mérités, que nous aimons à lui donner, ne
sauraient cependant nous empêcher d'y signaler quelques
taches légères. L'auteur nous a paru négliger trop souvent les
laits principaux pour des détails accessoires; son style, géné-
ralement pur et facile , manque parfois de justesse et de pré-
cision. Enfin , quelques erreurs géologiques se sont glissées
dans ses notions préliminaires sur la géographie physique.
Nous le répétons , ces taches sent légères, mais elles sont ren-
dues plus saillantes, peut être par le mérite même du reste
île l'ouvrage. Pu.
/,96 LIVRES FRANÇAIS.
îgt.v — * Notice sur le gouvernement , les mœurs et les su-
perstitions des nègres du Pays de IValo ( Afrique ) ; par M. le
baron Roger, ex- gouverneur de la colonie française du Séné-
gal. Paris, 1828. în-8°.
Le pays de AValo est situé sur la rive gauche et vers l'em-
bouchure du Sénégal. Les Français viennent d'y fonder des
établissemens de culture coloniale libres, dont les résultats in-
calculables peuvent exercer une grande influence sur toute cette
partie de l'Afrique.
Le Walo est gouverné par un roi qui porte le titre de Brak.
Ce mot n'a aucune valeur par lui-même; c'était, suivant les
nègres, le nom du premier de leurs rois , et ses successeurs se
font un honneur de le porter, comme les empereurs romains
portaient le nom de César ou à9 Auguste.
L'ordre de succession au trône est établi d'une manière assez
singulière, dans l'intention de se préserver des malheurs qu'en-
traînent les minorités et les régences. A la mort d'un Brak ,
ses frères lui succèdent par rang de naissance. Quand cette
première série est épuisée, on retourne au fils aîné du pre-
mier , et ainsi de suite. On doit remarquer que les princes issus
des femmes de sang royal sont les seuls qui puissent prétendre
au trône. Au reste, on exige de l'héritier légitime qu'il ne soit
ni aveugle, ni infirme, qu'il sache monter à cheval, tirer un
coup de fusil , etc. S'il n'a point ces qualités ,son droit est dé-
volu à un autre. Les cérémonies de son couronnement sont
allégoriques. Le nouveau roi doit passer par tous les états de la
société, sans en excepter celui de pêcheur, qui appartient ce-
pendant à une caste méprisée. Le Brak se met clans l'eau avec
les principaux pêcheurs au milieu d'une rivière désignée ,et il
en sort, tenant à la main un poisson qu'il paraît avoir péché
lui-même, mais qu'on a eu soin de lui remettre en secret.
Il est assez bizarre de retrouver à la cour du Brah , et dans
les lieux soumis à son autorité, les coutumes et les cérémonies
qui furent en usage parmi nous aux siècles de la féodalité.
Ainsi, par exemple , le peuple croit que la famille royale pos-
sède le don de guérir par l'imposition des mains. Dans ses
voyages, le Brak et ses gens sont défrayés et nourris aux dé-
pens des villages qu'ils traversent, tandis que les Griot , ou
musiciens et bouffons, chantent les louanges du souverain aux
malheureux que l'on dépouille de leurs moutons , de leur lait
et de leurs poules. Le Boukanèk , domestique de confiance,
majordome et premier ministre, représente par ses attribu-
tions nos anciens maires du palais. Cette charge importante
est réservée à une famille qui se dit l'esclave du Brak , et qui
le gouverne.
SCIENCES PHYSIQUES. /ly7
Los dignités sortent rarement des familles qui les possèdent,
et chaque chef porte le nom de In province qu'il régit hérédi-
tairement. Ils afferment des villages et des territoires à des
vassaux ([ni pavent des redevances annuelles; ceux-ci sous-
louent des subdivisions de districts; et la chaîne fiscale et féo-
dale descend ainsi jusqu'au dernier habitant. Les seigneurs ,
propriétaires de villages, ont adopté le mémo ordre de succes-
sion que pour I» couronne; mais quelques réunions d'habitans
se sont soustraites à ce système, et ont formé des espèces de
communes qui oui leurs officiers civils, chargés de la mesure
des terres, de la perception des impôts, de la police et du ju-
gement des procès. Le chef de celte magistrature municipale
est quelquefois un marabout qui prend le titre de sérign , ou
prêtre , et qui oblige leshabitans à payer la dîme des récoltes ;
cette dîme se partage entre ce prêtre et un chef militaire, à la
nomination du Brak. A la possession du sol est attaché le pou-
voir de rendre la justice, et la maxime nulle terre sans sei-
gneur est la base du droit coutumier du pays de Walo.
Un fait attesté par M. le baron Roger doit amener de pro-
fondes réflexions sur l'état d'inculture stationnaire et déplo-
rable dans lequel on laisse l'éducation des habitans de nos
campagnes. Dans la plupart des villages du Walo, il existe
plus de nègres sachant lire et écrire l'arabe, qui est pour eux
une langue morte et savante, qu'on ne trouverait aujourd'hui,
dans beaucoup de campagnes de France, de paysans sachant
lire et écrire le français.
Les habitans du AValo sont extrêmement polis entre eux, et
poussent très-loin les recherches de la civilité. Ils sont gais,
démonstratifs, ils aiment les récits de voyages, de combats, les
traditions de leurs pays; ils s'exercent à des jeux d'esprit dans
leurs réunions au clair de lune. L'hospitalité est une vertu qui
les distingue particulièrement. Ils sont superstitieux comme -
on l'était en Europe au ixe siècle.
Tels sont les hommes que naguère on ne croyait propres
qu'à faire des esclaves.
M. Roger se propose de publier, sous le titre de Mémoires
philosophiques et politiques sur la Sénégambie , un ouvrage ex-
trêmement intéressant. Il y joindra un recueil de contes nègres
et de fables qui lui ont paru très-remarquables. R.
i()i. — * Lettres d'un voyageur à V embouchure de la Seine,
contenant des détails historiques, anecdoliques et statistiques
sur les contrées de la Normandie connues sous le nom de Pays
de Catix, de Lieuvin et de Roumois, dans les départemens de
la Seine-Inférieure , du Calvados et de Y Eure; par M. A. M. de
t. xxxvn. — Février 1828. \x
.,yS LIVRÉS FRANÇAIS.
Saint- Amaïïd, auteur de la promenade ati château royal du
.lard, etc. Paris, 1828; Guibert, rue Gît-le-Coeur , n° 10. In-8"
de 280 pages avec une gravure et une carte; prix , 5 fr.
La Normandie est peut-être, de toutes les provinces de
France, celle qui a le plus excité le zèle et les recherches des
voyageurs. On pourrait former une bibliothèque considérable
des ouvrages qui sont relatifs à ce pays si intéressant par son
histoire , par sa littérature , par ses richesses agricoles, par son
activité industrielle et par ses sites enchanteurs; et le nom de
St.-Amand figurerait plus d'une fois clans cette collection ; car
c'est à l'ancien préfet de l'Eure, père de l'auteur des Lettres
que nous annonçons aujourd'hui, que sont dus une Statistique
du département de l'Eure , et des Essais historiques et anecdo-
tiques sur le comté, les comtes et la ville a"Èvreux.
Les lettres et un voyageur à C embouchure de la Seine , sans
ajouter beaucoup à la masse des renseignemens déjà recueillis
sur la Normandie, ne seront pas lues sans plaisir, ni sans profit.
C'est l'ouvrage d'un homme instruit et spirituel, qui se plaît
surtout à décrire les magnifiques paysages dont sont ornées les
rives du fleuve français, à rassembler des détails curieux sur
les mœurs de leurs rustiques habitans, et qui évoque souvent,
<lans sa narration, les nombreux souvenirs des vieux tems et
même de l'époque contemporaine. Quittant, à Bolbec, la grande
route de Rouen au Havre, il conduit ses lecteurs d'abord à
Lillebonne dont il visite les antiquités célèbres; puis, aux restes
de l'antique manoir de Tancarville; à Harfleur dont il rappelle
les folles et superstitieuses saturnales du moyen âge, connues
sous le nom de la scie d'Harffeur; à Gra ville, où le sarcophage
de sainte Honorine possédait le précieux privilège de guérir les
sourds; au Havre et sur les délicieux coteaux •d'Ingouville,
qui occupent plusieurs chapitres. Le bateau à vapeur le mène
à Honfleur, d'où il se rend à la foire de St-Clair, dont la cha-
pelle est encore le rendez-vous d'une foule d'aveugles qui
viennent redemander la vue au bienheureux habitant du pa-
radis. Ici se place naturellement une espèce d'en umé ration des
pratiques superstitieuses des Normands, qui, comme le dit
M. de St-Amand, plus frappés par les sens qu'éclairés par la
raison, croient pouvoir être guéris des maux de cou ou des
écrouelles par saint Marcou, de la surdité par saint Ouen , des
éruptions et des furoncles par saint Clou; et chez qui les en-
fans débiles sont voués à saint Fort; les aliénés, à saint Lau-
rent ; les brûlés, à saint Laurent; et les infirmes , à saint Firmin.
C'est au même endroit que l'auteur est témoin de la louée des
domestiques , espèce de marché où « les femmes qui veulent
SCIENCES PHYSIQUES. .',,,,,
embrasser Pétai de domestique se présentent vêtues de leurs
plus beaux s tours, portant au côté un bouquet qui les distingue.
Les hommes y tiennent en main, pour le même motif, une
branche <le verdure. Mon aubergiste cherchait une servante;
il s'approcha d'un groupe de jeunes paysannes, en regarda
une sous le nez, examina si les callosités dé ses mains étaient
une garantie de son travail, la (it marcher quelques pas pour
juger si des défauts corporels pouvaient mettre obstacle à son
activité; puis, avec un signe d'approbation, loi mettant, dans la
main une pièce de monnaie, le marché fut conclu. Rien ne me
rappelait mieux ces marchés d'esclaves dont tant de voyageurs
nous ont fait des descriptions.» Nous ne suivrons pas M. de
St.-Amand dans son voyage au château de La Pommeraye, à
Quillebœuf, à Car bec, à Reuzeville, à Pont-Audemer, à Gre>-
tain etc., etc. Renvoyons le lecteur à son livre qui possède le
rare avantage d'instruire en amusant. a..
io,3. — Paris et ses environs; promenades pittoresques.
Paris, 1828; Louis Janet. In-:8 de 21.2 pages, orné de douze
gravures; prix, 5 fr.
Ce petit ouvrage, remarquable par l'agrément des gravure:,
représentant, les sites les plus agréables des environs de Paris,
l'est aussi par la précision et l'élégance des descriptions. On
peut le regarder comme un élégant résumé de l'ouvrage de
M. Dulaure sur le même sujet. Toutefois, l'auteur ne s'est
point borné à faire une compilation : plusieurs de ses articles
prouvent qu'il a observé avec soin les lieux qu'il voulait dé-
crire. Pour prouver que cet éloge est mérité , il suffit de trans-
crire la description du village d' Eaabdnne. «Au-dessus de
Saint-Gratien , au pied du coteau que couvre îa forêt de Mont-
morency, on trouve Soissy, petit village où le maréchal Kel-
lermann passa les dernières années de sa vie. L'aucien châ-
teau du duc de Valmy, propriété actuelle de M. Fermont, est,
ainsi que la maison de plaisance de M. Javon, tout ce qui re-
commande ce pays à l'attention des curieux. Mais , en suivant
une avenue charmante bordée de beaux cerisiers, vous des-
cendez, par une pente extrêmement douce, dans un joli val-
lon, au fond duquel est Eaubonne... C'est sous ces bosquets
enchanteurs que Saint-Lambert écrivait son poème des Sai-
sons; c'est dans une maison que possédait MmeHoudetot «à Eau-
bonne, que Jean-Jacques, amoureux timide, venait, de son
Ermitage, visiter la dame de ses pensées; c'est dans le séjour
paisible d'Eaubonne que l'âme généreuse de Franklin méditait
et préparait en silence l'œuvre de l'indépendance de sa patrie :
32.
5oo LIVRES FRANÇAIS,
le chêne qu'alors il planta en honneur de cet événement mé-
morable s'y voit encore...»
Le petit volume que nous annonçons mérite d'être recherché,
tant à cause des anecdotes peu connues qu'il renferme, qu'à
cause des jolies gravures qui transportent l'imagination du
lecteur au milieu des sites les plus agréables des environs de
Paris. Brès.
Sciences religieuses , morales , politiques et historiques.
194. — * Accord de la foi avec la raison, ou exposition des
principes sur lesquels repose la foi catholique. Paris, 1827; Po-
tey et Adrien Leclère. In-8°; prix, 6 fr.
Nous avons plusieurs apologies de la religion qui portent
le même titre; mais aucune n'est écrite avec autant de talent
que celle dont il est ici question. Il y règne, d'un bout à l'autre ,
une admirable vigueur de logique et, un enchaînement continu
de raisonnemens. Le style en est pur et élégant : on voit que
l'auteur s'est formé à la bonne école. Il ne dissimule aucune
difficulté, parce qu'il connaît la bonté de sa cause, et qu'il
compte sur ses forces pour la faire valoir. Si tous ceux qui se
mêlent d'écrire en faveur de la religion le prenaient pour mo-
dèle, la réflexion très- judicieuse qu'on lisait dernièrement dans
le Globe deviendrait bientôt inutile. « Dans les séminaires, di-
sait ce journal, on entend autrement que nous la science et la
défense de la religion; on n'en est pas encore venu , dans l'église
catholique, à penser que la voie la plus sûre aujourd'hui, même
pour l'intolérance, c'est d'emprunter à la tolérance et à la phi-
losophie leur large impartialité et leur franche liberté : le si-
lence ne cache rien, ne détruit rien, et l'injustice aliène souvent
les esprits que la vérité complète , quoique en apparence hos-
tile à l'église, aurait cependant retenus dans la foi. »
Il n'est pas de moyen plus propre à donner une idée nette
et précise d'un ouvrage que d'en présenter l'analyse, en em-
pruntant, autant qu'il est possible, les expressions de l'auteur;
c'est ce que nous allons faire. Le nouvel apologiste s'attache à
prouver : i° que la religion est pour l'homme le premier des
devoirs , comme elle est pour la société le premier des besoins;
2° que la raison, incapable de connaître par elle-même les vé-
rités les plus importantes, ne suffit pas pour éclairer l'homme
sur les objets nécessaires de sa croyance, et que, du moment
qu'on veut soumettre à son examen tous les dogmes de la reli-
gion, elle commence par tout mettre en problème, et finit
bientôt par tout rejeter; 3° que le christianisme, en tirant le
monde des épaisses ténèbres et de la corruption profonde où
SCIENCES MORALES. Soi
il était plongé, a fourni la preuve; la plus complète de la divi-
nité île sou auteur, et «pu*, dès-lois, c'est pour tous les hommes
une obligation indispensable de croire aux dogmes qu'il révèle,
et de suivre la morale qu'il prescrit; /," qu'en supposant la ré-
vélation nécessaire el existante, c'est une inconséquence et un
tort grave d'en rejeter un seul article, sous prétexte qu'on ne
le comprend pas; qu'en établissant l'esprit humain juge de ce
qu'elle enseigne, on est inévitablement conduit à la destruction
de tout culte, de toute croyance, et que, par conséquent, il faut
nécessairement admettre un tribunal infaillible, juge de toutes
contestations et de toutes disputes, qui prononce en dernier
ressort, et auquel la raison, malgré ses répugnances, soit forcée
de se soumettre. J. L.
i<)j. — Nouvel Essai sur lu certitude, par M. l'abbé Vrindts.
Paris, 1828; Rusand. In-8° de 383 pages ; prix, 5 fr., et 6 fr.
par la poste.
Ce livre peut être considéré comme un appendice de celui
de M. l'abbé de la Mennais sur l'indifférence religieuse; c'est
dire qu'il appartient à la même école, et que l'auteur partage
les doctrines de l'écrivain dont il offre aujourd'hui une sorte
de commentaire. Simplifier la question fondamentale du prin-
cipe de la conviction humaine, agitée en particulier dans
l'Essai sur l'indifférence en matière de religion, tel est le but
indiqué par M. l'abbé Vrindts. L'a-t-il complètement atteint?
a-t-iî beaucoup simplifié des matières abstraites, et qui sont,
il faut l'avouer, difficiles à traiter d'une façon intelligible pour
tout le monde? nous croyons pouvoir en douter jusqu'à un
certain point. Ce n'est pas pourtant qu'il manque à cet ouvrage
une sorte de clarté, et M. Vrindts déduit sans doute ses con-
séquences d'une manière logique; mais, lorsqu'on traite des
questions de philosophie et surtout de philosophie religieuse,
il est d'une haute importance de bien s'entendre sur les défi-
nitions et sur les points de départ; c'est là ce que prescrit la
méthode, et l'auteur n'a peut-être pas toujours suivi parfaite-
ment ce mode de procéder; la langue qu'il parle n'est peut-
être pas toujours non plus celle de tout le monde. M. Vrindts
n'aime pas beaucoup l'état actuel de la civilisation. On peut
en juger par le passage suivant, tiré d'un de ses premiers cha-
pitres : « (le portrait divin du Créateur (l'ame) naît ébauché
par l'habile main du souverain artiste; il se réserve comme
dominateur de son propre ouvrage à le façonner... Nul autre
que lui, s'il ne s'en charge, n'a droit d'y porter la main...
atteinte de toutes la plus grave qu'on puisse porter à l'auto-
rité du dominateur des intelligences; aussi, comment peindre
5oa LIVRES FRANÇAIS.
assez vivement l'horreur dos attentats commis par notre siècle
des lumières ? Proteclion égale, active même, accordée à toutes
les sectes; oppression réelle de la religion véritable; liberté de
penser et d'égarer les générations présentes et futures; liberté
de la presse. Il ne manque plus que de détrôner l'ancien des
jours , après avoir détrôné tous les potentats du monde. » La
tolérance religieuse, la libre communication de la pensée,
voilà, aux yeux de l'auteur, les crimes irrémissibles de notre
pauvre siècle; au moins y a-t-il de la franchise dans cette dé~
cîaration. Mais ne nous engageons pas sur un terrain qui
s'étendrait trop devant nous, et laissant là les antipathies de
I\ï. Vrindts, tâchons de faire connaître le plan de son écrit.
Dieu est l'auteur souverain de notre raison et de tous ses
moyens de connaître; l'idée de Dieu, source de vérité, est le
fondement de la certitude; c'est sur ce principe que M. l'abbé
Vrindts appuie la base de ses doctrines. De l'influence de
l'existence de Dieu sur la conviction , il déduit le principe, que
l'homme, bien qu'il soit raisonnable par instinct, du mo-
ment où son ame est créée, reçoit l'usage de sa raison de
la société exclusivement. Il soutient cette assertion au moyen
d'exemples, qui ne nous ont pas paru tous concluans, et tirés
de la correspondance de saint François Xavier, de l'histoire
d'une fille sauvage trouvée en 1781 , de l'état des sourds-muets
de naissance; d'où il conclut que l'intelligence humaine, dé-
veloppée par l'état social seul, ne pense sensiblement pour
elle-même, que par la parole, ou par une éducation qui la
supplée. Cependant il signale plusieurs écueils du raisonnement
humain. Ce sont d'abord les erreurs auxquelles il est sujet; et,
à ce propos, M. Vrindts déplore le dédain du siècle pour cette
haute morale, celte métaphysique transcendante, qu'il trouve
renfermées dans les dogmes et les livres religieux. Les autres
écueils qu'il indique sont l'imperfection du langage et l'empire
que le cœur exerce sur la raison. De là, combattant le scepti-
cisme des philosophes modernes, il leur reproche , par exem-
ple, de rejeter ce qui ne leur est pas démontré par raisons
évidentes, de douter des miracles, qui ne paraissent étonnans ,
dit-il , à notre ignorance et à notre stupidité, que parce que nous
ne sommes pas habitués à ce qui est rare. A ce sujet, M. Vrindts
rapporte, à l'appui de ses raisonnemens, le miracle de la croix
de M igné près Poitiers, dont les feuilles publiques ont entretenu
leurs abonnés. Est-il bien prudent de citer ainsi dans un livre
grave un fait sur la réalité duquel on s'est tant soit peu égayé?
c'est la réflexion que nous a fait naître la lecture de ce passage,
réflexion que nous soumettons à i'auteur, lorsque surtout il
SCIENCES MORALES.
tire do ce fait des conclusions peu flatteuses pour le siècle e(
qu'il est bon de lire dans l'ouvrage même. Enfui, M. Vrindla
s élève encore contre l'esprit d'aveuglement qui fait mécon-
naître à ses contemporains l'autorité unique, celle de l'église ,
qui seule peut assurer Ja possession de cette vérité, de cette
certitude née de Dieu et qui n'existe qu'en Lui seul. La direc-
tion de cet ouvrage nous a semblé tendre particulièrement à
rapporter à Dieu, comme centre unique, toutes nos connais*
sauces et nos élémens de certitude; doctrine fort sage, sans
doute, et que nous croyons au dessus de toute controverse,
m. lis qui est professée par M. Vrindts peut-être d'une manière
trop absolue et soutenue par des argumens qui no sont pas
tous, à beaucoup près , de la même force. L. Dh.
196. — * Corps du droit français ou Recueil complet des lois ,
décrets t ordonnances , arrêtés, scnatus-consultes , règlemens ,
avis dtc Conseil d'État , publiées depuis 1789 jusqu'à 1825 in-
clusivement; mis en ordre et annoté par Galisset, avocat. Paris,
1827-1828; Malher et compagnie. L'ouvrage se composera de
1 vol, formant 70 livr. de 4 feuilles (6/j pag.j; il en a paru 36'.
Prix de la livr. , 2 fr. 2.5 cent.
Celte intéressante collection qui doit joindre à l'avantage d'être
économique l'avantage plus grand encore d'être complète, se
poursuit avec exactitude. Déjà nous avons rendu justice au
mérite des premières livraisons (Voy. Rev. Eue. t. XXXV,
p. 442) '• aujourd'hui, nous devons confirmer ce jugement fa-
vorable. L'ouvrage est arrivé à sa 36e livr. , qui s'arrête au mois
d'octobre 1801 ( brumaire an X) , et comprend , par consé-
quent, une grande partie de l'époque du consulat. Ainsi le pre-
mier volume est terminé, et la moitié de l'entreprise accomplie.
Lorsque la publication en sera entièrement achevée, nous nous
proposons de lui consacrer un article plus étendu. St. -A. B.
197. — * Manuel du jury, ou Commentaire sur la législation
relative à l'organisation du jury, à l'examen et au jugement
parjurés : précédé de la théorie du jury, etc.. ; par M. Bour-
guignon, conseiller honoraire et avocat à la Cour royale de
Paris. Paris, 1827; Moreau • rue Montmartre, n° 3y. In-8°
de 5 |8 pages; prix, 7 fr., et 8 fr. 5o cent, par la poste.
Ce nouvel ouvrage est digue de la réputation que M. Bour-
guignon s'est acquise par ses préeédens écrits. Il forme pour
lui un nouveau titre à la reconnaissance du public, à la portée
duquel il s'est appliqué à mettre tout ce qui concerne la salu-
taire institution du jury, en réunissant dans un cadre cir-
conscrit l'exposé de ses caractères essentiels, le tableau his-
torique de son origine et de ses progrès, l'indication des
5o4 LIVRES FRANÇAIS.
moyens d'amélioration dont elle est susceptible, l'analyse de
notre législation à cet égard, antérieure au Code d'instruction
criminelle, et un commentaire précis et substantiel des lois
qui régissent aujourd'hui le jugement parjurés. L'importance
de cet ouvrage, qui deviendra le vade mecum des jurés , mérite
que nous le lassions connaître avec quelques détails.
L'auteur le divise en deux parties. Dans la première , il
donne le résultat de ses recherches et de ses méditations sur la
théorie du jury : après en avoir indiqué rapidement les attri-
butions, il détermine les caractères qni lui sont propres. Il
(race avec beaucoup de justesse les règles de la capacité de
ceux qui peuvent être appelés à remplir les fonctions de jurés:
il suffit pour cela qu'ils aient l'âge requis par la loi, l'usage de
leurs facultés intellectuelles , et une certaine expérience des
hommes et des choses. Un citoyen est capable d'être juré,
lorsqu'il a le degré de connaissances nécessaires pour comparer
et juger, par distinguer le vrai du faux ; la loi n'exige de lui
d'autres conditions pour former son opinion, que la conviction
produite par la preuve portée au plus haut degré d'évidence,
sans l'astreindre à calculer le plus ou moins de probabilité des
faits soumis à son examen. Il insiste avec beaucoup de raison
sur ce principe conservateur de l'innocence, que, dans le doute,
les jurés ne doivent jamais se laisser influencer par la crainte
de laisser un coupable impuni ; et qu'ils doivent toujours re-
culer à l'aspect du danger de condamner un innocent. « Un
jury, dit-il, qui déclarerait coupable un accusé non convaincu,
jetterait par cette déclaration l'épouvante et l'effroi dans
l'âme des honnêtes gens , sans intimider davantage les mal-
faiteurs. »
M. Bourguignon déduit les raisons qui ont dû porter à cir-
conscrire le choix des jurés parmi ceux qui sont le plus inté-
téressés au maintien de l'ordre social. Sous un gouvernement
représentatif, les fonctions doivent en être dévolues non-seu-
lement aux propriétaires payant un cens déterminé , mais aux
propriétaires industriels, et à ceux qui, par la nature de leur
profession et leur existence sociale, offrent des garanties non
moins grandes de leur intérêt à la répression des crimes , et à
la protection due aux innocens et aux citoyens paisibles.
Notre auteur veut, et tous les bons esprits partagent son sen-
timent à cet égard, que les jurés soient indépendans du pouvoir,
amovibles , récusables. Il n'appartient pas aux agens de l'au-
torité de les imposer; un pareil choix les transformerait en
commissaires. L'influence que ces agens exerceraient sur eux
serait une véritable calamité publique : au lieu d'être les or-
SCIENCES MORALES. 5»>5
gênes des jugemens du pays , ils pourraient devenir les instru-
mens de sa tyrannie. L'expérience a trop prouvé que L'homme
constamment occupé à l'exercice de la justice criminelle con-
tractait une certaine dureté de caractère qui ne lui permettait
pas de démêler facilement la vérité , et qui l'exposait à de
cruelles méprises. La faculté de la récusation présente une
garantie contre les dangers de la prévention, et de l'influence
des passions de ceux qu'on soupçonnerait d'avoir reçu des
impressions antérieures à celles qui doivent naître des débats
et qui , seules, doivent former la conviction des jurés. C'est une
sorte d'épuration exercée j par le ministère public, dans l'intérêt
de la société qui réclame la punition du coupable; et, par l'ac-
CUsé, dans l'intérêt de sa justification qu'il lui importe de ne
présenter qu'à des esprits accessibles à la vérité.
L'opinion que l'auteur se forme sur l'origine du jury, après
avoir discuté celles des différens publicistes qui ont écrit sur
cette matière, peut être résumée dans ce peu de mots : «La
source de cetteinstitution est dans la nature mêmede l'homme...
Son origine remonte à l'origine des peuples, c'est-à-dire à la
transition de l'état de barbarie à celui de la civilisation, où
l'homme, renonçant à se faire justice lui-même, confia ses
droits de défense et de vengeance à des hommes libres comme
lui... Le jury est un des élémens de l'administration de la jus-
tice sous le régime de la liberté, sans lequel ce régime ne
peut subsister... Le pouvoir absolu ne peut se concilier avec
cette institution. . Elle doit renaître de ses cendres, partout
où la liberté a repris ou reprendra son empire... »
M. Bourguignon signale les difficultés qui s'opposent au
rétablissement immédiat du jury chez un peuple qui , dès long-
tems, abruti par le despotisme , en secoue tout à coup le joug.
Un tel peuple a besoin de vaincre bien des résistances pour
recouvrer ce qu'il a perdu ; les pas rétrogrades qu'il avait faits
dans la carrière de la civilisation mettent dans la nécessité de
recommencer en quelque façon son éducation politique pour qu'il
soit mis en état de profiter d'une si belle institution. Ces obstacles
n'existaient pas chez nous, lorsqu'elle fut rendue à la France,
en 1790; et cette époque, au contraire, était favorable à son
rétablissement : les esprits se trouvaient disposés à ce notable
changement dans l'administration de la justice, par les nom-
breux écrits publiés depuis plusieurs années, où les vices de
l'ancienne procédure criminelle étaient mis au grand jour. La
loi de l'Assemblée Constituante n'eut pas tout le degré de
perfection qu'où pouvait désirer; toutefois, elle offrait assez,
de garanties aux accusés : mais elle fut dénaturée par le Code
5u6 LIVRES FRANÇAIS,
d'instruction criminelle qui fit, à peu de choses près, de
l'institution du jury une commission au choix et à la nomina-
tion du gouvernement; la loi récente de 1827 y apporte des
améliorations telles qu'elle peut être considérée comme ayant
reconstitué le jury, mais cette loi elle-même est susceptible
d'autres améliorations encore, notamment dans la partie qui
appelle le concours des préfets dans la formation annuelle de
la liste des jurés. Cette institution salutaire manquera d'un de
ses principaux caractères , tant qu'elle ne sera pas entièrement
affranchie de l'influence des agens du pouvoir, tant qu'on
n'étendra pas davantage le nombre des récusations qui peuvent
être faites par l'accusé, tant qu'on ne restreindra pas celles
accordées au ministère public.
On lira avec fruit les observations judicieuses de l'auteur
sur la compétence du jury et sur le nombre des suffrages qui
doivent être exigés pour condamner ou pour absoudre un
accusé. Il termine cette première partie par le tableau ana-
lytique de la législation relative à l'organisation et aux fonc-
tions des jurés depuis 1791 jusqu'à la publication du Code
d'instruction criminelle; le lecteur y trouvera la facilité d'éta-
blir le rapprochement et la.concordance de ces lois, avec celles
qui nous régissent aujourd'hui.
La seconde partie contient tout ce qui est relatif à l'organi-
sation actuelle du jury, à sa convocation , et à la manière dont
les jurés doivent siéger et remplir leurs fonctions dans les
Cours d'assises. L'exposé des motifs de la loi nouvelle par le
garde des sceaux sert d'introduction à cette seconde partie,
où M. Bourguignon présente l'ensemble de notre législation,
telle qu'elle existe définitivement d'après les modifications
qu'elle a éprouvées, en intercalant parmi les articles du Code
d'instruction criminelle qui ont été conservés les dispositions
nouvelles substituées aux articles abrogés. Chacun de ces ar-
ticles, chacune de ces dispositions nouvelles, sont accompa-
gnés d'un commentaire clair et succinct, propre à en faciliter
l'intelligence, et où les difficultés qui se sont présentées dans
la pratique, et les doutes qui peuvent s'élever dans leur inter-
prétation, sont éclairés par î'esprft qui les a dictés, par la
jurisprudence des arrêts, par la doctrine des jurisconsultes qui
les ont expliqués , et par les sages réflexions de l'auteur.
Il ne suffisait pas qu'il eût fait connaître, dans sa Théorie du
jury, les conditions que doivent réunir en général ceux qui sont
appelés à en faire partie; il devait encore signaler celles qui
sont exigées spécialement par nos lois, des citoyens auxquels
elles confient les importantes fonctions de jurés. Il retrace,
SCIENCES MORALES- 5o7
«laits cette partie de son travail, les dispositions de la loi du
a mai 1827, et la belle discussion de laquelle elle sortit à la
chambre des pairs , à qui la France en est redevable. 11 s'y livre
à l'examen de chacune de ces conditions , dont il détermine
l'importance, les limites, et le mode suivant lequel on doit en
justifier l'accomplissement. Il indique les formalités que doivent
observer dans leurs réclamations les citoyens admis dans la
formation des listes des jurés, et qui ont droit d'y être portés ;
les cuises qui peuvent en motiver la radiation, et celles qui
rendent les fonctions de jurés incompatibles avec d'autres fonc-
tions. Il ne Ucglige aucun des objets de détail propres à assurer
la régularité de l'exécution de la loi dans l'intérêt de la société,
dans celui des accusés, et dans celui des jurés eux-mêmes , en
ce qui concerne les motifs d'excuse de ceux-ci, les peines qu'ils
encourent pour n'avoir pas répondu à l'appel qui leur est fait,
les causes et le mode de leur récusation , leurs relations avec les
présidens des cours d'assises , la place qu'ils doivent y occu-
per, le serment qu'ils sont tenus de prêter, les points sur les-
quels leur déclaration est exigée, la forme suivant laquelle ils
doivent la donner, etc....
L'ouvrage est terminé par une table indicative des lois , et des
articles du Code d'instruction criminelle, qui y sont commentés
ou transcrits, et par une table sommaire des matières, pour
rendre les recherches plus faciles.
M. Bourguignon a fait un livre très-utile, à notre avis; il
offre à toutes les classes des lecteurs une instruction bien di-
gérée; les jurisconsultes eux-mêmes ne le liront pas sans fruit;
et nous croyons pouvoir lui prédire un succès non moins grand
que celui qu'a obtenu sa Jurisprudence des codes criminels , dont
nous avons rendu compte dans le tems. (Voy. Rev. Enc%> t. XXVI,
page 833; tome XXVII, page 829, et tome XXVIII, page 219.)
Crivf.lli, avocat.
198. — * Cours de droit rural , ou Conférences villageoises ,
dans lesquelles un juge de paix explique aux habitans de son
canton, les lois, les règlemens et les usages qui régissent les
biens ruraux de toutes les espèces; par M. Guichard père,
avocat à la cour de cassation. Paris, 1826; Dentu, libraire.
In- 8° de plus de 5oo pages; prix , 7 fr.
Rien de plus compliqué que notre droit dit rural; le Code
civil a renvoyé aux usages ruraux et a laissé au législateur à
venir, ce qu'alors le tems ne lui permit pas de faire. Le savant
I'ournel, l'un des avocats les plus distingués de la capitale,
mort il y a peu d'années, avait recueilli avec un soin particu-
lier les lois rurales de France, en trois forts volumes in-8°. 11
5o8 LIVRES FRANÇAIS.
chercha à rapprocher les dispositions des coutumes les unes des
autres et à présenter dans son recueil une uniformité au moins
approximative de législation. Depuis, on sait que l'on s'est
occupé à différentes reprises d'un projet de code rural , et
chaque session s'écoule sans qu'il soit présenté. Rendre fami-
lières aux habitans des campagnes les lois qui régissent les
biens ruraux de toutes les espèces, réunir dans un cadre res-
serré les règlemens et les usages qui s'y rattachent : c'est ce qu'a
fait M. Guichard avec l'exactitude que l'on rencontre dans ses
autres ouvrages. La forme qu'il a choisie convient parfaitement
à ceux auxquels s'adresse particulièrement son traité.
J. Doublet de Boisthibault, avocat.
199. — * Code des maîtres de poste , des entrepreneurs de di-
ligences et de roulage, et des voituriers en général par terre et
par eau, ou Recueil général des arrêts du conseil, lois, décrets ,
arrêtés, ordonnances du roi, règlemens, instructions, ordon-
nances de police et autres actes de l'autorité publique, con-
cernant les maîtres de poste, etc.; avec des commentaires et
un résumé des décisions de la jurisprudence sous chaque ar-
ticle; suivi d'un Traité de la responsabilité des voituriers en
génétal; par A. Lanoe, avocat à la cour royale de Paris.
Paris, 1827 ; Roret, rue Hautefeuille. 2 vol. in-8°; prix, 12 fr.
Quand nous mettons le pied dans une voiture ou sur un
bateau, nous ne nous doutons guère que nous entrons dans
une espèce d'état séparé, régi par des lois et des chartes
spéciales, dont la collection forme un très-gros volume in-8*.
(Les deux volumes que nous annonçons sont disposés pour être
reliés en un seul de 754 pages.) M. Lanoe a réuni tout ce qui,
dans la législation ou l'administration, se rapporte aux trans-
ports à l'intérieur par terre ou par eau, et Ta divisé , pour la
commodité des recherches, en six livres.
Le premier contient toutes les dispositions relatives aux voi-
tures publiques, par terre et par eau, destinées au transport
des voyageurs. Dans le second se trouvent toutes les ordon-
nances sur la police des rivières, les droits de navigation par
bassins, les tarifs des divers canaux. Le troisième concerne
exclusivement le service des postes, et offre, outre les lois et
règlemens sur cette matière, le tableau des routes de France,
avec l'étendue des relais, tel qu'il est imprimé dans le livre de
poste. Toutes les lois financières de douanes , de droits réunis ,
d'octrois, dans leurs rapports avec la circulation des mar-
chandises, sont l'objet du quatrième livre. Le cinquième
traite de la responsabilité civile des voituriers de toute es-
pèce, soit vis-a-vis des personnes qu'ils transportent, soit
SCIENCES MORALES. gog
vis-à-vis de celles qui leur confient des marchandises. Le
sixième présente l'ensemble des dispositions pénales appli-
cables aux crimes, délits, ou contraventions qui peuvent se
Commettre dans les diverses opérations des transports, et l'ex-
posé delà jurisprudence des tribunaux relativement à cet objet.
Si les ire, 2l et /,e parties donnent lieu à des rapprochemens
ridicules, si l'on y voit à chaque pas une fiscalité irréfléchie
et la manie d'administrer et de donner des places inutiles aux
prises avec l'industrie; si, en un mot, notre code des transports
est un assez mauvais livre, ce n'est assurément pas la fan le
de IM. Lanôe. La simple exposition des vices de la matière qu'il
traite constitue, au contraire, la principale utilité de son tra-
vail. La classe nombreuse à laquelle cet ouvrage est destiné y
trouvera la réunion de documens qui sont pour elle d'un usage
journalier; les économistes y étudieront., dans le rapproche-
ment des tarifs de canaux, une des plus intéressantes questions
de l'administration intérieure; le publiciste y pourra voir une
très-bonne enquête sur l'état actuel d'une partie importante de
la législation. Le progrès qu'on remarque d'après l'ordre des
tems dans les dispositions recueillies par M. Lanôe, ne permet
de désespérer d'aucune amélioration. Il y a cinquante-deux ans
que le conseil prenait des arrêts concernant les précautions à
prendre pour l'envoi des volailles: le gouvernement du roi pa-
raît s'être aujourd'hui déchargé de ce soin sur ceux qui les
vendent ou qui les mangent, et l'on ne remarque pas que les
poulardes soient moins bonnes à Paris qu'avant la révolution.
En parcourant le code des transports, ou verra combien il
reste à faire de nombreuses applications de la liberté sans
licence dont nous jouissons pour l'emballage de la volaille.
Les règlemens relatifs aux chemins de fer semblaient de
nature à être admis dans le recueil de M. Lanoe; nous lui re-
commandons, pour une autre édition, ce mode de transport
qui commence à être en usage sur une étendue de 82,000 m.
dans les départemens du Rhône et de la Loire; il aurait aussi
dû comprendre, parmi les nombreux documens qu'il donne sur
les voitures de place de Paris, lçs perceptions illégales aux-
quelles les soumet la police : celles ci méritent d'autant plus
d'être signalées, qu'elles sont, aux yeux de la morale et de la
loi , de véritables vols. J. J. R.
200. — ■ * Almanacli philanlropùjue ou Tableau des sociétés
et institutions de bienfaisance, d'éducation et d'utilité publique
de la ville de Paris, à l'usage des personnes charitables, et de
celles qui ont besoin de secours; par M. Eugène Cassin, agent
général de la Société pour l'instruction élémentaire , etc., etc.
Sio LIVRES FRANÇAIS.
Paris, 1828; au bureau de la Société de la morale chrétienne,
rue Taranne, n° 12. In-18 de 216 pages; prix, 2 fr.
Cet intéressant recueil est un guide précieux pour les amis
dei'humanité. On ne manque pas, en général, d'esprit de bien-
faisance ou de philantropie; mais on ignore la plupart des in-
stitutions où l'on trouverait à exercer ces vertus, sans craindre
de se tromper dans l'emploi de ses fonds, ou d'être abusé par
le récit de quelques malheurs imaginaires. Si le travail émi-
nemment utile de M. Cassin peut exciter une émulation féconde
parmi les personnes vraiment charitables, il peut également
contribuer à augmenter la bonne opinion que les étrangers doi-
vent prendre de la France, en leur donnant les moyens de com-
parer les nombreux établissemens de bienfaisance fondés à Paris,
avec ceux qui existent dans les autres capitales de l'Europe. R.
201. — Quelques observations sur la discipline des collèges et
de la nécessité d'y établir des salles pénitentiaires ; par F. Hum-
bert, officier de l'Université, principal du collège d'Étampes.
Paris, 1827; Brunot-Labbe. I11-80 ; prix, 1 fr. 25 c.
M. F. Humbert , ex-professeur très-distingué du collège
Louis-le- Grand, éclairé par une longue expérience sur les iu-
convéniens qui résultent des punitions infligées dans les collèges ,
propose , dans cet opuscule, d'en raffermir la discipline en la
rendant plus conforme à la justice.
L'auteur signale avec beaucoup de justesse et de vérité l'inef-
ficacité de certaines punitions elles dangers de plusieurs me-
sures répressives. Je lui reprocherai cependant de n'avoir pas
insisté sur les dangers de l'emprisonnement , moyen si funeste
aux mœurs, quelque surveillance qu'on exerce.
Trouvant que la discipline établie dans les collèges est insuf-
fisante pour dompter certains élèves intraitables, qu'il est ce-
pendant pénible de rendre à leurs parens, sans avoir essayé
tous les moyens possibles de corrections, ce sage instituteur
propose dans chaque grand collège l'établissement d'une salle
pénitentiaire, c'est-à-dire, un corps de logis distinct, où ces
élèves, séparés de leurs condisciples, excepté pour les classes,
seraient soumis à un règlement austère, et où cependant, par
une sage combinaison de sévérité et de bienveillance, tout
concourrait à les ramener insensiblement à leur devoir.
Nous regrettons de ne pouvoir entrer ici dans les intéressant
détails de ce projet, qui sans doute éveillera l'attention du con-
seil royal de l'Université, et dont quelques idées du moins
pourront être un jour accueillies.
Développer simultanément dans les enfans le corps, le cœur
et l'esprit; faire naître et entretenir en eux, avec l'amour rie
SCIENCES MORALES. 5it
l'étude , dos sentimens de bienveillance et une douce piété, gage
de leur bonheur à venir, tel est. le but que paraît sétre pro-
posé JM. Hurabert, el «ju'il a déjà sans doute atteint dans le
collège qu'il dirige avec tant, de succès. A. lî.
aoa. — Mémoire sur tes moyens à employer pour punir Al<^< •,
et détruire la piraterie despuissances barbaresques, précédé d'un
Précis historique sur le caractère, les mœurs et la manière de
combattre des Musulmans habitant la côte d'Afrique, et d'un
Coup d'oeil sur les expéditions françaises tentées contre eux à di-
verses époques; par le chevalier Châtelain, lieutenant-colo-
nel de cavalerie, auteur du Guide des ojfîcicrs de cavalerie;
Paris, 1828; Ansclin. In-8°de 104 pag.; prix, 3 fr.
L'auteur de ce mémoire n'ayant jamais habité Alger, ne nous
donne sur la situation du pays que des renscignemens vagues et
superficiels. La plus grande partie de sa brochure est relative
ii l'expédition d'Egypte dont il a fait partie en qualité de capi-
taine. Ce qu'il dit de véritablement applicable à une expédition
contre Alger, se trouve aux pages 58 à 61. Suivant lui , id mille
hommes (dont 1200 de cavalerie et mille artilleurs) et 60
pièces de canon, formeraient une armée suffisante pour réduire
cette régence. Nous ne détaillerons point ici les conseils qu'il
adresse à nos troupes sur la manière dont elles doivent se
comporter en Afrique. Ces'couseils, généralement sagesen eux-
mêmes, sont de plus fondés sur l'expérience que l'auteur a
acquise en Egypte. Il est à regretter toutefois qu'en traçant cet
ouvrage, inspiré par des sentimens honorables d'humanité et
de patriotisme, sa plume n'ait pas été guidée par une connais-
sance plus précise des localités. C.
ao3. — * L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon ,
ou Mémoires relatifs à l'histoire de cette nation, depuis l'avè-
nement de Philippe V en 1700 , jusqu'à la mort de Charles III ,
en 1788; écrits en anglais sur des documens originaux inédits;
par William Coxe, auteur de Y Histoire de la maison d'Autriche ;
traduits en français , avec des notes et des additions , par don
Andrès Muriel. T. III - VI. Paris, 1827 ; Debure frères , rue
Serpente, n° 7. 4 vol. in-8° ; prix du vol., 6 fr.
L'impression de cet ouvrage , que nous avons recommande
à l'attention de nos lecteurs, lorsque les deux premiers tomes
parurent (voy. t. xxxiv, p. 745) , est maintenant terminée. Les
éditeurs n'avaient annoncé que cinq volumes. Comme on vient
de le voir, ils ont dépassé ce nombre. Mais leurs souscripteurs,
loin de s'en plaindre, les en remercieront. Le sixième volume
contient neuf chapitres additionnels qui nous ont paru <X\\\\
grand intérêt. Ils jettent un nouveau jour sur le caractère de
5i2 LIVRES FRANÇAIS.
Charles III, sur son gouvernement, et sur l'état des lettres, des
arts, du commerce et de l'industrie pendant son règne mémo-
rable. Il appartenait à un Espagnol du mérite de M. Muriel
de compléter ainsi le tableau tracé par l'historien anglais. Le
reste du tome vi est rempli par un compte rendu de l'adminis-
tration de Florida - Blanca , secrétaire d'état au département des
affaires étrangères , présenté à S. M. Charles III , pièce impor-
tante et qui paraît en français pour la première fois. Dans notre
prochain cahier, nous consacrerons un article plus étendu à
l'examen de l'ouvrage original et des additions du traducteur.
E.
204. — * Le Combat de Trente Bretons contre Trente Anglais ,
publié d'après le manuscrit de la bibliothèque du Roi; par
G. A. Crapelet , imprimeur. Paris, 1827 ; Crapelet, rue de
Vaugirard. Grand in-8° ; prix , 12 fr.
Le Combat des Trente, c'est ainsi qu'on le nomme dans
l'antique province de Bretagne , est un fuit d'armes chevale-
resque , aussi célèbre parmi les Bretons que le fut chez les Ro«
mains le combat des Horaces. Il n'eut point pour objet ou pour
résultat l'asservissement d'une nation à une autre; ce ne fut
pas, comme on l'a tant répété, pour savoir qui avait plus belle
amie des Anglais ou des Bretons , ni pour jouter en l'honneur
des dames, que trente braves allèrent défier l'ennemi et s'expo-
sèrent à la mort ou à la captivité. On a calomnié ces généreux
chevaliers , en leur prêtant des motifs aussi frivoles. Leur ré-
solution fut inspirée par un vif sentiment d'humanité, et leur
dévouement fut honorable de tout point.
Les querelles de la comtesse de Blois et de la comtesse de
Montfort pour la possession du duché de Bretagne, avaient
couvert cette malheureuse contrée de sang et de ruines. Les
Français défendaient les droits de la comtesse de Blois , et la
veuve du comte de Montfort avait appelé les Anglais sous ses
bannières. Le capitaine Daggeworth , que les écrivains de cette
époque nomment Dagorne, commandait, au nom de celte prin-
cesse, la ville et le territoire d'Auray.Ce Daggeworth , ou Dagorne,
en chef prévoyant et expérimenté, défendit à ses troupes de piller
et de maltraiter les marchands et les cultivateurs; il savait se
faire obéir; mais il fut défait en bataille rangée parles barons de
Bretagne, et i! perdit la vie dans le combat. A peine fut-il mort
que les exactions et les meurtres recommencèrent. Le capitaine
qui lui succéda, nommé Bemborough , s'empara de Ploermel,
ravagea la contrée et la remplit de deuil et de misère. Beau-
manoir, chevalier de haute renommée, accompagné d'un autre
vaillant personnage, nommé Jean, alla trouver les Anglais
m ii.NU.s mohairs. »« ;
Us inviter à faire cesser ces inutiles désordres. Les deux
Bretons rencontrèrenl en route une foule de pauvres paysans
hoi i ihlt-nuMii maltraités, dont ils eurent grand1 pitié; les vins
avaient les fers aux pieds et aux mains, d'autres étaient attachés
bar les pouces, tous étaient liés deux à deux , trois a trois, comme
1rs animaux que Ton mène an marché. Beaumanoir les vif, et
son coeur se brisa. Il s'adressa à Bemborough avec fierté: « Che-
valiers d'Angleterre, dit-il, vous vous rende/ bien coupables,
de tourmenter ces pauvres habiîans , eux qui sèment le blé.,
et qui vous procurent en abondance le vin et la bonne chère.
le VOUS dis toute ma pensée; s'il n'y avait pas de laboureurs,
ne faudrait-il pas aux nobles défricher et cultiver la terre en
leur plaee , battre le blé et endurer la pauvreté? et ce serait
grande peine pour ceux qui n'y sont point accoutumés. Qu'ils
aient donc la paix dorénavant, ear ils ont trop souffert depuis
que l'on a oublié les sages ordonnances et les dernières vo-
lontés de Da^oi ne. » Bemborough en colère répondit au che-
valier : i Taisez-vous, Beaumanoir, et ne nous rompez pas la
èie. Edouard sera couronné roi de France, et les Anglais se-
ront partout les maîtres, malgré vous et tous les Français. »
Beaumanoir reprit naïvement : « Songez un autre songe , celui-ci
est mal songe. De telles forfanteries ne valent néant, et il en
arrive souvent mal à ceux qui le plus en disent. » Le héros
breton , ne pouvant rien obtenir de Bemborough , lui porta
alors un défi; et il fut résolu que de chaque côté on combat-
trait loyalement , à cheval, trente contre trente. Les barons de
Bretagne, avertis de l'entreprise, se rassemblèrent pour rendre
grâces à Dieu, et espérèrent que leurs campagnes seraient
bientôt délivrées du joug de l'avide Bemborough et de ses sol-
dats. Ou connaît le résultat du combat qui se livra dans la
lande de Mi-Voie , l'an i35o, le samedi tenant Lœtare Jérusa-
lem. Bemborough et la plupart de ses compagnons furent tués;
!e reste se rendit à rançon. Quatre Bretons succombèrent dans
l'action, qui fut terrible. Beaumanoir, blessé, demanda à
boire; mais Geoffroy Dubois lui répondit: Bois ton sang,
Beaumanoir, ta soif se passera, et tout l'honneur de la journée
sera pour nous! Il le fut en effet.
Cette belle et généreuse action a été mise au rang des fables
par quelques critiques qni s'étayaient de ce qu'aucun historien
français n'en avait fait mention, et de ce que les historiens
bretons n'en avaient parle que sur la foi d'un manuscrit
de i/»70, conservé dans la bibliothèque de Rennes. Cependant
le fait avait été raconté par Froissart, qui lui a* ait accordé
Imites les louanges qu'il mérite; mais, dans un grand nombre
wvii. — Janvier 1828, 33
5i4 LIVRES FRANÇAIS.
de manuscrits de cet écrivain, et dans toutes les éditions qu'on
en a publiées, il se trouve que, par un singulier hasard, les
chapitres des années i35o, i35i , et jusqu'à i356, ont été
remplacés par un extrait des grandes chroniques de Saint-Denis.
M. Buclion a retrouvé, dans un manuscrit du prince de Sou-
bise , les morceaux enlevés à Froissait, et il s'est assuré de leur
authenticité, en comparant ce nouveau texte à celui de deux
autres manuscrits qui appartiennent à M. Johnes en Angle-
terre. Il a donc publié, dans ses Chroniques nationales et étran-
gères , le récit du Combat des Trente , extrait des chroniques
de Froissart ( tom. III, 7e addition ). D'une autre part, M. de
Fréminrille, ancien officier de marine, occupé de recherches
historiques sur les antiquités de la Bretagne, a découvert à la
bibliothèque du Roi un récit en vers du Combat des Trente,
manuscrit du XTVe siècle. Ainsi, la réalité de cet épisode des
guerres de la Bretagne au xive siècle est maintenant établie
par des pièces irrécusables.
M. Crapelet , dont le nom est honorablement connu dans -
l'art typographique , vient de publier le récit en vers , ou , pour
mieux dire, le poëme du Combat des Trente, ouvrage aussi re-
marquable par l'originalité du fait qu'il célèbre, que par la
grâce et la naïveté du style. On y trouverait facilement plu-
sieurs passages qui, rapprochés du langage actuel, par de lé-
gères corrections, feraient honneur à nos poêles les plus distin-
gués. Un fac simile du manuscrit original , une copie du poëme
en caractères gothiques, une traduction littérale en langue mo-
derne , un extrait des Chroniques de Froissart; en ce qui se
rapporte au Combat des Trente, des notes explicatives et com-
posées avec une sage érudition, font de ce volume un ouvrage
destiné à enrichir les bibliothèques les mieux choisies. Il est
complété par une lithographie qui représente le monument
élevé dans la lande de Mi-Voie , par le procès-verbal dressé à
l'occasion de la pose de la première pierre, et les discours qui
furent prononcés à cette cérémonie, et enfin par les armoiries
des trente Bretons qui combattirent pour délivrer les paysans
du joug odieux des partisans anglais. La Bretagne tout en-
tière, qui a conservé tant d'attachement à ses anciens héros,
doit savoir gré à M. Crapelet d'une entreprise qui tend à per-
pétuer une si haute renommée. R.
20 5. — * Résumé des principaux éoénemens qui ont eu lien
en Portugal à la fin de 18-26 et pendant une partie de l'année
actuelle (1827); par H. S. Paris, 180.7; Le Norman t. In-40 de 2
feuilles; prix, 1 fr. 5o c.
206. — * 4 perçu géographique sur le Portugal, pour faire
SCIENCES MORALES. 5i5
suite au Résumé des principaux (ivrricmens arrivée clans ce
royaume en 1826 et 1827; par le même. Paris, 1827; même
■dresse. Io-4° de \ feuilles; prix, 1 fv. (1).
Ces deux cahiers, qui sont destinés à se compléter l'un par
l'autre, et pour lesquels on pourrait blâmer l'auteur d'avoir
choisi le format in-/»°, peu commode pour les livres d'un usage
habituel, offrent en résumé tout ce qu'il est important de con-
naître sur un peuple et sur un pays qui fixent depuis quelque
teins tous les yeux. Les faits, puisés à de bonnes sources, y sont
exposés avec concision et clarté. Nous reprocherons cependant
à M. S*** de n'avoir pas cité les écrivains qu'il a mis à contri-
bution, et nous saisirons cette occasion de rendre à l'un d'eux
toute la justice qu'il mérite, et que lui ont déniée, par un es-
prit de calcul peu honorable, tous ceux qui sont venus après
lui, et qui ont mis ses travaux à profit. Nous voulons parler
de M. jrfrien Balbi, auteur d'un Essai statistique en 2 vol.,
sur le royaume de Portugal et d'Algarvc (2), ouvrage auquel
il manque peut-être une rédaction plus soignée sous le rapport
<Hi\ style, mais qui pourra long-tems servir de modèle à tous
les auteurs de statistique, par l'immense quantité de faits et de
documens qu'il renferme, et par la méthode avec laquelle ils
sont classés. On y trouve la situation actuelle du Portugal, com-
parée avec celle des autres états de l'Europe, et accompagnée
d'un coup d'œil sur les sciences, les lettres et les beaux-arts
cultivés par les Portugais des deux hémisphères. C'est une vé-
ritable statistique complète, dans toute l'acception du terme
Scientifique; car nous ne connaissons de statistique digne de
ce nom et de la science que celle qui offre des données cer-
taines, non-seulement sur un État, mais encore sur la situation
respective des autres étals à son égard. E. H.
207. — * Histoire de Napoléon , par M. de Nokvins , ornée
de portraits, vignettes, cartes et plans. Tome III, 9me livraison.
Paris, 1828; Ambroise Dupont. In-8°; prix de lalivr. , 2 fr.
5o c. ( Voy. Rev. Enc. , t. XXXVI, pag. 186 ).
Cet important ouvrage se publie avec une activité digne d'é-
loges. La neuvième livraison , qui vient de paraître, comprend
les célèbres campagnes de 1807 et des premiers mois de 1808.
Dans la première année, les batailles d'Eylau , de Friedland,
h prise de Dautzig, amènent la paix deTilsitt, la création du
(i)A ces deux cahiers doit être jointe une carte ou tableau figuré, du
prix de 1 fr. 5o c. Les trois ouvrages réunis en un seul coûtent 3 fr. 5o c.
(1) Paris, 1822 ; Rey et Gravier. 2 forts vol. in-8° ; prix , 2a fr.
33.
LIVRES FRANÇAIS.
royaume de YVestphalie et celle du grand-duché île Varsovie ,
donné au roi de Saxe. Au commencement de la seconde, les
Russes, fidèles alors au système de Napoléon qui servait leurs
intérêts, font la conquête de la Finlande; la révolution d'Es-
pagne commence; le fils détrône son père; le père abdique en
faveur de Napoléon, qui jette la couronne ibérique sur la tète
de son frère Joseph , et livre à Murât le trône de Naples. Ces
muuvcmcns immenses qui déplacent les 'hommes, les nations,
les dynasties, qui tendent à rajeunir la vieille Europe , qui évo-
quent, qui créent des principes sociaux devenus impérissables ,
bien qu'ils soient encore méconnus aujourd'hui par quelques
souverains, s'opèrent en peu de mois. Le lecteur marche de
miracle en miracle; courage, énergie, talent, dévoûment,
abnégation , adresse, tout sert, tout est mis en usage. Pourquoi
de si grandes choses n'eurent-elles d'autre but que l'élévation
d'un seul homme ? Pourquoi tant de supériorité ne servait-elle
pas la cause des peuples qui la servaient si bien?
La 9me livraison , imprimée avec le même soin que les pre-
mières, est ornée du portrait du général Lasalle, du plan de
la bataille d'Eylau, de l'entrevue des deux empereurs à Tilsitt,
et d'une vue de la bataille de Friedland. Nous ne dirons rien de
l'ouvrage en lui - môme, ni du plan adopté par l'auteur, ni de
son style à la fois élégant et vigoureux. Le succès a parlé plus
haut que tous les échos de la renommée; cinq mille souscrip-
teurs ont comblé les espérances du libraire, qui avait bien jugé
du besoin de l'époque, au moment où Walter Scott venait de
déverser sur la France i\ne haine à l'expression de laquelle on
eût pu accorder quelque indulgence, si elle n'eût retombé que
sur l'ennemi de l'Angleterre. R.
Littérature.
20 8. — Méthode pour se former en peu de tems et sans étude
a une prononciation facile et correcte des langues étrangères ;
extrait d'un ouvrage inédit sur V étude des langues, par M. le
comte d'H***. Paris, 1828; Filleul, rue Castiglionc, n° 12.
In-8° de 24 pages; prix, 1 fr.
Il y a dans l'étude des langues, dit M. le comte d'Hauterive,
des choses qui ne sauraient être enseignées, et que l'on ne
peut apprendre. Telles sont la prononciation et la prosodie,
riche et merveilleuse mélodie qui échappe à toute étude et à
toute analyse, parce que le diapason sur lequel la voix hu-
maine doit suivre l'échelle de ses sons est soumis à un si
grand nombre de divisions, que l'imitation n'en peut être
obtenue que pat' le produite mécanique d un apprentissage
iout-à fut il ullcrlii , .-i même inatlentif, qui doii fifre fait,
pour ainsi dire, à DOtrc insu par nos organes.
D'à prèa ce principe, on seniir.i combien est vicieuse ta m.
tliode des m. litres qui étourdissent l'oreille (le leur-. élèVes, Cl
<jni tourmentent leur langue pom leur faite prononcer des sons
qu'il est impossible qu'ils aient compris, dans le court espace
de rémission d'un son. L'attention de l'écolier se refroidit, et
ses efforts même ne font (pie rendre plus difficile à saisir l'as-
sociation des cordes acoustiques qui doivent vibrer ensemble.
Là nature agit autrement. L'oiseau que l'on instruit au moyen
iVuva' serinette reste long-lems sans essayer de répéter les
sons qu'il a entendus; mais tout à coup,el connue s'il acquérait,
un nouveau sens, il rend purement, complètement et. facile-
ment des sons d'une parfaite similitude avec reu\ qu'on lui a
fait en tend re.
AI. le comte d'il*** connaissait parfaitement la langue an-
glaise, mais il ne l'avait jamais parlée. Après {\va[\ ans de
séjour aux. États-Unis, il n'était pas plus avancé (pie le pre-
mier jour, et ne comprenait rien aux conversations. Le basard
l'introduisit dans une famille où l'on faisait tous les soirs une
lecture en commun. Il obtint la faveur d'y assister, et son
oreille se fit tellement aux sons et à la prosodie de la langue,
qu'en moins de trois mois il parvint sans efforts à la parler
convenablement.
Il pense donc que la meilleure méthode à suivie dans l'é-
tude des langues est d'apprendre d'abord la langue écrite, et
de se mettre, quand on la sait, en relation avec des personnes
qui la parlent habituellement. Le sens de l'ouïe se développe,
la prononciation devient facile et nette en peu de tems, et l'on
eU tout surpris des progrès que l'on a faits, sans même s'en
douter. Cet opuscule est lire d'un plus grand ouvrage où sans
doute les principes de M. le comte d'il*** seront exposés
dans tout leur jour. Nous ne doutons pas de leur extrême uti-
lité. R.
•>.oo,. — * Tableaiuc poétiques } par le comte Jules de Ressé-
glier. Paris, 18*28; Urbain Canet. In 8° de â55 pages, orné
de gravures ; prix, 6 fr.
•Sous ce titre bien vague de Tableaux poétiques, M. Jules de
Hességuier nous offre quarante pièces de vers où s'annonce
un véritable talent. Toutes, à l'exception de deux ou trois,
appartiennent au genre élégiaque, selon que Boiieau l'a déli-
ni; mais le poète a plus fréquemment demandé des inspira-
tions à l'amour qu'à la douleur. Nous avons entendu cirer
5i3 LIVRES FRANÇAIS,
comme un chef-d'œuvre la pièce qui est intitulée le Bal, et
que plusieurs journaux se sont empressés de reproduire dans
leurs feuilles; nous ne partageons pas cet avis. Quelques vers
gracieux qui se rencontrent dans cette pièce n'empêcheronE
pas la critique d'y signaler plusieurs détails communs, qui
auraient eu besoin d'être relevés par l'expression. Nous croyons
pouvoir recommander avec plus de raison à nos lecteurs On-
dinc, le Voile, le Convoi d'habeaii de Bavière, et surtout X Oda-
lisque et la Consolation d'une mère.
Le style de ces élégies est en général pur et correct, et l'au-
teur paraît cire de l'école de M. Soumet, auquel il offre un
hommage mérité dans la pièce qui ouvre son recueil. Nous
soumettrons cependant une observation critique à M. de Res-
séguier sur ces expressions vos troubles et vos peurs (p. 107),
que rien ne nous paraît motiver dans les vers suivans :
Ainsi que les bouleaux tremblent sur nos fontaines ,
Vous tremblez au doux bruit des louanges humaines.
Vos troubles sont charmans , on dit qu'ils sont trompeurs ;
Moi je ne le dis pas , et je crois à vos peurs.
La Fontaine, auquel l'auteur a emprunté l'épigraphe de celte
pièce, l'une des plus faibles du volume, ne lui a point donné
sans doute l'exemple de ces deux mots employés au pluriel.
Nous remarquons à cette occasion que chacune des pièces
du recueil de M. de Rességuier est. précédée d'une épigraphe
prise à quelque auteur ancien ou moderne, et dont le sens n'est
pas toujours bien en rapport avec le sujet annoncé. L'amitié
sans doute lui a fait illusion sur le talent de quelques jeunes
poètes dont il a placé les noms à côté de ceux de La Fontaine ,
Boileau, Massillon, Racine, Mille voye, André Chénier, Cha-
teaubriand, quoiqu'ils ne paraissent pas destinés à obtenir la
même célébrité. Une autre alliance plus heureuse est celle
que le poète a faite avec M. de Sénonnes, dont les crayons gra-
cieux ont fourni de jolis sujets au burin de M. Godefroy.
E. Héreau.
210. — * Chants helléniens de fVil/iem Muller. Paris, 1828 ;
Ambroise Dupont. In- 18 de ia3 pag. ; prix, 1 fr. 25 c.
Il n'est pas de cœur généreux que n'ait fait palpiter la régé-
nération de la Grèce ; il n'en est pas qui n'ait admiré ses nobles
efforts pour secouer le joug infâme qui pesait depuis si long-
tems sur cette terre classique de la civilisation et des arts. Par-
mi les peuples d'Europe dont les vœux et les secours ont con-
tribué au triomphe de la sainte cause delà liberté, les Allemands
ont plus peut-être que tout autre des droits à la reconnaissance
LITTÉRATURE. îig
des Hellènes. Disposés naturellement à l'enthousiasme! facile*
à céder aux transports d'une imagination puissante, les nations
allemandes ont répété le cri de guerre qui retentissait dans le
Peloponèse; les Universités ont payé leur tribut, elles ont éié
décimées pour la défense de la Grèce. Au milieu des portes
dont (es nobles accens ont contribué à échauffer le courage de
leurs compatriotes, il faut distinguer IVdhelm Muller, dont
les muses de la Germanie déplorent la perte prématurée. Enlevé
à la fleur de l'Age et dans la force de son talent, Millier a fait assez
pour sa gloire dans sa patrie; il fallait le faire connaître aussi à
cette France qui aime à applaudir aux actions comme aux pa-
roles généreuses, parce qu'elle sait également sentir et exécuter.
Un anonyme a prisée soin, et sa traduction que nous annonçons,
peut faire apprécier la vigueur et l'énergie qui distinguent l'ori-
ginal. Plusieurs de ces chants nous ont paru mériter une mention
particulière : l'un d'eux, intitulé La Mainottc , respire l'ardeur
belliqueuse des femmes Spartiates, et ses accens guerriers rap-
pellent encore d'une manière fort heureuse la concision pleine
de nerf des Lacédémoniennes. Un autre, Constantin Canaris, est
empreint du sentiment profond d'une religion noble et simple;
c'est une espèce d'épitaphe qui renferme en quelques mots toute
la vie et les derniers vœux du héros qu'elle rappelle. Missolon-
ghi devait inspirer celui qui célébrait le dévouaient à la patrie:
Missolonghi a été le sujet de trois chants de W. Muller, qui a
payé également en beaux vers son tribut à la mémoire de Bvron.
L'espace nous manque pour faire connaître les différens mor-
ceaux qui nous ont semblé respirer le feu des batailles, l'enthou-
siasme delà liberté, et parfois aussi de touchaus regrets sur les
victimes immolées à la patrie. Enfin l'auteur de cette traduction
a placé à la suite des poésies de Millier quatre autres petites
pièces de vers de mesdames Bracluuann, Brun et de /. Marer,
qui ne déparent point celte collection. L. Dh.
aii. — *Lc barde des Vosges, recueil de poésies, par
M. PiiLLET, d'Épinal. Paris, 1828; Brissot-Thivart. In-8° de
186 pages; prix , 3 fr. 5o c.
Ce recueil est un choix de poésies de l'auteur, qui paraît
avoir un portefeuille aussi riche que varié. Il a écrit principa-
lement des tragédies et des odes, mais le genre lyrique est celui
dans lequel il a le mieux réussi ; nous en avons pour preuve
les chants dont se compose son opuscule ; on y voit que
M. Pellet a monté sa lyre au milieu des montagnes, car ses ac-
cens sont fiers, audacieux , élevés et libres comme l'aigle qui les
habite; il a soin, d'ailleurs, de nous l'apprendre dans ce passage
de >es inspirations :
fao LIVRES FRANÇAIS.
Moi , que le ciel plaça près du bruit fies cascades ?.
Qui, trompant des mortels les regards indiscrets,
Et gravissant ces rocô suspendus en arcades,
Cent fois des Oréades
Ai surpris les secrets;
Fidèle ami des lieux qui m'ont vu naître,
Attaché sans retour à mes lacs , mes torrens ,
J'y coulerai mes jours indifferens ;
Heureux de fuir, peu jaloux de connaître
Et le séjour des rois et la faveur des grands.
Cette citation donne une idée du style de l'auteur. Il noua
serait facile d'en offrir d'autres d'un genre plus mâle et plus
sévère, en les tirant surtout de l'ode sur les Vicissitudes des
empires , et de celle qui a pour titre les Tombes royales des Pha-
raons. Nous pourrions également extraire des passages gracieux
ou tendres, et des morceaux d'une philosophie voltairienne;
mais l'espace nous manquerait, et nous préférons renvoyer nos
lecteurs au recueil même, en le leur signalant avec confiance
comme une production empreinte d'un beau talent et d'un vé-
ritable patriotisme. Albert-Montémont.
212. — Le Combat de Navarin, par E. IYÏichelet, capitaine
au 43e régiment de ligne. Perpignan, 1827 ; imprimerie d'An-
toinette Tastu. In-8°.
Le triomphe récent des escadres combinées anglaise, fran-
çaise et russe sur la flotte d'Ibrahim pacha dans le port de
Navarin, devait naturellement inspirer à nos poètes philhel-
lèues plus d'une hymne à la gloire des braves marins qui ont
si noblement soutenu la cause de la croix contre le turban;
mais notre capitale ne leur a pas seule payé son tribut. Nos
muses méridionales aussi se sont reconnues leurs tributaires.
Nous en avons pour preuve l'espèce de dithyrambe publié à
Perpignan, dont nous allons rendre un compte sommaire.
Nous ignorons si l'auteur débute aujourd'hui clans la car-
rière des lettres, ou s'il s'est déjà recommandé par quelques
essais.
Son ouvrage nous paraît, en général, manquer de couleur
locale. L'indication plus ou moins positive de trois ou quatre
des vaisseaux qui ont pris part à la bataille navale qu'il veut
célébrer ne semble pas la caractériser avec assez de préci-
sion; et peut-être y avait-il un parti plus avantageux à tirer
de sa prosopopée de lord Byron , fiction poétique d'ailleurs
un peu rebattue.
Nous aurions bien aussi quelques observations de détail à
lui présenter; nous l'engagerions, par exemple, à ne pas in-
MTTKIIATI IWv S*1
Mtir les vainqueurs ;\ essuyer leurs larmes a#rc les étendards
conquis, si quelques regrets suivent les honneurs acquis^ image,
selon nous, aussi fausse que déplacée] mais nous aimons mieux
rendre hommage à la pureté de son style, généralement dégagé
dû faux goût de l'école moderrie; et nous applaudissons ù
l'enthousiasme vrai que respirent plusieurs passages du poème,
dont nous citerons le début et la lin.
Victoire à la triple alliance
Qui de l'humanité vient de venger les droits !
Honneur aux soldats de la croix !
La Grèce a répété ce cri de délivrance,
Ce cri dont Albion . la Russie et la France ,
D'un accord fraternel ont salué les rois :
Victoire à la triple alliance !
Les têtes des vaincus , déplorable ruine,
Vont manquer cette fois au château des Sept-Tours ;
Elle éclate à la fin, la justice divine!
Et les barbares de nos jours
Trouvent une autre Salamine.
Mais vous , princes chrétiens , contre un peuple infidèle
Dont on a trop souffert l'audace criminelle ,
Prêtez-vous à jamais un mutuel appui ;
Et si, se liguant avec lui
L'étendart de Lépante a renié sa gloire ,
Qu'à jamais vos drapeaux restent, comme aujourd'hui,
Unis aux champs de la victoire !
P. E. R.
2i3. — Chansonnier des Dames. Paris, 1828; Louis Janet,
rue St.-Jacques, n° 59. In-18 de 2 1 2 pages avec vignettes et
20 airs notés; prix, 3 fr.
Si la gaîté devait être le caractère de la chanson, peut-être
notre siècle offrirait-il peu de chefs-d'œuvre dans ce genre de
poëme. On n'en peut douter, le sérieux domine aujourd'hui
dans tous les ouvrages d'imagination. La tristesse devient une
des muses du Parnasse français. Un des tributaires <\u Chan-
sonnier des Dames y M. Delon, en invoquant la tristesse, s'ex-
prime ainsi :
Le beau sexe en est idolâtre :
Il la décore dans Byron ;
Il court l'applaudir au théâtre ,
Il court l'admirer au salon.
5*» LIVRES FRANÇAIS.
Bien que je n'admette point qu» le beau sexe dévore la tristesse
dans Byron , je suis de l'avis de la chanson.
Ce n'est sûrement point la muse de Latiaignant dont M. Hoff-
nian a reçu les inspirations, lorsqu'il a composé la chanson
philosophique intitulée La Mort, et dans laquelle on trouve
ces vers :
Tout meurt , tout fuit, tout s'écroule;
Tout à souffert , expiré;
Du sable que mon pied foule
Chaque atome a respiré.
L'auteur du Mérite des femmes avait dit :
Quelle poussière, hélas! n'a point été vivante?
En faisant l'annonce d'un chansonnier , j'ai cru qu'il était per-
mis de se montrer sévère envers des couplets dans le style sé-
rieux. M. Levasseur n'abuse-t-il point de la permission donnée
aux poètes modernes de gémir et de faire des doléances, lors-
qu'il termine ainsi sa romance intitulée l'Homme à plaindre ?
Hélas! hélas! dans la nature entière
Il n'est plus rieu pour occuper mon cœur !
Après avoir blâmé le ton lamentable de plusieurs pièces du
Chansonnier des Dames, je puis donner des éloges aux auteurs
qui respectent la poétique du genre. Parmi eux, je rémarque
M. Antier, qui chante avec gaîté la Crémaillère :
Amis , selon moi , nos aïeux
Ne nous ont rien laissé de mieux
Que cet usage respectable
De saluer gaîment à table
Des vins vieux de notre caveau ,
Les lares d'un logis nouveau ,
En répétant , à la vieille manière :
Mes amis, pendons ta crémaillère.
On doit aussi remarquer les productions agréables de
MM. Naudet, Dusaulchoy, Brazicr, Mignet, Blonde au , Srgur,
Eérangcr, et de Mine Tastu. Quelques anonymes méritent des
éloges, et principalement celui à qui nous devons le Bal de la
commune. M. Charles Malo, éditeur de ce recueil, ne s'est
point borné à lui donner des soins , il l'a enrichi d'une chanson
intitulée : Prenez une femme, et qui annonce que l'auteur est à
la fois bon poète et bon mari. Brks.
a 14. — Le Fablier de Flore, ou Choix de fables sur les fleurs ?
LITTÉRATURE. 5»3
dédié aux (laines. Paris, iSvtt; Fr. Louis. In- 1 H de \\\ pages,
avec une gravure et un fleuron; prix , !» fr. et *> fr. 5o c.
Quoique le champ delà fable soit vaste, quoique tons les
êtres animes ou inanimés soient de son domaine, il faut cepen-
dant reconnaître que les premiers sont plus favorables à ses
desseins, parce qu'ils sont plus rapprochés de notre nature,
plus propres à nous émouvoir et à nous fournir des leçons.
Tous les animaux d'ailleurs ont un langage que nous pou-
vons interpréter avec plus ou moins de facilité, tandis qu'il
faut beaucoup plus d'efforts de la part de notre imagination
pour supposer des actions et un langage aux objets inanimés.
Ces considérations doivent sans doute faire accorder la préfé-
rence aux premiers sur les derniers, dans le choix des person-
nages que le fabuliste veut mettre en scène. Les fleurs, cepen-
dant, ont souvent servi d'heureux interprètes aux moralistes
et aux poètes; nous possédons un grand nombre de jolies fables
où ces aimables filles du printems apparaissent en première
ligne. La rose seule a inspiré des milliers devers, et l'on pou-
vait s'étonner qu'on n'eût pas encore songé à faire un choix
dans toutes les pièces morales où leur emblème a été employé.
Le recueil que nous annonçons renferme des fables de tous
nos bons auteurs, La Fontaine excepté; car, par une singularité
assez remarquable, l'interprète heureux du Chêne et du Roseau,
celui qui n'a pas même dédaigné de faire parler le Pni de fer et
le Pot de terre, et qui l'a fait avec un égal bonheur, n'a pas une
seule fois choisi ses sujets parmi les fleurs.
M. De ville, déjà connu par des essais dans ce genre, a
voulu joindre son nom à ceux de MM. Jrnault , Jubcrt* Boi-
sard, Dardcnne , Dorât, Florian, Grozelier, Guichard, Hof/man,
Jaujfrct, Jony, Le Bailly,' Le Filleul , Pesselier, Reyrn , llic/ier,
Ségur, Stassarty Vitallls , etc.; 77 fables de sa composition oc-
cupent les pag. i83 à 268 du volume, et il les a fait suivre de
notes dont l'utilité était indispensable pour familiariser le lec-
teur avec l'histoire des plantes que, le premier, il a introduites
dans le champ de la fable. Sans doute quelques noms, tels que
Yulnmirc, la patience et le pissenlit , blessent autant nos oreilles
que nos habitudes poétiques; mais si l'auteur s'est dévoué en
abordant de pareils sujets, son dévouaient sera récompensé en
ce qu'il nous aura ouvert la route, et qu'il aura agrandi le champ
de l'apologue pour ceux qui viendront après lui. Quelques-uns
de ses sujets, d'ailleurs, sont traités avec assez de talent pour
qu'il n'y eût pas quelque présomption et quelque danger à s'en
emparer après lui, tels sont lu Rose blanche et le Papillon , le
Sainfoin et les Cuscutes , les Oiseaux et le Figuier, le Chêne et
la Mousse , etc. E. Hlreàu.
5i4 LIVRES FRANÇAIS.
21 5. — Peyronnct devant Dieu , poëmc en quatre chants pat*
C/i. Lepage et Ènï. Debraux, auteurs de Fidèle aux enfers.
Seconde édition. Paris, 1828; Jehenne, passage Colbert, n° i5.
In- 8° de xvi et 72 pages; prix, a fr. 5o c.
C'est une triste et malheureuse idée que de faire un p ëme
en trois ou quatre chants, lorsqu'on n'a pas même un sujet :
c'est une idée non moins funeste à la poésie que de réunir deux
talens pour composer un seul ouvrage. Déjà nous avons adressé
cette double observation aux auteurs de la Vtlléliade ; elle s'ap-
plique avec plus de force encore à MM. Lepage et Debraux.
Une juste indignation les anime sans doute contre l'ex -ministre
repoussé par le vœu unanime de la France. Mais, si Juvénaî
a dit que l'indignation lui inspirait ses vers, il n'a pas dit qu'elle
fît un poëme, et surtout un poëme en quatre chants : jamais un
ouvrage de ce genre ne sera le fruit de la passion.
Mais , si le poëme ne vaut rien , la versification n'est guère
meilleure. On trouve (p. 6 ) cet hémistiche :
Dans vingt duels engagés.
On voit (p. 1 5 ) rimer à peine avec la peine. Un vers com-
mence ainsi : Des hordes de Cosaques ; il est vrai que les auteurs
écrivent Cosahs ; mais cette faute d'orthographe vaut au moins
la faute de versification. Enfin, le langage n'y est pas plus res-
pecté que les règles de notre prosodie. On lit ce vers ( p. i5 )
Et sans être coupable il en porte la peine ;
ce qui veut dire qu'il porte la peine du coupable , véritable non-
sens. On dit en parlant de Bonaparte (p. 3i ) :
Que de nos libertés s'il bâillonna l'écho ,
Il a sauvé la France aux champs de Marengo.
Prions les auteurs de nous dire comment un écho peut être
étouffé à l'aide d'un bâillon.
Nous pourrions multiplier à l'infini ces citations : elles inté-
resseraient peu nos lecteurs : que ce que nous avons dit suffise
aux jeunes auteurs pour leur rappeler que l'art des vers est
prodigieusement difficile, et que l'on ne doit pas compromettre
sa réputation littéraire par des publications improvisées. B. J.
•ai 6. — * Faust , tragédie de Goethe , nouvelle traduction com-
plète, en prose et en vers, par Gérard ; avec cette épigraphe:
« Il fait réfléchir sur tout , et même sur quelque chose de plus
que tout. » M,nc de Staël. Paris, 1828; Dondcy-Duprc. In- 18
de xij et 3 c % pages ; prix , 3 fr. 5o c.
nTiKUAimu:. r>a$
s oici nue tragédie auprès de laquelle les drames de Shakes-
peare sont des modèles de pureté de goût, de sagesse et de
régularisé. Je ne trouve qu'un seul ouvrage qui, pour l'obs-
curité, le vague ei le décousu, puisse être nais en parallèle
avec la pièce ae Goethe.; c'est le roman de Rabelais. On trouve
en effet, dans l'un et dans l'autre, le même soin de cacher la
hardiesse de la philosophie et de la satire parmi les divagations
de la pensée et les bizarreries du style; l'un et l'autre semblent
être 1<" produit du g'-nie en délire. Mais Rabelais plaisante tou-
jours et amuse davantage Coethe, au contraire, vent souvent
émouvoir et attendrir, et il y parvient quelquefois , surtout
dans l«i seconde partie, bien plus attachante que la première.
Je ne pousserai pas plus loin cet examen de Faust: pour juger,
il faut comprendre., et je déclare que les deux tiers de celte
tragédie échappent à mon intelligence. Je n'en accuse point le
traducteur à qui je reprocherai seulement de n'avoir pas accom-
pagné son travail d'un commentaire. Il paraît, du reste, l'avoir
l'ait en conscience. Peut-être même a-t-il poussé trop loin son
système de fidélité littérale, et. de traduction complète; car ce
système l'a entraîné à faire beaucoup de vers baroques, à em-
ployer des expressions qui répugnent à la délicatesse de notre
langue. Mais, dans les observations qui précèdent l'ouvrage,
dans le prologue qui est en vers et dans plusieurs autres mor-
ceaux, M. Gérard a fait preuve à la fois de talent, d'esprit et
de goût. Déjà 31 M. Saint- Auiairc et Stapfer nous avaient donné
une traduction de Faust. C'est dpnc pour la troisième fois de-
puis peu d'années que cette pièce est reproduite dans notre
langue. Elle vient d'être imitée sur un de nos théâtres; d'autres
imitations s'en préparent, dit-on. Faust et les ouvrages du
même genre seraient- ils destinés à recevoir un jour droit de
cité dans la littérature française? J'en doute. Malgré les efforts
des adeptes du germanisme, le public français s'obstinera en-
core long-tems à vouloir comprendre avant d'admirer. Ch.
217. — *Ismalie ou la Mort et l'Amour, roman-poëme; par
M. d'Arlincourt. Paris, 1828; Ponthieu. 2 vol. in-8°de lxiv-
i65 et 2'3'3 pages; prix, 6 fr.
L'inconstance naturelle à l'esprit humain, les rapports fré-
(juens de notre nation avec les peuples de l'Europe, ont donné
une direction nouvelle aux arts et à la poésie; et l'immensité
de nos richesses littéraires, en rendant le public moins sen-
sible aux productions récentes, a inspiré aux jeunes écrivains
le désir de se frayer des routes inconnues. Séparés de leurs
anciens guides, ils ont invoqué les muses étrangères, et se
croyant libres, ils ont marché sans frein; ceux qui n'avaient
Si6 LIVRES FRANÇAIS.
d'autre but que d'essayer des modifications légères, ont été,
comme tous les novateurs, au-delà des limites qu'ils s'étaient
tracées. Les arts ont leur culte, tout culte a son fanatisme:
après avoir choisi d'autres idoles, on a outrage les autels qu'où
avait désertés. Il est vrai que le prestige n'a duré qu'un mo-
ment; des esprits fermes au milieu des dissensions ont conservé
pur le type des beautés que la nature seule avait confié au
génie des anciens. Le peuple le plus éclairé de la terre se hâte
aujourd'hui de revenir aux premiers objets de sa vénération.
Plus l'étude a rendu son goiit sévère, plus il se montre fidèle
aux principes qui ont enfanté les chefs d'oeuvre dont il doit être
si lier. L'erreur a cessé, mais l'impulsion donnée se fait encore
sentir, et l'auteur du roman-poème Ismalie n'est point à l'abri
de l'entraînement; il cherche encore cette terre promise de la
littérature, qui se dérobe sans cesse aux efforts des fidèles.
Certes, nous ne lui reprocherons pas les tentatives qu'il veut
bien faire pour varier nos plaisirs; mais nous l'avertissons que
dans la composition de son dernier ouvrage, il embrasse avec
une nouvelle ardeur un système qu'il est plus aisé de qualifier
que de définir, et que lui-même, dans sa préface, semble ne
défendre qu'à demi. Quoi qu'il en soit, l'auteur du Solitaire ,
cClpsiboê, de l'Étrangère, du Siège de Paris, a trouvé le secret
de captiver l'attention publique: son roman-poème a produit
l'effet accoutumé. Nous n'en ferons ni l'analyse, ni la critique;
l'une serait trop compliquée, l'autre absolument superflue.
Nous ne pourrions rien apprendre au public sur la nouvelle
production de M. d'Arlincourl; et nos avis seraient inutiles à
cet écrivain, qui , sans doute, se voit avec plaisir dans une po-
sition où il jouit d'une célébrité particulière. M. d'Arlincourt
en paraît satisfait; nous le félicitons de son bonheur, et nous
aimons, du reste, à rendre justice à l'esprit facile, à l'imagina-
tion variée dont il a donné des preuves dans chacun de ses
ouvrages. de P.
218. — * Romans historiques , par C. - F. Van der Velde ;
traduits de l'allemand, et précédés de Notices , par A. Loève-
Veimars. ivme livraison contenant : Contes et Légendes histo-
riques. Paris, 1827; Jules Renouard. 4 vol. in- 12 ; prix de
chaque volume, 3 fr. ( Voyez Rev. Enc. , t. xxxi , p. 777, et
xxxvi, p. 196.)
Van der Velde a de véritables obligations à son interprète :
M. Loève-Veimars a su approprier ses romans au goût du pu -
blic parisien ; et, sans rien leur enlever de la couleur originale,
il les a dépouillés de quelques longueurs, de quelques traits de
mauvais goût qui auraient pu déplaire aux lecteurs français ,
LITTÉRATURE. 5i7
peut-être plus susceptibles que ceux, auxquels Le romancier si-
lésien avait d'abord adressé ses ouvrages. Et ceux -ci, loin
d'être déformés par les utiles coupures qu'on leur a fait subir,
leur doivent, au contraire., une allure plus vive et un intérêt
pins pressant. Ces observai ions s'appliquent surtout à la der-
nière livraison, dans laquelle le traducteur a réuni cinq ou six
Nouvelles, plus courtes et peut-être moins importantes que les
productions dont se composaient les précédentes livraisons.
Elles justifient, d'ailleurs, l'épithete de romancier cosmopo-
lite que Van der Acide avait déjà méritée par ses premiers ro-
mans. Il nous transporte encore dans de nouveaux pays : en
France, où nous trouvons Henri IV et Mornay, les ligueurs
devenus royalistes et accaparant les faveurs du prince, et les
huguenots mécontens de l'abandon où les laisse quelquefois
celui qui leur doit sa couronne ; Henriette d'Entragucs prêtant
ses charmes et ses séductions aux intrigues d'un parti, et le
brave Sully dont l'austère franchise triomphe auprès du roi de
la flatterie et de la beauté. L'horoscope qui fait intervenir ces
personnages dans l'histoire des amours du capitaine huguenot
Moussard avec la fille du sire de Fianvilliers , l'un des plus
forcenés ligueurs de la Picardie, annonçait la mort fatale des
deux jeunes époux ; cette mort termine, en effet, le roman qui
se distingue par la peinture animée de plusieurs scènes intéres-
santes où l'auteur a su mêler avec art les faits historiques aux
détails purement d'imagination. Dans Axel , Histoire de la
guerre de Trente Ans , c'est un jeune officier suédois qui se dé-
guise en pal frenier pour se rapprocher delà belle Tugendreich
de Starschedel, et qui enfin voit triompher son amour, en
même tems que les armes de ses compatriotes. Le Flibustier
ravage avec une armée de ses pareils les côtes de l'Espagne
américaine; mais, après avoir assouvi dans une guerre sangui-
naire la soif de vengeance qui l'avait entraîné au milieu d'êtres
corrompus et cruels dont les mœurs répugnent à ses senti mens
d'honneur et d'humanité, il retrouve auprès de la jeune Maria,
fdle du gouverneur d'iiispaniola, le bonheur et la récompense
due à de nombreux actes d'héroïsme et de dévoûment. Les Tar-
tares en Silrsie nous font remonter à des tems bien anciens;
c'est en i 24 1, qu'une invasion de Tartares vient porter la déso-
lation dans les belles vallées où s'élèvent les clochers de Liegnitz
et de Glogau ; mais la légende de la guerre des Servantes, date
encore de plus loin, et nous transporte à l'époque fabuleuse de
l'histoire de Bohème, lorsque, peu de tems après l'introduc-
tion du christianisme dans ce pays, la duchesse Libussa mou-
rut, laissant après elle tous les élémens d'une guerre civile dont
SaS LIVRES FRANÇAIS,
les annales des peuples offrent peu d'autres exemples. Sous U
conduite de Wlaska, suivante et favorite dcLibussa, chez la-
quelle la cruelle trahison d'un séducteur a laissé de profonds
ressentimens, les femmes bohémiennes secouent le joug des
hommes, et, nouvelles amazones, déclarent à leurs compa-
triotes surpris une guerre terrible et dévastatrice. Peut- être
IV.iiteur n'a - t - il pas tiré tout le parti possible des contrastes
piquans qui s'offraient ici entre les passions et les qualités d'un
sexe qui est tout amour et faiblesse, et les habitudes guer-
rières et farouches que cherche à lui imposer l'altier génie de
son chef. Peut-être n'a-t-il point assez adouci les teintes un peu
grossières, et quelquefois trop crues, de ses peintures, où le
bon goût pourrait trouver bien des choses à effacer , sans trop
altérer pour cela l'imitation fidèle des tems de barbarie et de
brutale corruption. La Druldessc est un joli conte de fées, moins
spirituel et moins brillant que ceux d'Hamilton , mais d'une lec-
ture agréable, et où du reste on chercherait vainement un es-
sai de roman historique; car, quoique puisse faire préjuger son
titre, il ne se rapporte, par les noms de ses héros, ou par la
couleur de ses descriptions, ni à aucune époque, nia aucun
pays connu.
Maintenant, après avoir examiné tous les ouvrages de Van
der Velde , ou du moins tous ceux dont s'est enrichie la littéra-
ture française, et ce sont les meilleurs, nous pouvons résumer
en peu de mots notre opinion sur son compte. Van der Velde,
moins original que Walter Scott dans la conception des carac-
tères, moins pathétique et moins pittoresque dans le récit des
principales situations, le cède aussi à ce grand maître sous le
rapport de la fidélité historique. Moins fécond que l'infatigable
fournisseur de Coustable et de Murray, il ne peut citer aucun
ouvrage aussi parfait cyi Ivanhoë ou Les Puritains d'Ecosse. Et
cependant, si ses productions ne doivent point espérer une
existence aussi longue que celle de l'Écossais, du moins peut-on
assurer qu'on lira long-tems encore avec plaisir les Patriciens,
Christine et sa cour, les Hussites et peut-être deux ou trois de
ses Nouvelles.
M. Loève-Veimars vient à peine de terminer la tâche longue
et difficile qu'il s'était imposée, en entreprenant la traduction
des romans de Van der Velde, qu'il reparaît de nouveau devant
le public avec les ouvrages de Zschorke , l'écrivain le plus po-
pulaire de la Suisse, dont il a dépeint les sites pittoresques et
les mœurs singulières dans une série de romans fort estimés et
(pie nous ne négligerons pas d'annoncer. L'Allemagne s'honore
d'un troisième écrivain, M. Buomkowsxi , qui , né en Pologne,
LITTÉRATURE. 5ag
célèbre, il est vrai, les faits historiques de ce pays; mais qui ,
réfugié à la cour de Dresde, a emprunte l'idiome de sa patrie
d'adoption pour rendre pins populaires l'histoire et les tradi-
tions desa terre natale (i). Si nous signalons ici ce romancier
el ses écrits, ce n'est pas sans concevoir l'espérance que l'habile
interprète de Van dev \ elde et de Zschokke pourra plus tard
leur consacrer aussi sa plume élégante et facile. A.
219. — Llrbin Fosanô, ou la Jcttatiua , histoire napolitaine ,
par M. dk Caradkuc. Paris, 1828; les marchands de nou-
veautés. .'1 volumes in» \i\ prix, \i (V.
« La Jettatura est une croyance populaire fort en crédit à
Naples; elle y lient lieu <lu prétendu pouvoir de jeter des soris,
qu'un vieux préjugé accordait aux sorciers et aux bergers.
('es! l'expression générique de tout ce qui est du domaine des
sorts jetés. Pour vous donner une idée de l'influence qu'elle a
sur les esprits, sachez que le feu roi de Naples, Ferdinand,
sYeiia, quand on lui annonça l'insurrection qui venait d'écla-
ter en faveur de la constitution des cortes : Je savais bien qui/,
m 'arriverait quelque malheur ; f ai vu ce matin un Jcttatore a
la citasse ». (Introduction. )
L'éditeur de ce roman, que l'on assure être 1*11 jeune écri-
vain auquel nous devons plusieurs ouvrages distingués, raconte
d'une manière fort intéressante comment M. de Caradeuc, fa-
vori des dévotes de son endroit, entreprit le pèlerinage de
Rome dans l'espoir d'augmenter le nombre des saints du ca-
lendrier; comment, malgré ses pieuses dispositions , il devint
sceptique; comment, noble de vieille souche et élevé dans les
principes du bon vieux tems, il devint partisan de l'égalité
et de la liberté , et fut, à. son retour , un objet de scandale pour
ses anciennes protectrices. Cette conversion nous étonne peu ;
nous en avons vu plus d'une de ce genre.
M. de Caradeuc se trouva à Naples, pendant la révolution
de 1820. C'est aussi à Naples et à cette époque qu'il a placé la
scène de son roman. Il semble que l'auteur ait donné involon-
tairement à sou héros quelques traits de sa propre physionomie.
Urbin, duc de Fosano, a été élevé par le méticuleux marquis
de Thénésay, émigré français , daus les doctrines les plus pures
des anciens jours; mais il se laisse séduire par les idées nou-
velles : la lecture de l'histoire de la révolution française et l'en-
(1) Nous espérons pouvoir donner dans un de nos prochains cahiers
une Notice sur M. Alexandre Bkomkowski , et sur ses principaux ou-
vrages.
t. xxxvxi. — Février 1828. 34 *
53o LIVRES FRANÇAIS.
thousiasme qu'il y puise pour ses grands hommes ; de conver-
sations avec le fameux curé Ménéchini , président d'une vnndita ;
l'amour qu'il éprouve pour une femme dont le caractère est
élevé, les sentimens généreux, qui a été l'amie d'Éléonora
Fonseca, de Cirillo , de Caracciolo, etc., qui n'a point fré-
quenté la cour de Murât, et qui fronde celle de Ferdinand; tout
cela fait d'LÎrbin un démocrate; il devient carbonaro, il prend
part à la révolution de son pays , et finit par être assassiné, à
l'époque de la restauration , par les lazzaroni napolitains.
Tel est le sujet de ce roman dans lequel on remarque plusieurs
portraits heureusement dessinés ; des mœurs et des superstitions
bien observées, des caractères qu'on ne rencontre qu'en Italie,
et qui ne laissent aucun doute sur le voyage de M. de Caradeuc
dans ce pays; mais aussi quelques longueurs et quelques dis-
sertations oiseuses qui disparaîtront sans doute dans une nou-
velle édition. H. C.
220. — Les Amours de Camoëns et de Catherine d'Ataïdc ;
par Mme Gautier. Paris, 1827; C. J. Trouvé. 2 vol. in-12,
ornés de deux lithographies; prix , 6 fr.
« Les romans, a dit La Harpe, sont, de tous les ouvrages
d'esprit , celui dont les femmes sont le plus capables. L'amour,
qui en est toujours le sujet principal, est le sentiment qu'elles
connaissent le mieux. Il y a dans la passion une foule de nuances
délicates et imperceptibles qu'en général elles saisissent mieux
que nous, soit parce que l'amour a plus d'importance pour
elles, soit parce que, plus intéressées à en tirer parti, elles en 1
observent mieux les caractères et les effets. » La république
des lettres compte en France plus d'un auteur dont les ou-
vrages ont depuis long-tems confirmé cette vérité.
Mme Gautier, déjà connue par son poëme de la Tombe royale,
(voy. Rev. Enc. , t. xxviii , p. go3), a peint, dans la personne
de Camoëns , le noble caractère du grand poëte qui chanta la
gloire de sa patrie, et du guerrier qui combattit, pour elle; de
l'infortuné qui, délaissé par son pays qu'il chérissait , prononça
en le quittant les paroles que Cornélius Scipion lit mettre sur
son tombeau : Ingrate patrie ! ta n'auras pas metne ma cendre;
et qui, poursuivi par une décevante fatalité, vint plus tard,
après avoir épuisé la coupe du malheur, terminer misérable-
ment, dans un hôpital de Lisbonne, une vie orageuse et per- .
séeulée. Nous nous abstiendrons de donner l'aixilyse de cet-,
ouvrage dont la lecture fait naître un intérêt toujours crois-
sant : inspir^ par l'excellente et fidèle traduction des Lusiades
de M. Millié (voy. Rev. Enc., t. XXVI, p. 4 16), l'auteur a groupé
autour du chantre lusitanien des personnages intéressans dont
in i lit LTURE. 53 1
les uns appartiennent i l'histoire, et les autres sont de son
invention. Des pièces de vers dues à la plume de M""* Gautier
elle même , insérées dans ces deux volumes, ajoutent au mé-
rite littéraire de ce roman poétique « qui n l'histoire pour fon-
dement et la morale pour DU t. » S. M.
aai. — Botzaris et Chryseïs et quelques héros de la Grèce rao-
dénie , roman historique par iMinr Darixto, traducteur de Rob
Hood, Paris, i 8 > 7 ; Lccointeel Durey. 2 vol. in- la; prix, G fr
« Ce n'est tlone point assez que ce peuple perfide,
De la sainte cite profanateur stupide,
Ait dans tout l'Orient porté ses étendards :
Et , paisible tyran de la Grèce abattue ,
Partage a notre vue
La plus belle moitié du trône des Césars?
un
O honte! o d« l'Europe infamie éternelle ! »
J. B. Rousseau , Ode v, aux Princes chrétiens.
Markos Botzaris fut un homme extraordinaire, et la Grèce
moderne peut l'opposer avec orgueil aux plus illustres enfans
de la Grèce antique. C'était un de ces rares caractères, forte-
ment trempés d'héroïsme , et que la vertu enflamme. Si Botzaris
n'eût point été sitôt enlevé à sa patrie, tout annonce qu'il eût
exercé sur les destinés de ses concitoyens une immense influence,
car il était doué d'une intelligence supérieure et d'un courage
éclairé. Tel est le personnage qui a inspiré le livre que nous an-
nonçons.
« Cet ouvrage a été composé, dit l'auteur, avant que les puis-
sanecs de l'Europe fussent intervenues auprès du divan en fa-
veur des Hellènes.
« Les faits qu'il contient sont presque tous historiques; on a
seulement été forcé d'altérer leurs dates, afin de les lier l'un à
l'autre, et de les présenter au lecteur dans un espace de tems
limité.
« J'avoue avec franchise au public , et avec reconnaissance
à M. Pouqueville que j'ai pris mes matériaux dans ses ouvrages
sur la Grèce, et que j'en ai même extrait plusieurs passages.
J'ai cherché à joindre ensemble les traits ies plus marquans de
son histoire , et en même tems à les rattacher à quelques-uns de
ses personnages principaux. Ainsi qu'un voyageur, le lecteur
peut se plaire à considérer l'esquisse des lieux qu'il a parcourus,
des événemens qui l'ont frappé, et des objets qu'il a observés.
Ils sont imparfaitement représenté,, niais ils aident à la mé-
moire, et son imagination colore, étend et perfectionne ce
tabb-au. »
;>».» LIVRES FRANÇAIS.
Autour cie Botzaris et de Chryséï sa compagne fidèle, l'au-
teur a donc groupé quelques-uns des héros de la Grèce actuelle,
avec les principaux événemens de ce grand drame; mais, ainsi
que madame Daring le reconnaît elle-même, sans s'asireindre
à la rigueur chronologique, sans mettre toujours les hommes
et les choses a la vraie place que leur assigne l'histoire. Ce cadre
est- il heureux ? Convient-il à un sujet si récent, à des person-
nages si connus ? La solution d'une telle question est en partie
subordonnée à l'intérêt que peut offrir l'ouvrage et au mérite de
l'exécution.
Bu reste, on trouvera dans ce livre, des tableaux pathétiques,
des récits attachans, une sympathie profonde pour la gloire et le
malheur. Il honore à la fois le cœur de Mme Daring, son esprit
et sa plume. C. P.
m. — Contes Irlandais y précédés d'une introduction par
M. P. A. Dufau, e tornés de gravures .Paris, 1828; Moutardier,
rue Gît-le-Cœur x\° [\. 1 vol. in- 18; prix, 6 fr.
C'est une heureuse idée que celle de recueillir ces traditions
populaires et ces histoires superstitieuses qui, dans les contrées
où la civilisation est peu avancée encore, forment comme une
sorte d'héritage que se transmettent les générations. Les êtres
surnaturels qui figurent dans les récits de cette nature « amusent
quand ils n'effrayent plus » et, comme le dit fort bien l'auteur
de l'introduction, « après avoir secoué le joug de ce monde de
chimères, on aime à pouvoir sourire des terreurs supersti-
tieuses qu'on eût éprouvées quelques siècles auparavant. C'est
là aussi un sujet d'observations que ne doit point dédaigner le
véritable philosophe. Il est curieux d'étudier ces fables à leur
source, de chercher à surprendre ie nom de ces créations
étranges auxquelles l'homme semble consacrer les premiers
efforts de son esprit, quoiqu'elles n'aient pourtant d'autre ré-
sultat que de rendre sa vie soucieuse et d'imposer des chaînes
à sa raison. Des recherches dirigées dans ce but ne sauraient
être infructueuses; il semble qu'envisag» r le cœur humain sous
cet aspect, c'est, pour ainsi dire, reconnaître le côté faible
d'une place qu'on veut surprendre. » Les Contes Irlandais sont
assez variés et en général empreints d'une sorte d'originalité
qui caractérise l'esprit de ce peuple. Il y a de la naïveté dans la
narration; mais peut-être est-elle par fois un peu négligée.
Quant aux histoires, quelques-unes ont de l'intérêt. J'ai remar-
qué, dans le ie volume, celle qui a pour titre : Maître et Valet.
Ce petit être de trois ou quatre pouces, toujours oeeuppé à
battre la semelle, et dont la bourse offre toujours un schelling à
celui qui parvient à s'emparer du possesseur, est une création
LPTTÉRAT1 RE. 153
Joui l'absurdité est amusante, L'histoire de /'/"; urga, dans le
mriiii' volume, n'est pas non plus dépourvue de grâce. — Il est
facile de reconnaître que l'introduction dont nous avons cité
quelques lignes n'appartient pas à la même plume qui a traduit
les contes. Cette introduction, à ta fois historique et philoso-
phique, annonce une plume exercée et un écrivain qui con-
naît bieu la nation irlandaise, et qui a étudié les sources OÙ l'on
a puisé les traditions, souvent bizarres, qu'il reproduit sons
les yeux des lecteurs français. A.
2 23. — * La France littéraire, ou Dictionnaire hibiiographique
des savans, historiens er. gens de lettres de la France, ainsi que
des littérateurs étrangers qui ont écrit en français , plus parti-
culièrement pendant les wiu"" 'et \i\n" siècles, par «/• - M.
Gi i i;àni). Paris, 1827 — 1828; F. Didot. La France littéraire
formera, non compris la table des matières , environ cinq vol.
in 8°, de 600 pages au moins, imprimés sur deux co-
lonnes, en petit texte et en nonpareille. Chaque volume est
publié en deux livraisons. Prix de chaque livraison , sur papier
ordinaire 7 fr. 5o cent. ; surpapier vcl. collé, i5 i'v. Tros livrai-
sons sont en vente.
Les ouvrages peu nombreux du genre de celui-ci, fruitd'un im-
mense travail et d'une infatigable persévérance, rie doivent point
être recommandés par les formules usées de l'éloge. Il suffit d'ex-
poser clairement ce qu'ils contiennent, pour en faire pressentir l'u-
tilité et le mérite. La France littéraire de M. Guérard doit être
considérée sous deux rapports distincts : comme Dictionnaire des
écrivains français y et comme Bibliographie française. Sons le pre-
mier point de vue, elle a le mérite d'être plus étendue que nul
autre dictionnaire des écrivains français; parmi ces écrivains,
deux classes ont particulièrement attiré les recherches de l'au-
teur : ce sont les plus éciatans et les plus obscurs. Les uns et les
autres ont dû coûter des travaux infinis: les premiers, à cause
de la multitude presque innombrable d'éditions et de commen-
taires don! ils n'ont cessé d'être l'objet; les seconds, à cause de
la difficulté de percer leur obscurité même. Un travail non moins
précieux et tout- à - fait neuf qu'offre la France littéraire , c'est
l.i bibliographie de tous les savans dont les travaux souvent
très-célèbres sont consignés dans des mémoires qui, n'étant
pas assez volumineux pour formel- un ouvrage à part, restent
cachés dans les recueils académiques ou périodiques consacrés
aux sciences. Une autre mine bibliographique, aussi neuve et
plus curieuse encore, était celle des écrits composés en langue
française, imprimés dans les pays étrangers : Bf. Guérard l'a
oigneusement exploité» rée comme bibliographie na
53/, LIVRES FRANÇAIS.
tionale, la France littéraire ne sera pas moins précieuse à l'a-
mateur de livres et au libraire, puisqu'elle comprend l'ensemble
de toutes les productions de la presse, écrites en langue française,
depuis i5oo jusqu'à ce jour ; ce qui embrasse l'indication des
réimpressions des auteurs français de tous les âges et des di-
verses traductions en notre langue des auteurs étrangers, an-
iens ou modernes; et enfin, les réimpressions exécutées en
France des ouvrages originaux de ces mêmes auteurs étran-
gers. La forme de l'ouvrage est celle d'un dictionnaire, où les
noms des auteurs sont classés d'après l'ordre alphabétique ;
chaque nom est suivi de l'indication des lieux de naissance et
de décès des écrivains; vient ensuite le catalogue alphabétiq«e
des ouvrages de chacun d'eux. Ces catalogues, rédigés avec la
simplicité que l'ordre et le bon goût commandaient, offrent
souvent des rapprochemens très-piquans, et sont accompagnés
d'éclaircissemens aussi agréables qu'instructifs.
Il est impossible d'éviter absolument les inexactitudes, quand
on imprime une si prodigieuse quantité de noms propres et de
titres; mais nous ne craignons pas d'affirmer que M. Guérard
a poussé la correction aussi loin que possible, sous le rapport
que nous venons d'indiquer, soit par suite de ses connaissances
approfondies en bibliographie , soit à cause du soin extrême
qu'il a apporté à la rédaction et à l'impression de son livre. C'est
ainsi, pour ne citer qu'un exemple de l'infatigable activité de
M. Guérard, que la plupart des auteurs vivans ont été consultés
touchant la rédaction de leur article. — Le dernier volume de cette
vaste collection sera rempli par l'indication des ouvrages ano-
nymes, des ouvrages périodiques et des collections, les uns et
les autres classés alphabétiquement d'après leur titre. Cette es-
quisse du plan de M. Guérard démontre que son ouvrage est
véritablement une Encyclopédie de la bibliographie française,
et nous pensons qu'il peut tenir lieu, seul, de presque toutes
les bibliographies spéciales qu'il reproduit dans i'ordre qui lui
est propre. Le mérite de l'exécution répond à l'étendue et à
l'importance du plan. De pareils ouvrages ne sauraient être trop
encouragés, puisqu'ils sont éminemment utiles , absolument
inoffensifs, qu'ils exigent des sacrifices considérables et un dé-
vouaient sans bornes à la science. Il faut remarquer aussi que
la France littéraire offre encore un avantage spécial pour les li-
braires. L'auteur, versé dans le commerce de la librairie , a pris
soin d'enrichir son travail de toutes les indications qui peuvent
être utiles à cette branche , devenue si importante, de notre
commerce national. A. M.
224. — Lettre de M. Asurieux, de l'Académie française, à
I.
LITTÉRATURE.— BEAU* \RT8. 5*5
M'4*, an sujet d'un article de la Gazette universelle de Lyon.
Paris, 1828, lu S" de 19 pages.
Remercions l'txcetienl professeur de ce qu'il a pris la peine
«le répondre, dans une lettre pleine de sel et de grâce, aux
plates calomnies dont il était l'objet dans la Gazette, de Lyon;
DOn qu'il en eût aucun besoin pour lui, ni pour sa réputation.
Mais il a fait de son ennemi une critique si fine, si gracieuse,
qu'en \ériié elle vaut une de ses leçons de littérature, c'est un
uodéle de douceur et d'urbanité, Il n'y a rien à ajouter à ce
qu'il dit sur son calomniateur anonyme. Rappelons pourtant ,
à propos de l'allusion que M. Andrieux fait à dom Bazile,
la phrase que Beaumarchais met dans la bouche de Figaro, elle
exprimera la pensée de tous les honnêtes gens sur le Bazile de
la Gazette. « C'est un grand maraud que ce Bazile : heureuse-
ment il est encore plus sot. 11 faut un état, une famille, un
nom, un rang, de la consistance, enlin, pour faire sensation
dans le monde en calomniant; mais un Bazile, il médirait qu'on
ne le croirait pas. » B. J,
Beaux-Arts.
225. — Examen du Salon de 1827, avec cette épigraphe :
• Rien n'est beau que le vrai. » Paris, 1827 ; Roret. In-8° de 52
pages; prix, 1 fr. 5o cent.
« Je ne sais si l'on peut contin-uer à donner le nom d'expo-
sition publique des artistes vivans, à l'exposition actuelle, qui
parait uniquement destinée à constater les décisions d'un jury
secret, qui décerne ou refuse à qui bon lui semble ce qu'il
s'obstine à appeler les honneurs du Louvre. »
Ce début semble annoncer que Fauteur est un des artistes
qui ont cru avoir à se plaindre de la rigueur du jury. Au fait,
les observations contenues dans ce petit écrit décèlent un
peintre, et, quoique sa mauvaise humeur le rende dur et tran-
chant, ses critiques sont souvent justes. Au surplus, le titre
n'est pas d'accord avec le contenu. Il ne fallait pas dire : Exa-
men du Salon de 1827 ; mais Examen de quelques-uns des
paysages exposés en 1827; car c'est principalement des paysages
que l'auteur s'est occupé ; et puis , à l'époque où il écrivait sa
brochure, l'exposition n'était, pour ainsi dire, pas commencée;
on n'y trouve donc aucun des principaux ouvrages qui ont
réellement paru à cette exposition.
226. — Esquisses, croquis , pochades , ou tout ce que l'on
vaudra, sur le Salon de 1827; par A. Jal. Paris, 1828; Amb.
Dupont. Trois livraisons in-8°, formant 400 p., avec des dessins
lithographies ; deux ont déjà paru; prix de la livr. , 3 fr, 5o c.
536 LIVRES FRANÇAIS.
Je ne puis mieux faire, pour donner une idée juste de cet
ouvrage, dont le titre est déjà passablement burlesque, que
de rapporter ce que M. Jal dit, dans sa préface en forme de
lettre.
«Des aperçus, des ébauches, des chapitres détachés, point
de plan suivi. Diversité, c'est si bon ! Ici, un dialogue; là ,
une scène; plus loin, un article biographique ou une-discussion
sérieuse. Les hommes, les choses, l'époque , l'avenir, le passé ;
philosophie, morale, politique et même peinture, il y aura de
de tout dans cette macédome...»
Effectivement, il y a de tout: des dialogues, des scènes, des
anecdotes, et même des jugemens sur les tableaux. L'auteur
qui a déjà publié, en 1819, un Examen du salon , traité dans
le même genre, paraît s'y être attaché. Beaucoup de personnes
prendront du plaisir à lire les facéties de M. Jal; car elles ne
manquent ni d'originalité, ni d'esprit. Mais, les gens qui ac-
cordent une certaine estime aux productions de l'esprit, trou-
veront peut-être qu'il eût été plus convenable d'examiner avec
soin les ouvrages exposés ; de discuter sérieusement les doc-
trines que l'on oppose l'une à l'autre, etc. Exécuté de cette
manière, l'écrit de M. Jal n'aurait peut-être pas fait naître ces
bouffées de gaieté un peu commune à laquelle l'auteur paraît
mettre beaucoup de prix; en revanche, il aurait attiré l'atten-
tion des artistes et de toutes les personnes qu'une semblable
discussion peut intéresser. Probablement, ce n'est pas à ces
deux classes de lecteurs que M. Jal a destiné son livre. Quant
aux lithographies qui l'accompagnent , ce sont de véritables
travestissemens , et je suis persuadé que les peintres dont les
tableaux sont mis de cette manière sous les yeux des lecteurs ,
auraient autant aimé qu'ils prissent la peine de venir les voir
eux-mêmes au salon. P. A.
227. — * L'Inde française, ou Collection de dessins lithogra-
phies, représentant les divinités, temples, pagodes, costumes,
phvsionomies, meubles, armes, ustensiles, etc., des peuples
hindous qui habitent les possessions françaises dans l'Inde, et
en général la côte de Coromandel et celle du Malabar; pu-
bliée par MM. Gcringer, Marlet et Chabrelle ^ avec un texte
explicatif par M. Eugène Burnouf. Cinquième livraison ; Paris .
1828; Géringer, rue du Roule, n° i5; un cahier in-folio.
Prix de la livraison, i5 fr. ( Voy. ci-dessus p. a3i. )
Cette livraison contient , entre autres sujets curieux , le por-
trait et la vie d'un Hindou, que ses malheurs et son dévoû-
ment à la cause des Français , pendant nos guerres avec les
Anglais dans l'Inde, rendent très intéressant. Son père, foi
BEAUX-ARTS.
.. ur général des troupes françaises sous Lally, était un de ces
hommes d'action comme il ne s'en trouve que rarement dans
l'Inde. Enfermé dans Candjevaram assiégé pai les Anglais, cl
manquanl de munitions , il Gt charger ses canons avec des rou
leaux de roupies. NOUS avons distingué aussi une danse de ]$ava-
dères, composée avec beaucoup de goût. RI. Marlet a donné à
eeite livraison les mêmes soins qu'aux précédentes, el <>n n<
peut qu'en féliciter les éditeurs. Deux sujets sont destinés à
Caire connaître les troupes célèbres, connues .sous leXnom de
IMaliratles el Kadjpoutes. Les notices de M. E. Burnouf nous
oui paru d'un grand intérêt. Au lieu de s'arrêter à décrire des
particularités de costumes que la planche même explique suf-
fisamment, il s'est attaché à rassembler, dans l'espace peu
étendu qui lui est accordé, Le plus grand nombre de faits pos-
sible; et il a surtout choisi ceux qui peuvent satisfaire les
hommes curieux de connaître les mœurs des peuples éloignés.
a.
228. — * Deux A rinces à Constantinople et en Morêe (1825 —
l8a6), ou Esquisses historiques sur Mahmoud , les janissaires ,
les nouvelles troupes, Ibrahim -Pacha, Soliman -Bey; par
M. C... D..., élève interprète du roi a Constantinople; orné
d'un choix de costumes orientaux soigneusement coloriés, et
Lithographies par M. Collin, élève de Girodet. Paris, 1827;
Nepveu. Grand in-8° avec planches; prix, 3o fr.
C'est une idée heureuse , et dont il faut louer l'auteur et l'é-
diteur, que d'avoir publié , dans les circonstances actuelles,
des documens sur le nouvel état des troupes turques, et sur
l'influence qu'a déjà pu exercer le système adopté par le sultan.
Quelque opinion qu'on embrasse sur l'issue des événemens,
ces renseignemens sont d'une incontestable utilité, et ils ne
peuvent manquer d'exciter ce genre d'intérêt qui s'attache à
tout ce qui jette quelque jour sur une aussi grande et aussi
importante question que la lutte des Turcs et des Grecs. Si
l'Europe reste en paix avec la Turquie , cette lutte se prolon-
gera long-tems encore, et une des conséquences immédiates
de cet événement sera de montrer aux Musulmans la supério-
rité de la tactique européenne sur la leur , et d'augmenter dans
leur chef ce besoin d'innovations auquel il a déjà Osé sacrifier
les janissaires. D'un autre côté, si une ou plusieurs puissances
européennes déclarent la guérie à la Turquie, il est encore
curieux de connaître ses moyens de défense , et d'apprécier
au juste ce qu'elle a pu gagner par l'adoption des nouvelles
mesures. Enfin, sanss'élevei à des considérations politiques,
on doit désirer de recueillir des détails exacts sur l'état inté-
538 LIVRES FRANÇAIS.
rieur d'un peuple, qui attirera sans doute encore long-tems les
regards de l'Europe. Le livre de M. C. D. a de quoi satisfaire
la curiosité la plus exigeante; sous une forme concise, il con-
tient des faits nombreux et nouveaux. Il faut lire surtout de-
puis le chapitre vin jusqu'au chapitre xYn; c'est la partie la
plus intéressante de l'ouvrage. Tout ce qui est relatif au grand-
seigneur, au massacre des janissaires, à l'organisation des
nouvelles troupes, y est exposé avec clarté et méthode. Dans
les derniers chapitres, les Turcs sont considérés dans leurs
guerres avec les Grecs , et l'intérêt de ce sujet passe dans le
récit de M. C. D. Au milieu des horreurs qui de part et d'autre
ont ensanglanté cette terrible lutte, l'auteur embrasse toujours
la cause de la justice; il aime à raconter les nobles actions,
et il y a entre autres quelque chose d'honorable dans le soin
qu'il prend de rapporter les faits qui peuvent mériter encore
au renégat Selves l'estime de ses compatriotes. M. C. D. a été
vivement ému des spectacles qu'il avait sous les yeux, et il les
a reproduits avec chaleur. Grâce à son talent, et aux facilités
que lui donnait son nom, que nous ne révélerons pas puis-
qu'il a voulu le taire, il a fait un livre intéressant et vrai.
E. B.
229. — Perspective à t 'usage des gens du monde , enseignée en
peu de teins ; suivie d'un Dictionnaire de peinture , à l'aide du-
quel on peut apprendre soi-même à connaître le mérite d'un
tableau, la manière d'un maître, l'art de la composition, du
dessin, du coloris, etc. ; ouvrage traduit de X anglais sur la
dixième édition , par M. Bulos. Paris^ 1827 ; Audin. In-12 , de
478 pages, avec 3 planches; prix, 5 fr.
Si les gens du monde prenaient un jour de l'humeur contre
les écrivains qui se chargent de leur instruction, ils seraient
tout au moins excusables. On prétend épargner leur lems et
leurs peines; mais, dans la réalité, ils apprennent encore moins
que ne le comportent la durée de leurs études et les efforts
qu'ils ont faits. Nous le disons à regret, en dépit de nous: quel
que soit l'auteur de cet ouvrage, il n'a pas atteint son but ; il
ne formera ni dessinateurs, ni peintres, ni connaisseurs. Les
gens du monde qui voudront acquérir des talens ou des con-
naissances, n'ont rien de mieux , rien autre chose à faire que de
suivre lcsvoies ordinaires; il n'y en a point qui soient à leur usage
particulier, et celles qui sont désignées comme telles n'abou-
tissent qu'à un faux savoir qui , pour eux comme pour les autres
hommes, est un ridicule de plus. Ces voies ordinaires de l'in-
struction que l'on fuit avec tant de soin, et dont on s'efforce île
détourner ceux que la nécessité ne force pointa les suivre, ne
III A l vakts. 53g
sont pas aussi fatigantes qu'on ledit, ni rebutantes par la con-
tinuité des eflbrts qu'elles imposent: de précieuses compensa
lions en adoucissent les peines, les fout oublier , rechercher ,
regretter, lorsqu'on né les éprouve plus. Qui ne se souvient
avec délices du tems où son intelligence se développait par la
salutaire influence d'une instruction réelle, profonde, péné-
trante ? Cette époque de la \ ie est aussi celle où des amitiés du-
rables et généreuses unissent des condisciples, préparent et
réservent pour Page mûr des conseillers désintéressés, des sou-
tiens dans la carrière de la vertu, des consolateurs dans l'in-
fortune. La vieillesse même sourit au souvenir de ce tems des
pins pures jouissances intellectuelles et morales. Pourquoi donc
n'y pas appeler les gens du inonde, aussi bien (pie ceux aux-
quels on n'applique; pas cette dénomination ? Nous l'avouons
sans peine ; ces reflexions, qui nous ont détournés de l'ouvrage
dont nous avions à rendre compte , nous empêchent d'y reve-
nir. Aussi bien, que pourrions - nous en dire , sinon qu'il ne
faut point y chercher ce que le titre annonce , et qu'il ne ren-
dra ni plus savans , ni meilleurs juges en peinture, ceux qui
l'auront lu avec le plus d'attention? Y.
23 o. — Art de peindre à l'aquarelle, enseigné en vingt-
huit leçons; traduit de l'anglais de Thomas Smith. Paris, 1828;
Audot; Alphonse Giroux. In 4° oblong, avec des planches
coloriées; prix, i5 fr.
Dans ces vingt- huit leçons, l'auteur passe en revue les
différentes manières de peindre à l'aquarelle ; il expose les
règles particulières à chacune d'elles, et donne plusieurs moyens
ingénieux pour surmonter les difficultés que présente ce genre
de dessin. Cet ouvrage mérite un accueil favorable de la part
des nombreux amateurs d'un des plus agréables délassemens
que puisse offrir la culture des beaux-arts. L. R.
23 1. — * Isographie des Hommes célèbres , ou Collection de
Fac-similé de lettres autographes et de signatures, etc.; 7e,
8e et 9e livraisons. Paris, 1827 — 1828; Bernard et Delarue,
rue Notre-Dame-dcs-Victoires, 21. 16; trois cahiers in -4°;
prix de la livraison, 5 fr.
Nous avons annoncé lc^six premières livraisons de cet ou-
vrage; l'intérêt s'accroît par le choix des hommes célèbres dont
il nous donne les autographes. ( Voy. Rcv. Eric, tom. xxxvi ,
pag. 469. ) Les éditeurs, pour satisfaire tous les goiits et tous
les genres de curiosité, ont fait un mélange piquant des noms
anciens et modernes, et des célébrités les plus opposées. Nous
ne citeronspas les soixante-douze signatures dont se composent
ces trois livraisons. Nous nous contenleronsde désigner les noms
les plus marquans, parmi lesquels se trouvent Amyot% la reine
54o LIVRES FRANÇAIS.
Elisabeth) l'illustre Fénélon, V&ttrevjLFouquier Tinville deman-
dant une place et offrant clos renseignemens sur sa probité.
Au milieu des lettres de Gassendi, de Leibnitz , de Bujfon , de
Malherbe , de Métastase, de Winch clman , du président Achille
de Harlay , s'en trouve une de Joseph Lcbon qui écrit à un dé-
tenu qu'on lui fera voir qu'il n'y a point d homme nécessaire
dans une république. Nous avons remarqué la lettre qui est
écrite en commun par Henri II et Diane de Poitiers. Les édi-
teurs nous donnent un placet que l'on croit être de la main de
Moiière; il est fâcheux que l'on n'ait pas de certitude à cet
égard. On ne peut qu'engager les éditeurs à continuer cette
collection avec le même zèle et la même ex-actitude. D. M.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes.
232. — * Journal de la Société d'émulation du département des
Vosges. Cahier VI et VIL Épinal, 1827. In-8<>.
Le sixième cahier termine le premier volume de cet intéres-
sant recueil , consacré à l'agriculture, à l'économie domestique
et à l'archéologie, et rédigé avec le plus grand soin sous la di-
rection de M. le professeur Parisot. On remarque dansce sixième
cahier un très-bon article de M. Mathieu sur l'asphyxie et sur
les secours à donner en pareil cas; des préceptes sur l'em-
ploi du plâtre en agiiculture, sur la météorisation des herbi-
vores, etc. etc. Nous avons distingué plus particulièrement un
travail sur les antiquités découvertes à Lamerey, par MM. Mes-
chin et Jollois. La présence de ce savant avait donné une im-
pulsion extraordinaire aux travaux de l'ancienne commission
d'Épinal. Cette commission n'existe plus; mais le département
des Vosges a prouvé qu'on peut bien licencier les corps savans
sans licencier le savoir. Beaucoup d'hommes instruits ont con-
tinué les investigations de M. Jollois ; et , privés désormais de
son assistance, ils publient aujourd'hui des extraits de ses mé-
moires. Sans nous arrêter à ce qui concerne les bains de Lame-
rey, nous citerons un autel à quatre faces , qui porte sur chacune
d'elles une divinité gauloise. On établit ingénieusement, et de
manière à convaincre, que ces divinités sont Hercule, Diane Ar-
duine, Vénus, et la Minerve à laquelle nos ancêtres avaient
donné le nom de Bclisana. Ces conjectures prennent de la con-
sistance , si l'on compare les reliefs aux figures de Mont faucon
et de D. Mangin. La Diane Arduinc et la Vénus, plus mutilées
que les autres, ne sont reconnaissables qu'à l'aide des accès
suites. Des vestiges de route romaine, découverts près de La-
merey, par M. Magin , donnent à penser que Lamerey se trou-
vait placé sur une communication delà Saône à la Moselle. Le
septième cahier n'a pas moins d'intérêt pour les antiquaires;
MÉMOIRES ET RAPPORTS.— OUV; PÉR. »,i
i question des mémorables antiquités du Donon, dans nu
extrait d'un mémoire du savant M. Gravie*, qui résume tout
ce que l'on a accumule depuis 1). A il loi et I). Cafmet, pour
constater l'étal <lcs monumeps de cette montagne célèbre. Mont
faucon, Schœplin el I). Martin s'en sont occupés; et, plus ré
comment, M. Schweighaeuser en a fait l'objet de plusieurs mé-
moires. Nous regretterons toujours qu'ils n'aient point été
publies : c'était le vœu de l'Institut; niais un fatal statu quo
en a paralysé l'effet. Il frappe les recherches, et ne protège
point les monumens qui disparaissent tous les jouis de notre
sol On plan topographique du Donon, lorsque D. Àillotlc vi-
sita en ifyp, tend à prouver avec quelle rapidité la destruction
s'empare de ces précieux débris. — La poésie n'est pas négligée
dans le département des Vosges; on a imprimé dans le sixième
cahier une Ode sur les révolutions des Empires , qui eut des
éloges , en 181 i, dans la plupart des feuilles publiques, et dont
M. de Boufûers rendit un compte très-favorable dans le Mer-
cure. M. Pellet, son auteur, a encore publié un morceau ly-
rique sur les Tombes royales des Pharaons. Nous citerons éga-
lement une fable charmante, imitée de l'allemand; elle est
intitulée : l'Amour, la Pudeur et l'Amitié. C'est l'ouvrage d'un
SOUS-officier du 5' régiment de hussards, en garnison à Épinal.
Les vers de M. Martel sont élégans et faciles , et se distinguent
par une extrême pureté et une grande propriété d'expression.
M. le professeur Parisot a terminé ce cahier parla météorologie
du département des Vosges, suivi d'un tableau pour 1826.
Nous ne devons pas omettre que ce mémoire sur Lamerey se
ti ouve complété dans ce cahier par la publication du catalogue
des médailles en argent qui y ont été découvertes; mais on n'a
pas songé à donner assez de détails sur les revers. Le ier jan-
vier 1827 , le nombre total îles médailles d'argent, extraites du
sol de Lamerey, s'élevait à 972, parmi lesquelles on en a rcconn*
5 qui manquaient au Cabinet du Roi : elles lui ont été envoyées.
Les eaux de Saint- Vallier sont analysées par une commission
dont le rapport est placé eu tète du septième cahier. Il en pa-
raît un tous les trois mois. Le prix d'abonnement, très-médiocre,
n'est que de 6 h. pour l'année. P. de Golbéry.
Ouvrages périodiques.
»33. — * L' Ami des champs , journal d'agriculture, de bo-
tanique, et bulletin littéraire du département de la Gironde.
Janvier 1828. Bordeaux, la Guillotière, rue du Grand-Can-
cera, n° 17. Parait par livraisons mensuelles de 3 feuilles d'im-
pression; prix, 10 i'v. par année.
54a OUV. PÉR.— LIV. EN LANGUES ÉTRANGÈRES
Ce recueil existe depuis plusieurs années, et son succès n'a
pas été équivoque. Sa plus importante destination est un sage
enseignement de la culture des lettres; aussi, l'exploitation ru-
rale remplit une partie de ses articles. Les cultures spéciales
v tiennent une place remarquable, et l'horticulture n'y est point
oubliée. Tous les arts, toutes les sciences qui se rapportent
à l'agriculture et à l'économie des champs, concourent à don-
ner de l'intérêt à ce recueil, et les ouvrages sur l'art vété-
rinaire, sur la botanique en général, et sur la botanique mé-
dicale, y sont soigneusement annoncés
V Ami des champs rend un compte exact et régulier des
séances des académies et des sociétés savantes de Bordeaux,
parmi lesquelles on distingue la Société linnéenne et la So-
ciété philomatique. Son Bulletin littéraire, quoique fort abrégé ,
est fait avec soin , et publie quelquefois des morceaux de poésie
intéressans. R.
Livres en langues étrangères, imprimés en France.
a34« — * Nouveau dictionnaire de poche , français-anglais ,
et anglais-français . contenant tous les mots généralement en
usage et autorisés par les meilleurs auteurs, ainsi que l'accent
des mots anglais, les prétérits et les participes passifs des verbes
anglais irréguliers; le genre des noms français, les termes de
marine et d'art militaire, avec un dictionnaire mythologique et
historique, et un dictionnaire géographique; par Th. Nugent ,
nouvelle édition entièrement revue et corrigée sur les diction-
naires de Laveaux, de Levizac , de Bonifacc , etc., d'après
l'édition publiée à Londres par Ouiskau. io,me édition, premier
tirage stéréotype. Paris, 1827; Baudry, rue du Coq-St. -Honoré
n° 9, 2 vol. in-18 brochés en un seul ; Dictionnaire français-an-
glais de 280 pag. , et anglais-français de 3/j2 pag. ; prix, 5 fr.
Si quelque chose peut motiver l'éloge d'un ouvrage, et sur-
tout d'un dictionnaire, c'est le nombre d'éditions qui en ont
paru, car on n'achète que les livres utiles et les meilleurs dans
chaque genre. Dix-neuf éditions du Dictionnaire de poche de
M. Nugent ont constaté la bonté de cette production, et les édi-
teurs, afin de lui obtenir et de lui conserver une correction par-
faite, ont pris le parti de la faire stéréotyper. C'est le premier
tirage stéréotypé qui forme cette dix- neuvième édition. Il parait
que rien n'a été négligé pour la rendre aussi complète qu'il est
possible; aucune expression usuelle n'a été omise, et les carac-
tères, malgré leur finesse, ont une netteté qui en rend la lecture
IMPRIMÉS EN FRANCE,
facile. Nous ne connaissons pas de dictionnaire de poche que
nous paissions recommandea avec plus de confiance. El.
■) v>. - * Obras Uter arias ) etc. — Œuvres littéraires de flou
François M artin»z db n Rosa. T. III. Paris, 1827 ; J. Didot,
rue du Pont-de-l.oni, n°fi; Bossange père. In-12; prix, 5 fr.
; Voj.Rev. Enc. 1. \\\\ ', pag. ai3, l annonce du Ier vol.)
Ce troisième volume contient les morceaux suivants:
i° Le poème sur le siège de Saragosse. — Peu de tems après
la reddition de cette ville, en [809, un concours proposé par
le gouvern Muent invita les poètes nationaux à célébrer i'hé-
roïsmedes Arragonais, qui, dans une ville tout-à-fait ouverte ,
Mins compter sur la protection de ses remparts, et sans écou-
ter d'autres conseils que ceux du patriotisme et du courage,
avaient osé braver la plus forte puissance militaire des tems
modernes. M. IMaitinez de la Rosa, jeune encore alors, n'en
éprouva que plus vivement le désir de chanter les actions glo-
rieuses qui ont immortalisé la courageuse résistance de ses
compatriotes. On est fondé à croire que son poème aurait rem-
porté les honneurs du concours; car des juges aussi compétans
que don G a s par Mclclior de Jovellanos , et don Manuel José
Quintana , étaient bien décidés à lui accorder leurs suffrages :
mais des circonstances qu'il serait inutile de rapporter ici ayant
empêché que le prix fût décerné, l'auteur fit imprimer pour la
première fois son poëme en 181 1 , a. Londres, lors du voyage
qu'il fit dans cette ville.,
2° La viuda (la veuve) de Padilla , tragédie. — L'histoire
.d'Espagne offre, sous le règne de Charles Ier (l'empereur
Charles-Quint), une de ces époques mémorables, dont l'in-
fluence sur l'avenir des peuples est décisive, et pendant la-
quelle les Castillans montrèrent le plus grand enthousiasme
pour la défense de leurs droits politiques. Moins heureux ce-
pendant que d'autres nations, ils succombèrent dans les com-
bats qu'ils eurent à livrer contre les ennemis de leurs libertés;
et la fortune qui joue un si grand rôle dans toutes les affaires
de ce monde, et qui ne favorise pas toujours la cause de la
justice, ayant trahi leur courage, ils furent asservis au mo-
ment même où ils déployaient le plus d'ardeur pour leur noble
cause. Ce fut un grand malheur pour l'Espagne, et ce malheur
ne fut pas moins grand pour le souverain qui ne saurait jamais
séparer ses intérêts de ceux du peuple sans éprouver des pertes
réelles de pouvoir, de grandeur et de considération. C'est de
cette époque que date, en Espagne, l'anéantissement progressif
de toute influence des assemblées politiques. L'ivresse du
triomphe ayant fait oublier au gouvernement tout respect pour
LIVRES EN LANGUES ÉTRANGÈRES
les anciennes lois, et méconnaître les conseils de la sagesse, le
pouvoir marcha tête levée, et sans aucun ménagement, vers une
domination illimitée et affranchie de tout contrôle. Le lendemain
de la bataitlede VïUalar, les chefs de l'arméedes communautés de
Castillc, Jean de Padilla , pour Tolède; Jean Bravo, pour Sé-
govie; et François Maldonado , pour Salamanque, étant tom-
bés entre les mains des vainqueurs, furent publiquement exé-
cutés. Mais la veuve du premier, sans se laisser abattre par la
défaite de l'armée , ni par l'exécution sanglante de son mari qui
avait su mourir en héros, et conserver dans ses derniers mo-
mens la noble fermeté et le calme heureux d'une conscience
exempte de reproches, puisa, au contraire, dansées tristes
événemens, une force et une exaltation nouvelles. Grâce à ses
efforts et à son influence, Tolède persista à soutenir la cause
des communautés , sans vouloir reconnaître d'autre chef que la
veuve de l'infortuné Padilla. De son côté, cette héroïne de !a
liberté castillane n'épargna aucun sacrifice ni aucune démarche
pour exciter ses habitans à défendre leur ville. Elle se présen-
tait souvent à eux, tenant dans ses bras son fils encore enfant ,
et les conjurant de venger la mort de son père, immolé pour
avoir combattu en faveur de leurs droits. Les efforts de la veuve
de Padilla furent héroïques; mais Tolède , malgré la plus belle
défense, dut ouvrir enfin ses portes à l'armée royale. La veuve
de Padilla fut assez heureuse pour échapper à l'échafaud, et
trouva un refuge en Portugal.
Il serait à désirer que celte intéressante période de l'histoire
d'Espagne exerçât la plume d'un historien éclairé et impartial;
car les chroniqueurs espagnols auxquels nous devons «à la vérité
la conservation de précieux documens surcette époque ont borné
là tous leurs soins. On annonce comme devant paraître sous
peu un travail relatif à cette partie intéressante de l'histoire
de Castille; nous souhaitons vivement que le mérite de l'exécu-
tion réponde à l'importance du sujet.
L'exposé rapide que nous venons de tracer suffit pour dé-
montrer que la courageuse résistance de Tolède sous les ordres
de la veuve de Padilla est uu fait éminemment propre à être
représenté sur la scène tragique. Mais combien ne devait-il pas
émouvoir un peuple qui se trouvait dans des circonstances
analogues, comme celui de Cadix en 181 1 , assiégé depuis deux
ans par une armée ennemie, exalté par ses sentimens patrio-
tiques, et occupé dans ce moment dangereux de changemens
essentiels dans les lois du royaume. M. Martinez de la Rosa eut
l'heureuse idée de traiter ce sujet national et de le revêtir des
brillantes couleurs d'une versification élégante et harmonieuse.
IMPRIMÉS EN FRANCE.
Lé succès fut des plus complets, l'nc circonstance vint encore
•jouter à L'enthousiasme et à l'exaltation des esprits pendant
la mise en scène de la nouvelle tragédie, qu'il fallut représenter
dans une salle bâtie à la hâte hors de la portée du canon enne
mi, les bombes lancées sur la place ayant failli, quelques jouis
auparavant, faire du théâtre de Cadix un monceau de ruines,
l.a l'indu de Padîlla fut représentée plus tard à Madrid, s près
que les troupes françaises eurent abandonné cette capitale. Elle
y fut imprimée en 181/,.
Un Abrégé historique sur l'insurrection des villes de la Cas-
tille , nécessaire pour bien faire sentir les intentions et les beau-
tés de l'ouvrage, précède la tragédie : il est écrit avec la faci-
lité et l'élégance qui distinguent toutes les productions de
M. Martine/ de La llosa.
3° La Nina en casa y la Madrc en la mascara , comédie. —
L'auteur se propose dans cette pièce le but très-moral de cor-
riger le travers des mères, à qui le goût de la dissipation et le
désir de plaire font voir dans leurs filles des témoins irrécu-
sables et incommodes de leur âge ; il y fronde le coupable oubli
des mères coquettes et légères, qui, pendant qu'elles courent
les bals et les sociétés, laissent leurs filles à la maison, exposant
ainsi leur innocence et leur bonheur à d'imminens dangers.
C'est cette comédie qui a fourni le sujet ou plutôt l'idée du joli
vaudeville la Mère au bal et la fille à la maison, qu'on joue de-
puis long-temps à la rue de Chartres avec un succès toujours
soutenu.
Muriel.
t. kxxvii. — Février i8'i8. 33
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
Boston. — Droits sur l'importation des étoffes aux États- Unis.
— Après de longues délibérations, les fabricans d'étoffes de
laine dans l'état de Massachusetts ont résolu de présenter au
congrès un mémoire où ils demandent que les droits d'impor-
tation des étoffes étrangères soient augmentés, afin qu'ils soient
en état de soutenir la concurrence, et que les fabriques nalio-
nales ne soient point condamnées à un funeste abandon. Comme
leur mémoire est la conclusion d'une délibération de plusieurs
mois, publiée dans les journaux, et sur laquelle on a consulté
les citoyens les plus éclairés, on ne peut l'apprécier qu'après
un examen très-approfondi, en ayant sons les yeux les faits et
les discussions de l'assemblée des fabricans de Massachusetts.
Ces discussions sont une enquête faite de bonne foi, dans la-
quelle le sentiment de l'intérêt privé n'affaiblit point le senti-
ment de la patrie, ni celui des intérêts de l'humanité. En
cherchant la vérité avec cette disposition d'esprit et cette droi-
ture d'intention, on s'en approche au moins, si l'on ne peut
«ncore y arriver. Il est à désirer que l'on réunisse tout ce que
l'on a écrit sur les manufactures des États-Unis, sur les moyens
de les faire prospérer, sur l'influence qu'elles auront tôt ou
tard, et dont la république éprouvera les effets, au dehors et
au dedans. On formerait de ces documens épars un ouvrage
très-instructif, non-seulement pour l'Amérique , mais pour
l'Europe; car les objets y seraient considérés sous un aspect
dont l'Europe ne peut faire naître l'idée. Cet ouvrage peut être
fait en Europe ou en Amérique : pour les intérêts de l'instruc-
tion générale, il serait peut-être à désirer qu'un publiciste eu-
ropéen se chargeât de cette rédaction.
New-York. — Nouveau Journal intitule : le Courier des Etats-
Unis, journal français, politique et littéraire. — Un de nos
compatriotes, devenu citoyen des États-Unis, se dispose à pu-
blier ce nouveau recueil périodique, destiné à faire connaître
Ê TATS-UINIS. -ANTILLES. 547
r Amérique à l'Europe el KEurope à l* Amérique. Il a conçu
l'ambition de pénétrer dans tous les lieux où Les ouvrages fian-
çais trouvent des lecteurs, çequi lui imposera une sage réserve
dans l'exposition des faits et des doctrines; car il rencontrera
dans plusieurs de ces lieux, non-seulement la connaissance de
notre langue, niais des opinions, des maximes d'état, des forces
trop supérieures à l'ascendant du journal le plus accrédité, et
qu'il serait imprudent de provoquer. Le rédacteur se propose
de ne rien omettre de ce qui peut exciter la curiosité et propa-
ger les connaissances dans les deux mondes; son plan renferme
tout ce qu'il peut être utile ou intéressant de savoir. L'immen-
sité des matériaux entre lesquels il devra faire un choix l'em-
barrassera, sans doute, plus d'une fois; mais enfin, il faut choi-
sir; et, si l'on est constamment dirigé par l'amour du bon, de
l'honnête, de ce qui mérite et obtient l'estime des gens de bien,
on ne sera point exposé à la désapprobation publique pour
aucun des articles que l'on aura publiés.
Le Courier des États- Unis paraîtra le samedi soir, format
in- 4°> sur beau papier de la plus grande dimension qui soit
employée pour les journaux des Etats - Unis. Le caractère sera
petit texte ; l'intention du rédacteur est que sa feuille soit aussi
pleine qu'il sera possible, et qu'elle se recommande par l'abon-
dance et la variété des matières. Le prix de l'abonnement est
de 8 dollars, par an, ( environ [\i fr. ), payables par semestre.
On souscrit à New-York, au Bureau du Courier des États-Unis ,
n° 55 , IVall slrect.
Nous nous félicitons d'avance de l'apparition de ce nou-
veau journal. La France y tiendra certainement une place
remarquable, et par sa littérature, et par sa politique. Nous
ne doutons point non plus que cette publication n'offre un
nouveau modèle de tolérance religieuse et politique, d'indul-
gence morale, de cette sage réserve qui est une vertu, même
dans les pays libres. La Revue Eneyclnpédiquc et le Courier des
États - Unis parcourent la même carrière , et se rencontreront
toujours avec satisfaction. Y.
ANTILLES.
Tremblemens de terre (i). — Dans le cours des six der-
niers mois de l'année qui vient de s'écouler, les tremble-
(i) Cette note a été communiquée à l'Académie des Sciences, dans sa
séance du 4 février 1818.
35.
548 ANTILLES.
ruons de terre se sont multipliés exti aordinairement aux
Antilles. Outre celui du 3 juin, dont il a été rendu compte
«à l'Académie, il y en a eu neuf, depuis la fin de juillet jusqu'au
milieu de décembre dernier.
La date précise de ces phénomènes pouvant jeter quelques
lumières sur la direction des commotions souterraines et sur la
rapidité de leur propagation, il est utile d'en indiquer l'époque
précise.
Le premier tremblement de terre éprouvé, en 1827, à la
Martinique, a eu lieu le 3 juin, à 2 heures du matin; le se-
cond, le i'.\ juillet, à 5 heures 45 minutes après midi : ces deux
secousses ont été très-fortes; le troisième, le dimanche 5 août,
à 10 heures 3o minutes du matin, lorsque la plus grande partie
de la population était rassemblée dans les églises; ce qui a
augmenté le tumulte et la terreur. Le désastre de Caracas était
arrivé dans une occurrence semblable, et son souvenir con-
tribuait à accroître l'épouvante.
Le quatrième s'est fait ressentir, le 25 septembre, à 5 heures
3o minutes du matin; le cinquième, le 27, à 4 heures 3o mi-
nutes du matin; le sixième, le 2 octobre, à 4 heures après
midi; le septième, le 3o novembre, à 2 heures 45 minutes du
matin; le huitième, le ier décembre, à 10 heures du matin;
le neuvième, le môme jour, à 5 heures i5 minutes après midi;
enfin, le dixième, le 8 décembre, à 5 heures 20 minutes du
matin.
Les trois derniers ont été formés d'un mouvement ondula-
toire du sol, faible et lent; mais le tremblement de terre du
3o novembre, avant le jour, a été singulièrement violent et
prolongé. La moindre estimation de sa durée la porte à 5o se-
condes; on assure qu'on n'en a point éprouvé* d'aussi fort et
d'aussi prolongé depuis 70 ans. Il n'a point produit d'autres acci-
dens, par ses effets immédiats, que d'ébranler et de lézarder
quelques édifices; mais beffroi qu'il a causé a fait abandonner
les maisons avec une telle précipitation qu'il en est résulté
plusieurs malheurs.
Des lettres de la Guadeloupe font connaître que ce trem-
blement de terre a été éprouvé dans celte île, à environ
35 lieues, au nord-ouest de la Martinique, avec une violence
non moins grande, mais un quart d'heure plus tard, s'il était
possible de croire à l'exactitude rigoureuse des heures indi-
quées par la correspondance du Fort-Royal et celle de la Pointe
à Pitre.
L'opinion commune aux Antilles que ces phénomènes ne
sont point étrangers à l'état de l'atmosphère s'est appuyée de
ANTILLES.— AFRIQUE. 54g
nouveaux indices. On a remarqué que la pluie avait commencé
a tomber, immédia temeiri après que la terre avait tremblé, <-t
l'on a si constamment observé cette coïncidence singulière que
plusieurs personnes inclinent maintenant à ne point l'ait i iont r
tu hasard. A. Moreau dk Jonni.s.
Haïti. — Établissement du jury. — L'art. 190, de la consti-
tution d'Haïti est ainsi conçu: «Le pouvoir législatif pourra
établir la procédure par jury, en matière criminelle. » En effet ,
Ifl Code d instruction criminelle, qui a été publié au commen-
cement de 1827, et mis en vigueur le ier février, a institué le
jury dans cette république. C'est le i5 novembre 1827 qu'a
eu lieu l'ouverture des assises, au Port-au-Prince, dans le pa-
lais de justice qui avait été restauré et rendu plus vaste pour
cet objet. Avant l'audience, le tirage au sort de douze jurés
s'était opéré dans la chambre du conseil, en présence de l'ac-
cusé assisté de sou défenseur. Nous avons sous les yeux les
deux discours prononcés dans la solennité de l'installation du
jury (1), par M. le doyen du tribunal criminel et M. le com-
missaire du gouvernement, et ils prouvent que les véritables
principes de législation criminelle et de civilisation ont pris
aussi racine dans la république d'Haïti, et qu'ils y ont trouvé
des organes dignes de les proclamer et de les défendre. Nous
ne connaissons pas le nouveau Code d'instruction criminelle;
mais nous avons lieu de le croire en grande partie conforme au
nôtre. Dès qu'il nous sera parvenu, nous en exposerons som-
mairement les principales dispositions à nos lecteurs, comme
nous l'avons fait pour le Code civil de la même république.
(Voy. Rev. Enc.} t. XXXIII , p. 8/, 2.) A. T.
AFRIQUE.
Sénégal. — Saint- Louis. — Esclavage des nègres dans V éta-
blissement français. — Voici quelques extraits d'une Lettre d'un
jeune instituteur qu'un zèle philantropique, ou, pour mieux
dire, une véritable charité chrétienne a conduit en Afrique
pour y propager l'instruction parmi les nègres. Ce jeune homme
rend compte uses parens (honnêtes et laborieux habitans de
Liancourt ) de l'emploi qu'il a fait de ses épargnes.
«■ Ce que j'aurais pu épargner a servi à délivrer deux malhcu-
(i)On peut voir les détails de cette ;solennité et lire les discours
auxquels elle a donné lieu, dans le Moniteur (n° du a5 février 1838;.
55o AFRIQUE.
peux captifs détenus dans les fers, l'un depuis deux ans et l'autre
depuis neuf mois: ce dernier se nomme Saër, et l'autre Dhiambo.
Saër est fils d'une veuve, son pays est à 200 lieues de Saint-
Louis du Sénégal, ou nous sommes établis. C'est un nègre d'un
caractère très-doux, d'une famille de marabous (prêtres du
pays ), et sachant écrire l'arabe. Il fut pria dans une guerre et
conduit à Saint-Louis , où on le vendit comme esclave , au di-
recteur de l'école. Depuis long tems je le voyais traîner ses fers
dans la cour de l'école; et, dans la saison de janvier où il fait
froid , le soir, la nuit, et surtout le matin, il était nu et excitait
la compassion. Je lui donnai un pagne de toile de coton pour se
couvrir, mais la femme du directeur le lui ôta et me le renvoya.
Peu de tems après cette femme mourut, et Saër me dit : Celle
qui n'a pas voulu que tu me fisses la charité d'un pagne est morte
maintenant ; si tu veux encore me soulager, elle ne t'en empê-
chera plus. Je lui donnai le pagne, et il s'en couvrit avec em-
pressement. Sa mère vint pour le racheter; la pauvre veuve
n'avait, pour le rachat de son fils , qu'un sac de mil apporté sur
sa tête, de la valeur de 36 francs; cette mère désolée, après
avoir laissé à compte tout ce qu'elle possédait, fut réduite à
s'en retourner seule dans son pays , laissant son fils dans les
fers.... Chers parens! mettez-vous, je vous prie, à la place de
cette veuve affligée : si Dieu permettait que je fusse un jour
comme son fils réduit à l'esclavage , et qu'en me voyant vous
éprouvassiez la douleur de ne pouvoir me délivrer, ne béniriez-
vous pas mille fois le seigneur, s'il vous présentait une main
charitable pour briser mes fers ? Eh bien ! c'est ainsi que j'ai
fait, comme j'aurais voulu qu'il nous fût fait à nous-mêmes;
vous ne m'accuserez certainement pas d'avoir eu le cœur trop
sensible Pour achever la rançon exigée par le directeur de
l'école, je m'adressai à une personne de confiance qui s'en ac-
quitta fidèlement. Ce fut le dernier trafic de sang humain que
fit notre directeur, car, bientôt après, il fut emporté par une
maladie violente.
« Saër ayant appris que c'était moi qui l'avais racheté , vint
s'offrir à moi comme mon esclave : Non, lui dis-je, tu es libre ,
je te regarde comme mon frère malheureux , dont Dieu a brisé
les fers par ma main ; c'est pour te rendre à ta mère affligée.
Toutefois, si tu veux rester quelque tems avec moi, tu pourras
travailler dans l'île et gagner quelque chose , avant d'aller re-
joindre ta mère. Ma proposition lui fit plaisir, et il demeura
quelque tems chez moi. Sa mère, ayant su que son fils était
libre, fit encore une fois le voyage pour venir le chercher, et
cène fut qu'avec peine qu'il me quitta, me promettant de venir
ai ■•moi f-.-ij frope. r>5*
me retrouver ira jour pour ne plus me quitter. Les adieux de
b.t mère ne furent pas moins affectueux; elle ne savait comment
m'exprimer sa reconnaissance. Je lui dis que c'était a Dieu
qu'elle devatil rendre grâces «lu service qu'il m'avait mis dans
le cas de rendre ; elle me répondit : « Dhicrcdhieufy alla ah yo ;
je remercie Dieu avec toi. »
h Dhiambo, esclave depuis deux ans, était un des serviteurs
i!e llamet Ibrahim, roi de Cayor. Lorsque ce roi nègre eut
appris que j'avais rendu la liberté à son serviteur, il désira me
voir, et il envoya une ambassade au gouverneur de l'île, a(in
d'obtenir qu'il me fût permis d'aller le trouver. Cette permis-
mou me fut accordée; je m'embarquai sur le fleuve (i), ac-
compagné de six nègres de Cayor, de Saër, de Dhiambo et du
jeune Dixi qui me servit d'interprète; c'est le fds des anciens
maîtres de Dhiambo. Je ne vous dirai rien de mon voyage, qui
dura vingt jours. Avant d'entrer dans la ville, qui me parut
assez Considérable , mais très-mal bâtie, nous fûmes reçus avec
des cérémonies très extraordinaires ; je vous en parlerai dans
une autre lettre. Le roi nous retint dans son palais, qui, en
Fiance, serait tout au plus une maison bourgeoise. C'est un
homme d'une quarantaine d'années, grand et bien fait. Il me
combla d'amitiés, me fit asseoir à ses cotés, et après une au-
dience assez longue, il me lit présent d'une peau sur laquelle il
couchait. En me reconduisant, il me dit : Français! je suis con-
tent de toi. Si tu veux t'établir ici, tu seras le bienvenu; je te
fournirai une maison et du couscou en abondance »
N. D. R. Le jeune instituteur, qui remplit si dignement les de-
voirs qu'il s'est imposés, est M. Epinat, de Liancourt, l'un des
moniteurs de l'école d'enseignement mutuel de ce canton, élève
du curé du même lieu. Et l'on ose accuser l'enseignement mu-
tuel de n'être pas religieux! Lés amis de l'humanité appren-
dront aussi avec douleur que l'établissement du Sénégal n'a pas
pour but l'abolition de l'esclavage en Afrique, et qu'on vend
publiquement des esclaves à Saint-Louis, comme à la Martini-
que et à la Guadeloupe. Y.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
Londres. — Société royale. — Expériences sur le pendule. — E
M. le capitaine d'artillerie Sabine, profitant d\m congé qu'il
(i) Le royaume de Cayor est près de l'embouchure du Sénégal.
55* EUROPE.
avait obtenu pour se livrer aux sciences, était venu à Pari*
avec deux pendules dont l'un était l'ouvrage de M. Schuma-
cher, et l'autre appartenait au Bureau des longitudes. L'un et
l'autre furent mis en mouvement à l'Observatoire, dans la salle
de la méridienne, et MM. Biot et Mathieu secondèrent le ca-
pitaine dans ses observations. En employant les moyens les plus
exacts pour déterminer le nombre de leurs oscillations pen-
dant un jour moyen solaire à Paris, on trouva, pour l'un t
85o,22",o6 , et pour l'autre , 85933",29. Les observations
avaient commencé au mois d'avril. Au mois de septembre, les
pendules furent renvoyés à Londres , sans éprouver aucun
transport par terre. Une nouvelle série d'observations fut com-
mencée, et M. Sabine eut pour coopérateur M. Quételet, de
l'Académie de Bruxelles. Le nombre des oscillations de chaque
pendule fut respectivement de 85933",2o. et de 85945",85.
M. Sabine conclut de ces résultats que l'accélération du
pendule de longueur exacte pour battre les secondes à Paris ,
battrait à Londres 12" de plus. Il faudrait donc, pom l'appli-
quer aux horloges de Londres , l'allonger de 0,00023 de pouce
anglais. Borda avait estimé cet allongement à 0,00079 de pouce-
Ces variations entre ces résultats du calcul ne vont pas à un
cent-millième de pouce sur une longueur de plus de 3 pieds, et
n'excèdent guère la dix-millionième partie du tout. On peut juger
parla du degré de précision auquel on peut arriver dans l'état ac-
tuel des sciences et des arts qu'elles aident et dont elles sontaidées.
— artillerie à vapeur : Canons de M. Perkins. — Les espé-
rances et les promesses de l'inventeur de ces nouvelles ma-
chines de guerre vont toujours croissant : M. Perkins est
actuellement persuadé que l'action de la vapeur sur les pro-
jectiles peut être décuple de celle de la poudre à canon. Il
n'estime qu'à 5o atmosphères la force moyenne de ce formi-
dable agent, ou tout au plus à 900 livres de pression par
chaque pouce carré, ce qui est fort éloigné des résultats
obtenus par Rumford , d'après lesquels on ne peut douter
que le fluide élastique formé par la poudre exerce sur la même
surface une pression de plus de 3oo,ooo livres. On dit que des
ingénieurs français, qui ont assisté, par ordre de leur gouverne-
ment, aux expériences des nouveaux canons à vapeur, en ont
témoigné leur satisfaction, quoique l'inventeur ait assuré que
sa machine ne produisait pas encore tout l'effet dont elle est
capable, et que le tems lui ait manqué pour la perfectionner,
et la rendre telle qu'il l'a conçue. On nous fait entendre que
des chaloupes canonnières à vapeur pourront être mises à
l'essai par l'escadre française devant Alger, et peut-être même
GRANDE-BRETAGNE.— RUSSIE. 553
contre les Turcs; exemple dangereux pour noire puissance
navale, puisqu'il tend a donner aux petits bàlhnoui une Corée
qui les nielle eu état de se mesurer contre les plus grands vais-
seaux (i). F.
RUSSIE.
Pktkb.sboub.0 et. Moscou. — Presse périodique. — Nous re-
cevons de Al. S. P y, de Moscou, un article fort long et fort
détaille sur les journaux el recueils périodiques, rédigés dans
1<:> langues russe, française ou allemande, qui se publient dans
les deux capitales de la Russie. Les limites dans lesquelles nous
devons nous renfermer ne nous permettent point de satisfaire
au désir exprimé par notre zélé correspondant, qui nous de-
mande d'insérer cel article en entier dans notre recueil, et nous
sommes forcés à l'abréger beaucoup, pour n'en conserver que
la substance, en nous arrêtant surtout à ce qu'il peut renfer-
mer de neuf pour nos lecteurs.
Et d'abord , nous ferons à notre amour-propre le sacrifice
facile de tous les éloges adressés par notre correspondant à la
Revue et de ses principaux collaborateurs. Par un autre motif
de convenance , non moins puissant à nos yeux , nous passerons
sous silence les reproches mérités qu'il adresse à plusieurs
autres recueils, français ou étrangers, qu'il accuse surtout de
donner sur la littérature russe des articles où tout est faux et
méconnaissable. Nous lui ferons cependant remarquer, à ce
sujet, que si l'on ne peut assez blâmer ; comme il le fait, les
écrivains qui hasardent des jugemens sur des matières qui leur
sont entièrement étrangères, on ne peut non plus, avec jus-
tice, comparer entre eux ceux qui jugent sur ouï- dire, avec
de bonnes intentions d'ailleurs, et ceux qui, ayant les pièces
sous les yeux, sont à même d'appuyer leur opinion sur des
faits, avantage que nous devons à notre position et aux rela-
tions qu'elle nous a permis d'ouvrir avec la Russie.
Nous serons également sobres d'éloges et de critiques envers
des journaux russes auxquels nous avons déjà fait, dans la
Revue, la part qui leur revient; puisse cette indulgence pour
les uns les engager à mieux faire, et le silence momentané que
nous nous imposons sur les autres être un motif pour eux de
(i) Si ces bruits répandus par les journaux anglais avaient quelque
fondement, il serait fort étrange que nous apprissions par les feuilles
étrangères ce qui se passe dans nos arsenaux, et qui est un mystère pour
les Français.
5 H EUROPE.
nous forcer bien rôt à de nouveaux éloges par de nouveaux
succès! Aujourd'hui, nous tacherons de nous borner à des faits.
Les journaux les plus anciens qui existent en Russie
sont : i° La Gazette de Pétcrsbourg , fondée au commencement
du xvme siècle, sous le règne de Pierre-ie-Grand ; i° la Gazette
de Moscou, qui date de l'année 1756; 3° le Journal historique ,
statistique et géographique , entrepris en 1790; 4° le Courrier
de l'Europe , fondé par Karamsine en 1802; 5° et 6° le Fils de
la patrie et l'Invalide russe , dont l'existence remonte seulement
à l'époque de la dernière guerre, c'est-à-dire à 18 12 et 181 3.
— Le Journal d'agriculture de Moscou , créé en 1821 par la
Société d'économie rurale de cette ville , a vu ses succès s'ac-
croître au point qu'une réimpression de ses premiers cahiers est
devenue nécessaire. — Le Télégraphe de Moscou, auquel nous
avons rendu plusieurs fois toute la justice qu'il mérite, vient
d'ajouter à chacun de ses cahiers, à dater de 1828 , un supplé-
ment, publié séparément, et qui donne des dessins et des des-
criptions de meubles, d'équipages, d'étoffes, etc. Ce recueil, qui
joint à des mémoires originaux et à un choix de poésies mo-
dernes, des analyses et des annonces raisonnées sur les prin-
cipales productions russes et étrangères , a souvent fait des
emprunts à notre Revue, et les noms de MM. Francoeur, Ferry,
Jomard , Lemercier, Say, Sismondi, etc. , se retrouvent fré-
quemment dans ses feuilles (1). — Tels sont les seuls rensei-
gnemens que nous ayons jugé à propos d'extraire de l'article
de notre correspondant relativement aux journaux dont l'exis-
tence remonte au-delà de 1826 , et dont nous avons entretenu
déjà plusieurs fois nos lecteurs. Dans un article du cahier de
décembre i8a5 (tom. XXVIII, pag. 947-951), nous avons
donné la liste de ceux qui ont pris naissance dans les années
i8s3, 1824 et i825; nous allons indiquer maintenant ceux
qui ont été fondés depuis.
L'année 1826 a vu naître à Pétersbourg un recueil destiné
à la première éducation, sous le titre de Dietskui SobécedniA
(ï) Nous avons déjà eu l'occasion de remercier personnellement les
rédacteurs du Télégraphe de l'honneur qu'ils nous ont fait d'adopter
et de reproduire dans leur journal les jugemens que nous avons por-
tés dans la Revue sur la littérature russe. Notre correspondant donne
la liste des articles qu'ils nous ont ainsi empruntés ; nous nous borne-
rons à citer celui que nous avons consacré à Y Anthologie russe y de
M. Dupré de Saint-Maure ( t. xxxn), et qu'ils ont traduit en entier
4ans leur cahier d'octobre de l'année dernière (n° 19). F. H.
RUSSIE.
( le Compagnon de t'enfonce), et dont la rédaction est due k
MM. Gnvrca et Bouloa&uib , éditeurs de trois autres jour*
nnux, connus de nos lecteurs sous les titres iV Archives du Nord ,
du l''ils de la patrie et d' Abeille dit Nord. NOUS ajournerons le
jugement de notre correspondant sur leur nouvelle publica-
tion^ dans l'espoir qu'ils lui donner ont lieu de le modifiera leur
avantage et à BOtre satisfaction. Nous remarquerons seulement
qu'il est plus difficile qu'on ne pense d'écrire pour les enfans,
et de savoir se mettre à leur portée, et nous proposerons pour
modèle a MM. Greteh et Botrïgarine le Bon Génie, journal ré-
digé à Paris par M. de Jussieu , et annoncé plusieurs fois dans
notre Revue (voy. t. XXII, p. 7 1 6 ; t. XXVIII, p. 922 ; cl t. XXIX,
p. 466 ). — Un second recueil, écrit en langue française, a
paru dans la même année et dans la même ville sous le titre
de Journal des Foies de communication ; il est rédigé par les
officiers de ce corps , et a pour principaux collaborateurs trois
Français au service de Russie, le général Bazaine et les lieu-
tenans -colonels Clapeyron et Lamé. Il est divisé en neuf
parties, savoir : i° Renseignemens historiques sur les divers
moyens de communication par terre et par eau; a° Partie
descriptive et statistique; 3° Partie scientifique ou technique;
4° Projets de communications et de constructions nouvelles;
5° Routes et ponts militaires, Architecture civile et militaire;
6° Partie industrielle; 70 Partie administrative; 8° Extrait des
états de navigation, Événemens remarquables; 90 Précis des
lois et règicmeiis concernant les voies de communication (1).
— Moscou n'a eu d'autre nouveau journal eu 1826 qu'une
Feuille quotidienne , publiée sous le format in- 4° pendant les
mois de mai, juin , juillet , août et septembre , et destinée prin-
cipalement à offrir la liste des personnes qui arrivaient chaque
jour dans cette ville, ou qui en partaient, à l'époque du cou-
ronnement de l'empereur Nicolas; elle n'a pas survécu à la
circonstance qui l'avait vu naître.
Quatre nouveaux recueils périodiques russes ont été en-
tre pris en 1827, savoir : trois à Pétersbourg et un à Moscou :
i° le Journal militaire ( Voïenni journal ) ; 2° le Slave ( Slavia-
nine), journal militaire et littéraire; 3° la Nouvelle Bibliothèque
pour t enfance ( Novaïa dietskaïa Biblioteka ) ; 4° le Courier de
Moscou ( Moskovskii Vestnik ). Le premier, publié par un co-
mité scientifique militaire, sous la direction du général Goguel,
(i)Nous avons reçu les premiers cahiers de ce nouveau journal,
dont nous avons confié l'examen à l'un de nos collaborateurs. A*, du h
556 EUROPE.
paraît six fois par an , dans le format in-8° ; le second est hel'h*
do m ad aire, et a pour principal rédacteur M. Voeïkof, auquel
est également confiée la rédaction de l'Invalide russe ; le troi-
sième paraît tous les mois, format in-16; il est rédigé par
M. Fédorof. Le Courier de Moscou , dont la rédaction princi-
pale est due aux soins de M. Pogodine , paraît tous les quinze
jours. C'est, dit notre correspondant, le meilleur recueil russe
après le Télégraphe de Moscou. 1\ doit sans doute cet avantage,
du moins en grande partie, à la collaboration du poète Alexandre
Pouschkine , qui l'enrichit exclusivement de ses nouvelles pro-
ductions. Le ier cahier contenait un fragment d'une tragédie
de ce jeune poète, qui a pour titre Boris Godounof, et dont on
fait les plus grands éloges en Russie.
Le mois de janvier 1828 a vu naître trois nouveaux journaux
à Moscou, savoir : X Athénée (Aîénéi), le Spectateur russe
(Rôuski Zritcl ) et le Bulletin du Nord (en français). Le pre-
mier de ces recueils , rédigé par M. Pavlof , paraît deux fois
par mois; son prix est de 3o roubles. Il est consacré aux
sciences, à la littérature, à la bibliographie et aux événemens
contemporains. Le second , dirigé par M. Kalaïdovitch , bien
connu dans la littérature et surtout dans l'archéologie russe,
est destiné à l'histoire et à l'archéologie du pays, à la biogra-
phie , à la bibliographie ancienne et moderne , à la philologie,
à la littérature et à la critique, enfin aux modes anciennes et
modernes; il paraît également deux fois par mois, et le prix de
ses 24 cahiers in -8° est de 35 roubles. Le Bulletin du Nord,
destiné à servir d'intermédiaire entre la Russie et les autres
pays, paraît à Moscou. Notre correspondant nous fait espérer
qu'il nous sera adressé directement, et nous pourrons juger
alors s'il atteint le but qu'il s'est proposé. Ce journal a repro-
duit dans un de ses derniers cahiers l'article que nous avons
publié dans la Revue (t. XXXIII, p. 284) sur les anciens jour-
naux russes, et notre correspondant nous apprend à ce sujet
que les rédacteurs du Télégraphe de Moscou, excités par les
recherches auxquelles nous nous sommes livrés, ont donné,
dans leurs derniers cahiers ( nos 21, 22 et 23) de 1827, une
notice plus détaillée sur le même objet , et qui peut servir de
complément à la noire. Le rédacteur de cette notice a retrouvé,
entre autres choses curieuses, des traces de trois anciens jour-
naux qui ont paru jadis en langue française à Pétersbourg,
savoir : i° le Caméléon littéraire , publié sous forme hebdoma-
daire, en 1755; 20 le Mercure de Russie, journal mensuel
(1786) ; et 3° Y Agréable et l'Utile ( également en 1786 ), qui
donnait à Voltaire le surnom de Cuisinier littéraire.
T'j'.s.SlK.— rOUHi.NT.. 55}
Après avoir parlé des nouveaux journaux russes, il ne nou
reste qu'à indiquer les unes de ceux qui cul cessé de paraître de-
puis lda6 J ils sont an nombre de six, savoir : i° les Feuilles lu-
hUographiqueSj entreprises en 1 8a5 par M. Kfu.i'i r.v, et que leur
utilité incontestable et le tal< nt de leur rédacteur nous (ont dé-
sirer de voir reprendre bientôt an point on elles ont été suspen-
dues; a0 le Courier russe, qui a existé pendant quatorze ans j
?>" le Bien-intentionné) pendant neuf ans; /,° le Journal du Dé-
partement de l'instruction publique , pendant trois ans et deux
mois; 5° le Courier asiatique , pendant trois ans; 6° le Journal
des Beaux- JrtS, pendant un an et demi.
I ne lettre particulière (pie nous recevons de Pétersbourg
non» apprend que le journal allemand de Pétersbourg (Zeit-
schrift, etc.) a également cessé de paraître. Ainsi, les entreprises
et les travaux de l'homme sont, comme lui, périssables ; il n'v
a de différence entre eux que le plus ou le moins de longueur
du terme qui leur est assigné. Honneur aux hommes et aux tra-
vaux qui sont la continuation en bien de ceux qui les ont pré-
cédés , auxquels L'expérience du passé prolile, et qui la font
servir aux besoins de la génération actuelle ! E. HlrEau.
POLOGNE.
Varsovie. — Université. — C'est un décret de l'empereur
Alexandre, en date du 19 novembre 1816, qui a constitué l'U-
niversité royale de Varsovie en cinq facultés : i° Théologie ;
2° Droit et Administration ; 3° Médecine ; 4° Sciences physiques
et mathématiques; 5° Belles - Lettres et Beaux-Arts. Ce décret
attribue l'administration de l'Université à un recteur et aux
cinq doyens des facultés; il garantit la protection spéciale du
gouvernement à tous les membres de celte école suprême, et
assure aux professeurs le droit d'obtenir des titres héréditaires
de noblesse après dix années de service public. Il accorde, en
outre, à l'Université le privilège de décerner les grades scien-
tifiques de maîtres et de docteurs, et celui de n'être soumis qu'à
une censure émanée de son sein. Une commission nommée ad
hoc a rédigé un règlement provisoire, basé sur les principes
émanés du diplôme, ou acte fondamental. La surveillance et
la direction de l'Université sont confiées à un conseil perma-
nent, composé du recteur et des doyens nommés à la majorité
des suffrages; le premier, tous les quatre ans; les seconds,
tous les trois ans, et choisis parmi les professeurs ordinaires de
l'Université, auxquels l'autorité suprême a accordé le titre de
conseillers. Les professeurs sont divisés en plusieurs classes; il
f>58 KUROPE.
y a des professeurs ordinaires et conseillers, des professeurs
ordinaires non conseillers , des professeurs extraordinaires ou
supplcans, des professeurs autorisés, et des lecteurs publics.
Tous les membres de l'Université se réunissent en séance
publique et solennelle, pour honorer la mémoire de leurs com-
patriotes cpii ont rendu des services aux sciences et aux lettres,
pour célébrer l'anniversaire de sa fondation ou l'installation d'un
nouveau recteur. Une séance annuelle est consacrée à la lecture
d'un rapport public fait par le recteur sur l'état de l'Université,
et à des dissertations lues par des professeurs.
Les étudians sont astreints à subir devant leurs professeurs
des examens annuels et privés sur les connaissances qu'ils ont
dû acquérir. Le cours d'études fini , ils sont tenus de soutenir
un examen public, précédé d'une thèse écrite, qui a pour but
l'obtention du grade de maître. Us ne peuvent prétendre à celui
de docteur que deux années après leur première promotion.
Toutes les facultés proposent chaque année des sujets de prix
pour des concours ouverts parmi Jes jeunes étudians, et les
auteurs des meilleurs mémoires obtiennent des médailles d'or
d'une valeur assez considérable, et des accessits. Le nombre
moyen des étudians est de 600; ils ne jouissent d'aucun privi-
lège , excepté celui d'être exempts de la conscription militaire
pendant la durée de leurs études ; ils sont soumis à des règlemens
universitaires assez sévères, et ne sont pas à l'abri pour cela des
autres juridictions civiles.
Les cours de l'Université sont annuels, gratuits et publics.
La durée du cours public pour les étudians est de trois ans au
moins; de quatre pour les étudians de droit et d'administration;
de cinq pour les élèves en médecine. Les professeurs ont li-
berté pleine et entière d'exposer leurs théories; on leur recom-
mande seulement d'éviter tout ce qui pourrait blesser la religion,
le gouvernement et les bonnes mœurs ; d'appliquer autant que
possible les théories à la pratique et aux besoins du pays ; de
faire enfin des efforts pour avancée leurs sciences respectives ,
et de hâter les progrès des lumières dans le pays.
Les études sont ainsi divisées : i° Faculté de théologie ( rit
catholique romain ). Six professeurs qui enseignent la théolo-
gie dogmatique, morale et pastorale; l'histoire ecclésiastique,
l'exégèse des écritures saintes, les langues anciennes et orien-
tales. — 20 Faculté de droit : A, Section du droit. Six professeurs
qui enseignent le droit romain, le droit canon, le droit ancien
polonais, le Code civil, le Code criminel, la procédure civile et
criminelle, l'histoire du droit; B, Section des sciences écono-
miques et administratives. Deux professeurs enseignent l'écono-
POLOGNE Vm,
laie politique, la science des linances, les principes de la légis
lalion administrative cl de la police, la statistique. — >" Faculté
tir médecine* Dix professeurs qui enseignent L'anatomie théoré-
tique , pratique ei comparée; la ehirurgie, la thérapeutique, la
physiologie, la pathologie, La toxicologie, l'art des accouchc-
mens, la pharmacologie} la médecine [égale, etc.
," Faculté d(s sciences physiques et mathématiques* Dix pro-
fesseurs qui enseigueut la philosophie proprement dite dans
toutes ses branches, la physique et la chimie expérimentales ,
la botanique, la minéralogie) la zoologie, la chimie appliquée,
l'astronomie, la mécanique analytique, l'algèbre supérieure, le
calcul différentiel et intégral, la géométrie deseriptive, la
géodésie, la mécanique appliquée,
5° Faillit,- des belles-lettres et des beaux- arts. A.) Section des
belles lettres. Six professeurs enseignant l'histoire universelle,
les antiquités grecques et romaines, la littérature ancienne, la
littérature moderne, la littérature polonaise, la langue russe;
]}.; Section des bcnti.v-arts. Huit professeurs enseignant le des-
sin d'après la bosse, la peinture d'après le modèle vivant, la
sculpture, l'architecture, la perspective, la gravure, la théorie
de la musique.
Il existe auprès de l'université plusieurs institutions qui
viennent compléter les ressources qu'elle offre pour l'instruc-
tion; nous pouvons citer un séminaire général pour les jeunes
ecclésiastiques catholiques romains ; un établissement pour la
clinique interne et externe; un musée d'anatomie; une école
pratique pour les sages- femmes, jointe à un hospice de ma-
ternité; un observatoire; un vaste jardin botanique; un musée
d'histoire naturelle; un musée de minéralogie; un cabinet de
physique ; un laboratoire de chimie ; un musée de modèles
en plâtre d'après les statues antiques les plus célèbres.
Depuis la fondation de l'université ( 1817 ) jusqu'à l'année
1826-27, elle a compté 121 étudians en théologie, dont 26
ont été nommés magistri theologiœ. La faculté de droit et d'ad-
ministration publique a décerné le grade de maître à /J20
étudians, dont 25 4 qui appartenaient à la section du droit
proprement dit, 99 qui avaient suivi les cours des deux sec-
tions, et 67 qui tenaient à celle d'administration seulement.
La faculté de médecine a donné 3i diplômes de médecin de
ire classe, 24 de 2c, 68 de pharmacien, et i63 de sage-femme.
Elle a confirmé, après un mûr examen, 19 diplômes de méde-
cins étrangers, 14 de magisêri chirurgiœ , 3 de pharmaciens, et
a d'accoucheurs.
75 candidats, dont 52 pour les mathématique* et les science»
5oo EUROPE.
naturelles et 23 pour les beaux-arts, se sont successivement
présentés pour l'enseignement ; ils sont destinés à professer
dans les écoles des palatinats et des districts, dans les écoles
militaires et dans l'université même.
L'architecture et l'arpentage ont compté 283 étudians, sur
lesquels l'université n'en a choisi que u pour leur donner le
grade de maître (magister), car la plus grande partie avait été
employée par le gouvernement avant la fin de leurs cours.
En général, depuis 1817 jusqu'à 1826-27, l'université a.
compté 191 1 étudians, dont 818 seulement ont obtenu le
diplôme de maître.
Les professeurs de l'université ont soutenu par leurs tra-
vaux les écoles spéciales, comme V Ecole forestière, Y Ecole d'ap-
plication militaire, etc. Grâce à l'appui de l'université royale de
Varsovie , on a fondé V Ecole des ponts et chaussées, Y Ecole
d'arpentage, Y Ecole des ingénieurs, Y Ecole préparatoire cen-
trale, destinée à former les professeurs de l'institut polytech-
nique, qui sera formé à Varsovie pour les jeunes gens qui .
voudront s'adonner aux arts et aux métiers. M. P.
ALLEMAGNE.
Berlin. — Instruction populaire. — Le magistrat de cette
ville vient de voter la somme de 200,000 thalers, pour fonder
des écoles primaires gratuites dans tous les quartiers de Ber-
lin. Malgré le grand nombre d'écoles déjà existantes, il y avait
au moins 6000 enfans pauvres qui ne recevaient aucune ins-
truction. La grande difficulté sera maintenant d'engager les
parens à seconder les intentions paternelles du gouvernement.
Dantzig, Breslau, Kœnigsberg, ont également des écoles gra-
tuites.
Grand-Duché de Saxe-Weimar. — Instruction publique. —
D'après un décret du grand-duc, du i5 septembre 1827, tous
les parens sont tenus d'envoyer leurs enfans à l'école dès l'âge
de six ans. ( Revue germanique. )
Vienne. — Encouragement aux sciences. — S. M. l'empereur
d'Autriche vient de faire remettre la grande médaille d'or à
M. Balbi , auteur de Y Atlas ethnographique du globe. Cet ou-
vrage, dont les principaux journaux savans d'Europe et d'Amé-
rique ont rendu le compte le plus favorable, avait déjà mérité
à l'auteur une pareille distinction de la part du roi des Pays-Bas.
M. Adrien Balbi a également reçu des encouragemens du gou-
vernement français, du feu roi de Saxe et du grand -duc de
Toscane. L'empereur Alexandre avait agréé l'hommage de
ALLEMAGNE. — SUISSE. 56t
t Atlus ethnographique du globe, qui n'a paru qu'en 1826, dédie
à la mémoire de et* prince. — Netts consacrerons bientôt (me ana-
lyse àcel important ouvrage, dont nous avons long-tems différé
tic rendre compte, parce que nous attendions la publication
du second volume, tpii en formera le complément, sons le titre
de Tableau physique , moral et politique des cinq parties du
monde. Z.
— Nécrologie. — II\sciïkf. — Nous avons perdu le Nestor
des poètes allemands, mort à l'âge de 81 ans. M. Léopold
Hasch&e était professeur émérite et bibliothécaire de l'Uni-
veiMlé de Vienne. 11 était l'un des membres de la belle asso-
ciation poétique qui comptait Blumauer , Denis, Maslalicr
parmi ses plus célèbres appuis. Il se distinguait plus particu-
lièrement dans le genre de l'ode. Kant , Wwland , Herder et
Klopstock ont été liés avec lui de correspondance et d'amitié.
On n'a pas encore un recueil de ses œuvres ; mais on a lieu de
croire que ses poésies dispersées vont être réunies et publiées
par M. Deinharstein , son ami et son successeur. Pi G.
SUISSE.
Réclamation. — Notes additionnelles à la Notice sur Pesta-
lozzi ( voy. Rev. Eue. , t. xxxvi, p. 2j)5 ). — M. /os. Schmid ,
ancien élève et ensuite collaborateur de Pestalozzi, et honoré
de l'entière confiance et de la bienveillance particulière de ce
vénérable philantrope, auquel nous avons consacré une Notice
étendue, pour honorer sa mémoire, vient de nous adresser
quelques Pièces authentiques, dont la lecture est presque indis-
pensable pour porter un jugement impartial sur Pestalozzi et
sur les hommes qui ont été associés à ses travaux.
Ces pièces sont : i° des Extraits de lettres écrites par M. Nie-
derer «à M. Schmid, en date d'Yverdun des 25 décembre i8i3,
16 février 181 4, 10 et i5 février i8i5. — i° Une Déclaration
de Pestalozzi , datée d'Yverdun, du 18 février 1825, insérée
dans la gazette d'Ara 11. — 3° La Déclaration des dernières vo-
lontés de feu Henri Pestalozzi, datée de Neuhof, près Brougg
( canton d'Argovie), du i5 février 1827 ( douze jours avant
sa mort ).
L'étendue de ces pièces, dont quelques-unes d'ailleurs ren-
ferment plusieurs passages propres à offenser des personnes
généralement estimées, ne nous permet pas de les insérer en
entier dans ce recueil. Nous nous contenterons d'en donner
f une courte analyse.
i° Les Lettres de M. Niederer à M. Schmid contiennent l'é-
562 EUROPE.
loge le plus positif des talons et du caractère de cet ami de
Pestalozzi ; c'est le type idéal de M. Niederer : // veut le bien
avec un sentiment ferme. M. Niederer ajoute: « L'Institut n'a
besoin que d'un peint d'appui assuré pour émouvoir et péné-
trer le monde intellectuel. Ce point est uniquement et exclusi-
vement dans la réunion de ceux qui aiment Pestalozzi, et qui
comprennent leur tâche. Ainsi donc, courage, et mets avec
moi la main à l'œuvre, etc. a
i° Pestalozzi, dans sa Déclaration du 18 février 1825, af-
firme que le conseil d'état du canton de Vaud n'a pas intimé à
M. Schmid l'ordre de quitter son territoire dans l'espace de six
semaines; sa décision était de ne l'éloigner de la personne de
Pestalozzi que lorsque le règlement définitif des affaires de ce
philantrope permettrait de lui accorder sa retraite. Pestalozzi
ajoute qu'il a remué ciel et terre pour connaître les accusa-
tions clandestines qui ont pu provoquer celte mesure ; il a sup-
plié qu'on examinât sa conduite [sans ménagement; mais il n'a
rien obtenu. ( Nota. Le conseil du canton de Vaud a la faculté
d'éloigner les étrangers, sans être tenu de faire connaître ses
motifs. M. Schmid est Tyrolien. )
3° La Déclaration de Pestalozzi du i5 février 1827 , écrite
douze jours avant sa mort, contient un éloge complet de Schmid,
et l'expression de la reconnaissance du mourant pour les ser-
vices de toute nature que cet ami lui a rendus. 11 somme ses
ennemis, parmi lesquels il place, sans aucun fondement, des
hommes dont on gémit de rencontrer les noms dans un pareil
écrit; il les somme, sur son lit de mort, et au nom de la jus-
tice du ciel, de porter leurs accusations devant les tribunaux et
de faire examiner et punir, de la manière la plus rigoureuse,
les fautes que lui et Schmid peuvent avoir commises. Il termine
par ces paroles remarquables: « Puisse ma cendre faire taire
les passions sans bornes de mes ennemis, et mon dernier appel
les porter à faire ce qui est juste, avec la tranquillité, la dignité
et la décence qui conviennent à des hommes! Puisse la paix
dans laquelle je vais entrer amener aussi mes ennemis à la paix!
Dans tous les cas, je leur pardonne. Je bénis mes amis, et j'es*
père qu'ils se souviendront avec amour de leur ami mort, et
que, même après lui, ils favoriseront de toutes leurs forces les
projets auxquels il avait consacré sa vie. »
Nécrologie. — Staël [Auguste de). — M. deStaël, mort à l'âge
de 37 ans, a porté un nom que ses vertus seules auraient rendu
honorable, s'il n'eût été illustré d'avance par le talent justement
admiré de sa mère. Pleuré de tous ceux qui l'ont connu , re-
gretté des hommes qui avaient fondé des espérances sur lap-
SUISSE. 5G3
plication des connaissances variées qu'il avait acquises dans
l<> sjlence du cabinet , il a laissé un grand vide dans cette société
de philosophes et d'amis de l'humanité qui voient dans la
liberté la condition fondamentale de la civilisation. Il est im-
possible d'être meilleur que ne le fut M. de Staël; il eût éié
difficile d<- l'égaler dans les talens qu'il possédait à un haut de-
gré, et dont il voulait consacrer toute l'énergie à seconder le
mouvement philantropique qui entraîne les esprits généreux
de notre époque.
Nous voudrions rendre une justice complète à la mémoire
de ce jeune éerivain , en retraçant à la fois la beauté de son
âme, la profonde affection que lui avaient vouée toutes les
personnes qui vivaient dans son intimité, et ses efforts, ses
nombreux travaux pour améliorer l'industrie, le sort des
pauvres et l'éducation du peuple. Il consacrait une partie con-
sidérable de ses revenus à des expériences sur les diverses
branches de l'économie rurale; et si ses tentatives nombreuses
exigèrent de continuels sacrifices, il les fit avec constance et
sans aucune vue d'intérêt personnel. M. de Staël faisait lui-
même avec une noble simplicité les honneurs de la ferme qu'il
avait créée; cette* simplicité était en lui une vertu, il la portait
jusque dans la bienfaisance, et sa main aimait à se cacher dans
l'ombre pour essuyer les pleurs de l'infortune. Sa bienfaisance
éclairée et généreuse ne se contentait pas de répandre l'au-
mône; il visitait les infortunés jusque dans les prisons; il se
rendait secrètement dans les demeures des pauvres malades,
et ne craignait pas le contact des plus dégoûtantes infirmités,
toutes les fois qu'il pouvait les soulager.
M. de Staël, d'un esprit éminemment religieux, ne deman-
dait à l'amour du bien d'autre récompense que le bonheur de
le faire, et ne recherchait point la célébrité; mais elle vint le
trouver, quand il coopéra à la fondation de la Société de la mo-
Irale chrétienne, à celle de la Caisse d'épargne et de prévoyance
de Paris, dont il fut un des plus utiles administrateurs ; à celle
de la Société de prévoyance mutuelle des ouvriers protestons y de
la Société biblique, de la Société des traités religieux, etc.; et
quand il publia ses Lettres sur l'Angleterre , où l'on remarqua
cette parfaite rectitude de raison qui ne lui permettait jamais
de substituer l'esprit de système à celui d'observation. Cet ou-
vrage, qui annonçait un écrivain philosophe, faisait connaître
l'objet auquel M. de Staël avait dévoué sa vie entière. Son but
1 était de rendre l'homme et la société à leur dignité naturelle;
2 d'affranchir le peuple de la misère par l'industrie; de l'ar-
I racher à sa minorité intellectuelle en disséminant les lumières,
564 EUROPE.
au vice par la religion, et au monopole religieux parla liberté
de conscience. Il voulait émanciper la société par de bonnes
institutions et par la publicité, garantie unique de tous les
droits et de toutes les franchises, et replacer la liberté poli-
tique sur sa base la plus solide et la plus large, le christia-
nisme. «Telle fut, a dit M. Monnard, dans une Notice lue
Dat lui à la Société vaudoisc d'utilité publique (i), telle fut la
noble cause qu'il ne cessa de défendre, tantôt avec une heu-
reuse élégance et une énergie spirituelle, tantôt à l'aide de
l'éloquence , qui n'était pas la plus faible des qualités dont le
ciel l'avait doué, m
M. de Staël est mort dans la force de l'âge; il a disparu au
moment peut-être où le progrés toujours croissant des lu-
mières, où celui de l'éducation politique de la France allait
lui permettre de développer les nobles conceptions qu'il avait
mûries pr.r les voyages, l'étude et la réflexion. C'est une perte
irréparable pour l'humanité.
M. de Staël a laissé un fds, destiné sans doute à faire revivre
un jour les vertus d'un père dont il n'a pas même reçu le pre-
mier embrassement. R.
ITALIE.
Rome. — Publication prochaine. — On annonce l'apparition
d'une nouvelle Bibliothèque dramatique 3 dont on publiera
un vol. in-» 2 chaque mois. Elle sera enrichie de notes histo-
riques et critiques, et de planches relatives aux costumes
des différentes époques et des diverses nations. Ce qui nous
semble digne d'être remarqué, c'est que les éditeurs proposent
un prix de 1 5 sequins à l'auteur de la pièce italienne jugée la
meilleure dans un délai fixé par l'académie des arcades de
Rome. La même société littéraire, qui a contribué à détruire
l'influence de l'école marinesque, contribuera aussi à garantir
l'Italie des écarts dangereux de l'école appelée romantique.
Rome. — Monument en l'honneur du Tasse. — On va élever
à Rome, dans l'église de S. Onofrio, un monument digne enfin
delà mémoire Au chantre de la Jérusalem délivrée. Le projet
est dû tout entier à M. le chevalier P. E. Visconti, et M. Joseph
Fabuis, sculpteur, a composé le dessin du monument. Cet ar-
(i) Nous avons emprunté les principaux traits de cet article à la
Notice de M. C. JIonsmi!) , sur IU. le baron Auguste de Stvi£l, lue à la
Société vaudoise d'utilité publique, et publiée aux frais de la Société,
Lausanne; Hignonaîné, 1827. Iu-8° de 3a pag.
JTVUF. PAYS-BAS. GG5
tisu- m* propose <h> retracer dans le bas-relief «lu soubassement
le cortège funèbre de l'infortuné poète. Ce êUjet est un peu
coiiimim, el l'on eûl préféré qu'il eut choisi (les traits plus ca-
r. ieleristiqe.es, tels que V annonce d On liée au Tasse Cui son cou-
ronnement nu Capitule.) la prise de Jérusalem , etc. Pourquoi ne
retracerait on pas allégoi iquement quelque sujet do X'Aminla ,
ouvrage inCmiincnt pi US remarquable que celui des Se/jt Jour-
nées ? Qnoi qu'il en soit, tous les admirateurs de cegrand homme,
c'est-à-dire tous ceux qui cultivent les lettres, SOU t appelés à
prendre part à l'érection de co monument. On reçoit les sous-
criptions, à Home, chez le comte Dominique Layacci, et chez
ses correspondais dans les autres filles de l'Europe. On j)eut
également souscrire à Paris, au bureau central de la Revue En-
eyclûpédique i rue d'Enfer St.- Michel , n° 18. Fr. Salfi.
PAYS-BAS.
Amsterdam. — Institut royal des Pays-Bas. — La 'J>* classe
a tenu sa séance publique, le 28 août dernier, sous la prési-
dence de M. JM.-C. Vaiî Hall, qui a exposé dans son discours
éloquent le but de la réunion. Après lui, M. Den Tex, Secré-
taire perpétuel, a lu un rapport succinct sur les travaux delà
classe pendant les deux dernières années. Il a fait mention d'une
dissertation archéologique de M. Reuvens sur quelques idoles
de Java, qui se trouvent à l'Institut, dissertation insérée dans
le tome 11 1 des Mémoires. — Conjointement avec les 2mc et
/ime classes, la troisième a été consultée par le gouvernement
sur le dessin cl les inscriptions de deux médailles projetées par
M. Braemt, membre de la /jmc classe : l'une destinée à consa-
crer l'avènement du roi actuel; l'autre, la création de l'ordre
militaire des Pays-Bas. Le gouvernement se propose de faire
frapper une suite de médailles relatives aux événemens les plus
remarquables qui ont eu lieu depuis la restauration. D'après
l'invitation i\u ministre de l'intérieur, la classe a donné son
avis sur quelques mémoires rédigés par M. le docteur Van
Sieiîoi.d, résidant à l'établissement hollandais de Décima au
Japon, touchant les idiomes japonais et de la presqu'île de
Corée, et l'histoire de ces pays lointains. M. Den Tex a fait
ensuite m-ntion des lectures faites parles divers membres dans
les réunions otdinaires. En voici rénumération :
31. Van 11\ll, avantageusement connu par ses ouvrages &tf*
Fline le Jeune et M< ssala Corvinus , a lu une ode sur Cotiu lie,
mère des (Marques. — M. Van Hkusde a fait l'éloge de F. Hem
Merhilis , qu'il considète sut tout dans ses ouvrages philo.-o-
566 EUROPE.
phiques, où il se plaît à reconnaître et à louer un digne élève
de la Grèce et surtout de Platon. M. Van Lennep s'est attaché
a démontrer la supérioriré du système de M. Champollion jeune
sur celui de M. Stjffartli qui de l'écriture démotiqne veut remon-
ter à l'hiératique, de laquelle, avec quelques additions et des
embellissement, serait résultée l'écriture hiéroglyphique. M. Van
Lennep a payé un juste tiibut d'éloges au savant français, dont
les recherches et le zèle infatigable ont dissipé les ténèbres qui
couvraient jusqu'à nos jours les antiques contrées de l'Egypte ,
berceau des connaissances humaines. — M. Koopmans a présenté
des considérations sur le système philosophique de Leibnitz ,et
principalement sur sa Théodicée. — M. Pareau a présenté l'a-
nalyse d'un poème arabe & Amralkcis , et il a comparé les des-
criptions du cheval et d'une tempête qui s'y trouvent avec.dcs
descriptions de même nature contenues dans les poètes sacrés
de la Bible. — M. Van Gondoever a donné un aperçu de la lit-
térature politique des anciens Grecs, en résumant les écrits que
les divers auteurs de cette nation ont composés sur ce sujet. —
M. Van Hengel a lu une dissertation sur le but que l'orateur
chrétien doit se proposer; il a démontré que la persuasion
était celui des orateurs de l'antiquité et que clocere et delectare,
instruire et plaire, n'étaient, chez eux que des moyens pour ar-
river à ce but. — M. Bake a communiqué des observations sur
l'invention et la nature de l'alphabet grec. — M. Van Voxst a
fait l'éloge du mérite littéraire de Hugues Grotius, et il a cher-
ché à indiquer les circonstances qut ont contribué à dévelop-
per son génie. — M. Van Assen a présenté des observations
historiques et critiques sur l'oraison de Cicéron pour Roscius.
— M. Geel a essayé de former un ensemble du peu de frag-
inens qi;i nous restent d'une tragédie d'Euripide. — M. Warn-
koenig a communiqué une notice sur la vie et les écrits du
jurisconsulte Jourdan , l'un des restaurateurs de l'étude histo-
rique du droit romain en France, trop tôt enlevé à la science
et à ses amis. — M. 1)en Tex s'est efforcé d'expliquer comment les
divers systèmes d'économie politique, d'abord en Italie, puis
en France, ont pris leur origine dans l'état civil où se trouvaient
alors ces peuples, et comment le système industriel de nos
jours a dû prendre naissance en Angleterre. Le même membre
a présenté des réflexions sur les anciennes lois maritimes des
Pays-Bas, dont il a tâché de faire connaître le vrai texte et la
nature, en s'aidant de plusieurs manuscrits des xive, we et
xvie siècles. M. Den Tex a ensuite donné un aperçu d'une
hi&toire 'générale de la jurisprudence. Ni l'Orient ni la Grèce
n'ont connu cette science; ce n'est qu'à Rome qu'elle a pris
PAYS-BAS. !>G7
naissance, et seulement en ce qui concerne le droit civil. Les
anciens ignoraient l'analyse philosophique du droit; elle était
réservée à nos jouri. Enfin', le même membre a communiqué
la première partie d'un commentaire sur quelques édits du pré-
fet d'Egypte sous l'administration des Romains.
Après ce rapport sur les travaux de la classe, M. Din Tex
a payé un tribut à la mémoire des membres dont, elle déplore
la perte, en lisant une courte notice nécrologique sur chacun
d'eux. Ce sont MM. F. D. Wriarua, connu par des disserta-
tions historiques et juridiques sur les anciens droits frisons
et d'autres ouvrages. M. KooriuANs, professeur de théologie,
déjà nommé dans cet article. Philosophe éclectique et chrétien
éclairé, fidèle aux préceptes de L'Évangile, il pratiquait dans
la société les vertus qu'il enseignait aux autres. Divers prix
j qui lui ont été décernés par des sociétés savantes , ainsi que
divers mémoires lus à la classe , surtout un mémoire sur les
écoles des prophètes chez les Juifs, et d'autres ouvrages pu-
bliés, attestent sou esprit juste et ses connaissances étendues.
M. Stuart, secrétaire de la classe dès l'origine, était prédica-
teur des réformés remont rans. Ses ouvrages originaux sont
une Histoire romaine et Y Histoire de la république batave de-
puis 1748. Le roi l'avait nommé historiographe du royaume.
Comme orateur chrétien, M. Stuart était très-estimé. Dans les
Mémoires de la classe, on en trouve un de lui sur le fatum
des anciens, et un autre sur l'ironie de Socrate. — M. Was-
senberg était professeur de littérature ancienne à Francher.
On a de lui un commentaire sur le Ier livre de l'Iliade , une
traduction des vies de Plutarquc, etc.
M. Par eau a terminé la séance par un discours latin sur
le sentiment éminemment religieux des anciens peuples.
Les questions proposées en 1S25 n'ayant obtenu qu'une
seule réponse qui n'a pas été jugée satisfaisante, elles sont
remises au concours :
i° Comme il existe une grande variété d'opinions relative-
ment à la science du droit naturel , la classe demande qu'on
établisse enfin en quoi consiste cette science, si elle existe
véritablement, et quels sont sa nature, ses principes, et les
causes qui, à différentes époques, l'ont fait juger si différem-
ment. Elle ne désire point un nouveau système de droit natu-
rel, mais une critique de ce qui a déjà été dit; elle prévient
qu'elle ne comprend sous la dénomination de droit naturel
ni la morale en général, ni la philosophie dite du droit
positif.
20 En quoi les anciens Grecs sont-ils redevables aux peuples
i68
EUROPE.
de l'Orient pour leur langue, leur écriture, leurs arts et leurs,
sciences? Comment ont -ils pu approprier à leurs mœurs et
à leur caractère, ce qu'ils avaient emprunté à ces peuples?
3° Quelle influence ont exercée sur la civilisation des peu-
ples européens les établisseniens de colonies romaines dans la
parue occidentale de notre continent?
Le prix est une médaille de l'Institut, de la valeur de 3oo
florins. Les mémoires doivent être envoyés à l'hôtel de l'Insti-
tut, avant la fin de l'année 1828. X. X.
Louvain. — Statistique de l' Université. — Voici le relevé du
nombre des élèves qui ont fréquenté l'Université de Louvain
depuis sa restauration, avec l'indication des Facultés;
ANNÉES
ACADEMIQUES.
FACI
JLTKS L
Droit.
)E
TOTAUX. !
Médecine.
Sciences.
Lettres.
42
Collège
philosoph.
I8l7—l8l8
Si
7
IOO
»
3 5
23o fr
l8l8—l8l9
96
32
IOO
53
»
281
1819 — 1820
80
49
89
61
»
279
1820 — 1821
5S
43
94
78
»
272
1821 — 1822
60
44
93
70
B
272
1822 — iS23
59
44
126
75
»
3o4
1823—1824
67
52
i34
82
»
335
i8a4— 1S25
G8
56
i57
84
»
365
1825— j 826
77
68
i63
**9
<93
620
1826— 1827
Totaux. ..
87
79
179
97
249
697
733
437
1240
76*
442
3649
— Société d'étudians. — Quand les intelligences particu-
lières se sont éclairées, il se forme une sorte de raison publi-
que, juge des pensées comme des actions individuelles, et
devant laquelle les moindres licences restent sans excuse,
parce qu'elle n'entre point en composition avec l'élégance
corrompue, l'indulgence perverse des salons, ou les froids
calculs de l'intérêt. Chez un peuple où se manifeste ce per-
fectionnement moral, il serait utile de provoquer les associa-
tions , de mettre les individus en présence: car, si, dans les
sociétés barbares ou peu avancées en civilisation, une réunion
devient souvent un attroupement, le délassement un tumultes
le mérite y cherchant la solitude et y abandonnant tout au
vice et à l'impéritie; on peut dire que parmi les aggloméra-
tions d'hommes policés, instruits, le vice seui reste solitaire :
PAYS-BAS.— FRANCE. *6g
l'esprit de désordre s'y cache, certain qu'il est de se voir con-
damné par l'opinion générale, s'il se montrait au jour. — Au
milieu de tels homme-;, je \eux dite dans une nation comme
la DOtre, cnootiragpr l'esprit d'association, c'est éviter les dé-
penses et les embarras d'une police active : il y aurait bien
peu de sens à s'effrayer d'une disposition qui s<> réprime d'elle-
même, et qui porte en soi des principes infaillibles d'amen-
dement. — Les étudions de l'université de Lonvain se sont
réunis pour causer entre eux de leurs éludes, lire de bons li-
vres, de bons ouvrages périodiques, au nombre desquels ss
trouvent la Revue Encyclopédique et le Globe, et pour se dé-
lasser des travaux de leur journée : dirigés par des cama-
rades, par des amis qu'ils ont choisis eux-mêmes, et dont
les observations n'auraient rien de pénible pour l'amour-
propre, ils donnent aux personnes d'un âge plus mur l'exem-
ple de la décence, de l'application, et semblent deviner ces
convenances fines et délicates que Ton apprend dans un
monde où ils ne sont pas encore entrés. Une pareille institu-
tion prouve beaucoup en faveur de l'esprit qui anime l'uni-
versité, et il est à souhaiter qu'on l'imite ailleurs. Cette an-
née, quelques membres de cette société ont publié deux
almanachs, l'un en flamand, l'autre en français. On aime à y
voir la raison relevée par la finesse et par une teinte légère
de malice qui ne messied point à la jeunesse.
DE FlEIFFENBlRG.
FRANCE.
PARIS.
Institut. — Académie des sciences. — Séance du 1 4 Jan-
vier 1828. — M. Biot lit un mémoire sur la double réfraction.
— M. Ozenne lit un mémoire sur un nouveau mannequin pour
les accouchemens.
Du 22 janvier. — Le ministre de la guerre demande la com-
munication d'un ancien rapport sur des fours chauffés au
charbon de terre. L'expédition de ce rapport sera adressée au
ministre. — M. Arago fait deux communications \ei baies.
L'une est relative à une aurore boréale qui n'a pas étéapeiçne
à Paris, mais dont M. Arago avait cru pouvoir annoncer l'ap-
parition d'après les dérangemens de l'aiguille aimantée. Cette
aurore boréale s'est en effet montrée en Angleterre , le 29 mars
1826, de 8 heures à 10 heures du soir. Elle avait la forme d'un
«ic que le méridien magnétiqne partageait en denx parties
5;o FRANCE.
égales. En rassemblant les observations faites par divers phy-
siciens dans des villes situées entre Manchester et Edimbourg,
RI. Dai.ton a trouve que la matière lumineuse dont l'arc était
formé se trouvait à ioo milles anglais de hauteur verticale;
que la largeur de Tare visible était de 8 ou 9 milles, et qu'il y
avait Soo milles de distance entre les deux extrémités qui tou-
chaient l'horizon à l'est et à l'ouest. La seconde communication
est relative à une lettre de M. le capitaine Scoresby, concer-
nant les effets singuliers produits par la foudre sur le bâtiment
le New- York , dans la traversée d'Amérique à Liverpool. Cette
1 dation donne lieu à M. Arago de faire un rapport verbal sur
un travail de M. Savary qui fournit l'explication de plusieurs
effets de ce genre. — M., Ch. Dupix lit une notice sur l'ensei-
gnement primaire de la Touraine, et répond à diverses re-
marques contenues dans un mémoire lu par M. Duvau à Tune
des dernières séances. — M. Warden lit une lettre relative à
des îles nouvellement découvertes, non loin des côtes du Japon,
par le capitaine Coffen. — M. Legexdre, qui avait récemment
entretenu l'Académie de nouvelles découvertes faites dans la
théorie des fonctions elliptiques par M. Jacobi , annonce que,
dans le n° 127 du Journal astronomique d'Altona, on trouve
un Mémoire de ce jeune géomètre qui contient la démonstration
d'un théorème très-général pour (a transformation des fonc-
tions elliptiques de la première espèce. Cette démonstration
suppose dans son auteur une très-grande sagacité, et justifie
pleinement l'opinion favorable que M. Legendre avait exposée
dans une des séances précédentes. On voit déjà, par l'article
cité, combien est général et fécond le principe analytique d'où
est parti M. Jacobi. Ce savant s'occupe maintenant de mettre
en ordre l'ensemble de ses découvertes, et il doir les publier
successivement dans le même Journal astronomique. Elles ne
peuvent manquer d'exciter au plus haut degré l'intérêt des ana-
lystes. — M. Arfwkdson , résidant à Stockholm , est élu cor-
respondant de l'Académie , dans la section de chimie. —
M. Cauchy présente un mémoire sut les résidus des fonctions
exprimées par des intégrales définies.
— Du 28 janvier. — M. DelessëH'Cdmma nique à l'Académie
une lettre qui lui a été adressée d'Amérique, et qui contient
des nouvelles de M. IîOnpland. — M. de Blainville donné corti -
munication d'une lettre de MM. Quoy cïGaymard , concernant
diverses observations zoologiques qu'ils ont faites sur les côles
de la Nouvelle-Zélande. — M. Arago lit, pour M. Becqiterel,
une note dans laquelle ce physicien rend compte de quelques
expériences qu'il a faites sur les propriétés électriques de ia
riras. 571
tourmaline. — Le même membre communique une lettre de
M. \ m/, il»- Nîmes, qui renferme les éléuoens des deux der-
nières comètes, [/orbite de l'une d'elles a quelque ressemblance
avec celle de la comète tir 1780 , calculée par Méchain; M. Valz
annonce qu'il discutera avec soin L'ensemble des observations
pour rechercher si l'on peul croireà l'identité des deux astres.
— IMaVI. Girard et ISavier font un rapporl sur un mémoire de
M. LisnoEMT , intitulé : Recherches sur les poids et le$ dimen-
sions à donner aux volans pour qu'ils produisent l'effet qu'on
désire en obtenir, « Les commissaires pensent que , l)ien que le
sujet de ce mémoire soit digne d'intérêt, ce sujet n'a pas été
traité avec la rigueur mathématique dont il est susceptible, et
que les notions qui y son! contenues sont dénuées de la justesse
et de l'exactitude indispensables pour obtenir l'approbation de
1 académie. » (Adopté.J — M. Geoffroy lit un mémoire sur deux
espèces nommées Trochilus et BdcVa par Hérodote , sur la
guerre que se font ces espèces et le soulagement qu'en reçoit le
crocodile.
— Du 4 février. M. Moreau de Joxnès communique des dé-
tails sur lés trcmblemcns de tei re qui se sont multipliés extraor-
dinairement aux Antilles, pendant le cours des six derniers mois
de l'année 1827. — M. de Freyeinet donne lecture d'une lettre
qui lui a été écrite par MM. Quo\*et Gaymard, en date de Ton-
ga-Tabou, l'une des îles des Amis, le i/i mai 1827. — M. Jrago
ajoute à la communication qu'il a faite dans la séance précé-
dente que M. Schwerd avait remarqué, avant M. Vaîiz, que
les élémens d'une des comètes de 1827 ressemblent à ceux de
la comète de 1780, calculés par Qléchain. — MM». Latreille et
Duméril font un rapport sur le mémoire de M. Bretonneau,
intitulé: Notice sur les propriétés vésicantes de quelques insectes
de la famille des cant h arides. « La matière essentiellement active
de la cantharide réside dans un principe particulier, découvert
et appelé canthàridiae par M. Robiquet. Ce principe est soluble
dans les huiles et dans les autres corps gras, de sorte qu'en cou-
vrant un emplâtre vésicaioire (.Yun papier fin non collé et huilé,
et en le fixant solidement il produit toujours son effet; niais
IYpidermc est toujours ménagé, la cloche reste le plus souvent
entière, aucune parcelle de la matière vésijcante ne reste en con-
tact avec la peau, circonstance qui obvie à beaucoup d'incon-
véniens et souvent aux taches indélébiles que laissent les vési-
catoires dans les cicatrices. Ce sont probablement ces pre-
mières recherches sur l'action des cantharides qui ont engagé
M. Bretonneau à tenter les nouvelles expériences dont il rend
compte. Ce savant a trouvé sur les rives de l'Indre et du Cher
572 FRANCE.
une! lès-grande quantité d'insectes coléoptères t\w genre mylabra
qui étaient fixés à des pieds de chicorée et de fleurs de !a même
famille. Cette espèce de mylabre diffère peu de celle de !a
chicorée; elle est appelée variabifis par M. le comte Dejean;
c'est bien la même que celle qui est appelée cantharis par Pline
et par Dioscoride. A l'instant où l'on veut saisir ces mylabres,
ils se contractent, deviennent iflimobiles, en laissant suinter des
articulations de leurs membres des gouttelettes d'un liquide jau-
nâtre, transparent et visqueux , qui probablement est pour eux
un moyen de défense qui les empêche de devenir la proie des
oiseaux. Ce liquide a l'odeur de la rose, et contient la matière
vésieante. M. Bretonneau a comparé avec beaucoup de soin
l'action vésieante des mylabres desséchés et réduits en poudre
avec celle des cantharides ; il a mis en usage des procédés ab-
solument semblables pour la préparation, le poids de la matière,
les surfaces sur lesquelles le médicament a été appliqué. Dans
tous les cas, l'action produite parles vésicatoires de mylabre a été
plus vive. La cirocome de Scheffer, et toutes les espèces du genre
miloa ou pioscarabée ont été reconnues douées de la même pro-
priété vésieante. M. Bretonneau décrit ensuite le procédé simple
et expéditif qu'il a employé pour obtenir \ucant/iaridine, mêlée, il
est vrai, avec la graisse et quelque organe extérieur de l'insecte,
mais dont il a pu la séparer parla suite. Si l'on étend la matière
grasse, ainsi obtenue, dans de l'huile fixe, on a une huile qui
jouit à un très-haut degré de la propriété vésieante. Un morceau
de papier de figure et de dimension déterminées, qui en est im-
bibé, devient un vésicatoire qui s'adapte aisément aux surfaces
les plus irrégulières, et qui convient surtout pour le traitement
de l'érysipèle de la face. Nous citerons encore les recherches de
l'auteur sur la nature et la quantité variable de la graisse des
insectes; ses expériences sur l'administration à l'intérieur de la
cantharidine, dont les propriétés aphrodisiaques lui ont paru
exagérées, mais qui, donnée à certaine dose, produit tous les
phénomènes de l'empoisonnement, en ralentissant la circula-
tion et en déterminant une léthargie mortelle. » Cet intéressant
mémoire sera imprimé dans le recueil des sa vans étrangers.
— MM. Sylvestre et Coqucbert-Montbret font un rapport sur
un mémoire de M. Duvau, intitulé : Estai statistique sur le
département d'Indre-et-Loire ou. Cancicnne Touraine. L'auteur
du mémoire se plaint de ce qu'on a attribué à tout le départe-
ment d'Indre-et-Loire un manque d'instruction qu'il ne saurait
admettre que pour une partie de ce départemental qu'il motive
sur des circonstances locales fort étrangères aux inclinations et
à la volonté de ceux qui sont l'objet de ce reproche. On n'a pas
PARIS. 573
li'im compte , suivant lui, de ce que celte partie de la France
Comprend dans une même division administrative deux sorics
de pays, qui, quoique coulions, diffèrent essentiellement entre
eux par la nature du sol et des productions, par l'étal de l'agri*
Culture et par le degré d'aisance de leurs habilans. Ces commis-
saires ont JUgé que les remarques de M. Duvau devaient élre
généralisées ci appliquées seulement à la statistique en général.
11 croit que si, pour recueillir les laits sur lesquels reposent
cette science, on doit se renfermer dans les divisions adminis-
tratives, il Tant, dès qu'Us sont élaborés, eu revenir aux divisions
naturelles pour classer ces faits, cl eu tirer des conséquences
applicables aux différentes parties des connaissances bumaincs,
telles que la météorologie, l'agriculture, l'hygiène, l'anthropo-
logie, et même l'économie politique. En conservant les divisions
administratives, on serait exposé à mille répétitions (fui aug-
menteraient d'une manière effrayante le nombre de volumes
consacré à la statistique, et à une très-grande confusion; en
adoptant les divisions naturelles, les faits du même genre se-
ront rapprochés, par une méthode analogue à celle d-s fa-
milles naturelles, et on aura des considérations statistiques,
telles que 1 académie doit s'en occuper. Le travail de M. Duvau
obtient l'approbation de l'Académie qui l'engage à étendre ses
recherches à une plus grande partie du bassin delà Loire, et à v ap-
pliquer les connaissances géologiques et botaniques dont il a fuit
preuve. — M. Gay- Lussac annonce que M. Guimkt, commis-
saire des poudres et salpêtres , est parvenu à faire l'outremer
de toutes pièces, en réunissant les principes que MM. Clément
et Désormes avaient trouvés par l'analyse du lapis naturel. Ce
nouveau produit est plus riche en couleur et plus éclatant que
le lapis naturel. A. Miciiklot.
Société de Géographie. — Prix annuel pour la découverte la
plus importante en géographie. — La Société de Géographie
offre une médaille d'or de la valeur de 1,000 ï\\ au voyageur
qui aura fait une découverte marquante, et jugée la plu; impor-
tante parmi celles dont elle aura eu connaissance peu dan tic cours
de l'année 1828. Il recevra en outre le titre de correspond mt
perpétuel s'il est étranger, ou celui de membre s'il est IVan-
çais; et il jouira de tous les avantages qui sont attachés à ces
titres.
A défaut d'une découverte de cette espèce, une médaille d'or
du prix de 5oo fr. sera décernée au voyageur qui aura adressé
pendant le même tems à la Société les notions ou les conimu-
574 FRANCE.
nications les plus neuves et les plus utiles aux progrès de la
science. Il sera porté de droit, s'il est étranger, sur la liste des
candidats pour la place de correspondant. La Société désire
que les mémoires soient écrits en français ou en latin; cepen-
dant elle laisse aux concurrens la faculté d'écrire leurs ou-
vrages en anglais, en italien, en espagnol ou en portugais.
Tout ce qui est adressé à la Société doit être envoyé franc
de port , et sous le couvert de M. le président, à Paris, rue et
passage Dauphin e , n° 36.
Propagation de l'enseignement élémentaire. — Au moment où
la France cherche à s'assurer pour le présent la jouissance de
ses libertés légales, il est indispensable de songer à fixer aussi
ses destinées pour l'avenir. La propagation des lumières et de
l'instruction primaire en est le plus sûr moyen. Sur une popu-
lation de trente -un millions huit cent mille âmes, on compte
encore aujourd'hui en France quinze millions au moins d'habi-
tans qui ne savent point lire.
Six millions d'enfans seraient en âge de fréquenter les écoles;
elles en reçoivent à peine un million et demi, dont un million
de garçons et cinq cent mille jeunes filles seulement. Ce sont
quatre millions et demi, d'enfans, outre dix millions d'adultes ,
au moins, qui sont dénués de toute instruction même élémen-
taire , et qu'il s'agirait d'en pourvoir.
Mais , sur près de quarante mille communes , il en est encore
seize mille qui manquent totalement d'écoles pour les garçons ,
et vingt-cinq mille peut-être qui sont dépourvues d'écoles pour
les filles.
Des vingt sept mille écoles qui subsistent , il en est à peine
quatre cent cinquante qui pratiquent la méthode d'enseignement
mutuel, les autres continuent à suivre les anciens erremens.
Cependant, le nombre moyen des enfans admis dans les
écoles ordinaires n'est que de trente -huit, tandis qu'il est de
cent quatre dans celles d'enseignement mutuel, et ce nombre
pourrait même y être plus considérable sans inconvénient.
Aussi l'instruction, qui revient, d'après tes anciens procédés,
à dix-sept ou dix- huit francs par an, pour chaque enfant , ne
coûte-t-elledans les écoles d'enseignement mutuel que sept ou
huit francs; sans compter qu'elle y est en même tems plus com-
plète et surtout plus prompte. «*
On évalue à dix -sept millions la somme dépensée annuelle-
ment pour l'entretien des écoles de garçons par les familles et
les communes ( car les fonds affectés par le gouvernement à cet
objet ne s'élèvent pas au-delà de 5o,ooo//\ ). Avec la même
somme on pourrait, au lieu d'un million de garçons, en instruire
PARIS. 575
deux millions an moins, et pourvoira l'enseignement si néces-
saire et M négligé des jeunes filles pauvres. On pourrait. , en
outre, recevoir dans les mêmes écoles, avec une très «légère
augmentation de dépenses, quatre millions d'adultes dans les
classes du soir et du dhnanelie.
Il existe, (mi France, plusieurs Sociétés qui s'occupent de l'a-
mélioration et de la propagation de l'enseignement élémen-
taire, et particulièrement de la méthode d'enseignement mutuel,
laquelle est a la fois moins pénible pour lesenfans, plus favo-
rable à leur santé et au développement de leurs facultés phy-
siques et morales.
11 serait à désirer que de semblables Sociétés fussent fondées
dans les principales villes du royaume. Un grand nombre d'as-
sociation analogues sont établies dans les pays étrangers, et
notamment en Angleterre, en Danemark, en Suède , en Alle-
magne et dans les Pays-Bas.
Les Sociétés d'Irlande sont parvenues à établir et à soutenir
depuis peu , onze mille huit cent vingt-trois écoles. En Dane-
mark, deux mille écoles d'enseignement mutuel ont été fondées
en quatre ans.
La Société pour l'instruction élémentaire de Paris, qui compte
déjà dans son sein une foule depcisonnes honorables (i), en-
tretient à .ses frais trois grandes écoles modèles (deux de filles,
une de garçons) qui renferment constamment et instruisent
gratuitement de mille à onze cents enfans.
Un comité, formé parmi les dames qui font partie de cette
Société, est chargé de la surveillance spéciale des écoles de
filles (a).
La Société distribue, en outre, journellement des secours
en ardoises, livres, tableaux, crayons, etc., à a58 écoles de
département avec lesquelles elle est en correspondance.
Elle s'occupe de l'examen de tous les moyens de perfection-
nement qu'on veut bien lui soumettre.
Enlin, la Société, malgré le peu de ressources qu'elle pos-
(i) Le Bureau de la Société se compose, cette année, de MM. Mollien,
pair de France , président ; Lasteyrie et Ternaux aîné , député , vice-
présidens ; Dcgérando, secrétaire-général; Jomard, Francœur, Ch. Re~
nouard, Maliul, A. Taillandier, Courboricu , secrétaires; Al. LamcOi et
Al. Delabordc, députés, censeurs; Fourchy , jeune , notaire , trésorier.
(t) Ce comité se compose de MMmcs Pastcret, Gautier, Delesscrt, de
Crillon , de Broglie , Dode , Pérignon , de Ludre , Dclaborde, de Sainte-
Aulaire , de Lascours , Gabriel Delessert.
5;6 FRANCE.
si\!e, m borne pas là tous ses soins. Deux concours annuels
sont ouverts par elle pou»- répandre l'habitude et améliorer le
choix îles lectures populaires. Par L'un de ces concours, elle
provoque la composition de livres instructifs et élémentaires
propres à être donnés en lecture au peuple. Par l'autre, elle
s'efforce de substituer aux misérables productions desMathieu-
Laensberg des almanachs qui ne renferment que des notions
utiles et morales. Dix ouvrages ont été déjà couronnés par elle,
et publiés aux prix de 3o et 40 c. par volume.
Pour faire partie de cette Société, ii suffit d'être présenté
par un membre eî de s'engager à payer 25 francs par année.
Moyennant cette somme, suffisante pour fournir à l'instruction
annuelle de trois enfans, chaque souscripteur reçoit tous les
mois un numéro du Journal d' 'Éducation , publié sous les aus-
pices de la Société, et peut envoyer trois enfans aux écoles fon-
dées et entretenues par elle.
Toutes les personnes amies du bien public sont invitées à
coopérera l'action bienfaisante de cette Société.
Société royale des bonnes lettres ( rue de Grammont n° i3).
— Celte Société, fondée il y a huit ans par un parti, a vu de-
puis, à mesure que ce parti s'est décomposé et dissous, et que
la raison publique a fait des progrès, l'esprit qui l'animait à
son origine dégénérer et presque disparaître. C'était un club ;
ce n'est plus qu'une Société littéraire. On ne peut trop la féli-
citer d'une décadence qui l'élève au rang des établissemens
utiles de la capitale, et offre aux talens qu'elle appelle dans
son sein le plus honorable emploi.
Voici le programme des cours et des lectures qu'elle annonce
pour cet hiver :
Sciences physiques.
Physique expérimentale : M. Despretz.
Hygiène : M. le Dr Paiuset.
Histoire et Littérature.
Histoire: M. Rio.
Essai sur la tragédie grecque : M. Patin.
Morale: M. Laurent de Jussieu.
Poésie anglaise : M. Fallon.
Littérature italienne: M. Paolï.
Parmi les hommes de lettres qui feiont en outre des lectures
variées, soit en vers, soit en prose, on lemarque MM. Juger.
Bignan, Brifaut , Campenon , de Chénedcllé , le barou d'£VX-
stei/z, Garcia de Tassi , Guiraud , de Halhr , l'ictor Hugo,
Charles Lacrclelle , M'chaud, Charles Nodier, Quatre;),'
PARIS 577
Quitter , Abél Rémusat , Raoul- -Rochette , Roger, Soumet, Saim-
Prosper , etc. , etc.
La Société des bonnes lettres propose, pour sujet du prix
de poésie à décernei en 1 8 ->. «S , ^Entrée de HeUri If dans Paris.
Le j>ri\ , consistai! I m une médaille d'or de la valeur (le j5oo f.,
mi a décerné dans la séance publique du 3i mai 1828.
Le prix de rabonnemenl est de ioo francs pour l'année, et
de 5o francs pour les étudians. Z
IV-
Tn : vtuks. — Tlirdtrc roj al de /'Odkon. — Première rep
sentation ftÀmy Robsart, drame en cinq actes, par M. Paul
Foi en i (mercredi, l3 février). — Nous avons rendu compte,
dans notre cahier du mois de septembre dernier (t. xxw,
p. 810), de VÉmilia de M. Soumet 5 l'auteur à'Jmy Robsart
a puisé à la même source. Le Théâtre de ta Porte-Saint-Martin
avait déjà eu son Château de Kenihvorth, et Feydeau son
Léycester. Il semble* qu'un auteur qui entreprend de traiter un
sujet déjà mis si souvent sur la scène va chercher quelque
combinaison nouvelle, quelques traits originaux, propres à
rajeunir un fond usé. M. Fouché a fait tout le contraire. II y a
plus de frais d'imagination dans les ouvrages de ses prédéces-
seurs que dans le sien ; on dirait qu'il n'a eu d'autre intention
que de coudre ensemble plusieurs chapitres du roman de Wal-
ter Scolt, afin de montrer combien ce romancier est drama-
tique. Les situations, les caractères et des pages entières de
dialogue ont été fournis par Walter Scott; mais cet exemple
même a dû convaincre l'auteur que le meilleur roman peut se
transformer en un drame languissant et ennuyeux. Sans doute
on reconnaît encore la main du maître dans Amy Robsart; mais
on y trouve aussi toute l'inexpérience d'un auteur qui ne con-
naît pas ta scène. La pièce, mal accueillie dès -le premier acte,
a été jouée au milieu i\c> marques continuelles de désapproba-
tion. La patience des sp .■•dateurs, qui, ce jour-là, ne paraissait
pas a l'épreuve de l'ennui, a été poussée à bout par une repré-
sentation qui a duré plus de quatre heures; et lorsque le nom
de l'auteur a été demandé par quelques amis, l'acteur n'a pu
parvenir à faire entendre ces mots: «Messieurs, les passage5
que vous avez eu la bonté d'applaudir sont de Walter Scott. »
On savait, au reste, que la pièce était donnée sous le nom de
M. Fouché, beau-frère de M. Victor Hugo; et l'on affirmait que ce
jeune poète, connu par un grand talent, et une bizarrerie non
moins remarquable, avait beaucoup de part à ce malencon-
treux ouvrage; ce bruit a donné lieu à une lettre de M. V. Hugo,
imprimée dans plusieurs journaux, et où Ton trouvé cette
t. x\x vu. — Ft'criei 1S28. Zj
5;8 FRANCE.
phrase : « Il y a dans ce drame quelques mots, quelques frag-
niens de scène qui sont de moi ; et je dois dire que ce sont peut-
être ces passages qui ont été le plus siffles». Amy Robsart n'a pas
eu une seconde représentation.
— Première représentation des Éphémères, ou la Vie en
un jour, tragi-comédie en trois actes, avec prologue et épi-
logue; par MM. Picard et *** (jeudi, 14 février). — Un cer-
tain Lucidor, comédien et directeur de province, est très-
épris d'Élomire, actrice de sa troupe; ses amours vont fort
bien, il n'en est pas de même de son théâtre. La ville,
qu'on ne nomme pas, est divisée en deux factions littéraires,
les classiques et les romantiques; de sorte que, de quel-
que façon que s'y prenne notre directeur, qu'il joue selon
Aristole ou selon Shakespeare, il n'a jamais que la moitié de la
salle pleine. Voilà qu'un ami de Lucidor, M. Staff, grand ama-
teur du magnétisme , se met en tête de tirer notre directeur de
l'embarras où il se trouve; il va sur-le-champ lui fournir une
pièce qui satisfera tous les goûts; romantique par la multipli-
cité et la bizarrerie des événemens, classique par sa durée
bornée à vingt-quatre heures; et cette pièce ne coûtera pas
beaucoup de frais d'imagination à Lucidor; Staff ne lui de-
mande que de se laisser endormir. Il l'assied vis-à-vis de sa
chère Élomire, lui met dans la main le pouce de la belle, fait
sur le couple je ne sais quelles simagrées, et voilà nos deux
amans qui s'endorment, et la toile tombe. Elle se relève bien-
tôt; nous sommes dans l'île des Éphémères; les habitans sont
gens fort pressés; une vie d'un jour ne donne pas beau jeu
aux musards. Là les enfans croissent à vue d'œil , une veuve
d'un quart d'heure est déjà lasse du veuvage; l'homme qui
se marie au premier acte est grand -père au troisième, et la
vieillesse ride les fronts qui tout à l'heure encore étaient bril-
lans de fraîcheur. Là, les pétitionnaires n'ont pas le loisir de
fatiguer leurs patrons, ils donnent des placets en courant; les
poètes en font autant de leurs épithalames, et si leurs vers
sont mauvais, du moins on n'a guère le tems de s'en ennuyer.
Nos deux amans débarquent dans cette île, Lucidor en devient
le roi; Élomire s'arrange, à ce qu'il paraît, avec quelques per-
sonnages de la cour; enfin, sur le déclin du jour, tous deux,
devenus vieux, se rencontrent et se raccommodent; puis, ils
cherchent les moyens d'échapper de cette île, afin de ne point
partager la destinée des Éphémères; ils se jettent dans une
barque, et la mer les emporte. La toile tombe de nouveau et se
relève pour la seconde fois. Nous nous retrouvons chez le co-
médien Lucidor; il est encore endormi devant Élomire dont il
tient toujours le pouce, et l'ami contemple l'effet de sa puis-
PARIS. 57(j
sauce magnétique. Enfin, les deux amans s'éveillent et leur
songe est la pièce que Staff a promise; on se liàle de l'écrire,
et Luctdor espère bien voir enfin la salle remplie. Cette bouf-
fonnerie est très-rapide et très-gaie, c'est là son grand mérite.
Acteurs et spectateurs riaient à l'envi , la première fois, et l'on
est indulgent quand on s'amuse. Les jours suivans, on a pu dé-
sirer plus de traits spirituels, plus d'observations satiriques;
on a pu remarquer que le troisième acte, où tous les person-
nages sont vieux et plusieurs misérables , finit un peu tristement;
mais, à tout prendre, les Éphémères sont une pièce de carna-
val qui doit durer plus long-tems que cette époque de folie,
parce qu'il y a de l'originalité et du comique, deux élémens de
succès assez rares aujourd'hui. M. A.
Science musicale. — M. Albert Sowinski, de Pologne. — La
Revue Encyclopédique accueille toujours avec un vif intérêt et
regarde comme un devoir de faire connaître au public les étran-
gers recommandables par un talent supérieur, qui choisissent
la France pour leur patrie d'adoption. Un jeune Polonais,
M. A Ibcrt Sowinski , pianiste très distingué , s'est fait entendre
à la dernière réunion mensuelle encyclopédique. Cet artiste ,
qui a obtenu les plus beaux succès en Allemagne et en Italie,
a exécuté un adagio et un rondo de sa composition, avec au-
tant d'éclat que de sentiment et de charme; il a joué ensuite
une polonaise , qui a produit un grand effet, et dont il est aussi
l'auteur. La manière de M. Sowinski nous a paru aussi savante
que gracieuse. La pureté de son jeu, sa netteté, son élégance,
portent à la fois l'empreinte d'une extrême facilité donnée par
la nature, et d'un talent acquis par des études complètes. Il a
réuni tous les suffrages.
L'attention des artistes et des nombreux amateurs de la ca-
pitale ne peut manquer de se fixer sur M. Albert Sowinski , qui
se propose de passer quelques années à Paris. Son beau talent,
les souvenirs qui se rattachent à une nation dont les guerriers
ont long-tems combattu sous nos drapeaux, lui procureront
sans doute l'accueil bienveillant qu'il mérite à tous égards. Les
annales musicales de la Pologne ont déjà placé son nom près
de ceux des Lipinski, des Elsner, des Kulpins/d, etc., et celles de
la France l'inscriront également au premier rang. N.
Beaux- Arts. — Exposition des tableaux en 1827. — Troi-
sième article. ( Voy. T. xxxvi , p. 326 et T. xxxvii ,p. 3o2 ).
— Le genre historique est à la peinture, ce que le poème
épique ou la tragédie sont à la littérature; dans chacun de ces
37.
d&> FRANC
ouvrages il faut une action qui appartienne à l'histoire, ou
qui soit digne de lui appartenir; niais ce n'est pas tout : i! faut
.encore que cette action offre, dans ses circonstances princi-
pales, une disposition pittoresque pour le peintre», et un en-
semble dramatique ou poétique pour le poêle. Il suit de là
que lotis les faits, que l'historien consigne dans ses annales , ne
sont pas susceptibles d'être reproduits par le peintre, ou par le
poêle C'est faute de ne point faire cette distinction, si impor-
tante, que nous voyons tant de tableaux qui ne sont histo-
riques que par la dimension.
M. ViNCHON me parait mériter ce reproche : il a représenté
un Vieillard gui -, assis sur les ruines de sa maison incendiée ,
tenant dans ses bras l'enfant qu' 'allaitait sa fille étendue , morte,
près de lui. C'est une scène, et non une action; représentée
dans les dimensions d'un tableau de chevalet , elle aurait eu
pins d'intérêt ; en lui donnant les proportions historiques ,
M. Vinchon est tombé dans le même inconvénient qu'un poète
qui voudrait étendre, dans line pièce de vers, le sel d'un dis-
tique.
Je ferai un antre reproche à M. Dufré : il a représenté un
Grec arborant l'étendard des Hellènes sur les murs de Salone. Le
Grec victorieux foule aux pieds un Turc auquel il vient, sans
doute, d'arracher la vie; près de lui, un antre Grec , sur le-
quel la pâleur de la mort est déjà répandue, tourne ses yeux
mourans vers le drapeau de la croix. Ses regards expriment
un mélange de douleur physique et de satisfaction morale que
M. Dnpié a fort bien rendu; mais, ces trois personnages qui
occupent seuls le premier plan, ne suffisent pas pour donner
une idée complète de l'action que le peintre voulait représen-
ter. Il fallait agrandir la toile, montrer le tumulte d'une ville
prise d'assaut, les deux partis se précipitant l'un sur l'autre
avec fureur, et, au milieu de ce désordre, le Grec Mitropolos
renversant tout sur son passage, et plantant son étendit] d sur les
murs de la ville. Je crois que l'action aurait été mieux déve-
loppée, et que le tableau aurait eu plus d'intérêt. Te! qu'il est,
c'est un ouvrage dont l'exécution prouve de l'habileté et des
études fortes; la tête du Grec vainqueur est peinte avec fer-
meté; peut-être, même, y a-t il un peu de sécheresse ; celle de
son compatriote mourant est d'une belle couleur.
Malgré la défaveur qui semblé s'attacher aux compositions
de style, M. Changer n'a pas craint d'emprunter un sujet à
Euripide : Pelée délivrant Andromaque et Molossus qu Hermione
faisait conduire à la mort. On sait que Racine , dans sa tragédie
d' Andromaque, n'a point adopté la même fable qu'Euripide;
TARI.;. 5fii
le peintre a suivi le porte gi ec , el il a en raison ; mais l'ordon-
nance, cette partie si importante d'un tableau de style, ri'a pas
paru heureuse ; la pose de quelques personnages n'est p.is bien
entendue, et c'est ce quia einpèehé (pie ee tableau, où les
yeux exercés trouvent beaucoup de punies très-bien étudiées,
obtint le succès (jue l'auteur pouvait en attendre.
C'est aussi parce que ses figures sont mal agencées que l'on
ne s'arrête pas déviant le tableau de W. Lanolois, représen-
tant la Mort (f llyr/ivt/io ; puis, qui est-ce qui connaît Hyrnetho?
Entre tant de sujets que l'histoire et la mythologie grecque of-
frent à la peinture, comment M.. Lai. -lois a-t il été en choisir
un qui ne s'explique pus, et qui, d'ailleurs, n'offre rien de ce
qui frappe l'attention. Sans doute, on reconnaît, dans l'exécu-
tion, un artiste dont la main est exercée; mais il lie suffit pas
de posséder la partie matérielle de l'art; il fdui encore savoir
choisir un sujet OÙ l'on puisse utilement l'employer. Ce n'est
que par l'accord de ces deux moyens que l'on est peintre ou
poète : je ne saurais trop le répéter.
Sous ce rapport, le tableau de JVI.Delorme mérite uriéattenlion
particulière. Élevé à l'école deGirodet, nourri de ses exemples et
deses préceptes, il a su choisir un sujet qui lui offrait les condi-
tions les plus favorables à la peinture : Hector reprochant à Pa-
ris sa lâcheté. A la voix de son frère , Paris se lève précipitam-
ment, laisse tomber sa lyre, et , s'élançant vers ses armes, il
arrache de son front les fleurs dont Hélène l'avait couronné.
Celle scène o(n'c des oppositions heureuses : une femme à demi-
nue se voilant à la vue d'Hector; Un jeune homme qui, dans
son mouvement, développe de belles formes; enfin, un guer-
rier dont le maintien doit avoir un caractère mâle et lier.
SI. Delorme est mon ami; mais, j'ai trop d'estime pour sa
personne et son talent pour ne pas lui dite franchement -mon
opinion. Je trouve que le ton général de son tableau est trop
rose; ce défaut a dû devenir plus sensible nu salon que dans
l'atelier, où l'absence de toute comparaison pouvait empêcher
le peintre de l'apercevoir. Je crois aussi que les ombres de la
tète d'Hector sont trop noires; sans doute, elle doit être d'un
ton soutenu; il faut reconnaître le guerrier qui passe sa vie au
milieu des combats et à l'ardeur du soleil; mais cela n'exclut
pas une certaine transparence qui me paraît avoir été négligée;
heureusement, avec quelques glacis, tout cela peut, se réparer.
Maintenant je m'empresse d'ajouter que, dans cet ouvrage, on
retrouve partout un beau sentiment de dessin , des formes bien
étudiées , enfin les plus belles comme les plus difficiles parties
(!•• l'art; la figure d'Hélène, particulièrement , est Charmante,
582 FRANCE.
sous le rapport du mouvement , de l'expression et de l'exé-
cution.
Le tableau de Mme Mongez m'a causé quelque surprise , je
l'avoue; il m'a paru périlleux pour elle d'entrer en lutte avec
Girodet. Il est vrai que ce grand peintre n'a laissé qu'un des-
sin des Sept Chefs devant Thèbes (voyez Rev. Enc., t. xxvni,
p. 654 ) 5 mais il est impossible , en considérant le tableau de
Mme Mongez , de ne pas se rappeler la composition de Girodet,
ainsi que les études peintes qu'il avait préparées; or cette com-
paraison ne pouvait pas lui être favorable. Au reste, il faut
savoir gré à cette dame de ne point se laisser influencer par les
idées actuelles, et de continuer à faire de la peinture héroïque:
assez d'autres cherchent des succès faciles.
Que dirai - je du Sardanapale de M. Delacroix ? Si c'est là
le but de la peinture, je confesse humblement que je m'étais
trompé, et que Raphaël , Michel Ange , Jules Romain, Titien ,
David, Girodet, Gérard, Gros et tant d'autres, ne l'ont pas
mieux compris que moi. A la vérité, j'ai un peu d'espérance en
considérant les nommes derrière lesquels je puis me retran-
cher ; mais , qu'est- ce que l'autorité des noms que je viens de
citer, pour M. Delacroix? C'est une route nouvelle qu'il veut
suivre, jusque-là inconnue au génie : voyons donc ce qu'il y a
trouvé.
Autour d'un homme couché sur un lit immense qui occupe
presque toute la toile , on voit des scènes horribles auxquelles
il reste complètement indifférent. Ici, une femme est tuée par
un esclave , là , une autre s'enfonce elle - même un poi-
gnard dans le sein; plus loin, une autre femme se pend à une
colonne; d'un autre côté, un nègre fait gravir un cheval au
milieu de tous ces personnages. Qu'est-ce que cela ? Le livret
prend la peine d'en instruire le spectateur qui, sans lui, pour-
rait bien ne s'en pas douter. C'est la Mort de Sardanapale. On
sait que ce prince, pour ne pas tomber vivant entre les mains
des révoltés qui assiégeaient Ninive, fit élever, dans l'une des
cours de son palais, un bûcher d'une hauteur considérable , y
plaça ses objets les plus précieux, ainsi que ses femmes et ses
eunuques , et y mit lui - même le feu. Ainsi , c'est le sommet du
bûcherque M. Delacroix nous a montré. Rien, d'ailleurs, n'in-
dique le lieu de la scène, au moins d'une manière suffisante;
puis , toutes ces figures sont rendues avec un dédain de la
forme dont il est difficile de se faire une idée. On trouve çà et
là, il est vrai, un assez beau sentiment de couleur; mais, en
conscience, ce n'est pas assez pour que l'on puisse arrêter ses
regards sur un semblable ouvrage, et pourtant, il a une fort
paris. 5ft
belle place dans le grand saloo) tandis que celui de Mf. The> eitim
es! relégué à l'extrémité du Louvre.
Ce dentier tableau, que j'ai cherché pendant long-tems, re-
présente Henri IV donnant audience aux professeurs du Collège
lunut, après la reddition de Paris.
Le peintre a supposé que le roi était occupé à travailler dans
une des salles du Louvre avec les hommes d'état de cette épo-
que : Sully, leannin , de Thou, le duc de Villeroi , etc. C'est
lévêque, depuis cardinal Duperron, qui lui présente les pro-
fesseurs. Derrière cet évèquc, protecteur des gens de lettres,
s<- trouvent Malherbe, Scaliger et Casanbon. — Cette disposition
esl Fort bien entendue; les tètes sont , en général , belles d'ex-
pression et de couleur; c'est, enfin, un tableau qui mérite de
fixer l'attention des connaisseurs. P. A.
( La fin au prochain cahier. )
RÉCLAMATION. — A Monsieur le Directeur de la Revue
Encyclopédique. — M. , j'ai lu, dans le cahier du mois de
décembre dernier ( t. xxxvr , p. 832), une réclamation de
M. Ferry, relative a un article de moi, inséré dans le cahier
du mois de juin précédent ( voy. t. xxxiv, p. 816). Le ton
de cette réclamation, où, selon moi, toutes les convenances
sont oubliées, m'a causé une extrême surprise (i).
Il était question, dans l'article attaqué par M. Ferry, de
ponts et de monumens publics, et je rappelais que les ingé-
nieurs des ponts et chaussées et les architectes prétendaient
également au droit de bâtir les ponts; j'ai dit « que je me ran-
N. B. Pour n'avoir plus à revenir sur une controverse entre
deux hommes également honorables , dont les différences d'opi-
nion ne pourraient guère attirer l'attention que d'un petit
nombre de nos lecteurs, si des questions d'un intérêt général
ne se trouvaient mêlées à la discussion, nous allons placer im-
médiatement , au bas de cette lettre, là Réplique de M. Ferry,
rédigée sous la forme de JSotes, avec des numéros de renvois
aux passages auxquels il a cru devoir répondre.
(r) Dans les cas douteux, je consulte des juges sévères en fait de
convenances, et je n'ai point manqué de leur soumettre ma réclama-
tion ; ils l'ont approuvée, quant à la forme, et quant au fond. Tout
lecteur de sang froid reconnaîtra sur-le-champ le but que j'avais en
vue, et c'est à son impartialité que j'en appelle. J'ai voulu réparer un
tort , et défendre une cause qui m'a paru être celle de la vérité. F.
58| FRANCE.
geais sous la bannière des architectes» : telles sont mes exprès-
sioiis. M. Ferry avoue qu'il n'est/?/ ingénieur, ni architecte ; dès
lors, je voudrais bien savoir pourquoi il intervient clans la
cause, et sur quoi il se fonde pour me traiter avec tant de
hauteur (i). Il prétend que mon article a encouru la désappro-
bation publique, et il convient, cependant, (\\\ aucun ingénieur
des ponts et chaussées n'a réclamé, ni pour lui, ni pour le corps
dont il est membre (i\ Mais comment donc est justifiée, cette
désapprobation publique que j'aurais encourue? C'est évidem-
ment, et d'après M. Ferry lui-même, \\\\^ assertion entière-
ment gratuite (3). Reste donc l'opinion personnelle de M. Ferry.
Certes, s'il se fût borné à combattre celle que j'ai exprimée, je
me serais tu : d'abord, parce que je ne me cfoïs pais tlu tout
infaillible ; ensuite , parce que chacun est bien libre d'avoir une
opinion différente delà mienne. J'exprime mon sentiment avec
conscience; lorsqu'il s'agit des personnes, j'y mets une réserve
peut-être trop méticuleuse; quand il s'agit des choses, des doc-
trines , comme cela ne blesse personne, je m'exprime plus li-
brement. C'est donc en conscience, et parce que je le pense
ainsi, que j'ai dit que les ponts en fer ne valaient pas les ponts
en pierre; que, pour ceux-ci, je préférais les arcs en plein
ceintre aux arcs surbaissés, et que, comme une nation ne
mourait jamais, il fallait que les mon u mens publics fussent
i bâtis en conséquence.
A l'occasion des doutes que j'ai élevés sur la solidité du pont
d'Austerlitz, M. Ferry prétend que « c'est prononcer légère-
ment sur un genre de construction qui n'a pas même un
/i) Pour avoir le droit de défendre les doctrines des maîties de
l'art, il n'est pas indispensable d'être artiste. D'ailleurs , mes anciennes
< ceupations m'avaient imposé le devoir d'approfondir les parties de
l'art de construire, auxquelles les sciences mathématiques et physiques
sont applicables ; parties qu'on néglige trop dans les cours d'archi-
tecture, F.
(a) J'ai dit qu'on devait s'attendre qu'aucun ingénieur des ponts et
chaussées ne reclamerait, ni pour lui-même , ni pour le corps dont
il est membre. Je n'ai fait qu'indiquer très-brièvement les motifs de
cette réserve; puisqu'il faut les développer entièrement, les voici:
Tout homme, tout corps qui sent ce qu'il vaut, ne daigne répondre
qu'aux provocations qui lui fournissent l'occasion de dissiper quelques
obscurités, d'établir quelques vérités importantes. L'article dont il
s'agit n'est pas de ce nombre; on a dû le négliger; ainsi ont fait les
ingénieurs des ponts et chaussées. F.
(3) L'étrange construction de cette phrase semble m'attribuer
l'aveu que j ai- fa: t une assertion gratuite. F.
I'.WWS. 585
demi-siècle d'expérience en grand » Remarquez d'abord qui
!M. Ferry u'a p;is dit un mol pour prouver que le pont d'Aus-
lerltta (Vit solide (i , pi cela pour de bonnes raisons: c'est qu'il
ne peut ignorer que ce pont est continuellement en réparation;
pu. s , il n'a pas oublié er qui est arrivé au ponl des Arts , antre
pont en (ci-, lors d'une fctê publique. La foule s'y étant porté,
pour voir nu feu d'artifice que l'on tirait sur le Pont Royal ,
il yeut un mouvement d'oscillation el des craquement tels que,
Celte foule s'élant précipitée avec violence vers les issues,
beaucoup de personnes lurent blessées Je ne voudrais pas
abuser «le mes avantages, en rappelant à M. Ferry la durée du
pont du Gard, et de cette chuiva iwirinia, bâtie par Tarquin
l'ancien, et qui porte encore une partie des principaux édiliecs
de Rome, etc.
« On oublie, ai-je dit, que ce qui nous donne une grande
idée des Égyptiens, des Romains et des Grecs, ci; sont les
nionnmensqui leur ont survécu. » M. Ferry ! épond :«Si l'auteur
parle des monumens d'architecture, il est dans l'erreur; les
Carthaginois, dont il ne reste que la mémoire, ne seront mis
au-dessous des Romains que parce qu'ils furent vaincus; et
l'auréole de Sparte, sans industrie , est plus brillante que celle
de la ville de Minerve, ornée de tant de chefs-d'œuvre. »
Voilà une assertion, exprimée en termes pompeux, sans
doute, mais bien nette et bien tranchée. M. Ferry qui veut
«que, dans tout procès, l'instruction précède le jugement, »
aurait peut-être bien fait, pour mieux convaincre ses lecteurs,
de faire précéder cette assertion de quelques considérations qui
auraient piffia justifier. Quant à moi, j'avoue en toute humi-
lité que je ne saurais l'admettre. Dussé-je encourir le blâme
de M. Ferry, je persisterai à préférer les Athéniens aux Spar-
tiates, et il ne serait peut-être pas impossible de prouver que
la célébr ité de ces derniers doit beaucoup aux arts de leurs
rivaux. Au reste, c'est un sujet de controverse sur lequel il est
permis à chacun de penser comme bon lui semble; et, pour en
(i) J'ai parlé des peints en fer en général , et non de celui d'Auster-
litz en j'ai ticulier. 11 ne s'agissait point dediscuier une question d'ar-
ebiteclurc , mais d'exposer quelques règles dont les articlesd'un recueil
périodique ne doivent jamais s'écarter. Quelques mots jetés en pas-
sant, clans l'un de ses articles, sur les avantages ou les inconvéniens
d'une construction nouvelle, ne répandent aucune lumière, et ne
donnent pas le droit de prononcer un arrêt définitif en faveur des
ponts de pierre. « F.
586 FRANCE.
revenir au point principal de la discussion, je demande à
M. Ferry la permission de préférer les ponts en pierre aux ponts
en fer, lors même que je devrais passer pour être de la vieille
école.
M. Ferry, qui avoue qu'aucun ingénieur n'a réclamé contre
mon article, dit que je serai peut-être blâmé par les archi-
tectes mêmes. Je m'empresse de le rassurer : les architectes
auxquels j'ai montré mon article et sa réponse ont approuvé
ce que j'ai dit. Je puis lui citer, entre autres, M. Gau, dont le
nom ne lui est peut-être pas inconnu. M. Gau a ajouté qu'en
Allemagne, sa patrie, c'étaient toujours les architectes qui
donnaient les plans des ponts , et que l'exécution en était con-
fiée aux ingénieurs.
J'ai prétendu qu'une grande nation ne devait construire
que des monumens durables, et j'ai rappelé que c'était ainsi
que les Romains, qui rêvaient l'éternité, en avaient agi.
M. Ferry veut « que notre nation s'occupe des moyens d'être
grande et heureuse, florissante au dedans et respectée au-de-
hors, et non du soin puéril de laisser un jour, à ses vainqueurs,
des témoins durables de sa gloire évanouie. »
Ici, je n'ai pas le courage de répondre; en lisant la dernière
partie de ce passage, les souvenirs de 1814 et de 181 5 sont
venus se présenter en foule à ma pensée, et m'ont pénétré
d'une profonde tristesse. Je laisse donc à M. Ferry le triste
avantage de célébrer, par avance, le moment où nous serons
vaincus et où notre gloire sera évanouie (1) : j'avoue que je n'y
avais pas pensé.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, etc.
P. A. Coupix.
(1) A moins que l'on ne soit très prévenu, il est impossible de se
méprendre sur ma pensée. Au heu de cette flatterie banale : les nations
ne meurent point, il est plus raisonnable, plus conforme aux intérêts de
la patrie de rappeler avec persévérance cette dure vérité : « Les na-
tions meurent , si elles méconnaissent ou négligent les moyens
de prolonger leur existence. » Et en quels lieux vient - on nous
parler de l'immortalité des nations ? il n'est aucune contrée qui ne con-
serve quelques vestiges des peuples qui ont disparu; dans toute l'Eu-
rope méridionale, dans la Grande-Bretagne même, on foule aux pieds
les tombeaux du peuple romain; les Français ont tenté vainement de
ressusciter les Egyptiens, et les malheureux Grecs auront bien de la
peine à retrouver une existence tolérable. Les monumens des arts ont
pu conserver leur mémoire; mais ce n'est pas assez pour un peuple :
c'est de sa force, de sa prospérité, des causes de sa durée qu'il doit
PARIS, r»a7
\ i < noi ix.ii . — François db Nxufchatsaij (Nicolas), né en
Lorraine, Ici 7 avril 17^0. Le jeune François (iule bonnes études
et lui d'abord destiné au barreau; mais son goût pourla poésie se
Bianifesta dès ses plus jeunes années, et, encore adolescent, il
publia un recueil de poésies où Voltaire remarqua quelques
morceaux distingués. En 1766, il ajouta à son nom celui de
WeufchâteaUy pour se distinguer de ses nombreux homonymes.
ï'u 1777, \m arrêt du parlement de Nancy l'autorisa à le garder.
L'année d'avant, il avait épousé Mllc Dubus, nièce du célèbre
comédien Prévu, le , et acheté la charge de lieutenant-général
au présidial de Mirecourt. En 1781, il y devint subdélégué de
l'intendant. Dans les intervalles que lui laissaient les travaux
de sa charge, il essayait ses forces en traduisant l'Arioste en
vers. En 178*2, François de Neufchàteau fut envoyé à Saint-
Domingue comme procureur-général; il en revint quelques
années après, et fit naufrage dans la traversée. La révolution
le trouva disposé à seconder avec ardeur le noble élan qu'elle
semblait avoir communiqué à la France entière. En 1790, il fut
successivement nommé juge de paix, administrateur du dépar-
tement des Vosges et député à l'assemblée législative, qu'il
présida l'année d'après. Elu à la convention nationale par le
même département, il n'accepta pas ces nouvelles fonctions
législatives. En 1793, on représenta son drame de Paméla, où
le parti dominant crut voir des principes anti-révolutionnaires;
il fut envoyé en prison, et n'en sortit qu'après le 9 thermidor.
A cette époque il fut nommé juge au tribunal de cassation, puis
commissaire du gouvernement dans le département des Vosges.
En 1797, les hautes dignités de l'État lui furent ouvertes; il de-
vint successivement minisire de l'intérieur, puis membre du
6'occuper avant tout ; voilà ce que j'ai dit, et aucun Français ne
m'en saura mauvais gré.
On fait plus de bien par la sagesse que par l'enthousiasme , et la
sagesse calcule. Au lieu d'une construction ruineuse si l'on eût voulu
qu'elle parvint à la postérité la plus reculée, elle en fait à moindres
frais deux, trois, qui dureront moins ,mais rendront beaucoup plus
de services : dans tous les cas , elle tire le parti le plus avantageux des
moyens qui sont à sa disposition. Les Anglais écoutent plus souvent
que nous les conseils de cette sagesse, et ils ne s'en trouvent pas mal.
Je ne dis rien des insinuations par lesquelles M. Coupin termine sa
lettre. Je ne doute nullement qu'il ne s'étonne plus tard lui-même de
ce qu'il a écrit. Quant à mon style , je l'abandonne sans réserve aux
critiques présentes et futures , si toutefois on daigne s'en occuper.
Fkrhy.
588 FRANCE.
directoire exécutif, puis de nouveau ministre de l'inférieur,
et il donna des soins particuliers à l'instruction primaire. Les
lettres et les sciences lui durent alors beaucoup. En 1799, H
quitta le ministère et rentra dans la condition privée. Après le
18 brumaire, il devint membre du sénat conservateur, puis
grand-officier de la légion-d'honneur et comte de l'empire.
Vers cette époque, il se livra à des recherches importantes sur
l'agriculture, les haras, etc. Les évétiemcns de 181 4, en le fai-
sant 1 entrer de nouveau dans la condition privée, le rendirent
tout entier aux lettres, auxquelles ses dernières années furent
consacrées. Son nom ne fui plus dès lors rappelé à l'attention
publique que jwr quelques lectures faites au sein de l'Académie
française, corps dont il faisait partie depuis son rétablissement.
Il est mort le 8 janvier 18-28, âgé de 78 ans. Voici l'indica-
tion des principaux produits scientifiques ou littéraires de cette
longue et honorable carrière : 1 ° Poésies diverses, in 12,1 765;
1° Pièces fugitives , in-12, 1766; 3° Ode sur les parlemens ,
1771; 4° Le mois d'Auguste , épître à Voltaire, 1774; 5° Dis-
cours sur la manière de lire les vers, 1775; 6° Anthologie mo-
rale , in- 16, 1784; 7° Recueil des ordonnances de Lorraine ,
1 vol. in-8°, 1 784; 8°, les Études du magistrat, au Cap français,
1786; cfPaméla, comédie en cinq actes et en vers, 179^ ; io° les
Vosges, poème; in-8°, 1796; n° Des améliorations dont la
paix doit être l'époque , in-8°, 1797; 12° Conseils cl un père à
son fils, imité de Muret, in- 8°, 1798; i'3° le Conservateur,
ou Recueil de morceaux , 1 vol. in 8% etc. , i 800; i4y Tableau
des vues que se propose la politique anglaise , etc. , in- 8° , 1 804 ;
i5° Voyage agronomique dans la sénatorerie de Dijon, in-4°,
1806; 160 Vart de multiplier les grains , in-8°, 1810; 170 Fables
et contes en vers , 1 vol. in-12, 181 4; 180 Lettres a M. Suard,
relativement à l'Histoire de Charles-Quint par Robertson.
P. A. D ....
— Michel Pichat, né à Vienne (Isère), auteur de la tragédie
de Léonidas, vient d'être enlevé à la poésie dans toute la force
de l'âge, au moment où il était appelé à recueillir le fruit de
ses longs travaux. Pichat n'était pas seulement recommandable
par un talent qui le mettait au premier rang des poètes dont
s'honore aujourd'hui la France; il l'était aussi par la pureté de
ses mœurs et par ses qualités sociales. Bon époux, tendre père,
ami fidèle et dévoué, il meurt pleuré de tous ceux qui l'ont
connu. Sa vie, peu fertile eu événemens, est tout entière dans
ses ouvrages. Doué d'une imagination éminemment poétique,
qui agrandissait et embellissait tous les objets , il dédaigna tou-
jours cette partie positive de l'existence, qui excite l'ambition
US. 58q
ou la cupidité du commun des hommes^ sa pensée recombor
sait le monde au gré des illusions qu'elle savait se créerj la
poésie et l'espérance , triomphant des progrès d'une longue
ci douloureuse maladie, l'ont entouré de prestiges jusque sur
son lit de mort. — Pichat, très - jeune encore , s'élait fait cou -
naître parmi les littérateurs par une tragédie de 'J'ur/w.s , dont
quelques Scènes seulement ont été représentées ;. elles (ai •„ nient
paille d'un prologue joné au théâtre dp l'Odéou, en 102/»,
Sons le titre des Trois Genres. L'auteur de Ttirrms t avant vu
le '»'' acte de sa tragédie impilovablement suppi iiné par la cen-
sure , renonça à la faire représenter. Cet ouvrage était sut tout
remarquable par In beauté des détails et par la vigueur et l'é-
clat du coloris. L'amour de la patrie, qui semblait être pour
Pichal une seconde muse, lui inspira le desseiu de mettre sur
la scène le dévouaient des héros des Thermopyles. Ses amis
essayèrent en vain de le détourner d'un sujet plus propre à l'é-
popée qu'au drame; et leur élonnement fut extrême lorsqu'ils
virent avec quelle puissance d'imagination il était parvenu à le
féconder. Le succès de Lconulas fut \\\\ des plus brillans qu'ait
vus le théâtre : don bout de la France à l'autre, tous lescœurs
répondirent aux sublimes acçens du poète. — Jusqu'ici , la noble
antiquité avait fourni à Pichet toutes ses inspirations drama-
tiques : fidèle au patriotisme et à !a liberté, mais jaloux de va-
rier l'expression de ses sentimens généreux, Pichal prit son
troisième sujet dans l'histoire moderne; et sur les traces de
Schiller, il essaya de nous peindre le libérateur de la Suisse.
Cet ouvrage, dont le public jouira bientôt, décèle un progrès
immense dans le talent de l'auteur. A h louche mâle et fière ,
mais un peu uniforme , qui a tracé Léorddns , se mêlent ici des
couleurs doutes, tendres, des traits naïts et familiers, paifai-
teinent appropriés aux mœurs modernes, je ne sais quoi de
rustique et de pastoral comme les personnages qui occupent
la scène. Guillaume Tell eût placé son auteur à la tête de nos
poètes tragiques et ouvert devant lui une longue carrière de
succès et de gloire. — Pichat avait reçu de la nature la plus bril-
lante imagination , qu'il fécondait encore par un travail opi-
niâtre. Vivant sans cesse avec ses héros, ii épuisait toutes les
combinaisons de son drame avant de s'arrêter à celle qu'il
adoptait. Il consacrait aux pensées et au style les mêmes études;
et, lorsqu'il sortait de son cabinet, tout pénétré de ses longues
méditations poétiques , c'était un grand plaisir pour ses amis
de l'entendre, d'un ton inspiré et avec une chaleur entraînante,
réciter des scènes et des actes entiers qu'il venait de compo-
ser. Son débit, animé par la chaleur de son aine et relevé par la
59o FRANCE.
noblesse de sa taille et de ses traits, donnait un nouveau prix
à ses ouvrages, qui devenaient ainsi célèbres avant d'être pu-
bliés. On recherchait avec avidité l'occasion de les entendre,
et la complaisance qu'il mettait à satisfaire ce désir est proba-
blement la source de la maladie qui l'a ravi aux lettres et à ses
amis. — Mort le a5 janvier, il a été transporté le 27 au cime-
tière de l'Est, suivi d'un nombreux concours de poètes et de
littérateurs distingués, parmi lesquels on remarquait MM. Sou-
met, de l'Académie française, Taylor , commissaire du roi
près le Théâtre - Français , de Pongervilîe , Alfred de Vigny ,
fuies Lefèvre , Emile Deschamps , Coffinières , Jvcncl > Fcbvé ,
Gary, etc. MM. Pongervilîe, Lefèvre, Deschamps et Coffi-
nhières ont prononcé sur sa tombe des discours où le talent s'é-
tait rendu l'interprète de la sensibilité. « Ton caractère, a" dit
M. Pongervilîe , ennoblissait encore tes talens. Le sourire amer
de l'envie n'erra jamais sur tes lèvres... Constant ami de la vé -
rite , tu fus souvent le plus ardent apologiste de tes rivaux...
Ta candeur, ta sincérité, l'élévation de ton esprit indépendant,
semblaient annoncer qu'il y avait en toi du La Fontaine et du
Corneille... Mais , quand je rappelle tes succès sur le bord de
ta tombe, la scène est prête à retentir de tes derniers chants...
L'interprète du héros des Thermopyles va ranimer le héros de
la liberté helvétique. Tout Paris va t'applaudir encore; il est
avide de l'entendre... Ton dernier, ton plus cher ouvrage, que
tu perfectionnais encore quand la mort glaça ta main défail-
lante, deviendra pour tes concitoyens un précieux héritage...
Et, tandis que ton ombre recevra sur la scène les hommages
des spectateurs attendris et charmés , nous viendrons sur ta
cendre déposer tes palmes nouvelles. » Ces éloges donnés à
l'auteur de Léonidas par le célèbre traducteur de Lucrèce disent
assez quelle perte les lettres viennent de faire dans ce jeune
poète dont le talent surpassait encore la réputation.
Chauvet,
TABLE DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE CENT DIXTÈME CAHIER.
1 ÊVR1ER 1828.
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES.
i. Notice sur la civilisation de l'Afrique Chauvet. Pag. 32i
a. Note sur la nécessité de l'aire cesser les pirateries des États
b;ubaresques. . - 338
3. Sur un projet de M. Drovetti , pour préparer la civilisation
de l'Afrique Pachb 344
4. Étude sur la révolution grecque Michel Schinas. 34g
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
5. Bibliothèque des connaissances usuelles; (ouvrage an-
glais) d. L—r. 3G/i
6. Le Petit Producteur français, par M. Charles Dupin. Ferry. 3yi
y. Du système pénal et du système répressif en général , et de
la peine de mort en particulier, par M. Charles Lucas.
A. Taillandier. 38a
8. Troisième rapport sur les émigrations et les colonisations;
(ouvrage anglais ) J. B. S. 3g4
9. Histoire de la guerre de la Péninsule , par le général Foy.
Auguste Fabrc. 4o4
10. Le roman de Rou et des ducs de Normandie , par Robert
Wace Depping. 420
11. i° Proverbes dramatiques, par M. Théodore Leclercq ,
20 les soirées de Neuiily ; 3° Proverbes romantiques , par
A. Romieu ; 4° Proverbes dramatiques, de M. J. B. Sau-
vage H. Patin. 429
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 101 ouvrages , français ci étrangers.
Amérique septentrionale. — Etats-Unis , 2 436
Europe. — Grande-Bretagne, 9 , dont 1 ouvrage périodique. 438
— Russie, 3. — Pologne, 1 446
— Suède, 1 45 t
— Allemagne, 6 456
— Suisse, 5 46$
— Italie , M 4-0
— Pays-Bas, 8 4j8
France, Mo , savoir : Sciences physiques et naturelles, 18. . . . 4^3
— Sciences religieuses , rncrales , politiques et historiques , 14. . . 5oo
2y2 TABLE DE* ARTICLES.
— Littérature, 17 5i6
— Beaux-Arts , 7 535
— Mémoires et Rapports de Sociétés savantes, 1 5^o
— Ouvrages périodiques , 1 54 1
— Livres en langues étrangères •,, imprimés en France ,2 54^
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amérique septentrionale. — États-Unis. Boston : Droits sur
l'importation des étoffes aux États-Unis. — New-York .-Nou-
veau Journal intitulé : le Courier des Etats-Unis 546
Antilles. — Tremblement de terre. — Haïti : ÉtaMissement du
iuiy 547
Afrique. — Sénégal. Saint-Louis : Esclavage des nègres dans l'é-
tablissement français 549
EUROPE.
Grande-Bretagne — Londres. Société royale : Expériences sur
le pendule. — Artillerie à vapeur; Canons de M. Perkins. . 55 r
Russie. — Pétenbourg et Moscou: Presse périodique 553
Pologne. — Farsoyie: Université 557
Allemagne. — Berlin : Instruction populaire. — Grand-Duché de
Saxr- Weimar : Instruction publique. — Vienne : Encourage-
ment aux sciences. Nécrologie : Haschke 56o
Suisse. — Réclamation : Notes additionnelles à la Notice sur Pes-
talozzt. — Nécrologie ; Augustes de Staël 56 1
Italie. Borne : Publication prochaine. — Rome : Monument en
l'honneur du Tasse 5(i4
Pays-Bas. — Amsterdam : — Séance publique et travaux de la
3e classe de l'Institut royal. — Louvain : Statistique de l'Uni-
versité ; Société d'étudi.ms 565
Paris. — Institut : Académie des sciences : Séances du 14 janvier
au 4 février. — Société de géographie : Prix annuel pour la
découverte la plus importante. — Propagation de l'enseigne-
ment élémentaire. — Société royale des Bonnes Lettres. —
Théâtres. Odéon : Premières représentations d'Amy Robsart ,
drame, et des Ephémères, comédie. — Science musicale:
M. Albert SowinsAi. — Beaux-Arts: Exposition des tableaux
en i8'*y; troisième article.- Réclamation de M. A. Cou pin.
— Nécrologie : François de Neufcliàteau; Pi chat - 56q
TÀÏUS. DF. L IMPRIMERIE UE RIGIfOUX,
rue drs francs-Bourgeois-S. -Michel, n° 8.
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSES ET ANNONCES RA1SONNÉES
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA LITTÉRATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS.
I. MEMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MÉLANGES.
EsSA.1 STATISTIQUE SUR LA. PRESSE PERIODIQUE DU GLOBE,
ou Comparaison de la population des cinq-parties du
monde et de leurs principaux Etats avec le nombre
correspondant des Journaux qu'on y publie.
N. B. Cet Essai statistique, entièrement neuf et d'une haute
importance, a été rédigé, d'après les titres exacts de plus de
2000 journaux politiques ou littéraires, publiés dans les dif-
férentes parties du monde, et d'après les renseignemens qu'un
géographe très-instruit, et qui jouit d'une réputation euro-
péenne, a obtenus sur l'existence de ceux dont les titres ne
sont point parvenus en Europe. Ce géographe, M. Adrien
IUlbi , a calculé , pour chaque partie du monde et pour chaque
État, le rapport de la population aux produits de la presse
périodique. Les résultats de ses recherches forment une des
colonnes du beau travail qu'il va faire paraître à Paris, sous
t. xxxvii. — Mars 1828. 38
5g4 ESSAI STATISTIQUE
ce titre : La Monarchie française comparée avec les principales
États du monde, en 1828. Les lecteurs de la Revue Encyclopé-
dique peuvent compter sur l'exactitude de ces calculs; ils ouï:
pour garans la sagacité, le soin extrême, la conscience qui di-
rigent M. Balbi dans ses travaux, et de plus, la coopération
de beaucoup de savans et d'hommes d'état distingués qui con-
courent généreusement avec lui à la rédaction du Complément
de £ Atlas Etnographique du globe, que M. Balbi doit publier in-
cessamment sous ce titre : Tableau physique , moral et poli-
tique des cinq parties dit monde ; ouvrage dont la première par-
tie a mérité à ce savant les suffrages les plus honorables dans
les journaux des deux mondes , et les témoignages d'estime et
de bienveillance de plusieurs princes souverains.
NOMS
des
PARTIES DU MONDE
ET DES ÉTATS.
EUROPE. . .
France. . . .
Paris. ....
Lyon. . . . .
Toulouse. . .
Bordeaux. . .
Rouen
Marseille. . .
Strasbourg. .
Nantes. . . .
Le Havre. . .
Nanci
Boulogne. . .
Lilb
Besançon. . .
Amiens. . . .
Dunkerque. .
Orléans. . . .
Yesonl. . . .
Saint-Étienne.
Metz
Le Pay. . . .
POPULATION.
127,700,000
32,000,000
890,000
146,000
70,000
94,000
90,000
1 16,000
5o,ooo
72,000
21,000
29,000
19,000
70,000
29,000
42,000
25,000
40,000
5,ooo
3 1,000
45,000
i5,ooo
1142
49°
176
i3
i3
10
8
6
5
4
4
4
4
3
3
3
3
3
3
1
2
2
OBSERVATIONS.
La population mentionnée
dans ce tableau est celle qui
existait, à la fin dei 8 26, dans les
Etats principaux des divtvses
parties du globe, et notamment
dans l'Europe et dans l'Améri-
que.La population des villes est
prise des recensemens les plus
modernes; mais toutes les don-
nées ne datent pas de 1826,
un grand nombre remonte aux
années 1817, 181 8, 18 19, 1820
et 182t.
On a compris dans le nombre
total des journaux non seule-
ment les feuilles politiques et
litléi aires, mais aussi les feuil-
les d'annonces, d'affiches, et
les prix-courans, en un mot,
tout ce qui forme la presse
périodique, à l'exception des
produits annuels , tels que les
ahnanachs, les mémoires des
sociétés savanti s; quelques -uns
des correspondans de l'auteur
n'ont pas* compris dans leurs
renseignemens les feuilles d'an-
nonces et les prix-courjns. Ce-
pendant, M. Balbi, tout en
SUR LA PRESSE PÉRI0DIQ1 1
')'
NOMS
de.
PARTIS! DO -»!<>•< lu
ii DU ». i » 1 1.
l'oins ,
[faïence
Minores
All.i.'
Castres
Iris r.>',Il'ANNl<v'KHS.
Londres
Dublin
Edimbourg
Glasgow
Manchester
Birmingham
Ltvernool.
Limerick.
BristQ
Cork.
Kxt'h'l'.
York.
ttatb , .
Brigbton
Canterbnry
Leed
Nottingham
BelfaM
Gbester
Prymoutb
jSheffield
Sonthainpton. . . .
Port S. -Pierre, île Gi
nescy
Wolverhampton. . .
S.-Hfllier, ile Jersey.
Galway.
Londouderry. . . .
Ballinâ.
PTaterford.
Coitpédéb \tk
Zurich.
Lngant
Gci:c\< .
ropuiA i io.n.
a r,ooo
10,000
9.(>,000
I t,ooo
[ 6,000
?. >,4oo,ooo
1,975,000
997*000
r 38, 000
i ; 7,000
1 3 ;,ooo
107,000
1 19,000
5q,ooo
<SS,ooo
xo 1,000
a3,ooo
39,000
37,000
2.4,000
1 3,ooo
84,000
40,000
37,000
20,000
fi r, 000
r>2,ooo
1 3,ooo
1 1,000
1 8, 000
10,000
28,000
9,000
4,000
29,000
1 ,980,000
18,000
10,000
4,ooo
25*000
2
2
9
2
2
i83
97 '
28 i
18
i4
19
9
9
9
ODS I Kl A T/<> \ S.
modifiant les sommes relative!
aux dirTérens Etats . ! cru de-
voir adopter Hé préférence les
nombres les plus faible , dans
la crainte de présenter dei cVa-
[nations trop fortes. 1 1 le
teur» doivent donc regarder,
'h général^ ces sommes comme
des //lin/ma , et non comme des
nuixima. .Nous croyons inutile
<le faire observer que lea éva-
luation* ne sont souvent qu'ap-
proximatives, attendu qu'elles
se composent d'élémens très-
variables, rothme les popnla-|
tions des villes et des liais , et
le nombre des journaux, oui,
à l'exception des principal» ,
dont l'importance garantit la
durée , naissent, meurent et se
reproduisent sous d'autres ti-
tre, avec une telle rapidité
qu'il est impossible de suivre
les phases de leur courte exis-
tence. On doit aussi remarquer
que, si le détail des nombres
partiels ne s'élève pas au total
exprimé en tête de la colonne,
c'est qu'on s'est borne à citer
Us villes qui publient un cer-
tain nombre de journaux.
1 Ce nombre est exactement
celui des journaux politiques ,
ou de tout autre genre, qui
paraissent actuellement dans
l'archipel Britannique et
dans ses dépendances polili-
ques. M. Balbi en doit la com-
munication à l'obligeance de
M. César Moekao, vice-consul
français à Londres. Les longues
recherches de a s,, vaut l'ont
conduit à la rédaction d'un ta-
bleau d'une grandeexactitode,
qui fait partie de l'ouvrage qu'il
vient de publier à Londres, j'or
tes finances de t Angleterre, de-
Buii tei Romains jusqu'à nos jours.
Comme le tableau de M. César
Moreaa ne porte point les
noms des villes OQ s'int pu-
bliés les journaux périodiques,
M. Balbi a eu rc< ours s d'au-
5$6
se™
ESSAI STATISTIQUE
NOMS
des
rARTIES DU MONDE
ET DES ÉTATS.
Lausanne
Arau
Empire d'Autriche.
Vienne
Milan
Prague
Pest
Salzbourg
Venise
Lemberg
Padone
Jung-Bunzlau
Bude, ou Offen. ., . .
Monarchie prussienne.
Berlin
Breslau
Cologne
Konigsberg
Halle. . .
Erfurt.
Aix-la-Chapelle. . . .
Magdebourg
Schweidnitz
Coblentz
Bonn
Halberstadt
Posen
Dasseldorf.
Burg
Jauer.
Clèves
Harom
Lignitz
Munster
Hircbsberg
Naumbuig
Postdam
Guujbinnen
Stettin
Royaume des Pays Bas.
POPULATION,
10,000
4,000
32,000,000
3oo,ooo
i5i,ooo
95,000
5g, 000
1 3,ooo
41,000
101,000
52,ooo
35,ooo
4,000
33,ooo
12,464,000
220,000
82,000
64,000
64,000
24,000
21,000
35,ooo
37,000
to,ooo
i5,ooo
11,000
i5,ooo
25,ooo
27,000
10,000
5,ooo
8,000
5,ooo
10,000
18,000
6,000
9,000
25,000
6,000
26,000
' 6,143,000
o 2
3
3
80?
24
9
5
5
4
3
3
2
2
2
2
288
53
i3
10
8
8
7
6
5
5
5
4
4
4
4
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3
2
i5oi
OBSERVATIONS.
très sources pour conuaitre
leur nombre , et déterminer
ainsi pour chaque ville la mas-
se des journaux politiques et
autres que l'on y publie an-
nuellement. 1
NOMS
t LU i lis dit RtOlTDI
Dl
Amsterdam. ... ...
Bruxelles
lidg«
("..nul
Lonvatn
COftl l cll'uATluN OtRMAN.
Royaume de Wurtemberg.
Btnttçardt
Tubiugeu
Royaume de Bavière. . .
Munich
Nuremberg
Erlangen
Batnberg
Augsbourg
Spire
Snlzbach
Royaume de Saxe. . . .
Dresde
Leipzig
Royaume de Hanovre. . .
Hanovre
Lunebourg
G'ïttingue
Grand duché de Rade. . .
Heidelberg
Carlsrubc
Manheim
Freiburg
Gr. D. de Hesse-Darmsiadt.
Darmstadt
Mayence
Hesse électorale
Cassel
Schmalkalden
Mecklembourg-Schwerin. .
Schwerin
Gr. D. de Saxe-W eimar . .
Weimar
Jena
Autres petits États. . . .
PRESSE PÉRIODIQUE. 5<J7
j
l»OPUI.ATIOIf.
=2 ■
« x
— 0
a
OBSERVATIONS.
201,000
35?
100,000
33
47,000
8
() 1,000
5
I 5,000
4
I 3.6>JO,OO0
3o5f
' Orinr comprend point dans
I,5?.0,000
32,000
29
18
ce nombre les journaux pu-
blics dans l'empire d'Autriche,
dans les Ktats Prussiens et
7,000
2
Danois, ni dans le royaume
3,960 000
70,000
48
20
des Pays-Bas, bien qoe truel-
ques-unes de leurs provinces
en fassent partie.
40,000
7
12,000
5
*
a 1,000
4
34,ooô
2?
6,000
2
2,000
2
1,400,000
54
70,000
8
40,000
38
i,55o,ooo
*9
28,000
4
12,000
3
10,000
1
i,i3o,ooo
22
10,000
7
19,000
5
22,000
4
10,000
2
700,000
18
20,000
1 1
25,ooo
4
592,000
i3
26,000
D
5,ooo
3
43i,ooo
9
12, 000
4
220,000
l7
10,000
9
5,ooo
5
■1, 104,000
80
598
ESSAI STATISTIQUE
NOMS
des
PARTIES DU MONDE
et des États.
Gotha ( Duché de Saxe-
Cobourg-Gotha). . . .
Hildburghauseu ( Duché
de Saxe - Meiuungen-
Hildburghausea ). . . .
Géra (Princîp. de Reiss-
Schleitz )
Wisbaden (D. de Nassau).
Hambourg ( Répuhl. de ).
Francfort ( Républ. de). .
Brème [Républ. de). . .
Monarchie danoise, . .
Copenhague
Altona. ........
Royaumes de Suède et
de Norvège
Stockholm
Gothembourg
Christiania
Upsal
Lund
Bergen
Drontheim
Drammen
Christiansand
Gefle
Monarchie espagnole. .
Madrid
Cadix. . . ,
Barcelone
Monarchie portugaise ,
y compris les Açores. .
Lisbonne
Porto
Coimbra. ..'.....
États du Roi de Sard".
Turin
Gênes
Duché de Parme ....
Parme
Roy. des Deux-Siciles. . !
Naples
POPULATION.
w 'i
|S
0 g
w
a
OBSERVATIONS.
I 1,000
5
4,000
2
8,000
2
7,000
2
112,000
22
48,000
38,000
I,95o,000
109,000
2 7,000
18
3
80
57
6
Voyez , ci-après , dans la
section des Nouvelles littéraires 1
l'état détaillé des journaux 1
publiés dans le royaume de |
Danemark. f
3,866,000
78,000
82?
3o?
2 1,000
4
20,000
4
5,000
2
3,000
2
2 1,000
2
12,000
5,000
7,000
6,000
13,900,000
16?
201,000
4
53,000
120,000
3,53o,ooo
260,000
70,000
i5,ooo
43oo ,000
114,0 00
17
12
4
1
8
3
Ce nombre est celui des
journaux qu'on y publiait en
182a. Les écrits périodiques y
paraissaient et disparaissaient,
selon la volonté des personnes
placées à la tète de l'adminis-
tration du royaume.
80,000
3
440,000
1
3o,ooo
1
420,000
6?
.
364,000
3
■ !
si R LA PRESSE PÉRI0DIQ1 i
^99
NOMS
du
F1BTIU Dl m.im.i
I I IMS I I V I s.
Païenne
1- r vis du Paît. . . .
Rome
Bologne
Gr. Dichk Dl Toscane.
Florence
LivouriH"
Kse
Duché de Modene. . .
Modèue
Emiure kusse et Pologne
Pétersbourg
Moscou
Varsovie
Rîga
Wilua
Dorpat
Millau
Abo
Odessa
Kasan
Grèce
Hydra ( île d' )
Napolî de Roiuauie ( Pé
loponèse )
Rép. des it.es Ioniennes
Coi fou ( île de ). . . .
Zaute ( île de)
RÉPUBLIQUE DE CrACOVIE
AMÉRIQUE
États-Unis, ou Conféd
Anglo-Américaine. .
Kew-York {État de). .
bCew-York (Ville de). . .
Albany ,
Pcnsylvanie
Philadelphie
Pittsborg
O/iio
( inciini.iti ,
f'irgiriic
i <>8,ooo
2,5()0,000
1 54,ooo
65, 000
' 1,275,000
80,000
66,000
20,000
35o,ooo
27,000
56,5 1 5,ooo
320,000
25o,ooo
126,000
36, 000
25,000
8,000
1 1,000
1 1,000
40^00
5o,ooo
1,100,000 ?
25,000
10,000 ?
I 76,000
1 5,000
19,000
1 14,000
39,3.00,000
1 1,600,000
1,373,000
169,000
20,000
1,049,000
1 14,000
1 1,000
:*)S2,ooo
16,000
1,066,000
2
84
29
17
i3?
7
4
3
3
3
1
1
3
2
1
3
978
840
i37
3oi
8
1 10
29
3 i
48'
9
Les limites de cet Empire
du côté de l'Asie sont don-
nées par l'Oural et par la crête
du (l.mcase. Voy. ci-dessus,
Jiev. Enc. , t. xxxvii , p. 553,
l'élat de la presse périodique
en Russie.
'Avant l'incendie qui a con-
sumé presque entièrement
cette ville.
Quoique la Grèce fasse en-
core nominalement partie de
l'empire ottoman , elle est de
l'ait entièrement indépendante.
Ce nombre se rapporte à la
fin de l'année 1827; en 182J, I
il n'en paraissait que 598 ; les I
nombres suivans, relatif-. ;iux
litatset territoires en particu- J
lier, se rapportent aussi à l'an- ;
née 1825. Le directeur général I
tles postes annonçait, dans son
rapport au congrès, que l'on
pouvait regarder ce nombre
comme complet, aucun jour-
nai important n'ayant été omis. |
EntSifi, on en publiait 62.
6oo
ESSAI STATISTIQUE
NOMS
des
rARTIES DU MONDE
ET DES ÉTATS.
POPULATION.
Richmond
Norfolk '
Massachussets
Boston
Salem
Connecticut
Maryland
Baltimore
New-Jersey
Kentucky
Loniswille
Tenessee
Nashville
Georgia
Savannah
Sud-Caroline .' .
Charleston
Indiana
Maine
New-Hampshire
Alabama
Nord- Caroline.
Rhode-hland
Providence
Vermont
District de Colombie. . .
Washington
Louisiane. ........
Nouvelle-Orléans. . . .
Mississipi
Natchez ,
Missouri
Saint-Louis
Illinois
Delaware
Micldgan
République de Colombie
Santa - Fé de Bogota. .
Caraccas
Panama
Quito
Guayarmil
12,000
8,000
523,ooo
55,ooo
i3,ooo
275,000
407,000
70,000
278,000
564,ooo
8,000
421,000
4,000
409,000
8,000
5o3,ooo
37,000
147,000
298,000
244,000
208,000
639,000
83,ooo
16,000
236,ooo
34,ooo
12,000
i53,ooo
40,000
75,000
5,ooo
67,000
7,000
55,ooo
73,000
9,000
3,000,000
3o,ooo
35,ooo
20,000
70,000
•22,000
OBSERVATIONS.
4?
3?
35
20?
4?
23
22
H?
18
18
4?
i5
2?
14
4?
xi
4
12
12
11
10
10
9
3?
8
5?
7
18?
7
3
6
3
, 5
4
1
20
4
2
La liste publiée dans le sa
vant journal intitulé : t/ie IVi7es
IFeekly Remisier, ne porte que
ce nombre. Comme les infor-
mations que nous nous som-
mes procurées sur la ville
de la Nouvelle-Orléans nous
donnent, dans la même année
et pour cette ville seule, un
nombre supérieur à celui
qu'on assignait à toat l'Etat,
nous croyons qu'il s'est glisse
quelques erreurs dans la liste
susmentionnée ; nous nous con-
tentons d'en faire la remarque,
n'ayant pas la possibilité de
rectifier ces erreurs.
SUB LA PRESSE PERIODIQUE.
601
■■■■ ""
aepM^«K««x«a«xK»a»
NOMS
m ii
îles
PARTIES DU MONDE
l'Ol'Ul.AIION.
OBSERVATM AS.
ri 1 • i •- i i' \ i -
s 1
Confédér. del'Amériqi i.
CENTRAT.K
x,6oo,ooo
5?
Nouveau- Guatemala. . .
4o,ooo
i
( 'i>M 1 \U !.. MEXICAINE . .
7,5oo,ooo
28
Mexico
180,000
7
(ruadalaxara
70,000
4
Oaxaca
/to,ooo
2
Pnebla
70,000
1 5,000?
2
2
Vera-Crux
Merida
10,000
2
Ki p. nu Bas-Pérou. . . .
1,700,000
19
Lima
80,000
9
Arequipa , . . .
36, 000
4
Cusco
46,000
9,000
4
2
Truxillo
Rép. nu Haut-Pérou , ou
Bolivia
i,5oo,ooo ?
4?
Charcas, la Mata , ou Chi-
quisaca
20,000
1
Potosi
40,000?
65o,ooo
1
M)
Conf. du Rio de la Plata.
Pmenos-Ayres
80,000
17
1,400,000
16
Santiago
55,ooo
10
Empire DU BrÉSIL. . . .
5,ooo,ooo
8
Ce nombre do journaux pa-
Rio-Janeiro
140,000
3
raissait en 1822. Nom nous
sommes assurés que, non
120,000
3
seulement il n'a pas augmenté,
Pernarabnco
60,000
2
mais qu'il a même diminué;
2,290,000
3o
car il n'eu parait plus qu'un
Qnebeck (Canada.) . . .
22,000
2
Montréal (A/.)
25,000
4
Kingston (Jamaïqne). . .
33,ooo
2
1,240,000
4?
La Havane (île de Cuba).
i3o,ooo
3
Amérique néerlandaise.
114,000
( Paramaribo.)
2
240,000
3
•
(Guadeloupe, Martinique
Amérique danoise. . . .
1 10,000
4
5 00
r
Ce journal wt actuellement
6o2
ESSAI STATISTIQUE
NOMS
des
PARTIES du monde
ET DES LTATS.
République d'Haïti. . . .
Port-au-Prince
ASIE
Calcutta (Inde anglaise). .
Serampore
Madras
Bombay
Surate
Colombo (capitale de l'île
de Ceylan)
Malacca
Georgstown (cap. de l'île
du Prince de Galles). .
Sincapoure (cap. de l'île
du même nom ). . . .
Smyrne (Turquie d'Asie).
Pékin (empire chinois). .
Macao. .
OCÉANIE
Sidney (N. Galles du Sud,
dans la N. Hollande). .
Hobarttown ( île de Van
Dieuaen)
Launceston (île de Yan
Dieinen)
Batavia (île de Java). . .
Bencoulen (île de Sumatra)
Otaïti (île de l'archipel de
la Société)
AFRIQUE
Freetown ( Sierra Leona ,
dans la Senegambie an-
glaise). . . . . .
Cap-Coast (Côte-d'Or, en
Guinée)
Bathurst (île Sainte-Marie,
Gambie )
Le Cap (Afrique australe).
POPULATION.
M 5
ta o,
O \
Éi «
OBSERVATIONS.
950,000
3o,ooo
390,000,000?
5oo,ooo ?
12,000 ?
5?
3
27?
9
. 2
le plus boréal du globe. 11 pa-
raît in - 8°, sous le titre de
Klostei-Posten ( poste du mo-
nastère), parce que la maison
de M. Stephanson, qui en est
le rédacteur, était autrefois un
couvent.
3oo,ooo
4
162,000
3
-
45o,ooo
1
1
5o,ooo
1
8,000?
1
1O5O00
1
,
1 5,ooo
2
i3o,ooo
1
i,3oo,ooo ?
1
1 5,ooo
20,000,000 ?
1
9
Ce journal est écrit en lan-
gue portugaise, et se distin-
gue par la beauté de son exé-
cution typographique.
10,000
4
4,000
2,000
1
1
C'est le journal le plus mé-
ridional du globe.
46,000
1
10,000
1
7,000
1
60,000,000?
12
6,000
1
8,000
1
2,000
18,000
1
2
Ce journal a ccss» de pn-
raître.
si i; LA PRESSE PÉRI0DIQ1 E.
5o3
•-_-.« wmmm
-- -
NOMS
des
POFUL4TIOH.
£ a
OBSERVAT 10 Y. S.
Pi | I IhS 1)1 Sl'iNDI
c S
j
2
a
Port-Looia (île de France).
18,000
2 ■
' L'un «le ers journaux est
rédigé en anglais, l'autre en
français.
Saint-Denis (île liourbon).
1 4,000 ?
2a
'Ces deux joti maux, rédigés
tous deux en français, profes-
sent des principes opposés.
rrFpoli (Barbarie). . . .
Le Ci ire ( Egypte ). . . .
1 5,ooo
1 3
3 Ce journal est rédigé en
afio,ooo
I
français. Il n'est point rendu
public par la voie de l'impres-
Fonchal (ile Madère). . .
20,000
I
sion, mais par un grand nom-
bre do copies faites à la main.
RÉSUMÉS GÉNÉRAU.
X PAR
TIELS.
CONFEDERATION AnGI.O-
Américaine, ou ÉtATS-
Unis de l'Amérique du
Nord
1 1,600,000
800
'
Mo.VARCHIE ANGLAISE. . .
142,180,000
578
Totat, des Etats d'origine
anglaise
153,780,000
i378
Tôt ai, de tous les autres
Etats du globe
583,220,000
1790
RÉSUMÉ GÉ!
VÉRA
lL.
Europe
227,700,000
2142
Amérique
39,300,000
978
Asie
390,000,000
60,000,000
27
12
Afrique
OcÉANIE
20,000,000
9
Total générai, pour tout
LE GLOBE
737,000,000
3i68
j
A. Ralbi.
604 VOYAGE
Voyage aux eaux de'Pietrapola, canton de Fiumorbo ,
1 en Corse ; (juin 1827. )
N. du R. — Cette relation , qui nous a été envoyée par l'un de nos
corresponclans les plus dignes de confiance , nous a paru propre à
donner une idée de la Corse, de ses habitans , des ressources que la
culture pourrait y trouver et des moyens d'en tirer le meilleur parti.
Lorsque l'industrie et les arts auront atteint , dans cette île , le degré
de prospérité qu'ils peuvent y atteindre, aucune partie du territoire
français ne surpassera son opulence , l'activité de son commerce , les
agrément de ses sites , et peut-être même la salubrité et les délices de
son climat.
Le 12 juin, à trois heures du soir, nous quittâmes le port de
Bastia. Le tems était calme, la brise de terre nous manqua. Le
lendemain au lever du soleil nous n'étions encore qu'en face
du mont Sant-Angelo , qui domine le riche canton de Casinca,
dont les collines offrent un agréable mélange de champs , de
vignes, de vergers, de bocages d'oliviers et de châtaigniers;
Vescovato se cachait à nous dans le vallon où il est enseveli.
Mais les villages de Loreto, de Porri, de la Penta , de la Ven-
zolasca, et de Castellare, présentaient leurs élégans clochers et
leurs masses compactes, au milieu des forêts de châtaigniers qui
s'élèvent majestueusement presque jusqu'au sommet de la mon-
tagne. Plus loin, les cantons de Tavagna et de Moriani conti-
nuaient ce magnifique rideau de verdure.
A midi, nous avions en vue la petite ville de Cervione, au-
trefois résidence de l'évêque d'Aleria , et qui, jusqu'à la der-
nière organisation judiciaire, fut le siège d'un tribunal civil.
Elle est située sur le flanc de la montagne qui borne au sud
l'horizon de Bastia. Les hauteurs qui la dominent sont dépour-
vues de grands bois. Au-dessous se déploient, sur de charmans
coteaux, les vignobles renommés qui ont ajouté depuis quelque
tems à la liste des vins les pins exquis et les plus recherchés. Il
est à regretter que l'air de ces collines soit peu salubre pen-
dant les chaleurs de l'été , et qu'on ne puisse habiter sans dan-
ger les maisons de campagne qui couronnent ces hauteurs.
AUX EAUX DE PIETRAPOLA. 6o5
Le soleil se cacha le soir derrière les hantes cimes de Pie-
trtde Verdé el des monté qui donnent naîsssance à la rivière
d'Alésant Nous passâmes durant la nuit devant, la plage d'A-
leriâ el près dos étangs dé Diane et d'Urbino. Le lendemain, i 4>
nous côtoyâmes la forêt de pins qui borde le rivage jusque
près des bords de la rivière dû l'iumorbo. ,
Nousavions devant nous un tableau de la plus grande magni-
ficence. Les monts de Ghisoni et de Raparo ceignent en amphi-
théâtre une plaine de plus de trente milles de longueur, sur cinq
de profondeur. Les neiges arrêtées dans les déchiremens de
leurs sommets rendent plus sensible la chaleur extrême qu'on
ressent sur la plage. Les villages d'Isolaccio, de Prunelli, d'Or-
naso et de Sari, les débris du château de Covasina ne sont que
des points presque imperceptibles au milieu des masses de ro-
chers qui les environnent. Sous nos yeux , le Fiumorbo , retenu
derrière une barrière de sable, forme un canal sinueux , bordé
d'ormes et de frênes, que surchargent les rameaux de la vigne
sauvage. Dans ce bocage, on se croit on instant transporté sur
une de ces îles riantes que la Loire forme en traversant l'Anjou.
Mais la mort attend ici, dit-on, l'imprudent qui voudrait y fixer
son séjour.
Une trentaine de paysannes , prévenues de notre arrivée , se
disputent nos bagages. Pour 3o sous, elles transportent dans la
montagne de Pietrapola , à une distance de douze milles, des
fardeaux du poids de 70 à 80 livres, de 100 quelquefois. On
leur abandonne les ballots, les sacs, les corbeilles ouvertes,
qu'elles chargent sur leur tête. On peut être assuré qu'il ne
manquera rien à l'arrivée. Les hommes amènent des montures
et des mules de charge dont la course se paie trois francs.
Nous partons , faiblement gauantis par nos parasols des
rayons d'un soleil presque perpendiculaire. Nous laissons der-
rière nous les frais et dangereux ombrages du Fiumorbo; nous
traversons le domaine du Migliaciaro , fameux par son immense
étendue, la fertilité de ses terres, et par les démêlés qu'il a ex-
cités long-tems entre ses possesseurs , les Spînola de Gênes , et
les habitans d'Isolaccio : plus d'une fois les récoltes en furent
6oÔ VOYAGE
enlevées à main armée. Nous passâmes entre des enclos fermés
de haies sèches. A voir les épines, les fougères et les énormes
chardons qui couvrent ces champs, et à travers lesquels on a
peine à démêler les épis , on reconnaît à quel point la culture
est arriérée ou a rétrogradé. L'air de cette plaine est considéré
comme très-dangereux, à partir du solstice d'été jusqu'au milieu
du mois d'octobre (i).
Après trois quarts d'heure de marche , nous passons à côté
des ruines du château Spinola, incendié lors des derniers trou-
bles. Les murs , en brique et en moellon, sont encore debout
et ne donnent pas une grande idée de ce qu'il a pu être.
Nous entrons bientôt sous un épais couvert de châtaigniers ,
aux pieds desquels coule un ruisseau retenu dans un canal ,
et qui fait tourner un moulin peu éloigné. Nous faisons halte
au milieu de hautes fougères qui couvrent tout le terrain envi-
ronnant.
A un demi - mille de là, on entre dans une gorge de mon-
tagne, côtoyant la rive gauche delà rivière d'Abbatesco, qu'on
aperçoit à peine au milieu des énormes blocs de granit gris et
verdâtre qui encombrent son lit ; mais ses mugissemens se mê-
lent au chant des oiseaux qui remplissent les bois environnans.
A droite , la montagne s'élève par une coupe presque verticale,
où croissent, parmi des rochers entassés les uns sur les autres,
le chêne vert {leccid) et les lièges; au-dessous, l'alaterne, l'ar-
bousier, le lentisque et la bruyère arborescente forment, d'é-
pais massifs. L'aulne, que l'on trouve en Corse sur le bord de
tous les torrens, occupe le lit même de la rivière, qu'il couvre
ça et là d'une ombre impénétrable.
On suit pendant deux heures les sinuosités de l'Abbatesco
en traversant un grand nombre de ruisseaux qiw s'y jettent;
(i) L'état actuel des arts permettrait d'entreprendre avec succès l'as-
sainissement de cette côte , le creusement des canaux pour l'écoule-
ment des eaux stagnantes et le dessèchement des marais : ce serait un
des plus louahles emplois des dragues mues par des machines à vapeur.
A. du II.
U \ EAUX DE PIETRAPOLA. 60^
l'on arrive: enfin à un monticule séparé par des ravins d< ;
deux lianes de la montagne : c'est le site qui recèle les sources
de Pietrapola.
Du point le plus élevé du sentier étroit qu'il faut gravir, < 1
OÙ M. le commandant du poste de PrunelH a fait construire
une maisonnette solide et fort propre, on aperçoit les vapeurs
qui s'échappent sans cesse de ce lieu, et une partie du tèrre-
plein où se plantent les tentes. Le propriétaire de ce champ
perçoit pour chacune d'elles une somme de trente sous, et au-
tant pour l'emplacement d'un frascalo qui estime tonnelle en
feuillage où l'on se procure un abri contre ia chaleur du jour.
Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas faire cette dépense
s'établissent à droite et à gauche du petit sentier qui, de la
maisonnette du commandant, conduit au terre-plein. Un drap
tendu sur une perche posée sur deux fourches élevées de trois
à quatre pieds de terre, forme ordinairement le seul abri des
pauvres gens.
On a fait dans les dernières années une si grande consom-
mation de bois pour les supports et la couverture desfrascati,
qu'il commence à manquer aux environs (la camp. Dans peu ,
on sera obligé de l'aller chercher à d'assez grandes distances.
Les arbres de trois à quatre pouces de diamètre coupés dans
cette saison ne repoussent plus.
Les sources chaudes sortent à différentes hauteurs du monti-
cule, à partir de son sommet jusqu'au bord de la rivière dans
le lit de laquelle elles s'écoulent.
Celle qui alimente les deux grands bassins, remis depuis
quelques années en état, l'un pour les hommes , l'autre pour les
femmes, s'échappe horizontalement, avec une force remar-
quable, des débris d'un ancien conduit en ciment, au pied
dune vieille muraille de trente pouces de hauteur, sur laquelle
passe le sentier dont nous avons parlé. La température de cette
source est de 44 degrés 1/2 de Réaumur. Le volume d'eau
qu'elle fournit peut être évalué à trente litres par minute. Les
deux bains qu'elle entretient sont construits à ciel ouvert, dans
le plan de l'escarpement de la rive gauche de l'Abbatesco. On
6o8 NOY^GE
n'y est garanti du soleil et de la pluie que par une couverture
en feuillage, soutenue par des traverses trop basses pour qu'on
puisse se tenir debout sur le gradin qui règne alentour. Cha-
que bassin peut recevoir vingt - quatre personnes à la fois.
Comme l'eau s'y épanche presque immédiatement, la tempéra-
ture en est si élevée qu'au bout de 12 ou 1 5 minutes on en sort
en hâte, et la sueur ruisselant sur le visage, pour aller transpirer
dans une couverture, sous la tente.
Des grands bassins au camp, d'autres sources , à droite et à
gauche du sentier, sur une longueur de 35 à 40 pas, forment
de petites flaques vaseuses , du fond desquelles l'eau s'élève en
émettant de tems à autre des bulles d'air. Auprès de la maison-
nette du commandant, une de ces sources, plus abondante
remplit un bassin taillé dans le roc et qui peut contenir quatre
ou cinq personnes. Cet ouvrage qu'on doit à M. B. , est surtout
apprécié par les dames, qui s'en partagent la jouissance à diffé-
rentes heures du -jour.
Le long de l'escarpement, du côté de la rivière, coule une
autre source à une certaine hauteur; ceux qui sont affectés de
tumeurs, de plaies, ou de douleurs locales, en forment des
douches, au moyen de roseaux creux ou de tubes de fer-blanc;
le tout en plein air, à l'ardeur du soleil, au milieu de rochers
entassés, et dans ia situation la plus incommode que l'on puisse
se figurer.
A quelques pas de là , un autre jet , aussi abondant que celui
des grands bassins, et d'une température plus élevée encore,
s'écoule inutilement dans le lit de la rivière.
En gravissant le rocher, qui domine de 12 ou i5 pieds le
sentier, on arrive à un plateau formant au nord un marais
tourbier, de cinq ou six arpens d'étendue, et où croissent,
parmi les joncs, le myrte et la bruyère. Ce marais est formé par
d'autres sources chaudes, mais d'une température plus basse.
Elles ne peuvent être amenées ainsi au point le plus élevé
du monticule que par le moyen d'un siphon naturel. Au
midi, et sur un espace découvert, est posté, sous des
tentes, le détachement de troupes de ligne envoyé de Prunelli
AUX KA1\ DE PIETRAPOLA. Coy
pour maintenir l'ordre sur le lieu , pendant la saison des
bains.
M. L., l'un des propriétaires les plus aisés d'Isolaccio, et sous-
lieutenant < I * * s voltigeurs corses, fait construire sur ce point
nue maison distribuée en douze ou quinze chambres, avec un
bain au re/. - de- chaussée, où se réuniront en partie les eaux
perdues au sommet du plateau. Au moyen de quelques tran-
élues, le marais sera facilement desséché et cette position as-
sainie.
Toutes ces sources, quel que soit leur degré de chaleur,
donnent une eau très-limpide , ayant l'odeur et le goût d'œufs
durs. On vante leur efficacité contre les maladies cutanées et
les plaies rebelles. Elles conviennent aussi aux douleurs rhu-
matismales, aux paralysies et aux engorgemens des systèmes
glandulaires; mais on y a souvent recours pour des affections
auxquelles elles sont contraires.
Il existe à Guagno, canton de Vico , dans l'arrondissement
d'Ajaccio, des eaux thermales de même nature. L'administra-
tion n'a rien épargné pour y fonder, dans ces derniers tems,
un établissement militaire important, dont l'industrie a profité
pour y offrir des logemens commodes au public. On espère
cpie l'autorité portera maintenant son attention sur les sources
de Pietrapola. Il faut convenir que , jusqu'à présent, l'état du
Fiumorbo n'avait pu permettre de tourner les vues de ce
côté.
Le dimanche 24 juin , M. L. nous a envoyé des chevaux, et
nous sommes montés au village d'Isolaccio. Il faut une heure
pour s'y rendre. Chemin faisant, nous observâmes combien ces
montagnes sont riches en cours d'eau , en bois de chênes verts
et en terrains propres au châtaignier. Un grand nombre de
plateaux et de pentes douces pourraient former des prairies
artificielles. On voit quelques clos de vignes sur les croupes les
mieux exposées; mais pas un arbre fruitier n'a frappé nos re-
gards, et nous n'avons aperçu qu'un seul jardin potager, tout
récomment défriché et enclos.
Quoique la commune d'Isolaccio comprenne 3i2 feux, le
t. xxxvn. — Mars 1828. 3p
f)io VOYAGE
village n'oflVe qu'un groupe d'une vingtaine de maisons. Le
reste des habitans est éparssurune surface de plusieurs lieues,
dans des maisonnettes placées au milieu d'un champ, dans l'é-
paisseur d'un bois, près d'une rivière ou d'une source.
Isolaccio est situé dans une région assez élevée pour qu'on y
soit garanti des chaleurs de l'été. A cent pas coulent d'abon-
dantes sources d'une eau excellente et d'une fraîcheur déli-
cieuse ; tout auprès croissent d'énormes châtaigniers sous les-
quels un gazon fin forme un tapis qui n'est jamais flétri par
l'ardeur du soleil.
Des blocs de granit entassés en désordre tout autour, et om-
bragés de chênes verts , que la main de la nature a plantés
dans leurs crevasses, forment de vastes grottes qui offrent des
retraites aux troupeaux et aux bergers, en cas de pluie. A quel-
ques lieues de 'là sont les petits glaciers qui alimentent les
cours d'eau sans nombre dont le canton est arrosé.
Avant la messe, nous allâmes visiter l'école tenue par les
frères de la doctrine chrétienne. Elle est établie à Isolaccio, de-
puis dix-huit mois. Les habitans rendent chaque jour des ac-
tions de grâces au gouvernement pour cet inappréciable bieu-
fait. M. L. y a contribué pour sa part , en faisant bâtir pour
les frères un local commode et agréable, et dont l'administra-
tion paie le loyer.
Cette maison, d'où la vue s'étend sur les montagnes, sur
l'immense plaine du Fiumorbo et d'Aleria et sur la mer qui
borne l'horizon à l'est, renferme une chapelle où les enfans se
réunissent plusieurs fois le jour pour la prière; un dortoir, un
réfectoire , une petite cuisine. Le comble forme la classe, qui
peut contenir cent élèves. Tout y est dans un ordre et une pro-
preté admirables. La maison est environnée d'une clôture qui
comprend un jardin, arrosé d'eaux vives, et où les frères se
délassent, par les travaux de l'agriculture, de ceux que com-
portent leur évangélique et philantropique vocation (1).
(i) Uii trait aidera n peindre le caractère du Fiumorbais En voyant
les frères préparer la terre pour ensemencer des légumes , et planter
AUX EAUX DE PIETRAPOLA, Cn
Le supérieur , frère J.., est un homme d'environ quarante ans,
Biais que les travaux de son ministère, de pénibles voyages dans les
régions les plus éloignées du globe, et la sévérité de sa règle
peut-être, ont vieilli avant le tems. Il a bien voulu nous mettre
au fait de sa méthode d'enseignement. Aidé d'un seul jeune
frère (le troisième paraît voué aux détails de l'intérieur) , il peut
instruire à la fois plus de cent enfans , sans le secours des
moniteurs, qui sont, comme on sait, le caractère distinctif de
l'enseignement mutuel. Tandis que ce dernier système l'emporte
ailleurs sur la méthode des frères, on peut avancer, comme
une chose certaine, qu'eux seuls pouvaient obtenir, dans une
contrée comme celle-ci, les succès étonnans qui ont déjà cou-
ronné leurs soins.
Le canton du Fiumorbo ( composé des paroisses qui for-
maient anciennement la pieve de Corsa ), quoique l'un des
mieux partagés de l'île pour la fertilité du sol , le nombre des
rivières , et l'inépuisable richesse des pâturages et des forêts,
était resté jusqu'ici un des plus pauvres et des plus sauvages.
Outre ce qu'on pouvait dire sans injustice des mœurs de ses
hnbitans, le Fiumorbo était ordinairement le refuge des mal-
faiteurs de tous les autres cantons , qui s'y trouvaient protégés
par la nature du terrain et par d'autres causes.
On doit à la mémoire du général Montélégier, qu'une mort
prématurée a enlevé à l'amour des Corses au mois de novembre
1825, la justice de dire que c'est lui qui a commencé la civili-
sation de ce canton, où la force seule avait été reconnue in-
suffisante pour soumettre les habitans au joug salutaire de
l'autorité.
L'établissement d'un poste militaire permanent sur les hau-
des arbres fruitiers , les habitans s'étonnaient qu'ils prissent tant de
peine pour si peu de chose. Pourquoi vous fatiguer ainsi , leur disaient-
ils , lorsque le gouvernement pourvoit à votre nourriture et à votre
entretien ? Quant à nous, lorsque nous avons notre provision de blé ,
de porc et de fromage , nous ne connaissons pas de plus grand plaisir
(jne de dormir à l'ombre d'un chi'ne ou d'un rocher.
39.
fiia VOYAGE
leurs de Prunelli, la clef du Fiumorbo, est. un de ces actes de
prévoyance bienveillante qui décident du sort de toute une
contrée. L'heureuse adresse qu'il eut de métamorphoser insen-
siblement en un bâtiment solide et propre à recevoir deux
compagnies de troupes de ligne les tentes et les barraques du
détachement de Prunelli, fonda le premier point d'appui de
toutes les opérations qui ont assuré depuis au Fiumorbo le
règne de la loi, l'action de l'administration et l'autorité de la
justice,
Il entra, en outre, dans son plan d accorder sa confiance à
l'un des hommes les plus influens du canton, M. L., alors maire
d'Isoîaccio, et en même lems l'un des contumaces qu'y pour-
suivait, de loin et sans fruit , la force armée. Son père, ancien
notaire et juge de paix à Isolaccio, avait été une des victimes
qu'immola, aussi inhumainement qu'impolitiquement, dans le
Fiumorbo, le pouvoir arbitraire, en t8ii. Lui -même, impli-
qué depuis, sur une fausse dénonciation, dans les désordres
commis au Migliaciaro, se constitua prisonnier en 1823, et
fut acquitté honorablement. Il reçut, peu de tems après, le
grade de sous- lieutenant dans le corps des voltigeurs corses ,
où, quoique dans une position délicate , il a continué à justifier
la confiance dont il avait été l'objet.
C'est à partir de cette époque que le Fiumorbo a joui d'une
tranquillité constante; il s'y est commis peu de délits, et les
contributions y ont été perçues sans difficulté et avec régu-
larité.
On ne doit pas moins à M. le commandant B. , lieutenant de
roi à Prunelli. Quoique son. autorité paraisse bornée à cette
place , sa sagesse, la confiance qu'il a inspirée aux habitans le
font jouir d'une grande influence dans le canton.
Le frère J... nous assura qu'il était impossible d'annoncer
plus d'intelligence que n'en montraient les petits Fiumorbais. Il
nous fit voir leurs cahiers d'écriture française très- correcte et
très-nette. Un grand nombre de ces enfans est doué d'une faci-
lité surprenante pour le calcul. Le respectable frère se loue ,
d'ailleurs, beaucoup de leur exactitude et de leur docilité. Les
Al \ EA1 X DE WETRAPOLA. $i3
punitions soni rares , les récompenses recherchées ave* une
vive émulation, et les corrections i*eçues aVbc résignation et
avec fruit. Il a paru regretter qu'aucun de ces enfans ne mon-
trât de vocation pour son institut.
Le nombre de cenx qui fréquentent l'école cFIsolaccio est
de 8S. il était de plus de rooj avant qu'un maître d'école se
fut établi à Prunelli, distant d'une heure de chemin.
Nous nous rendîmes à l'église [>our entendre la messe. Les
femmes étaient séparées des hommes, et plus proprement vê-
tues qu'on ne le voit dans beaucoup d'autres riches cantons de
l'île. Leurs coiffes blanches ont un fond qui est formé par les
tresses de leurs cheveux qu'elles roulent autour de leur tète.
Les enfans étaient propres et assistaient à l'office divin avec at-
tention et recueillement. Combien ce tableau était déjà différent
de ce que j'avais vu , il y a deux ans, à pareille époque!
Lorsque les enfans entonnèrent harmonieusement le Domine,
sah'iun fa'c regem , je fus vivement ému de cet hommage rendu
par une jeune population naguère sauvage au père de fa
patrie.
Le premier signe de l'aisance et de l'esprit public dans la
plupart des villages de la Corse s'annonce par la construction
d'une église paroissiale que toutes les classes du peuple déco-
rent à l'envi. Souvent cela se fait avec un luxe qui dépasse les
moyens des paroissiens, et obère pour long-tems la fabrique.
On peut avec justesse appliquer aux Corses en général ce que
dit d'un autre peuple un historien célèbre :
In stippliciis Deoriun magnifici , domi parce, in amicoi fidèles.
Sàll.
En aidant les Isolacciens à rebâtir leur église, qui est dans un
état affligeant de dégradation et de pauvreté, et qui, d'ailleurs
est beaucoup trop étroite pour leur nombreuse population, le
gouvernement ajouterait un immense bienfait à ses autres bien-
faits. Une église vaste et propre offrirait aux babitans éoars
sur une aussi grande surface, et dont l'isolement perpétue l'état
sauvage , le motif le plus louable de se réunir fréquemment.
Le curé d'I&olaCcio est un homme qu'on eût dû choisir exprès
<5i4 VOYAGE
pour cette commune. Ses mœurs simples, son désintéressemen?,
sa tolérante charité , le zèle généreux qui le porte à aller visiter
et consoler ses paroissiens, même dans la saison la plus rigou-
reuse , au milieu des bois, dans les profondes vallées et à de
grandes distances, le rend précieux à son agreste troupeau.
L'état sanitaire du canton nous a été décrit avec une sagacité
remarquable par le chirurgien major du poste de Prunelli ,
M. D... , jeune Bernois, qui, depuis un an, a rendu les plus
grands services à ce pays isolé, privé , avant lui , de toute es-
pèce de secours de l'art. Les Fiumorbais envisagent comme un
jour de deuil celui où le retour sur le continent du régiment
capitulé leur enlèvera leur docteur chéri.
Pour les cœurs bien faits, les services rendus sont des liens
aussi forts que ceux de la reconnaissance elle - même. M. D...,
en parcourant les montagnes et les plaines de Fiumorbo, secou-
rant les pauvres malades, fournissant gratuitement des remèdes,
enseignant aux habitans à se garantir d'une foule de maux par
une diète et des habitudes tout autres que celles qu'ils avaient
suivies jusqu'ici, s'est insensiblement attaché à eux. Si l'auto-
rité accueille le vœu que doivent lui soumettre les communes
qui composent le canton, M. D... sera fixé, en qualité de chi-
rurgien major en titre, dans la place de Prunelli. Cette mesure
peut concourir très-utilement aux plans d'amélioration de toute
cette contrée. Les connaissances solides que possède M. D...
dans les différentes branches de l'art de guérir, ainsi que dans
les autres sciences naturelles , rendront en outre son séjour
a Prunelli précieux pour les personnes qui recourent aux eaux
de Pietrapola , et dont un si grand nombre , cette année, ont eu
à se louer de ses connaissances pratiques , de son zèle £t de son
urbanité.
De retour d'une promenade à la pointe de Vacilé, où l'on
jouit d'une vue admirable, nous trouvâmes sur la place une
foule d'enfans qui attendaient l'heure des vêpres. Ils portaient
tous un assez gros livre sous le bras. Nous en prîmes deux, au
hasard, qui nous lurent couramment, et sans la moindre hési-
tation, plusieurs pages en français, prose et vers (évangiles,
M \ EAUX DE P1ETRA.P0LÀ. 6i5
prières el cantiques ). Us répondirent en français à toutes les
questions que non, leur adressâmes. On peul prévoir qu'avant
dix ans [solacçio scia de tous les villages de la Corse celui
où la langue de la métropole sera le plus en usage. Si cette
instruction primaire éveille l'industrie de la génération qui s'é-
lève, il sera facile, en répandant des livres élémentaires d'a-
griculture, de jardinage et de mécanique, de mettre le peuple
à même de lirer parti des biens que la Providence lui a pro-
digues.
Nous redescendîmes aux bains, en passant par Prunelli ,
dont les magnifiques aspects surpassent tout ce que les plus
riches tableaux peuvent réunir pour charmer la vue.
Lorsque nous arrivâmes au camp, un groupe nombreux était
formé autour du commandant. Un paysan du canton de Sorba
. refusait aux entrepreneurs du nettoyage des bassins les trois
sous qui forment la rétribution i\uc par chaque baigneur pour
tonte la saison. Le pauvre diable, affecté d'une obstruction de
ia rate et du foie, qui, chez lui, avaient pris une extension
monstrueuse, refusait de payer le droit, sous le motif qu'il
s'avait pris qu'un seul bain , le docteur lui en ayant après
interdit l'usage. Le commandant, choisi pour arbitre, était
d'autant plus embarrassé de vider le différend que le défen-
deur ne voulait ni payer ni qu'on payât pour lui. Le juge l'en
dispensa, par le motif que le jour où le bain unique avait été
pris , l'eau du bassin était sale et infecte au dernier degré,
faute d'avoir été renouvelée à l'époque prescrite, moyen au-
quel l'homme de Sorba n'avait point songé, mais qui aurait
pu lui être suggéré par plus d'un de ses compagnons d'in-
fortune.
Arriva dans ce moment une femme tout éplorée , disant
que le paysan qui s'était chargé de la garde des deux mules
qui l'avaient amenée avec sa famille les lui faisait attendre
depuis cinq jours. Toutes ses provisions étaient épuisées. Qu'al-
lait-elle devenir, sans amis et sans argent ? Son adversaire ob-
jectait que les mules s'étaient écartées du lieu où on les avait,
mises paiîrc et que, n'ayant reçu que vingt-cinq sous pour la
6i6 VOY. AUX EAUX DE PIETRAPOLA.— DISCOURS, etc.
garde de ces animaux durant quinze jours, il ne pouvait être
astreint à la responsabilité qu'on voulait faire peser sur lui.
L'arbitre estima néanmoins que l'homme devait fournir im-
médiatement, et à ses frais, deux montures à l'étrangère, tous
droits réservés pour la perte réelle ou prétendue des animaux.
Il ajoute que si 25 sous étaient peu pour i5 jours de garde,
les deux mules étaient beaucoup trop. Un règlement municipal
pour la saison des bains préviendrait *àe pareils inconvéniens.
Le 3o juin, nous fîmes nos dispositions de départ. Le camp
s'éclaircissait d'heure en heure, tant par la crainte du mauvais
air, qui , à cette époque, envahit, dit-on, le site de Pietrapola,
qu'à cause de l'horrible infection que répandaient les corps
des chiens tués par les soldats, pour vols de fromage et de
lard dans les tentes. Le poste militaire allait être' levé; le com-
mandant quittait le lendemain sa maisonnette pour remonter
à Prunelli.
Le 2 juillet,, à midi, j'étais rentré dans mon asile, plus ba-
sanné, mais beaucoup mieux portant que lorsque je l'avais
quitté.
Discours sur la Vérité (i).
Si nous portons nos regards sur les sociétés humaines, nous
voyons que tous les maux qui les ont désolées ont pris leur
source dans quelque erreur. Si nous demandons à là philo-
sophie quels sont, entre les hommes les plus célèbres , ceux que
l'humanité place au premier rang parmi ses bienfaiteurs, la
(i) Ce discours, lu par l'auteur dans uue séance publique de la
Société philotecJinique et dans une séance d'ouverture de V Athénée
de Paris, a déjà obtenu d'honorables suffrages qui nous assurent
d'avance que nos lecteurs aimeront à le trouver dans ce Recueil , émi-
nemment consacré au culte de la vérité et à l'utilité publique.
M. A. J.
DISC01 lis Si II LA \ ÉRITÉ. 6i}
philosophie nomme l<- petit nombre de sages dont, la vie fut
v ouée à li vérité, ions les témoignages se réunissent donc pour
noua montrer dans la vérité l'un des Mens les plus chers à
f homme, l'un des premiers besoins de la société. Je n'aurai
donc point accompli une tâche inutile, si je parviens à retra-
cer la nature et les caractères delà vérité , si je rappelle quel
que*-uns de ses bienfaits, si j'offre à ses augustes favoris un
hommage avoué par la vérité elle-même.
Qu'est-ce que la vérité? La réponse paraît peu difficile. Nous
nommons la vérité ce qui est ; nous nommons le faux ce que
n'est pas. Rien de ce qui existe n'est faux ; rien de ce qui n'existe
pas n'est vrai.
Ainsi, en cherchant la source de toute vérité , nous sommes
ramenés à la source de toute existence, à la Divinité : ainsi, le
plus parfait des êtres mortels est aussi, des êtres mortels, le
plus fait pour la vérité. Sa lumière émane de Dieu même, et
c'est pour l'homme qu'elle descend sur la terre.
Honneur à ce noble attribut de la nature humaine, qui l'é-
lève au-dessus de toutes les autres natures! Honneur à cet ins-
tinct inné , à cet attrait impérieux qui nous porte incessamment
vers la vérité ! La brute ignore et jouit : l'homme s'inquiète et
veut connaître. La vérité est l'aliment de son esprit, le besoin
de sa raison, la divinité de son cœur. Pour elle, il embrasse les
plus pénibles travaux; il dispute sa vie aux charmes du som-
meil; il affronte les menaces de l'Océan, et la foi douteuse
d'une plage inconnue. A sa voix, il triomphe de tous les obs-
tacles ; il fait plus : il triomphe de lui-même. C'est la vérité qui,
sous le nom de conscience, érige au fond de son ame un tribu-
nal incorruptible , cite l'homme en jugement devantson propre
cœur, appelle de sa volonté à sa volonté même , et pèse les pas-
sions à la balance du devoir. Faut -il rendre témoignage à la
vérité? En vain, vous lui montrez l'exil, les fers, la mort: il
les brave, fier de souffrir pour une aussi noble cause. O su-
blime épreuve, où triomphe, la dignité morale de l'homme ! Il
est donc un bien que le cœur humain préfère aux richesses ,
au repos , à la liberté, à la vie, la vérité ! C'est elle qu'i 1
618 DISCOURS
revendique au milieu des dangers, qu'il atteste au milieu des
souffrances : c'est elle qui conduit Descartes sur la terre de
l'exil, Galilée d;ms les cachots de l'inquisition, La Peyrouse
aux confins du monde, Barnevelt à l'échafaud.
Assistons un moment par la pensée à cette noble victoire :
descendons ensemble sous ces voûtes obscures qu'habitent le
crime et la douleur. Là repose, chargé déchaînes et promis
à la mort, un martyr de la vérité. Sous le règne des faux: dieux,
il a proclamé un Dieu suprême , et ils l'ont condamné à mourir.
Il a pu racheter sa vie en se reconnaissant coupable : « Non,
a-t-il répondu ; je ne donnerai point aux hommes l'exemple de
préférer la vie à la vérité.» Ses amis, ses disciples venaient, en
pleurant, baiser ses chaînes; il les a consolés, et maintenant ,
calme et résigné, il s'eutretient avec eux du Dieu qu'il adore et
de l'immortalité qu'il espère. Enfin , le moment est arrivé ; l'es-
clave lui présente la coupe empoisonnée : Socrate le bénit,
reçoit le vase en souriant, l'épuisé, reprend l'entretien qu'il
n'a fait qu'interrompre, et près de s'endormir de l'éternel som-
meil, sa dernière parole, sa pensée dernière est encore pour
la vérité.
A côté de ce tableau, contemplons un tableau bien diffé-
rent.
Un grand homme a dérobé le secret de la nature et dévoile
le système du monde. L'inquisition l'a jeté dans les fers. Moins
heureux que Socrate, il a fléchi , et le génie à genoux vient de
prononcer le désaveu menteur imposé par la violence. Étonné
de son parjure, accablé sous le poids de la vérité qu'il vient
d'abjurer, d'abord il reste immobile, silencieux et l'œil fixé
vers la terre. Tout à coup, un cri s'est échappé de sa conscience ,
en face des juges qui viennent de le condamner, frappant du
pied cette terre que leurs arrêts déclarent immobile : « Elle
marche, » dit-Il; et l'histoire a recueilli cette éloquente pro-
testation de*la vérité subjuguée par la tyrannie.
Tel est l'ascendant suprême de cette vérité , qu'on peut
proscrire et qu'on ne peut étouffer. Tous les siècles sont pleins
de ces témoignages de son pouvoir : tout le manifeste, tout ,
SUR LA. VÉRITÉ. (>\<j
jusqu'à l'erreur elle-même. L'erreur existerait- elle si L'esprit
humain était moins avide de vérité? Indifférent pour elle, il
se reposerait dans son ignorance, s'il s'égare, c'est en cherchant
le vrai ; *» ' i l se trompe, c'est qu'il veut connaître. L'erreur, par
sa tente existence, proclame L'empire de la vérité.
Disons plus : si le faux parvient quelquefois à nous séduire ,
e'est encore à la vérité qu'il doit ce triomphe usurpé. C'est en se
mêlant avec clic, c'est en revêtant son apparence, qu'il fascine
nos sens et se glisse dans nos esprits. S'iLnous abuse, c'est à la
laveur de la vraisemblance dont il sait s'entourer. La vraisem-
blance est un hommage que le mensonge rend à la vérité.
Mais cette ardeur de l'homme pour la vérité est-elle l'effet
d'un aveugle et stérile instinct, ou l'effet d'un rapport intime
entre la nature de la vérité et la nature de l'homme ?
Rappelons tour à tour a notre pensée les principaux élémens
de notre destinée, et nous reconnaîtrons que toute la félicité ,
toute la grandeur de l'homme se fonde sur la vérité.
Qu'est-ce que la liberté ? C'est la vérité dans les institutions.
Qu'est-ce que la justice? C'est la vérité dans les lois et dans
leurs organes.
Qu'est-ce que la religion , cette religion pure et sainte , que
n'altèrent point les superstitions, et qui n'apporte sur la terre
que des consolations et des bienfaits ? C'est la vérité dans les
croyances.
Qu'est - ce que la philosophie ? C'est la recherche de la
vérité.
Qu'est-ce que les sciences? Des collections de vérités ou de
méthodes pour trouver la vérité.
Qu'est-ce que l'éloquence? L'expression énergique de la
vérité.
Qu'est-ce que les beaux-arts, ce luxe charmant de la vie et
de la civilisation ? L'imitation de la vérité.
Justice, religion , liberté, sagesse, science, génie, tel est donc
le cortège de la vérité. Homère, Socrate, Newton , L'Hôpital,
l'énélon, Franklin, toutes ces gloires si diverses reposent éga-
lement sur elle.
trio DISCOURS
Pour apprécier l'étendue dé ses bienfaits, est - il besoin de
leur opposer le souvenir des maux causés par l'erreur ? L'er-
reur! Tous les malheurs du genre humain ne sont-ils pas son
ouvrage? Parcourez l'un et l'autre hémisphère; remontez le
cours des siècles : partout où vous verrez du sang ou des larmes,
attendez-vous à rencontrer l'erreur.
Qui , dans les forêts celtiques, offre à d'effroyables divinités
des victimes humaines? Qui, sur les rives de l'Inde, entraîne
une veuve égarée sur le bûcher d'un époux? Qui, dans Rome
dégénérée, dévoue à d'horribles supplices les martyrs dune
religion naissante? Qui soulève l'Europe et précipite sur l'Asie
ses hordes fanatiques ? Qui suscite entre Rome et Genève ces
divisions homicides? Quidéchaîne le monstre de l'inquisition?
Qui sonne les sanglantes matines de la Saint-Barthélémy ? Qui
porte le poignard dans le cœur du plus français de nos rois?
Qui rejette du sol natal ces tribus fugitives ? Qui promène l'é-
chafaud sur les Cévennes épouvantées? Qui, sous les yeux de
la philosophie indignée, condamne aux tortures ce vieillard in-
nocent, plonge cet enfant dans les flammes? Qui livre au cime-
terre des barbares les premiers nés de la civilisation euro-
péenne ? Qui sème avec une prodigalité cruelle, dans les codes
de la moderne Europe, l'infamie et la mort? Qui réfléchit sur
une famille entière la honte d'un seul coupable ?Qui commande
à l'honneur abusé de laver dans le sang une légère injure? L'hu-
manité gémissante répond : L'erreur, toujours l'erreur!
Et c'est en présence de ces excès que des esprits légers ou
dépravés osent regarder l'erreur avec indifférence, jouer avec
elle , et répondre par un froid sourire aux défenseurs de la vé-
rité ! Que dis - je ! n'entendons-nous pas tous les jours répéter
que l'erreur est souvent utile au bonheur des sociétés , que
l'homme a besoin d'être trompé, qu'il est des déceptions néces-
saires, qu'il est des préjugés respectables ?...
Professeurs de mensonge, portez vos maximes aux tyrans.
C'est à la tyrannie à les accueillir : la tyrannie seule a besoin
de tromper. La déception est sa constante auxiliaire. « Le plus
fort, a dit un grand écrivain, n'est jamais assez fort pour être
m R LA VÉRITÉ c>?.i
tpujoura le maître, s'il oe transforme sa force endroit el l'o-
béissance en devoir. > J )e là i -i 1 1 1 d'efforts pour égarer, L'espril
«les peuples et pour les retenir, à l'aide de mille (.tusses croyances,
dans les liens d'un «loeile servage; de là cette éternelle alliance
de l'erreur et de la servitude, dont les exemples remplissent
les annales du genre humain. En doutez-vous? Jetez seulement
les yeux sur deux sociétés diverses d'origine, plus diverses
de constitution. La société européenne naquit de la conquête;
l'invasion des barbares y fonda le droit du glaive et le code de
la force : dès ce moment , vous voyez, par un système suivi sans
relâche depuis quinze siècles, toutes les institutions en guerre
.ivec la vérité et le progrès de la raison universelle; l'histoire
de cette longue période n'est que l'histoire des combats livrés à
la pensée, aux lumières, à la perfectibilité sociale. Traversez
maintenant les mers ; abordez sur un autre hémisphère; inter-
rogez la patrie de Penn et de Washington. Ici la société, s'em-
parant d'un sol vierge encore, ne s'est fondée que sur la na-
ture; ici tout appelle la vérité; ici pas une institution qui ne
tende au développement des facultés humaines : les lois y sont
vraies, parce que l'homme y est libre.
Ouvrez les fastes des nations : vous ne voyez pas une insti-
tution oppressive qui ne repose sur une erreur; vous ne voyez
pas une erreur qui, pour se conserver , n'appelle une institu-
tion oppressive. Trouvez-vous chez un peuple des lois ombra-
geuses, des tribunaux d'intolérance , une censure contre les
écrits, une inquisition contre les croyances, un code contre la
pensée? les peines y sont-elles exorbitantes, les jugemens arbi-
traires? prononcez sans crainte : ici le pouvoir nient à In société.
Si la vérité n'a que des bienfaits, si l'erreur n'a que des maux
pour le genre humain, je n'ai pas besoin de vous dire à quels
signes nous pouvons juger l'œuvre des législateurs, ou pro-
fanes ou sacrés. Sous vos institutions, la société apparaît-elle
paisible et florissante? gloire à vous! vous avez fondé sur la
vérité. Sous vos institutions, la société apparaît-elle souffrante,
inquiète, incessamment déchirée par la discorde ou le crime ?
honte à vous! vous n'avez fondé que sur Terreur.
6*a DISCOURS
N'allons donc plus chercher ailleurs que dans la vérité les
sources de la solide gloire. Le premier rang dans l'estime des
peuples appartient aux sages qui les éclairent. C'est par leur
secours que l'homme améliore sa condition , qu'il perfectionne
son être, qu'il s'affranchit des préjugés destructeurs de sa féli-
cité, qu'il rompt les liens de la servitude, qu'il apprend à mar-
cher d'un pas ferme vers le bonheur et la vertu. Socrate nous
enseigne à connaître la Divinité : Newton prouve son existence
par la contemplation de ses ouvrages. Galilée, par ses décou-
vertes , commence d'ébranler les opinions intolérantes dont
Voltaire consommera la ruine. D'autres révèlent aux peuples
leurs droits : d'autres annoncent aux grands leurs devoirs. A la
voix de la vérité tombent les chaînes de l'industrie et du com-
merce, les voiles delà superstition. La législation s'adoucit, les
mœurs s'épurent. L'égalité descend dans les rangs de la société,
les larmes du pauvre se tarissent. L'esclavage est banni du
code des empires civilisés. Le terrible droit de la guerre mo-
dère lui-même sa sévérité : les rivalités des nations disparais-
sent : leurs haines héréditaires s'effacent : un lien de fraternité
commence à réunir tous les peuples de la terre. Demandez à
l'histoire qui prépara tant d'heureux changemens. L'histoire
vous redira le nom de quelques sag«s qui , dans des siècles
d'erreur et d'infortune, ont les premiers fait briller aux yeux
des hommes le flambeau de la vérité.
Tel est le prix de la vérité qu'elle semble régénérer celui qui
se dévoue à sa cause. Eu acceptant cet auguste ministère, il ef-
face les fautes de sa vie, et dès ce moment, il peut prétendre
aux honneurs de la vertu. Apportait-il la recommandation
d'un caractère irréprochable, cet orateur dont la voix puis-
sante inaugura si glorieusement la tribune française? Long-
tems égaré par des passions trop ardentes, encore froissé des
écarts d'une jeunesse orageuse , il avait l'estime publique à
conquérir, en même tems que la liberté. Il ose aspirer à cette
double victoire. Il se fait l'orateur de la vérité : il consacre à
cette noble cliente le reste de sa vie et les prodiges de son ta-
lent. La vérité triomphante a couvert de son éclat légitime les
mi; LA fÉRÏTÈ. 6*3
faiblesses de son défenseur : les erreurs de l'hommo sont ou-
bliées; la postérité De verra plus que le grand citoyen.
Quelle est , dans cet asil<; champêtre', cette tombe qu'envi-
ronnent les hommages d'une génération tout entière ? Là re-
pose le lils d'nn simple artisan. Dès l'enfance, séparé de sa fa-
mille et (le sa patrie, Vong-tems il promena d'erreurs en erreurs
sa jeunesse vagabonde : long - tems il porta dans un monde
pervers la dangereuse alliance d'une ame active et d'un ca-
ractère indolent. Bon mais faible, généreux mais imprudent,
plus d'une fois il s'est brisé sur lesécueils de ce monde séduc-
teur. Soudain la vérité apparaît à son aine : elle v allume la
flamme des plus nobles vertus. Il jure de ne vivre que pour
elle : vîtam impenderç vero , voilà désormais sa devise; il ne la
démentira plus. Dès lors, il devient un autre homme; dès lors,
de son génie épuré s'échappent des torrens de sublime élo-
quence. Il étonne son siècle; il contraint ce siècle frivole d'être
attentif aux sévères enseignemens du devoir. En vain le des-
potisme qu'il détrôna, en vain la superstition qu'il coufondit
s'unissent pour l'abattre : poursuivi de retraite en retraite ,
d'exil en exil, il soutient, sans se démentir, l'épreuve du mal-
heur. Cet homme, vulgaire au sein de la société, s'est agrandi
dans la solitude et dans le commerce de la vérité. Il lui rend
témoignage jusqu'à son dernier soupir, et lorsque, succombant
sous le poids de l'infortune, il a payé le dernier tribut à la des-
tinée, la vérité vient consacrer sa tombe, aux acclamations de
l'humanité reconnaissante.
Pour vous, que votre ministère appelle à la produire devant
les hommes, écrivains, poètes, orateurs, c'est à vous surtout
que la vérité doit être respectable : c'est vous surtout qui seriez
coupables d'immoler à des intérêts humains cet intérêt sacré
dont votre destin vous a fait dépositaires.. Prêtres de la vérité,
de quel front oseriez -vous trahir la Divinité dont vous êtes les
ministres? Et, quand vous pourriez y consentir, croiriez-vous
consommer impunément cette honteuse apostasie ? Malheur au
talent qui se sépare de la vérité! A l'instant même, il tombe
frappé d'impuissance: pour lui, plus de nobles pensées, plus
6ilk DISCOURS SUR LA VERITK.
de liantes inspirations: pour lui, plus de triomphes, plus d'as-
cendant sur les âmes, plus de sympathie avec la conscience
publique. C'est le géant séparé de la terre dont il empruntait
sa vigueur.
Mais honneur au talent noble et pur qui se consacre à ser-
vir la vérité; qui, libre d'ambition , n'a jamais prostitué à l'er-
reur le plus beau don du ciel; dont la pensée fut toujours
indépendante et l'organe toujours sincère! C'est pour lui que
les nations ont des hommages et l'avenir des couronnes. Peut-
être n'est-ce pas lui qu'iront chercher les dons de la fortune et
les sourires de la faveur : mais les peuples croiront en lui;
mais les cœurs iront au devant de ses paroles; mais son nom
sera cher aux hommes et retentira glorieux dans la postérité.
Que le sort l'appelle aux combats de la tribune, et sa voix,
forte de franchise et de vérité, commandera le respecta ses
ennemis eux-mêmes : les passions, les préjugés s'arrêteront de-
vant son éloquence, et feront silence pour l'écouter. Souvent,
presque seul contre une armée d'adversaires, on le verra, pa-
reil à l'Achille des Grecs, balancer les destins et partager les
dieux; et quelque jour, la patrie en pleurs suivra son cercueil
«et s'inclinera devant son tombeau!
Saint- Albin Berville, Avocat.
FI. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Recueil des actes de la séance solennelle de
l académik imperiale des sciences de saint-péters-
BOURG , tenue a l'occasion de' sa fête séculaire , le
20, décembre 1826 (i).
Ce u'est qu'en 1828 qu'il nous est possible d'offrir à nos
lecteurs une noticesur ces actes mémorables, et sur une séance
académique dont l'histoire des sciences conservera précieuse-
ment le souvenir. Des obstacles qu'il n'était pas en notre pou-
jvoir de surmonter nous avaient privés des moyens de nous
i procurer les documens nécessaires pour écrire convenable-
ment sur un sujet où l'exactitude des faits est un devoir ri-
goureux. Enfin , nous sommes actuellement en état de rendre
compte de cette séance où deux monarques ont reçu le titre
d'académicien, l'un dans la capitale de ses états, et l'autre, à
l'exemple du grand Frédéric II; où l'héritier du trône de
Russie, les grands ducs Constantin et Michel, des savans
d'Angleterre, d'Allemagne, de France et d'Italie, portés sur
la même liste et proclamés en même tems, ont donné un bel
exemple de l'égalité littéraire, et sanctionné la république dos
lettres. Ces témoignages d'une haute estime accordés au savoir
sont venus d'autant plus à propos qu'ils serviront à contreba-
lancer des attaques obstinées, d'astucieuses insinuations et
des persécutions ouvertes dont le progrès des connaissances
éprouve encore les atteintes dans des pays qui se croient civi-
lisés, qui ont aussi des académies, des universités, des écoles,
(1) Saint-Pttersbourg, 1817; imprimerie de l'Académie impérâU
• des Sciences. In-48 de 70 pages.
t. xxxvii. — Mars 1828. 4o
6-iG SCIENCES PHYSIQUES.
et un appareil d'instruction qui tromperait des observateurs
peu attentifs. Le vaste empire de la Russie suit des maximes et
une direction tout opposées; loin de repousser la lumière ou
de limiter l'espace qu'il est permis d'éclairer, on y sent par-
tout le besoin de développer l'intelligence nationale , de se
mettre au niveau de ce que l'on sait et de ce que l'on fait par-
tout ailleurs. Ces conseils de la raison ne seraient point écoutés,
si les esprits n'étaient préparés d'avance à recevoir beaucoup
d'autres instructions puisées à la même source, et déduites
des mêmes principes; peu à peu, par la salutaire influence des
lettres, des arts, de la prospérité publique et privée, les insti-
tutions publiques seront améliorées, les droits de l'humanité
mieux connus; on sera plus près de la vérité, et par consé-
quent de la justice. Le tems des révolutions violentes est passé;
celui des changemens gradués, insensibles, prévus par la sa-
gesse et amenés par la prudence est enfin venu pour con-
soler et indemniser les peuples de tous les maux que l'ignorance
présomptueuse leur a causés.
\J Académie de Saint-Pétersbourg fut fondée, le 21 décembre
1725, et tint une première séance le 27 du même mois : mais
ce ne fut que Tannée suivante qu'elle fut solennellement ins-
tallée par l'impératrice Catherine première, dans une séance
solennelle tenue le i'r du mois d'août. En 1776 la fête semi-
séculaire de son institution fut célébrée en présence de Ca-
therine la grande, le 29 décembre : la cérémonie avait été
différée de quatre mois par des motifs qu'il serait inutile d'ex-
poser ici. Par respect pour cette première commémoration , la
fête séculaire fut fixée au 29 décembre 1826. L'empereur et
l'impératrice y assistaient, ainsi que les grands ducs Alexandre
et Michel , et la grande duchesse Hélène; et parmi les membres
de la famille impériale, les regards s'arrêtaient avec attendris-
sement sur l'impératrice mère qui avait été présente à la solen-
nité de 1776.
Parmi les membres honoraires et les correspondans procla-
més dans cette séance, on regrette de ne trouver aucun savant
de la patrie de Linné, ni de celle de Franklin. Cependant la
SCIENCES PHYSIQUES. C27
Suède n'a pas encore vieilli pour les sciences, et les Etats-Unis
soin mura pour les cultiver : on verra des géomètres se former
au pied des Alléghanys et des Apalaches, comme on vit auti <
(ois Euler au |>icd des Alpes s'offrir tout à coup au monde
savant, tenant à la nia n des Mémoires sur l'application des
mathématiques aux sciences navales. Quant à l'histoire natu-
relle, il est tems que les principales Académies de l'Europe
s'associent au Nouveau-Monde où tant de découvertes restent
à faire; et cette association semble convenir surtout à l'Aca-
démie de Saint-Pétersbourg, puisque la domination de la
Russie s'étend jusqu'en Amérique, et puisque les savans russes,
joints à ceux des Etats-Unis, sont appelés spécialement à ter-
miner l'étude de la nature et des phénomènes qu'elle présente
au nord des deux continens.
Les discours prononcés dans cette séance étaient parfaite-
ment assortis à la solennité, aux souvenirs qu'il s'agissait de
rappeler, à l'auditoire qui les écoutait. Le secrétaire perpétuel,
M. Fuss, conseiller de collège, a tracé le vaste tableau des di-
verses régions de la science parcourues par l'Académie depuis
sa fondation, et il y a joint l'histoire des variations éprouvées
par l'Académie à différentes époques, et de l'influence de ces
changemens sur l'ensemble des travaux scientifiques. Ce dis-
cours, où les difficultés de la rédaction sont vaincues avec un
succès remarquable, où le nombre prodigieux des objets, ni
leur diversité ne causent aucune confusion, tombe de plein
droit dans le domaine de la Revue Encyclopédique, d'autant
mieux que son étendue n'excède pas les bornes que nous
sommes forcés de prescrire à nos articles. Nous l'insérerons
donc en entier, et nous nous bornerons, quant à présent, à
des extraits du discours du président, M. Ouvaroff , conseiller
privé. L'orateur débute ainsi :
« La fête séculaire de l'Académie des sciences de Saint-Pé-
tersbourg, que nous célébrons aujourd'hui, nous offre non-
seulement le triomphe du plus ancien dépôt des connaissances
utiles dans notre pays, mais renouvelle en même tems la série
des grands souvenirs du siècle qui vient de s'écouler. L'Acadé-
ko.
M SCIENCES PHYSIQUES.
mie des sciences, dernière pensée, dernière création du génie
infatigable de Pierre-le-Grand , pour laquelle il traça d'une
main mourante le plan de ses hautes conceptions; l'Académie
prit naissance, pour ainsi dire, sur le lit de mort du réfor-
mateur de la Russie. Cette réflexion donne à cette solennité une
teinte particulière d'attendrissement, et nous met en présence
des événemens qui remplissent les annales du siècle le plus
mémorable de notre histoire. Dans ses profondes méditations
sur la gloire et la prospérité de la Russie, Pierre Ier aperçut la
place qu'occupent les sciences et les lettres dans l'existence
d'une nation puissante. Cette main vigoureuse, habituée tour
à tour à manier le glaive et le trident, à tenir avec force les
rênes de l'empire et à répandre au loin les germes de sa grandeur
future; cette main qui avait façonné tous les élémens du corps
de l'état, saisit enfin le flambeau des lettres et de la civilisation ,
et en fit jaillir les rayons sur son magnifique ouvrage. En par-
courant l'Europe, ce monarque avait reconnu l'influence des
sciences et des arts sur les destinées des nations; il sentit que,
sans leur puissant coucours, il ne pourrait achever sa gigan-
tesque entreprise. Il vit que la civilisation , intimement liée à
la vie des peuples de l'Europe, est l'une des indispensables
conditions de toute société régulière et permanente. Il ravit
pour nous quelques étincelles du feu sacré dont brillaient de-
puis long-tems les contrées les plus florissantes de l'Europe,
et fit élever sur les bords de la Newa un sanctuaire des sciences
destiné à répandre les connaissances utiles jusqu'aux confins
les plus éloignés de son vaste empire, à inspirer un généreux
élan vers de paisibles conquêtes, vers une illustration nou-
velle acquise par les vertus civiles : il fonda l'Académie des
sciences.»
M. Ouvaroff suit les progrès de l'Académie sous les règnes
de Catherine Ire et d'Elisabeth, jusqu'au tems où Lomonossoff,
poète et naturaliste , créait à la fois la langue poétique de la
Russie et le vocabulaire des sciences physiques. Arrivant au
règne de Catherine IIe, il représente cette souveraine répan-
dant autour du trône de Russie un éclat jusqu'alors inconnu.
SCIENCES PHYSIQUES. 6?$
■ i'.u la força d'un génie prompt et plein de sagacité, par une
profonde Connaissance des hommes, et un raie talent de 1rs
gouverner; enfin , par la magie d'un esprit fin, souple, délicat ,
propre ;%i son sexe, Catherine II se lit décerner la première
place parmi les souverains, et. à noire lientvmr patrie, la
place la plus éminente parmi les États de l'Europe... L'Aca-
démie conserve jusqu'à présent, avec une vénération particu-
lière, le fruit de ses méditations législatives et de ses longues
pbservations «le l'esprit humain, dans ses rapports avec la
science du gouvernement.»
Sous ce régne glorieux , le monde savant eut de grandis
obligations à l* Académie de Saint-Pétersbourg. Des académi-
ciens furent envoyés dans la Russie asiatique, Le Caucase fut
visité, tontes les divisions de l'histoire naturelle s'enrichirent
de découvertes: les élèves les plus distingués du Gymnase ot-
taché alors à l'Académie étaient envoyés dans les pays étran-
gers, pour se mettre au niveau des connaissances acquises :
Eulcr était revenu à Saint - Pétersbourg; l'Académie recevait
le télescope d'Herschell, les manuscrits de Kepler, et devenait
dépositaire du manuscrit autographe de l'instruction donnée par
la souveraine à la commission chargée de rédiger le Code des
lois. Le jour même de sa fête séculaire , l'Académie reçut un
autre don qui mérite de trouver place à côté de celui-ci; c'est
X instruction originale , écrite sous les yeux de Catherine Jl, pour
diriger l'éducation des grands-ducs Alexandre et Constantin. Ce
présent, offert par le prince Serge Soltykoff , est un monu-
ment historique dont notre tems ne profiterait peut-être pas
beaucoup , mais d'une haute importance pour l'époque où
l'histoire sera écrite comme elle devrait l'être , et donnera tout
ce qu'il faut pour connaître les hommes qui influèrent le plus
sur le sort de L'humanité.
«Le nouveau règlement du 25 juillet i8o3 fut le premier
témoignage des hautes faveurs de l'empereur Alexandre. Ce
règlement a doublé les revenus de l'Académie, augmenté ses
droits, étendu la sphère de ses occupations. Alexandre fut ,
pendant vingt-cinq ans , le protecteur de l'Académie , et son
63o SCIENCES PHYSIQUES.
règne heureux et brillant sera Tune des plus belles époques <le
nos annales. Quel est le Russe qui ne se retrace point avec
transport ces tems d'épreuve où notre patrie sauvée par
Alexandre s'éleva par ses soins au plus haut degré d'une gloire
inimitable et magique ? mais qui d'entre nous ne se rappelle
aussi, avec émotion et reconnaissance, ces années de paix
et de sécurité où l'empereur , plein d'enthousiasme et de
confiance, fort de la pureté de son âme généreuse, avait
déjà signalé son règne par un noble élan vers tout ce qui
agrandit et honore l'espèce humaine ? Tantôt réglant l'admi-
nistration de son vaste empire, tantôt méditant un Code de
lois, tantôt élevant des autels aux sciences et aux arts, et
d'une main assurée, rapprochant son siècle des siècles de Pé-
riclès et d'Auguste. Mais Alexandre n'est plus ! et cette perte
est trop récente (i), le sentiment qui pénètre nos cœurs est
trop profond pour pouvoir énurnérer aujourd'hui tous les
bienfaits qu'il a répandus sur l'ouvrage de Pierre-le-Grand,
sur le plus ancien dépôt de la civilisation en Russie. Si la
mort ne brise pas tout ce qui lie le périssable à l'immortel , tous
les chaînons qui attachent cette vie bornée et fugitive au lumi-
neux séjour d'une existence sans terme et sans limites; si les
sentimens des âmes pures et élevées qui ont brûlé ici-bas du
saint amour de la patrie, en remontant à leur céleste origine,
ne s'y absorbent pas sans retour, l'ombre de Pierre, l'ombre
de Catherine et celle d'ALEXANDRE planent en cet instant sur
ce sanctuaire des sciences fondé et conservé par eux. Il semble
que ce temple des lettres se remplit tout à coup de tous les
hommes éminens qui, durant le siècle le plus mémorable de
notre histoire, ont exécuté les hautes conceptions des monar-
ques éclairés, et décoré notre pays de l'immortel laurier des
sciences et des vertus civiles. La présence de cette invisible
mais imposante assemblée donne à ma faible voix la force de
retracer encore une fois devant vous Pierre- le-Grand, frappé
(i) Ce discours a été prononcé à la fin de 1826.
SCIENCES PHYSioi ES. 63j
par li mort au milieu de s;i brillante carrière , et sur son lii de
douleur' baigné des larmes de la Russie , reco;nin,iu.l in( T \< fl
demie à la sollicitude «le ses successeurs , et les progrès des
sciences en Russie au zèle de l' Académie. »
M. STORCH, bien connu dans toute l'Europe par scs écrits
sur l'économie politique, était chargé d'exprimer la reconnais-
sance de l'Académie, à la clôture de l«i séance: il a rempli ce
devoir avec noblesse*, simplicité et concision. 11 termine ainsi
son discours de deux pages : «Puisse le récit des travaux qui ont
signalé l'existence de l'Académie avoir satisfait l'attente des
hommes éclairés, et puisse le nouveau siècle qui va commencer
pour celte compagnie rehausser sa gloire en augmentant ses
succès ! »
Le siècle que l'Académie de Saint - Pétersbourg a commencé
est appelé à fixer, dans la république des lettres, la place qui
appartient à la Russie. Jusqu'à présent, cet empire a reçu plus
qu'il n'a donné, et les savans les plus illustres dont les noms
sont cités par M. Fuss n'étaient pas russes. Aujourd'hui cette
nation est en état d'acquitter sa dette envers ses instituteurs;
espérons qu'elle s'imposera l'obligation d'accomplir cet hono-
rable devoir.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Lettre de l'auteur du concours ouvert a Genève
EN 1826, EN FAVEUR DE l'aBOLITION DE LA PEINE DE
mort , a l'un de ses honorables collègues du conseil
souverain (1).
De la justice de prévoyance , et particulièrement de
V influence de la misère et de V aisance y de V ignorance
et de V instruction sur le nombre des crimes ; par
M. Edouard Ducpétiaux (2).
La persévérance est une des qualités les plus nécessaires à
ceux*qui veulent faire le bien. Cette vérité, les auteurs des
ouvrages qui font l'objet de cet article l'ont parfaitement sen-
tie; et les amis de l'humanité doivent surtout rendre hommage
à la constance avec laquelle M. de Sellon poursuit la noble
tâche qu'il s'est imposée, lorsqu'il a entrepris de réclamer
l'abolition de la peine de mort dans le canton de Genève. Les
opinions fondées sur une conviction sérieuse et profonde se
reconnaissent, entre autres caractères, à la foi inébranlable
qu'elles^mettent dans l'avenir, et à leur certitude d'arriver au
succès, pourvu qu'elles restent persévérantes, et qu'elles fassent
connaître leurs droits avec la plus grande publicité possible.
M. de Sellon a compris que plus d'un jour est nécessaire pour
déraciner des usages établis, quelque vicieux qu'ils soient; et,
comme il ne ne lui suffisait pas de jeter en avant une propo-
sition généreuse, sauf à la laisser suivre elle-même sa chance,
(1) Genève, 1827. 1 vol. in-4° de 178 pages , suivi d'un supplément
de 91 pages , contenant les lois et ordonnances sur l'organisation mi-
litaire fédérale en Suisse.
{%) Bruxelles, 1827; Cautaerts et compagnie. In-8° de 36 pag.
SCIENCES Mon LLES. 6^3
il a voulu provoquer et soutenir l'attention générale sur l'illé-
gitimité et sur l'inutilité de ta peine de mort , sachant t rès-bien
que les préjugés touchent à leur terme, lorsqu'on en est venu
à Us forcer de se tenir, à tous les instanS| en présence des
raisonnement et des faits.
L'abolition de la peine de mort n'est point une question
nouvelle; ce n'est pas d'aujourd'hui que l'humanité s'est émue
au spectacle sanglant des supplices, et qu'elle s'est trouvée
conduite de la pitié au doute pour passer du doute à l'horreur.
Plus la civilisation s'avance, plus la vie acquiert de prix. Le
xvni0 siècle était assez cultivé pour qu'on s'y soulevât de toutes
parts contre les meurtres juridiques; il était assez interroga-
teur pour qu'on s'y demandât si l'homme a droit de disposer de
l'existence de l'homme. Des publicistes avaient plaidé pour
l'abolition de la peine capitale; des législateurs y avaient con-
senti; plusieurs voix s'étaient élevées pour faire entendre ce
vœu dans le sein de nos diverses assemblées nationales.
Mais à quoi servaient quelques protestations isolées, lorsque
tant de drames terribles ensanglantaient les mœurs et ac-
coutumaient les peuples à contempler les échafauds? À quoi
pouvaient-elles servir encore, lorsque dans l'embrasement gé~
néral des guerres de la république et de l'empire les habi-
tudes militaires couvraient de meurtres légitimes l'Europe et le
monde, et apprenaient à trancher l'existence des hommes sans
murmure de conscience, et au milieu de l'enivrement des fan-
fares de victoires? La paix et le règne des lois avaient besoin
de naître pour que la même question reparût, et pour que le
respect de la vie humaine se fît de nouveau comprendre. La
disposition générale des esprits les entraîne maintenant à l'exa-
men des plus hauts problèmes de la politique et de la morale.
C'est là surtout que l'attention publique se complaît. Le besoin
de demander compte à la société du droif qu'elle s'arroge en
appliquant la peine capitale s'est manifesté simultanément en
Portugal, par l'abolition de cette peine dans la législation qui
a cessé d'exister avec les précédentes cortès ; dans la Loui-
siane, par la proposition du Code pénal de M. Livingston; à
63 4 SCIENCES MORALES.
Genève, par le concours qu'y a ouvert M. de Sellon; à Paris,
par celui de la Société de la morale chrétienne; en Russie, par
la suppression de la peine de mort que l'empereur Nicolas a
décrétée en 1826, pour son duché de Finlande, continuant
ainsi les tentatives d'Elisabeth et de Catherine.
On sait que les deux concours de Paris et de Genève ont eu
pour premier résultat un fort bel ouvrage. le livre de M.Lucas
est maintenant bien connu. Ceux même qui l'ont critiqué le plus
se sont empressés de rendre justice aux talens de l'auteur, à
l'élévation de ses principes, à la fermeté de ses déductions lo-
giques, à la conscience de ses citations, à l'abondance de
faits dont il a soutenu et comme enveloppé ses raisonnemens.
L'introduction remarquable dont il a enrichi son ouvrage en
est l'application, le contrôle, et en quelque sorte la traduc-
tion en chiffres officiels.
M. Taillandier , en rendant compte de ce livre dans la Revue
Encyclopédique (1) , a reproché avec raison àM. Lucas de ne pas
toujours se faire assez bien comprendre. Aussi, l'auteur de l'ar-
ticle s'est-il mépris sur quelques points essentiels, et notamment
sur ce qui concerne le défaut de mission pénale de la part de
la société. En déniant à la justice humaine le droit de châtier,
et en bornant son droit à celui de légitime défense, M. Lucas
ne se montre aucunement partisan d'une justice de pure con-
vention, ni d'une impunité quelconque; il veut dire seulement
qu'un châtiment, proprement dit, ne peut exister que de la
part de Dieu sur l'homme, et que les actes légaux que nous
appelons des peines sont uniquement fondés sur le besoin de
défendre les droits de chacun. Ce principe est-il vrai? J'en
doute. Je crois plutôt que les lois pénales réunissent le double
caractère de répression et de peine, et que la société, en frap-
pant les délits, le fait tout à la fois afin de défendre et de pro-
téger les droits de ses membres, et afin de faire expier à l'agent
l'immoralité de son crime, ce qu'elle n'a droit de faire qu'en
encourageant le repentir au lieu de le trancher avec la vie, et
(1) T. xxxvii , pag. 38*.
SCIENCES MORALES. 635
qu'en se mettant en garde contre sa propre faillibilité. Quelque
opinion que Ton se forme sur cette question délicate, il n'en
est pas moins \ r.ii que la distinction entre le caractère répressif
et le caractère pénal n'est nullement illusoire, et que M. Lucas
devait la faire.
Le Mémoire qui, dans le concours de Paris, a valu à
M. Adolphe C.arnier une médaille d'argent, a aussi été pu-
blié (i). Beaucoup moins complet que le livre couronné, ii est
remarquable par la sagacité avec laquelle la question histo-
rique y est envisagée. Pendant le même tems, l'attention pu-
blique était entretenue par d'autres ouvrages. M. Salaville
publiait un volume auquel la Revue Encyclopédique a donné
des éloges (2); M. Victor Guiciiard discutait la question dans
la première partie du Manuel du juré (S); plusieurs médecins
écrivaient sur la monomanie homicide, et signalaient l'injustice
ou le danger de punir de mort cette cruelle et peut-être con-
tagieuse aberration de l'intelligence humaine; M. Edouard
Bucpétiaux publiait à Bruxelles un volume fort recom-
mandable(4), qui est surtout utile par le nombre et le choix
des documens qu'il renferme, et qui a été suivi d'une bro-
chure dont il sera parlé avant la fin de cet article. La
publication la plus récente qui soit arrivée à ma connais-
sance sur ce sujet est un Discours contre la peine capitale , par
M. d'Ulin de la Ponneraye. L'auteur qui développe quel-
ques-uns des principaux argumens habituellement invoqués
dans la discussion de cette question, insiste principalement
sur le caractère anti-religieux de la peine de mort (5).
Alors même que l'on n'en serait encore qu'à ces publications
sur une question aussi grave que celle de l'abolition de la peine
de mort, on aurait déjà fait un pas immense. Il y a un grand
profit pour la vérité à obliger l'attention publique de se porter
nettement sur un pareil sujet; et voici en quoi ce proût cou-
(1) T. xxxvi , pag. 18a. — (2) T. xxxtii , p. 532. — (3) T. xxxt,
p. 719 et t. xxxvi , p. 45. — (4) Voyez Fev. Knc. , t. xxxv, pag. 696.
(5) Paris, 1828; Selligue et Dolaunay. Brochure in-8° de j3 pag.
636 SCIENCES MORALES.
siste : c'est que de toutes parts les observateurs se multiplient,
et que par là il devient impossible que l'expérience des faits
tombe et s'écoule sans être aperçue. Sans doute, pour tout
homme qui n'est ni brut, ni dépravé , le spectacle des exécu-
tions publiques est hideux; mais combien d'instructions se
mêlent à l'horreur qu'il inspire, lorsque, préoccupé sur la lé-
gitimité de la peine, on prend soin de s'enquérir des srntimens
qu'elle inspire, et des effets immédiats qu'elle produit dans
toutes les classes, et sur les esprits de toute trempe? Les causes
capitales, au lieu de servir d'aliment à une déplorable et vaine
curiosité, ne deviennent-elles pas une matière féconde d'ob-
servations et d'études, lorsque l'on peut, à mesure qu'on saisit
les circonstances que leur développement révèle, se demander
jusqu'à quel point la société serait mise en péril par la vie du
coupable; jusqu'où il faut attribuer de force répressive à la
crainte de la mort; jusqu'où le repentir est impossible et le
crime indigne de pardon ? Avertis que le pouvoir de vie et de
mort que l'homme se donne sur l'homme est problématique,
beaucoup, qui n'y songeaient pas, se mettent à regarder ce qui
est devant eux, et à réfléchir sur ce qu'ils voient, ne fût-ce qu'un1 n
de reconnaître par eux-mêmes lesquels meltent la société le
plus en péril, de ceux qui veulent que l'on tue, ou de ceux
qui prétendent que le droit de punir ne va pas jusqu'au droit
de tuer. Le fil des raisonnemens philosophiques invoqués d'une
et d'autre part leur échappera peut-être, mais le bon sens
suffira pour les éclairer sur les conséquences des faits; et le
bon sens est le maître du monde.
Je doute fort que les supplices juridiques puissent rien ga-
gner à cette épreuve de l'expérience. Diverses personnes, que
j'ai questionnées sur leurs impressions, m'ont assuré que. de-
venues plus attentives aux débats criminels, depuis que l'abo-
lition de la peine de mort est devenue un objet de discussion
à l'ordre du jour, elles se sont étonnées, en considérant de
près les procès capitaux, de ne voir dans les condamnations
capitales qu'un luxe inutile de peines. Luxe horrible! et que
l'on comprendra moins, à mesure qu'on le regardera.
SCIENCES MORALES. C37
l h de nos journaux quotidiens, consacrés à la relation des
débats judiciaires, le Courrier des Tribunaux, contenait récem-
ment [a mars), dans son feuilleton littéraire, un article de
mœurs, ayant pour titre Une exécution % auquel on peut quel-
quefois reprocher un ton trop léger pour le sujet qu'il traite ,
mais qui contient des détails pleins de vérité. L'auteur, qui dit
an commencement de son article : « Que d'autres argumentent,
moi j'observe et je raconte: à moi les faits, à vous les consé-
quences», s'est montré observateur très-fidèle. Le passage
suivant est une excellente réponse à cette prétendue efficacité
de l'exemple, donnée toujours comme argument principal par
les partisans de la peine de mort :
« Prêtez l'oreille aux discours qui se tiennent, et vous cher-
cherez en vain un mot touchant, une phrase qui peigne l'at-
tendrissement ou même la sensibilité. La charrette parcourt
lentement l'espace qui sépare la place du Palais de la place de
l'Hôtel- de- Ville; tous les yeux sont fixés sur l'homme qu'elle
conduit , la plupart des spectateurs se tiennent sur la pointe des
pieds , l'œil fixe et le col tendu, taudis que quelques polissons
et quelques voleurs profitent de la foule pour commettre des
vols ou se permettre des insultes, bien sûrs que, si l'on blâme
beaucoup lents actions, on ne plaindra guère leurs victimes.
Voilà les propos que j'ai entendus : « Tiens, ma chère, disait
une jolie dame, comme il a le col blanc l quelle belle carnation!
— J'aimais mieux M. C , répliqua son amie. — Ah! a-t-il
l'air capon, ajoute un ouvrier!....
« Et un dialogue s'établitentre deux gamins, dont le plus au-
dacieux, narguant et implorant tour à tour la puissance des
gendarmes, est parvenu à se placer au niveau d'une lanterne.
Du haut de cet observatoire , Bertrand fait part de tout ce qu'il
voit, tandis que Jacques, perdu dans la foule, à cause de sa
petite taille, se querelle avec un conscrit qui le gène : « Otez-
vous donc delà, militaire; allez vous en voir fusiller à mort,
c'est votre affaire; mais la guillotine, c'est pour le peuple , la
guillotine, c'est pour l'exemple, et il faut bien que je la voie,
l'exemple! »
$38 SCIENCES MORALES.
« Enfin, le patient est placé sur la planche fatale, le silence
est universel, mais bientôt un bruit, que fait en tombant
l'instrument de mort, annonce que le sacrifice est consommé;
une exclamation indéfinissable y répond de toutes parts , et
Bertrand dit froidement , en mettant pied à terre : enfoncé l plus
d* homme /....
« La toile est tombée, le public se retire, et je n'aperçois en-
core, comme résultats évidens de l'exemple qui devait être si
salutaire, que les évanouissemens de quelques femmes qui,
jugeant la force de leurs nerfs sur la sécheresse de leur âme,
auraient trop présumé d'elles-mêmes, elles terreurs supersti-
tieuses de quelques autres, qui ne pourront, pendant huit
jours, passer une minute seules, attendu l'apparition très-pro-
bable du coupable défunt dont la figure les poursuit.
« Il est cependant des spectateurs qu'on ne rassasie pas faci-
lement. A peine un panier rouge a-t-il reçu et caché le ca-
davre du supplicié, que Bertrand s'écrie, avec une joie qui
dénonce son avenir aux tribunaux criminels : Dis donc, Jac-
ques, suis-tu le corps jusqu'à Clamait? je t'y ferai toucher!.... et
tous deux, réunis à trois ou quatre cents autres mauvais su-
jets, courent après la charrette qui s'éloigne rapidement, et
poussent des cris à peu près semblables à ceux d'une meute
qi.i attend la curée. »
La vérité de ce tableau fait frémir. Il faut en dire autant de
deux scènes spirituellement tracées, que l'on trouve sous le titre
de la Morale de la Fable, dans un volume de proverbes, inti-
tulé : Scènes contemporaines. C'est le jour de l'exécution de ce
malheureux Asselineau, que les maisons de jeu ont entraîné
vers sa perte , et dont le nom restera comme un opprobre
éternel contre les budgets corrupteurs qui osent classer la dé-
pravation publique au rang de leurs ressources financières.
Dans la première scène on voit des gens de bon ton, jouant
auprès de la fenêtre qu'ils ont louée pour assister au plus
atroce des spectacles : dans la seconde scène, des femmes du
ppuple,qui ont longuement moralisé, finissent par s'enquérir
de 1 âge du malheureux, et de son jour de naissance. « — Pour-
SCIENCES MORALES. 63g
quoi? — c'est qu'avec le s que nous sommes aujourd'hui , ci
ferait trois bons numéros à la loterie.*
Il s'en fuit de beaucoup que ces détails de mœurs soient a
dédaigner dans l'examen d'une question pour la solution de
laquelle il importe beaucoup de savoir constater quelle est la
nature des sensations que le publié éprouve Quand on s'est
appuyé sur les faits, et affermi par leur observation, l'on
éprouve une satisfaction merveilleuse à trouver que le raison-
nement théorique les explique et s'en accommode Mais il e I
fort à remarquer que les gens qui élèvent le plus haut la voix
pour déclamer contre les théories sont d'ordinaire les plus
inhabiles à regarder les faits, et les plus paresseux à les
étudier.
31. de Sellon a senti toute l'utilité que l'on peut se promettre
d'une longue et consciencieuse préparation de l'opinion pu-
blique; mais ce n'est pas là qu'il a voulu se borner. Depuis
long-toms sa conduite témoigne qu'il croit la question assez
avancée pour qu'il soit permis d'entreprendre de la faire passer
dans les lois. C'est pour cela que, dès 1816, il a, dans le con-
seil souverain de Genève dont il est membre, fait la proposi-
tion formelle de rayer la peine de mort de la législation du
canton. Cette proposition, il l'a renouvelée en 1825, et l'a
fait suivre immédiatement par la mise de la question au con-
cours. Pour éclairer la discussion, et rendre plus faciles les
recherches des concurrens, il a fait paraître , en 1826, une
brochure ayant pour titre : Un mot sur la proposition de M. J. J .
Sellon pour la suppression de la peine de mort (1). En décembre
1827, il a réitéré sa proposition dans le conseil souverain de
Genève, et il annonce la ferme volonté de la reproduire en-
core , si elle ne réussissait pas cette fois. C'est ainsi que l'infa-
tigable ff'ilberforce est venu à bout de vaincre par sa géné-
reuse opiniâtreté les défenseurs de la traite des noirs; c'est
ainsi que Romilly , que Mackintosh , après avoir essuyé tant
d'apparentes défaites, et vu rejeter tant de fois leurs bills de
(1) Voy. Rcv. Luc. , t. xxx , [». î j 5.
6^o SCIENCES MORALES.
réformation des lois criminelles, ont fini, à force de ténacité,
par accoutumer les législateurs d'Angleterre à se relâcher un
peu de leur amour pour des habitudes et des usages introduits
à d'autres époques de la civilisation.
Le volume que M. de Sellon publie aujourd'hui contient de
nouveaux documens. Il est à regretter que, dans sa généreuse
impatience de servir la cause à laquelle il s'est voué, l'auteur
n'ait pas pris le tems de coordonner avec plus de méthode les
matériaux réunis dans sa lettre, et qu'il les ait présentés avec
une sorte de confusion, dénature à embarrasser le lecteur, et
qui ôte à cette publication quelque chose de son utilité. M. de
Sellon y a eu principalement en vue de faire connaître les
argumens épars dans les mémoires qui ont concouru et qui
n'ont pas été publiés. Les concurrens, qui étaient au nombre de
trente à Genève et de onze à Paris, se sont livrés à des travaux
dont il était bon que les principaux résultats ne demeurassent
pas ignorés. M. de Sellon rend compte également de plusieurs
communications qui lui ont été faites et de divers ouvrages que
leurs auteurs lui ont transmis. Parmi les personnes fort nom-
breuses qu'il cite, nous avons principalement remarqué, outre
les écrivains déjà nommés dans cet article, M. Helberg, qui a
publié de très bons travaux sur la question, notamment dans
la Revue Encyclopédique (yoj. t. x, p. 33 1), et dans un recueil
qui a paru en 1820, sous le titre de Journal général de légis-
lation et de jurisprudence, et M. Grohmann, professeur de psy-
chologie à Hambourg, qui , frappé des exemples de monomanie
homicide qu'on a vu si tristement se multiplier dans ces der-
niers tems, a écrit une dissertation sur la nécessité de ne point
appliquer la peine de mort à des individus qui , par des causes
physiques, n'auraient pas agi avec liberté, et auxquels par
conséquent on ne saurait imputer leurs crimes. M. de Sellon,
en réimprimant à la fin de son volume le Code fédéral mili-
taire pour les cantons suisses, remarque avec douleur que ce
code autorise à prononcer la peine de mort pour trente cas
différens; aussi annonce-t-il l'intention de provoquer" des ré-
formes à cet égard auprès de la diète.
SCIENCES MORALES. fiji
Plusieurs feuilles publiques ont anuoncé récemment que le
grand-conseil do canton du Valais venait d'abolir la peine
capitale, il n'y a malheureusement rien de vrai dans cette nou-
velle (|in a dû sou origine à ce que 1" grand-conseil a accord»'
I.i grâce dune femme condamnée a mort.
Le moment actuel est fort opportun pour s'occuper des
grandes questions de législation criminelle. Kn Amérique, en
Bavière, dans les Pays-Ras, des codes pénaux se trouvent sou-
mis aux délibérations des assemblées publiques. De toutes
parts, les meilleurs esprits rallient leurs efforts en faveur du
système pénitentiaire qui doit tôt ou tard figurer dans le pre-
mier rang des institutions destinées à améliorer la condition de
l'humanité, mais qui ne saurait prospérer sans de vastes tra-
vaux préparatoires et sans des réformes effectives dans le
régime intérieur des prisons. Quand les prisons auront pu en-
tièrement cesser d'être des foyers de perdition où la débauche
et l'oisiveté fomentent le vice et engendrent l'abrutissement, et
qu'au contraire elles seront enfin devenues des ateliers et
des écoles, alors on verra les codes pénaux s'épurer rapide-
ment. Partout on l'on n'en sera pas encore arrivé là , on fera
plus de progrès dans les théories et dans les opinions que dans
la pratique; mais tout insuffisans qu'ils soient, ces progrès-là
même ne sont pas à dédaigner; ce sont eux qui provoquent et
qui assurent les autres.
Le Code pénal qui va entrer en discussion dans les Pays-
Bas s'annonce comme devant être l'objet de démêlés très-vifs.
La faculté de modifier par des amendemens les projets pré-
sentés étant malheureusement refusée aux États-généraux, il
résulte de là qu'on se trouve placé dans la bizarre et fâcheuse
alternative de tout rejeter pour une seule disposition qui
choque, ou d'adopter ce qui blesse, afin de ne pas perdre
des améliorations désirables. Le projet de Code pénal pèche
par de tels endroits que l'on s'empressera très-probablement
de rejeter le tout. Les discussions publiques n'en seront pas
moins utiles, puisqu'elles pourront, en cas de rejet, engager
le gouvernement à s'amender lui-même et à présenter à une
t. xxx vu. — Mars 1828. 41
6li* SCIENCES MORALES,
autre session son projet modifié, ou un projet différent.
M. Edouard Ducpétiaux a pensé avec raison que la circons-
tance était favorable pour présenter une analyse du traité de
M. Lucas, en y mêlant le résultat de ses propres travaux et de
ses nombreuses recherches. Voici les quatre parties de son
analyse: i° mission de la justice humaine; justice des peines
en général et de la peine de mort en particulier; 2° justice de
prévoyance; 3° justice de répression en général et utilité de
la peine de mort en particulier; 4° garanties répressives, réu-
nissant toutes les conditions de justice et d'efficacité propres
à remplacer le supplice capital en particulier et le système
pénal en général. Chacune de ces parties devant former un
traité à part, il s'est hâté de publier la seconde, parce qu'il
Vest senti pressé par la discussion du nouveau Code pénal,
auquel, dans sa préface, il n'épargne aucun des reproches
que peut dicter une indignation profonde , espérant que pas
une voix apologétique ne s'élèvera pour le défendre de l'ou-
bli, ou même du mépris.
Dans cette brochure sur la justice de prévoyance, M. Duc-
pétiaux insiste, par dessus toutes choses, sur la nécessité de
multiplier les écoles. A l'exemple de M. Lucas, il fait fré-
quemment usage des comptes rendus par le dernier garde-des-
sceaux sur l'administration de la justice criminelle en France
en 1825 et en 1826. On doit espérer des lumières du ministre
actuel que ce travail, entrepris si utilement sous son prédé-
cesseur , et dont on assure que la première idée appartient au
ministère de M. De Serres, ne manquera pas d'être continué.
Voilà du moins un point sur lequel il est possible de faire
des vœux pour l'acceptation d'un héritage dont tant d'autres
charges sont à répudier, autant par pudeur que par calcul.
Je voudrais qu'à ces tableaux on ajoutât une colonne pour
indiquer si les accusés ou les condamnés savent ou non lire
ou écrire; ce qu'il serait facile de constater, si les magistrats
siégeant dans les cours d'assises et les tribunaux correctionnels
en étaient chargés par des instructions spéciales. Je voudrais
aussi qu'un certain nombre d'exemplaires de ces tableaux fût
SCIENCES MORALB& G^
mis eu vente : c'est un très faux scrupule que d'imaginer qu'une
publication entreprise sous les auspices du gouvernement ne
doit se distribuer que par cadeaux. I /utilité d'une telle pu-
blication consiste surtout en ce qu'elle puisse arriver le plus
facilement possible à la connaissance de tous ceux qui vou-
dront s'en servir pour leurs travaux; et c'est un résultat que
les distributions par cadeaux ne font pas atteindre : en outre,
il faut convenir qu'on se montrerait susceptible bien à contre-
sens, si l'on entrevoyait la plus légère inconvenance à ce q tic
le gouvernement se couvrît d'une partie quelconque de ses
frais, en vendant à qui voudrait l'acheter un livre que lui
seul pouvait entreprendre. Il n'y a de honte pour un gouver-
nement à être marchand, que s'il veut faire du monopole, ou
s'il s'arroge de vendre ce qui n'est pas vénal, comme, par
exemple, la liberté.
Ch. Renouard , avocat.
HlSTORIA DE LA REVOLUCION DE CoLOMBIA , etc. HIS-
TOIRE DE LA RÉVOLUTION DE LA REPUBLIQUE DE CO-
LOMBIE , par José Manuel Restrepo , ministre de
l'intérieur (i).
C'est une grande et généreuse entreprise que celle de
M. Restrepo. Plus les belles actions de ses compatriotes étaient
dignes de mémoire, plus il devait craindre de ne point s'élever
dans son récit à la même hauteur.
Nous allons voir comment il a rempli la tâche difficile qu'il
s'est imposée. Des trois parties de son ouvrage , consacrées'
l'une à l'histoire de la Nouvelle - Grenade jusqu'en 1819; la
(1) Paris, 1827; librairie américaine, rue du Temple, n" fig.
10 vol. in-ia , en tout à peu près 2,000 pages, avec un Atlas conte-
nant la carte de la Colombie et des cartes séparées de tous les départe-
mens ; prix , 80 fr.
/, !.
644 SCIENCES MORALES,
seconde, à celle de Venezuela jusqu'en 1822; la troisième,
enfin, à celle de ces deux États réunis en une même républi-
que , nous n'avons encore que la première. Les deux autres
parties ne seront publiées que dans quelque tems. Mais celle-ci
est déjà assez étendue et contient une période assez intéres-
sante de la révolution , pour nous mettre en état de porter un
jugement.
La contrée dont il veut nous entretenir est encore peu con-
nue. Il fallait commencer par donner une idée de la physio-
nomie et des mœurs de ses habitans, avant la révolution; c'est
ce qu'a fait M. Restrepo dans, son introduction. Après avoir
exposé la situation antérieure de la Nouvelle-Grenade et de
Venezuela , colonies de la tyrannique et superstitieuse Es-
pagne, il trace une esquisse rapide de la Colombie, nation
indépendante et gouvernée d'après les principes de la saine
raison (en 1824)' Cette immense étendue de côtes baignées
par deux océans, dont les ports attendent d'un côté le com-
merce de l'Asie et de l'autre celui de l'Europe; ces llanos,
vastes comme une mer, arrosés par des fleuves immenses et
couverts de troupes innombrables de chevaux sauvages; ces
montagnes dont le sommet est couronné de neiges éternelles,
dont la base est brûlée des feux de l'équateur, et qui entre ces
deux extrêmes présentent successivement tous les climats; enfin,
cette terre qui, négligée par la paresse espagnole, se livre
vierge encore aux travaux assidus d'un peuple libre : voilà
ce qui s'offre à nous sur le premier plan du tableau. On éprouve
une douce et vive émotion , en songeant qu'un gouvernement
libre est enfin établi sur un sol aussi riche et aussi fécond. Il
sera beau de voir un peuple affranchi d'entraves déployer
toute son énergie et toutes ses facultés au milieu de cette na-
ture colossale.
Sur cette terre où gémissait un peuple d'esclaves, l'inquisi-
tion avec toutes ses superstitions et ses cruautés , le système
colonial avec son cortège de monopoles, de vexations et d'in-
justices, ont présenté, pendant trois siècles, un contraste ré-
voltant avec la prodigalité, l'énergie et la majesté de la r.a-
SCIENCES MORALES. G45
ture. Mais la scène a changé; les anciens colons de L'Espagne
ont secoué le joug : ils se sont formés en corps de nation;
ils ont conquis ce libre arbitre auquel les peuples ont droit
Comme les individus, dès qu'ils sont arrivés à leur majo-
rité; cependant, ils n'ont pu passer en un jour de la dé-
bilité d'un peuple esclave à toute la force; d'un peuple libre.
Le gouvernement a pensé qu'il était des réformes qu'ils ne pour-
raient supporter, des institutions qui ne sauraient leur con-
venir; et content d'avoir posé pour bases de la constitution le
système représentatif, la liberté individuelle et la liberté delà
presse, il a , bien à tort sans doute, cru devoir remettre à
d'autres tems le jugement par jurés, la liberté des cultes et
plusieurs autres innovations, qui heurtaient ses préjugés ou
ceux qu'il supposait au peuple.
L'auteur, en terminant son introduction, s'adresse à ses com-
patriotes; il leur rappelle éloquemment les souffrances et les
sacrifices dont leur liberté est le prix , et il les engage à persé-
vérer dans les vertus qui peuvent seules leur assurer la pos-
session de cette liberté, si chèrement achetée. Il les conjure
surtout de repousser ces idées de fédéralisme qui causèrent
leurs premières dissentions, qui les livrèrent aux armes espa-
gnoles, et qui, suivant lui, exigeraient une civilisation plus
avancée que la leur.
Au second volume commence l'histoire de la révolution.
M. Restrepo jette un coup d'ceil sur les premières époques de
la fondation de la Nouvelle-Grenade. On n'y trouve aucun
événement remarquable. Depuis la conquête jusqu'en 1765,
cette contrée conserva cette paix du despotisme, qui ressemble
si bien à celle de la tombe. Mais, en 1765, le peuple se sou-
leva, exaspéré par la rigueur avec laquelle on levait l'impôt
dit alcabalas (1). On le réduisit, facilement au silence, et tout
était redevenu tranquille, lorsqu'en 1781 , l'établissement de
plusieurs monopoles donna lieu à une révolte , qui fut presque
une révolution. Le vice -roi, don Manuel Antonio Flores,
(r) Impôt sur les marchandise!».
646 SCIENCES MORALES.
s'était transporté à Carlhagène pour veiller à la défense des
côtes menacées par les Anglais avec lesquels l'Espagne était
en guerre. L'insurrection, née dans le Socorro , eut, en son
absence, la facilité de s'étendre et de s'organiser. Les révoltés
se donnèrent des chefs, prirent des villes, dispersèrent un dé-
tachement de cent hommes qu'on avait envoyés contre eux, et
marchèrent enfin sur Santafé où il ne restait pas un soldat.
Mais ce grand mouvement eut le résultat qu'on devait en at-
tendre chez un peuple qui ne pouvait alors avoir un but dé-
terminé. L'audience de Santafé, où résidait le gouvernement
en l'absence du vice-roi, accorda, promit, jura tout ce qu'on
voulut. Les insurgés emportèrent en triomphe des copies du
traité qui supprimait les impôts, et retournèrent paisiblement
à leurs demeures et à leurs occupations. A peine furent-ils ren-
trés dans leurs foyers qu'on rétablit la plupart des taxes sup-
primées, d'après la maxime du vice-roi Flores, qu'une conces-
sion arrachée par la violence ne pouvait être valable.
Peu d'années après cette révolution éphémère et stérile,
une révolution d'une nature bien différente éclata en Europe.
Un peuple placé au centre de ce continent jeta un cri de
liberté, qui retentit dans les cœurs de tous les peuples voisins,
et même dans les contrées lointaines. Un trône fut renversé,
tous les autres parurent ébranlés. L'Espagne craignit que les
idées nouvelles qui agitaient J'Europe ne passassent les mers,
et ne pénétrassent dans l'Amérique du sud. En effet, la décla-
ration des droits de l'homme fut imprimée et secrètement
répandue dans la Nouvelle-Grenade. Don Antonio Narifio,
auteur de cette publication, et dont le nom est souvent repro-
duit dans le cours de cette histoire, paya de sa fortune et de
sa liberté la hardiesse d'avoir fait connaître les droits de
l'homme, sous un gouvernement qui les violait sans cesse.
Tel fut le seul effet de la révolution de France dans cette
partie de l'Amérique. Le xix6 siècle commença , et la position
de l'Espagne relativement à ses colonies restait la même en
apparence qu'au xvne et au xvme. Tout y semblait calme, et
les idées de liberté civile et politique , renfermées dans la
SCIENCES MORALES. 647
sphère étroite d'an petit nombre d'hommes instiuits, n'ef-
frayaient pas encorda puissance de la métropole, lorsque l'évé-
nement le pins inattendu changea la face des choses. On con-
naît les scènes de lîavonnc, si honteusement célèbres, où le
roi d'Espagne se déshonora par sa faiblesse et Napoléon par
son astuce. L'Espagne en masse parut reconnaître le nouveau
pouvoir devant lequel toute l'Europe était prosternée; mais
ses habitans se promirent de résister , et toutes leurs forces
lurent employées dans celte lutte. Il ne leur en restait plus
pour contenir leurs colonies; et, dès ce moment, l'Espagne
perdit sa prépondérance sur leurs destinées. Ainsi , ce furent
en effet les actes d'usurpation de Napoléon qui brisèrent les
chaînes de l'Amérique. L'édifice qu'il éleva à l'aide du despo-
tisme est tombé; mais les questions soulevées par son génie et
par celui des peuples qui l'admirèrent le plus ne se sont pas
éteintes avec lui, et son passage sur la terre a puissamment
contribué à produire les événemens qui ont donné des consti-
tutions libres à l'Amérique du sud.
L'Europe, tout occupée de ses propres destinées, ne s'aper-
çut point du grand changement qui s'accomplissait au-delà des
mers. L'Espagne seule le reconnut en frémissant. Le sceptre
sous lequel elle retenait avec peine ses colons s'échappait de
ses mains; elle se flattait encore que l'habitude de l'obéissance
suffirait pour les retenir sous sa domination. Elle s'indigna èe
ce qu'ils osaient prétendre a cette indépendance pour laquelle,
en Europe, elle versait elle-même des ilôts de son sang. Tel
est le caractère de la plupart des métropoles. Elles regardent
leurs colonies comme des propriétés. Leur étonnement est au
comble, quand celles -ci déchirent leur bandeau et rompent
leurs lisières; elles ont une sorte de conviction que tous les
moyens leur sont bons, la cruauté, la dissimulation, le par-
jure, pour faire redescendre ces filles ingrates au rang de vas-
sales et de sujettes. L'Espagne a adopté ces cruelles maximes ,
el l'on ne doit point s'en étonner. L'Angleterre, qui se disait si
éclairée et si philanthrope, les avait mises en usage, trente ans
auparavant, avec ses colonies du nord.
648 SCIENCES MORALES.
Si la Nouvelle-Grenade eût ressemblé à l'Amérique du nord,
à l'époque où la fortune replaça Ferdinand sur le trône, ce
prince l'eut trouvée défendue par une constitution vigoureuse
contre laquelle eussent échoué tous les efforts. Mais il existait
encore plus de distance sous le rapport de la civilisation entre
les colonies anglaises et les colonies espagnoles, qu'entre leurs
deux métropoles; et le véritable malheur de la Nouvelle-Gre-
nade, comme de toute l'Amérique du sud, fut de ne pas s'en
douter. Les États-Unis attiraient naturellement ses regards, et
son premier mouvement fut d'adopter une forme de gouverne-
ment semblable à la leur, sans examiner si elle convenait à ses
mœurs, à ses habitudes , à sa situation sociale.
Les trois quarts de la population n'eurent aucune part à
cette décision. Ils étaient hors d'état d'émettre un avis. Le ré-
gime colonial avait constamment tenu le peuple de la Nouvelle-
Grenade en dehors du mouvement que trois siècles de lumières
avaient imprimé au reste du monde. L'inquisition n'avait pu
rendre féroce ni dépravé un peuple généralement doux et
tranquille; mais il était ignorant et superstitieux : il avait plus
de mœurs, mais peut-être moins d'instruction encore que les
Européens du moyen âge. Ce désir ardent de liberté, cette
haine vigoureuse du despotisme qui animent les peuples ro-
bustes et développés, n'existaient point encore pour lui. Mais,
tandis que la masse était plongée dans une profonde nuit,
le besoin d'instruction s'était éveillé chez le petit nombre
d'hommes qui pouvait en acquérir en dépit des obstacles
qu'opposait un gouvernement ombrageux, jaloux et tyran-
nique. Irrités par ces obstacles mêmes, ils poursuivaient leur
but avec d'autant plus d'ardeur qu'on mettait plus de soin à
les empêcher d'y parvenir. Ils se livraient au fond de leurs
cabinets à des études que le mystère et le danger leur rendaient
encore plus chères. Leurs tètes s'exaltaient; ils rougissaieut
pour eux-mêmes et pour ce peuple insensible à ses propres
maux; c'est alors qu'ils jetaient un œil d'envie sur ces colonies
anglaises, leurs cadettes, déjà parvenues à l'émancipation*
C'est alors que, dans leur pensée, ils embrassaient du moins
SCIENCES MORA.LES. 6/,y
une noble image de Cette liberté qui semblait si loin d'eux,
et m- créaient des systèmes de gouvernement d'autant plus
parfaits qu'ils n'en étaient encore qu'à la théorie de la liberté,
et qu'ils ne connaissaient pas les difficultés de l'exécution.
Lorsqu'un événement fortuit eut enfin réalisé ces rêves gé-
néreux et brisé le joug sous lequel étaient courbés leurs
compatriotes, ils les engagèrent à quitter l'attitude de l'escla-
vage. Ils dictèrent les résolutions de la junte de Quito, et de
celles qui s'élevèrent bientôt après dans toutes les provinces.
Ce furent eux qui dictèrent le refus de se soumettre au roi d'Es-
pagne, remonté sur le trône, et qui avait fait sommer l'Amé-
rique du sud de rentrer dans l'obéissance. Leur enthousiasme
et leur patriotisme suffirent pour accomplir ces grandes choses ;
mais, quand il fallut aller plus loin encore et donner des lois au
corps de nation qui venait de naître, on ne vit plus que trouble
et confusion. Chacun s'attacha à son système, et le soutint
contre les systèmes des autres. L'esprit de fédéralisme se mani-
festa sur tous les points par des prétentions exagérées. Toutes
les provinces se déclarèrent indépendantes; toutes les villes
un peu importantes voulurent l'être également; et de cette
dissolution de l'ordre social naquit la guerre civile qui con-
duisit ce peuple égaré à la filiale issue de la première révolu-
tion.
C'est dans l'ouvrage de M.Restrepo qu'il faut voir le tableau
de cette déplorable époque. La discorde sans cesse renais-
sante entre INarino, président de Cuudinamarca, et le congrès
qui représentait les provinces-unies de la Nouvelle-Grenade ;
le coupable égoïsme des provinces, leur répugnance particu-
lière à se soumettre aux plus légers sacrifices pour le salut de
tous, leurs ébauches de constitutions détruites aussitôt qu'éle-
vées , et remplacées par de véritables dictatures; le parti roya-
liste triomphant dans Santa-Marta et dans le midi du Po-
payan; enfin, les troupes espagnoles, trop faibles pour asservir
de nouveau ce peuple divisé, continuant à rester campées sur
les frontières, comme pour lui rappeler sanscesseque l'Espagne
saisirait le premier moment favorable pour tourner contre lui
65o SCIENCES MORALES.
ses armes et sa vengeance; tels sont les traits qui caractérisent
la situation du pays dans ces tristes circonstances.
Le moment approchait où la Nouvelle-Grenade allait ac-
quérir par de sanglantes leçons l'instruction nécessaire pour
fonder son gouvernement. Les discordes y étaient plus vio-
lentes que jamais. Bolivar, que l'on voit déjà briller dans cette
histoire, quoiqu'il appartienne plus particulièrement à celle
de Venezuela, avait soumis Cundinamarca au congrès. Mais
une nouvelle guerre civile éclata dans Carthagène. Cette guerre,
principalement dirigée contre l'autorité de Bolivar, le força
de mettre le siège devant la ville qui en était le foyer; mais ,
comme le siège traînait en longueur, Bolivar sacrifia ses opi-
nions personnelles au rétablissement de la paix , et quitta la
Nouvelle-Grenade. Au moment même où celle -ci bannissait
son plus brave défenseur, elle vit paraître à l'horizon la flotte
de Morillo.
Les habitans de Carthagène furent assiégés de nouveau ;
mais, cette fois, un véritable ennemi se trouvait à leurs portes.
Des hommes, qui n'avaient jamais eu avec eux d'autres rap-
ports que ceux du maître avec son esclave , menaçaient de
renverser leurs remparts. Leurs fautes passées furent alors
cruellement expiées;la constance la plus inébranlable, la résis-
tance la plus héroïque ne purent les sauver. Durant les hor-
reurs du blocus, ils offrirent à l'Angleterre de reconnaître ses
lois : leur proposition, inspirée par le découragement et le
désespoir, fut rejetée. Il ne leur resta que l'alternatisre de su-
bir le joug espagnol, ou de quitter la ville. Ils n'hésitèrent pas;
tous ceux qui purent réunir quelques ressources abandonnèrent
une patrie qui allait retomber sous le plus odieux esclavage.
Voici comment M. Restrepo raconte cet événement déplorable.
« Le 5 décembre au soir, l'émigration commença dans un si-
lence et un ordre admirables : on ne saurait imaginer une scène
plus profondément douloureuse. Le père, l'époux, le frère
laissaient sur le lit de mort les objets les plus chers à leurs
cœurs. Ils partaient sans vivres et sans défense. Ils n'empor-
taient, en quittant leur terre natale, que le souvenir de ce
SCILXCKS MOHALES. 65i
qu'ils avaient souffert ou vain pour la rendre indépendante....
Au soleil levant , deux mille personnes de tout sexe et de tout
Àjc étaient à bord de la petite eseadre destinée à les porter
loin de Carlhagènc. A trois heures du soir, on mit à la voile.
L'ennemi qui observait ce mouvement avait disposé quatre
batteries de chaque coté de la baie, et vingt-deux esquifs ar-
més en guerre se formèrent dans le canal pour en défendre le
passage. Mais les émigrés, entourés de leurs femmes et de leurs
en fans, animés par les sentimens les plus naturels et les plus
énergiques, se résolurent à mourir ou à vaincre; ils repous-
sèrent l'ennemi. Ils continuèrent leur navigation entassés par
centaines dans de petits beâtimens, sous le soleil brûlant des
tropiques; les. deux tiers périrent de faim, de soif, de mala-
die ; quelques-uns tombèrent au pouvoir des Espagnols. Enfin ,
de six cents hommes qui parvinrent à Saint-Domingue et à la
Jamaïque, deux cents succombèrent encore à la misère et à
l'épuisement. Honneur aux mânes de ces généreuses vic-
times ! »
La soumission de la Nouvelle-Grenade tout entière suivit
promptement celle de Carthagène. Nous ne nous étendrons pas
sur la domination de Morillo et de ses troupes: on sait qu'elle fut
aussi cruelle que courte. Un seul trait en donnera l'idée. « Au-
cune exécution, dit M. Restrepo, ne lit une impression aussi
profonde que celle de Policarpa Solvarrieta : c'était une jeune
fille , enthousiaste de la liberté, et qui portait des secours à
tous les patriotes opprimés. Alexis Sobarain, qui avait été offi-
cier à l'époque de la république, et que les Espagnols avaient
condamné à servir comme soldat, l'aimait et en était aimé.
Elle l'engagea à sortir d'esclavage et à fuir avec quelques
amis vers les llanos de Casanore où s'étaient déjà réfugiés
un grand nombre d'indépendans. Ce départ convenu, elle lui
remit un état très-exact des forces espagnoles, et la liste des
patriotes épars dans les diverses provinces. Sobarain ayant
été arrêté, les papiers qu'il portait trahirent la malheureuse
Policarpa. Elle comparut avec lui et ses compagnons devant le
tribunal militaire qui ne put parvenir à lui faire avouer le
652 SCIENCES MORALES,
nom de la personne qui lui avait fourni les renseignement
qu'elle avait confiés à son amant. Celui-ci, elle-même et six
autres patriotes furent condamnés à être fusillés dans \zplaza
major, et la sentence fut exécutée à l'instant. Mais Policarpa,
en face des bourreaux, reprocha aux Espagnols leur atroce
barbarie et exhorta ses compagnons à mourir eu hommes
libres,* en annonçant que leur mort serait bientôt vengée, v
Elle ne se trompait pas. Les proscriptions produisirent leur
effet accoutumé. L'esprit de liberté se ranima dans le sang,
loin de s'éteindre. Celui des patriotes égorgés fit naître de
nouveaux patriotes. La province de Casanore n'était point
soumise, l'indépendance s'y réfugia, et il devint impossible de
l'y atteindre. Bolivar s'«avança vers les côtes de Venezuela avec
quelques soldats intrépides. Le peuple qui s'était flatté de re-
trouver le repos sous la domination étrangère, et qui n'avait
eu en partage que la misère et les supplices, instruit désor-
mais par cette cruelle expérience, appela la liberté avec au-
tant d'ardeur que la classe éclairée. Tout annonça dès lors une
nouvelle révolution, plus rapide que la première et vraiment
décisive.
Ici s'arrête la première partie de l'histoire de la Colombie.
Elle remplit six volumes. Les trois volumes qui suivent con-
tiennent des pièces historiques et justificatives d'un grand in-
térêt. On y trouve le texte des lois fondamentales de la Co-
lombie, les déclarations d'indépendance des provinces, tous
les documens relatifs aux discussions de Narino avec le congrès
et de Carthagène avec Bolivar; enfin, les proclamations de
Morillo et les instructions qu'il avait reçues de la cour d'Es-
pagne. Ces actes que le poste honorable occupé par M. Res-
trepo lui a permis de rassembler, ajoutent beaucoup au mérite
et à l'intérêt de son ouvrage, et nous devons lui savoir gré
d'avoir mis sous nos yeux tout ce qui pouvait attester la vérité
de ses récits et l'exactitude de ses jugemens. « Il eût souhaité,
dit-il , y joindre un tableau de la statistique de la Colombie.
Mais la rareté des matériaux, presque nuls sous l'ancien ré-
gime, et très-imparfaits sous le nouveau, eût rendu cette
SCIENCES MORALES. G",7,
entreprisa fort longue et peu satisfaisante. » Il en a remis L'exé-
cution à une époque plus réculée, et il a placé à la suite do
son introduction les docuxnens les plus exacts et les plus im-
portans qu'il a pu recueillir. On y puisera une idée approxi-
mative, sinon absolument exacte, de la population et des reve-
nus de la république.
Sous le double rapport de la vérité et de l'impartialité,
M. Restrepo nous semble avoir rempli les devoirs d'un histo-
rien. Il n'altère point les faits; il ne met aucune exagération
dans les louanges qu'il donne à ses compatriotes; et s'il peint
des plus vives couleurs la tyrannie et les cruautés des Espa-
gnols, on peut affirmer qu'il n*a rien inventé et n'a rien ajouté
à l'affreuse réalité. L'indignation sied à l'écrivain généreux,
quand il retrace les souffrances de ses concitoyens; mais elle
ne s'éloigne pas des bornes d'une justice rigoureuse, quand
tous les faits que rapporte l'historien sont attestés et authen-
tiques : il ne cesserait d'être impartial qu'en cessant d'être vrai.
Le style de M. Restrepo s'élève quelquefois jusqu'à l'élo-
quence, quelquefois aussi il est trop prolixe. Ce défaut se fait
surtout sentir dans la première partie de l'introduction, etdans
les volumes qui contiennent l'histoire de la guerre de Cundi-
namarca avec le congrès : la narration manque alors d'ordre
et de rapidité. L'auteur prodigue les épi th êtes et les grandes
phrases, quand il devrait courir au but; et par un défaut assez
commun aux auteurs espagnols , au lieu de suivre une marche
régulière, il passe d'un sujet à un autre par des transitions si
brusques qu'elles fatiguent l'attention et refroidissent l'intérêt.
L'histoire du siège de Carthagène et celle de la conquête de la
Nouvelle-Grenade sont exemptes de ces taches, rachetées d'ail-
leurs, dans le cours de l'ouvrage, par l'abondance et la jus-
tesse des pensées, la noblesse des expressions, et enfin par
cette chaleur et cette énergie qui nous rappellent s^ns cesse
que l'ouvrage n'est point écrit par un homme étranger aux
malheurs et aux triomphes de la Colombie, mais par un des
généreux fondateurs de l'indépendance de sa patrie.
L. L. O.
LITTÉRATURE.
Gromwell, drame par Victor Hugo (i).
Si j'étais de ces critiques qui regardent comme une bonne
fortune l'occasion de s'égayer aux dépens d'un auteur, je pour-
rais sans effort, en détachant avec choix certains passages,
mettre le drame de M. Hugo au niveau du chef-d'œuvre de feu
maître André, de ridicule mémoire. Si, au contraire, dominé
par l'amitié ou par l'enthousiasme , je voulais porter aux nues
ce même ouvrage, il me serait aisé d'en citer telle scène qui
soutiendrait la comparaison avec les beaux morceaux de nos
grands maîtres. Mais présenter en quelques pages une appré-
ciation approfondie et impartiale d'une composition telle que
Cromwell, et d'un système littéraire tel que celui de M. Hugo,
voilà ce qui présente les plus grandes difficultés.
Parlerai-je d'abord de la dissertation qui précède le drame?
Mais , dans ce morceau écrit de verve et copieusement assai-
sonné d'esprit et d'originalité , le vrai et le faux sont tellement
mêlés qu'un volume suffirait à peine à l'examen d'une préface.
Essayons pourtant de faire connaître une doctrine qui ne tend
à rien moins qu'à refaire de fond en comble la théorie des
beaux-arts, ou plutôt, comme le dit quelque part l'auteur, à
détruire toute théorie.
Après avoir posé en fait que la poésie , d'abord lyrique , a
pris plus tard le caractère de l'Épopée , après avoir dit que la
muse purement épique des anciens n'avait étudié la nature que
sous une seule face , rejetant sans pitié de l'art presque tout ce
qui, dans le monde soumis à son imitation, ne se rapportait pas
à un certain type du beau , M. Hugo ajoute : « Le christianisme
amène la poésie à la vérité. Comme lui, la muse moderne verra
(i) Paris, i8a8; Amb. Dupont et compagnie, i vol. in-8° (le Ixiv
et 476 pages ; prix , 8 fr.
LlTTÉ&ATUHEt.
les choses d'un coup d'œil plus haut et plus largo. Elle sentira
que tout dans la création n'est pas humainement beau, que le
laid y existe à côté du beau, le difforme près du gracieux , le
grotesque au revers du sublime, le ma! avec le bien, l'ombre
avee la lumière, Elle se demandera si la raison étroite et rela-
tive de l'artiste doit avoir gain de cause sur la raison absolue
du créateur, si c'est à l'homme à rectifier Dieu, si une nature
mutilée en sera plus belle, si l'art a le droit de dédoubler,
pour ainsi dire , l'homme, la vie, la création ; si chaque chose
marchera mieux, quand on lui aura ôté son muscle et son res-
sort; si enfin c'est le moyen d'être harmonieux que dètre in-
complet. C'est alors que, l'œil fixé sur des événemens tout à la
fois risibles et formidables, et sous l'influence de cet esprit de
mélancolie chrétienne et de critique philosophique que noui
observions tout à l'heure, la poésie fera un grand pas, un pas
décisif, un pas qui, pareil à la secousse d'un tremblement de
terre, changera toute la face du monde intellectuel. Elle se
mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations,
sans pourtant les confondre, l'ombre à la lumière, le grotesque
au sublime, en d'autres termes, le corpsà l'âme, la bete à l'esprit.»
Ainsi, d'après M. Hugo, ce progrès immense de la poésie
consiste à imiter, non pas seulement le beau (et l'on sait quelle
étendue a cette expression dans le langage des arts), mais en-
core le laid, le difforme, le grotesque; elle doit reproduire
aujourd'hui la création tout entière.
Ce principe serait vrai, si l'artiste avait pour public le créa-
teur et les esprits célestes. Alors, sans doute, sa raison relative
ne devrait pas avoir gain de cause sur la raison absolue ; alors ,
pour bien dire, la nature et l'art ne feraient qu'un , et tout co-
pier serait l'unique règle à suivre; car les choses qui, hors de
nous et dans nous-mêmes, nous inspirent le plus de répugnance
et de dégoût , ne sont pas celles qui fout le moins éclater le pou-
voir et l'intelligence divine. Mais comment faire ? l'artiste a
pour juges des hommes ; il faut bien qu'il choisisse entre tous
les objets les plus propres à leur plaire, c'est-à-dire, qu'il s'ac-
commode à cette raison relative qu'il partage avec son espèce;
<*>56 LITTÉRATURE.
ce qui ne l'empêchera pas de mêler l'ombre à la lumière, le
corps à l'ame ; ces procédés sont aussi anciens que les arts;
mais, quant au grotesque, il en usera avec réserve et parci-
monie; car le grotesque est la caricature du laid, et le laid
déplaît aux hommes (ceci n'a pas besoin d'être prouvé), ou du
moins il ne peut leur plaire que relativement, en faisant res-
sortir le beau. Est-ce ainsi que l'entend l'auteur de Cromwell ?
Eh ! qui a mieux connu cet artifice que le peuple qui donna
Vulcain pour époux à Vénus? Tantôt la laideur physique lui
servit à mettre en relief la force ou l'adresse , comme chez les
Titans et les Cyclopes; tantôt la laideur morale développa l'é-
nergie des passions ou des caractères, source de terreur et
d'intérêt dans la tragédie; tantôt, dans la comédie, elle marqua
plus vivement les traits plaisans de la société humaine. Mais
jamais le laid ne fut employé avec succès qu'à faire ressortir le
fort, l'adroit, l'énergique, le plaisant, etc., c'est-à-dire, une
nuance quelconque du beau auquel, quoi qu'en dise M. Hugo,
il dut être sacrifié. Le beau seul eu effet excite l'intérêt de
sympathie. Pour peu que le laid lui dispute la place, l'ouvrage
le plus habile n'offre plus qu'un intérêt de curiosité, intérêt le
plus faible de tous. C'est une partie de la composition qu'il faut
traiter comme les musiciens traitent la dissonnance, qu'ils se
hâtent de sauver sous l'éclat des accords voisins.
Il est encore une raison pour que, dans les productions de
l'art, l'emploi du laid soit toujours circonscrit et subordonné :
le beau, c'est la règle; le laid, c'est l'exception. S'agit-il du phy-
sique, le laid n'est autre chose qu'une exception à la régularité
des formes. S'agit-il du moral , c'est une exception à la justice
et à la raison. Mais, direz-vous,dans le monde réel, l'exception
domine. Soit! Sachez donc alors, vous artiste, me transporter
dans un monde meilleur. Sinon, laid pour laid, je préférerai
cent fois l'original à la copie.
Quel est donc ce goût nouveau pour la vérité, qu'on nous
donne comme une découverte ? Ce goût mal dirigé mène au
trivial et à la caricature. Chose remarquable ! La décadence
dans les arts commence toujours par un retour inconsidéré
L1TTÉRÀT1 BLE. rj£,7
Vlîrj cotte imitât ion exacte qui caractérise leurs premiers essais.
Aiii^i, chez l'homme, la vieillesse se rapproche de l'en fan Ce.
Dans les siècles barbares , on ne sait pas encore choisir. Dans
les siècles de décadence, OU veut être neuf à tout prix, et ne
Sachant plus rien découvrir dans le domaine du beau, on croit
reculer les limites de l'art en exploitant celui du laid ; on veut
cire plus vrai que les anciens; on veut reproduire toute la na-
ture, toute la création : or, toute la création, toute la nature
n'est pas bonne à montrer (i). N'importe ! A l'une et à l'autre
époque , le génie lui -même se livre à ces ignobles écarts. Voyez
Dante !
E Faltro del suo cul facea trombetta.
vers assurément très-grotesque! Voyez Goethe !
Das Kiud erstickt , die Mutter platzt (2).
Comme ce!a est vrai! M. Hugo n'est pas encore à cette hauteur;
mais il y viendra, s'il continue. Suivant lui , « le grotesque est
un type nouveau, qui sépare l'art moderne de l'art antique. »
Il ne tarit pas sur ce sujet : « C'est le grotesque qui nous a
donné la comédie» (que nous tenons pourtant des anciens si
féconds dans le genre plaisant) ; mais, chez eux, « l'épopée pèse
sur le grotesque et l'étouffé. Dans la pensée des modernes , au
contraire, le grotesque a un rôle immense : il crée le difforme
et l'horrible, le comique et le bouffon. Il attache autour de la
religion mille superstitions originales. 11 fait tourner dans l'om-
bre la ronde effrayante du sabbat; il donne à Satan les cornes,
les pieds de bouc, les ailes de chauve-souris. Il crée les Sca-
ramouches, les Crispins, les Arlequins, grimaçantes silhouettes
de l'homme. A l'Hydre un peu banale de Lerne il substitue la
Gargouille de Rouen, le Gra-Ouilli de Metz, la Chair-Salée de
TroyeSj etc. Les Euménides sont bien moins horribles, et par
(1) On connaît la réponse de Préville à certain auteur : « Mon der-
rière aussi est dans la nature, et pourtant je ne le montre pas. •-
(7) LVnfant crie et !a mère pète.
FAU69, traduction de M. Gérard.
t. xxxvii. — Mars 1828. 42
658 LITTERATURE.
conséquent bien moins vraies que les sorcières de Macbeth.
Pluton n'est pas le diable. Les vampires , les ogres , les aulnes ,
les psylles , \es goules, les bru cola q nés , les aspioles donnent aux
fées, par l'effet du contraste, cette pureté d'essence dont ap-
prochent si peu les nymphes païennes. L'antiquité n'aurait pas
fait la Belle et la Bête, » etc.
« Le beau, dit encore l'auteur, n'a qu'un type; le laid en a
mille. » Erreur! L'impression de la beauté varie au contraire à
l'infini, tandis que celle de la laideur est presque uniforme:
elle déplaît, elle dégoûte; la cause a beau changer, l'effet reste
le même, et l'effet est tout dans les arts.
Nous ne suivrons pas M. Hugo dans le tableau qu'il fait de
V avènement du grotesque. On peut dire en deux mots que ses
progrès suivirent ceux du mauvais goût , qu'Arioste et Cer-
vantes, qu'il qualifie d'Homèrcs bouffons, sont devenus immor-
tels pour s'être moqués avec génie des fictions qu'il préconise ;
et que le plus heureux effort de la poésie moderne est d'avoir
assez débarbouillé le diable du moyen âge pour en tirerlebcau
Satan de Mil ton.
« Enfin, poursuit M. Hugo, l'équilibre entre les deux prin-
cipes (le sublime et le grotesque) s'établit. Les deux génies ri-
vaux unissent leur double flamme, et de cette flamme jaillit
Shakspeare. Shakspeare, c'est le drame, caractère de la poésie
moderne. Ainsi, la poésie a trois âges, dont chacun corres-
pond à une époque de la société : l'ode, l'épopée, le drame.
L'ode vit de l'idéal, l'épopée du grandiose, le drame du réel :
et, comme le réel résulte de la combinaison des deux types, le
drame est la poésie complète.»
A travers de nombreuses bizarreries, un instinct de vérité,
qui n'abandonne jamais les esprits d'une certaine force, a
conduit M. Hugo à des aperçus dont la justesse est évidente;
sans doute, la poésie lyrique a dû naître la première; l'épo-
pée, qui mêle aux grands événemens humains l'intervention
de la Divinité, n'a pu se développer qu'à la seconde époque
de l'état social; enfin, le drame, plus compliqué dans ses
moyens d'imitation et moins asservi à l'emploi du merveilleux,
umaiATUiu;. o59
appartient à une civilisation plus avancée. D'où M. Hugo c<>n-
«"lut encore avec raison, et cette opinion est remarquable chez
U)l partisan aussi prononce de la littérature romantique, que
l'ode et l'épopée ne sont plus guère de notre tems, que la
foi nie dramatique doit désormais dominer dans la poésie. Mais,
lorsqu'il pivtrud que le drame moderne est la poésie complète,
que ce drame peut embrasser l'ode et l'épopée, comment être
encore de son avis? (l'est, au contraire, dans le drame antique
qu'existait visiblement cette réunion des trois genres. La rai-
son en est simple : les anciens avaient derrière eux un passé
tout poétique; les personnages de leur histoire étaient des
dieux ou des héros; ils pouvaient sans invraisemblance parler
le langage de l'ode et de l'épopée. De plus, ils étaient toujours
présentés dans des rapports de famille: de là , cette simplicité
dans l'action et dans les passions, ce contraste de la naïveté
des moeurs avec* la grandeur des caractères, qui permettaient
jà la poésie de prendre tout son essor. Chez les modernes, on
[voit le drame faire divorce avec l'ode et. avec l'épopée, pour
s'allier au moins poétique de tous les genres, à la comédie. Le
besoin de cette alliance est encore une vérité que M. Hugo a
pressentie; seulement il nous donne comme un perfectionne-
ment ce que nous devons subir comme une nécessité.
Cette nécessité est la conséquence d'un grand change-
ment survenu, non dans l'art, mais dans la société qui lui
sert de modèle. La société, telle que nous la voyons aujour-
d'hui, est grave, réfléchie, morale, mais politique, compli-
quée, philosophique , et nullement poétique. C'est un modèle
qui pose pour les Thucydide et les Robertsou, non pour les Ho-
mère et les Milton. Mais ce n'est pas tout : entre la civilisation
moderne et la civilisation antique il existe un chaos social
appelé moyen âge. Durant cet intervalle, le monde n'a offert
que confusion, contradictions, chimères et ridicules (i). Le
(i) Le lecteur qui serait curieux de quelques développemens sur ce
sujet pourrait parcourir un article intitulé : Observations générales sur
le genre appelé romantique et sur quelques modifications de notre système
llicéiral. /?cc. /Oir., ln:n \xyii . parg. 5l3.
Mo LITTÉRATURE.
voila, ce règhe du grotesque, si pompeusement eélébré par
Mi Hugo! Serait-il vrai (pie la poésie eût fait alors quelque
acquisition précieuse? Bien loin de là, la poésie a failli mourir
de cette crise du genre humain, et elle n'a pu se relever que
lorsque le principe du beau idéal a ressuscité avec les mo-
dèles antiques. Pour qu'il existât encore une poésie, il a fallu ,
d'abord copier, ensuite imiter ces grands modèles, dépositaires
des secrets de l'art. Mais, lorsqu'on a voulu appliquer rigou-
reusement aux sujets du moyen âge ce principe du beau idéal
qui avait si bien guidé les anciens, l'effet a dérouté les com-
binaisons des artistes ; leurs figures semblaient n'avoir qu'une
vie d'emprunt; c'étaient des êtres fantastiques et comme les
ombres des personnages modernes parodiant les héros de l'an-
tiquité. Nous l'avons dit: le modèle avait changé. Par cela
seul que le ridicule occupait une grande place dans les mœurs
des personnages , il fallait qu'il en eût une dans le drame.
Je pense donc, comme M. Hugo, pour des motifs à la vérité
bien différens, qu'en traitant les sujets empruntés à l'histoire
moderne, le poète, s'il veut que sa peinture soit vraie, doit
mêler au sublime le familier, le plaisant, même le ridicule. Qu'il
y prenne garde toutefois: le ridicule des caractères est éternel,
et c'est l'objet de la comédie pure. Mais le ridicule des mœurs
est passager; il naît du contraste qui existe entre les préjugés d'une
époque et la raison de tous les tems. Si donc, dans cette partie
de la composition, vous allez au-delà des traits indispensables
pour caractériser cette époque, si vous vous attachez à peindre
minutieusement tout ce qu'elle offre de spécial, votre drame
ne sera plus qu'un tableau de mœurs , l'action languira aussi
bien que l'intérêt, l'homme disparaîtra sous le ccstume,et
le public ne verra dans vos personnages que des visionnaires
inintelligibles pour quiconque n'a pas fait les mêmes étude
que l'auteur. Ces observations nous conduisent naturellement
au drame de Cromwell.
Une analyse détaillée de ce drame occuperait plus d'espace
qu'il n'en est accordé à cet article. Le sujet est pourtant assez
simple : Cromwell , non content de régner sous le titre de
LITTÊ&àïURK. SBi
protecteur, ;i formé le dessein de placer la couronne sur sa
tète. Les cavaliers et les tëtew-tondes des royalistes et les répu~
blicain\) ont pénétré ses intentions : les uns et les autres cons-
pirent pour renverser l'usurpateur, cl une entrevue a lien entre
les chefs (1rs deux pu lis. l'n accord semble conclu entre eux,
du moins jusqu'à la chute de l'ennemi commun. Mais un pu-
ritain fanatique, nommé Carr, s'a percevant que la double
conspiration va tourner au profit des Stuarl, se détermine à
la révéler à Cromwell, en ne lui nommant toutefois (pie les
conspirateurs loyalistes. Un traître qui s'est glissé parmi ceux-
ci ( A\ illis ) déclare de son côté au prolecteur les noms des
tetes-rondes; de sorte que, dès le deuxième acte, Cromwell
connaît les conjurés et leurs projets. Bientôt, le comte de Ro-
chester, déguisé en tète-ronde, s'étant introduit auprès de lui
en qualité de chapelain, Cromwell le découvre et le force à
boire lui-même un narcotique qu'il venait lui présenter pour
seconder une tentative des royalistes; et, quand ceux-ci vien-
nent la nuit au palais dans l'espoir d'enlever le protecteur, ils
se trouvent pris comme dans un piège. Enfin, Cromwell, ins-
truit que les républicains doivent l'assassiner au moment où
il recevra la couronne, voyant d'ailleurs le mécontentement
du peuple et de l'armée, refuse ce dangereux présent et semble
se faire violence pour accepter l'hérédité du pouvoir. Aussitôt,
un vif enthousiasme éclate de toutes paris et comprime les
murmures des puritains. Cependant, les royalistes, qu'on mène
au supplice, demandent à parler au protecteur. Celui-ci croit
qu'ils viennent implorer leur pardon; mais non : conduits au
gibet par ses ordres, ils réclament le privilège des gentils-
hommes, d'être décapités. Cromwell, après avoir balancé-
quelques instans, leur fait grâce, et se contente de bannir les
plus audacieux.
Sur ce sujet, qui ne présente pas le germe d'un vif intérêt
dramatique, M. Hugo a composé un drame qui a près de sept
mille vers ; c'est l'étendue de cinq tragédies. Comment a-t -il pu
remplir un pareil cadre? Il s'est piqué de nous montrer Crom-
well dans toutes les circonstances de sa vie publique et pfivce,
662 LITTÉRATURE.
recevant, des ambassadeurs, travaillant avec ses ministres, con-
trarie par sa famille, diverti par ses fous, interrogeant son cha-
pelain sur des arguties théologiques, déguisé en sentinelle à la
porte de son palais, consultant un astrologue, présidant son
conseil, haranguant le parlement ou le peuple, etc. , etc. For-
cée de parcourir cette lanterne magique, l'action se traîne pé-
niblement, dépourvue d'effet théâtral, embarrassée d'épisodes
sans nombre, étouffée sous les détails de mœurs. L'auteur ou-
blie à chaque instant que les passions qu'il met en jeu ne peu-
vent s'accommoder des détours qu'il leur fait faire. Dans les
situations les plus critiques, il place tranquillement des à parte
de cinq ou six vers, des tirades de raisonnement ou des con-
versations oiseuses. Ici, ce sont des scènes de fous parlant ,
chantant dans le langage qui leur est propre. Là, Rochesler,
obligé par Cromwell d'épouser une duègne, épuise avec elle les
lazzi de nos vieilles farces. Plus loin, la foule, attendant l'arri-
vée du protecteur, mêle à ses réflexions politiques des remar-
ques telles que celles-ci :
— Je 6ais là des balcons qui se sont loués cher.
— On m'étouffe.
— Qu'il fait chaud ! Qu'on est mal !
— Voisin , Yotre coude est pointu , etc.
Ce qui, comme on voit, est plein de vérité, mais de cette vérité
insipide que dédaignent les arts, de cette vérité affectée qui
exclut le naturel. Partout, dans le fond comme dans le style , le
grotesque occupe bien plus de place qu'il n'en eut jamais, je ne
dis pas dans les convenances de l'art, mais même dans la réa-
lité. Enfin, pour comble de malheur, le poëte , en haine de la
coupe régulière de l'alexandrin, donne souvent à ses vers un
tour dur et bizarre qui fait regretter la prose.
Je pourrais me dédommager de ces critiques par de nom-
breux éloges. A chaque instant M. Hugo prend sur les détails
sa revanche des défauts de l'ensemble. Son drame offre des ta-
bleaux d'un grandeffet, des scènes excellentes. Mais ces tableaux,
ces scènes ( à l'exception de celle de Carr ) , font si peu avan-
cer l'action que j'ai pu les passer sous silence dans mon ana-
LNII KAJIKE. h(W
l\sc Telle est , ;ui .V acte, la SCèûÇ très-originale DÛ (à.nnwell
extorque au poète Davonanl une partie «les secrets (1<- la eons-
piratiun que (lui- et Willis lui avaient déjà révélée. Te] esl le
long discours de Milton à (iromwcll.Tel est encore l'Admirable
entretien du protecteur aVêc la j)!us jeune de ses filles.
Le teu's est passé où quelques parties brillances, bien ou
mal rattachées au sujet, suffisaient pour faite vivre un ouvrage.
Depuis que les secrets île f'artunt été divulgués par les .maîtres,
le public juge su i- l'effet de l'ensemble. Si cet ensemble est com-
pliqué, confus, prolixe, s'il fatigue plus qu'il n'émeut ou qu'il
n'amuse , l'ouvrage esjt condamné sans appel.
Ces défauts, il faut bien le dire, se retrouvent presque tou-
jours ici jusques dans les plus beaux détails. Doué d'une imagi-
nation vive et forte, qui enfante avec profusion les pensées ori-
ginales et les mots énergiques, M. Hugo semble dépourvu de ci;
goût qui sait s'arrêter à propos , là où la grandeur va devenir
endure, là où la vérité est prête à tomber dans le trivial ou dans
la charge. J'ai déjà indiqué ia scène où Carr révèle à Cromwell
la conspiration , scène dont la conception est fort dramatique el
où les personnages sont très -heureusement posés. On aime à
voir l'orgueil de Cromwell réduit à dévorer des affronts devant
la rigidité du puritain qui l'accable d'injures en lui rendant le
plus grand de tous les services. Pour que le lecteur puisse mieux
juger l'exécution , je choisis tout exprès un morceau dont la
pensée me paraît excellente.
carr , avec une. douceur grave.
Quoiqu'Olivier Croimvell ne compte point ses crimes ,
Qu'il n'ait pas un remords , certes, par cent victimes,
Que sans cesse il enchaîne , en ses jours pleins d'horreur*,
L'hypocrisie au schisme et la ruse aux fureurs...
CROMWELL , se levant indigne.
Monsieur !
C A R l< .
Tu m'intonomps !
Cromwell se rassied d'un air de résignation forcée. Carr j «nuit :
Quoiqu'Olivier habite
Dans li tene d'Egypte a\cc le Moahite,
664 miter ni ;rk.
I e Babylonien , le païen , l'arien ;
Qu'il fasse pour soi tout et pour Israël rien ;
Qu'il repousse les 'saints, se livrant sans limite
An peuple amalécite , ammonite, édomite;
Qu'il adore Dagon , Astaroth, Elimi ,
Et que l'ancien serpent soit son meilleur ami ;
Quoiqu'enfiu, du Seigneur méritant la colère ,
II ait brisé du pied le vieux droit populaire ,
Chassé le parlement que Sion convoqua ,
Et qu'aux frères du Christ sa bouche ait dit : Raca !
Malgré tant de forfaits, pourtant je ne puis croire
Qu'il ait le cœur si dur , qu'il ait l'âme si noire ,
Non ! qu'à ce point tu sois abandonné du ciel ,
De ne pas confesser en face d'Israël
Que pour ce peuple anglais, sanglant, plein de misères,
Sur le fumier de Job étalant ses ulcères,
Entre tous les bienfaits qu'il peut devoir au sort,
Le plus grand des bonheurs, Cromwell , serait ta mort.
On reconnaît là le langage des puritains de Walter Scott. Mais
combien la touche spirituelle et légère du romancier écossais
contraste avec cette lourde période ! Walter Scott, d'ailleurs,
mettant au second rang les personnages historiques, peut donner
plus de développement à la peinture des mœurs et des travers
du tems. Walter Scott, n'écrivant pas pour le théâtre, est as-
servi à des convenances moins rigoureuses et n'a pas un si
grand besoin de précision et de rapidité.
Mais , répondra M. Hugo , pourquoi supposer que mon
drame a été fait pour être joué ? Ne vous î'ai-je pas dit : « Placé
entre le Charybde académique et le Scylla administratif,... dé-
sespérant d'être jamais mis en scène, je me suis livré, libre et
docile, aux fantaisies de la composition,... aux développemens
que le sujet comportait, et qui, s'ils achèvent d'éloigner mon
drame du théâtre, ont du moins l'avantage de le rendre pres-
que complet sous le rapport historique. S'il arrivait que la cen-
sure dramatique... lui permît l'accès du théâtre, l'auteur, maïs
dans ce cas seulement , pourrait extraire de ce drame une
pièce qui se hasarderait alors sur la scène, et serait sifflée. *
LITTÉRATURE. défi
Je le craint. El pourtant, sans s'occuper de lacvnsuré, l'au-
teur aurait bien fait, je crois, de commencer par où il veut
finir. OuVst-ce qu'une pièce qui n'est pas propre à être repré-
sentée ? Le premier mérite de l'artiste n'est - il pas de remplir
les conditions de l'art? A force de vouloir faire du drame un
moyen d'enseigner l'histoire, nous n'aurons bientôt plus ni his-
toire, ni drame. Le spectateur veut être ému ; il lui faut à tout
prix mie action vive et un intérêt toujours croissant. Pœunir
celle action et cet intérêt à la peinture des opinions et des
mœurs du tems, comme l'exige le dramehistorique, c'est un des
problèmes les plus difficiles qui puissent être proposés à l'es-
prit humain. Une faut pas croire que Shakspeare l'ait résolu. Si
vous retranchez du problème les conditions nécessaires pour le
succès au théâtre, vous éludez la question. Votre ouvrage aura
peut-être beaucoup de mérite; mais, sous le rapport de l'art,
il sera nui, il sera même nuisible, puisqu'il écartera du but.
Certes, M. Hugo, dans son Cromvt'cll , a fait preuve d'un rare
et vigoureux esprit ; mais il a prouvé aussi qu'il n'a pas une
idée juste de ce qui convient à la scène. Pour cueillir la palme
qu'il ambitionne, il lui faut, je ne dirai pas plus de talent, mais
un plus heureux sujet et un meilleur système.
Chauvet.
Le Voyage de Grèce , poème par M. Pierre
Lebrun (i).
Ce Voyage, comme l'appelle modestement M. Lebrun, se
divise en deux parties, qui ont chacune leur intérêt propre.
L'une , dans des Notes d'une prose facile et élégante, offre sur
les mœurs de la Grèce, que l'auteur a visitée en 1820, des
détails curieux et souvent nouveaux. Dans l'autre sont repro-
duites en beaux vers les émotions et les images que lui a
(1) Paris, 1828; Pohfhieu et compagnie. 1 vol. in-8n âc 379 pàg.;
pm , (i fr.
666 MTTKKAiURi:.
données la vue de cette belle, de cette malheureuse , de cette
héroïque contrée. C'est vraiment le journal d'un observateur
et d'un poète, qui note au passage ses remarques et ses impres-
sions , et les jette en courant, selon leur nature, tantôt dans
les formes du langage ordinaire , tantôt dans le moule poé-
tique.
Le poeme , ainsi écrit, est ce qu'il devait être, plutôt une
suite de chants qu'une composition. Et toutefois, ces diverses
pièces sout rattachées ensemble, et ramenées à un même des-
sein par le sentiment qui les anime toutes ; celui de cette géné-
reuse sympathie, qui, malgré les lenteurs de l'indifférence ou
les manœuvres de i'égoïsme et de l'intérêt, a fait de la liberté
grecque une cause européenne : en même tems la marche des
évenemens, à laquelle s'est abandonnée l'imagination du poète,
lui a communiqué quelque chose de rapide et d'entraînant
comme elle: de sorte que, sans calcul, disposée, en quelque
sorte, à son insu par le sujet lui-même, son œuvre ne manque
pas plus de progression que d'unité. Ce sont souvent d'excelleus
artistes que la nature et l'histoire, et alors l'art n'a rien de
mieux à faire que de les copier.
M. Lebrun n'aurait guère pu imaginer de plan plus heureux
que celui qu'il a rencontré sur sa route, sans le chercher. C'est
d'abord sa vive attente de la terre de Grèce, ses transports
lorsqu'il la voit et qu'il la touche ; puis le contraste doulou-
reux de tant de beauté et d'antique gloire avec l'abaissement de
l'esclavage*, plus tard, le réveil inattendu de la liberté, et son
glorieux appel, auquel répondent à la fois les îles, les mon-
tagnes et la plaine; enfin la stupeur, la colère, les cruelles
vengeances du despotisme. Ici s'est arrêté le poêle, réservant
pour d'autres chants cette suite de succès et de revers, qui ,
dans une lutte de sept années , ont si vivement intéressé notre
admiration et notre pitié. Espérons que cette providence de la
Grèce, dont il a fait sa muse, ne refusera p;is à son poème le
dénoûmcnt heureux dû à une si sainte cause.
L'auteur d'Uiysse, de Marie Stuart, du Cid (V Andalousie ,
d'un discours charmant sur V Étude , couronné en 1817 parla
UTTKRAÏTIŒ. M*)
célèbre compagnie (jui l'admet aujourd'hui dans son srin(i),
De pouvait manquer de porter dans un pareil sujet sou talent
ordinaire, et de se ph.cer au premier rarig parmi la foule nom-
breuse des poètes (jui l'ont traité. Mais il •'• sur Ions, sans
exception, un avantage singulier, celui d'avoir vu ce qu'il
peint. Jusqu'ici c'était la Grèce antique dont on nous parlait
toujours pour nous émouvoir sur la Grèce moderne. Ces sou-
venirs ne manquent pas à M. Lebrun : eh ! qui pourrait n'en
pas être préoccupé? Mais, dans ses tableaux , il ne les place
que sur Un plan éloigné, comme ces ruines des vieux âges, au
pied desquelles combattent, sans les connaître même de nom, le
klephte et le musulman. Ce sont les Grecs a aujourd'hui , avec
leur héroïsme barbare, leurs mœurs rudes et gracieuses, leurs
noms ignorés et leurs illustres exploits, qu'il s'attache surtout
à représente* dans ses vers. Il les a approchés , il leur a parlé,
il a vécu avec eux sur cette terre , sur ces mers toujours bril-
lantes de lumière, sous ce ciel d'un éternel azur, dont sa poésie
réfléchit quelquefois l'éclat. Cette teinte contemporaine et lo-
cale, dont l'a coloré le voyage, est certainement le plus grand
charme du poëme de M. Lebrun , et suffirait à son succès.
Les exemples de ce genre de mérite se présentent en foule,
et on n'a que l'embarras du choix parmi des passages vrai-
ment délicieux. Tel est celui où il exprime son émotion à la
vue, à la pensée de Sparte, qu'il découvre, ou plutôt qu'il
devine de loin , du bord de son vaisseau :
De Sparte en ce moment les montagnes lointaines
Montraient a l'horizon leurs nuages d'azur,
Et les rayons nouveaux d'un jour suave et pur
Du Taygète doraient les cimes incertaines.
Sparte était là , cachée; et moi, du haut des mâts ,
Vers elle , sur ses monts poriant mes yeux rapides ,
Je plongeais des regards fixes, tendus, avides;
Je la cherchais partout; je la nommais tout bas;
(1) M. P. Lkbkun vient d'être élu membre de l'Académie française,
en remplacement de feu M. le comte Kkançois Dit Nr.i m:ii <n.\e.
668 LITTÉRATURE.
Je riais ; je pleurais. La liberté, la gloire ,
Léonidas, Hélène, et la fable et l'histoire,
La Grèce avec ses arts , ses sages, ses héros,
Tout devant moi montait à l'horizon des flots.
Et je voyais la Grèce , et je n'osais le croire !
Et lorsque de plus près je la sentis venir...
D'un semblable moment qui perdrait la mémoire?
O mon cœur ! comme il bat à ce seul souvenir !
L'auteur débarque, et mettant le pied sur cette terre qu'il
a saluée avec tant d'amour, il se croit un moment le compa-
triote de ses compagnons de voyage, les matelots du Thémis-
tocle , et de Tombasis.
Je suis Grec avec eux : oui, c'est là ma patrie,
Oui , comme eux je reviens à la rive chérie ;
J'en sais tous les sentiers , j'en connais tous les noms.
Laissez-moi parcourir cette terre de gloire
Ces sentiers nouveaux et connus,
Où mes pas semblent revenus ,
Et qu'avant mes yeux même habitait ma mémoire.
Je marche et je me sens de ma joie agité ,
Plein d'une émotion inquiète et contente ,
Comme en ces jeunes soirs , où quelque chère attente
Faisait battre mon cœur heureux et tourmenta.
Des héros sous mes pas la poussière est vivante !
Oh ! fouler à mon tour le sol qu'ils ont foulé !
Respirer le même air sur les mêmes collines
Où furent ces races divines ,
Où s'arrêtaient leurs yeux , où leur voix a parlé !
Qui disait que la Grèce était deshéritée ?
Montrez-lui , montrez-lui cette voûte enchantée ,
Ce transparent azur, ouvert de toutes parts ,
Où si profondément j'enfonce mes regards ;
Ce jour si lumineux, scintillante rosée
Qui descend sur les monts , s'élève de la mer,
Redescend , remonte dans l'air,
Kt pleut encor du ciel , sans cesse inépuisée.
LITTÉRATURE^ <">(i<j
Montrez-lui de cet moûts le suave contour,
Bt de leurs horizons rindicil>le harmonie ;
Montrez-lui cette nier sereine , Mené, unie,
Belle des bords charmons qu'elle pare à son tour.
Ah .' de ses (ils perdus la Grèce est attristée ,
Biais pour la consoler la nature est restée;
Mais sous son beau soleil, son sol , fécond encor,
Sourit même à des mains avares de culture ;
Mais des bois d'oliviers y donnent leur trésor;
Mais l'oranger prodigue y répand son fruit d'or,
La vigne ses raisins, le myrte sa verdure,
Le glatinier ses fleurs; les platanes épais,
Près des sources encor se plaisent à s'étendre;
En dômes transparens, leurs rameaux n'ont jamais
Sur la terre laissé tomber un jour plus tendre:
Et ces riches vallons , aux sites enchanteurs ,
Où du sommet des monts l'œil charmé se repose ,
Jamais au lit des eaux n'ont vu du laurier rose
Serpenter plus riants les méandres de fleurs.
Cette peinture ravit l'imagination par l'éclat des couleurs et
la vivacité du sentiment ; c'est de la description passionnée, de
la véritable poésie descriptive. Des teintes plus sombres, quoi-
que, par intervalles, liantes encore, succèdent sous le pinceau
du poëte, lorsqu'au sein de cette nature charmante il repré-
sente l'oppression barbare et insolente du Turc, et avant ces
jours de régénération qui ont rendu à la Grèce le souvenir de
sa gloire, de sa dignité, de ses droits, sa docile et insou-
ciante servilité. Le pays, ses habitans, ses maîtres, ses sou-
venirs, cette gracieuse et paisible apparence, qui déguise sa
honte, et voile encore ses espérances et ses vœux, tout cela
ne se trouvc-t-il pas résumé dans ce paysage à la Théocrite,
à la Poussin :
Dans la belle vallée où fut Lacédémone ,
Non loin de l'Eurotas , et près de ce ruisseau,
Qui , formant son canal de débris de colonne ,
Va sous des lauriers-rose ensevelir son eau ,
Regardez : c'est la Grèce : et toute en un tableau.
Une femme est debout, de beauté ravissante,
(i;o l.ITTIlWTiRK.
Pieds nus ; et sous ses doigts un indigent fuseau
File, d'une quenouille empruntée au roseau ,
Du coton floconneux la neige éblouissante.
Un pâtre d'Amyclée, auprès d'elle placé,
Du bâton recourbé, de la courte tunique ,
Rappelle les bergers d'un bas-relief antique.
Par un instinct charmant , et sans art adossé
Contre un vase de marbre à demi renversé ,
Comme aux jours solennels des fêtes d'Hyacinthe,
Des fleurs du glatinier sa tête encore est ceinte.
Sous sa couronne, à l'ombre , il regarde, surpris,
Trois voyageurs d'Europe , au pied d'un chêne assis.
Le chemin est auprès. Sur un coursier conduite ,
La Musulmane y passe , et de l'œil du mépris
Regarde ; et l'Africain marche et porte à sa suite
Dans une cage d'or sa perdrix favorite :
Cependant qu'Un aga, dans un riche appareil,
Rapide cavalier, au front sombre et sévère ,
Sous un galop bruyant fait rouler la poussière.
De ses armes d'argent que frappe le soleil
Parmi les oliviers scintille la lumière.
Il nous lance en passant des regards scrutateurs.
Voilà Sparte : voilà la Grèce tout entière :
Un esclave , un tyran, des débris et des fleurs.
Je céderais, si je le pouvais, au plaisir de citer encore, et je
me fais réellcmeut violence pour ne pas transcrire' le discours
de l'Albanais, qui retrace au voyageur, dont ils semblent igno-
rés, ces exploits par lesquels la Grèce des montagnes, la
Grèce toujours libre, n'a cessé de protester contre l'esclavage.
C'est une revue éloquente de tous ces souvenirs, consacrés par
la muse populaire, dans ces chants que leur savant et ingé-
nieux interprète, M. Faurieî , a traduits et commentés avec
une fidélité si élégante, une si délicate simplicité (i). Je vou-
(i) Chants populaires de la Grlcc moderne , recueillis et publiés , avec
une traduction française , des éclaircissemens , et des notes , par
C. Fauriel. Paris, 1824; Firmln Didut. 2 vol. in-S°. ( Voy. Rev.
Enc.} t. xxii, png. 699. )
LITTÉRATURE. '.;i
drais avoir de la place pour la chanson de Klephte, pour celle
«le l'Ilvdriote, morceaux d'une originalité puisé*" a la iikiim-
source. Je regrette les heureux emprunt? que, je pourrais faire
aux brillantes et énergiques peintures de U pompeuse barbarie
de CODStantiuople et de Smvrne; mais cet article s'allonge
et touche à sa fin; une analyse d'ailleurs n'est point .lue édi-
tion abrégée , et il faut laisser nu lecteur quelque chose à cher-
cher dans le livre même.
Les passages que j'ai rapportés suffisent pour donner une
idée de la manière de INI. Lebrun. On y a pu voir qu'à cette
vérité de détails, qu'il tient de la disposition naturelle de son
esprit, et sans doute aussi de l'étude du modèle, il joint une
naïveté, un abandon, une souplesse de mouvemens , qui me
semblent également former les traits les plus caractéristiques
de son talent. Son expression généralement, élégante et harmo-
nieuse vise à la simplicité, et, ennemie de la périphrase , dont
elle s'est dégoûtée avec le public, ne craint pas de nommer,
comme le fait si heureusement aussi celle de Bélanger, les
choses par leur nom. Quelqu'un, je crois, avait défié notre
orgueilleuse poésie de descendre, par exemple, au mot pis-
tolet; M. Lebrun semble avoir répondu à ce défi par ce vers
heureux:
Du pistolet joyeux il fait siffler la balle.
Ce n'est pas qu'il ne retombe quelquefois dans les circonlo-
cutions ordinaires. Je n'aime point, et surtout chez lui ,
cette définition de la lorgnette, qui, outre l'inconvénient
d'une forme trop commune, a encore celui d'une ellipse peu
agréable.
Le tube qui s'allonge ou resserre à leur clioix.
La poésie de M. Lebrun est, il faut le dire, assez souvent
déparée par des défauts fort opposés à ses mérites. Cet écri-
vain si élégant et si harmonieux se permet avec trop peu de
scrupule, soit des duretés, comme dans ces vers :
Mon oreille deux luis put-elle être in certaine ?
6:i LITTERA/TUKF..
Jour qui poins , et jamais ne'clos.
Soit, comme dans ceux-ci, des prosaïsmes:
L'avilissement est funeste
A qui peut en rester témoin.
La coupe de parfum au matelot qui prie,
A présenté du soir l'encens habituel...
Brisez le despotisme et son trône arbitraire.
Les Klephtes , braves cœurs , mais esprits versatiles...
Tous les écueils essaiment de vaisseaux.
Des expressions d'un tour étrange, et souvent plus latin que
français; d'un air incuricux ;
Sa barbe aux flots épais, noire, et qui sur son sein
Descendait puissamment parfumée et brillante.
Quelquefois même, des constructions contraires à la gram-
maire , comme ces singuliers inusités '.d'exemple fertiles, oc-
cupé -de plaisir, pour de plaisirs, en exemples.
Relever de ces fautes chez des poètes du mérite de M. Le-
brun, ce n'est point purisme, pédantisme; c'est souci de leur
gloire, amour de leur talent. On ne fait point, ou l'on devrait
s'abstenir de faire aux méchans auteurs de pareilles critiques.
Qu'ont -ils à gagner à plus de pureté et de correction? Ils n'en
deviendraient pas meilleurs. Mais, pour ceux que la na-
ture a faits écrivains, orateurs, poêles, on ne peut trop leur
recommander avec Horace ce soin attentif et sévère, ce tra-
vail opiniâtre, cette perfection achevée, ce limœ labor et
mora, qui assure à leurs productions, après les séductious
fugitives du prefnier succès, une longue durée; qui fait qu'on
les relit avec charme, qu'on les retient, qu'on les répète, que
ce qu'ils ont créé ne s'efface plus, et reste comme un monu-
ment impérissable, une œuvre à toujours , selon la belle expres-
sion de Thucydide. Cette longue patience à laquelle Buffon a
peut-être eu tort de réduire le génie, est, sinon son essence,
du moins une de ses conditions, et M. Lebrun ne s'offensera
pas si la critique le condamne à la subir.
H. Patin.
LHTÉRAT1 RE. G:1
Ki'iriiou, histoire' africaine, recueillie et publiée par
M. le baron Roger, ex-commandant et administra-
teur du Sénégal et dépendances (i).
Le teins n'est pas très-loin de nous où la géographie était
reléguée parmi les études stériles, presque sans but, sans
charme et sans utilité. Alors, la science, mal comprise par le
vulgaire, était le domaine d'un petit nombre d'hommes de
génie ou de mérite, qui devinaient à peine ses destinées fu-
tures. Il fallait, pour la mettre à sa place, des événemens tels
<pie ceux qui ont remué le monde depuis cinquante ans; à
présent, la géographie, loin d'être une étude isolée, tient à
toutes les sciences, que dis-je, à tous les intérêts de la so-
ciété; l'industrie et le commerce dépendent de ses progrès, et
ceux-ci influent à leur tour sur le perfectionnement de l'espèce
humaine. Aujourd'hui, on peut l'affirmer, il est impossible que
la civilisation neprofitepas de l'avancement de cette science; et
celle-ci des progrès de la civilisation : cette influence réciproque
de l'une sur l'autre est un fait que tout le mondesent trop bien,
une vérité qu'il est trop facile d'établir pour les développer ici
davantage, et je les indique seulement pour expliquer l'intérêt
qu'inspire le nouvel ouvrage qui vient de paraître sur l'A-
(i) Paris, 1828; A. Nepveu. 1 vol. in-3° de xvi-aji pages;
prix , 5 fr.
N.B. Cet ouvrage appartient par sa forme, celle du roman, à
la Littérature. Cependant, nous en aurions pu placer l'analyse dans la
section des Sciences morales , puisque VW&toirc africaine n'est qu'un
cadre destiné à réunir des détails géographiques et descriptifs sur
l'état de la Sénégamhie, les mœurs et les usoges de ses habitans ,
l'histoire et les progrès de leur civilisation encore dans l'enfance. Le
compte rendu de cet important et intéressant ouvrage a été lu , par
l'auteur, à la Commission centrale de la Société de géographie , et nous
croyons intéresser nos lecteurs , en lui donnant place dans la Revue
Encyclopédique. N. du R.
t. xxxvii. — Mars i8a8. 43
674 LITTÉRATURE.
frique, sous le nom de Kelédor , Histoire africaine. L'aride
géographie de nomenclature n'y tient pas une grande place;
niais quiconque voudra approfondir les circonstances morales
et locales qui caractérisent, les peuples et le territoire de la Sé-
négambie occidentale le lira avec fruit , surtout la première
moitié, ainsi que les notes qui terminent l'ouvrage; et tout le
reste sera lu avec un véritable intérêt, car l'ouvrage n'est
romanesque que par la forme seulement. Rendre compte du
récit des aventures qui servent de cadre au tableau convien-
drait peu dans ce recueil; mais , emprunter quelques couleurs
aux scènes variées et animées par lesquelles M. le baron Roger
a peint le climat et la population du pays, l'état physique et
moral des habitans; faire bien saisir le but et la pensée de
l'auteur; enfin, parler de la division géographique de la Séné-
gambie, d'après les données d'un homme qui a habité et gou-
verné le Sénégal pendant six ans, sera, je pense, remplir
convenablement la tâche qui m'est imposée. Si un voyageur
qui passe rapidement dans un pays peu connu inspire l'intérêt
et la confiance, quelle confiance et quel intérêt ne mérite pas
un habile administrateur, quand il prend la plume pour ex-
primer le résultat des observations mûres et approfondies que
lui ont permis de faire de fréqucns entretiens avec les princi-
paux du pays, la discussion des intérêts et des droits réci-
proques; enfin, le caractère et les passions des habitans, mis
en jeu dans des circonstances graves et importantes ! Ce n'est
pas seulement au chef-lieu de la colonie que M. Roger a ob-
servé les indigènes; il était porté par son activité naturelle,
par son ardent désir derendre l'établissement utile à la mère-
patrie, à se transporter partout où sa présence pouvait faire
du bien. Dans son zèle infatigable, il visitait les établissemens
formés ou projetés dans les provinces, et il recueillait dans
ses momens de loisir les traits de ses descriptions (i). Le lecteur
(i) M. Rogkk a adressé à la Société de géograpliie un écrit très inté-
ressant en réponse à des questions sur le Sénégal , et elle en a or-
donné l'impression. ( Consultez le tome n du recueil de la société. )
LtTTÉRATl :.; fi7r>
peut donc espérer de trouver dans cci ouvrée des couleurs
|;lus neuves el plus exactes que celles cjui nous sont, fournies par
les relations existantes, et des faits qui ont échappé aux précé-
dées voyageurs, malgré de bonnes descriptions du Sénégal , on
h a pas encore en Europe des idées 1res -pistes sur certains détails
de nuruis et d'institutions qui sont d'uneassez liante importance.
Je citerai seulement, pour oxerople, la population du pays et son
étal social. Peu s'en faut qu'on le regarde comme presque désert
OU mal peuplé, et ses habitans comme des demi-sauvages. Et
cependant, tOUS les voyageurs s'accordent à dire que la popu-
lation est très-nombreuse, les villages très-multipliés, et les
nommes, en général, plus avancés dans la civilisation qu'on ne
le croit communément. Indépendamment de l'industrie qui est
propre aux habitans primitifs, les rSénégambiens ont reçu des
Arabes1, avec la loi musulmane, certains arts, certaines insti-
tutions qui ne sont pas indignes d'examen. Il faudra bien des
années pour que l'Européen superbe s'aceoutume ù croire à
l'aptitude intellectuelle de l'Africain, et convienne de sa per-
fectibilité; mais enfin, avec le tems, il se fera à cette idée; une
erreur, funeste au bonheur d'une partie considérable du genre
humain, s'évanouira et la vérité se fera jour. Déjà les plus
puissantes nations de l'Europe ont renoncé au commerce im-^
pie de la traite, et l'ont condamné comme un crime. Qui eût
pu l'espérer, un siècle plus tôt, et même il y a quarante ans? Il
est aussi des esprits philosophiques trop préoccupés d'une
différence d'organisation, et qui sont enclins à conclure de la
différence des races, non passeulement a une infériorité d'intel-
ligence et de facultés, mais une sorte d'incapacité sociale.
L'ouvrage de M. Roger fournit plus d'un argument, ou, pour
mieux dire (car les faits sont ici les meilleurs argumens), plus
d'un fait pour répondre aux détracteurs des noirs, et en cela
i! est peu d'accord avec la plupart des écrivains. Heureusement
il pense et il s'exprime comme presque tous les voyageurs quiles
ont vus chez eux, et non pas dans l'esclavage. Muxgo-Park.
r.'avait-ilpas porté déjà le même jugement sur les noirs de la Séaé-
676 LITTÉRATURE.
gambie?N'avait-il/pas éprouvé leur bon sens, leur sensibilité,
leur intelligence? Je remarque le même langage chez le major
Laing et le major Gray. à Sierra Leone, ce dernier trouva
des écoles florissantes peuplées d'indigènes. « Les progrès des
élèves noirs de Freetown, dit le major Gray, en arithmétique,
en géographie et en histoire, prouvent une capacité bien supé-
rieure au peu de moyens attribués jusqu'à présent aux nègres,
et démontrent clairement qu'on peut arriver à les rendre
d'utiles membres de la société, en leur donnant l'éducation
nécessaire. » Récemment, on a trouvé à ioo milles de cette co-
lonie, dans l'intérieur, une nation gouvernée régulièrement,
ayant des arts, des lois et des magistrats. Enfin, la colonie
des Noirs américains, c'est-à-dire, des esclaves devenus libres
dans l'Amérique du nord, et ramenés dans leur patrie, où ils
s'administrent par eux-mêmes, est une preuve évidente et vi-
vante de l'aptitude des Africains pour la civilisation. J'en
pourrais citer une autre encore plus décisive; mais elle m'écar-
terai t trop du but que je me suis proposé.
Passant sous silence, comme je dois le faire ici, le récit que
fait de ses voyages le héros de Y Histoire africaine, je m'arrêterai
au tableau de la Sénégambie, tableau en action , qui forme les
trois premiers livres de l'ouvrage; seulement je dirai que
Kélédor , né dans la province de Walo , élevé dans le pays
de Fouta - Toro , république théocratique , tombé très-
jeune encore au pouvoir des marchands d'esclaves, est trans-
porté en Amérique, vers l'an 1797, avec ses compagnons d'in-
fortune , et ne revient dans sa patrie qu'après avoir subi toutes
sortes de vicissitudes, propres à former son jugement et à
éclairer son esprit; il y arrive préparé à jouer un rôle
dans le mouvement qui fait marcher insensiblement cette
contrée vers une nouvelle existence, fruit de ses rapports
continuels avec la civilisation européenne , et surtout du
commerce et des améliorations agricoles et industrielles
qu'a introduites le gouvernement de la colonie française.
Dans ce qui suit, je rapprocherai et je fondrai ensemble les
LITTÉRATURE. 677
notions fournies par le texte et celles qui résultent des notes
nombreuses et instructives placées à la fin de l'ouvrage 1 et
«les renseignemens inédits que je dois à la complaisance de
31. Roger.
Après avoir, en peu de mots, rendu compte de la révolu-
tion politique arrivée en 1775 dans le pays de Fouta, et qui a
fait passer le pouvoir royal aux mains des prêtres (ils élisent
entre eux X Almami > prince temporel et spirituel, et forment un
Conseil qui le révoque à volonté ), l'auteur donne quelques
détails sur la division de la Sénégambie à l'ouest du Bambouk;
elle diffère sensiblement de ce qui a été admis jusqu'à pré-
sent , et elle est plus précise et plus complète. Près de l'Océan
sont le Waloct Cayor, aujourd'hui indépcndansduGhiolof Baol
et Salum; le long de la rive gauche du Sénégal, est le Fouta-
Toro, et au dessus du Walo le royaume Ghiolof, qui s'étend
presque jusqu'à la Gambie; plus à l'est et au sud, le Bondou
jusqu'à la Falémc; entre laFalémé et leBâ-Fing, le Bambouk,
pays riche en mines d'or; sur le Sénégal, au-dessus deBakel, l'an-
cien pays de Galam où était situé le fort Saint- Joseph, aujourd'hui
ruiné; plus à l'est, leKasson etîeKaartaou bas Bambarah, deux
pays aujourd'hui confondus en un seul par un même intérêt
et leur état de guerre perpétuel avec le haut Bambarah, dont
Sego sur le Dhiolî-Bà est la capitale. De là, jusqu'à ce fleuve
et jusqu'à Tombouctou, est un espace beaucoup moins étendu
qu'on ne le suppose et qui ne serait pas très-difficile à franchir
par le commerce; nous en avons la preuve, et dans les ex-
cursions de Park, et dans le trajet continuel des caravanes;
c'est l'intervalle entre les deux bassins principaux de cette
contrée; son élévation est médiocre, peu de semaines suffisent
à le traverser. La nouvelle position qui vient d'être choisie à
portée de la dernière cataracte, sera un point de départ excel-
lent: d'autres détails sur ce sujet seraient aujourd'hui préma-
turés, et il suffit d'ajouter que les sciences et le commerce ne
peuvent manquer d'en retirer des avantages prochains. Quant
aux Maures Darmankous, Trarzas , Braknas et Dowichs, on
sait qu'ils sont les maîtres de la rive droite du fleuve et qu'ils
<>8 LITTÉRATURE.
font la loi du commerce dans les escales et presque dans tous
1rs marchés (i).
La population de toutes ces peuplades est plus considérable
qu'on ne le suppose. En voici un aperçu en gros : Waîo,4o,ooo
habitans ; Cayor, 25o,ooo; Ghiolof, 200,000; Fouta - Toro ,
800,000; Bondou , 3oo,ooo; Galam ou Kajaga , 100,000; nè-
gres restés soumis aux Maures , 60,000; Trarzas „ 3o,ooo;
Braknas, 60,000 ; Maures Dowichs et Oualad Barek, 100,000;
sans compter les populations qui avoisinent la Gambie, celles
duhautSénégal au-dessus de Galam; celles du Kaarta et du bas
Bambarah. Les États occidentaux ont conservé leur population
primitive; mais le grand État de Fouta-Toro a reçu sa popu-
lation actuelle du dehors ; les Foulhs ou Peulhs y sont venus
du Bondou, du Fouta-Dhialon et duDentilia, sous le nom de
Toukouleurs, nom aujourd'hui limité aux marabouts ou prêtres
du Fouta. Entre deux bras du fleuve est une île très-riche,
appelée Ile à Morfil, qui a ko lieues de longueur sur 6 à 7 de
largeur moyenne. Le Walo, patrie de Kélédor, est aujourd'hui
tout entier acquis à la France ; il s'étend de Dagana à St.-Louis,
c'est-à-dire, d'une trentaine de lieuesdelongueur(2); sa largeur
est de i5 à 20 lieues. Des plantations nouvelles, au nombre de
plus de 40 , y sont partout distribuées; la colonisation y pros-
père; des Noirs libres viennent y louer leurs services; ils s'y
rendent de 100 , môme de 200 lieues de distance. L'industrie
et la liberté qui amènent l'aisance, la justice qui en assure le
fruit, commencent à parlera la raison et à l'intelligence des in-
digènes ; que ne doit-on pas attendre, pour l'amélioration du
pays, de ces premiers essais, surtout si le commerce de France
les seconde, si l'opinion les encourage!
(1) Voyez le Mémoire que M. Eyriès a joint au voyage de
M. Mollien, et ses autres remarques sur le Sénégal.
(a) 4° lieues de l'ouest à Test, selon l'ouvrage , s'il n'y a pas faute
d'impression ; mais, si l'on compte les sinuosités du fleuve, ce serait
trop peu, et c'est trop en ligne directe. La position de Dagana est
fixée aujourd'hui.
UTTÉRATl aE. «79
Plusieurs détails de otoeurt (jue rapporte M. Roger appar*
1 1 « - r 1 1 1 « > 1 1 1 plutôt aux Arabeset à la religion mahométane qu'aux
indigènes, et d'autres sont empruntés visibletMOtà l'Egypte
Du à la Nubie, tels que l'hrt de masser, l'enfourcbenient des
captifs, les formules de salut, do missives et de serment, les
règles de la prière, l'enseignement simultané, L'attachement du
marabout pour son eheval et pour ses armes, les mouczzin
choisis parmi les aveugles, ete. ; mais je n'avais point entendu
parler eu Afrique du magnétisme animal que l'auteur a obser-
vé dans ees contrées. Quant aux bouffons de cour, aux clian-
leurs, farceurs et musiciens ( les gawcndos et les griots), tous
les voyageurs qui ont visité la Sénégambie, ont décrit plus ou
moins bien les folies bizarres des uns, les jeux des autres, et
surtout leurs excès et leur insolence. Ces derniers ne se ma-
rient qu'entre eux, c'est une caste dégradée; ils sont privés
même de la sépulture commune. On sait de même ce que sont
\cs grisgris, c'est-à-dire, les amulettes ou talismans d'écriture;
tout le monde connaît ces singuliers préservatifs contre les
bêles féroces, l'incendie, la guerre et tous les maux de la
vie. Il est tel voyageur qui a dû la sienne à l'innocent artifice
des griffonnages les plus insignifians; je ne voudrais pas qu'ils
perdissent leur crédit. Que les Européens profitent encore
quelque tems de cette faiblesse des nations africaines; puis-
qu'elle leur sert de passe-port, et qu'elle avance les découvertes ,
qui pourrait s'en plaindre?
Le langage du pays de Fouta est le foulh; celui des pays de
Ghiolof et de WaJo est le wolof, langue indigène qui est de
toule ancienneté, idiome intéressant qui vient de fixer l'atten-
tion des savans parles particularités singulières de sa compo-
sition et de sa grammaire (i); mais on ne l'écrit pas, l'écriture
ne sert que pour exprimer le langage arabe des marabouts et
(i) M. Rogf.r prépare un Mémoire sur la langue wolof c. En iSaS ,
nous avons publié le Dictionnaire wolof \ rédigé au Sénégal par
M. D.vitn, instituteur de l'École de Saint-Louis, et imprimé à l'im-
primerie royale, i vol. in-8°, avec un avant-propol et des tableaux ,
d'après h grammaire wolof', de M. Dard à Potis.
68o LITTÉRATURE.
de ceux des indigènes- qui ont appris cette langue. C'est ce qiu
avait laissé l'Europe, jusqu'à ces derniers tems , dans l'igno-
rance de la nature et de la composition de la langue wolofe;
aussi, le premier Européen qui est parvenu àrécrire,y a fait
des découvertes intéressantes, et il l'a dû à une circonstance
qui mérite d'être rapportée, c'est aux efforts que les pliilan-
tropes français ont faits, en ;8i6, pour faire donner un peu
d'instruction aux jeunes Wolofs qui habitent le Sénégal. Une
école a été établie à Saint-Louis ; le maître, comme les disciples,
ignorant respectivement les deux langues écrites, l'arabe et le
français , il a fallu,, au premier, écrire un dictionnaire entier de
l'idiome des seconds, et sous leur dictée: ce qui l'a conduit à
découvrir peu à peu les règles grammaticales.
Le salut de la lance est un usage antique et solennel pratiqué
au commencement d'une campagne. Chacun des guerriers doit
passer devant une lance très-haute et jurer devant le prince de
combattre vaillamment l'ennemi. En racontant les circonstances
delà cérémonie, l'auteur parle , à cette occasion, d'une autre
coutume, celle qui veut qu'un esclave puisse quitter le maître
qui l'a maltraité, et devenir celui d'un autre , en lui faisant une
injure grave; pareille chose existe dans le Kakougo et chez les
Aschantées. Autrefois, au Sénégal, l'esclave, pour obtenir
cette même faveur, pouvait couper un morceau de l'oreille au
maître qu'il choisissait , ou bien à son fils.
Les Wolofs sont régis, de tems immémorial, par une sorte
de féodalité. Au sol appartiennent les droits de justice, d'a-
mende, de confiscation , de péages, d'aubaine. Les vassaux
payent la dîme au suzerain , qui la partage quelquefois avec
les prêtres; mais déjà comme en Europe, des communes com-
mencent à se former. L'influence du régime français ne tardera
pas à se faire sentir.
Rien n'est plus fait pour surprendre, à côté de la facilité
d'humeur et de la douceur des nègres de Sénégambie , que le
caractère prononcé, la fermeté et l'esprit d'indépendance des
Fouhls; mais leur fierté n'est pas exempte d'arrogance : ils pas-
sent même pour médians et perfides. M. Roger leur rend plu*
Lirn-RATl HIv Ml
de justice, et il remarque que, chez ce peuple, oVst nue suite
du même esprit qui leur i faii leeouer !<• joog de leurs tyrans.
Ils sont passionnés pour la liberté, ni. lis ambitieux et turbulcns,
souvent livrés à la guerre eivile : ce n'est pas leur seule res-
semblance avec les républiques de Rome et de la Grèce. Après
leur révolution, en 1775, l'esclavage lut proscrit, on n'y admit
plus aucun nouvel esclave; chose bien remarquable, tout es-
clave ancien devint libre, dès qu'il sut lire. Les Foulhs vont jus-
qu'à croire que nous avons suivi leur exemple en proserivant
la traite. Au reste, aujourd'hui, ces mêmes hommes viennent
chaque année par centaines sur les plantations françaises et
se livrent au travail agricole. Ils sont d'ailleurs moins robustes
et moins grands que les Wolofs. On sait qu'au lieu d'un noir
foncé', leur teint tire sur le rouge. D'autres traits encore les
distinguent du reste des noirs.
L'auteur remarque la différence des usages des Serrères,
petit peuple de Baol, au sud de Cayor. Plus sauvages , ils ont
résisté au mahométisme, et ils s'éloignent aussi des Européens.
Leurs funérailles ne ressemblent point à celles des autres Séné-
galais. Le mort est assis , couvert de ses plus riches vêtemens;
un parent lui adresse ainsi la parole : «.Pourquoi veux-tu nous
quitter ? >î 'avais -tu pas parmi nous tout ce qui t'était néces-
saire? Quel est le sorcier , l'ennemi qui t'a fait périr? » Un
autre, placé derrière le mort, répond pour lui qu'il demande
à être inhumé. Alors commencent de grands cris de douleur;
mais, dès que le corps est enterré , la joie succède, on chante
et l'on danse, et les fêtes durent neuf jours.
Les plus beaux nègres sont les Ghiolofs; ils n'ont, dit
M. Roger, d'Africain que la couleur. Le nez est régulier et les
cheveux mêmes sont alongés. Cet angle facial et les autres
signes physionomiqnes qu'on a regardés comme la mesure de
l'intelligence des noirs, se rapprochent considérablement de
ce qu'on observe en Europe. Que diront donc ceux qui éta-
blissent sur la conformation de la face l'infériorité de la race
noire? Que diront-ils de cette variété ghiolofe, pour ain>i dire,
européenne? Au reste, tout ce que j'ai voulu faire ici, c'est de si-
6g* LITTÉRATURE.
gnaler un fait attesté par bien des voyageurs, et un peu trop
négligé par les philosophes et les anatomistes...
On a déjà rapporté plusieurs traits qui prouvent que
les nègres ne sont pas dépourvus de courage moral , et d'une
sensibilité vive et profonde. On pourrait en trouver d'autres
encore dans l'ouvrage de M. Roger ; mais il faut se borner, et
citer seulement les expéditions que firent, il y a peu d'années,
une soixantaine d'individus qui avaient, par le travail, racheté
leur liberté. De la Havane, ils se firent transporter à leurs frais
au Sénégal, en 1819 et en 1822 : l'amour de la patrie et de
l'indépendance éclate au plus haut degré dans ces expéditions,
et dans la conduite de ces hommes qui n'avaient d'autre pers-
pective, en prenant une aussi courageuse résolution , que
d'embrasser leurs vieux pères ou de mourir sur le sol natal :
qu'y a-t-il de plus touchant ? En arrivant, il faut le dire, on
les voit quitter leurs habits et reprendre la pagne, et même
substituer bientôt le salam aux prières accoutumées. Les femmes,
plus constantes dans les habitudes européennes, mêlaient confu -
sèment les symboles des deux cultes, et usaient jusqu'au bout
leurs mantilles et leurs soies brodées , pour reprendre à leur
tour la pagne modeste, dont leurs mères ou leurs sœurs étaient
drapées. Mais après tout qu'importent, pour ces hommes, le cos-
tume et Ieshabitudes des colonies européennes? c'est le spectacle
de la civilisation,des arts et de l'industrie qu'ils ont besoin d'avoir
constamment sous les yeux, et heureusement ils le trouvent
aujourd'hui dans les établissemens français. Les Maures, re-
poussés sur la rive droite du fleuve , ne désolent plus le TValo.
Les cultures se rétablissent, la population et le bien-être aug-
mentent avec le travail libre; des maisons s'élèvent, des végé-
taux utiles se multiplient. Voilà enfin une colonie où des Afri-
cains libres s'adonnent à l'agriculture ; ils perfectionnent les
races de bestiaux; avec le prix de leur travail , ils achètent nos
instrumens, les produits de nos arts, et les emportent à 200
lieues; ils emportent aussi avec eux le nom de la France, ou-
vrant ainsi la première porte à un commerce qui ne peut plus
que s'accroître avec le tems. Il faut lire les dernières pages du
LITTÉRATURE. W^
livre pour connaître et apprécier legénéreus enthousiasme qui
anime railleur, à l'idée de l'avenir , a l'aspect des premiers
Bruits d'une ooble entreprise. Qui ne partagerait de si hono-
rables sentimens ? Qui même, en traitant un tel espoir d'illu-
sion, ne rendrait une éclatante justice aux efforts de l'adminis-
trateur habile et infatigable qui s'est voué à une œuvre de bien
si difficile et si ingrate? Combien on prend une part vive à sa
sollicitude , à ses vœux, à ses efforts , que rien n'a pu décou-
rager pendant plus de six années d'administration !
Ce ne serait pas donner une idée complète de cet intéressant
volume que de passer sous silence le mérite du style; l'exac-
titude seule ne peindrait pas assez bien les mœurs, les hommes
et le climat. Quoique l'auteur ait été inspiré pnr des événemens
historiques d'un véritable intérêt, par des traditions vivantes ,
par les paroles mêmes des personnages, paroles dont le pays a
gardé la mémoire, cependant il importait de présenter au lec-
teur européen des tableaux à la fois vrais et expressifs, parce
qu'on ne connaît guère le Sénégal que par des descriptions
un peu arides. Choisissons la scène du passage du désert qui
sépare le Fouta de Cayor , quand l'armée d'Abdoulkader ,
en 1797 , porta la guerre an dainel ou roi de cette dernière
contrée (1). En voici un fragment :
« Le lendemain , le soleil se leva moins favorable ; il ne dar-
dait que des rayons obscurcis, rougis par une quantité de
sable soulevé de l'horizon et répandu dans l'air. Tout annonçait
le règne de ces vents d'est redoutés du voyageur, de ces vents
brùlans qui, après avoir balayé le grand désert, en rapportent
la sécheresse, l'aridité, et, pour ainsi dire, des vapeurs de
poussière.
« A peine étions-nous en marche, que nous aperçûmes comme
(1) On sait que lirak , Daniel, Almami sont les noms divers que
prennent les rois de ce pays. Le premier /que'pbrtait le roi de Walo ,
n'a plus d'application; le second est celui du roi de Cayor; le troi-
sième appartient au roi de Bôndoa, c t le prince de Fouta-Toro le
porte également.
684 LITTÉRATURE.
un petit nuage roux, qui changeait à chaque instant de forme,
et qui faisait les oscillations les plus singulières et les plus su-
bites. En approchant , il grossissaitau point de nous intercepter
le soleil et même la lumière. Bientôt nous fûmes assaillis de la
plus effroyable quantité de grosses sauterelles qu'on ait jamais
vue. Les arbres, les buissons, en un instant dépouillés de leur
jeune écorce, furent surchargés de ces insectes; le sol en était
jonché de plusieurs couches; l'air, pour ainsi dire, en était
épaissi. Nous-mêmes en fûmes couverts; et dans leur odieux
bourdonnement, ces animaux maudits, froissant continuelle-
ment notre figure, nous forçaient à nous boucher les narines,
à fermer les lèvres et les yeux.
« Ceux qui connaissent par expérience les nuées de saute-
relles qui fondent quelquefois sur les campagnes d'Afrique,
peuvent seuls juger des effets du fléau qui nous accablait, plus
terrible qu'il ne s'était jamais montré ; les autres refuseraient
d'y croire. Nous nous ouvrions péniblement un passage au
milieu de cet immense tourbillon , foulant aux pieds à chaque
pas , écrasant à chaque mouvement des quantités de ces dégoû-
tans insectes. Isolés ainsi, ne distinguant plus notre chemin,
ne nous guidant que par la voix, plusieurs de nous tombèrent
suffoqués ; beaucoup d'autres furent égarés. Heureusement
encore , dans cette calamité, les deux malencontreuses cohues
s'avançaient en sens contraire. Au bout de deux heures d'in-
quiétude, de fatigues inouïes , nous commençâmes à retrouver
l'air et le grand jour.
« Qui pourrait compter le nombre prodigieux d'oiseaux de
toute espèce qui suivait ce monde aérien , ce grand météore
animé? Combien d'aigles, de faucons, de milans ! combien d-e
grues et de cigognes ! combien de marabouts aux vastes ailes ,
à la queue ornée d'un duvet riche et léger ! Tous semblaient
mus par l'esprit de la destruction; ils dévoraient, massacraient
et couvraient la terre de morts et de débris. Affreux avertisse-
mens du ciel ! ne montrait-il pas assez l'empire de la force sur
la faiblesse? ne devait- il pas nous inspirer d'utiles pressen-
timens ?
! ITTÈIIATI RE. 685
' Nous traversions un pays que ces insectes innombrables
venaient de dépouiller entièrement de verdure; plus un frag-
ment de feuille, plus un brin d'herbe. In veut sec et brûlant
beur tait avec bruit la poussière contre les rameaux des arbres
et contre les buisson,, semblables maintenant à des balais usc<
et blanchis. C'était un spectacle de désolation , que complétait
une population errante, harassée.
«Dès que, par une marche pénible, nous eûmes al teint quelque
ombrage, Almaini lit (aire halle, afin de rallier ses gens et de
leur donner un repos bien nécessaire: c'est là qu'on fut forcé de
passer la seconde nuit. Il s'en fallait bien qu'elle ressemblât à la
première. Des fatigues, d'affligeant souvenirs, des inquiétudes
pour les absens , une température accablante imposaient à
tout le monde un morne silence; il n'était troublé que par les
recherches et les cris de ceux qui s'efforçaient de retrouver le
père, la sœur, l'ami dont ils avaient été séparés.
« Le même vent souffla toute la nuit; mais, comme on l'ob-
serve ordinairement dans ces contrées, il devint alors aussi
froid qu'il avait été chaud pendant le jour. Du reste, il ne per-
dit rien de sa sécheresse; la nuit n'apporta pas une goutte de
rGsée, pas la plus légère humidité.
« Il était évident qu'une journée encore plus difficile que la
précédente se préparait. Nous avions fait à peine la moitié du
chemin, et la foule ne pouvait parvenir en un jour aux fron-
tières de Cayor. Cependant les provisions manquaient, on s'in-
quiétait principalement pour remplacer l'eau qui tirait à sa fin.
La nature du pays, surtout dans la saison où nous étions, ne
permettait pas d'espérer qu'on pût s'en procurer autrement
qu'aux puits des villages dont on était encore trop éloigné.
Almaini sentit tout ce qu'avait de critique sa position; il
entrevit dès lors les résultats affreux de l'entreprise dans la-
quelle il s'était imprudemment engagé. Dès le matin de la troi-
sième journée, il fit publier que tous les individus hors d'état
de porter les armes étaient invités à retourner chez eux; qu'on
était content de leur dévouement; que Dieu leur en tiendrait
sans cloute compte; mais que leur présence serait désormais
G88 LITTERATURE.
plus nuisible qu'utile, et qu'il appartenait aux guerriers seuls
de continuer la campagne.
« On éprouva dans cette occasion qu'il est plus facile d'exalter
les esprits que de les apaiser. Très -peu se rendirent à l'invi-
tation qui leur était faite; presque tous résolurent de suivre
l'armée. Tous criaient qu'ils voulaient souffrir pour le prophète,
afin de mériter la récompense promise; que, plus les obstacles
étaient grands, plus le succès serait éclatant. Le péril semblait
exciter encoreleur aveugle confiance, et donner un nouvel aliment
à leur enthousiasme. La honte de reculer et d'abandonner leurs
compagnons, la crainte de traverser seuls le désert, en retinrent
un bon nombre aussi; car, en se montrant courageux, beaucoup
d'hommes, à l'ombre de considérations avouées, cèdent réelle-
ment à des motifs secrets, souvent peu honorables.
«Quoi qu'il en soit, la troupe presque tout entière se mit
encore en marche. Je ne décrirai pas cette terrible journée,
pendant laquelle l'inclémence des airs surpassa tout ce qu'on
peut imaginer de plus désastreux. Le ciel était en feu. Le vent
dévorant du désert, soufflant sans relâche, soulevait en tour-
billons le sable léger sur lequel nous marchions. Chaque grain
brûlant qui frappait notre peau, nous causait un sentiment aigu
de douleur. En se réfractant dans cette atmosphère chargée de
poussière , les rayons du soleil devenaient insupportables.
Accablés de chaleur, les corps étaient brûlans , corrodés et
sans aucune transpiration; la langue se collait dans la bouche
aride; la gorge, la poitrine desséchées, laissaient à peine passage
à un air qui semblait enflammé. Le reste de l'eau qu'on avait
emporté fut bientôt épuisé; mais elle ne servit en quelque sorte
qu'à exciter encore une soif inextinguible. >.•
Les lettres de FAlmamiau Damel, et les réponses de celui-ci
ne sont pas d'un moindre intérêt. Il faut les lire dans l'ouvrage
même. En voici quelques traits; ils peignent avec vivacité la
force de raison et les senlimens énergiques de ces Africains que
nous jugeons peut-être un peu trop légèrement. «Nous sommes
chargés par l'assemblée de Fouta ( disent au roi de Cayor les
envoyés de l'Almami) de vous déclarer que , si vous ne voulez
LITTÉIUTTURE. 5&J
pas réformer voire conduite ri celle de vos gens , nous vous y
contraindrons par la force; voici les emblèmes que nous vous
apportons. Choisissez cuire ces i\cu\ couteaux : avec celui-ci
Alm.tmi rasera la tête de Damel, si Damel veut se faîte mara-
l)oui et suivre la loi de Mahomet; avec celui-là, si Damel refuse,
Almair.i lui coupera la gorge. >• Le Damel de Cayor lui répond
en ces mois : « Almami, salut. Il ne me plaît pas de choisir; je
ne veux de toi ni pour barbier, ni pour bourreau. De quoi te
méles-lu ? Ne sais-tu pas que le prophète a dit : Ne disputez pas
avec les ignorons? Garde donc ta science et reste tranquille.
Moi , je me souviens qu'on m'a lu dans le Koran cette sentence:
Pardonnez à qui vous offense ; c'est pour cela que j'e te renvoie
tes gens sans leur avoir fait couper les oreilles ; mais qu'ils ne
reviennent plus. Mahomet a dit : Résignez-vous à votre destinée ;
si tu me fais la guerre , je me résigne à te battre.» Tout cela est
historique, l'ambassade, le discours, la réponse et les événe-
mens de la guerre.
M. le baron Roger prépare d'autres ouvrages sur le Sénégal ,
des remarques sur la langue wolofe, le tableau de la révolution
du Fouta, et un recueil de fables sénégalaises. On ne peut que
l'inviter et l'encourager à effectuer son projet. Ces productions
utiles contribueront à étendre nos connaissances , à intéresser
le public français au sort de cette partie de l'Afrique , et par
conséquent à avancer l'œuvre de la civilisation sur ce grand
continent (i). Jomabd.
(i) Il faut faire aussi la part de la critique, ello sera légère; voici
quelques points que je soumets à l'auteur. Yallah est une exclamation
fréquente chez les Sénégalais, et originaire des Arabes, pag. n.lfi.
En adoptant cette origine, l'auteur se'demande si 1'/, signe du pluriel
en Avolof , n'indique pas ici l'idée de la pl'tralitidesdieux\ mais Yallah
signifie en arabe , O Dieu , par Dieu ; les Arabes ont apporté cette ex-
clamation , en même tems que le nom même de Dieu.
Page 25 1 ; le Delta du Nil est, suivant M. Roger, tout-à-fait dé-
pourvu d'arbres. Le fait est que les plus beaux sycomores et une
foule d'autres arbres y abondent. Voyez la Description de t Egypte ,
t. j , État mod. , peut-être est-il question des arbres croissant sponta-
nément.
68S BEAUX-ARTS.
BEAUX- ARTS, (antiquités.)
Description dk l'Égyptb , ou Recueil des observations
et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant
V expédition de V armée française. Seconde édition,
dédiée au Roi, et publiée par G. L. F. Panckoucke.
Dernières livraisons de /'Atlas.
Grâce au zèle de M. Panckoucke et à son active prévoyance ,
les dernières planches de cette seconde édition ont pu être pu-
bliées au moment même où elles venaient de paraître dans la
première. C'est ainsi que, par un concours de circonstances
assez remarquable, deux éditions, commencées à plus de vingt
années d'intervalle l'une de l'autre , ont été terminées en même
tems, et presque le même jour. Ce qu'il faut surtout admirer
dans ces dernières livraisons, ce qui est réellement digne de
l'attention des savans , c'est la belle Carte topographique de
l'Egypte et de la Sy rie , composée de quarante-sept feuilles sé-
parées , et dressée à l'échelle d'un millimètre pour cent mètres :
cet immense travail, qu'on doit regarder comme un des plus
importans résultats de l'expédition d'Egypte, et qu'on peut jus-
Introduction , il met la girafe au nombre des animaux des rives
du Sénégal; mais il néglige de dire d'après quelle autorité : jusqu'à
présent, les voyageurs ne l'ont pas aperçue auprès de ce fleuve.
M. Roger assure que les Indigènes ont vu la girafe sur le Haut-Séné-
gal, et même dans le pays de Ghiolof , qu'on en apporte des peaux à
Saint-Louis et que cet animal a un nom en wolof.
Page 208 ; les Félicitas lui paraissent de la même race que les Foulhs
et même les Fellahs d'Egypte. La ressemblance des noms a entraîné
l'auteur un peu trop loin , surtout pour les Fellahs.
La méthode d'instruction mutuellesci ait, selon lui , établie au Séné-
gal de tems immémorial. Il est plus vraisemblable que l'enseignement
simultané, seulement, a été apporté par les Arabes, qui le pratiquent
au Caire et en d'autres lieux : voy. Y Abrégé de la Méthode des écoles élé'
ment aires , Paris, 18 1 6. Colas, ru eDauphine. D'ailleurs, puisque les
Wolofs n'écrivent pas leur langue et ne l'écrivaient pas davantage
avant la conquête , quelle aurait été l'occupation de leurs écoles?
îïr \ ( \ LRTS. 689
temcnt appeler monumental, fut COI1ÇU dans des proportions
inusitées jusqu'alors: fruit des observations et des efforts réunis
d'un grand nombre d'ingénieurs et d'artistes habiles, il a été
exécuté sous la direction du colonel Jacotiit, dont lés sciences
géographiques ont eu à déplorer la perte récente, mais qui a
laissé dans le cœur de tous ceux qui ont eu le bonheur de le
connaître l'ineffaçable souvenir de ses vertus. C'est à l'achève-
ment de cette grande entreprise qu'il consacra plusieurs années
d'une vie laborieuse , tout entière écoulée dans des travaux
utiles ou dans l'accomplissement des plïis austères devoirs.
Comme la seconde édition de la Description de l'Egypte ne
contient aucune planche coloriée, M. Panckouckc, pour offrir
à ses nombreux souscripteurs unfac simile des peintures égyp-
tiennes, a ett l'heureuse idée de mettre sous leurs yeux une
copie du tableau, peint à l'huile, qui orne sa galerie égyptiennc(i).
Nous allons en donner ici la description :
Ce tableau est, à lui seul , un abrégé de toute l'Egypte. La
conception en est à la fois ingénieuse et hardie : elle nous
montre, dans un lointain immense, et comme dans une appa-
rition magique, tout le cours du Nil depuis le Delta jusqu'à la
cataracte de Syène (2). Qu'on suppose un homme debout sur
le sommet de la grande pyramide ; si de là son œil pouvait
atteindre jusqu'à la dernière limite méridionale de la vallée et
embrasser d'un regard tous les monumens delà Thébaïde, le
spectacle qui se déploierait alors devant lui serait en réalité
la riche perspective qui sert de fond à ce tableau.
(1) Cette seule planche, dont l'original a sept pieds de hauteur sur
quatre kt nEMi de largeur, peut aidera colorier, par la pensée ,
1rs neuf cents planches de la Description de l'Egypte.
(2) On a dû exagérer les sinuosités du fleuve , afin de le renfermer
en moins d'espace, et de lui faire embrasser dans ses contours les
ruines les plus importantes de la Haute-Egypte. Une composition
semblable n'exigeait pas, dans la position respective de chaque mo-
nument, une fidélité rigoureuse: il suffisait à l'auteur du dessin de
disposer les matériaux qu'il avait choisis dans l'ordre le plu3 favorable
à l'effet qu'il voulait produire.
T. xxxvii. — Mars 1828. 44
6ijo BEAUX-ARTS.
Parcourons d'abord d'un coup d'œil les siles les plus éloi-
gnés de cette perspective , et après en avoir reconnu à la hâte
les principaux édifices, rapprochons-nous par degrés du pre-
mier plan, pour examiner plus à loisir les objets qui sont
immédiatement sous nos yeux.
Au pied de la montagne qui termine au loin l'horizon , on
aperçoit confusément les ruines de l'antique Phila? , île jadis
sacrée, où , selon 1rs traditions religieuses des Egyptiens , était
renfermé le tombeau d'Osiris. Située à deux lieues au-delà de
Syènc, aux portes môme de la Nubie , l'île de Philae fut la limite
où s'arrêta l'empire romain. Il suffirait d'un quart d'heure de
marche pour en parcourir la circonférence; et sur une si petite
étendue, elle offre encore au voyageur étonné les ruines de
plusieurs édifices somptueux , éloquens témoins de son an-
cienne splendeur.
A la droite de Philœ, on reconnaît la cataracte de Syène,
et un peu au-dessous l'île d'Éléphantine, qui, à cause de son
étonnante fertilité au milieu de la contrée aride qui l'environne,
fut surnommée autrefois le Jardin du Tropique.
Les édifices qu'on voit groupés au-dessous de l'île de Philae,
dont ils sont séparés par le fleuve , sont les restes confondus
des anciennes villes d'Ombos, d'Apollinopolis et d'Esné. A l'ex-
ception de quelques colonnes encore debout du temple d'Her-
monthis, tous les autres monumens, qui sont distribués sur
l'une et l'autre rive du Nil, appartiennent à l'antique capitale des
Pharaons, à cette fameuse Thèbes aux cent portes, dont Homère
chanta la puissance, et qui fut le siège de l'une des premières
monarchies delà terre: arts, sciences, systèmes religieux , pacte
social , législation, c'est là que tout a commencé; c'est là que
s'est allumé le flambeau dont les reflets ont éclairé le monde.
Parmi ces magnifiques débris de la grandeur égyptienne, ce
qui frappe d'abord les regards du voyageur, ce sont les deux
énormes colosses qui semblent dominer au loin toutes les
ruines, et qui sont assis depuis quarante siècles dans la plaiue
de Thèbes. L'un d'eux, et cela est attesté par une foule d'ins-
criptions grecques et latines dont les pieds du colosse sont
JIKAIX-ARTS. f>()l
chargés, esl la célèbre statue (!<• Memnon qui , selon une tradi-
tion accréditée dans toute l'antiquité, rendait chaque jour-dés
sons harmonieux au levé* de l'aurore.
Plus bas 61 immédiatement au dessus de la rangée de sphinx
à tête dt bélier, se montrent, dans u\i développement pitto-
resque, les belles ruines i\n tombeau dOsvinandias. Diodorc
de Sicile, qui nous a laissé une si brillante deseription de ce
monument funéraire , assure qu'on y voyait entre autres mer-
veilles un cercle d'or d'une coudée de hauteur et de 36V5 cou-
dées de circonférence, sur lequel on avait indiqué, pour chaque
jour de l'année, le lever et le coucher des astres. C'est là
qu'était aussi renfermée la bibliothèque célèbre où le génie mys-
térieux des Égyptiens avait gravé ces mots : Recèdes de l'a me.
Quelques-unes des galeries du tombeau d'Osymandias ont,
au lieu de colonnes, des piliers carrés auxquels sont adossées
debout de grandes statues de divinités égyptiennes : cette atti-
tude a probablement suggéré aux Grecs l'idée de leurs caria-
tides. Mais une autre statue, la plus gigantesque qu'ait jamais
produite le ciseau égyptien, c'est celle du roi Osymandias,
dont il reste encore un immense débris sur le sol de Thèbes.
Elle était taillée dans un seul bloc de granit rose, et ses dimen-
sions étaient telles que son pied seul avait plus de sept coudées.
Si ce colosse eût été placé devant le Louvre, quoique assis, sa
tète se fut élevée jusqu'au sommet de la colonnade.
Ces sphinx qu'on voit au dessous, rangés en file, formaient
jadis de longues et majestueuses avenues qui conduisaient au
palais de Karnak , le plus vaste des édifices connus. Une seule
de ses salles contiendrait tout entière l'église de Notre-Dame, et
ses plus grosses colonnes égalent en proportions celle de la place
Vendôme. Leur fût a près de trente- trois piedsde circonférence.
Quelques autres monumens sont encore disséminés çà et là
dans la perspective du tableau ; mais il est tems d'arriver au
beau portique qui en forme, pour ainsi dire, le cadre.
La première surprise qu'éprouve un voyageur à l'aspect d'un
édifice égvptien, c'est de le voir décoré sur toutes ses faces, et
jusque dans ses réduits les plus obscurs, d'une innombrable
G9* REAUX-A.RTS.
quantité de sculptures dont la profusion tient du prodige.
Mais son étonnement augmente lorsque, sons la poussière qui
les couvre, il aperçoit les couleurs, fraîches encore, dont elles
sont partout revêtues. Cette alliance extraordinaire de la pein-
ture et de la sculpture, dont on ne trouve aucune trace dans
les monuniens des autres peuples, est un des traits caractéris-
tiques de l'architecture des bords du Nil. Les Égyptiens em-
ployaient les couleurs par teintes plates et sans dégradation ;
ils ne connaissaient point encore l'art de reproduire les ombres
par la diversité des nuances, et se contentaient de peindre tou-
jours les mêmes objets par les mêmes couleurs. Ces peintures
n'étaient d'ailleurs destinées qu'à donner plus de richesse et
d'éclat aux orneméns sculptés d'un édifice, et ce but était suf-
fisamment rempli : le tableau que nous avons sous les yeux
peut faire juger de l'effet que devait produire ce système com-
plexe de décoration.
Le portique du plus grand temple de Philae se compose de
dix colonnes formant galerie. L'auteur du dessin , pour dé-
gager ici la perspective et laisser au lointain tout l'espace qu'il
réclamait , n'a emprunté de ce portique que la partie néces-
saire à la composition de son tableau. On y voit cinq colonnes
dont trois seulement, celles du milieu, sont entièrement dé-
tachées : leurs chapiteaux, décorés avec goût, sont une heureuse
imitation de la nature ; ce sont des bouquets de plantes indi-
gènes, où il est facile de distinguer les feuilles, la fleur et les
boutons du lotus, le jonc, les jeunes pousses du dattier, et
d'autres orneméns empruntés à la Flore égyptienne. Quant
aux deux colonnes qui occupent les extrémités du portique, et
qui ne se montrent ici qu'en partie, elles doivent principale-
ment fixer notre attention : le chapiteau qui les couronne est
sans contredit le plus gracieux et le plus svelte qui ait été ima-
giné par les artistes égyptiens. L'idée première en est pourtant
si simple qu'elle doit être regardée comme une bonne fortune
plutôt que comme une invention laborieuse et méditée : ce
sont huit branches de palmier attachées autour de la campane,
et dont les extrémités recourbées en saillie dessinent un galbe
BEAUX-ARTS. rUJ\
élégant : leurs tigea sont livres au rïïl de la colonne par cinq
bandes horizontales qui semblent être les liens de cette gerbe
artificielle. Ce chapiteau, que les savans ont désigné sous le
nom de ilictyUformv , a toute la légèreté du chapiteau corin-
thien dont peut-être il est l'origine.
Parmi les nombreuses sculptures qui ornent toutes les parties
de ce portique, nous ferons surtout remarquer la décoration
de la corniche, qui étant partout la même dans les édifices de
l'Egypte, a pris le nom de corniche égyptienne. Elle consiste en
un fond cannelé au milieu duquel est sculpté un disque entre
<\cux serpens. Ces serpens, que les archéologues nomment
ubœus ou urceusy sont ici représentés la tète dressée et dans
une attitude menaçante. Derrière eux se déploient deux grandes
ailes qui donnent à l'ensemble de cette décoration un aspect
élégant et majestueux.
Au-dessous de la corniche et sur la face antérieure de l'ar-
chitrave, on a sculpté une barque symbolique dont l'image
se trouve fréquemment répétée dans les temples; elle y reparaît
presque partout avec plus ou moins de variété dans ses formes
allégoriques et dans la richesse de ses ornemens : celle qu'on
voit ici est des plus simples. Soit qu'elle ait rapport à la mi-
gration des âmes, soit qu'il faille y voir un attribut particulier
de chacune des divinités de l'Egypte, ce qui expliquerait la
diversité de ses formes, cette barque mystérieuse est évidem-
ment un emblème religieux.
Derrière la colonne du milieu s'élève, bien au-dessus du
portique, un obélisque égyptien, décoré de plusieurs bandes
de sculptures hiéroglyphiques, tel qu'on en voit encore à
Phila?, à Louqsor, à Héliopolis. A gauche et dans le lointain
apparaît, dans toute sa hauteur, la grande pyramide de
Memphis , que les anciens placèrent au nombre des sept mer-
veilles du monde. En deçà du portique, la gauche du tableau'
est occupée par un de ces piliers-cariatides que nous avons
déjà signalés dans le tombeau d'Osymandias : adossée contre
le pilier qu'elle semble elle-même soutenir, la statue n'a pas
moins de vingt-neuf pieds de haut, sans comprendre dans cette
mesure le double socle qui lui sert de base.
%', BEAUX-ARTS.
Nous voici tout- à- fait sur le premier plan du tableau : ici
notre attention vivement excitée se partage entre une foule
d'objets qui jonchent le sol dans un désordre apparent , mais
où l'art du peintre a réuni un choix bien entendu de ce que
l'antiquité égyptienne nous a transmis de plus précieux. Com-
mençons par ce bas-relief colorié qui est appuyé sur les jambes
mêmes du colosse, et qui a été copié dans l'une des catacombes
de Thèbes : il représente un joueur de harpe qui semble
adresser ses hymnes religieux aune divinité assise devant lui.
Une autre scène, absolument semblable , est peinte sur les
murs du même tombeau; ce qui a fait surnommer ce monument
souterrain la Catacombe des harpes. L'examen de ces peintures
conduit à penser que l'art musical avait déjà fait de grands
progrès chez les anciens Égyptiens : l'une des deux harpes n'a
pas moins de vingt et une cordes, et toutes deux sont d'une forme
si élégante qu'aujourd'hui même les facteurs les plus ingénieux
de l'Europe y trouveraient encore à imiter. La harpe égyp-
tienne aurait pourtant, sous le rapport musical, un désavan-
tage manifeste; elle était ssms pédales. Les Egyptiens n'avaient
probablement pas encore imaginé cet utile accessoire qui ajoute
aux ressources de l'exécution et complète en quelque sorte
l'instrument.
Continuons notre examen en avançant vers la droite, et
arrêtons-nous devant ce magnifique chapiteau , emprunté au
portique du grand temple de Denderah, l'ancienne Tentyris.
Si le chapiteau dactyliforme est le plus simple et le plus gra-
cieux de tous ceux que l'Egypte a produits , celui-ci en est sans
contredit le plus riche et le plus imposant. Il se compose de
quatre tètes d'une proportion colossale, dans lesquelles on
retrouve l'image delà Vénus des Égyptiens, qui, au rapport
de Strabon, avait en effet un temple à Tentyris. Sur le front de
la déesse est disposée, en forme de turban, une élégante dra-
perie dont les deux extrémités retombent le long des joues. A
son cou est suspendu un collier de plusieurs rangs de perles
auxquelles se mêlent d'autres ornemens précieux. On lui a
donné ici des oreilles de vache, parce que la vache était parti-
culièrement consacrée à la déesse Athor , X Aphrodite égvp-
BEAUX ARTS. 69S
tienne. Ces quatre tôles* soutiennent un éé quadrilatère dont
chaque cété représewwte façade d'un temple, surmontée de la
corniche égyptienne.
A la droite de Ce chapiteau sont rangées plusieurs pierre,
de dimensions di\ erses et couvertes de bas reliefs coloriés; on
y remarque entre outres un tableau religieux sculpté sous le
portique du grand temple de Phila?, et une scène copiée dans
les tombeaux des rois, qui parait relative à l'embaumement
des corps.
La plus grande de ces pierres est appuyée à droite sur une
tête colossale trouvée dans le tombeau d'Osymandias. Elle
est d'un beau granit rose de Syène, et, d'après ses proportions ,
elle a du appartenir à une statue de vingt-deux à vingt-trois
pieds de haut. Le travail en est délicat et pur; c'est un des
monumcns les plus corrects de la statuaire des Égvptiens. Cette
tète n'est pas cependant le seul morceau de sculpture égyp-
tienne où l'on ait retrouvé cette même correction et cette même
pureté. On peut citer encore le débris d'une statue en granit
noir, recueilli sur l'emplacement de l'antique Abydus, et un
groupe de six personnages, découvert dans les fouilles de
Thèbes ; l'auteur du dessin, pour réunir sous un même coup
d'œil les trois produits les plus parfaits du ciseau égyptien , a
copié ici ces deux autres fragmens. Dans le premier, qui paraît
avoir appartenu à la statue d'un jeune prince agenouillé, on a
remarqué l'exactitude avec laquelle l'artiste a su assujétir aux
conditions anatomiques les formes extérieures des pieds, des
genoux et des jambes. Le second morceau est un bloc quadri-
latère autour duquel sont adossés six personnages qui se tien-
nent par la main : il y a une certaine souplesse dans la pose,
et de la grâce dans les contours. Les Français avaient résolu
de transporter ce monument dans leur patrie : déjà le
bloc précieux, charrié près du Nil, était sur le point d'y étro
embarqué, lorsque des événemens militaires, brusqucmtmi
survenus, l'ont fait abandonner sur le rivage.
Au devant de ce groupe l'œil attentif du lecteur s'est déjà
fixé sur ce fameux zodiaque de Denderah, qui, à son arrivée
GaG r>KAUX-ARTS.
à Paris, suscita parmi les savans de si vives contestalions chro-
nologiques. Ces débats encore récens lui ont valu une célébrité
presque populaire. On a, ce me semble, ajouté trop d'impor-
tance au plus ou moins d'antiquité du bas- relief; ce n'est pas
là peut-être la solution qui intéresse le plus l'histoire de la
science : que cette pierre ait été sculptée par les anciens Égyp-
tiens à une époque plus ou moins reculée, au tems des Pha-
raons comme au tems des Césars, qu'importe la date, s'il de-
meure prouvé , si nul ne révoque en doute qu'elle n'a été
sculptée que par les Égyptiens mêmes et d'après leurs propres
doctrines astronomiques? Ce point principal n'ayant été l'objet
d'aucune controverse, il faut nécessairement arriver à cette
conclusion , que le zodiaque qui nous a été transmis par la
Grèce, et que l'on croyait inventé par elle, a été primitivement
emprunté au système astronomique des anciens Égyptiens ,
puisque nous en retrouvons aujourd'hui tous les élémens dans
le planisphère de Denderah : abstraction faite de la différence
des styles, ce sont absolument les mêmes signes, représentés
sous les mêmes figures , dans le même ordre et avec les mêmes
attributs. Or, comme il est reconnu que l'astronomie était es-
sentiellement liée aux dogmes sacrés des Égyptiens, il nous-
faudra presque remonter à l'origine de leurs institutions re-
ligieuses pour marquer l'époque de leurs premières observa-
tions astronomiques.
Afin de ne rien laisser inaperçu dans la description d'un
tableau où tout intéresse, il nous reste encore à signaler à la
curiosité du lecteur quelques autres objets dispersés sur le sol
et qu'il suffira de nommer : derrière le zodiaque se montre
une statue colossale à tète de lion , trouvée à Thèbes. A droite
et sur le devant on voit un chapiteau renversé qui a été copié
dans le beau portique d'Esué, l'ancienne Latopolis. Vers la
gauche , plusieurs vases égyptiens se font remarquer par l'élé-
gance de leur forme. Cette momie, qui fixe principalement les
regards , est celle qui fut apportée , il y a trois ans, par
M. Cailliaud, à qui la science archéologique doit ses con-
quêtes les plus récentes. Cet intrépide voyageur a aussi rapporte,
BEAUX-ARTS. 697
du fond d»' l'Ethiopie, on oreiller en bois, taillé ea forme de
croissant , dont se servent encore aujourd'hui les habitant de
ces contrées sauvages; il est peint ici à quelque distance de la
momie et à la droite d'un papyrus déroulé. On a retrouvé des
oreillers semblables dans les sarcophages de l'Egypte, ce qui en
fait remonter l'usage à une antiquité reculée. Au- dessus des
bras de la momie se montre une tête monstrueuse; c'est L'i-
mage du redoutable Typhon, qui, dans la théogonie égyp-
tienne, était le génie du mal et le meurtrier d'Osiris. A sa
d ioi te est une Canopc , et un peu plus loin, au pied d'un vase
à deux anses, on aperçoit un scarabée en lapis lazuli. Cette
plante , qui s'élève à l'extrémité gauche du tableau, au-dessous
de la scène du harpiste, est celle dont la tige précieuse four-
nissait aux Egyptiens le papyrus.
Notre examen est achevé , et jusqu'ici nous n'avons point en-
core parlé des personnages vivans qui, groupés çà et là au
milieu des ruines, animent à nos yeux cette scène majestueuse.
Mais, à l'aspect de cet appareil militaire, et sous cet uniforme
européen illustré par tant de triomphes, qui n'a d'abord re-
connu, qui n'a déjà nommé les généreux vainqueurs des Pyra-
mides , du Mont-Thabor et d'Héliopolis? On les voyait, comme
ici, confondus dans un même camp et quelquefois sous la même
tente , avec le peuple reconnaissant dont ils étaient venus com-
battre les oppresseurs. Des ingénieurs français, des membres de
l'Institut du Caire, le crayon à la main, dessinent les belles
ruines de la Tliébaïde, et préparent déjà les élémens de l'ou-
vrage monumental qui doit immortaliser l'expédition. Ce mé-
lange pittoresque des costumes de l'Asie et de l'Europe était
alors pour l'Egypte le présage d'une glorieuse régénération:
avenir trop tôt déçu, dont l'Angleterre fit avorter l'espérance,
et qui eût aujourd'hui prévenu bien des maux! La civilisation
de l'Egypte était pourtant déjà ébauchée, et les Français, en
quittant les rivages du Nil, y laissèrent des germes féconds et
impérissables.
J. Acolb.
Ilf. BULLETIN BIBLIOGHAPIIIQUL
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
Ou v rages périodiques.
2 3 6. — * The northa merican médical and surgical journal
— Journal médical et chirurgical de F Amérique du nord, publié
par la Société de Kappa-Lambda, aux États-Unis, dirigé par
MM. Hugh L. Hodgk, Franklin Bâche, R. La Roche, doc-
teur-médecin, etc., n° 9. Janvier, 1828. Philadelphie, J. Dobson,
n° 108 , Chestnut streeL Paris, Arthus Bertrand.
Cette importante publication se continue avec un grand suc-
cès à Philadelphie. Nous avons sous les yeux le cahier du
mois de janvier dernier, qui se compose de diverses parties,
selon le plan adopté par ses savans rédacteurs. La première
division est remplie par des communications directes, des ob-
servations et des rapports remis par des médecins mêmes de
l'Amérique du nord; la seconde comprend des revues analy-
tiques d'ouvrages; la troisième forme ce que les auteurs ap-
pellent la littérature médicale : c'est un aperçu des oeuvres
complètes de quelques savans physiologistes. La quatrième se
compose de notices bibliographiques , et fait connaître les ou-
vrages nouveaux les plus remarquables des médecins, chirur-
giens et chimistes; la cinquième est un sommaire de toutes les
nouvelles médicales , cas graves, observations , opérations dé-
licates, découvertes, essais, théories singulières, qui sont par-
venus à la connaissance des éditeurs, durant le trimestre pré-
cédent.
(l) Nous indiquons par un astérisque (*) , placé à côté du titre de chaque
ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui paraissent dignes d'uue atten-
tion particulière , et uous en rendrons quelquefois compte dans la section df »
Analyses t
A.MÉRIQUB SEPTENTRIONALE. t*g
Nous avons remarqué que les médecins et ïea physiologistes
Français ne sont point oubliés dans cel mile recueil. Noua y
avons retrouvé avec intérêt les noms des Lurrcy, des Lalle-
matid, des Civialc, des Magcndic, des ('/trier, etc., entourés de
tout le respect qu'inspirent, leurs talens et leurs ouvrages.
La Société'de médecine de Philadelphie maiche à grands pas
sur les traces des sociétés les [1ns illustres de l'Kurope. Parmi
les diverses mesures qu'elle a prises dans l'intérêt de l'huma-
nité, et pour conserver toute la dignité de la profession de
médecin, on peut citer la Création d'un comité chargé de re-
chercher quels sont les avantages réels des spécifiques distri-
bués en ce moment à Philadelphie sous les noms de panacée,
catholicon , pilules de Minerve, etc. Le comité doit s'adresser
à toutes les personnes qui ont fait usage de ces spécifiques , et
qui ont délivré des certificats aux distributeurs, s'informer de
leur «âge, île leur constitution, du traitement qu'elles ont suivi
antérieurement , des cas où l'usage de ces ruédicamens a amené
des résultats avantageux, et de ceux où ils ont échoué, etc.
Le comité est composé de MM. Harris, Horricr , Professeur,
Klapp, Meigs et John Bell. R.
237. — * The american journal of science and arts t etc. —
Journal américain des sciences et des arts, dirigé par Benjamin
Nilliman, professeur de minéralogie et de chimie au collège
d'Yale, etc. Newhavcn 1828; A. H. Maltby. I11-80.— N. B. A
l'avenir ce journal sera trimestriel; deux cahiers formeront
un volume, et par conséquent il y aura deux volumes par an.
Prix de l'abonnement, 3 dollars payés d'avance, pour chaque
volume. On s'abonne à Ncwhaven , chez M. Maltby :à Londres,
chez M. John Miller, 40 Pall Mail.
Heureusement pour les sciences, la publication de ce journal
n'avait été que suspendue; il reparaît maintenant tel qu'on l'a vu,
aussi digne de l'attention des savans dans les deux contiuens. Le
cahier publié en janvier contient une notice sur les mines d'or de
la Caroline du nord, par un bon juge de ces sortes d'exploita-
tions, M. Rothe, mineur saxon, très-instruit en minéralogie.
L'étude géognostique des districts aurifères lui a donné lieu
dépenser que les mines deviendraient plus productives qu'elles
ne le sont maintenant. Elles lui ont paru plus riches que celles
du Brésil; mais, au Brésil, les vivres et le travail sont beau-
coup moins chers que dans la Caroline. La culture du coton a
pris dans ce pays, et dans beaucoup d'autres, une extension
qui ne pourra se soutenir. Une détresse sera l'inévitable résultat
de celte imprévoyante activité; et alors le travail des mines de-
viendra une ressource pour les bras qnele coton n'occupera plus.
700 LIVRES ETRANGERS.
M. Van Rensselaer donne des détails intéressons sur l'en-
tomologie du comté d'Orange, dans l'état de New-York; il
les a extraits des manuscrits d'un observateur de ce pays, et il
exprime le vœu que des observations aussi attentives soient
faites et continuées dans le plus grand nombre de lieux qu'il
sera possible. Une remarque très- singulière, c'est qu'une es-
pèce de cigale apparaît dans le comté d'Orange, à des inter-
valles égaux, comme on peut en juger par les dates de l'ap-
parition de ce fléau : 1775, 1792,1809, j 826. D'où peut venir
cette période de dix-sept ans ? On a remarqué aussi que le
nombre de ces insectes allait en décroissant, et que , selon toutes
les probabilités, cette cause de destruction des récoltes ne cau-
serait bientôt plus de dommages sensibles.
M. Hake, professeur de chimie à l'Université de Pensylvanie,
paraît n'avoir pas connu les derniers écrits des physiciens fran-
çais sur les paratonnerres : son mémoire sur les causes de l'inef-
ficacité de ces appareils, dans certaines circonstances, et sur
les propriétés conductrices de plusieurs substances non mé-
talliques, ne nous apprend rien de nouveau.
La géologie occupe beaucoup de place dans ce cahier, parce
que M. Silliman y a placé l'analyse de l'ouvrage de M. Daubf.ny
sur les volcans. On y trouve aussi une Notice sur la partie
inférieure de la Caroline du nord, et sur l'époque et le mode
de ses formations successives; c'est à M. le professeur Mitchell
que l'on doit ces observations. — M. J. E. Dekay combat l'hy-
pothèse du transport de certaines roches par des raisonnemens
qui ne seront ni rejetés, ni admis, parce qu'ils auraient besoin
de plus de développemens.
Plusieurs autres Mémoires enrichissent aussi l'histoire natu-
relle, et seront bien reçus en Europe, parce qu'ils augmentent
la collection de faits relatifs à l'Amérique. Espérons que cet
important recueil sera désormais à l'abri des causes qui pour-
raient interrompre la régularité de ses publications. F.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
a38. — * Tableau comparatif du commerce de France arec
toutes les parties du monde , avant la révolution et depuis la.us-
t aurai ion , par M. César Moreau , vice-consul de France. Lon-
dres , 1828 ; lin grand Tableau lithographie.
Ce Tableau fait connaître, durant deux périodes de paix,
GRANDE-BRETAGNE. 7*1
avant ta révolution el depuis L'établissement de la monarchie
constitutionnelle j M comparaison du commerce d<- France éva-
lué approximativement) quant aux importations et aux expor-
tations avec chaque royaume , état ou colonie de toutes les
parties du monde , d'après des documens officiels.
Si , par le moyen de ce Tableau , on veut s'assurer (le la si-
tuation du commerce français avec* les nations étrangères, de
1787 à 1789, et de 1819 à 1821 , époques choisies par Tau-
leur du Tableau, et si l'on prend pour exemple la Russie, on
verra que, dans la première période, les exportations de France
en Russie ont été, en objets manufacturés, de 1,2,29,100 fr. ,
et dans la seconde, de 7,71 6", 700 fr.; en boissons et comes-
tibles, de 15,670,200, fr. pour les années 1787 à 1789, et de
21,821,800 fr. , de 1819a 1821.011 trouvera des résultats de
même nature pour les bêles de somme, les matières premières,
les métaux, etc. Et il en résulte que la France a envoyé en Rus-
sie, de 1787 à 1789, une valeur de 19,670,000 fr. ; et de 1819
à 1821 , une valeur de 40,^62,000 fr. ; ce qui prouve que ses
exportations ont doublé. Les importations ont subi une pro-
gression encore plus forte; de 20,563,ooo fr. elles ont monté
à 48,176,000 fr. La masse des importations et des exportations
avec la Suède a considérablement diminué, ainsi qu'avec le Da-
nemark ; elle a beaucoup augmenté avec la Prusse, la Suisse, les
Pays-Bas , l'Angleterre, les états d'Allemagne, et diminué avec
les villes anséatiques, l'Autriche, la Sardaigne, la Turquie,
même avec nos colonies, tandis qu'elle augmentait avec les
États-Unis. Au total, les importations en France ont diminué
de 206,127,000 fr. , et les exportations se sont accrues de
123,790,000 fr.
Une série de colonnes indique dans cet utile Tableau le rang
d'importance de chaque article de commerce reçu en France ,
ou exporté, avec la désignation des royaumes, états et colo-
nies.
239. — * Tivo years in Ava. — Deux années à Ava, de mai
182/, à mai 1826; par un officier attache à l'état-major- général
(M. Traiît). Londres, 1827; John Murray, Albemarle street.
In- 8°, avec gravures.
M. Trant, le jeune, auteur de cet intéressant ouvrage, l'avait
composé d'après l'invitation de quelques amis, et seulement
pour leur instruction-. Ils l'ont engagé à le présenter au public,
et cet officier distingué a osé espérer que la critique ne serait
pas trop sévère pour les incorrections et les négligences de
style qui auraient pu échapper à un jeune soldat écrivant sa
première campagne. Il n'a eu d'autre prétention que de rap-
702 LIVPES ÉTRANGERS.
porter fidèlement les événemcns de la dernière guerre des
Anglais contre les Birmans, et de décrite les mœurs et les
usages des peuples qu'il a eu l'occasion d'étudier pendant sou
séjour dans l'Àva et le Pégu.
Toujours présent au quartier-général de l'armée de sir Ar-
cliibald Campbell, depuis le commencement jusqu'à la cessa-
tion des hostilités, l'auteur a rapporté, comme témoin ocu-
laire, les divers incidens qui ont eu lieu durant les opérations
militaires et les négociations. 11 pense n'être pas entré dans
des détails superflus; mais, si quelquefois il s'est arrêté à des
points qui sembleraient de peu d'importance, c'est qu'ils ten-
daient à jeter du jour sur le système particulier et les plans
des Birmans. En décrivant les mœurs des Birmans, l'auteur ne
s'est pas dissimulé qu'il s'emparait d'un sujet déjà traité avec
beaucoup de talent par le lieu tenant-colonel Symes. Il était
cependant nécessaire de jeter du jour sur le caractère de ce
peuple pour éclaircir divers points du récit, et l'auteur a pu-
blié toutes les observations qu'il a eu l'occasion de faire lui-
même, lorsque la prise de Prome eut établi entre les Anglais
et les Birmans des relations libres et journalières. Il lui restait
encore beaucoup à dire, mais le tems lui a manqué. D'autres
écrivains feront un jour sans doute une histoire plus détaillée
de ce peuple curieux à étudier.
La modestie de M. Trant ne fait qu'ajouter au puissant in-
térêt inspiré par son récit. Son ouvrage, bien qu'il arrive
après celui du lieulenant-colonel Symes , est neuf et amusant ;
et il est démontré qu'il a vu les événemens et les lieux dont"
M. Symes, qui n'avait guère quitté Rangoun, avait seulement
entendu parier. Plusieurs cartes éclaircissent la marche de l'ar-
mée anglaise : l'une représente l'empire birman en totalité;
une autre, le fort de Dcnobiou; une troisième, la route suivie
par un détachement qui se rendit de Pakangyeh dans l'Ava, à
Aeng en Aracan. La plupart de ces cartes, et notamment la
dernière, oui été levées par M. Trant lui-même avec un soin
extrême, et elles renferment des particularités topographiques
intéressantes. Quelques planches sont consacrées à des vues, à
des dessins, qui représentent des costumes de prêtres, de
danseuses , des généraux birmans, des bateaux de guerre , des
tombeaux, etc.
Comme nous sommes avertis qu'une traduction de cet ou-
vrage va paraître incessamment chez un des premiers libraires
de Paris, nous renonçons, quoiqu'avec regret, à en donner
l'analyse dès ce moment , et nous la réservons pour l'époque
où cette traduction sera mise au jour. Nous parlerons alors de
''attaque de la pagode invulnérable, des combats contre les
GRA.NDJ&-BRETAGN& ?o3
elcpluns, des cérémonies du iikii iage chez les JJirm.m-» , de
leurs jeux <t de leurs il anses* de la captivité jUi Dr S.indford,
el spécialement d ii système féodal en usage dans cette contrée,
(les revenus i du commerce! des productions, des système*
astrologiques j de la jurisprudence, el de célèbre Mcngyee-
Mdltd -Mcri- UUi'i - ï'/iit-ILih - 'ilioo-Atlavcn- U on , ministre des
(in i nées dn roi aux pieds d'or, qui a signe pour son maître le
traité fait entre la compagnie des Indes Of ienlales et l'empe-
reur d' A va. R.
'i.\o. — * Résumai historico de la revolucion de lus este/dos uni-
dos mcjicanos, etc. — Résumé historique de la révolution des
elats-unis mexicains, par I). Pabh uk Mkndikil. Londres,
ib'JtS; Ackcrmaun. In 8° de 42.) pages avec figures.
Il existait déjà une histoire de la révolution mexicaine, écrite
par don Carlos Maria RuvrwiKViT.. P. I a i s cet ouvrage d'un ci-
toyen du Mi xique, d'un acl ur qui avait pris part aux der-
niers événemens qui amenèrent la délivrance de ce pays, man-
quait des qualités essentielles à toute production historique.
H était souvent partial, déclamatoire et diffus, incomplet en
plusieurs points, et pourtant trop volumiucux pour devenir
populaire.
C'est de cette composition indigeste et confuse que M. Men-
dibil est pu venu à tirer iu\ excellent résumé. Les faits exis-
taient : il ne s'agissait que de les classer, de les débarrosserde
tous leurs faux ornemens, de les lier ensemble par une narra-
tion serrée et rapide, et M. Mendibil pouvait mieux que per-
sonne remplir une semblable tâche. Espagnol , il juge avec
impartialité les hommes que cornbattit long-temssa patrie, et
n'hésite pas à se déclarer pour leur indépendance. Son ouvrage
est divisé en quatre livres; il s'ouvre par un tableau de l'état
du Mexique en 1808, à l'époque des premiers symptômes in-
surrectionnels, et retrace toutes les phases de succès et de re-
vers par lesquelles la révolution mexicaine a passé, depuis que
les curés Motclos et Hidalgo levèrent l'étendard de la rébel-
lion, jusqu'en 1 819 où l'Espagne réussit à replacer sous le joug
( mais pour quelques instans seulement ) son ancienne colonie.
Les scènes affligeantes et les actions héroïques, les meurtres
horribles et les dévoùmens sublimes abondent dans ce résumé
historique. L'humanité gémit à la vue de ces massacres de pri-
sonniers dont se souillèrent tour à tour les républicains et les
royalistes , et il faut des traits d'héroï-me semblables à celui
qu'on doit an général Bravo, ou des exploits aussi éclatans
que ceux d'un Mina, pour faire excuser les excès qu'animent
les révolutions. On assure que I). Pablo Mendibil s'occupe de
704 LIVRES ÉTRANGERS,
donner une suite à ce premier ouvrage, pour conduire jusqu'en
1827 l'histoire de la république du Mexique. Nous lui conseil-
lons d'être, dans ce second volume, un peu plus sobre de ré-
cits de petits combats sans importance, et de nous offrir plutôt
quelques considérations philosophiques sur l'état actuel et sur
l'avenir probable de la république mexicaine.
2/ji. — Manoirs of sir Kenehn Digby > etc. — Mémoires de
sir Kenelm Digby, gentilhomme de la chambre de Charles Ier,
écrits par lui-même, publiés pour la première fois , et précédés
d'une introduction. Londres , 1828; Saunders et Otley. In-8°
de 328 pages.
242. — Castrations from the privaie memoirs , etc. — Ro-
gnures des Mémoires privés de sir Kenehn Digby. Londres,
1828. In-8° de 5o pages.
Ces Mémoires donnent des détails très curieux sur les mœurs
des cours d'Angleterre , d'Espagne et de France , à l'époque de
Charles Ier et du protecteur Cromwell. C'est l'histoire d'un
courtisan distingué dans son tems par son instruction, et devenu
fameux par ses aventures tout à-fait romanesques. L'éditeur
de ces Mémoires a été obligé d'y supprimer des passages con-
traires à la décence; mais ces passages, recueillis par un libraire
de Londres, ont été imprimés dans une brochure séparée sous
le titre de Castrations , que pourront consulter des lecteurs
moins sévères, ou qui voudront voir dans toute leur nudité
souvent révoltante les mœurs des grands de cette époque.
F. D.
243. — * Lettersfrom Greece. — Lettres sur la Grèce , avec
des remarques sur le traité d'intervention, par Ed. Blaquière.
, Londres, 1828; James Ilberg. In-8° de 35 1 pages.
Cet ouvrage est un recueil de lettres écrites par M. Blaquière,
pendant son dernier séjour en Grèce, et qui ont paru succes-
sivement dans divers journaux anglais, notamment dans le
Morning herald.
On trouve dans ces lettres, comme dans tous les ouvrages
précédons du philhélène anglais, l'expression animée de senti-
mens généreux, des observations curieuses et souvent carac-
téristiques sur le génie du peuple grec ; et des détails intéres-
sans sur les mœurs, les ressources, les espérances de cette
nation infortunée. On sent à chaque instant, en parcourant ce
recueil, que la délivrance de la Grèce est pour l'auteur un
objet d'affection et un besoin. « Ayant épousé la défense des
Grecs par principe autant que par affection, dit l'auteur, et
la regardant comme une question essentiellement britannique,
je m'y suis constamment voué, au milieu de toutes les cruelles
<;R\M)K-mu -TA G NE. 7o5
vicissitudes qui onl vingt t'ois menacé d'anéantir !.i natioii.
Rien n'a |>u ralentir nus efforts, parce qu'ils ont toujours été
âmes yeux l'accomplissement d'un devoir. M les événemens,
ni les hommes, n'ont pu diminuer dans mon esprit l'importance
de la cause grecque, ou me rendre moins saintes les obligations
qu'elle impose. J'ai toujours considéré 'es grands intérêts
qui se rattachent à la régénération de la Grèce comme trop
importons pour que la conduite criminelle de quelques indi-
vidus, ou l'inexpérience d^ grand nombre pût fournir même
un prétexte pour justifier l'abandon de celte cause sacrée.»
JM. BJaquière, comme le prouve ce qu'on vient de lire, n'est
point un enthousiaste extravagant de la cause grecque. Il voit
les choses et les hommes tels qu'ils sont, et il a trop de bon
sens et trop de respect pour la vérité pour représenter les
Grecs sous les couleurs poétiques qu'ont employées quelques
écrivains à imagination ardente, et trop préoccupés du sou-.
venir des grandes ombres antiques. Il les a vus tels qu'ils
sont, tels que les a faits le despotisme féroce des Turcs; mais,
à travers leurs fautes, leurs vices mêmes, il a su retrouver
quelques beaux restes, quelques débris vivans du plus grand
peuple qui ait jamais existé. Et quand ce malheureux peuple
serait encore plus avili, plus dégradé , plus coupable qu'on ne
le prétend, ne suffirait-il pas qu'il voulut être libre, qu'il voulût
briser le joug insupportable dont on l'accable, qu'il voulût
enfin remonter au rang des nations, pour qu'un si noble projet
excitât le plus profond intérêt dans tous les cœurs généreux ?
Est-ce à la France d'ailleurs , est-ce aux enfans de la révolution
française, qui a révélé aux peuples leurs droits , et qui leur a
appris à repousser l'agression, qu'il siérait de déserter la
cause des Grecs, parce que quelques individus se sont montrés
coupables, et de ne voir que des criminels, là où sont tant
de héros ? Soyons justes, nous qui nous sommes montrés si
grands, quand nous étions les fils de la liberté; et osons pro-
clamer enfin qu'il n'y a peut être pas en Europe une seule
nation qui, dans la position où se trouvait le peuple grec, au
moment de l'insurrection, eût osé la commenta r, et eût sup-
Dortu avec tant de constance les maux sans nombre qui pen-
dant cinq années consécutives l'ont accablé. Nous ne serions
pas ciignes d'être une nation libre et de [/résider bientôt peut-
être aux destinées des autres peuples qui aspirent à la liberté,
si un tel héroïsme ne nous faisait pas oublier toutes les fautes
commises.
Tout ce qui s'est passé d'important en Grèce est trop connu
en France pour que nous suivions M. Blaquière dans le récit
t. xxxvii. — Mars 1828. 4j
7o6 LIVRES ÉTRANGERS,
des événemens qui se sont succédé si rapidement, depuis le
mois de décembre 1826 , époque à laquelle commence la cor-
respondance que nous avons sous les yeux, jusqu'à la bataille
de Navarin. Espérons, avec M. Blaquière et avec tous les amis
de la cause grecque, que les résultats de cette victoire, la seule
qui depuis long-tems ait été gagnée au profit de la liberté, ne
seront pas étouffés sous les combinaisons d'une politique ma-
chiavélique.
Nous terminerons cet article par un trait qui peint admira-
blement et le génie grec et le caractère de la lutte dans la-
quelle il est engagé. Les dames françaises , qui se sont montrées
si empressées de voler au secours des malheureuses mères
grecques , apprécieront mieux que personne la sublimité des
motifs qui animèrent l'héroïne de la scène que nous allons es-
sayer de retracer.
Nous emprunterons les expressions de M. Blaquière : « Lors
de la chute de Missolonghi, Sophia Condulimo , veuve d'un
brave officier grec, tué pendant le siège, essaya de se faire
jour avec ses deux enfans à travers la foule de femmes et d'en-
fans qui s'efforçaient aussi d'échapper à la férocité des vain-
queurs. Suivie de son fils et de sa fille âgée de seize ans, et
belle comme une vierge antique , elle venait à peine de quitter
la ville héroïque , quand elle s'aperçut qu'un parti turc les
poursuivait. A l'idée du sort infâme qui attendait sa fille, ce^tte
mère désespérée se tourne vers son fils et lui ordonne de sous-
traire , parla mort, sa malheureuse enfant à la brutalité sau-
vage des musulmans. Cette prière fut exaucée ; et le jeune
homme, saisissant aussitôt dans sa ceinture un pistolet chargé
de quatre balles, le tira sursa malheureuse sœur, qui tomba bai-
gnée de sang à ses pieds. Cette mère, déchirée de douleurs, s'em-
pressa de quitter ce lieu funeste , et essaya de se réfugier avec
son fils dans une caverne; mais, au moment où ils y entraient,
un éclat de mitraille yint frapper le fils à la jambe. Il tombe, et
sa mère avait à peine réussi à l'entraîner avec elle, qu'un piquet
de cavalerie turque les entoure; et l'un des soldats, appliquant
le bout d'un pistolet à la tète de. la malheureuse Sophia, allait
lui donner la mort, quand le sentiment des devoirs maternels
qui lui restaient encore à remplir envers son unique enfant
couché tout sanglant à ses pieds, ranima de nouveau l'âme
héroïque de la Grecque, qui, se relevant tout à coup et fixant
sur le soldat un œil de feu, s'écrie: « Barbare, ne vois-tu pas
que je suis une femme ! » Cet appela l'humanité fut entendu :
les jours de la mère et du fils fureDt épargnés, et tous les deux
furent conduits en esclavage. Grâce à l'activité des directeurs
G]\ \M)K BRETAGNE. 707
des comités ^rrcs de P.iris et île Genève, les <\cux infortunés
ne tardèrent pas a être rachetés avec deux cents autres (le leurs
Compatriotes, el conduits à Coi fou où se trouvaient alors un
grand nombre de familles grecques rachetées aussi de l'escla-
vage. Quels furent rétonnement el la joie délirante de la pauvre
mère, lorsqu'elle reconnut parmi les captifs rachetés sa Cres-
sula, sa fille adorée, qu'elle avait vue tomber morte à ses pieds !
Après les premiers transports, qu'il n'est donné à aucune plume
de représenter', Cressuta apprit à sa mère que les soldats turcs
qui les poursuivaient, s'étant aperçus qu'elle était une femme,
et qu'elle respirait encore, la conduisirent à Missolonghi. Là,
les soins de l'art lui ayant été* donnés, elle recouvra prompte-
ment la santé, et fut quelque tems après rachetée par les soins
du même comité qui avait aussi rendu sa mère et son frère à la
liberté.»
Quand de telles âmes apparaissent au milieu d'une telle lutte,
comment pourrions nous refuser notre sympathie et notre as-
sistance au peuple qu'elles honorent. Et puisqu'une telle action
a été suivie, grùce à nos offrandes, d'un résultat aussi heu-
reux, ne devons -nous pas redoubler d'efforts, de sacrifices
même, en faveur du peuple opprimé, quand surtout nous ré-
fléchissons que c'est à la généreuse sollicitude de nos femmes de
France que la postérité attribuera le bonheur que ces trois
individus ont goûté en se retrouvant. H. H.
il\l\. — An impartial examination of the hamiltonian System
of teaching languages , etc. — Examen impartial du système
d'IIamilton sur l'enseignement des langues, auquel on a joint
quelques idées relatives à la meilleure méthode d'enseigner les
langues ; par M. Santagicrixo. Deuxième édition. Londres
1827. In 8°.
2 45. — A Para lie l between the hamiltonian System and tha»
ivhich N. Hamilton calls the old system, etc. — Parallèle entre
le système hamiltonien et celui que M. Hamilton appelle le vieux
système, avec l'examen de la théorie des verbes italiens à l'u-
sage des élèves hamiltoniens ; par F,-X. Donato. Bristol, 1827.
In-8°.
246. — Outlincs of an improved system of teaching langua
ges, etc. — Esquisse d'un système raisonné sur l'enseignement
des langues, ou moyen de réunir les avantages des méthodes
anciennes et modernes, par Joachim de Prati. Londres, 1827.
In-8°.
Les auteurs de ces trois opuscules , professeurs habiles de
langue italienne, se sont fait un devoir d'examiner sérieusement
le nouveau svstème de M. Hamilton, au lieu de l'adopter aveuglé-
45
7o8 LIVRES ETRANGERS.
ment , comme tant d'rutres qui se laissent imposer par la simple
annonce d'une innovation. Il résulte de leurs analyses que la
méthode ancienne, lorsqu'elle est bien appliquée, mérite d'être
préférée à la nouvelle, si l'on veut donner une connaissance
complète de la langue qu'on enseigne. M. Donato avait étudié les
doctrines de Dumarsais que d'autres grammairiens paraissent
avoir entièrement oubliées; et[il tes appliquait à renseignement,
lorsque d'autres sont venus se les approprier, et souvent les
dénaturer. Il assure en même tems que la plupart îles profes-
seurs de langue italienne, d'après l'exemple de ce grammairien
philosophe, font usage des traductions littérales et interlinéaires,
et qu'elles ont cette correction qu'on cherche en vain dans la
traduction de Y Evangile de saint Jean , que M. Hamilton em-
ploie dans ses cours. M. Donato fait aussi sentir les avantages
qu'on peut retirer des dictionnaires et des grammaires, s'ils
sont bien rédigés. Il montre comment, au moyen des uns , on
rend facile l'explication des mots inconnus , et comment les au-
tres servent, pour ainsi dire, de mémoire artificielle pour en
diriger la construction. Ce critique présente des observations
très -justes sur la prononciation et l'accent de la langue ita-
lienne. Nous croyons que la lecture de ces trois opuscules sera
profitable à ceux qui s'occupent de ce genre d'enseignement ;
nous distinguons surtout celui de M. de Prati. Animé de cet
esprit philosophique qui ne cherche que ce qui est vrai, bon et
utile, il profite des remarques des partisans des deux systèmes,
lorsqu'il les trouve raisonnables. Il regarde cependant le sys-
tème de M. Hamilton, surtout dans la partie qui lui appartient
véritablement, comme défectueux et incomplet. Aussi préfère-
t-il celui qu'on appelle l'ancien, surtout si l'on le dégage des
préjugés invétérés que la routine et lepédantismeont consacrés.
F. Salfi.
a 47. — Verbal analyses , etc. — Analyse verbale de V Histoire
de la conjuration de Venise, en 1628, par Saint-Réal, em-
ployée comme moyen d'enseigner et d'apprendre le français,
suivant la Méthode ^/'Hamilton; on y a joint un traité de la
conjugaison des verbes français, extrait du Cours de langue
française de Lemare. Londres, 182" ; Longman. In-8° de
27/, pages.
L'écrit de Saint Real est très-bien choisi pour servir de texte à
l'étude de notre langue. On le trouve inséré ici, avant son analyse
grammaticale, afin que le lecteur puisse avoir sous les yeux la
phrase qu'il vient de traduire mot à mot, et observer sa cons-
truction. Il est bon de remarquer que celte méthode analytique,
qui porte le nom d'Hamilton, n'est guère autre chose que celle
GRANDE-BRETAGNE. 70$
de Diiinarsais pour l'étude des langues en général, et que
notre grammairien appliquait spécialement aux langues an-
ciennes.
L'auteur a placé dans sa préface des avèrtissemens que le»
lecteurs ne devront pas négliger ; ils sont adressés spécialement
1UX instituteurs; on y trouve plusieurs observations qui res-
treignent l'application de la méthode d'Hamilton , et ia rendent
par conséquent plus sûre, et qui font mieux connaître si s
principes et son but. Cet ouvrage pourrait être imité dans noire
langue, à l'usage dll grand nombre de Français qui étudient la
langue anglaise , non par spéculation , mais comme moyen d'ac-
quérir une instruction plus étendue, de puiser immédiatement
aux sources de tant de connaissances indispensables pour les
progrès de l'art social, objet de recherches que l'on n'aban-
donnera point, puisqu'on a commencé a s'en occuper sérieu-
sement. Etudions la langue des peuples qui peuvent nous ap-
prendre quelque chose de plus, et ne consumons pas une grande
partie du tems de la jeunesse à des langues qui nous ramènent
constamment au point de départ, et semblent s'attacher à l'es-
prit humain, comme le r-'nmra à la carène du vaisseau, pour
arrêter sa marche. N.
Ou vrages périodiques.
248. — The Athcnœum , etc. — L'Athénée, journal critique
et littéraire , N° i3. Londres, 7 mars 1828; Lewer. Paris,
Bobéc Hingray. Grand in-4" de 16 pages ; prix, 7 p.
2/19. — The Sphinx , etc. — Le Sphinx, journal politique et
littéraire, N0 i5. Londres, 5 mars 1828; Lewer. Paris, Ro-
bée Hingray. Grand in-4° de 16 pages; prix, 7 p.
Le premier de ces i\cux journaux n'a pas encore trois mois
d'existence, et il compte déjà plus de deux mille abonnés; il
est le seul , de tous les recueils purement littéraires publiés à
Londres, qui paraisse deux fois par semaine; ce qui lui per-
met de n'omettre dans ses colonnes aucun des ouvrages impor-
tons qui s'impriment en Angleterre, et de signaler plusieurs de
ceux qui font du bruit sur le continent. Le second de ces deux
journaux, le Sphinx, paraît aussi deux fois par semaine; mais
c'est moins à la littérature qu'à la politique qu'il consacre ses
colonnes.
L'un et l'autre de ces journaux ont pour directeur M. Buc-
ringham, cet éditeur courageux du Joumnl de Calcutta, qui
fut obligé de quitter l'Inde pour avoir osé faire entendre une
voix libre à une population d'oppresseurs et d'opprimés, qui
7io LIVRES ÉTRANGERS.
continue, dans le Héraut de f Orient, à défendre les intérêts
du peuple indien. Le monde littéraire lui doit aussi trois ou-
vrages importans : les Voyages en Palestine, parmi les tribus
arabes et en Mésopotamie.
On trouve dans le Sphinx cette indépendance de principes,
cet amour delà liberté, cette haine des abus qui firent le succès
du Journal de Calcutta, et qui attirèrent sur cet écrit les ven-
geances des tyrans subalternes de la compagnie des Indes. On
yjuge avec impartialité et avec plus de soin , de profondeur et
d'indépendance que dans les autres journaux de Londres, les
diverses mesures du cabinet anglais. On s'y occupe davantage
de la politique de l'Europe, et spécialement de celle de la
France, à laquelle on a consacré un assez grand nombre d'ar-
ticles. Nous signalerons un article fort remarquable sur la Tur-
quie , une série d'articles sur Y état et la politique de l'Europe en
1827; des observations sur les dernières élections françaises ;
plusieurs analyses d'ouvrages, parmi lesquelles on distingue
celles sur Y Histoire de la guerre de fa Péninsule par le général
Foy, et Y Histoire de la bataille d'Jgincourt par N.-H. Nicolas,
esq. ; enfin, les portraits de quelques membres du parlement
britannique , et une esquisse sur la vie, le caractère et le genre
d'éloquence de M. Roycr-Collard , insérée dans le dernier nu-
méro du Sphinx, et qui commence une série de portraits des
hommes d'état les plus célèbres.
JjAthenœum abandonne au Sphinx \es discussions politiques,
et s'occupe entièrement des sciences et des lettres. Ce journal
promettait, clans son prospectus, une plus grande quantité de
matières qu'on n'en trouve dans les autres feuilles hebdoma-
daires consacrées à la littérature , plus de variété dans son plan
et une entière indépendance dans ses critiques. Il a rempli ses
promesses. « A nos yeux, dit le rédacteur , la critique est une
magistrature d'autant plus importante, d'autant plus utile, que,
de l'exercice de ses hautes fonctions dépend la gloire ou l'a-
baissement des lettres; faite avec haine ou partialité, elle cor-
rompt le goût, encourage la médiocrité et dégoûte le génie;
faite avec indépendance et équité , elle renverse les fausses
idoles, et ne laisse sur le piédestal que les écrivains dont les
productions, dictées par le goût, libres de toute erreur, de
tout fanatisme, peuvent instruire les hommes et agrandir l'ho-
rizon de la science. » Ainsi, l'Athenaeum livre à la risée publique
les productions monstrueuses de certains romantiques, prônés
par quelques coteries, et applaudit franchement aux beautés
que l'on trouve dans les œuvres de Chateaubriand. Ses analyses
d'ouvrages sont en général faites avec conscience ; mais ces
GRANDE-BRETAGNE. — RUSSIE. 71 1
ouvrages ont quelquefois une date ancienne, et la critique heu •
tjomaaaire doit s'attacher aux productions nouvelles. L'A thé-
nseura renferme d'agréables poésies; mais ce sont surtout ses
articles que nous nommerons de genre y qui le placent au-des-
sus de tous scs rivaux. Nous n'aimons pas les longues et fas-
tidieuses attaques contre la Quarterfy Revietv ; mais nous ne
trouvons rien de plus amusant que la série d'articles ayant
pour titie« Piétines of Society » dans lesquels Tailleur esquisse
avec une grâce charmante les mœurs de la société dans les
principales capitales de l'Europe , et nous fait connaître des
particularités curieuses sur différens personnages qui jouaient
un rôle à Paris, à l'époque du Directoire. Les portraits des au-
teurs contemporains anglais , (que suivront bientôt des portraits
d'auteurs étrangers indiquent dans leur auteur une âme jeune
et belle qui manque sans doute encore de l'expérience du
monde, mais dont la plume a du nerf et surtout de l'indépen-
dance. Les esquisses sur le pamphlétaire Cobbett , l'avocat Brou-
gharn , le poète IVordsivorth , fourniront des preuves de ce que
nous avançons. F. D.
RUSSIE.
a5o. — Jpologi cztero wicrszowc, etc. — Apologues en quatre
vers, traduits du russe, de J. J. Dmitrtef, en polonais, par
B. Reutta. Pétersbourg, 1827; imprimerie de Kray. In-16
de iv- 123 pages.
25 1. — Sonety Adama Michicwïcza , etc. — Sonnets iï Adam
MicRiEwicz. Moscou, 1826. lu 4° de 48 pages.
Ces deux ouvrages, dont nous plaçons ici 1 annonce pour
nous conformer à l'ordre géographique adopté dans la Revue
pour le classement des ouvrages étrangers, appartiennent à la
littérature polonaise, sur laquelle nous regrettons d'avoir trop
rarement à appeler l'attention de nos lecteurs. Le premier n'est
qu'une traduction d'un recueil qui a paru à Moscou, en 1826,
sans nom d'auteur, mais avec les initiales J. D., sous lesquelles
s'était caché un des poètes les plus distingués de la Russie.
Lorsque nous avons rendu compte de ce recueil (tom. XXXI,
pag. i33) sur la foi d'un de nos correspondais, nous voulions
encore douter que l'idée d'imiter le malencontreux essai de
M. Mollevaut fût venue dans l'esprit d'un poëte auquel la Russie
doit une des meilleures traductions qui «lient jamais été faire?,
celle des fables de La Fontaine, si parfaite à notre avis qu'on
pourrait se faire illusion en la lisant, et croire que le lîonhomine
a lui-même écrit ses chefs-d'œuvre en russe. Depuis, nous
avons reçu les nouveaux apologues de M. Dmitrief, et nous de-
712 LIVRES ÉTRANGERS,
vons à la vérité d'avouer qu'il est resté fidèle à son ancienne
réputation, et qu'il a tiré d'un fond, bien ingrat sous la plume de
l'académicien fiançais, un parti tellement avantageux qu'il nous
fei ait presque renoncera l'opinion que nous avons émise sur
une pareille tentative. Il est vrai de dire qu'il n'a emprunté
M. Molievaut que les sujets qui prêtaient le mieux à la con-
cision , qu'il y en a joint quelques autres, pris ailleurs ou
dont il est lui-même l'inventeur, et qu'il les a revêtus des
charmes d'un style aussi pur et aussi gracieux que celui des
fables françaises était lourd et incorrect.
Le critique russe qui rend compte de la traduction polonaise
dansle Télégraphe de Moscou (n° 8 de i8'27)accorde des éloges
au travail de M. Reutta , dont le nom était encore inconnu
dans la littérature; il cite plusieurs de ses fables comme des mo-
dèles de traduction , sous le rapport de la clarté , de la conci-
sion, et surtout de la fidélité. Il engage l'auteur à revoir son
premier livre, qu'il trouve au-dessous du dernier, quoique
presque toutes les pièces qui le composent renferment des vers
heureux , et il croit principalement devoir appeler son atten-
tion sur le choix des épithètes, qui est une des parties les plus
difficiles de l'art de faire des vers.
Un des rédacteurs les plus distingués du même recueil (i).
M. le prince Viazemsky, a consacré (n° 7 1827) une trentaine
de pages à l'examen des sonnets de Mickiewicz; nous allons
lui emprunter les principaux traits de son article
D'Alcmberta dit qu'un poëte, au milieu d'un désert, cesserait
de rimer, tandis qu'un géomètre n'en continuerait pas moins de
tracer des lignes et des angles. M. Mickiewicz n'est pas le pre-
mier poëte qui démente cette assertion; mais il peut aussi être
cité comme exemple, lui qui a composé et publié ses sonnets
dans une ville où il n'y a peut-être pas dix lecteurs en état de
le comprendre. Ce fait en lui-même, est du reste fort remar-
quable, et l'on ne peut assez accuser l'indifférence des Russes
pour l'étude d'une langue qui a tant de rapports et d'analogie
avec la leur. Le même reproche sans doute peut être fait, avec
le même fondement, aux Polonais à l'égard de la langue russe;
mais il faut tenir compte delà rivalité, disons plus, de l'inimitié
qui a régné si long-tems entre ces deux nations. Espérons que
(1) Nous citons souvent ce recueil parce qu'il est à peu près le seul,
avec X Abeille du Nord, qui renferme des analyse-, satisfaisantes d'ou-
vrages russes ; ne recevant point ce dernier journal , nous ne pouvons
lui faire les mêmes emprunts qu'au Télégraphe.
RUSSIE. 7i3
ces btinea et ces préjugés de peuples disparaîtront de plus en
plus .nu flambeau de la véritable philosophie] h que des inté-
rêts moraux réuniront nn jour ceux que désintérêts matériels
avaient divisés.
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.
a dit l'auteur de V Art poétique , qu'un jeune poète russe,
M. Pouschkine, appelle le Coran français. Sans pai tager entiè-
remenl L'opinion de Boileau pour un genre de poésie totalement
abandonné aujourd'hui en France, on peut trouver encore
quelque mérite à ce genre de composition , et l'on peut regretter
qu'il n'exerce plus la verve de nos auteurs. Ceux de M. Mickie-
■wiez sont divisés en deux livres , dont le premier renferme des
essais dans le genre des sonnets de Pétrarque, c'est-à-dire qu'à
l'exception de quelques-uns où se trouve une légère empreinte
satirique , ils sont tous consacrés à chanter les rigueurs ou ies
faveurs de l'amour. L'autre partie se compose de sonnets cri-
méenSy ainsi nommés parleur auteur, parce qu'il en a puise-
les inspirations dans un voyage en Crimée; ils appartiennent,
tic leur nature, au genre didactique, et peuvent être comparés,
dit le critique russe, pour la couleur locale et l'exécution, aux
meilleures strophes de Childe Harold , où Byron a, pour ainsi
dire, consigné le journal poétique de ses voyages.
Après avoir donné la traduction en prose de deux sonnets
du i'1' livre qu'il examine , M. A iazemsky donne celle de toutes
les pièces qui composent le second livre, et nous met ainsi à
même de juger l'auteur et le traducteur , et de déclarer qu'ils
nous paraissent dignes l'un de l'autre. On sent, en lisant ce
dernier, que la richesse des idées, l'élégance du style et le
sentiment poétique ont été fidèlement saisis dans cette traduc-
tion en prose, qu'il n'appartenait peut-être qu'à un poêle de
faire aussi bonne. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici une
idée de ces sonnets par des fragmens qui perdraient d'ailleurs
beaucoup de leur prix, en passant par l'épreuve dangereuse
d'une seconde traduction. E. Héreau.
Ouvrages périodiques.
iS'i. — * Journal poutey soohstchëniïa , etc. — Journal des
voies de communication, pour l'année 1826. Pétersbourg, im-
primerie des voies de communication. Six cahiers avec des
planches et des tableaux. Prix, 20 roubles pour six mois.
a53. — * Journal des voies de communication eu français.) —
714 LIVRES ÉTRANGERS.
Môme prix ( l'un des journaux est la traduction exacte de
l'autre ).
Les circonstances qui nous ont fait connaître ce journal mé-
riteraient de trouver place dans l'histoire des progrès des
sciences en Russie. Commencé au milieu de l'année 1826, il n'a
pu être continué en 1827 : aucun journal russe n'en a parlé;
quelle est la cause d'un silence aussi généralement observé ? On
ne peut l'attribuer qu'à l'indifférence du public pour les sujets
traités par les rédacteurs, et pour les mémoires qu'ils insé-
raient dans leur journal. Hors de Russie, on regrettera que cette
intéressante publication n'ait pu continuer, et on désirera
qu'elle puisse reprendre, ne fût-ce qu'avec la ressource des
abonnemens étrangers, si les secours du gouvernement ne lui
rendent pas une suffisante activité. Ce regret se fera sentir en
France plus que partout ailleurs ; le journal russe nous eût mis
en correspondance avec quelques - uns de nos compatriotes ,
d'anciens élèves de l'École polytechnique, zélés propagateurs
des connaissances utiles , en quelque lieu que le sort puisse les
placer.
On aura peine à concevoir comment un journal destiné à
répandre ces connaissances dans un pays où elles sont rares
encore n'ait pas été mieux accueilli; on s'en étonnera plus en-
core, après avoir lu ce que nous allons extraire du prospectus.
« L'ouvrage périodique que le Corps des voies de communica-
tion publie aujourd'hui sous les plus augustes auspices a pour
but principal de faire connaître dans tous leurs détails toutes
les voies de communication ouvertes dans l'empire , et surtout
cette savante combinaison des ressources naturelles de la Russie
et du parti que l'art en a tiré pour produire cette navigation
colossale, unique dans le monde entier. De quel intérêt ne sera-
t-il pas de suivre dans leur marche les produits de la nature
et de l'industrie, partis des confins de la Sibérie ou des bords
de la mer Caspienne, pour être chargés ensuite sur les batimens
de toutes les puissances de l'Europe et du monde qui les atten-
dent sur la mer Baltique et la mer Blanche; de voir comment
le génie et l'art leur ont rendu commode une route si longue ,
et l'ont débarassée des obstacles dont elle était hérissée ?... Les
applications intéressantes des sciences physiques et mathéma-
tiques à l'art de l'ingénieur, dues aux recherches et à l'expé-
rience, tant des membres du corps que des savans russes et
étrangers , trouveront naturellement leur place dans cet ou-
vrage qui, tout en remplissant une grande lacune dans les con-
naissances statistiques de l'Europe, présentera aux Russes eux-
mêmes de nouveaux movens de connaître encore mieux leur
RUSSIE. 7i5
pays. Ils y puiseront de nouveaux motifs pour aimer la patrie,
et pour se sei fer de plus en plus autour d'un gouvernement
(jui, après être parvenu à créer mu: nation foi le et puissante ,
n'a d'autre sollicitude aujourd'hui que d'en assurer le bon-
heur. »
Nous ne pouvons en ce moment donner qu'une idée très-
superficielle de ce qui est contenu dans ce journal. Il ne pouvait
se dispenser de paver un tribut de reconnaissance au savant
Bétancourt auquel la science des machines a tant d'obligation,
et qui a répandu tant d'éclat sur le corps des ingénieurs russes.
On y trouve le mémoiresur la stabilité des voûtes, par MM. Lamé
et (li.vi'EYRON , approuvé par l'Académie des sciences de Paris,
sur le rapport de MM. de Prony et Ch. Dupin. — M. Bazaine
traite avec le secours de l'analyse algébrique d'importantes
questions relatives aux bassins d'épargne, destinés à économiser
l'eau dans les canaux de navigation, et il en fait l'application au
canal du Ladoga. — Les ponts suspendus font le tour du monde
civilisé, et s'y établissent en dépit de quelques faibles résis-
tances; mais, avant de procéder à leur construction , on com-
mence par des expériences sur la ténacité du fer. Ces ponts
ont multiplié les communications entre les différens quartiers
de Pétersbourg, en franchissant les canaux par les moyens les
plus prompts à mettre en œuvre , et les moins dispendieux. —
bes descriptions d'ouvrages exécutés, l'exposition d'ouvrages
à faire, les comptes rendus de travaux relatifs aux sciences ,
voilà ce qui compose ce journal. Nous ne nous abstiendrons
point d'en tirer deux faits qui doivent trouver place dans l'his-
toire des sciences et des arts.
En 1812, toute la Russie prit part à la défense de l'État
contre l'attaque de Napoléon. En revenant de cette fameuseex-
pédition , le colonel Maïoroff, aujourd'hui conseiller d'état,
professeur de hautes mathématiques à l'école des ingénieurs
des voies de communication, publia une Géométrie dans l'es-
pace , résumé des connaissances qu'il avait puisées à l'Ecole
polytechnique et augmentées par ses relations avec les savans
de toute l'Europe.
Il y a, dans la Sibérie occidentale, un canal qui fut creusé
en i584 par le célèbre Yermar , Cosaque, conquérant de la
Sibérie qu'il soumit à la domination des tsars. Ce canal fut en-
trepris par les mêmes motifs qui engagèrent les Français à cou-
per l'isthme d'une grande presqu'île formée par le Mississipi ;
Yermak conçut et fit exécuter le même travail sur l'isthme d'un
circuit fort incommode que faisait alors la rivière d'Irtische ,
près de l'embouchure du Vagaï. En Amérique et en Asie, le
716 LIVRES ÉTRANGERS.
résultat fut le même : le grand courant s'établit clans la voie la
plus courte et la plus droite, et le circuit que les eaux formaient
auparavant fut presque mis à sec. F.
POLOGNE.
254. — * Fontanna tv Bakczyseraiu , etc. — La Fontaine de
Bakhtchi-saraï, poème à' Alexandre Pouschkine, traduit en
polonais. Vilna, 1826. Iri-8° de xvm-27 pages.
Cette production d'un des poètes les plus distingués de la
Russie, publiée à Moscou en 1824, et annoncée dans la Revue
Encyclopédique (tome xxiii , p. 643), avait déjà eu les hon-
neurs de deux traductions, l'une en langue française, et l'autre
en langue allemande (1). Le Télégraphe de Moscou(n° 3, février
1827, p. 226-230) parle de cette dernière comme de la plus
mauvaise traduction qu'il connaisse dans une langue très-riche
en ce genre, et qui se plie merveilleusement à tous les tons.
Quant à la première, nous renvoyons à l'article que nous en
avons donné (tome xxx, p. 219), lequel article a été traduit
depuis dans deux journaux russes, le Télégraphe de Moscou
(n° 17, sept. 1826, page 75), et X Abedle du Nord ( n° i52,
21 déc. 1826).
La traduction polonaise que nous annonçons ici, et dont
nous devons la connaissance au premier des deux journaux
que nous venons de citer (n° 8, avril 1827, p. 3 10), paraît
être l'ouvrage d'un jeune poète trop confiant dans ses forces,
et dont le succès n'a pas entièrement couronné l'attente. Outre
le défaut de fidélité que lui reproche le critique russe, et dont
il rapporte plusieurs exemples, on pourrait encore adresser
au traducteur des observations sur le mécanisme de son vers
et sur la négligence de ses rimes. Quelques passages, écrits
avec plus de correction et rendus avec bonheur, ne suffisent
point pour racheter les défauts de cette traduction; ils prouvent
seulement qu'avec du travail son auteur pourra prendre sa
revanche, et devenir un plus digne interprète de celui dont il
n'a pas craint d'aborder, pour son début, un des poèmes les
plus difficiles peut-être à traduire, autant par le mélange d'é-
nergie et de grâce dont il offre un heureux modèle que par
la couleur souvent un peu vague qui règne dans quelques-unes
de ses parties.
(1) Der TraucrqueU , verfasst -von Jlexandcr Puschkin , ans dem
Russischen ueberzetst von Alcxandev Wulfert. Saint-Pftersbourg ,
1826. In- 16 de 48 pages.
POLOGNE— DANEMARK. 7,7
Le traducteur a fail précéder ce p »ëme dune préface où il
examine la question du romantisme, morceau que le critique
russe ne nous a pas mis à même d'apprécier. Sans daigner en-
trer en discussion avec lui, ii lui reproche son attachement à
l'ancienne école classique, et, enveloppant dans le même ana-
thème tom ceux qui ne veulent pas ou qui ne peuvent se rendre
compte des nouvelles théories littéraires, il termine son article
par eette comparaison, qui a sinon le mérite de la justesse,
du moins celui de la clarté : « Le siècle, semblable à un fleuve
majestueux, s'avance entre des rives fleuries, laissant ces
pauvres gens ( les classiques) attachés comme la vase aux bords
qu'il a quittés. » E. Héreau.
DANEMARK.
255. — Plantegcographi.sk Atlas. — Atlas pour servir à la géo-
graphie des plantes; par M. Schouv. Copenhague, 1824.
'±56. — Sfùldring af Vcirligcts Tilstand i Damnai/,. — Tableau
de l'état du climat en Danemark; par le même. Copenhague ,
1826.
257. — Beylrœge zur verglcichenden Climatologie. — Obser-
vations pour servir à la climatologie comparée ; par le même.
Copenhague, 1827.
En 1822, M. Schouv publia un Essai sur la géographie des
plantes , qui depuis a été traduit en allemand; c'est pour faire
suite à ce travail neuf et estimable qu'il a composé l'Atlas que
nous annonçons. Les observations nombreuses de l'auteur l'ont
mis à même de composer les deux autres ouvrages, nommés ci-
dessus, riches de faits , intéressaus par eux-mêmes, et qui sans
doute contribueront aux progrès d'une science qui , pour ainsi
dire, sort à peine de son berceau.
258. — "* Eddalœrcn og dens Oprindelse , etc. — L'Edda et
son origine, ou Tableau détaillé des fables et des opinions des
anciens Scandinaves sur la création, la nature et le soit du
monde, des dieux et des hommes, soigneusement confrontées
avec le grand livre de la nature, aussi bien qu'avec les systèmes
mythologiques et les opinions des Grecs, des Perses, des In-
diens et d'autres peuples anciens, et mêlées de recherches his-
toriques sur l'origine et les premiers rapports des nations les
plus remarquables du monde ancien; par M. Finn Magnlsen.
Copenhague. 4 volumes in-8°.
Composé d'abord pour un concours ouvert par la Société
des sciences, cet ouvrage a ensuite reçu des dévcloppemens et
des augmentations considérables, et c'est sous cette dernière
7i8 LIVRES ETRANGERS.
forme que l'auteur l'a fait imprimer. Le titre que l'on vient de
transcrire en entier donne une idée assez complète du contenu
du livre.
259. — * Danskc Recesscr , etc. — Édits et Ordonnances des
rois de la maison d'Oldenbourg, publiés avec des notes et des
éclaircissemens , par M. Colderup-Rosenvinge , professeur
de jurisprudence à l'Université de Copenhague. Copenhague ,
1824.
260. — DanskeGaards retterog Stadsrctier. — Tribunaux danois
delà cour et des villes; publiés par le même. Copenhague, 1827.
Ces deux ouvrages forment le 4me et le 5me volume d'un re-
cueil d'anciennes lois danoises que le savant auteur a en-
trepris pour l'usage de ceux qui étudient l'histoire de la légis-
lation du Danemark. Autant M. Colderup a acquis de réputation
par son enseignement public à l'Université de Copenhague,
autant il acquiert de droits à l'estime et à la reconnaissance de
ses compatriotes par la publication des anciennes lois de leur
pays. Il rend ce recueil doublement utile et intéressant par ses
recherches profondes et ses commentaires instructifs. La col-
lection entière aura 8 volumes. M***.
ALLEMAGNE.
261. — * Geschichte der geographischen Entdeckungsreisen.
— Histoire des voyages de découvertes géographiques, par
Charles Falkenstein , secrétaire de la bibliothèque royale de
Dresde. Cahiers 1 et 2. Dresde, 1828; Hilscher. In-12.
On a entrepris à Dresde une petite Encyclopédie dans le
genre de X Encyclopédie portative que publie à Paris M. Bailly
de Merlieux. Une série ou section de cette collection compren-
dra les sciences historiques et géographiques. Il en a déjà paru
plusieurs volumes que nous n'avons pas eu occasion de voir;
mais nous avons sous les yeux Y Histoire des découvertes géogra-
phiques , par M. Falkenstein, qui fait également partie de
cette section , et qui aura quatre cahiers. Les deux derniers ne
tarderont probablement pas à paraître. L'auteur annonce, dans
la préface, qu'il s'est aidé des travaux de Forstcr, Sprengcl ,
Malte-Brun* Hugh-Murray, Barroiv, etc. Son résumé indique,
par ordre chronologique , les découvertes qui ont successive-
ment agrandi la sphère de la géographie, et mis le monde
civilisé en contact avec les peuples barbares. M. Falkensteix
résume cette histoire des progrès de la géographie et de la civi-
lisation d'une manière substantielle et instructive. Son ouvrage
est ce qu'il doit être, court, précis, dépouillé de. tous les dé-
tails oiseux, et réduit aux faits essentiels. Parmi les voyageurs
ALLEMAGNE. 7 '9
du moyeu âge, l'auteur aurait pu en citer quelques-uns qui,
à la vérité, manquent dans toutes les histoires de voyages, tels
(jue Hicold de Mnntccroic , Marignolc , moine bolonais qui , au
XIVe siècle, se rendit par la Tartarie à la Chine, et. dont, les
observations ont élé recueillies par M. JMe'mert dans les Mé-
moires de /,/ Société de /to/ième , ainsi que d'autres moines qui
avaient été envoyés précédemment par Louis IX chez les Tar-
fcares, et sur lesquels M. AbelRémubatz donné quelques détails
dans ses Mémoires sur les relations des Européens avec lesMon-
gols au moyen âge. Les découvertes des Hollandais ont été récem-
ment éclaircies par un ouvrage de MM. Beimet et Van IVijk ,
couronné par la Société d' Ulrecht. Ce travail pourra fournir à
M. Falkenstein quelques données pour une autre édition. Le
deuxième cahier de son précis s'arrête à l'année 1G16. A
la fin de l'ouvrage l'auteur résumera sans doute les expédi-
tions intéressantes des Anglais à la mer Glaciale, cl les voyages
récens des Français, des Russes, des Anglais, etc. autour du
monde. Depping.
161. — Naclirichtcn ùber die frùliercn Eimvohner von Nord-
Amer ik- a. — Notice sur les indigènes de l'Amérique septen-
trionale et sur les antiquités indiennes ; par F. W. Assal, ins-
pecteur des mines de l'État de Pensylvanie , publiée par
S. J. Mone, professeur d'histoire. Heidelberg , 1827. In-8° ,
accompagné de planches lithographiées.
Depuis Grotius et Jean de La et jusqu'à nos jours, on a sou-
vent discuté sur la manière dont l'Amérique a été peuplée.
Pour cette grande question, on manque de documens écrits;
i mais c'est aller droit au but, que d'interroger le sol de l'Amé-
rique; car les hommes laissent toujours, là où ils ont passé
ou habité , des traces qui peuvent donner lieu à des rappro-
chemens positifs. Cette méthode parait, être celle qu'a suivie
M. F. W. Assal. Cet antiquaire a visité , étudié et interrogé des
monumens qui existent dans les forêts de l'Amérique du nord.
Il décrit deux sortes d'antiquités , celles qui lui paraissent
appartenir aux ancêtres des indigènes actuels, et celles qui
semblent annoncer dans la partie méridionale l\u Nouveau-
Monde, la présence d'un peuple plus civilisé que ne durent
l'être les Indiens dont la race subsiste. Les vestiges que ce
peuple a laissés consistent en retranchemens de terre ou de
pierres, en tumull ou sépultures, en momies, en idoles et
ustensiles.
Les États de New-York , d'Ohio , de Pensylvanie sont ceux
où l'on découvre le plus grand nombre d'enceintes retranchées :
on en voit une au midi du lac Ontario; les autres, peu éloi-
:,io LIVRES ÉTRANGERS.
gnées entre elles, sont placées sur une ligne qui se dirige au
sud-ouest jusqu'au fleuve Chenango, près d'Oxford. Ces en-
ceintes n'affectent pas de formes constantes; les remparts en
sont tantôt de 5, tantôt de 3o pieds de hauteur; elles ont
depuis 10 jusqu'à 5o acres d'étendue. Le voisinage d'une rivière
poissonneuse, une exposition où les inondations n'étaient pas
à craindre ont toujours déterminé le choix de ceux qui élevè-
rent ces retranchemens. I^e nombre des entrées ou portes ne
paraît pas avoir été réglé; une espèce de chemin couvert fait
communiquer l'enceinte avec la rivière voisine. L'entrée n'est
pas toujours directe; on trouve quelquefois en face, et inté-
rieurement, un petit rempart qui déhnd cette entrée. Cette
disposition a de l'analogie avec la fortification que les Romains
plaçaient aux portes de leurs camps, et qu'ils nommaient
clavicule ; mais, chez les Romains, cet ouvrage était extérieur.
On rencontre aussi dans ces enceintes des monticules élevés
de main d'homme et destinés à ajouter à la défense ou à
surveiller l'ennemi. De semblables tertres se remarquent dans
des retranchemens où les Normands ont campé, lorsqu'ils sont
venus attaquer les côtes de l'empire de Charlemagne. Une de
ces enceintes américaines formée de pierres brutes, et il serait
curieux de comparer celte construction avec les murs dits
cyclopéens, se trouve sur un plateau dénué d'eau; ce qui fait
supposer à M. Assal qu'elle est plutôt un monument religieux
qu'une forteresse. Nous avons sur notre vieux continent
des enceintes semblables élevées par les Celtes, et situées
également sur des montagnes arides, dépourvues de tout ce
qui peut être utile aux besoins de la vie; cependant, il est
constant que ces lieux ont servi de refuge à toute une po-
pulation. Tant il est vrai que les hommes dans l'état de na-
ture ou de demi- civilisation se font une guerre si cruelle que
les horreurs de la faim et de la soif leur semblent préférables
au sort que leur destine le vainqueur. Près de Cereleville, dans
l'État de i'Ohio , on voit une fortification circulaire qui eu ren-
ferme une de forme carrée et tellement orientée d'aprè* les
quatre points cardinaux , que l'on croit y reconnaître quelques
notions de l'astronomie. Nous sommes portés à croire qu'un
système religieux a pu entrer dans cette disposition. Quelques
fers de flèches, des débris d'une poterie très-fine où l'on dé-
couvre quelques traces d'un beau vernis, voilà tout ce que Ton
a trouvé jusqu'à présent dans ces enceintes.
Les monticules artificielles destinés aux sépultures .sont de
proportions très-différentes, puisque les uns n'ont que 4 pieds
de hauteur, tandis que d'autres présentent une élévation de
ALLEMAGNE. 721
100 pieds. Ils ont un grand rapport avec les monnmcns que
nous rencontrons dans l'ancien continent, et qui sont connus
sous les noms de tunudi. Les corps que les tunudl américains
renferment paraissent avoir subi l'action du [eu; on a trouvé
dans ces sépultures dc>, bossettes de cuivre plaqué d'argent,
des fraginens de fourreau, une poignée; d'épée en cuivre et en
argent; un miroir de mica nicmbranacca , des couteaux et des
bâches en pierre. Les idoles ne présentent qu'un torse in-
forme et une tète d'un travail des plus grossiers. Les espèces
de momies que l'on découvre dans des souterrains ont été ôé-
crilcs dans des ouvrages assez connus pour que nous n'en par-
lions pas ici.
M. Assall pense que le peuple qui a laissé ces vestiges est
venu de l'Asie , en traversant le détroit de Behring; il est bon
de voir comment cette opinion est développée dans l'ouvrage
publié par M. le professeurs. J. Mone, ce que nous ne pou-
vons indiquer dans les limites qui nous sont prescrites.
P. J. F.
263. — Gcschielitlichc Darstellung des Rùcktritts , etc. — Re-
lation historique de la conversion de S. E. le ministre d'état,
comte C/ir. - E. de Benzel-Sternau , et de son frère le comte
Gode/roi de Benzel- Sternau, quittant l'église catholique ro-
maine pour rentrer dans la communion de l'église évangélique
protestante. Francfort-sur-le-Mein, 1827; Saucrlœnder. In-8°
de 64 pages.
Si notre siècle se distingue favorablement des siècles qui le
précédèrent, c'est surtout par l'empire que la vérité commence
à exercer dans toutes les relations de la vie. Il paraît que la
conscience devient plus énergique, à mesure que nos connais-
sances s'étendent, et que la franchise devient une vertu de plus
en plus générale, à mesure que la liberté s'étend et se trouve
garantie par des institutions politiques. Alors se constitue, par
la publicité, une conscience générale et publique , et chacun
sentie besoin de justifier ses actions et la place qu'il occupe,
devant ce juge suprême. Alors les relations diplomatiques
sortent du mystère honteux des intrigues; les gouvernemens
exposent aux citoyens les motifs de leurs mesures, et les ci-
toyens eux - mêmes ne veulent plus paraître ni plus, ni autre
chose que ce qu'ils sont en effet. Voilà pourquoi, dans ces der-
nières années, nous voyons, surtout dans les états libéralement
constitués, tant de personnes passer d'une église à une autre,
et exposer au public les motifs de ce changement; et certaine-
ment , leur nombre ne pourra qu'augmenter encore , dès qu'en
respectant la liberté absolue de la conscience, les constitutions
t. xxxvii — Mars 1828. 46*
722 LIVRES ÉTRANGERS,
ne reconnaîtront pas une religion de l'état , et que les législa-
tions seront débarrassées des dispositions qui mettent des ob-
staeles à la formation de nouvelles communautés religieuses;
enfin, dès que des communautés chrétiennes se seront établies
sur des bases plus larges et plus rationnelles que celles des con-
fessions de Luther et de Calvin. — Il est vrai que ni MM. de
Benzel-Sternau , ni plusieurs autres personnes, qui récemment
en Allemagne ont passé de l'église catholique à l'église proles-
tante ou réformée, n'ont été astreints à accéder formellement
aux confessions, qui donnent leur nom à ces églises. Mais une
pareille liberté n'est évidemment qu'une concession particu-
lière. On pourrait même demander si les ministres qui se sont
permis une pareille concession n'ont pas outre -passé leurs
pouvoirs, en tant qu'ils pourraient de cette manière avoir reçu
dans leur église des hommes, qui ne seraient reconnus ni
comme protestans , ni comme réformés dans d'autres contrées.
Car, on ne saurait disconvenir que ces communautés reli-
gieuses n'existent encore publiquement ou politiquement ,
comme églises, qu'autant qu'elles se fondent sur une des an-
ciennes confessions de foi. Aussi, le ministre protestant, qui a
célébré la réception des comtes de Benzel-Sternau , a formel-
lement déclaré les recevoir dans la communauté de Véglise
êvangélique-protestante purifiée (gelaùtcrtc evangelischc protesta n-
tische Kirche), dénomination qui s'explique parce que nous
venons d'indiquer, et qui en elle-même pourrait bien être jus-
tifiée, mais qui cependant ne se retrouve encore dans aucune
statistique religieuse ou politique.
Au reste , cette réception, qui a été célébrée avec une grande
simplicité*, est d'autant plus remarquable, que les récipiendaires
sont arrivés à un âge et à une position qui ne permettent pas
de croire qu'aucun intérêt mondain les ait engagés à cette dé-
marche. L'aîné des deux frères, qui était autrefois ministre
d'état et des finances du grand - duc de Francfort, est né en
1767 , et vit actuellement dans ses domaines en Bavière, où il
jouit de l'estime générale , qu'il doit à ses qualités personnelles
et à ses travaux littéraires. Il est auteur de plusieurs bons ro-
mans du genre humoristique et d'une excellente traduction des
Nuits cl' Young. Son frère, après avoir commandé un régiment
dans l'armée russe, passa au service de France ; depuis quel-
ques années, il a pris sa retraite pour se rapprocher de son
frère aîné auprès duquel il s'est établi pour le reste de ses jours.
Après le rapport sur leur réception se trouvent trois séries
d'articles de l'aîné des deux frères, qui ont pour but d'établir
plusieurs grandes vérités religieuses, en même tems qu'elles
ALLEMAGNE. 72I
foudroient les extravagances les plus saillantes de l'église que
l'auteur vient de quitter. Il Etui cependant remarquer , qu'à
proprement parler Ce n'est pas de croyance qu'il vient de chan-
ger, mais seulement de nom confessionnal; car, comme il le
dit lui-même, depuis qu?i\ pensait véritablement, il n'était chré-
tien que par et pour F Évangile, dégagé de tout ce que les
hommes vont ajouté; par conséquent, depuis long-tcms, il avait
réellement quitté le catholicisme et il ne s'était décidé à sortir
formellement de cette église que lorsque l'intolérantisme y
reparut. Car à présent, dit-il, tout honnête homme est obligé
d'ajouter à sa croyance intérieure sa profession extérieure, de
défendre sa liberté de conscience, de donner témoignage à la
vérité qu'il a reconnue, et de s'en constituer le défenseur. On
trouve, en effet, que déjà, en 1809, dans un journal littéraire
publié sous le titre ûeJason, par 31. de Benzel - Sternau, il
avait, au nom de tous les catholiques éclairés, réclamé une
« réformation du catholicisme, réformation par laquelle ils
devraient , à son avis, se séparer de Rame , protester contre l'in-
faillibilité de f église , réduire et simplifier les moyens de sancti-
fication et les rites et les cérémonies de l'église , élever enfin les
prêtres à la dignité de citoyens y en leur permettant de devenir
époux et pères. »
Ce sont là les points principaux, auxquels se réduisent les
réclamations toujours plus fréquentes de beaucoup de catho-
liques très-éclairés. Biais, comme Véglise catholique romaine ne
paraît devoir jamais accéder à aucune de ces demandes, nous
avons vu éclater la réformation, il y a trois siècles, et nous la
voyons recommencer aujourd'hui. C'est ainsi que même le cé-
lèbre prédicateur de la cour à Se ville, M. Blanco White, s'est
fait protestant en Angleterre; que 31. GEgger , premier vicaire
de la cathédrale de Paris, a renoncé à ses fonctions; que
31. Hcnnhocfer , en Allemagne, a changé sa cure catholique en
un ministère protestant; et sans vouloir rappeler ici beaucoup
d'autres changemens semblables et les conversions en masse
qui se sont faites dans quelques parties de l'Allemagne, de
l'Angleterre, de l'Irlande, de la France, et tout récemment en
Corse, nous avons encore vu, Tannée passée, M. Fise/ier, pro-
fesseur à Landshut, et 3t. Fell, directeur de l'école catholique
à Franefort-sur-le-Mein, passer à l'église protestante.
Fréd.-Guill. Carovk, Dr.
264. — * Vergleicluuig der Jranzôsùchen und preussischen
Gesetze. — Comparaison des lois françaises et prussiennes; Essai
de 31. O.Von Oppen. Cah. 1 et 1. Cologne, 1827. In- &?.
On sait que le gouvernement prussien a fait des efforts pour
46.
724 LIVRES ÉTRANGERS.
ôter aux habitans de la rive gauche du Rhin les lois françaises
qui les régissent depuis le commencement de ce siècle, et pour
y substituer les lois prussiennes. Cette tentative était vivement
secondée par les fonctionnaires prussiens et par tous ceux qui
croyaient ainsi plaire au gouvernement. Cependant , l'opinion
publique sur la rive gauche du Rhin se prononça presque una-
nimement contre ces projets. On ne s'opposait pas à quelques
réformes; mais on craignait que, sous prétexte de réforme, on
ne dépouillât les citoyens des avantages précieux que leur as-
sure la législation française. La Prusse a eu le bon esprit de
suspendre sa prétendue réforme. La question de la préférence
à accorder soit à la législation prussienne , soit à la législation
française , a été agitée dans un grand nombre de brochures et
d'ouvrages périodiques. Les Prussiens se prononçaient pour les
lois de leur pays; les habitans des bords du Rhin s'en tenaient
au Code français. L'auteur de la Comparaison des deux législa-
tions tient la balance assez égale; il fait sentir les différences et
les avantages relatifs. Il commence par l'histoire de la législa-
tion en France et en Prusse. Au jurisconsulte français Pothier
il oppose le jurisconsulte allemand Suarez, à qui l'on doit la
rédaction du droit civil ( landrechl) de Prusse , quoique le
chancelier Carmcr en ait tout l'honneur. L'auteur expose en-
suite les principes sur lesquels sont fondées les diverses parties
de la législation dans les deux pays. En voici un seul exemple.
Le Code français interdit la recherche de la paternité pour les
en fan s illégitimes; le Code prussien , ayant eu en vue la posi-
tion abandonnée de la mère , a voulu qu'elle pût forcer le père
à payer une pension alimentaire. Le but du législateur prus-
sien a été de prévenir le désespoir de la mère et par conséquent
l'infanticide; M. Von Oppen tait voir que le nombre des infan-
ticides n'a point diminué pour cela en Prusse, et que ce crime
est plus souvent le résultat de la honte que du besoin. L'auteur
s'étend beaucoup sur la justice criminelle et sur la procédure
civile. En Prusse l'accusé est privé de deux avantages, de la pu-
blicité et du jury ; cela seul ferait pencher la balance du coté
du Code français.
a65. — Liber die Anspruche der Krone Baiera an Landes-
thede des Gross-Herzogtluuns Baden. — Des prétentions de la
couronne de Bavière à la possession territoriale d'une portion
du grand-duché de Bade. Manheim, 1827; Schwan et Goz.
In- 8°.
Il n'y a pas de nation qui soit plus habituée à être morcelée,
divisée, cédée, que les Allemands. Chaque guerre a pour résul-
tat un nouveau morcellement, par lequel le vainqueur s'adjuge
ALLEMAGNE. 7*5
\u\ certain nombre d'ames,apparemmmez)t pour remplaceriez
aiitts ([ne les batailles lui ont enlevées. Quand ces prétentions
se compliquent, chaque puissance, ou chaque petit prince in-
téressé réclame son lot fiâmes, et il fait prendre la plume i ses
conseillers pour exposer la justice de ses prétentions. Ce fut
surtout après les guerres de la révolution française que l'on
coupa l'Allemagne dans tous les sens : les petits princes et les
ambassadeurs accouraient à Paris, pour solliciter quelques mil-
liers d'ames de plus. Quelques-uns furent assez adroits pouf se
faire adjuger des supplémens ; d'autres murmurèrent, niais
tout bas , de n'avoir pas obtenu leur portion congrue. Au con-
grès de Vienne, ce scandale se renouvela; là aussi il y eut des
faveurs et des injustices dans la distribution des pauvres aines
allemandes. La Bavière, à ce qu'il paraît, ne fut pas. cou tente;
elle aurait voulu i 5o,ooo âmes de plus, pour compenser une
cession faite en faveur du grand-duché de Bade. Elle les ré-
clame depuis le congrès , sans pouvoir les obtenir, et cette ré-
clamation a été l'objet d'un écrit diplomatique de M. fîignon.
Le gouvernement de Bade repousse la prétention ; il ne veut
pas perdre les âmes qu'il a : dans le nouvel écrit qu'il vient de
lancer, il invoque même sa nouvelle constitution qui proclame
comme loi fondamentale l'intégrité du territoire badois. Il est
heureux que les petits souverains sentent enfin que les cons-
titutions sont bonnes à quelque chose, ne fût-ce que pour
prévenir dans la suite le retour de l'abus scandaleux des mor-
cellemcns territoriaux dont l'Allemagne a été si souvent la vic-
time.
?.G6. — Heir von Schmidt - PJdscldech and die ôffentlic/te
Meinung. — M. de Schmidt Phiseldcck et l'opinion publique.
Helmstaedt, 1827; Fleckeisen. In-8 :j de 29 pages.
Nous avons récemment parlé d'une apologie oilicielle du roi
d'Angleterre, publiée par le comte de Munster, ministre d'Ha-
novre, en réponse à une espèce d'accusation dressée par le duc
de Brunswick contre son aijcien tuteur, ou plutôt contre ceux
qui ont exercé la tutelle au nom du roi d'Angleterre. Depuis
ce tems , une demi-douzaine de brochures publiées en Alle-
magne, entre autres celle dont on lit le titre en tète de cet article,
nous ont» appris wn épisode curieux de celte grande querelle
entre le comte de Munster et le duc de Brunswick. Le roi
d'Angleterre, ou plutôt son ministre, avait confié pendant la
minorité du duc de Brunswick , l'administration de ses états à
deux conseiller* intimes, MM. Schmidt- Phise.ldeck et Schleinitz ,
et à un ministre d'état, probablement tout dévoué à l'Angle-
terre. Les deux conseillers intimes furent aussi en tout, à ce
7*6 LIVRES ÉTRANGERS
qu'il paraît , de l'avis de l'Angleterre , à laquelle ils devaient leur
charge. Aussi, lorsque George IV ou plutôt le comte de Muns-
ter, voulut prolonger la tutelle du jeune duc jusqu'à vingt-
un ans, M. Schmidt - Phiseldeck fut en tout point de cet avis;
cependant , le roi d'Angleterre , fatigué des instances pressantes
du jeune prince, renonça enfin à la tutelle et émancipa son
pupille à l'âge de dix-neuf ans. M. Schmidt-Phiseldeck recon-
nut alors qu'il n'avait pas grande faveur à espérer du jeune
prince dont il avait voulu prolonger la minorité. Il s'assura
très- prudemment une retraite dans les états du roi d'Angle-
terre ; il attendit à la vérité l'arrivée du jeune duc de Bruns-
wick; mais ayant eu peur ensuite du ressentiment de son
maître, il disparut un jour, et se retira dans le Hanovre où
une place lui était assurée. Le jeune duc en fut tellement cour-
roucé qu'il fit mettre dans les gazettes le signalement de son
ancien conseiller, comme on signale un criminel évadé. Un des
griefs que le duc de Brunswick articule dans sa diatribe contre
le roi d'Angleterre , c'est d'avoir non-seulement reçu à Hanovre ,
mais employé et récompensé ledit Schmidt-Phiseïdeck, malgré
les conventions existantes entre le Hanovre et le Brunswick,
relativement à l'extradition des déserteurs et des criminels. Par
ordre du nouveau duc, ou pour faire la cour à ce prince,
quelques fonctionnaires publics ont pris la plume afin de signa-
ler la conduite et la fuite de M. Schmidt-Phiseldeck comme
une haute trahison, quoique dans le fait la peur seule ait déter-
miné le conseiller intime à se retirer en Hanovre. De son côté,
M. Schmidt-Phiseldeck a fait paraître une apologie qui est aussi
modérée qu'elle peut l'être. L'ancien fonctionnaire bruns -
wickois expose toutes \ez tribulations qu'il a essuvées, les dan-
gers qu'il a courus, la nécessité qui l'a forcé de chercher un
asile chez le tuteur contre les persécutions du pupille ; il pré-
tend ne devoir compte de sa gestion , pendant la minorité du
prince, qu'au tuteur seul; il soutient qu'il n'a commis aucun
abus, qu'il a rendu ses comptes, etc. Toute cette histoire,
quoique peu importante dans le fond, fait pourtant voir com-
ment sont gouvernés les États d'Allemagne, et combien les
Allemands gagneraient à avoir moins de princes et plus de
garanties sociales. D — c.
267 — * Euripidis Ion. — Ion, tragédie d'Euripide : Nou-
velle édition , publiée par Godefroi Hbrmann. Leipzig, 1827.
Jn-8° de 174 pages.
Cette tragédie est demeurée dans la collection des œuyres
d'Euripide sans qu'aucun poêle ait essayé de la naturaliser
parmi nous. En effet, que la fille cTÉrechtée ait été honorée
ALLEMAGNE.— SUISSE. 727
de la part d'Apollon d'une visite particulière; qu'un fila soit,
ne «le cette entrevue; que ce fils, appelé Z0/1, ait été d'abord
exposé dans la grotte OU rende/, vous , puis enlevé par M<i
cure, et que ce dieu l'ait porté à Delphes , ou sa mère le vient.
chercher on interrogeant les oracles, quand déjà il est arrivé à
l'âge mûr... tout cela nous importe peu, et il n'y a point là le su
jet d'une tragédie dans le sens moderne : c'est le destin , ton
jours le destin; point d'intrigue, point de vraisemblance; le chant
religieux des Grecs, leurs chœurs, Leurs apparitions ne sont plus
«le mise sur la scène. Ion est donc devenu la propriété des
philologues , et l'on se félicite de voir M. Hermann s'en em-
parer pour sa part. Il défend cette pièce contre Schlcgel et
Wielaud, et fixe le tems où elle a où. être composée vers la
89* olympiade. Ion, selon M. Hermann , ne faisait partie
d'aucune trilogie, non plus que la tragédie iVErcchtéc. C'est
Creuse, et non pas Ion, qui parait tenir la principale place dans
la pièce. M. Hermann fait voir avec combien d'art le poète a tra-
vaillé la plupart (.\r^> scènes, et de combien de beautés brillent
les morceaux lyriques. L'éditeur a beaucoup amélioré le texte :
on sait que cette pièce est l'une de celles qui réclamaient sur
tout le secours de l'érudition. Ce n'est pas tout que d'avoii
suivi les traces de Porson et d'Emsley ; M. Hermann a fait des
remarques et des corrections qui s'appuient sur les manuscrits ,
sur les règles de la métrique, sur les notions historiques les
plus précises. Il y a aussi d'utiles supplémcns où se trouvent
des conjectures empruntées à d'autres savans , et surtout à
VI M. Boissonnade et Serdler. On y trouve des discussions très,-
intéressantes pour l'histoire delà Grèce: telle est celle qui
concerne la leçon TtAewou TiXiav. Deux inscriptions deTéosqui
font mention d'une tribu de Géléontes, déterminent le dire de
VI. Hermann, qui n'entreprend pas cependant de discuter a
fond ce que signifie ce nom, ni ce que faisaient ces Gélcontcs ,
s'ils étaient agriculteurs ou s'ils s'adonnaient à tout autre génie
d'occupation. La première supposition pourrait s'appuyer sur
un passage de Plutarque dans la vie de Solon; mais pour cela
d faudrait lire Gédéontes , et cette leçon n'a pas de soutien
solide, même dans ce passage, en sorte que lélvuiologie qu'on
pourrait lui demander serait au moins hasardée. La tragédie
d'Ion avait besoin de nombreux éclaircisseraens; et, quoique
l'édition actuelle n'ait pas fermé entièrement la discussion, elle
lui a fait faire de très-grands progrès. P. de Golbkry.
SUISSE.
\. — Mciii Bcsuch Amerikats\ vie — \ oyagt en \méi ique
728 LIVRES ÉTRANGERS.
dans l'été de 1824, par S. de N. Aarau , 1827; Sauerlœnder.
1 vol. in- 12 de 25 1 pages.
C'est en amateur que M. S. , habitant d'une petite ville de la
Suisse, s'est décidé à faire un voyage de plaisir et de curiosité
à la chute du Niagara , observant sur son passage les mœurs et
les coutumes de diverses peuplades des États-Unis. Le livre,
résultat de cette course rapide, a été rédigé par une plume
étrangère, d'après ies notes que le voyageur avait écrites en
français. Il n'est ni scientifique, ni littéraire, ni industriel;
mais il rend , simplement et avec beaucoup de netteté , les im-
pressions d'un observateur qui se plaît à étudier les habitudes
des peuples. Les humbles détails auxquels le voyageur ne dé-
daigne pas de descendre sont parfois caractéristiques, et par
cela même précieux. Auprès de ce chef-d'œuvre de peinture
auquel le génie de M. Chateaubriand pouvait seul prêter la
majesté de la nature la plus grandiose, toute description du
saut du Niagara est nécessairement plus ou moins pâle. Mais il
restait encore à dire, après lui, que, dans l'île d'où l'on va
contempler ce grand spectacle, on trouve un billard. Rien de
ce genre n'est perdu pour l'étude des hommes et des peuples.
Nous ne pouvons nous empêcher de relever une pensée de l'au-
teur sur l'influence morale du sentiment du beau et du désir
de plaire: «Un colporteur, dit-il (pag. x8), qui vend des ru-
bans, des fichus, etc., exerce une influence plus salutaire sur
la civilisation d'un village barbare que tous les ecclésiastiques
et les maîtres d'école, » ou , en d'autres termes, que la religion
et l'éducation. Ce n'est là ni de la philosophie, ni même un
industrialisme raisonnable; c'est tout simplement de la manie.
269. — Description topographique et historique de la ville et
des environs de Berne, par Rod. Walthard. Berne, 1826;
J. J. Bourgdorfer. In-8° de xi-267 pages.
Les topographies qui embrassent l'ensemble d'un pays ne
pouvant pas entrer dans assez de détails sur chaque localité
intéressante, elles ne rendent point superflues les monographies
du genre de celle que nous annonçons. La ville de Berne, re-
marquable par sa situation, par sa construction, par l'aspect
d'ordre et de propreté qu'elle présente , enfin par le rôle qu'elle
a joué dans l'histoire, a déjà eu plusieurs historiens topogra-
phes. Cependant, la littérature nationale réclamait un nouvel
ouvrage dans lequel d'anciennes erreurs fussent relevées , les
traditions incertaines distinguées des faits avérés, les super-
fluités élaguées et l'état actuel de la ville de Berne fidèlement
reproduit. Ces conditions ont été remplies par M. Walthard,
qui a fait preuve de goût dans le choix des détails, et de saga-
SUISSE. 72<j
cité critique dans l'appréciation des faits douteux. Les recher-
ches d'érudition historique, rejetées dans des cotes, satisfont
les gens instruits et n'entravent pas les lecteurs simplement
curieux. Une revue trop peu Complète des Bernois qui se sont
distingues dans fctf sciences , les lettres et les arts , et une table
des principales dates des annales bernoises, terminent ce volume,
enrichi d'un plan très-exact de la ville et des enviions de Berne ,
ainsi que de plusieurs vues dessinées avec une fidélité parfaite et
gravées avec talent. Si la correction typographique et la pureté
du style répondaient toujours aux autres mérites du livre,
celte production de M. "Walthard ne laisserait presque rien à
désirer.
270. — * Quels sont les caractères distinctifs de la langue grecque
et en quoi consiste sa prééminence ? Dissertation présentée au
concours pour la chaire de littérature grecque, à Lausanne,
par Rodieux, étudiant à l'Académie. Lausanne, 1827; impri-
merie d'Hignou aîné. lu- 4° de 75 pag.
La chaire de grec dans l'Académie de Lausanne, moitié théo-
logique, moitié littéraire, a embrassé jusqu'à présent l'explica-
tion exégétique du Nouveau Testament et la littérature grecque
profane. L'année dernière, pendant la vacance survenue par
la mort du professeur chargé de ce double enseignement, une
décision législative a séparé deux parties aussi essentiellement
différentes: l'une est rentrée dans les attributions de la faculté
de théologie; l'autre forme désormais exclusivement les attri-
butions d'un professeur. Suivant la loi, la chaire réorganisée a
été mise au concours, et la dissertation que nous annonçons est
le résultat de l'une des épreuves subies par les aspirans. Quoi-
que composée en quinze jours , elle est, comme on le voit à
chaque page, le fruit d'études profondes faites de longue main,
et elle mérite à plus d'un titre l'attention des savans. Au pre-
mier coup d'œil , littérateurs et lecteurs profanes sont tentés de
croire le sujet rebattu. Le fait est cependant, qu'il n'avait
jamais été traité ex professa : des idées vagues, des exclama-
tions, de la pompe, une admiration vide d'instruction, voilà
ce qu'on trouve épars dans quelques écrits où l'on effleure à
peine occasionnellement la question de la prééminence de la
langue grecque. M. Rodieux a donc eu le bonheur assez rare
de traiter un sujet neuf, et le bonheur plus grand de l'aborder,
riche d'un vaste trésor de connaissances acquises par une étude
persévérante, dans des voyages en Italie et en Allemagne, enfin
à l'école et sous la direction personnelle du célèbre professeur
Thiersch de Munich. Hâtons-nous d'ajouter que chez lui ce sont
la sagacité, le goût et le talent qui disposent de ces richesses.
73o LIVRES ÉTRANGERS.
L'auteur considère la langue grecque sous le point de vue de
la clarté, de la richesse et de l'harmonie; et il fait voir que, sous
chacun de ces rapports, elle a une prééminence réelle sur les
autres langues qu'il connaît (le français, l'italien, l'anglais,
l'allemand, l'hébreu et le grec moderne), et que cette triple
prééminence forme son caractère distinctif. Un mérite surtout
rend la dissertation de M. Rodieux remarquable, c'est le grand
nombre d'observations fuies et précises qui annoncent une étude
attentive de tous les élémens et de toutes les particularités de
la langue grecque; à côté de ce savoir grammatical, s'y déploient
les connaissances et le sentiment d'un littérateur. Nous désirons
vivement, dans l'intérêt des lettres, que le jeune et savant écri-
vain donne à sa dissertation, tirée à un petit nombre d'exem-
plaires, une publicité plus étendue. Elle n'est point destinée à
passer avec la circonstance qui l'a fait naître, mais elle doit
servir la cause de la science et prouver d'ailleurs à combien
juste titre le gouvernement du canton de Vaud a donné une
place parmi les professeurs de l'Académie à celui qui peu au-
paravant était leur élève. Ce travail nouveau, que nous rëcla
mons comme l'accomplissement d'un devoir, fournira d'ailleurs
à l'auteur l'occasion de retoucher le style d'un ouvrage écrit
nécessairement avec précipitation, et dont, suivant l'usage éta-
bli, il ne lui a pas été permis de revoir les épreuves, bien qu'il
n'ait guère eu le tems de relire son manuscrit avant de le livrer
à l'impression. S'il obtempère à nos désirs, nous l'engagerons
à donner dans son ouvrage une place à un caractère éminem-
ment distinctif de la langue grecque, c'est l'analogie. A défaut
d'autres preuves, la parfaite harmonie des lois de la langue
grecque, l'exacte correspondance des diverses parties de sa
grammaire, prouveraient jusqu'à l'évidence que le peuple qui
la parla était doué des sens les plus délicats et de l'esprit le plus
fin. En effet, quand on s'applique à une étude suivie de cette
langue admirable, on ne sait laquelle était la plus conséquente
de l'oreille dans ses plaisirs, ou de la logique dans ses exigences.
Nous engageons enlin M. Rodieux à faire disparaître de son
introduction le membre de phrase que nous allons souligner et
qui nous paraît renfermer une erreur: « Les vainqueurs (les
Romains ), étudièrent la langue des vaincus, contre l'ordre or-
dinaire des choses , beaucoup plus que les Grecs n'étudièrent le
latin. » L'histoire des peuples et des langues atteste que l'ordre
ordinaire des choses, ou la loi de la nature, est que, dans
les fusions opérées par la conquête, le peuple le plus ci\ilisé,
vainqueur ou vaincu, impose sa langue et ses usages au peuple
moins avancé dans la civilisation, ou du moins que, dans Ta-
SUISSE.— ITALIE. 7^1
gbalgame, l'élément le plus éclairé prédomine. Cela doit être:
l'homme, comme la plante, est fait pour chercher la lumière
et une atmosphère libre; il saisit avec empressement les bienfaits
le la civilisation qui le poussent à la liberté. La Providence
ne saurait permettre le triomphe définitif de la force matérielle
sur les forces de l'esprit; la victoire momentanée que celle-là
obtient quelquefois n'est qu'un moyen de l'amener captive' sons
l'empire de l'intelligence. Voyez les barbares de l'Asie et du
Nord conquérant l'Europe chrétienne. C. Monnard.
ITALIE.
271. — Sullo stato de If âgricoltura , ecc. — De l'état de
l'agriculture dans le nord de l'Europe, et du commerce des
blés en général. Milan, 1828. In-8° de /|5 pages.
Cet écrit de M. Lampato, directeur des Annales de statistique,
qui se publient à Milan, est la répétition d'un grand article
élaboré qui se trouve faire partie de cette estimable publication.
On sait que M. Jacob, un des plus savans économistes d'An-
gleterre, avait été chargé, en 1825, par son gouvernement,
de visiter les provinces qui approvisionnent les marchés de
Dantzig, pour savoir jusqu'à quel point les cultivateurs anglais
sont exposés à souffrir de la concurrence des blés qui peuvent
être importés venant de la Baltique. Le résultat de ce rapport,
qui fixa vivement l'attention, fut que des droits d'importation
très-modérés seraient sufiisans pour protéger les intérêts des
cultivateurs anglais et qu'ils permettraient un approvisionne-
ment suffisant pour les consommateurs. L'article que nous avons
sous les yeux a pour objet de faire connaître aux lecteurs ita-
liens les faits et les raisonnemens contenus dans le rapport de
M. Jacob, et d'y joindre quelques autres considérations sur le
commerce des blés en général. L'auteur conclut que, quoique
la liberté illimitée du commerce soit un principe à suivre ,
néanmoins dans certains cas particuliers, notamment dans ce
qui a rapport au commerce des grains, il y a des raisons de
convenance et même de nécessité qui doivent prévaloir quel-
quefois. J. B. S.
272 — * Che cosa è la mente sana ? Indovinello massimo che
potrebbe valerc pocoo niente , etc. — Qu'est-ce qu'est l'enten-
dement dans son état sain ? Énigme dont l'importance peut être
plus ou moins grande. Discours de /. - D. Romagnosi. Milan ,
1827; J. Rusconi. In-8°.
L'énoncé du problème que M. Romagnosi tâche de résoudre
semblerait annoncer une espèce de parodie des livres de cer
7 3* LIVRES ÉTRANGERS.
tains psychologistesqui construisent dos théories, en apparence
transcendantes, mais dont le résultat ordinaire est de très- peu
d'importance. L'auteur , qui est peut-être le savant italien le
plus exercé à ce genre de recherches, au lieu de nous présen-
ter unbadinage philosophique, entreprend une analyse sérieuse
de l'entendement humain. Il est assez difficile de le suivre dans
ses raisonnemens ; mais il ne faut pas attribuer cette difficulté
au langage technique particulier à l'auteur; souvent elle provient
de la nature même du sujet et de la grande précision du style et
des démonstrations. Pythagore, Platon et Aristote parmi les
anciens, Descartes, Leibnilz et liant parmi les modernes, ont
souvent encouru le même reproche. Sans dire ici s'ils l'ont quel -
quefois mérité, nous convenons volontiers que le métaphysi-
cien dont les écrits seront aussi clairs que profond, prendra
le premier rang avant tous les autres. Quoi qu'il en soit , on
trouve parmi les idées de M. Romagnosi des vérités impor-
tantes dans leur genre, des théories ingénieuses , des vues n.cmc
nouvelles qui pourraient donner lieu à des résultats plus graves
qu'on ne pense.
273. — Tentative per ritardave Vcstlnzionc delC ehquenza in
Italia. — Tentative pour retarder l'entière décadence de l'élo-
quence en Italie, par le professeur Charles Antoine Pezzi.
Milan, 1827; J. Sonzogno. In 8°.
M. Pezzi, auteur de cet ouvrage, est avantageusement connu
par plusieurs autres productions de différens genres. Dans
l'ouvrage que nous annonçons, il combat les rhétorieiens qui
prennent pour de l'éloquence une sorte de déclamation em-
phatique, quelquefois élégante , mais presque toujours dénuée
de sens. Il donne une idée de la véritable éloquence , qui n'a
pour objet que la couvietion de l'esprit et la persuasion du
cœur; il en esquisse l'histoire depuis sa naissance jusqu'à nos
jours; :î parcourt ses vicissitudes et détermine l'état actuel de
décadence où elle se trouve en Italie. L'auteur expose ensuite
ses vues sur les moyens de donner à l'éloquence une nouvelle
vie, et il fortifie ses préceptes par son exemple. 11 offre à ses
lecteurs vingt morceaux de harangues de sa composition :
quelques uns sont tirés des ouvrages qu'il a déjà publiés, les
autres sont inédits. Peut-être lui reprochera- ton d'avoir \\\\
peu trop négligé cette élégance dont quelques autres ont abusé;
mais l'importance des sujets qu'il traite fait oublier ce reproche.
Tels sont X éloge, de la vertu politique , l'empire de la vérité , les
effets de la superstition , l'amour rie la patrie , etc. De t <-* I s sujets
sont dignes, sans doute, de la véritable éloquence; niais serait-il
maintenant permis à un Italien de les aborder et de les traiter
[TALIE. jîl
convenablement? L'éloquence ne vit jamais sur la terre de
^esclavage, et cVsi par cette raison que l'Italie rie possède que
des poètes insignifians et point d'orateurs.
■j.-\. — * Le Géorgie fie di Virgilio in ottàve rima, etc. — Les
Géorgiquea de Virgile, traduites en ottave rima par l'auteur de
Y Iliade italia/ia. Florence, 1827.10-8°.
On trouve, en tête de celte traduction, une pièce de vers se iolti,
adressée à \ irgile. L'auteur se plaint de ce que beaucoup de
versificateurs, au lieu d'imiter le style pur et touchant de ce
poète, effraient les Muscs italiennes par des fantômes, des
sorciers et des démons qu'ils ('vaquent des antres ténébreux du.
nord y pour troubler le beau ciel de l'Italie. A l'entendre, ces
réformateurs ne veulent que ressusciter les bizarreries du style
ÉHarinesque, et ont la prétention de nous rendre meilleurs au
moyen des contes et des vieilles chroniques du moyen Age.
C'est, aux yeux de l'auteur, un scandale grave que d'avoir mis
au-dessus de la Jérusalem délivrée de Tasso, on ne sait quel
poème dont le seul mérite est d'offrir les horreurs les plus re-
butantes des croisades. Tout en louant le zèle du critique, nous
ne pouvons lui pardonner d'avoir mis au nombre de ces écri-
vains celui qui les a souvent foudroyés par ses préceptes et
par son exemple. A l'en croire, M. Mont i lui même emploie
quelquefois, dans sa belle traduction âcYlliade, des locutions
triviales et peu dignes de l'épopée. Mais, quand même quelques
passages de cette traduction auraient mérité ce reproche, il ne
convenait nullement de placer un écrivain si recommandable à
coté des novateurs qui suivent une route tout opposée. Cette
critique trop sévère nous rappelle que l'auteur a été un émule
courageux de M. Monti, dans la traduction de Y Iliade qu'il a
aussi publiée, et dont nous avons rendu compte [\oy.Rei\ £nc.y
t. xnvit, p. 7cS()). Si alors nous ne'lui jfûmes pas tout-à-fait
favorables, nous aimons à rendre aujourd'hui justice à sa
traduction des Géorgir/ues. Bien que rédigée en octave rima ,
elle est a>sez claire et assez fidèle pour être considérée comme
supérieure à tant d'autres, faites en vers sciofti, et qui se res-
Eentent de l'esprit de spéculation ou de vanité qui les a dictées.
Nous avons parcouru les notes dont le traducteur a enrichi
son travail. Elles sont instructives , sans être fatigantes. On
trouve, à la fin de l'ouvrage, la traduction du premier livre
de Y Enéide dans le même mètre. Puisque l'auteur a tant de
prédilection pour les octaves, nous respecterons son goût, et
nous l'invitons à continuer et à terminer son travail.
'i-'> . — // Paradiso perduto , etc. — Le Paradis perdu de
7 34 LIVRES ÉTRANGERS.
Milton, traduit par Lazaro Papt. Milan, 1827; Betloni. 3 vo
in-16.
On se plaint en Italie, avec quelque raison, que le Journal
des Débats , en parlant des diverses traductions italiennes du
Paradis perdu de Milton , à l'occasion de celle de M. Sorelli,
ait oublié celle de M. Papi, qui surpasse toutes les autres en
exactitude. Cet oubli semble d'autant plus étonnant, qu'on a
donné dernièrement plusieurs éditions de ce beau travail.
On ne peut attribuer une pareille omission qu'à l'oubli des
auteurs ou des éditeurs, qui, au lieu de faire déposer leurs
ouvrages aux bureaux des recueils où ils désirent être annon-
cés , croient qu'il suffit d'y envoyer les prospectus pompeux
qu'ils ont eux-mêmes rédigés. Nous prévenons nos lecteurs
que nous ne rendrons compte que des ouvrages italiens dont
nous recevrons un exemplaire; et lorsque nous ne pourrons
pas lire les ouvrages originaux , du moins nous ne nous en
rapporterons qu'au jugement des journaux italiens les plus
accrédités, tels que X Anthologie de Florence, la Bibliothèque
italienne de Milan , et quelques autres.
276. — * La Sposa di Messine , etc. — La Fiancée de Messine,
tragédie de J. Schiller , traduite par le chevalier Maffei, avec
un discours de François Ambrosoli. Milan, 1827. I11-80.
Le traducteur a voulu faire connaître à ses compatriotes les
beautés originales de la pièce de Schiller , et il a donné une
preuve nouvelle de la richesse et de la flexibilité de la langue
italienne, en rendant complètement les images et les couleurs
étrangères et même bizarres de son modèle que les autres tra-
ducteurs ont à peine indiquées. Il y ajoute aussi, et c'est ce
qui distingue particulièrement M. Maffei, cette harmonie , cette
variétéde rhythmes, presque toujours imitative, que les autres
langues ne peuvent qu'envier à la poésie italienne. Nous invi-
tons ceux qui cultivent les littératures allemande et italienne à
lire cette belle traduction pour les comparer l'une à l'autre.
M. Ambrosoli les dispose à cette lecture par un discourt qui
prouve en même tems combien il est versé dans la connaissance
du théâtre allemand et dans la littérature de son pays. On peut
lui reprocher de se laisser quelquefois aller trop loin et de s'ar-
rêter plus qu'il ne faut à ce qui est trop vague ou trop commun.
Mais, écrivant spécialement pour ses compatriotes, il saisit les
occasions de dire des choses qu'il leur croit utiles. Nous l'esti-
mons d'autant plus que, reconnaissant le mérite des vrais clas-
siques, il ne rejette pas, par esprit d'intolérance, ce que les
novateurs appelés mal à propos romantiques produisent de plus
digne d'attention.
ITALIE. 735
277. — * Canto funèbre , etc. - Chanl funèbre sur la mort
cl 1 1 célèbre astronome Joseph Piazii, par Jugustin G allô.
Palerme, 1827; L. Dalo. In-8".
Nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureux cbdîx du sujet;
■ si les vers de M. Gallû n'ont pas tonte la perfection dési-
lahle, on doit ton jours Un savoir gré de les avoir consacrés au
célèbre astronome quî a reculé les homes de la science, et
dont le monde savant regrette encore la perte. Ce chant est
dédié à M. le comte Oriani, astronome non moins célèbre que
celui dont le poète rappelle les qualités. F. S.
Ouvrages périodiques.
278. — * Animait universàli di statistica , etc. — Annales uni-
verselles de statistique, d'économie publique, d'histoire, de
voyages et de commerce. Milan, 1828.
278. — * Tecnologia. — Aiwall universàli : i° di agricoltura,
di economia rurale , etc. — Technologie. — Annales univer-
selles : i° d'agriculture , d'économie rurale et domestique;
20 des arts et métiers. Milan, 1828.
280. — * Giornale di far m ne in- chimie a , etc. — Journal de
pharmacie-chimique et des sciences accessoires, ou Annales
universelles des découvertes, des reproductions de doctrines
et de procédés, et des perfectionnemens obtenus en pharmacie
et en chimie ; rédigées par Antoine Cattaneo, docteur es-lois,
pharmacien-chimiste, etc. — Milan, 1828; les éditeurs des
Annales universelles des sciences et de l'industrie.
Ces trois ouvrages périodiques, dont nous avons déjà eu
l'occasion d'entretenir nos lecteurs, continuent à mériter le
succès qu'ils obtiennent; les rédacteurs surveillent toujours
avec la même attention chacun de leurs cahiers. Mais, afin
qu'ils répondent encore mieux à l'attente du publie hors de
l'Italie (nous ne dirons pas des étrangers, il n'y en a point
dans la république des lettres, si ce n'est les barbares ) , nous
exprimerons nos vœux et nos besoins , ce que les savans ré-
dacteurs peuvent faire pour nous, et sans doute aussi pour
une grande partie du public européen. Nous serions tentés de
nous plaindre, nous Français, de ce que nous trouvons dans
le Journal de pharmacie-chimique un au<si grand nombre d'ar-
ticles sur des écrits ou des travaux de nos compatriotes, en
comparaison de ceux d'Italie ou des autres contrées de l'Eu -
rope. Ce n'est pas que nous soyons insensibles aux hommages
rendus à nos écrivains et à nos savans; mais, dans l'intérêt de
et afin d'acquérir plus de connaissances
;36 LIVRES ÉTRANGERS,
avec moins do peine, nous recherchons principalement dans
les journaux du dehors ce qui abonde le moins dans ceux de
notre pays. Par le même motif, nous désirons que les Annales
de statistique et celles de technologie nous entretiennent fré-
quemment de ce qui se passe en Italie, des progrès vers le
bien-être des habitans, vers le perfectionnement des institu-
tions, de l'instruction, des arts, des industries locales qui
méritent quelque attention, et pourraient être imitées ailleurs.
Nous les dispensons, pour cause assez connue, de nous parler
de l'Espagne : ce malheureux pays sera peut-être long- tems,
pour tous les peuples, un objet d'épouvante et non d'instruc-
tion. Il semble que le plan des rédacteurs est susceptible de
s'agrandir; que la connaissance des forces navales et militaires
de chaque nation est une partie essentielle de la statistique,
et que la technologie doit pénétrer dans les arsenaux et les
chantiers de constructions navales, y voir les machines nou-
velles, les procédés perfectionnés, et surtout ceux dont l'in-
dustrie civile peut faire un usage profitable. Au reste, soit
que ces Annales se renferment dans leurs limites actuelles,
soit que les rédacteurs jugent à propos de les reculer encore,
l'ouvrage sera utile , et l'attente du monde savant ne sera point
trompée.
Dans le journal de pharmacie-chimique (janvier 1828), on
trouve une Notice sur le comte Moscati dont la longue carrière
fut utile aux sciences et à l'humanité, dans les diverses fonc-
tions dont ce vertueux citoyen fut successivement chargé. La
pharmacie lui est redevable de la préparation mercurielle qui
porte sou nom. F.
PAYS-BAS.
281. — Recherches sur la sommation de quelques séries trigo-
nométriques , par R. Lobatto. Delft , 1827; L. Degroot. In-40
de 12 pages.
282. — Gronden der Slerrefunde. — Astronomie élémentaire,
par A. Quetelf.t, traduite du français en hollandais, par
R. Lobatto, avec des Notes, première partie. Amsterdam, 1 827 ;
C.Portielse. In- 12.
M. Lobatto a déduit la sommation des séries trigonométri-
ques qu'il considère de deux formules , composées de deux
termes combinés par addition et par soustraction , et qu'il ne
s'agit plus que d'évaluer à l'aide de la loi donnée des coefficiens
de la série trigonométrique qu'il se propose de sommer. La
marche qu'il suit est simple et uniforme; il est parvenu, dans
plusieurs cas, à vaincre avec adresse les difficultés que pré-
PATS-BAS. 737
sentait l'analyse. L'autour termine SOI! Irav.ul par montrer en
peu de mois comment lei séries infinies qu'il a considérées
(Rappliquent à la division du cercle en parties égaies.
Le second ouvrage de M. Lobatto est la traduction d'une
astronomie élémentaire, qui fait partie de la Bibliothèque indus-
trielle, publiée à Paris, par MM. JMalher et comp. Cet ouvrage
ayant déjà été annoncé dans la Revue Encyclopédique, par
M. F&AXTCQEUR (voy. tom.XXXil, p. 717), je me dispenserai d'en
parler, autrement que pour témoigner ma reconnaissance au
traducteur pour les notes intéressantes dont il a enrichi mon
travail.
283. — Théorie Balistique y par J.-F. Scheer de Lionastre,
lieu tenant - colonel d'artillerie au service de S. M. le roi des
Pays-Bas. Gand, 1827; Vandelvcrckhove. In-8° avec planches.
« S. A. II. le prince Frédéric des Pays-Bas, grand maître de
l'artillerie du royaume, ayant ordonné, sur la proposition de
S. Exe. le lieutenant -général Voct, directeur de l'école royale
d'artillerie et du génie, des expériences à entreprendre, aux
exercices ordinaires des élèves, dans les années 1823 et. 182/»,
l'auteur, chargé de ces exercices annuels, fut aussi chargé de
l'exécution de ces expériences, dont, le but était de trouver
d'une manière pratique un nombre suffisant d'ordonnées, pour
tracer la trajectoire pour le tir de but-en- blanc des pièces de
campagne. » M. Scheer de Lionastre conçut l'idée de tirer à
travers un certain nombre de filets de pécheurs dressés vertica-
lement l'un derrière l'autre datts la ligne du tir : ces filets étaient
construits de ficelle très- mince, dont les mailles n'avaient que
o,m02 d'équarrissage ; il fut facile d'obtenir ainsi les données
nécessaires pour construire la trajectoire par points; on pourra
voir dans l'ouvrage les précautions qui servaient à assurer
l'exactitude des résultats.
L'auteur, après avoir exposé la méthode suivie dans les ex-
périences, passe à la solution de trois problèmes sur la para-
bole, et rappelle les principes mathématiques des différensmou-
vemens, soit dans le vide, soit dans un milieu résistant; ce qui
le conduit à déterminer les principales circonstances du mou-
vement d'un boulet de canon lancé sous certaines conditions.
Cette première partie, qui peut être considérée comme une
introduction aux recherches de M. Scheer de Lionastre, est
terminée par un tableau de toutes les formules précédemment
établies.
On trouve dans la partie suivante l'application des formules
aux expériences des années 182^ et 1824. L'auteur détermine
d'abord la vitesse initiale du boulet tiré par la pièce de douze
t. xxxvii. — Mars 1828. kl
733 LIVRES ÉTRANGERS.
courte; il cherche ensuite la plus grande hauteur tic la trajec-
toire, une ordonnée quelconque de la trajectoire, et en géné-
ral tout ce qui peut être de quelque intérêt dans le tir du canon.
Ces recherches sont suivies d'applications de la théorie au jet
des bombes. Quinze grands tableaux numériques présentent
tous les résultats des exercices que Fauteur a dirigés; ainsi l'on
y trouve l'indication de la hauteur des trous dans les filets, celle
de l'élévation du centre de la bouche du canon , du rayon du
boulet, etc. , les filets généralement au nombre de dix, et quel-
quefois plus nombreux, étant placés de 5o en 5o mètres de
distance, à partir d'un espace plus ou moins grand. À. Q.
aS/j. — Mémorial des camps., par M. J. H. Urbain , premier
lieutenant à la i3e division d'infanterie. Arnhem, 1827 ; im-
primerie de Thième. I11-80 de 481 pages, avec planches.
Cet ouvrage était attendu depuis long-tems par un grand
nombre de souscripteurs qui s'étaient empressés d'encoura-
ger l'auteur. Il contient des préceptes, des instructions et des
exemples sur le choix des camps et des positions, sur les re-
connaissances, les avant-postes, les patrouilles , les détache!
mens, les marches, les embuscades, etc., sur la guerre des
tirailleurs et des partisans; une introduction à la défense des
petits postes, à la construction des ouvrages de campagne ; en
un mot, ce livre embrasse presque tout ce qui a rapport à l'art
rie la guerre. * * *
285. — Calendrier du dix - neuvième siècle. Bruxelles , 1 827.
Une feuille de o mètres 8 sur o,m 4«
286. — Carte figurative de f instruction populaire des Pars-
Bas. Bruxelles, 1827. Une feuille'de o111 , 9 sur om6.
287. — Carte figurative des proportions statistiques entre les
provinces du royaume des Pays - Bas , dressée d'après les sys-
tèmes les plus exacts, et sur les rapports officiels les plus ré-
cens; par H. Somerhausen. Bruxelles, 1827. Une feuille coloriée
de Om, 9 sur om, 7.
Nous n'avons vérifié que Fun de ces trois tableaux synop-
tiques, la Carte figurative de V instruction populaire. Il parait, que
l'auteur attache peu d'importance à l'exactitude des calculs dont
il faudrait cependant tenir compte dans lesquestionsde chiffres.
Ainsi, par exemple, on lit sur la carte que, dans la Flandre
occidentale, 1726 habitans envoient 100 en fans aux écoles;
au-dessous de la carte , dans le tableau statistique de la popu-
lation et de l'enseignement, on trouve que la même province
fournit aux écoles 57,122 en fans : en admettant ces données, la
population de la Flandre occidentale serait de 984, 9^5 habi-
tans; mais le tableau ne lui en donne que 671,034. Cette province
PATS lus. iiç,
est traitée avec une rigueur, disons le mot, arec une injustice
(jui certainement n'es; pas dans les intentions de l'auteur : une
louche de noir foncé la recouvre, connue si elle était plongée
tlans une ignorance absolue, comme si aucun de ses babitans no
savait ni lire, ni ('(rire. Mais, si on la compare à la province
voisine, la Flandre orientale, couverte seulement d'un gris fai-
ble, on verra que la lumière est plus forte à l'ouest qu'à l'est.
En effet, la population de la Flandre orientale est de 68û,i58
habitans, et surpasse de 18,12/1 celle de la Flandre occidentale,
et elle n'envoie aux écoles que 55,872 enfans, et par conséquent
i?5o moins que la Flandre occidentale. Ainsi, la teinte noire,
appliquée sur cette dernière province, est une erreur grave
dont on ne peut expliquer la cause. Il est fort étrange que pas
un seul des résultats figurés sur la carte ne se trouve d'accord
avec les données fournies par le tableau statistique, imprimé sur
la même feuille.
Encore un mot en faveur de la Flandre occidentale, si mal-
traitée sur cette carte. L'auteur y a joint une partie de la carte
de France , par M. Dupin : d'après ce modèle qu'il voulait imi-
ter, la teinte à mettre sur la Flandre occidentale était inter-
médiaire entre celles des départemens de l'Oise et de la Somme,
foi t éloignée du noir dont il l'a couverte. F.
288. — * Fcrhandeling over der Nedcrlandschen Koophan-
dcl y etc. — Traité sur le commerce des Pays-Bas, par M. J.
Y v\ Omverrerk de Vrif.s; ouvrage couronné et publié par
la Société des sciences de Harlem. Harlem, 1827; Loosjes.
In 8° de vi et 270 pages.
La Société de Harlem avait demandé un exposé des causes
qui ont amené la décadence du commerce des Pays-Bas et des
moyens propres à le relever et à l'étendre. Le Mémoire que
nous annonçons est l'ouvrage d'un négociant instruit et esti-
mable d'Amsterdam; il a été couronné dans la séance du 19
mai dernier.
L'auteur présente d'abord un aperçu historique des faits et
des circonstances , qui ont donné lieu à la décadence du com-
merce ( pag. 7-75), aperçu rempli de détails intéressans; il a
pris comme point de départ, la guerre de 1 780 , qui éclata entre
la Grande-Bretagne et la république des Pays-Bas-Unis,
guerre qui sans doute a fait éprouver à notre commerce les
dommages les plus sensibles. Il tâche ensuite de faire ressortir
des faits historiques dont il vient de tracer l'exposé, les vraies
iauses de la décadence du commerce (pag. 75-in ). Parmi ces
causes, il s'en trouve une dont il s'attache à signaler tous les
effets pernicieux. Les Pays-Bas étant en guerre avec les puis-
47-
74o LIVRES ETRANGERS.
sances maritimes, surtout avec la Grande-Bretagne, nos com-
merçans se sont vus forcés de faire leur commerce sous pa-
villon neutre étranger. Ainsi, les étrangers ont appris nos se-
crets el nos voies commerciales; ils ont appris à se passer de
nous , et à se procurer directement ce qu'auparavant ils n'ob-
tenaient que par notre intermédiaire. La guerre empêchant
notre commerce, les étrangers qui avaient toujours recherché
nos marchandises, les achetèrent des Anglais ou des autres peu-
ples qui purent les leur offrir. Les colonies, dont le commerce
est si important pour notre pays , étaient occupées par les An-
glais. Enfin, ne trouvant pas chez nous d'emploi pour nos ca-
pitaux, nous les prêtâmes à des étrangers, et nous leur four-
nîmes ainsi justement ce qui leur manquait encore pour faire
le commerce eux - mêmes. Car autrefois, le défaut de capitaux
les avait contraints de se servir de notre intermédiaire. La
troisième partie de l'ouvrage ( p. 1 1 1 - i5S ) traite du rétablis-
sement du commerce des Pays - Bas depuis la restauration, et
des causes les plus probables de la diminution qu'il a éprouvée
depuis. L'auteur en distingue surtout trois : i° On se promet-
tait de trop grands avantages, et l'on ne fit pas attention que
la situation de l'Europe était tout-à-fait changée; 2° le gouver-
nement prit quelques mesures très-défavorables au développe-
ment du commerce; 3° la réunion avec la Belgique donna lieu
à des altercations entre les fabricans de la Belgique et les com-
me! çans de la Hollande; les premiers réclamèrent des mesures
prohibitives fort pernicieuses au commerce.
Après ces questions principales, l'auteur traite les suivantes :
i° Quelles sont les causes de décadence qui résultent de nos
propres fautes ? a , Nous avons donné lieu nous- mêmes à la
guerre de 1780, en assistant les colons américains, révoltés contre
leur mère patrie; b , en prêtant nos capitaux aux étrangers,
nous leur avons fourni les moyens de faire le commerce sans
nous ( page i5g- 164. ) Nous sommes entièrement de l'avis de
l'auteur, quand ( p. 164 ) il observe qu'il n'est pas invraisem-
blable que notre commerce serait déchu, même sans que nous
y eussions donné lieu par les raisons déjà exposées. — 20 Quelle
partie du commerce antérieur des Pays-Bas doit-on considérer
comme perdue , soit en partie , soit en totalité ? L'auteur
( p. 165-169 ) fcspère n1113 "en encore n'est perdu pour le com-
merce de sa patrie. — 3° Quelles sont les raisons qui font espé-
rer que notre commerce pourra se relever? Il porte notre at-
tention: a, sur la force morale que la nation a déployée dans
différentes circonstances ; b, sur le degré de développement au-
quel l'industrie commerciale est déjà parvenue ; c , les res-
PAYS BAS. 7/,i
sources .sont encore abondantes 9 et les eapilaux, niênie après
le> perles éprouvées , considérables. On n'a (ju'à les eniplo\ <r a
Ides entreprises commerciales l)ien entendues; d , les institutions
pareilles à celles des courtiers sont des garans de la célérité
et de la bonne lui dans les transactions commerciales ( p. 169-
189.) — Enfin, T' l'auteur examine par quels moyens, par
quelles voies le commerce des Pays - Bas pourra s'étendre. Il
nous indique principalement i\cu\ nouvelles routes: a, le Le-
vant, la mer Noire et l'Egypte; b, l'Amérique méridionale et
ses îles p. iM()-';o'» ), "Mais les bornes de cet article ne nous
permettent pas d'entrer dans de plus grands détails. Le système
commercial de l'Angleterre est développé, d'après les disposi-
tions et les effets de la loi du 5 juillet 1825. M. de Vries nous
démontre clairement que nous n'avons pas du tout à nous louer
de la libéralité anglaise (p. 2i3-2i5) , puisque les lois anglaises
sont beaucoup plus favorables aux autres nations qu'à la nôtre.
L'examen de l'influence de la société dite Société de commerce
( Nederldndsche llundc.lmactschappy (p. 22/,-24i ) est impar-
tial et judicieux. Trois autres questions d'un intérêt majeur,
sur le commerce de la Chine et du Japon ( p. 241 - 29,5 ) , sur
tes pêcheries ( p. 249 - 199 ) , et sur le grand canal de la Nord-
Hollande, etc. (p. 256-299) conduisent à la conclusion de l'ou-
vrage ( p. 270-297 ), dont nous avons taché de faire connaître
l'importance. En regrettant que notre langue nationale ne
soit pas assez répandue pour que cet écrit intéressant soit aussi
généralement connu qu'il mériterait de l'être dans les pays
étrangers, nous nous félicitons sincèrement de ce que notre
commerce offre encore des hommes instruits, entreprenans et
intègres, dont on peut espérer qu'ils ne négligeront rien pour
mettre à exécution les heureuses idées que l'auteur a dévelop-
pées. X. X.
289. — * Plu turque des Pays-Bas , ou Vies des hommes
illustres de ce royaume , précédé d'une introduction historique ,
par M. Akf.r, avec cette épigraphe : Aux grands hommes, la
patrie reconnaissante. Bruxelles, 1828; Laurent frères, impri-
meurs-libraires. I11-80, orné du portrait de Guillaume 1er. Il y
aura quatre volumes.
Concevoir le projet d'offrir aux Belges la galerie de leurs
grands hommes, c'est acquérir des droits à leur gratitude. Rien
n'est propre à perpétuer les belles actions, comme le tableau
des vertus et des talens dont s'honore la patrie... Nous avons
ici, sous les yeux, Guillaume Ier, Ruvtcr, Rubens, Jean second,
Grotius , Brauwer, de "NVit, Vondel, Boerhave, Grétry, Swam-
merdam, Huygens, Erasme et Charles-Quint. La Vie de Ruyter
74a LIVRES ETRANGERS.
est fort intéressante; j'aurais voulu seulement qu'à propos de
la mort de l'amiral d'Opdam, qui préféra l'honneur de son
pavillon à la vie , on en fit ressortir l'héroïsme. Le prénom de
Ruy ter (Michel) est omis , ainsi que la date de sa mort (29 avril
1676). Les traits du poète Jean second me paraissent bien
saisis, et son mérite est apprécié avec goût. La notice sur
Grotius, mort le 28 ou le 29 août 1 64 5 (ce qu'on ne dit point)
se fait également lire avec charme; j'en transcrirai la dernière
phrase : « Cet écrivain avait de l'originalité dans l'esprit, et il
rendait ses pensées avec beaucoup de bonheur et de facilité;
c'est ainsi que voulant peindre la Hollande sa patrie, il dit:
C'est un pays où les quatre élémens ne sont qu'ébauchés. Un
Hollandais devant lequel on rapporta ce mot, s'écria : Cela
peut être vrai, mais ce pays a vu naître Grotius. » Les articles
Brauwer, de Wit, Vondel, Swammerdam, Erasme et Boer-
have ne laissent, pour ainsi dire, rien à désirer: je dois re-
marquer cependant que l'Hippocrate batave est mort, non
dans sa 62e, mais dans sa 70e année. La Vie de Huygens, par
la nature même des choses, doit moins plaire aux gens du
monde qu'aux savans de profession. Il s'y est glissé un ana-
chronisme relativement à la déplorable révocation de l'édit de
Nantes : loin d'être antérieure à l'année 1681 et au départ de
Huygens, elle est du 22 octobre i685; ainsi toutes les con-
jectures, auxquelles cette date erronnée permet à l'auteur de
se livrer, manquent de fondement. Les pages consacrées à
Grétry présentent quelques anecdotes dont l'authenticité pour-
rait être contestée. Quoi qu'il en soit, on y rend justice aux
talens de notre Orphée; peut-être aurait-on pu faire sentir
davantage la piquante originalité de ses mémoires. Quant à
son ouvrage sur la vérité, il n'a pas le moindre rapport avec
la musique; c'est une production tout-à-fait littéraire ou plutôt
philosophique.
J'avoue avec l'illustre auteur d'Atala : « que je préfère m'at-
tacher à montrer les beautés plutôt qu'à compter curieusement
les défauts d'un livre.» Toutefois, lorsqu'il est question d'un
livre d'histoire, et surtout d'un livre qui doit circuler dans
les mains des jeunes gens, il importe d'en signaler les erreurs :
je ne puis passer sous silence celles que j'ai remarquées dans
ce volume, d'ailleurs recommandable sons plus d'un rapport
Je commence par la vie de Guillaume Ier : il est très-inexact
de dire que les états de Hollande et de Zélande reconnurent
ce prince, en i58i, pour leur souverain. On indique l'hor-
rible attentat de Gérard au 10 juin, au lieu du 10 juillet 1 584-
Maurice de Nassau n'est point né d'une fille de l'amiral de
PATS-BAS. 74^
Coligoi; 6a mère était Anne de Saxe, seconde femme de Guil-
laume l,r; c'est Frédéric Henri qui naquit (le 28 février i584J
de Louise de Coligni, La Vie de Charles-Quint s'annonce aveu
éclat. Le début mérite d'être cité: (Les circonstances où ce
prince fut placé dès son avènement à la couronne le mirent
dans l'alternative ou de perdre une partie de ses états, ou do
déployer constamment toutes les ressources de la guerre et do
Lait de négocier. D'un côté, la possession usurpée de la Na-
varre l'exposait aux agressions de la France; de l'autre, il était
en contact avec la même puissance par ses états héréditaires
de Bourgogne. Pendant ses voyages dans les Pays-Bas, des
troubles compromettaient sa couronne d'Espagne, et pendant
sou séjour en Espagne, ses sujets flamands se révoltaient. Pos-
sesseur de Naples et de la Sicile, il avait besoin de l'affection
ç\u pape, qui lui demandait des rigueurs contre la réforme,
tandis que la guerre avec Soliman lui rendait indispensable
l'alliance des princes réformés pour repousser l'invasion des
Turcs. Afin de faire pencher en sa faveur la balance contre
François 1er, il avait à captiver l'esprit de Wolscy, premier
ministre de Henri VIII, lequel aspirait à la tiare, en mémo
tems qu'il faisait donner cette dignité à son précepteur Adrien.
Cette divergence d'intérêts et de passions, qu'il fut de la mis-
sion de Charles de concilier par l'adresse, ou d'enchaîner par
la force, lit de sa vie politique une longue agitation, une suite
non interrompue de traités , de guerres et de voyages. Enfin,
après avoir chassé François de la Navarre et du Milanais, as-
servi l'esprit turbulent et Hbrc des Espagnols, apaisé ses Fla-
mands, garanti la sûreté de l'Allemagne contre la Turquie,
soumis Tunis, combattu la réforme, sans avoir peut-être ja-
mais donné un plan suivi à ses conquêtes; épuisé de tant d'ef-
forts d'esprit et de fatigues de corps, il transmet à son fils la
propriété de son immense empire, et échange les agitations
d'un palais contre le repos d'un cloître. C'est de cette exis-
tence si occupée et d'un intérêt d'autant plus vaste que Charles-
Quint a pesé de tout son poids surce xviesiècle, quifut comme
l'avant-scène de notre civilisation actuelle, que nous entrepre-
nons de tracer le tableau. » La suite ne se soutient malheureu-
sement pas sur ce ton. L'auteur affiche une trop grande portée
de vue; il a voulu faire un tableau d'histoire au lieu du portrait
de Charles-Quint; et la physionomie du monarque se perd en
quelque sorte dans les détails de cette composition. Le style
est trop tendu, il manque de cette facilité sans laquelle il u'v
a point de charme; on s'en aperçoit à ces pénibles pronoms
celui-ci, celle-ci, qui reviennent perpétuellement. On y parle de
744 LIVRES ÉTRANGERS.
la reine mère, de François Ier; mais celte princesse n'a jamais
porté que le titre de duchesse d'Angoulème; elle n'a reçu son
brevet de reine que du poëte Dupaty, dans l'opéra de Françoise
de Foix. Bonnivet avait la dignité d'amiral; il n'a jamais été
maréchal de France. Je ne sais ce que c'est qu'un duc de Condé,
chef deconspirateurs sous François Ier; c'est vraisemblablement
encore du connétable de Bourbon qu'il s'agit. La Notice sur
Rubens, bien écrite et fort attachante, renferme aussi quelques
légères inexactitudes. Le nom de sa deuxième femme est défi-
guré; elle s'appelait Forment. Les prénoms Pierre-Paul ne se
trouvent nulfe part ; on nous représente Rubens comme s'étant
occupé déjà de l'étude du droit lorsqu'il devint page de la
comtesse de Lalain; ce qui supposerait un jeune homme d'une
vingtaine d'années et pourrait faire naître d'étranges conjec-
tures. Le fait est qu'il avait alors de douze à treize ans ; on
affirme que Rubens était un historien profond : d'après cela,
qui ne le croirait auteur de quelque ouvrage historique...
Il fallait se borner à dire qu'il avait fait une étude approfondie
de l'histoire. Le Raphaël Belge a publié plusieurs ouvrages
relatifs à son art : Pétri Pauli Rubenii de imitatione slatuarum
grœcarum schediasma , etc. Son biographe n'en parle point.
L'introduction historique par M. Ader (sauf quelques ex-
pressions néologiques et quelques mots précieux, comme : sur
le reste du territoire se posèrent Jes Ménappîens, etc.) est
écrite avec autant d'élégance que d'esprit. Mais, je dois le dire,
sa manière de juger les hommes et les choses me semble sou-
vent superficielle et presque toujours beaucoup trop tran-
chante. Il traite Philippe-le-Bon avec une rigueur extrême;
c'est un prince auquel l'historien impartial fera sans doute de
graves reproches , mais dont il n'oubliera pas les grandes qua-
lités et les services rendus à ses peuples. Charles-Quint n'eut
qu'un seul gouverneur, Guillaume de Croy, seigneur de Chiè-
vres; l'auteur parle d'un second, le prince de Chimay; c'est
encore le même personnage; la terre de Chimay pour lors ap-
partenait à la maison de Croy. Ce n'est pas l'empereur qui fit
choix d'un gouverneur pour le jeune Charles; c'est le roi de
France, Louis XII, en vertu du testament de l'archiduc Phi-
lippe-le-Beau. En nous représentant Charles-Quint sous les
traits du fanatisme, M. Ader s'écarte tout-à-fait de l'histoire.
Le luxe de Léon X n'a jamais passé pour dégoûtant : c'était
un luxe protecteur des arts; l'Anglais Roscoe en parle d'une
manière plus favorable. Granvelle n'a jamais été évèque d'Ath
(ville sans évèché), mais d'Arras. Ce n'était pas un prêtre
étranger, puisqu'il était de la Franche-Comté , province sous
PAYS-BAS. •— LIV RKS FRANÇAIS. ; Y>
la mècÊB domination que la Belgique : le portrait qu'en trace
M. Ader manque «le vérité. Aucun historien jusqu'ici ne s'est
montré juste entera Le prélat franc-comtois.
« Toujours blAtnt excessif, ou l)ien louange outrée! •
Schiller est celui qui l'apprécie le mieux. Un académicien de
Besançon, M. Grapin, vient de prouver jusqu'à l'évidence,
dans un mémoire très-fort de raisonnement, que Granvclle,
loin de provoquer, avait combattu le projet d'érection des
nouveaux évéchés. M. Ader ne dit mot du règne d'Albert et
d'Isabelle; ce règne ne méritait pourtant pas, non plus que la
fermeture de l'Escaut et le traité de barrières, cette espèce de
dédain. « Le gouvernement autrichien, même sous Marie-Thé-
rèse , était un joug stupidè!... Nos champs étaient hérissés de
ronces!... Nous ne connaissions pas les douceurs de la liberté,
le bonheur de l'indépendance!. .» Tout cela sent l'étranger qui
nous connaît d'hier et qui n'a pu s'identifier avec nos anciennes
institutions.
En rappelant la mort tragique de Corneille de "Wit, l'auteur
oublie d'y associer celle de Jean: les deux frères furent massacrés
en même tems, par une populace effrénée. Il appelle demande de
concessions iniques la prétention qu'eut Joseph II d'affranchir
l'Escaut; cela ne se conçoit point: Joseph remplissait les devoirs
du trône; c'est Charles VI qui avait fait des concessions iniques,
en consentant à la ruine de ses sujets d'Anvers par l'injuste fer-
meture de l'Escaut. Joseph, du reste, en s'arrangeant avec la
Hollande, n'y fut pas contraint par ce qui se passait alors
dans ses provinces bclgiques, puisque les troubles n'y écla-
tèrent que plusieurs années après. L'auteur fait dater notre
incorporation à la république française du 14 décembre 1792;
mais il a perdu de vue la rentrée des Autrichiens au bout de
deux mois. La conquête définitive est de 1794» et les écha-
fauds de la terreur n'étaient guère propres à disposer l'esprit
public en faveur de nos nouvelles destinées. Notre roi fit sa
rentrée à La Haye, le 3 décembre 18 i3, et non en 18 14.
Je ne pousserai pas plus loin mes observations ; j'aime bien
mieux, en finissant cet article, applaudir à la péroraison qui
termine le discours historique de M. Ader : on y trouve tout
le talent de l'auteur des Campagnes en Egypte cl d'autres
écrits justement estimés. Stassart.
LIVRES FRANÇAIS.
Sciences physiques et naturelles.
290. — *Élémcns d'anatomie générale , ou description de tous
746 LIVRES FRANÇAIS.
les genres d'organes qui composent le corps humain; par
P. A. Béclard (û'Jlngers), professeur à la Faculté de méde-
cine de Paris, etc. Deuxième édition , accompagnée d'une
Notice sur la vie et les travaux de l'auteur , par le D' Olivier
( d'Angers). Paris, 1827; Béchet jeune. In-8° de 676 pages,
avec un portrait gTàvé d'après le buste de M. David; prix, 9 fr.
Les recherches anatomiques des anciens s'étaient bornées à
la description topographique du corps humain; et, quoique
leurs idées religieuses les empèchas-sent d'étudier l'homme dans
l'homme lui-même, ils étaient parvenus à posséder des notions
assez exactes sur la position et les usages des organes de l'ad-
mirable machine humaine. Le traité de Usu partium de Galien
est l'ouvrage le plus remarquable que l'antiquité nous ait légué
sur la science de l'anatomie ; là s'arrêtèrent long-tems ses pro-
grès. Les grands événemens qui bouleversèrent l'empire ro-
main ne permirent pas à cette science, non plus qu'aux autres,
de marcher vers la perfection , et les querelles religieuses des
Grecs l'exilèrent avec les sciences naturelles chez les Arabes.
Les Nestoriens bannis de Constantinople portèrent sur les rives
de l'Euphrate les livres d'Aristote et de Galien. Avides de
sciences, les Arabes s'en emparèrent; mais la loi du prophète
prescrivant un religieux respect pour la dépouille mortelle de
l'homme, ils s'en tinrent à commenter les livres des anciens, et
la science resta immobile. Les croisades, la conquête de Cons-
tantinople, reportèrent en Europe les sciences de la Grèce et
celles de l'Arabie; mais le préjugé religieux vint encore mettre
obstacle aux progrès de l'anatomie. Il fallut que les hommes,
éclairés par les lumières que les autres sciences répandaient en
se développant, comprissent enfin que la première des connais-
sances, sous le rapport moral comme sous le rapport physique,
est celle de soi-même, et que le seul livre à consulter pour
acquérir cette science est la nature. On trouva tant de charme
dans cette étude , que l'anatomie fit rapidement d'immenses
progrès; et à la fin du xvme siècle, on se flattait de l'avoir
portée au plus haut point de perfection. Mais un génie extraor-
dinaire s'élança dans la carrière avec le siècle nouveau. Bichat
parut, et révéla à ses contemporains étonnés que l'anatomie
avait encore d'importans secrets à arracher à la nature. Peu
satisfait de connaître le nombre, la position, l'usage des or-
ganes, il voulut connaître encore leur composition intime;
l'anatomie générale fut créée. On sut alors que l'organe élémen-
taire des corps organisés est le tissu cellulaire; que, par ses
replis divers, par ses différentes manières de croiser, de dis-
poser, d'entrelacer ses réseaux et ses aréoles, ce tissu forme
SCIENCES PHYSIQUES. 74;
la trame des OS, des cartilages, des muscles, des vaisseaux, des
viscères, etc. On étudia de quelle manière les substances sa
lines, acides, alkalincs , métalliques, gélatineuses , albumi-
neuses, etc., se déposant dans les mailles de ce tissu, constituent
les différens genres d'organes. On vit que le muscle et l'os ,
ayant tous deux, pour trame le tissu cellulaire, diffèrent en ce
que le premier remplit son tissu cellulaire de fibrine , partie
contractile du sang, tandis que le second dépose dans le sien
du phosphate calcaire, des sels, de la gélatine.
Bichat publia un traité d'anatomie générale; mais une mort
prématurée l'ayant enlevé à ses travaux, il ne put les conduire
au point de perfection qu'il avait entrevu. L'impulsion était
donnée ; des recherches d'anatomie générale furent faites avec
ardeur dans toute l'étendue du monde savant, et accrurent le
domaine de cette nouvelle science. Professeur d'anatomie à la
Faculté de Paris, Béclard, dont les célèbres leçons avaient
attiré dans cette école une foule d'étudians de tous les points
de la France et des pays étrangers; Béclard, qui lui-même avait
contribué d'une manière remarquable aux progrès de l'ana-
tomie générale , entreprit de publier sur cette science un
nouveau traité enrichi des découvertes modernes : l'ouvrage
obtint un succès brillant. L'illustre professeur s'occupait de
préparer les matériaux de cette seconde édition, quand la mort
vint l'arracher à ses élèves et à ses nombreux amis. Le docteur
Olivier, d' Angers , son compatriote, se chargea de sa publi-
cation y elle commence par une notice sur Béclard , pleine d'in-
térêt, de sensibilité, et écrite d'une manière remarquable.
L'analyse de l'anatomie générale de Béclard demanderait de
longs développemens; nous ne pouvons qu'en indiquer ici la
division. Sous le titre modeste d'introduction, l'auteur traite,
avec une rare supériorité détalent, des corps organisés, dont
il fait voir les analogies et les différences; puis il traite de l'or-
ganisme, de la vie, des altérations de l'organisation, et de la
mort. Il entre ensuite en matière, et passe en revue les diffé-
rens tissus qui composent les corps vivans ; élément primitif,
le tissu cellulaire avec ses modifications, est décrit le premier;
les membranes séreuses , synoviales , muqueuses, la peau et ses
dépendances, les ongles et lcs-poils, le tissu ligamenteux, le
tissu fibro- cartilagineux, le système osseux, le système muscu-
laire, le système nerveux, forment les matières des chapitres
suivans; enfin, l'ouvrage est terminé par l'étude des tissus ac-
cidentels qui se développent au milieu des tissus normaux du
corps, par des recherches sur les concrétions pierreuses, et par-
la description des corps étrangers animés, tels que les vers in-
7 43 LIVRES FRANÇAIS.
testinaux , et les animaux parasites qui naissent , vivent et
meurent dans les différentes parties de l'économie animale.
Cil. D. DE RoUGEMONT.
291. — * Anatomie de l'homme, ou Description et ligures
lithographiées de toutes les parties du corps humain , par
M. Jules Cloquet, d. m., publiée par M. de Lasteyrie. 36e, 37"
livraisons. Paris, 1828; l'éditeur, rue de Grenelle Saint-Ger-
main, n° 59. 2 cahiers in-folio; prix de la livraison, 9 fr. Cet
ouvrage sera terminé à la 45e livraison. (Voy. ci-dessus, p. 491.)
S'il s'agissait d'un ouvrage nouveau, de longs développe-
mens seraient peut-être nécessaires pour en exposer le plan ou
pour eu faire comprendre l'utilité; mais l5 Anatomie de V homme
est déjà connue depuis plusieurs années. Commencée en 1821,
elle touche au terme de ses publications, et les honorables suf-
frages qu'elle a mérités, le grand nombre de souscripteurs,
français et étrangers, qu'elle a obtenus ne nous laissent guère
que la possibilité de constater son succès. Ce succès, d'ailleurs,
est facile à expliquer pour ceux qui se sont fait une idée exacte
de l'objet et de l'importance de l'anatomie descriptive. Cette
science , en effet, est toute du ressort des sens et de la mémoire;
elle n'emprunte presque rien à l'expérience, ne procède point
par induction, et dédaignant en quelque sorte les secours de
l'analyse, elle ne descend jamais jusqu'à l'investigation des
matières premières. Une observation attentive est seule capable
de nous dévoiler la structure du corps humain. Aussi l'anato-
mie doit -elle, plus que toute autre science, tirer de grands
avantages des pièces artificielles, ou des dessins exécutés avec
exactitude; non que cette fidèle représentation de la nature
puisse dispenser des dissections, mais parce que son utilité est
de tous les teins comme de tous les lieux, et qu'elle offre un
puissant secours au praticien que ses souvenirs peuvent égarer,
et qui a souvent besoin de réaliser dans son cabinet les études
de l'amphithéâtre.
Mais pour cela il faut que les figures soient d'une exacti-
tude rigoureuse; il faut qu'on puisse, non-seulement considérer
isolément les diverses parties du corps humain, mais encore
les étudier dans leur ensemble pour bien en connaître la disposi-
tion et les rapports. Ces avantages se trouvent réunis dans l'ou-
vrage publié par M. de Lasteyrie. Le format , grand in-folio, a
permis de donner aux dessins tous les développemens dési-
rables, et un examen attentif de ce grand travail nous a prouvé
que l'artiste s'est acquitté avec une merveilleuse habileté de la
tâche qui lui était imposée. Bien plus, le texte n'offre point
une aride et fatigante nomenclature , mais un cours complet
SCIENCES PHYSIQUES. 749
d'anatomie, dans lequel les diverses parties du corps humain
sont décrites avec beaucoup de talent et d'exactitude.
Cet ouvrage ne pouvait paraître dans un teins plus favorable.
La tendance presque générale des bons esprits vers L'étude des
scienees naturelles, les faits impôt tans dont ces sciences s'enri-
chissent chaque jour , l'enchaînement de toutes leurs parties,
les rapports qui les unissent entre elles, le perfectionnement
des connaissances physiologiques en particulier devenues plus
exactes et plus positives , telles sont les circonstances qui
doivent faire de l'étude de l'anatomie un des premiers besoins
de notre époque , et qui font espérer que le moment n'est pas
éloigné où les principes de cette science deviendront comme la
base ou le complément d'une bonne éducation. Z.
299.. — *Rccherches anatomiques , physiologiques et patholo-
giques sur le système veineux , et spécialement sur les canaux
veineux des os; par M. Breschet, d. m., etc. iere livraison.
Paris, 1827 ; Villeret et comp., rue de l'École-de-Médccine ,
n° i3. Cahier in-folio de 8 pages et 6 planches; prix, 10 francs
la livraison. Il y en aura 12 à 16.
Lorsque M. Breschet obtint au concours , en 1819, la place
de chef des travaux anatomiques delà Faculté de Médecine de
Paris, il fit paraître sous le titre d1 Essai sur les veines du raclas
un travail fort remarquable par les notions nouvelles qu'il
donnait sur la disposition de ces vaisseaux et sur la manière
dont le sang circule autour de la moelle épinière. L'ouvrage
que nous annonçons, à en juger par la livraison que nous avons
sous les yeux, est destiné à reproduire avec plus de détails
encore, et à l'aide de tous les moyens que l'art du dessinateur
possède, non-seulement cette circulation veineuse delà co-
lonne vertébrale, que M. Breschet avait en quelque sorte dé-
voilée, mais encore tout ce qui dans l'anatomie des veines exige
le secours de préparations difficiles et trop délicates pour
pouvoir être étudié dans les dissections ordinaires. On a quel-
quefois regardé les planches anatomiques comme nuisibles aux
études , en ce qu'elles favorisent la paresse ou la répugnance
des jeunes médecins qui, au lieu de séjourner dans les amphi-
théâtres, se contentent de feuilleter des gravures qui, quelque
bien exécutées qu'elles puissent être, ne sont jamais qu'une
pâle copie des objets qu'elles imitent. Nous pensons que ces
reproches sont fondés pour ces ouvrages qui consacrent de
nombreuses livraisons à figurer des os ou des muscles qu'il est
si facile d'observer par soi-même; mais, lorsque les planches
représentent des particularités anatomiques peu connues, dont
la préparation demande une grande adresse et la réunion dune
75o LIVRES FRANÇAIS,
multitude de sujets, alors elles avancent réellement la science
et rendent un véritable service à ceux qui la cultivent. Telles
sont celles que publie M. Breschct; il lui a fallu ouvrir et pré-
parer plusieurs centaines de cadavres, seulement pour étudier
la distribution des veines de la colonne vertébrale dont elles
donnent une représentation si nette , et nous ajouterons si
neuve pour la plupart des médecins. En les examinant, ils ap-
précieront facilement à quelle compression est exposée la moelle
épinière, placée au milieu d'un lacis veineux aussi considé-
rable et si disposé à s'engorger, et quels graves accidcns peu-
vent dériver d'une pareille cause , trop long-tems ignorée.
Cette première livraison se compose d'une feuille de texte
qui commence la description anatomique des veines ; d'une
autre feuille où se trouve l'explication des figures ; et de six
planches îithographiées , d'une fort belle exécution, et colo-
riées avec beaucoup de soin, représentant , de grandeur natu-
relle, le rachis et le crâne avec les veines qui s'y rendent, vus
extérieurement et intérieurement, au moyen d'une coupe lon-
gitudinale.
Le prospectus de cet ouvrage annonce que les recherches
auxquelles s'est livré M. Bresehet, sur la circulation veineuse,
l'ont conduit à des résultats importans, et tout- à-fait impré-
vus. Nous aurons soin, en rendant compte des livraisons sui-
vantes, à mesure qu'elles paraîtront, d'indiquer quelles sont
ces découvertes. Ricollot fils, d. m.
20,3. — Gymnastique des jeunes gens , ou Traité élémentaire
des différens exercices propres à fortifier le corps, à entrete-
nir la santé, et à préparer un bon tempérament. Paris , 1828;
Audot. In- 18 de xn-114 pages, avec 33 planches gravées;
prix, air. 5o c.
20,4. — Calisthénie , ou Gymnastique des jeunes filles ; Traité
élémentaire des différens exercices propres à fortifier le corps,
à entretenir la santé, et à préparer un bon tempérament. Paris,
1828; Audot. In-18 de xv-128 pages, avec i5 planches gra-
vées; prix, 2 fr. 5oc.
On ne peut trop recommander ces deux petits traités aux
pères, aux mères de famille et aux instituteurs. La gymnasti-
que doit devenir une partie essentielle de l'éducation; toutes
les préventions, tous les préjugés, toute l'insouciance qui neu-
tralisent encore les efforts de ses propagateurs , céderont enfin
à l'évidence, qui démontre si clairement l'utilité de l'éducation
du corps et de ses facultés extérieures. Ces deux ouvrages que
publie M. Audot, sont en partie traduiude l'anglais; un médecin
instruit a été chargé de revoir la traduction et de la compléter.
SCIENCES PHYSIQUES. 7r>*
Nous saisissons cciic occasion pour rappeler à nos lecteurs
un établissement éminemment bon et utile, [e gymnase normal,
civil et militaire, fondé et dirigé à Paris par M. AmOROS, dont
nous avons fait souvent mention dans ce recueil. «.
2j)5. — * Cours complet de mathématiques pures , par L. Ii.
1Y. \NeoK.i n, professeur à la faculté des sciences, ancien exami-
nateur des candidats de l'école polytechnique, etc. : ouvrage
destiné aux élèves des écoles normale et polytechnique, et aux
candidats qui se préparent à y être admis. Troisième édition,
revue et augmentée. Paris , 1828; Bachelier. 2 volumes in-8°,
formant ensemble io3o pages, accompagnées de i5 planches
gravées en taille douce; prix, i5 fr.
Dans la composition d'un traité de mathématiques , deux
écueils sont également à éviter : on peut tomber dans le défaut
des écrivains qui ne quittent jamais un sujet sans l'avoir épuisé,
en surchargeant l'idée fondamentale , qui sert de base a une
théorie, de cas particuliers, de corollaires, de scholies, détails
minutieux qu'un bon professeur sait faire deviner à ses élèves,
sous la forme de problèmes ou d'autres exercices utiles. Ce vice
décomposition n'est peut-être pas étranger à quelques auteurs
<le nos jours. On peut encore donner dans un autre excès, en
présentant l'exposition des principes théoriques avec toute la
sécheresse et toute l'aridité d'opérations purement techniques,
sans entrer jamais dans les considérations générales qui éclai-
rent cette science si abstraite, et répandent de l'intérêt sur son
enseignement, M. Francœur, dans ses traités depuis long-tems
connus et estimés de toutes les personnes qui cultivent cette
partie de nos connaissances, sans donner peut-être assez de
place à la métaphysique des mathématiques, nous paraît garder
un juste milieu. Il est sobre de détails et ses exemples sont
bien choisis : sa diction est précise, claire, rapide. Commen-
çant par l'arithmétique et la géométrie élémentaire, il conduit
le lecteur par une gradation bien entendue jusqu'aux parties
les plus élevées de la science des grandeurs, savoir : les calculs
différentiel, intégral et des variations. Les personnes qui ont
assisté à ses leçons, ou qui l'ont vu jadis interroger avec une
rare sagacité les candidats qui se destinaient à l'école poly-
technique , n'auront pas besoin de nos éloges pour apprécier le
mérite de cet ouvrage que tous les professeurs ont placé dans
leur bibliothèque à côté de ceux de Bezont et de Lacroix. Deux
éditions épuisées font assez connaître avec quelle faveur il est
accueilli des élèves, des professeurs , et. même des ingénieurs ,
qui le consultent toujours avec fruit.
29G. — Arithmétique pratique , par M. Desx.vxot, inspecteur
}5i LIVRES FRANÇAIS,
de L'Académie de Nîmes. Nîmes, i8a5; Gaude. Première partie,
in-8° de 65 pages, suivies de tables; prix, 5o c. Seconde partie
de 12.', pages; prix, i fr. 25 c. Troisième partie de 120 pages;
prix, 1 fr. 25 c. ; impression compacte en petit-texte.
Vnimé du désir de remplir le vide que laisse dans l'instruc-
tion populaire renseignement des mathématiques, jusqu'à pré-
sent trop théorique pour les classes laborieuses, M. Desnanot
avait déjà composé une Géométrie pratique à l'usage des écoles
primaires et des nouvelles écoles de géométrie appliquée aux
arts et métiers (voy. Rcv. Enc. , tome XXXIV, page 455);
il a complété son travail en publiant cette Arithmétique pratique,
où se trouvent réunies toutes les conditions d'un bon livre,
et que recommande d'ailleurs suffisamment le nom de son auteur,
connu dans le monde savant par son Complément de la théorie
des équations du premier degré , et par son Traité de la diffé-
rence et de l'interpolation des séries , ouvrages où des vues pro-
fondes et des développemens nouveaux sur quelques ihéories
délicates de l'algèbre annoncent un véritable esprit d'invention.
Pour atteindre plus directement son but, il a eu l'idée heu-
reuse de diviser son traité en trois parties distinctes et qui se
vendent séparément, correspondantes aux trois degrés des
écoles primaires. Cependant , sans double emploi , le tout se
lie avec beaucoup d'ordre et d'enchaînement, de manière à
conduire l'élève des premières notions sur les nombres à des
études plus hautes dans les mathématiques. La première partie
peut être considérée comme l'arithmétique des écoies primaires
inférieures : elle comprend la numération des nombres entiers
et des fractions décimales, le système des nouveaux poids et
mesures, les quatre règles opérées sur ces nombres concrets,
l'addition et la soustraction des nombres complexes, ainsi que
leur conversion en nombres décimaux, dans le but de les mul-
tiplier et de les diviser entre eux.
La première et la seconde partie réunies composent l'arith-
métique des écoles primantes du deuxième degré, qui renferme,
outre ce qui précède, le calcul des fractions, celui des nombres
complexes par la méthode des parties aliquotes, la règle de
trois et ses diverses applications aux besoins de la sodiété.
Les trois parties ensemble forment l'arithmétique des écoles
primaires du premier degré, qui renferme encore le calcul des
intérêts composés avec des tables, l'extraction des racines
carrée et cubique, les calculs sur les escomptes, les annuités,
les changes et tout ce qui peut intéresser le commerce.
Cet ouvrage, conçu sur un plan nouveau et rédigé avec une
extrême clarté, sera sans doute accueilli avec faveur et recon-
SCIENCES PHYSIQ1 ES. ?51
naissance par 1rs |>< imiiidcs (|iii s'iut. le -en! .1 l'i :: .1 rUCtiOD pri-
maire, iMicoiv trop peu répandra parmi nous.
\ 1 ) . C.OM.IM I .
a;)7. — * Géométrie appliquée à l' industrie , a l'usage «les
artistes et des ouvriers; par /•• /. i'i ROI B ï , ancien élève de
ll.cole polytechnique, membre de la Société académique, et
professeur de si-clins appliquées de l'Ecole royale d'artillerie
du Mate. Seconde édition , corrigea al augmentée de notions
élémentaires sur les tnm scei sales t tir I imitation des combes
par mes de cercle, et des traces (fui résultent des principes
tes pins récemment dé&mverts. Mets, 1 8*8 ; M \e Thiel;
Paris, Bachelier. In tt" (K- ',70 pag., accompagné de i3 plan-
ches; ju i\. o' fr.
L'impulsion donnée si utilement par Mf. Cb. Dirpfa à l'en-
seignement des classes industrielles continue de faire des pro-
grès, et l'on conçoit que, lorsque des hommes d'wn mérite
aussi justement reconnu que celui <)<■ M. Bergery consentent
à consacrer leurs soins à remplir la tâche pénible de seconder
ces efforts, il serait difficile que le sucres fût douteux. L'ou-
vrage que nous annonçons est digne de son auteur; les addi-
tions nombreuses et les importantes corrections qu'il a fait
subir à son premier travail ajoutent à l'intérêt que ce livre
avait fait naître, et cette seconde édition ne sera sans doute
pas moins bien accueillie que la première. Ces éloges cepen-
dant doivent être modérés par une réflexion qui viendra à l'es-
prit de tous les lecteurs ; c'est qu'il eût été convenable , en
écrivant pour des ouvriers, de resserrer davantage les matières,
d'élaguer tout ce qui ne tendait pas directement au but, et de
proportionner les éclaii cissemeiis à la faiblesse des esprits des
auditeurs. Mais on ne voit pas que celte géométrie soit plus
propre à l'enseignement de cette classe d'hommes qu'à celui
de toute espèce d'étudians ; et, sauf le choix des exemples,
qui sont en effet appropriés à l'industrie, l'ouvrage pourrait
tout aussi bien être mis entre les mains de tous les genres de
lecteurs. Il me paraît qu'une géométrie pour les artisans devrait
être un simple recueil de propositions, éclairées par des dé-
monstrations faciles, lorsque cela se peut, et par de nom-
breuses applications aux arts. Sous ce dernier rapport, le livre
de 31. Bergery DSI exécuté d'une manière tres-satifaisante;
mais sous le premier, et surtout sous celui de la concision
dans l'exposition des choses purement de théorie, il me paraît
laisser à désirer. On ne sait pas assez combien il est plus utile
à l'étudiant de lui faire saisir l'enchaînement des vérités qui
composent un traité élémentaire, que d'ert concevoir nettement
t. xxxvii. — Mars 1H28. \S
754 LIVRES FRANÇAIS.
les détails, et combien ces détails eux-mêmes, lorsqu'ils sont
trop multipliés , nuisent à l'instruction générale qu'on veut
donner. La théorie des transversales , tout ingénieuse qu'elle
est, ne me semble pas de nature à entrer dans le plan de l'en-
seignement qu'on a en vue, et je crains bieu qu'en général
l'ouvrage ne soit trop savant pour les ouvriers. J'espère que
cette légère critique ne sera pas considérée comme une con-
damnation portée contre un livre très-estimable, et dont je
me plais à reconnaître le mérite : je n'ai l'intentiou que d'ap-
peler les réflexions de l'auteur sur une réforme, dont l'expé-
rience lui a déjà peut-être suggéré l'idée. Francoeur.
298. — * Traité du mouvement de Veau dans les tuyaux de
conduite, à l'usage des ingénieurs et architectes; par M. d'Au-
buisson de Voisins, ingénieur en chef au corps royal des
mines, correspondant de l'ïnstitut de France, etc. etc. Paris,
1827; Bachelier. In-8° de 44 pagres; prix, 1 fr. 5o c.
Cet écrit de M. d'Aubuisson serait inutile à la plupart de
nos architectes qui ne peuvent s'accoutumer à la vue des signes
algébriques, si l'auteur n'y joignait point, dans une nouvelle
édition, un bon nombre d'exemples où l'application des théo-
ries hydrodynamiques serait convertie en méthodes de calcul
arithmétique. Quant aux ingénieurs, il faut convenir qu'en
France, avant l'introduction de l'enseignement industriel, l'ins-
truction mathématique était encore moins répandue parmi les
constructeurs de machines et d'appareils que parmi les architec-
tes: on peut juger par là de l'importance dujiouvel enseignement,
et des services qu'il rend à la classe laborieuse et à la société tout
entière. Le traitéde M. d'Aubuisson seradonebientôt à la portée
des ingénieurs , quoique l'on n'en puisse guère compter aujour-
d'hui qui soient en état d'en faire usage. Tel qu'il est, cet écrit,
facile à lire, méthodique , instructif, peut être considéré
comme un très -bon chapitre d'un traité d'hydrodynamique.
Il serait injuste d attribuer à tous les architectes sans excep-
tion une répugnance insurmontable pour les formules algébri-
ques, sans lesquelles on ne va pas loin en mathématiques.
Quelques érudits se souviennent peut-être encore des formi-
dables batteries de radicaux dressées contre la coupole de
Sainte-Geneviève ,par M. Patte, auteur d'un traité d'architec-
ture. Soufflot, épouvanté à la vue de ce nouveau moyen d'at-
taque, sollicita les secours du géomètre Bossut, de l'Académie
des sciences, et il en résulta que la question de la solidité des
voûtes sphériques fut traitée avec les moyens que procuraient
alors les expériences, les observations et l'analyse mathéma-
tique. Le mémoire de Patte est tombé dans l'oubli , ainsi que
SCIENCES PHYSIQUES. 755
la réponse de cet architecte au mémoire de lîossut, où l'on ne
trouve plus de radicaux, mais certaines insinuations politiques;
be qui est à la portée de tout le monde, et n'exige que très-peu
d'invention et aucune sorte desavoir. F,
2<)(). — * Manuel du jwelier fumiste , ou Traité complet et
simplifié de cet art, indiquant les moyens d'empêcher les che-
minées de fumer, de chauffer économiquement et d'aérer les
habitations, les ateliers, les manufactures, etc., par M. P/i.
Ardenni, caminologiste et poélier fumiste. Paris, 1828; Roref.
In- 18 de 36o pages, accompagné de 4 planches gravées;
prix, 3 fr.
Le mode généralement adopté pour chauffer nos demeures
est si défectueux qu'on peut affirmer que ceux qui l'ont ima-
giné ont réussi à trouver le moyen de dépenser beaucoup pour
obtenir le moins de chaleur possible : encore est-on le plus
souvent incommodé par la fumée qui a plus de facilité pour
s'introduire dans les chambres que pour s'exhaler au dehors.
Nos cheminées sont très-bien inventées pour se procurer de
la fraîcheur et une ventilation soutenue; car il suffirait d'éle-
ver le foyer à la hauteur du dessus de la tablette pour en
obtenir cet avantage, parce qu'on détruirait ainsi le rayonne-
ment qui est la seule chaleur dont on profite, l'air échauffé
s'élevaut sans cesse par le tuyau et s'échappant au dehors. On
a calculé que les meilleurs foyers ne donnent guère que 5 à 6
pour cent de la chaleur développée par la combustion, et
même très -souvent moins encore: le reste est perdu. C'est
rendre un grand service à l'économie domestique que d'indi-
quer les moyens de tirer un meilleur parti des dépenses de
combustibles, et d'éviter les incommodités de la fumée. Le
manuel que nous annonçons est bien rédigé , et au niveau des
connaissances physiques sur celte matière. Il est vrai que ce
n'est qu'une compilation de divers ouvrages, et particulière-
ment du Diction/mire de technologie , et qu'on n'v trouve ni
expériences nouvelles, ni innovatious. Mais, tel qu'il est, ce
livre est utile à consulter. Après avoir fait l'exposition des
principes de la théorie de l'air échauffé et de la combustion,
l'auteur indique les différentes constructions de cheminées,
de poêles, de calorifères, etc.; il donne les procédés pour le
chauffage à la vapeur, ceux dont on peut faire usage pour
régler la température intérieure et diminuer la perte de cha-
leur. Il termine par ce qui se rapporte au ramonage, et à
l'extinction des feux de cheminée. Le petit traité de M. Ar-
denni est fait pour être accueilli du public. Nous l'invitons à
en faire disparaître une erreur : les cheminées dont l'âtre est
48.
7 56 LIVRES FRANÇAIS,
parabolique n'augmentent pas le rayonnement; cette forme
n'a pour objet que de diriger les rayons parallèlement à l'axe.
Franco?. i.tr.
3oo. — Géographie physique et historique de la France, par bas-
sins, par V.A.. Loriol, chef d'institution, membre de la société
de géographie. Paris, 1828; l'auteur, rue Neuve-Sainte-Gene-
viève, nos g et 11. In-18 de 206 pages, avec une carie co-
loriée; prix , 2 fr. 2 5 c.
La méthode adoptée par l'auteur de cette nouvelle géo-
graphie de la France doit être recommandée à toutes les per-
sonnes qui veulent instruire les autres ou s'instruire elles-
mêmes, comme la plus susceptible d'aider la mémoire et de
rendre les progrès faciles. Cette division des départemens fran-
çais, fondée sur le fait naturel et immuable de la distribution
du sol par bassins de fleuves, est en effet très-judicieuse. Il
n'y a rien là d'arbitraire, et il en résulte au contraire un
ordre rigoureux qui doit frapper l'esprit de l'élève. Les bassins
étant au nombre de cinq, on voit que tous nos départemens
se trouvent distribués de la sorte en cinq groupes : chaque
groupe présente successivement d'abord tous les départemens
situés à la droite du fleuve; ensuite tous ceux de la rive gauche;
et chaque département dans cet ordre est amené par le con-
fluent de la rivière qui lui donne son nom avec le fleuve <,lont on
suit le cours. Les notions offertes sur les villes principales sont
suffisantes. Quelques inexactitutes disparaîtront dans les édi-
tions subséquentes que doit, selon toute apparence, avoir un
ouvrage de cette nature. En résumé, ce travail fait honneur
à M. Loriol, chef d'une institution qui s'est placée parmi les
meilleures que possède la capitale par ses succès au concours
général, et où un grand nombre de jeunes étrangers, de Bré-
siliens surtout, viennent puiser les lumières et les principes de
l'Europe civilisée, précieux trésor qu'ils sont destinés à ré-
pandre un jour sur le sol de la patrie. A.
3oi. — Atlas géographique et statistique des départemens de
la France et de ses colonies. Paris, 1827; Baudouin. Prix de
chaque carte enluminée: 1 fr. 80 c. prise séparément, et 1 fr.
25 c. pour les souscripteurs de l'Atlas entier. ( Voy. Rev. Enc,
t. xxxv, p. 433.)
Cet Atlas est terminé. Les dernières cartes continentales pu-
bliées sont celles des départemens de VJriège, du Cantal, de
la Haute- Garonne, de Y Isère? du Jura, de la Loire, du Morbi-
han, du Far, de la Haute-Saône et de la Seine, La carte du
département de la Seine a pour appendice un Plan de Paris,
oui offre, dans des colonnes de texte, les notions les plus inté-
SCIENCES PHYSIQUES. 7r»7
MKftautes et les plus détaillées sur cette capitale du monde ci-
viîisé.
Une carte dé l'iîfe din Corse, et six autres cariée de nos colo-
nies de la Guyane, ôé la Martinique) de la Guadeloupe t du
Sénégal, àt Y lie Bourbon et de nos possessions, comptoirs,
factoreries et établissemens de Poridichèrv, de Karikal, de J/a-
wulipatam , QlYanon, de Chandernagor et de ses Loges, de
Mullé, de Surate dans l'Inde; de Muscate et de Moka, dans
l'Arabie, complètent cet Atlas, dont nous avons déjà fait ap-
précier l'utilité. Sueur-Merlin.
3o2. — * Forces électorales de la France à la fin de 1827, ££
situation progt essive des forces de la France depuis 181/»; par
le baron Chartes Dupin, membre de l'institut , député i\\\ Tarn.
Huitième édition. Paris, 1828; Bachelier. lu- 18 de 126 pages;
prix , 2 fr.
Eu rendant compte du Petit Producteur de M. Dupin , nous
avons déjà fait mention de la Situation progressive des forces de
la France; mais la huitième édition de ce livret contient une
importante addition dont nous devons parler, en raison des
circonstances. Que les électeurs lisent attentivement la Situation
des forces électorales de la France, a la fin de 1827; ils auront
plus de confiance en eux mêmes, et ne désespéreront point de
la patrie dont les plus chers intérêts dépendent du choix des
députés. Ils seront convaincus de la légitimité de leurs droits;
ils connaîtront la part qu'ils peuvent réclamer justement dans
la chambre en raison de ce qu'ils font pour l'état, et les parti-
sans des privilèges seront réduitsausilence: pénétrés deeeitevé-
rité, qu'une chambre constitutionnelleest absolument nécessaire
à la Franco, ils s'imposeront le devoir de ne donner leurs voix
qu'à des hommes éminemment remplis de l'esprit de la charte,
et capables de la faire rétablir dans son entier, au lieu de la
fausser et de la détruire peu à peu, comme on l'avait fait jus-
qu'à présent. Les inflexibles calculs de M. Dupin le conduisent
à ce résultat que L'immense majorité de la population, des ri-
chesses, de l'industrie, des lumières et des talens , « veut la
charte tout entière , y compris les devoirs qu'elle impose et les
droits qu'elle garantit. »
Nous avons parlé des dédicaces de chacun des livrets du Petit
Producteur ; nous ne passerons pas sous le silence celle de cette
nouvelle production. M. Dupin l'adresse spécialement aux
électeurs qui ont à faire de nouveaux choix pour compléter la
chambre, et renforcer la majorité patriotique dont on a déjà
reconnu l'heureuse influence. Ce n'est point ici l'hommage vul-
gaire qu'un écrivain rend quelquefois à un mérite éminent, et
trop souvent à un protecteur titré; c'est une noble et pressante
7 58 LIVRES FRANÇAIS.
invitation, an nom de la France entière : on Ta comprise, elle
ne sera pas négligée. F.
303. — * Almanach du commerce de Paris , des départemens
de la France et des principales villes du monde, de J. de la
Tynna ; continué et mis dans un meilleur ordre; contenant :
i° la statistique élémentaire , revue chaque année, des 86 dé-
partemens de la France , considérés sous les rapports topogra-
phique, agricole, industriel, commercial et administratif; une
Revue statistique commerciale sommaire des principaux Etats
des cinq parties du monde ; 3° la Nomenclature d'environ cent
mille maisons de commerce, dont près de moitié avec adresses
vérifiées à domicile, des fabricans, manufacturiers, commer-
çans et principaux habitans de la capitale et des principales
villes; 4° une table géographique des 5,4oo localités comprises
dans l'almanach; 5° une table très détaillée des matières ; par
Séb. Bottin, membre de la Société d'agriculture, etc. : Année 1828;
3ie de la publication; 10e de la continuation par l'éditeur ac-
tuel. Paris, 1828; au bureau de l'almanach du commerce, rue
J. J. Rousseau, n° 20. Grand in-8° decccxu-916 pages; prix,
12 fr., et 10 fr. pour les souscripteurs.
Voici un des ouvrages les plus indispensables que nous con-
naissions : c'est un recueil de faits d'une application et d'un
usage journaliers. Chaque année, son laborieux éditeur le per-
fectionne, et l'enrichit de nouvelles indications qui viennent
augmenter la masse de renseignemens que X Almanack du com-
merce offre aux négocians, aux hommes d'affaires, et à tous
ceux qui ont des relations étendues et multipliées. Aussi mé-
rite-t-il d'être recommandé spécialement, et de préférence aux
autres annuaires du même genre,
304. — * Almanach parisien, ou liste de 5 5, 000 principaux
habitans de Paris, classés en deux parties, par ordre de rues
et numéros des maisons, et par ordre alphabétique de noms ,
avec indication de professions et demeures, suivi d'une table
des rues, pour l'année 1828. Deuxième année. Paris, 1828; les
éditeurs, rue des Marais du-Temple, n° 14. Petit in- 8° de iv-716
pages; prix, 9 fr. broché , et 9 fr. 75 c. cartonné.
Cet almanach, où les adresses ne sont pas seulement classées
par ordre alphabétique, et où chaque rue amène l'indication
des habitans qui occupent ses principales maisons, doit rem-
placer avec succès l'almanach des 25,ooo adresses. A l'avantage
que nous venons d'indiquer, il joint encore celui d'être plus
complet que son prédécesseur , et celui de renfermer cette
énorme quantité de renseignemens sous un format comparati-
vement très-resserré. u.
SCIENCES PHYSIQUES.— SCIENCES MORALES. 759
3o5. — Notice historique et géographique sur le fleuve Syr ou
Sihoun y jadis nommé Jaxartcs ; écrite en russe par A. LlW-
caxxs, membre des Sociétés de géographie et asiatique de Paris ;
traduite en français par le même. Paris, 1828; imprimerie de
J. Smith. In- 8° de 35 pages.
Il sera impossible d'obtenir des notions complètes sur la géo-
graphie de l'Asie centrale, tant qu'on ne pourra pas y voyager,
comme en Europe, avec des livres et des instrumens. La mé-
fiance et la barbarie des habitans de cette contrée présentent
une barrière presque insurmontable aux efforts de l'observa-
teur; et cela est d'autant plus fâcheux que les rives du Syr et
les ruines qui les couvrent eussent offert aux savans un immense
intérêt. En reconnaissant ces difficultés, M. A. Lewchine n'en
a pas moins rendu un véritable service à la science dans la No-
tice qu'il publie sur le Syr ou Silwun , jadis le Jaxartcs. Il a
réuni tout ce que les auteurs anciens et les voyageurs modernes
ont écrit sur ce fleuve qui se jette dans la mer d'Aral, vaste lac
qui a pu faire autrefois partie de la mer Caspienne. I! paraît
que plusieurs rivières qui grossissaient jadis les eaux du Sihoun
sont aujourd'hui totalement desséchées, ou que leurs eaux se
perdent dans les sables, avant d'atteindre le point de leur an-
cien confluent. On remarque aussi que le Sihoun est beaucoup
plus profond et plus large dans la partie supérieure de son cours
(pie près de son embouchure, parce qu'il se partage en deux
bras, dont l'un disparaît entièrement par l'un des nombreux
canaux que l'on en tire pour l'irrigation des terres.
La notice de M. Lewchine est purement écrite et annonce un
géographe et un archéologue distingué. R.
Sciences religieuses , morales , politiques et historiques.
!îo6\ — * Sainte Bible de Vcnce , en latin et en français , avec
des Notes littéraires , critiques et historiques , des Préfaces et
des Dissertations , tirées du commentaire de dom Calmet , abbé
de Sénones , de l'abbé de Vcnce , et des autres auteurs les plus
célèbres, pour faciliter l'intelligence de l'Écriture sainte ; enri-
chie d'un Atlas et de Cartes géographiques. Cinquième édition ,
revue et corrigée. T. III et IV. Paris, 1827 ; Méquignon - Ha-
vard. 1 vol. in - 8°. Prix de chaque livraison de deux volumes,
14 f- , et i5 fr. satiné. Il y aura a5 volumes ( vov. ci -dessus
p. 178).
Les livraisons de cette importante publication se succèdent
avec une rapidité bien digne d'éloges. M. Méquignon s'attache
:6o LIVRES FRANÇAIS,
a. remplir exactement ses engagemens; c'est le moyen de satis-
faire ses souscripteurs et d'en augmenter le nombre.
La lecture de la Bible faisait les délices de Voltaire, qui la
préférait à celle d'Homère, à cause de la peinture des mœurs
patriarcales et de la naïveté du récit, et peut-être aussi du
merveilleux. Les dissertations qui ornent la Bible de Vence ne
peuvent que lui donner un nouvel attrait, par les immenses re-
cherches qu'elles épargnent aux antiquaires, aux philosophes,
et même aux jurisconsultes. On y trouve de tout avec profusion ;
il ne s'agit plus qwe de savoir s'en servir.
Nous félicitons les éditeurs d'avoir adopté le calcul décimal ,
dans la réduction des mesures hébraïques : ils accoutumeront
ainsi peu à peu aux innovations introduites par la science ceux
qui ne s'en montrent que trop éloignés.
On remarque quelques améliorations dans le quatrième vo-
lume. Les éditeurs traitent la dissertation sur le retardement d<i
soleil et de la lune par Josné , d'après les principes généraux ce
la philosophie et suivant le système de Copernic , déclarant
toutefois qu'aucun autre système astronomique ne peut nuire
à leur manière d'envisager cet effet admirable de la bonté de
Dieu pour son peuple choisi et de sa toute - puissance , qu'il
manifeste quand il veut et comme il veut à toutes les nations
de la terre.
Dans ses Remarques sur la carte géographique de la terre
première , Roivdet avait hasardé plus d'une conjecture qui ne
serait plus en harmonie avec les géographes modernes; on a
remédié à cela dans la nouvelle édition, par des extraits de
d'Anvilie , qu'on a ajoutés.
On y trouve enfin une Dissertation nouvelle sur la prophétie
de Moïse touchant le prophète promis de Dieu , par M. Drach.
L'auteur expose ainsi son sujet : « Nous y soutenons le sens que
l'on a toujours donné à cette prophétie. C'est aussi celui que le
savant père Houbigant a solidement défendu dans ses r.otes;
et c'est avec une vraie satisfaction que nous nous joignons à ce
docte hébraïsant, pour montrer la solidité de cette interpré-
tation. »
Nous allons maintenant continuer nus réflexions critiques,
ainsi que nous nous y sommes engagés.
i° La dissertation sur la lèpre n'est point en harmonie avre
les progrès de la médecine, et les éditeurs auraient dû con-
sulter le Dictionnaire des sciences médicales. — 1° La dissertation
sur Moloch, Cbamos et Béelphégor ; celle sur les divinités phé-
niciennes, Baal, Astarté et Adonis, auraient pu être enrichies
de notes curieuses, tirées des ouvrages de Duply, de VoLHET
Sciences morales. 7r;i
et ée MM. Dui.auiu. et Uoli.k, sur ces niâmes divinités on sur
.d'autres analogues. — 3° On aurait pu joindre a la disserta-
tion sur les quarante - dnnx campeiuens des Israélites dans le
désert des notions plus positives sur la géographie, puisées
dans le grand Voyage d'Egypte et dans d'autres ouvrages mo-
dernes. Sans doute, je condamne tout changement de textequi
le dénature; et, sous ce rapport, je ne saurais trop blâmer la
Société catholique des bons livres; mais n'y a — t — il pas moyen
de renvoyer les éclaircissemens au bas des pages, ou à la fin
des dissertations, ainsi que cela se pratique ordinairement ? —
t\° Puisque M. Drach avoue que la version du P. de Carrières
manque de justesse dans deux endroits ( tome ni, page /ti8 et
5o3 ) , pourquoi n'a t— il pas étendu cette remarque à un grand
nombre d'autres endroits qui ne sont pas moins inconvenans
que ceux -là? — 5° M. Drach avance, page 77, tome ni, que
l'usage de l'oblation en pain azyme a été pratiqué de tout tems
dans la sainte église catholique romaine; a-t- il bien pensé à la
hardiesse de son assertion et à la valeur de chacun de ses ter-
mes? — 6° Il veut, page 197, que les trompettes destinées à
célébrer le premier jour du septième mois fussent de5 cornes
de bélier, en mémoire du bélier qui fut substitué à Isaac comme
sacrifice; cependant Moïse ( Nombres , chap. x ) ordonne de
faire deux trompettes d'argent, battues au marteau, pour an-
noncer les festins de religion, les jours de fêtes et les premiers
jours des mois, sans exception.
Terminons par une réflexion générale. Suivant dom Calmet*
La police des Juifs a fort varié et s'est fort ressentie des di-
verses révolutions de l'état des Hébreux , un des peuples les
plus agités et les plus sujets aux vicissitudes que Von connaisse.
Cet aveu est précieux. Dieu lui-même avait donné des lois à la
nation juive, selon qu'elle pouvait les porter; et cependant,
cette nation ne cessa de s'agiter et de se tourmenter dans tous
les sens. Si une législation toute divine n'a pas mis à l'abri des
révolutions le peuple qui l'avait reçue, quel gouvernement hu-
main peut se croire solidement établi sur ses bases ? J. L.
307. — * Explication des Instituts de Justinien , avec le texte
et la traduction en regard, précédée d'un Résumé de l'Histoire
du droit romain , par M. J.-L.-E. Ortolan , avocat à la Cour
royale de Paris. 2e livraison. Paris, i828;Béthune, imprimeur-
libraire; l'auteur rue des Francs-Bourg.eois-St.-Michel , n° 18.
In-8° de 3s8 pages (267-584 ); prix, 3 fr. (voy. Rrv. Enc,
t. xxxv, p. 717 ).
Les Instituts de Justinien sont mis entre les mains des éfu-
dians, dès leur entrée dans les écoles, en même tems que nos
:6i LIVRES FRANÇAIS.
Codes nouveaux ; et tandis que ceux-ci offrent aux jeunes
élèves des principes d'équité faciles à saisir, des dispositions
parfaitement d'accord avec nos mœurs et nos usages , le droit
romain , an contraire, ne leur présente que des allusions à des
institutions qu'ils connaissent à peine, à des mœurs qui ne
sont plus, que des dispositions bizarres ou subtiles dont ils ne
comprennent ni le but primitif, ni le rapport possible avec les
lois qui nous régissent,
Montesquieu a dit que les coutumes d'un peuple libre étaient
une partie de sa liberté, sans doute parce qu'elles sont la pre-
mière source de ses lois, parce qu'elles les expliquent et sou-
vent les suppléent. Or, il est constant que rien n'est plus su-
perficiel que nos connaissances sur la vie privée des Romains,
sur leurs mœurs et leurs usages, qui cependant ont empreint
leurs lois du caractère qui leur est particulier. Jusqu'ici, leur
histoire n'a été pour nous que l'histoire de leurs guerres et de
leurs grands hommes; nous n'avons connu de cette immense
société que les dehors, c'est-à-dire tout ce qui n'avait pas
trait à sa législation; mais les ressorts intérieurs qui faisaient
mouvoir ce vaste corps, ses préjugés, son esprit, ses cou-
tumes; en un mot, tout ce dont la loi est l'expression, tout ce
qui explique cette loi, nous l'ignorions profondément. L'ou-
vrage de M. Ortolan a pour but, en rapprochant l'étude de la
législation de celle de l'histoire, de les expliquer l'une par
l'autre , et de réunir ce qui n'aurait jamais dû être divisé.
Déjà nous avons rendu compte du Résumé de l'Histoire du
droit romain, Ve livraison. La 2e livraison, que nous annon-
çons aujourd'hui, comprend le premier livre des Instituts;
elle contient le texte et la traduction en regard ; mais cette
traduction, quoique facile et exacte, n'est là, pour ainsi dire ,
que l'accessoire. La partie spéciale et importante de cette com-
position, ce sont les explications qui sous chaque texte de loi,
présentent avec concision et clarté les motifs du législateur,
les détails historiques qui se rattachent à la loi; ce sont les
résumés qui , terminant chaque matière grave, remettent sous
les yeux du lecteur, dans un cadre très-resserré, tout ce qu'il
vient d'examiner en détail.
Fidèle au plan et surtout à la manière qu'il avait suivis dans
son Résumé, M. Ortolan a continué, dans les Explications des
Instituts, la tentative heureuse et neuve de donner aux lois
romaines le degré d'intérêt que pouvaient leur cc-mmuniquer
l'étude approfondie des mœurs domestiques et cette couleur
locale qui fait renaître le passé. Pour expliquer un texte de loi ,
l'auteur nous fait pénétrer dans les foyers du peuple romain ,
SCIENCES MORALES. 763
<luns ses temples, dans ses tribunaux , sur le Forum. Les céré-
monies , les habitudes sont retracées avec cette fidélité sans la-
quelle 00 ne saurait désormais intéresser dans quelque genre
que ce SOÎt , niais qui n'avait pas encore été appliquée à l'étude
des lois. Toutefois, liàtons-nous de dire que l'auteur a usé deces
ressources avec sobriété. Rien d'ailleurs de hasardé dans ses
assertions , ni de chimérique dans ses tableaux : les sentences (îe
Paul, les fragmens d'Ulpicn, surtout les commentaires de Gains,
tels sont ses matériaux et ses pièces justificatives.
Parmi les matières du premier livre, les plus travaillées et con-
sidérées sous un nouveau point de vue, on distinguera les obser-
vations sur le pouvoir dominical , sur la puissance paternelle , des
aperçus et des détails entièrement neufs sur les noces , et parti-
culièrement sur la tutelle des femmes.
Les instituts de Gains, découverts en 18 16 à Vérone, ont jeté
un jour tout nouveau sur cette tutelle, partie de la législation
primitive de Home, que n'indiquaient pas les instituts de Justi-
nien. T. D.
3o8. — Coup d'œil sur les progrès de la civilisation en 1827 ;
par JM. Adolphe Gondinet. Paris , 1828; Delaunay, Verdière.
Jn-8° de 32 pages; prix, 1 fr,
L'auteur avait destiné à la Revue Encyclopédique cette esquisse
des principaux faits relatifs aux progrès de la civilisation pen-
dant le cours de l'année 1827. Son travail, terminé trop tard ,
n'ayant pu trouver de place dans notre Cahier de janvier, a
été imprimé séparément. L'auteur offre une espèce de résumé ,
tant des nouvelles théories scientifiques que des applications
récentes auxquelles les anciennes ont pu donner lieu. Bien que
M. Gondinet ait été un peu restreint par les limites naturelles
d'un simple article de journal, son travail n'est point une aride
énumération des acquisitions nouvelles dans les sciences; les
faits sont liés entre eux par des réflexions souvent ingénieu-
ses, par des aperçus consolans sur l'influence de la civilisa-
tion, et par des pensées qui décèlent dans l'auteur des con-
naissances étendues, et un esprit capable de les mettre en œuvre.
T. R.
309. — Aperçu de l'état de la civilisation en France; par
M. Smith, avocat à Saint- Etienne (Loire). Lyon, 1828. In-8°.
Dans cet écrit, qui annonce du talent et surtout de la droi-
ture, l'auteur s'est particulièrement appliqué à définir la situa-
tion morale et religieuse de la France, à montrer combien,
sous ce rapport , le présent est préférable au passé , et rassu-
rant sur l'avenir. La question des jésuites, si heureusement
simplifiée par les dernières élections, a occupé M. Smith. LTne
764 LIVRES FRANÇAIS,
fâché lise réunion de circonstances a fait de la soutane de ces
pères la bannière sous laquelle l'hypocrisie et l'avidité accou-
raient au banquet servi par nos derniers ministres, aux dé-
pens de la France. L'expulsion de ces serviteurs infidèles amène
la retraite des conviés qui, malgré la réciprocité de mépris,
partageaient avec eux : du moment où, dans chaque régiment
monté à quatre cents chevaux, on n'en compte plus six cents
pour passer deux cents rations de fourrage aux chefs de la con-
grégation , les jésuites cessent d'être dangereux. Une année de
comptabilité fidèle réduira ceux qui nous resteront à n'être plus
que des gens portant soutane sans rabat et chapeau à la Basile.
Cette politique n'est pas tout à- fait celle de M. Smith; suivant
lui , les jésuites auraient dû se retirer devant les arrêts des par-
lemens qui , nous l'avouons , nous paraissent aussi bien annulés
par la législation actuelle que peut l'être la révocation de l'édit
de Nantes , devant les inquiétudes qui s'attachaient à leurs pas,
et cette application d'une règle que nous croyons fausse mène-
rait bien loin. La liberté politique et religieuse , largement com-
prise , prévient tous les maux et tous les combats qui résultent
du monopole. L'écrit de M. Smith respire un patriotisme trop
vrai pour que cette doctrine ne devienne pas la sienne, aujour-
d'hui que les faits se pressent pour en établir l'autorité.
Nous avons prononcé le mot de monopole. Le monopole de
fait qu'exerce chez nous la capitale, en tout ce qui tient à la
littérature, s'atténuera sans préjudice pour elle, et au grand
avantage de la Frauce , a mesure que les départemeas grandi-
ront à leurs propres yeux. On ne saurait trop applaudir aux
hommes qui, comme M. Smith, savent penser par eux-mêmes :
toute manifestation d'opinion, même erronée, conduit à la lu-
mière en provoquant la discussion. J. J. B.
3 10. — * Examen de nos lois électorales, des explications, modifi-
cations, changemens et additions qu'elles nécessitent; de l'applica-
tion à en faire à l'organisation des conseils municipaux, des conseils
d' arrondissement et des conseils généraux de département ; par
M. Duchesne, avocat à Grenoble. Paris , 1828 ; Dondey - Du-
pré. In-8° de 202 pages; prix, 3 fr. 5o c.
Dans cette courte brochure, pleine à la fois de choses et de
faits, l'auteur, qui, en 1814, avait déjà publié les Réflexions
d'un royaliste constitutionnel sur la Charte , examine d'abord
quels seraient les perfectionnemens à apporter à notre sys-
tème électoral actuel et les améliorations de détail que récla-
merait la rédaction de nos lois sur cette matière. Pour marcher
avec prudence et fermeté vers le but qu'il se propose, l'écri-
vain commence par tracer le tableau historique des fraudes
SCIENCES MORALES. 7G5
pratiquées depuis 1820 jusqu'à 1827 inclusivement, dans les
élections <Yiui département qu'il ne nomme pas, mais que plus
d'un administrateur, soit du nord, soit du midis croira sans
doute reconnaître pour le sien; h moins toutefois que la cir-
constance, assurément singulière de l'ignorance dn président
iWm des collèges électoraux de ce département ( fonctionnaire
que l'auteur n'a pas même désigné par ses initiales, mais qui,
(lit-il, ne connaissait ni l'article 5 de L'ordonnance du 10 oc-
tobre 1 820,11/ Partiel* i5 qui veut qu'ai soit nomme par la ma-
jorUé plus ut> des suffrages exprimés) ne serve à déchirer le
voile sous lequel le narrateur officieux a cru devoir cacher le
lieu de la scène, et ne dissipe les incertitudes de ceux qui seraient
tentés de s'approprier Y honneur d'une tactique si compliquée
et si bien peinte. Quoi qu'il en soit, c'est appuyé sur une masse
imposante Me faits, d'autant plus effrayans qu'ils seraient moins
rares, que l'auteur, ne pouvant faire le procès ni aux faux
électeurs, ni aux présidens de collège, ni aux préfets, ni aux
ministres, s'avise de faire le procès à la loi. Ce n'est pas là ,
quoi qu'il en dise, s'en prendre au premier coupable ; mais c'est
faire une chose assurément bonne et utile en soi. — Nous ne
suivrons pas l'honorable publiciste dans le détail des change-
mens, modifications et améliorations qu'il propose et dont on
peut voir le résumé p. 160 à 169 de sa brochure. Mais,
tout en regrettant qu'il ne nous soit pas accordé assez d'espace
pour discuter ici la justice et la nécessité de quelques conces-
sions que lui arrache l'existence aujourd'hui trop enracinée
peut-être de certains vices, qu'il déplore , ainsi que nous, mais
qu'il respecte, dans notre système électoral actuel, nous di-
rons que partout cet écrivain procède avee une méthode qui
paraît être le résultat de la maturité et de l'expérience, et une
circonspection qui pourtant n'est rien moins que de la faiblesse.
Nous terminerons par deux mots sur la seconde partie de cet
opuscule, dans laquelle il traite de l'organisation départe-
mentale et municipale. Pour expliquer la liaison qui existe
dans la pensée de l'auteur entre ces deux parties d'un même
plan , il faut dire que l'une des principales améliorations qu'il
réclame consisterait à enlever aux préfets le soin de la confec-
tion des listes d'électeurs , et surtout au conseil d'état le droit
de statuer sur les difficultés qu'elle fait naître, pour transporter
ces attributions aux conseils municipaux, et aux conseils d'ar -
roedissement et de département dont l'organisation présente
est, d'un aveu commun, vicieuse à tel point que ces conseils
sont pour les administrés (à part toutefois le mal qu'ils peuvent
faire, et qu'ils leur font quelquefois), comme s'ils n'existaient
766 LIVRES FRANÇAIS.
point. L'auteur demande, et avec raison, qu'on fasse enfin de
ces assemblées de véritables chambres représentatives des inté-
rêts locaux. Espérons que nous touchons au moment cù vont
se trouver exaucés les vœux des véritables amis de l'ordre légal
et des libertés publiques.
3i i . — * Du Conseil d'état mis en harmonie avec les principes
de la Charte constitutionnelle ; par M. Mongalvy, avocat aux
conseils du roi et à la Cour de cassation. Paris , 1828 ; Roret.
Broch. in- 8° de 72 pages; prix, 2 fr. 5o c.
M. Mongalvy traite, dans cette brochure, non de l'organisa-
tion , mais des attributions du conseil d'état en général. Il ré-
clame, avec tous les bons esprits: i° la dévolution du droit
d'interpréter la loi, dans les cas de dissidence entre la Cour de
cassation et les Cours royales, au pouvoir législatif, auteur de
la loi, c'est-à-dire, au Roi et acx deux Chambres; 2° la créa-
tion d'un tribunal administratif indépendant, c'est-à-dire, com-
posé de juges spéciaux , mais inamovibles > pour juger toutes les
questions que l'on comprend, si improprement, selon nous,
sous la dénomination de droit administratif. Comme s'il existait
une autre division du droit que la division en droit public ou
politique , en droit civil ou privé et en droit pénal! L'auteur,
vers la fin de sa brochure, dit aussi quelques mots des conflits.
— Nous pourrions faire ici , relativement à tous ces objets, une
réflexion générale analogue à celle qui fut si tardivement pré-
sentée sur l'histoire de la dent d'or. En effet, nous sommes
portés à penser avec un de nos confrères, M. Fritot, que lors-
qu'une cause a été jugée diversement par la Cour de cassation
et trois Cours royales, il y a bien lieu à modifier la loi, mais
que le procès jugé doit demeurer définitivement dans son der-
nier état; autrement, il est évident que l'on donnerait à la loi
ou rédaction nouvelle un effet rétroactif. Nous ajouterons seu-
lement que, pour être juste, l'état devrait, dans ce cas , indem-
niser le malheureux plaideur , victime de l'obscurité de la loi,
sinon de tout le dommage qu'entraîne pour lui la perte de son
procès, au moins des frais qu'il lui a coûtés. — En second lieu ,
et quant aux questions de droit administratif , nous nous ferions
fort de démontrer , et sans beaucoup de peine , que toutes
rentrent dans le domaine des questions do droit public ou de
droit civil ou privé , de la nature même de celles que les tribu-
naux ordinaires ont à juger journellement dans l'état actuel ;
dans presque toutes, en effet, le gouvernement, ou, si Ton veut,
l'état comparait comme partie , c'est- à - dire, comme une per-
sonne , soit publique soit privée. L'opinion de ceux qui soutien-
nent que la décision des procès administratifs doit rester dans les
SCIENCES MORALES. 7S7
attributions du conseil d'état revient donc a soutenir l'affirma-
tive sur cette proposition, convient - il que, dans certaines af-
faires, le gouvernement soit juge et partie, c'est-à-dire, juge
dans sa propre cause? Le bon sens ne saurait manquer de faire
justice un jour de cette prétention. Enfin, quant aux conflits,
nous pourrions faire remarquer à M. Mongalvy que, si l'on
créait un véritable tribunal ( lut- il dit administratif) , la ques-
tion des conflits perdrait bientôt tout son intérêt, ou plutôt nous
n'aurions plus de ce qu'on appelle des conflits ; il n'y aurait
plus, à vrai dire, que des règtemens déjuges; mais, quoi qu'il
en soit , et en supposant qu'il y ait lieu d'avoir quelquefois re-
cours à une interprétation autre que l'interprétation doctrinale;
en supposant qu'il doive exister pour certaines questions où
l'administration en personne se trouve mêlée, un tribunal spé-
cial , nous pensons que ce qu'on pourrait faire de mieux serait
d'adopter li cet égard les idées présentées par M. Mongalvy.
Il n'y a que sur les conflits que nous ne saurions dans aucun
cas'partager son opinion. La décision des questions de compé-
tence judiciaire ne saurait appartenir aux conseils du prince.
Pourquoi ne créerait-on pas pour cet objet une section spéciale
à la Cour de cassation ? Mais, je le répète , avec des juges ad-
ministratifs indépendans, cet objet ne vaudrait plus la peine
qu'on s'en occupât. Les conflits disparaîtraient bientôt d'eux-
mêmes. Bouchené Lefer, avocat.
3 12. — * Mémoire sur les forçats , couronné par la Société
académique de Mdcon; par M. Quentin, lieutenant-colonel
de cavalerie en retraite. Paris, 1828; Fayolle. In 8° de 99
pages. ,
L'imperfection de notre législation criminelle, en ce qui
touche les forçats, est devenue l'objet de l'attention géné-
rale. L'opinion publique réclame surtout des mesures propres
à empêcher la rentrée dans la société de ces hommes profon-
dément dégradés, autant par leur fréquentation mutuelle, par
les passions que le désespoir enfante , par leurs mauvaises dis-
positions naturelles, que par l'effet de la misère, de l'abandon
et du mépris légitime qui les attend , après leur sortie des
bagnes. Quarante-un conseils généraux se sont prononcés si-
multanément pour leur déportation, et ce désir peut être re-
gardé comme un vœu national. Mais cette question n'avait pas
été envisagée jusqu'à présent sous tous ses rapports; du moins
dans ce que nous avons lu sur ce sujet, qui intéresse notre éco-
nomie sociale , aucun écrivain ne nous paraît avoir présenté
un aussi grand nombre d'observations fondées sur l'expérience,
de vues justes et applicables , que l'auteur de ce mémoire.
768 LIVRES FRANÇAIS.
Après quelques considérations générales sur l'état actuel des
forçats libérés, suivies de comparaisons instructives entre les
deux législations criminelles de la France et de l'Angleterre,
si différentes dans les punitions qu'elles infligent aux con-
damnés, M. Quentin établit les principes suivans qui servent
de base à son système : i° la peine des travaux forcés ne peut
être abolie complètement, ni remplacée d'une manière absolue
parla déportation; 20 la déportation doit être employée sur
d'autres bases en France qu'en Angleterre, attendu la diffé-
rence de rigueur des lois criminelles des deux nations; 3° par
suite de cette différence, la rentrée des déportés doit en France
être beaucoup plus réduite qu'en Angleterre, puisque nos dé-
portés à tems , s'ils étaient Anglais , seraient au moins pour la
plupart déportés à perpétuité; 4° enfin, par une conséquence
forcée de cette réduction, la déportation à vie doit être ap-
pliquée à la grande majorité de nos forçats.
Au lieu de chercher à remplacer la peine des travaux
forcés par une autre peine équivalente (problème peut-être
impossible à résoudre dans un état social où l'esclavage est
proscrit), M. Quentin modifie l'application des «ois en vigueur,
de manière à diminuer la dégradation uniforme qu'elV-es im-
priment sur tous les coupables indistinctement : de là , il est
naturellement conduit à l'idée de classer les forçats par caté-
gories, selon le degré présumé de leur perversité. Dans la pre-
mière, il comprend les forçats condamnés aux travaux forcés
à perpétuité : le sort de ces misérables , puisque tous scélérats
déterminés , ne subit, dans son plan, aucun changement; seu-
lement, il les sépare des autres condamnés. Cette catégorie est
cependant divisée en deux sections , dans la seconde desquelles
se trouvent placés des hommes passionnés qui ont pu commettre
de grands crimes , poussés par quelques circonstances extraor-
dinaires; à ceux-ci il accorde, lorsqu'ils le désirent, la dépor-
tation comme une faveur. Sa deuxième catégorie se divise aussi
en deux sections , la première destinée à recevoir tous les for-
çats à tems qui ont subi soit une condamnation supérieure au
minimum de la peine, soit une condamnation au minimum , ac-
compagnée d'antécédens correctionnels : aux condamnés de
cette section l'auteur applique la déportation, et à ce sujet il
entre dans des détails intéressans sur l'exécution de cette grande
mesure. La troisième catégorie comprend seulement les forçats
condamnés au minimum de la peine et qui n'ont subi aucune
condamnation antérieure, lesquels se trouvent encore séparés
en deux sections, celle des anciens condamnés, et celle de*
nouveaux. Pour la première, il fonde un bagne spécial et tem •
SCIENCES MORALES. 70g
■oraire; pour la deuxième, il institue des bagnes partiels dam
les villes ehefs lieux de département, à l'instar de la Suisse; et de
l'Allemagne.
Non content de ces dispositions préservatives, il suit encore
les forçats libérés, après l'expiration de leur peine des fers:
pour leur inculquer des habitudes d'ordre et de travail, il conçoit
les escouades de pionniers employés aux travaux d'utilité pu-
blique, tels que constructions de digues, de routes, de canaux ,
dessèchement de marais, etc.; en outre il désire qu'on offre aux
forçats libérés actuellement vagabonds des ateliers de travail
aux frais du gouvernement.
Dans son projet de colonisation l'auteur ne parle que de la
Guyane française. Des écrivains ont proposé le Sénégal qu'un
préjugé généralement répandu semble repoussera cause de son
insalubrité. Cependant nous pouvons avancer, d'après un en-
tretien que nous avons eu avec un planteur de cette colonie
très-florissante aujourd'hui, que la mortalité y est beaucoup
moindre qu'à l'île Bourbon, et que la garnison y perd à peine
quelques soldats par an. D'autres indiquent les trois petites
îles de Bieque, de la Désirade et de Saint-Martin, dans la mer
des Antilles; d'autres enfin quelque île des nombreux Ar-
chipels de la mer du sud, ou même la Nouvelle-Hollande dans
ses côtes habitables. Peut-être serait-il à propos de tenter des
expériences partielles sur plusieurs points à la fois. Deux ou
trois années suffiraient pour avoir des données exactes à cet
égard.
Cette brochure renferme encore beaucoup de détails d'exé-
cution, très-dignes de l'attention du gouvernement. L'auteur
nous en promet une seconde, faisant suite à son premier écrit.
Nous ne saurions trop l'engager à la publier incessamment pour
éclairer l'opinion des chambres qui ne tarderont pas sans doute
à porter sur cette importante matière une loi réclamée par la
morale, par l'économie et par la tranquillité publique.
Ad. Gondiiset.
3i3. — Bu remplacement et du rengagement dans l'armée
française , ou de la nécessité et des moyens de combiner le rempla-
cement avec le rengagement ; par M. ***. Paris, décembre 1827.
Anselin , broch. in-8° de 47 pages; prix, 1 fr.
Les questions soulevées par l'auteur de cette brochure sont
graves et importantes. D'abord, il serait avantageux pour l'État
et pour l'armée qu'un grand nombre de militaires se renga-
geassent à l'expiration de leurs six années de service conscrip-
tionnaire; puis on ne saurait priver les citoyens du droit de
se faire remplacer, quelque peu de garantie que puissent don-
t. xxxvii. — Mars 1828. ty
770 LIVRES FRANÇAIS.
Ber à la bonté du service la plupart des prolétaires que le besoin
seul ou le goût d'une vie dissipée déterminent à se faire rem-
plaçans. Mais ne serait-il pas possible de disposer le système
(!es remplacemens de manière qu'ils influassent sur les rengage-
mens, en présentant aux militaires libérés le prix des rempla-
cemens comme un moyen de s'assurer un heureux avenir après
quelques années d'un nouveau service? La solution de ce pro-
blème posé par M. Gonzague de Nisas, jeune officier d'un mérite
distingue, aurait pour avantages d'améliorer la composition et
l'esprit de l'armée, en diminuant le nombre des prolétaires
remplaçais, d'anéantir les agences de remplacement, et d'é-
pargner au trésor des primes de rengagement, des frais de re-
crutement , etc.
Le moyen qu'il propose pour arriver à ce but est développé
dans une série d'articles dont voici les principales dispositions.
On dresserait chaque année, un état de tous les soldats, capo-
raux et sous-officiers qui voudraient se rengager pour huit
ans. Aussitôt que ce nombre serait connu, il serait réparti par
déparlemens, selon l'importance de ceux-ci. Avant le tirage de
la conscription, une adjudication serait publiquement ouverte
entre tous les jeunes gens sujets au tirage; et ceux qui pour-
raient y mettre le prix ( iooo fr. de première enchère) devien-
draient ainsi propriétaires d'un numéro de rengagement qu'ils
payeraient comptant. Dès ce moment, ils seraient considérés
comme ayant satisfait à la loi, et seraient portés en déduction
du contingent. De la masse des sommes provenues de cette
opération, on déduirait pour tous les départemens le taux
moyen du remplacement, que l'on convertirait en rentes sur le
grand-livre , et qui deviendrait la propriété du rengagé, selon
les conditions convenues pour tous.
L'auteur voit dans l'adoption de cette mesure des avantages
incalculables : une amélioration dans le sort des soldats et
sous-officiers rengagés; des intérêts pécuniaires qui les rat-
tachent à la fortune publique; l'exclusion presque absolue des
individusyfeVrâ- du nom de vendus (phrase dont les expressions
nous semblent bien sévères, car plusieurs de ces hommes sont
devenus officiers); des facilités accordées au recrutement; les
familles riches favorisées ou soigneusement ménagées ( nuance
aristocratique que nous eussions voulu ne pas rencontrer dans
cet opuscule ) ; l'amour-propre de ces familles mis à l'abri de la
révélation des infirmités secrètes, souvenir que perpétuent les
archives des préfectures ( comme si cette révélation n'était un
désagrément que pour les familles opulentes !); la suppression
des agences de remplacement et des bourses générales; la ccr-
SCIENCES MORALES. 7:f
tî tudc de diminuer les contingens «!<s cantons pat 4es enchèrei
nui équivaudràienl ;i des eogagemena volontaires; celle de n'a-
loir à l'armée qne des jeûnes gens qui serriraient pour leur
propre compte; l'avantage, enfin, d'éviter les rassemblemens
d'hommes qui , cherchant à se vendre, sont ennemis du travail
depuis long-tems.
Nous pensons qu'il y a d'excellentes choses dans les idées de
l'auteur; mais peut-être s'est-il un peu trop exagéré les bien*
faits possibles de la mesure qu'il propose, et le danger auquel
il veut remédier. Le nombre des remplaçais est-il donc aussi
Considérable qn'il semble Le donner à entendre? L'armée fran-
çaise est-elle en majorité composée de prolétaires-remplaçans-
volontaires? Ces hommes sont-ils envieux? sont-ils désespères ?
sont-ils, en effet, des pariât armés, considérés comme des
esclaves par leurs camarades et leurs concitoyens? Avons-
nous à craindre qu'une armée trop jeune, subissant l'influence
des opinions du moment , ne devienne délibérante , au lieu d'être
obéissante et passive? Certains publicistes nous ont-ils menacés
de gardes nationales actives? Se peut-il que l'autorité civile
soit partout en opposition avec l'autorité militaire, et qu'elle
pousse l'abus jusqu'à déclarer valides des hommes visiblement
impropres au service, avec l'intention coupable de libérer,
vaille que vaille , les numéros les plus élevés du contingent ?
Ces assertions nettes et tranchées sont bien graves pour être
ainsi avancées sans preuves. Nous avons connu des officiers-
généraux qui avaient commencé leur carrière comme rempla-
çons. Le célèbre Latour-d Auvergne partit de Tréguier, le sac
sur le dos, à la place du fds unique d'un de ses amis. Combien
de jeunes gens se sont ainsi engagés pour offrir des secours à
leur mère, à leur vieux père, à des sœurs infortunées! Non,
l'armée française n'est pas composée d'une majorité de parias !
et l'autorité civile ne pourrait, sans encourir la forfaiture et
se voir promptement réprimée, se mettre en opposition avec
l'autorité militaire; car les conseils de révision sont composés
d'autant d'officiers que de fonctionnaires civils, et la loi est le
régulateur général.
On a fait quelques observations critiques à M. de Nisas, et il
s'est empressé de les publier; c'est la preuve d'un bon esprit,
qui aime la vérité et qui la cherche. La principale objection est
qu'il faudrait une loi , et non pas une ordonnance , pour amener
l'exécution de la mesure qu'il propose. M. de Nisas, qui s'est
couvert du voile de l'anonyme , nous pardonnera sans doute
d'avoir eu l'indiscrétion de le nommer. Fils d'un officier-géné-
ral qui servit l'État de sa plume comme de son épée; frère d'un
4o.
77a LIVRES FRANÇAIS.
écrivain spirituel , il marche avec talent sur leurs traces, et cet
essai donne la mesure des ouvrages plus importans qu'il pourra
publier un jour.
3 14. — * Rapport fait à l'assemblée générale de la Société
pour l'extinction de la mendicité dans la ville de Bordeaux ; par
M. le baron d'Haussez, préfet de la Gironde, président de la
Société. Bordeaux, 1827 ; Lanefranque frères. In-8° de 48pag.
avec une planche; prix, 2 fr.
Une Société s'est formée dans la ville de Bordeaux, avec la
ferme intention d'obtenir par des mesures bien entendues l'ex-
tinction de la mendicité qui affligeait les regards dans tous les
lieux publics, et dont on était obsédé dans les rues, dans les
promenades, aux avenues de tous les édifices. Cette Société a
choisi une commission dont les premiers soins ont été de s'as-
surer des fonds nécessaires pour l'exécution du projet que l'on
avait en vue , de faire préparer un local et de rédiger un règle-
ment qui pût devenir la base de ses opérations. Lorsque, par
des ordres positifs, les mendians étrangers à la ville de Bor-
deaux se sont vus forcés de retourner dans leurs communes
respectives , le nombre de ces individus que l'on croyait ne
pouvoir compter que par milliers, s'est réduit à 266. La Société
est partie du nombre rond de 3oo, pour asseoir la base de
son institution. La bienfaisance des Bordelais n'a pas été vai-
nement stimulée; la mendicité a disparu; et un établissement
composé de 3oo pauvres s'est formé, comme par enchante-
ment, et aux moindres frais possible.
Nous ne pouvons qu'approuver la sollicitude et la persévé-
raneequi ont amené un résultat aussi avantageux. Le système de
couchage adopté dans la maison de refuge, c'est le nom donné
à l'établissement, nous a paru parfaitement approprié au but
de cette institution, et il mérite d'être connu. Les lits, à fond
cordé, composés d'une paillasse, d'un traversin , de draps et de
couvertures, sont adossés deux à deux et se relèvent dans le
jour, de manière à laisser les salles libres et à pouvoir être
vérifiés et nettoyés dans toutes leurs parties. La nourriture saine
et abondante, avec une ration de vin, ne revient qu'à 26 c. f
par individu. Les pauvres sont bien habillés, bien soignés et
peuvent se livrer à diverses industries d'une extrême simplicité
qui leur rapportent de petites sommes avec lesquelles ils satis-
font à des besoins ou à des fantaisies que l'hospice ne saurait
payer.
Ainsi, la ville de Bordeaux, sans recourir à des mesures ré-
pressives , ni à des dispositions pénales , a réussi à détruire la
mendicité dans ses murs; il est donc possible d'obtenir dans
SCIENCES MORALES. 773
tous les départemena Le même résultat. Un ancien et respectable
administrateur , M. ni. Uoujoux, était parvenu à éteindre tota-
lement la mendicité dans le département de Saônc-et-Loire, il
y a quinze OU seize ans, sans seeours extérieur , sans dépôt dé-
frayé par le gouvernement, mais à l'aide d'une bienfaisance
éclairée, et avec une volonté sage et ferme. Quinze ou dix-huit
préfets qui lui ont succédé, dans l'espace de quatorze années,
n'ont pu maintenir ses institutions, et la mendicité, avec tout
ce qu'elle a d'immoral et de hideux, a reparu dans les lieux
qu'elle avait abandonnés. Félicitons M. d'Haussez de l'avoir
extirpée de Bordeaux. Ces sortes de bienfaits administratifs
parquent honorablement la carrière d'un magistrat.
Mais le règlement même nous suggère une réflexion qui n'est
peut-être pas sans importance. Les conditions d'admission sont
faciles à établir, au moment de la formation d'un tel hospice;
mais y a-t-il lieu de prévoir un long avenir, et les places va-
cantes, s'il faut les nommer ainsi, doivent-elles être remplies
au fur et à mesure des extinctions? Ce serait perpétuer un
refuge de 3oo pauvres, et non éteindre la mendicité. Au mo-
ment de la création, la mendicité est flagrante; mais, la possi-
bilité de mendier ayant cessé, au bout de quelques années,
cette odieuse coutume doit avoir totalement disparu; elle ne
sera plus dans les mœurs d'une génération qui, ne la connais-
sant pas dès l'enfance, ne songera pas à la mettre en usage. Il
n'y aura donc pas lieu à remplacer les vacances dans l'hospice.
L'article 3i du règlement de Bordeaux pourrait être modifié
dans ce sens, qu'au lieu de recevoir un pauvre par extinction, on
n'en admettrait un que par deux vacances : nous soumettons
cette observation à la Société de mendicité de Bordeaux.
3i5. — * Moyens d'éteindre et de prévenir la mendicité à
Marseille. Marseille, 1827; Achverd. In -8° de 44 pages;
prix, 2 fr.
Cette brochure, due à MM. Segaud, docteur en médecine,
et Mery, président de la Société de statistique de Marseille, a
pour objet de proposer la création d'un établissement public,
afin d'éteindre et de prévenir la mendicité dans cette ville, au
moyen de souscriptions et de dons volontaires. La ville de
Bordeaux a donné à cet égard un exemple que toutes les
villes devraient s'empresser d'imiter. ( Voy. ci-dessus p 772. )
Marseille, ville riche et très-commerçante, peut facilement
obtenir les mêmes avantages que Bordeaux, sans mesures ri-
goureuses , sans soumettre les pauvres à des travaux qu'une
longue oisiveté leur a ôté la possibilité d'exécuter, et sans les
priver totalement de leur liberté. Ceux de Bordeaux sont par-
7 7 4 LIVRES FRANÇAIS,
faitement nourris; ils jouissent d'une ration de vin par jour;
leur vêtement est chaud et propre; ils sortent avec des permis-
sions, certains jours de la semaine; ils travaillent à des ouvrages
appropriés à leur peu de force ou d'adresse; et le prix qu'ils en
reçoivent leur sert à se procurer les objets nécessaires ou com-
modes dont ils peuvent avoir contracté l'habitude, et que la mai-
son ne peut leur donner. Le prix de leur dépense journalière
ne dépasse pas 56 cent. ~, tous frais compris.
Les auteurs de la brochure que nous annonçons signalent,
au nombre des causes qui tendent à entretenir la mendicité à
Marseille, l'ignorance du peuple, la passion du jeu, les loteries,
le libertinage, le perfectionnement des machines et le mariage
des ouvriers. Nous prouverions facilement que le perfection-
nement des procédés industriels, loin d'accroître la misère
publique, tend, au contraire, à créer de nouvelles sources de
richesses, quoiqu'il amène une diminution momentanée dans
l'emploi des bras; mais nous voulons bien reconnaître qu'au
moment même où une machine nouvelle est mise en usage,
quelques ouvriers se trouvent nécessairement sans travail.
Toutefois nous n'admettrons jamais que les mariages nombreux
qui ont lieu dans la classe ouvrière concourent spécialement à
entretenir la misère. De ces unions fréquentes, disent les auteurs,
résultent des troupeaux d'en/ans, qui vont dans les rues solliciter
la pitié des passans, s'habituent à mendier, fuient le travail et
deviennent des êtres dangereux pour la société. On avouera que
c'est traiter bien légèrement le lien que nos mœurs et nos lois
regardent comme le plus sacré, et qu'il y aurait peu de véri-
table philantropie à l'interdire à toute une classe, parce qu'elle
ferait des troupeaux d'en/ans. La conséquence rigoureuse de
cette singulière observation serait l'établissement d'un cens
pour le mariage, comme pour les élections, et la prohibition
du lien conjugal aux prolétaires. Non, les enfans des ouvriers
ne sont point des êtres dangereux pour la société; ils appren-
nent à aimer le travail, à l'exemple ce leurs pères et mères; ils
ne sollicitent point la pitié des passans, et ils contribuent, au
contraire, à l'aisance de la famille, dès qu'ils sont en âge de
gagner quelque argent. L'ouvrier considère partout la mendicité
comme un déshonneur; et cela est si vrai qu'il est très-difficile
de le déterminer, dans ses maladies, à se rendre à l'hôpital,
quelque certain qu'il soit d'y être mieux soigné que chez lui. Si
la classe ouvrière fait beaucoup d'enfans, ouvrez de nom-
breuses écoles, fournissez-leur des moyens de s'instruire, for-
mez leur intelligence, répandez à profusion la connaissance des
art* et des métiers, remplissez ce devoir que la société contracte
SCIENCES MORALES. 775
envers ton- ceux qu'elle admel dans son srin, ouvrez leur une
route vers là possibilité «le vivre d'un travail) d'une industrie
quelconque; et, à leur tour, il s'acquitteront au centuple envers
la société.
Le désir du bien a quelquefois ses excès. MM. Segaud et
Méry, en indiquant les moyens qu'ils jugent efficaces pour
éteindre la mendicité à Marseille, voudraient que l'on con-
damnât à une amende tous les citoyens qui feraient publique-
ment l'aumône. Une amende pour avoir écouté un sentiment
d'humanité, pour avoir satisfait à un besoin du cœur! Ces mes-
sieurs n'y ont pas réfléchi. Ils n'ont pas songé qu'une telle me-
sure porterait atteinte à ce que les hommes ont de plus cher,
à la liberté, à la conscience, à l'esprit de charité dont aucune
loi ne peut prescrire la limite. Que l'on empêche de mendier
dans les rues, et personne n'aura l'occasion de faire l'aumône
en public.
Nous formons des vœux sincères pour que les administrateurs
du département des Bouchés du Rhône et ceux de Marseille en
particulier s'occupent promptement des mesures qui peuvent
détruire la mendicité dans une ville où ce fléau paraît exister
dans toute son horreur. R.
3iG. — * Dictionnaire historique , ou histoire abrégée des
hommes qui se sont fait un nom par leur génie,' leurs talens,
leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commen-
cement du monde jusqu'à nos jours; par l'abbé F. X. vu
Feller. Septième édition, enrichie d'un grand nombre d'articles
nouveaux intercalés par ordre alphabétique ; corrigée sur les
observations de nos meilleurs biographes, et ornée du portrait
de l'auteur. T. V et VI. Paris , 1827; Méquignon-Havard. 2 vol.
in-8°; prix de la livraison, 12 fr.
Les six premiers volumes ont paru dans l'année 1827; et
comme l'ouvrage doit, être composé de dix- sept volumes, on a
droit d'espérer qu'il sera terminé en 1829. Le cinquième vo-
bime commence à l'article Cinare, et le sixième tinit à l'article
Faur {du). L'auteur ne s'y montre pas fort instruit dans l'his-
toire des sciences, à l'article Dorât dont il prétend que YÉpître
aux comètes mortifia beaucoup les astronomes, qui, dit-il,
avaient prophétisé qu'une comète devait détruire la terre
en 1773. Si le père Feller avait étudié sans prévention cette
petite anecdote , il aurait su qu'en 177*3, l'astronome Lalande
devait lire, à la rentrée publique de l'Académie des sciences ,
des réflexions sur les comètes qui pouvaient approcher de la
terre. Le tems ne lui permit pas de les lire, mais elles avaient été an-
noncées, et cela produisit dans le public une teneur incroyable:
776 LIVRES FRANÇAIS,
l'auteur les fit imprimer promptement pour rassurer les esprits.
Euler et Dionis du Séjour écrivirent avec le même projet (i).
L'épître de Dorât ne pouvait donc mortifier les astronomes,
comme le dit le père Feller, qui ne montre pas moins d'igno-
rance à l'article Clairaut où il prétend que l'on ne peut prédire
le retour des comètes. Cette assertion est plus absurde aujour-
d'hui que jamais, depuis !a découverte d'une planète périodique
dont la révolution est de trois ans et trois dixièmes (2). M. Mi-
chaud, dans sa Biographie universelle , ouvrage bien supérieur
à celui dont nous parlons, n'a pas la prétention de savoir mieux
l'astronomie que le père Feller; mais il a confié la rédaction de
l'article Clairaut au savant professeur et académicien Lacroix.
Aussi, cet article de la biographie est excellent et fait pour
instruire même les mathématiciens. Les théologiens feraient
mieux en général d'étudier les sciences que de critiquer les
savans; au reste la théologie de l'auteur a bien aussi ses pré-
jugés. A l'article Durand Maillane , qui est nouveau, mais
où les éditeurs ont conservé son esprit, il est dit que ce Pro-
vençal , distingué par le refus qu'il fit de voter la mort de
Louis XVI, était un profond casuiste, mais qu'en favorisant les
libertés de l'église gallicane, il attaquait trop violemment les
droits du saint-siége, droits établis par l'écriture, la tradition
et le laps de plus de dix-huit siècles. De ces dix-huit siècles il
faut en retrancher plus de la moitié, pendant laquelle les li-
bertés de l'église gallicane n'étaient qu'une petite partie de
celles de toutes lés églises; mais ces messieurs n'y regardent pas
de si près. Les idées du père Feller en histoire sont analogues
à celles qu'il a en astronomie. Hérodote ne lui paraît pas croyable
à l'article d'Jtys; mais, aux articles ftEgyptus, de Dan nus et
des Danaïdesy\\ est persuadé, sur l'autorité d'Horace, que les
5o fils de l'un épousèrent les 5o filles de l'autre, et qu'Egyptus
donna son nom à l'Egypte, 820 ans avant la guerre de Troie ;
mais il ne dit pas comment l'Egypte s'appelait auparavant. L'ar-
ticle de l'infortuné duc d'Enghien est un peu long; mais on y
trouve des détails curieux, et les auteurs ont dédaigné de faire
mention des anecdotes sans doute calomnieuses rapportées par
l'abbé Montgaillard. On trouve des détails bien plus curieux
dans l'article de la Biographie universelle, avec laquelle celle-ci
(1) Voyez la Biographie astronomique de Lalande ; Paris, i8o3,
pag. 537.
(2) Voyez X Annuaire du bureau des longitudes, pour cette année
1828 , pag. ao5.
SCIENCES MORALES. 777
ne peut soutenir la concurrence. Ou peut seulement accorder
an Dictionnaire que nous annonçons le mérite d'être plus court
et de renfermer quelques articles nouveaux. F.-a.
3 17. — * Histoire de France , depuis la (in du règne de
Louis XVI jusqu'à l'année i8';.r>, précédée d'un Discours, etc. ,
par If . l'abbé de Montgaillard. Troisième édition, ornée du
portrait de l'auteur, dujae simile de son écriture. Paris, 1828;
Moutardier. i5 forts vol. in- 18 sur grand raisin. Prix de chaque
volume, 3 U\ Il en paraît un tous les vingt jours.
Cette troisième édition d'un ouvrage que tout le monde veut
lire est destinée à obtenir un succès populaire. Elle est écono-
mique, et cependant soignée, sous tous les rapports. Le pre-
mier volume est en vente, et la régularité apportée par l'éditeur
dans la publication des éditions précédentes est un sûr garant
de l'exactitude avec laquelle il remplira ses nouvelles pro-
messes. A.
3 18. — * Mémoires historiques et anecdotes sur les reines et ré-
gentes, par Dreux du Radier; continués jusqu'aujourd'hui par
un professeur de l' Université de Paris. Paris, 1827; Roret. 6 vol.
i in-8° avec figures au trait et nombreux fac simile]; prix, 36 fr.
Les mémoires historiques ont aujourd'hui le privilège de
captiver l'attention et la curiosité publiques. Quelle que soit
l'époque à laquelle ils appartiennent, on les recherche avec
empressement; on les relit avec un vif intérêt. Il faut avouer
que ce n'est pas sans raison. Peu de lectures offrent en général
plus de variété, d'agrément, et même de véritable instruction.
Sans avoir la gravité et l'importance de l'histoire, proprement
dite, ils l'emportent souvent sur elle par la peinture animée
des hommes et des choses. C'est là qu'on voit à nu les passions
des personnages , le secret des affaires, la marche des négocia-
tions dont on ne trouve ailleurs que les résultats. C'est en quel-
que sorte une scène dramatique qui expose successivement à
nos regards les intrigues, les grands événemeus, les tableaux
piquans de mœurs , les révolutions politiques, les anecdotes sur
les hommes célèbres , en un mot , les détails de la vie intérieure
et ceux de la vie publique. Sous tous ces rapports, les Blé-
moires historiques sur les reines et régentes de France , depuis
l'origine de la monarchie jusqu'à nos jours, sont de nature à
vivement intéresser tous les lecteurs.
Rejetant toutes ces traditions vulgaires d'éloge on de calom-
nie qui remplissent les compilations, Dreux du Radier a puisé
avec discernement dans les vieilles chroniques et dans les ma-
nuscrits originaux. Tous ses récits portent l'empreinte de la
bonne foi et de l'instruction , et son ouvrage est comme une
;;8 LIVRES FRANÇAIS.
immense galerie de portraits où paraissent successivement toutes
les femmes qui, comme reines ou favorites de nos rois, ont
joué un rôle dans notre ancienne monarchie et laissé des sou-
venirs aimables ou imposans. Qui ne sera curieux de connaître
avec tous ses détails l'histoire A' Agnès Sorel , de la belle com-
tesse de Chateaubriand , de Marie Stuart , épouse de Fran-
çois II , de Marie de Médicis , femme de Henri IV, de l'aimable
Gabriclle d'Estrées , delà sensible La Vallière, de Marie Lec-
zinsha , femme de Louis XV, et de l'infortunée Marie - Antoi-
nette. On sent tout l'intérêt dont ces divers sujets sont suscep-
tibles. Un avantage précieux distingue la nouvelle édition, elle
offre un ouvrage complet. Les Mémoires historiques ont été
continués jusqu'à nos jours par un professeur de l'Académie de
Paris. Cette partie est faite d'une manière judicieuse, semée
d'anecdotes intéressantes, écrite avec autant de goût que d'é-
légance. Z.
319. — * Lettres historiques et politiques sur le Portugal, par
Joseph Pecchio , continuées par un ancien magistrat portugais ,
publiées par M. Léonard Gallois , et augmentées d'un Coup
d 'œil militaire sur le Portugal par M. le général Pelet. Paris,
1827; Gh. Béchet. In-8° de 376 pages; prix, 6 fr.
Jamais époque n'aura été plus féconde en matériaux pour
écrire l'histoire que celle où nous vivons ; les mémoires et
les documens de toute espèce dérouleront sans peine les évé-
nemens dont nous avons été témoins, aux yeux des géné-
rations qui suivront la nôtre. De nouvelles lettres historiques
viennent d'être publiées par M. L. Gallois; elles traitent des
révolutions qui ont eu lieu récemment dans la péninsule ibé-
rique, et qui peut-être n'ont pas encore atteint leur terme.
Ces lettres ont l'avantage d'avoir été écrites sur les lieux
mêmes , et de renfermer une sorte de journal des faits qui
se sont passés en présence de ceux qui les racontent. L'ou-
vrage que nous annonçons se divise naturellement en trois
parties. La première comprend la correspondance de M. Pec-
chio , commencée en février 1822, à l'époque où le Por-
tugal , imitant l'exemple que venait de donner l'Espagne ,
avait voulu se régénérer, et reconquérir ses anciennes cortès,
et ses antiques franchises nationales. Rentré lui-même dans
ce pays depuis son affranchissement , l'auteur décrit l'état
social du Portugal ; il nous transporte au sein de l'assemblée
des cortès de Lisbonne , et fait un portrait remarquable de
Thomas Fernandczy le père de la révolution portugaise. Cette
courte correspondance cesse au moment où des lermens de
trouble se manifestent dans l'Espagne et dans le Portugal,
SCIENCES MORALES. 77g
et ici commence la seconde partie, écrite par M. T...., ancien
magistral portugais. Il jette d'abord un coup d'oeil sur la
politique européenne à l'égard de l'Espagne; puis, rend compte,
avec des détails appuyés de pièces justificatives] de la rup-
ture entre le Brésil cf. le Portugal. Bientôt , les nouvelles
d'Espagne, et les exploits de l'armée de la foi, l'invasion
des troupes françaises et les événemens de la rapide cam-
pagne de l8a3 , la révolte armée du comte d'Amarante et
les mouvemens insurrectionnels du Portugal remplissent suc-
cessivement ses pages. Des détails curieux sur tous ces éve-
nemens et sur l'état moral de la population de Lisbonne ,
pendant qu'ils se passaient, donnent de l'intérêt à ce récit.
Nous voyons ensuite la constitution renversée, la reine et
l'infant don Miguel conspirant contre le gouvernement établi
par Jean VI, et au maintien duquel le roi semblait se plaire.
La présence des ambassadeurs étrangers, la fermeté du re-
présentant du roi de France, font avorter ce complot au mo-
ment où le succès semblait, le couronner. Enfin, l'intervention
de l'Angleterre vient rétablir un ordre que troublent bientôt
les événemens de l'intérieur et des circonstances extérieures
dont l'effet se communique et réagit sur le Portugal. Cette se-
conde partie nous conduit ainsi jusqu'au mois de mars 1827,
où s'arrête la série des faits historiques. L'éditeur complète
son volume par un extrait de Mémoires sur les campagnes de
1810 et 181 1 en Portugal, dans lesquels le général Pelet, alors
attaché à l'état-major du maréchal Masséna , examine le pays
sous le point de vue militaire. La topographie est naturellement
la première considération qu'embrasse l'auteur; il fait connaître
en détail la configuration du pays, les moyens de communica-
tion, les ressources, et les différentes lignes d'opération qu'il
présente , soit pour l'attaque, soit pour la défense. Suivant lui ,
le Portugal offre plus de chances favorables pour repousser
une agression ; ses forces ne lui permettent pas d'entre-
prendre seul et sans de puissans alliés aucun acte d'hosti-
lité , et les accidens de terrain bien déterminés qui s'y re-
produisent à chaque pas , lui donnent au contraire des moyens
redoutables de résistance. Tels sont la distribution et le plan
sommaire de l'ouvrage publié par M. Gallois; on y recueille
des renseignemens curieux sur les troubles qui ont agité et
qui agitent encore cette partie de l'Europe. L. Dh.
3îo. — Lettre de saint Vincent de Paul au cardinal de La
Rochefoucauld , sur l'état de dépravation de l'abbaye de Long-
cfaamps; en latin, avec la traduction française et des notes,
par J. L. Paris, 1827 ; Éverat. Iu-8° de 2 3 pages,
780 LIVRES FRANÇAIS.
«L'abbaye de Longchamps, fondée en 1260 par la bienheu-
reuse Isabelle de France, sœur de saint Louis, ne conserva
guère plus d'un siècle sa ferveur primitive. Les grands biens
dont elle avait été dotée furent la cause de son relâchement.
Elle a servi autant qu'aucune autre communauté religieuse
à justifier la maxime d'un chartreux : La piété a enfanté les
richesses, et les filles ont étouffé la mère. Dès la fin du qua-
torzième siècle, elle se livra à la plus infâme corruption. Alors
même on tenta d'y introduire la réforme, mais inutilement.
On ne fut pas plus heureux dans d'autres circonstances. Vers
le milieu du dix-septième siècle, saint Vincent de Paul fut
chargé par la congrégation des réguliers, au nom du pape,
d'informer sur les mœurs de la plupart des filles qui l'ha-
bitaient. C'est le procès- verbal de cette information , adressé
au cardinal de La Rochefoucauld, en forme de lettre, que
l'on vient de publier en latin , avec la traduction française
en regard. Il est utile de nous convaincre que ce bon vieux
tems que l'on regrette si vivement , ne valait pas , à beau-
coup près, le tems où nous vivons. » Et qui oserait récuser
le témoignage du vertueux supérieur de la congrégation de
la mission ? et.
Littérature.
32 1. — * J perçu sur les hiéroglyphes d'Egypte et sur les pro-
grès faits jusqu'à présent dans leur déchiffrement , par M. Brown,
traduit de l'anglais , avec une planche représentant les alphabets
égyptiens. Paris, 1827; Ponthicu. In-8° de 84 pages; prix, 4fr.
5o c.
Cet écrit n'est point destiné à répandre de nouvelles lumières
sur les hiéroglyphes; mais il a pour but, ce qui n'est pas moins
important, de constater les progrès faitsjusqu'à ce jour dans cette
étude. Il est destiné aux personnes qui, sans se livrer spécialement
à ce genre de travaux, sont cependant curieuses d'en connaître
les résultats. Dans ce dessein, M. Brown s'est proposé de faire une
exposition impartiale de tous les efforts tentés pour expliquer les
anciens caractères sacrés des Égyptiens. Il en commence l'histoire
à la découverte de l'inscription de Rosette, et fait successivement
connaître les observations curieuses qu'elle a suggérées à MM. de
Sacy, Acherblad , Young , Champollion jeune , Spohn et son édi-
teur, M. Seyffarth. D'accord avec les personnes qui ont étudié
ce monument et les travaux auxquels il a donné lieu, il ne
craint pas de déclarer que M. Seyffarth n'est pas dans la route qui
peut mener à des découvertes, et que ses interprétations des
textes hiéroglyphiques ne sontplausibles qu'autant qu'elles sont
LITTÉRATURE. 781
empruntées à M. Champollion. Od s'attend bien que, dans un
péril de ce genre, spécialement consacré à l'histoire de cette
science nom elle, la question de priorité entre MM. Young et
ChampoUion jeune a du être examinée. L'auteur est Anglais, et
quelques personnes pourront croire que la partialité nationale
a dicté son jugement; mais il nous semble que si, d'un côté,
il attribue à M. Young l'idée première de la recherche d'un
alphabet phonétique , il sait, de L'autre, rendre \\\\a éclatante
justice aux belles découvertes qu'y a ajoutées M. Champollion.
n.
322. — * O'Ncill, ou le Rebelle, poème de L. Litton Bul-
wer, traduit de l'anglais, par MUc Harriet'PRY.m.T.. Paris, 1828;
Delà fores l. In- 12 de xxv et 160, pages; prix, 3 fr. 5o c.
Ce poème, dont la Revue Encyclopédique a rendu compte
dans un article de la section des Analyses (voy. t. xxxvn,
p. 101), appartient au genre épique-méditatif que le génie de
Byron a mis en vogue. Dans ce genre, les faits apparaissent
comme voilés au milieu d'un brouillard de rêveries mélanco-
liques Nous ne pouvons souscrire à la préférence que l'auteur
de l'article lui accorde sur le genre épique proprement dit.
Nous pensons que le récit des événemens, quand l'action est
intéressante et dramatiquement développée, loin d'exciter une
' vaine curiosité qui, une fois satisfaite, ne laisse rien après elle ,
se grave, au contraire, en traits de feu dans l'esprit du lec-
teur et l'invite sans cesse à renouveler ses premières émotions.
Nous pensons que Yanalyse des sentimens , quelque ingénieuse
qu'elle puisse être, ne vaut pas la peinture des sentimens,
amenée par le récit, comme chez les grands maîtres, qui ont
mieux aimé faire rêver le lecteur que de rêver eux-mêmes.
Aces restrictions près, nous n'hésitons pas à reconnaître le
grand mérite de ce poëme, aussi remarquable par la profon-
deur des pensées que par la chaleur et l'éclat des descriptions.
Nous ajouterons que la traduction de Mlle Preble reproduit de
la manière la plus heureuse les beautés de l'original. Un pareil
travail prouve chez l'écrivain une connaissance approfondie du
génie et des ressources de l'une et de l'autre langue. Nous citerons
avec plaisir le passage suivant où la grâce de l'expression fait
si bien ressortir la vérité et la délicatesse de la pensée. « La
demande de Marlow (le rival du Rebelle) était chaque jour
mieux accueillie, et sévère par affection, Ullin forçait l'oreille
inattentive de sa fille à entendre plaider une cause détestée.
Qui n'a senti ce despotisme du cœur, qui révolte lorsqu'il est
violent, et qui subjugue lorsqu'il est tendre? Son pouvoir est
lent, mais sûr. Notre ame déploie contre lui toute son énergie;
- mais il parvient enfin à son but. Qui peut résister long-tems ,
78i LIVRES FRANÇAIS.
quand les êtres qui prient sont ceux pour le bonheur desquels
on voudrait tout faire en ce monde? On peut se défendre
contre des mots; comment répondre au silence triste et au re-
gard qui implore? Comment se défendre contre un accent
plein de tendresse qui dévoile le désir et révèle la pensée?
contre le ton faible et doux qui ôte chaque jour au cœur une
partie de sa force? Quand la douleur causée par le refus ne
s'exhale pas en reproches, qui peut refuser encore?» Il est
difiieile de manier la langue française avec plus de facilité et
de charme. A peine dans cet écrit d'une étrangère avons-nous
découvert deux légères taches, que nous croyons devoir signa-
ler à l'auteur. Nous lisons, p. i3 : «Le malheur seul peut faire
trouver un sauvage délice aux sombres actions qui demandent
le secret de la nuit. » Le mot délice ne s'emploie avec élégance
qu'au pluriel. Plus loin, nous trouvons, (p. 83 ): «Jamais le
vieillard conteur, assis auprès de son foyer, n'a fait sur les
chevaliers des anciens jours des récits plus merveilleux que
ceux répétés par des lèvres tremblantes sur les actions hardies
du terrible O'Neill. » Rien de plus inélégant que cette union
du pronom ceux avec un participe ou un adjectif; c'est une
véritable faute tout au plus tolérable dans le style administratif,
où elle est devenue fréquente : un si petit nombre de critiques
est à nos yeux un grand éloge du style de Mlle Preble. Sa tra-
duction du Rebelle est précédée d'un Précis historique sur l'Ir-
lande, qui honore à la fois le talent de l'écrivain, son impartiale
justice et sa sensibilité. Ch.
323. — * Berthe et Robert, poème en quatre chants, par
Edouard d: 'Anglemont. Paris, 1827; l'éditeur, place de l'École-
de-Médecine, n° 1. I11-80 de 86 pages; prix, 2 fr. 5o c.
L'excommunication de Robert et de Berthe a paru à quel-
ques auteurs un sujet digne d'exercer leur plume; Mar-
changy, dans sa Gaule poétique, l'avait recommandé aux jeunes
poêles; et M. d' Anglemont n'a pas manqué de citer, dans ses
notes, quelques passages de cet écrivain; mais nous aurions
désiré qu'il mît dans sa composition un peu plus de l'imagina-
tion et de la couleur antique de son modèle.
Quel que soit le mérite d'exécution de Berthe et Robert , l'in-
vention nous a paru forcée et de peu d'effet : Berthe, frappée
de terreur, abandonne d'abord son époux, qui la cherche long-
tems en vain , et finit par la trouver aux pieds d'un saint
ermite. Cet ermite est Charles de Lorraine, celui que Hugues
Capet avait privé du trône, qu'il retint en prison jusqu'à sa
mort, arrivée en 992, six ou sept ans avant l'excommunication
de Robert; et c'est ce prince ainsi ressuscité, qui cherche à
LITTÉRATURE. ?83
consoler lé fils et la bru de son ennemi; qui leur parle d'une
excommunication qu'il a subie (i), et leur promet d'intercéder
pour eux auprès dtl p&p6j et qui, tué dans les Apennins, ne
peut tenir sa promesse, de sorte que Berlhe et Robert qui
Comptaient sur lui, sont forcés de céder à l'analhèine, et de se
séparer. Les suites de l'excommunication nous font frémir dans
l'histoire. L'auteur n'a point su conserver la simplicité et la
profonde (erreur du récit qu'elle nous a transmis. On peut si-
gnaler plusieurs négligences de style dans le travail de M. d'An-
glemont, et d'abord l'impropriété trop fréquente des termes.
Il dit, par exemple, « les ciseaux dispersent ma longue cheve-
lure en débris » (pag. 4^); « le vieillard se sent rajeunir, lors-
qu'il raconte les éclairs de sa vie» (pag. /j6), etc.; ensuite une
coupe de vers trop souvent dure et boiteuse:
Je me dépouille, et prends un vêtement de hure,
Noir, semblable à l'habit, etc. ( pag. 4^.)
D'ailleurs le ton perpétuellement noble de son poème ne lui
permet jamais de dire les choses simplement, et il perd ainsi
tout l'effet que peut produire l'horrible vérité de l'histoire. En
voici un exemple :
L'être fragile encor , qui porte en son berceau
Du crime originel l'inévitahle sceau ,
Réclame vainement cette onde salutaire
Qui seule ouvre le ciel aux ^nfans de la terre :
Celui qui du remords veut être délié
N'apporte plus sou cœur contrit , humilié,
Au tribunal , etc.
Voilà sans doute des vers bien faits; mais ne sent-on pas bien-
tôt qu'il n'y a là qu'une amplification poétique , au lieu de cette
désolation vivement représentée dans nos moindres historiens?
Enfin, et ce défaut mérite d'autant plus d'être relevé qu'il
devient commun à nos poètes, nous reprocherons à M. d'An-
glemont le mélange subit et non préparé du dialogue et de la
narration. M. de Lamartine, dans le Citant du Sacre; M.. An-
celot , dans Marie de Brabant, avaient déjà offert assez mal-
(i> L'histoire ne parle pas de cette excommunication de Charles.
M. d'Anglemont aurait-il confondu ce duc de Lorraine avec le roi de
Lorraine, Lothaire, petit- fils de Louis-le-Débonnaire, qui fut excom-
munié et obligé d'aller h Rome , pour n'avoir pas répudié sa concu-
bine Waldrade?
784 LIVRES FRANÇAIS.
heureusement l'un et l'autre cette confusion que réprouve le
bon goût. Il faut remarquer que ce vice est, comme tant
d'autres, l'abus d'une chose bonne en elle-même. Longin avait
remarqué, dans son Traité du sublime , combien le passage
inattendu de l'action au dialogue d'une personne à une autre
pouvait produire d'effet. Mais l'emploi doit en être rare, et en-
core faut-il que tout soit préparé par le poëte, de manière que le
lecteur ne trouve rien d'obscur, de heurté, de disparate. Nos
jeunes écrivains, en négligeant ce principe et l'étude des mo-
dèles, ont misa la mode ce style haché et incohérent, où les
plus grands moyens oratoires et poétiques sont prodigués sans
effet, par la double raison qu'ils sont trop communs, et hors
de leur place.
Si j'ai tant insisté sur ces divers défauts ,• c'est que l'ouvrage
de M. d'Anglemont porte l'empreinte d'un talent remarquable,
mais qui a besoin de mûrir encore. Ici il faut répéter les con-
seils déjà si souvent adressés à nos jeunes poètes; il faut leur
rappeler encore que les sujets nationaux offrent à la poésie des
ressources inépuisables dont ils cherchent avec raison à pro-
fiter; mais qu'avant d'écrire, il faut étudiera fond l'histoire à
laquelle on veut emprunter un sujet; qu'il faut disposer les
diverses parties de ce sujet dans un ordre toujours simple et
naturel; enfin, que le style est la partie difficile de la compo-
sition, et qu'on ne fait pas du pathétique avec des figures de
rhétorique ou des points d'exclamation , des rélicences et des
apostrophes. B. J.
324. — * Élégies et poésies de Mme Victoire B abois. Troisième
édition. Paris, 1828; Nepveu. 2 vol. in-18, grand-raisin, ornés
de gravures; prix, 10 fr.
Ce recueil se compose, i<> d' Elégies sur divers sujets ; 20 iï Elé-
gies nationales', 3° Ù Élégies maternelles ; 4° d' £ pitres et d'au-
tres Poésies; 5° de quelques Opuscules en prose; 6° de Lettres
adressées à Mme Babois par Ducis. De ces six parties, la 2%
la 5e et la 6e étaient restées jusqu'à présent inédites; la ire et
la 4e contiennent un assez grand nombre de poésies inédites,
et la 3e est reproduite telle qu'elle a paru dans les deux pre-
mières éditions, en i8o5 et 1810.
Les Élégies maternelles ont commencé la réputation de l'au-
teur; lorsqu'elles furent publiées pour la première fois, elles
obtinrent les suffrages de§ gens de goût, suffrages que vinrent
confirmer ceux de Ducis, Lebrun, Fontanes , Chénier, et de
quelques autres littérateurs aussi célèbres. Le premier, qui se
lia d'une amitié étroite avec Mme Babois, la surnomma la
Sapho des mères; et le dernier, dans son Tableau de la littéra-
U iTi.il \Ti RE. -ftfi
luw française f lit ainsi t*éloge de l'auteur et de IViivi agê : #,,-
Mvlr des élégies que M""' Babois s publiées sur In mort <
tille est constamment pur, la versification en est d'une doueeur
exquise; celle poésie vient du cœur, et du cœur d'une mère.
Ce >oiil des chftDtS de douleur, un ûbjel adore les remplit;
lOUtes les idées sont de tendres souvenirs, et tous les vers
sont des larmes. 'Tout nu contraire de tant dépens qui pensent
êlïe poètes, sans avoir reçu Y influence secrète, AI""' Babûtà est de-
venue poète sans y penser; on lira avec plaisir (tom. irr, p. i->>5)
une lettre dans laquelle elle raconte, avec autant de modestie
que de simplicité, comment clic fut avertie de son talent. La
douleur
Si pointant la douleur doit s'exprimer li bien,
fut sa première muse, et tourna ce talent vers l'élégie. L'auteur
repond en même tems, dans cette lettre, à l'objection que ren-
ferme le vers que nous venons de citer, après un des premiers
critiques qui rendirent compte de ses poésies. Quinze années
s'écoulèrent entre la mort de sa (ille et la première élégie que
lui inspira cette perte. « Quand une douleur telle que celle dont
j'étais la proie, dit-elle, cesse d'être un tourment intolérable,
elle devient une occupation chère; c'est du moins ce que j'é-
prouvai. Vivre de mes souvenirs, nourrir mes regrets, leur
consacrer tout ce que je pouvais leur sauver de mon tems, faire
de cette habitude douloureuse mon unique bien, et le dernier
charme de ma vie, fut alors touie mon étude. » Tous ceux qui
ont réfléchi sur la nature du talent qu'il faut au poète senti-
ront la justesse de ce raisonnement; ce n'est pas toujours en
présence de l'événement, c'est bien plus souvent en se repliant
sur soi-même, et en joignant la mémoire du cœur à celle de
l'esprit, qu'on parvient à peindre avec vérité des scènes dont
on a été fortement ému, surtout lorsqu'on y a pris une part
active. C'est là, nous le croyons, tout le secret de la poésie.
Boilea-u, dans son Art poétique, n' a parlé que de i'élégie fu-
néraire et de l'élégie amoureuse. Mme Babois, avec les auteurs
modernes, donnant à ce genre toute l'extension dont il est
susceptible, en a fait l'âme de tous ses chants. Son premier
livre contient des élégies sur divers sujets; nous citerons prin-
cipalement la Mort du rossignol, qui est une élégie philoso-
phique; l'Absence et Zélis, qui sont de véritables élégies
amoureuses; rnGn, l'Intimité, où ce même sentiment, ce même
besoin des âmes tendres , joint à plus de délicatesse encore,
t. xxxvn. — Mars 1828. 5o
7 86 LIVRES FRANÇAIS,
s'adresse à l'amitié (1). Ses épîtres même, qui forment son
4e livre, sont encore des élégies, et l'on y retrouve toute la
mélancolie et toute la résignation du malheur. Quant aux élé-
gies nationales, elles n'ont pas toute l'énergie et toute la conci-
sion désirables. Mme Babois, dit son éditeur, était restée plus
de vingt-cinq ans sans s'occuper d'objets politiques; le bruit de
tant d'événemens, qui ont changé la face du monde, n'était
parvenu jusqu'à elle que comme Un son lointain, affaibli par I4
distance, et qui troublait à peine sa solitude. L'époque de la
seconde invasion, la présence des étrangers au sein même de
la retraite où elle s'était réfugiée, l'humiliation des armes fran-
çaises, et surtout l'enlèvement des chefs-d'œuvre qui enrichis-
saient le musée, lui arrachèrent, pour les malheurs publics,
des plaintes et des regrets qu'elle avait gardés jusques-là pour
ses propres douleurs, et lui inspirèrent quelques vers, parmi
lesquels nous citerons ces deux-ci, qu'elle applique au cabinet
anglais de 181 5 :
C'est avec les profits du crime
Qu'il veut l'honneur de la vertu.
Mais elle-même déclare qu'elle se serait défendue de céder à
exprimer ses sentimens en cette occasion , si elle avait connu
les chants de M. Casimir Delavîgne sur le même sujet.
Il nous reste pei\ de place pour parler du 2e volume. Nous
passerons donc légèrement sur les poésies diverses de l'auteur,
dont quelques unes n'ont jamais pu avoir que le mérite de la
circonstance, et par cela même n'auraient pas dû être repro-
duites ici. Nous en signalerons d'autres à l'attention des lecteurs,
et principalement la pièce qui a pour titre : Aimer pour aimer,
celle qui est intitulée Emma; enfin le distique suivant , pour
le portrait d'un enfant :
On me prend pour l'Amour ; comme lui , je sais plaire ;
J'ai sa grâce, ses yeux , son sourire et sa mère.
Nous leur recommandons également les deux dernières parties
de l'ouvrage, qui renferment les opuscules en prose de l'auteur,
et les lettres de Ducis, dans lesquelles se révèle une àme en-
core plus élevée que son talent. Tout ce que dit Mme Babois,
en répondant à sa cousine, qui lui avait demandé pourquoi
(1) Cette pièce pleine de grâce et de fraîcheur a été écrite en i8a5,
et Mme Babois, dans une note de son second volume , nous apprend
qu'elle est aujourd'hui dans sa soixante-sixième année.
LITTÉRATURE^ 787
1 On rencontre dans le monde tant d'amans et si peu d'amour,
la manière dont clic définit ce sentiment, et toutes les nuances
qu'il prend selon le caractère et les individus, cette expression
si heureusement trouvée, que « l'histoire des âmes tendres est
un roman pour toutes les autres;» tout cela est marque au coin
de ce tact et de cette délicatesse qu'on ne trouve guère à un si
haut degré que chez les personnes de son sexe. Mais jusqu'ici
nous n'avions vu, sous la figure du poëte, que la femme, la
mère et l'amie; dans les lettres sur une critique des ouvrages
fie M. Ducis, nous voyons encore l'excellent juge en matière
de poésie et de littérature. M,no Babois, en prenant la défense
de l'auteur d' Abufor contre une attaque injuste et irréfléchie,
a fait preuve de goût et de raison, plus encore que de son
amitié pour ce poète célèbre; et cette réponse à un jeune
aristarque est si noble, si modelée, remplie de si bons con-
seils, qu'on voudrait presque, au prix de la faute, l'avoir pro-
voquée et pouvoir répéter avec son auteur : « Si la critique est
juste et pleine d'égards, on lui doit des remercîmens et de la
déférence. »
N'oublions pas de dire que de charmantes gravures, rendues
par l'habile burin de MM. Corbnuld , Pauquet et Pourvoyeur ;
d'après les dessins de M. Casimir Karpff, élève de David et
ami de M,ne Babois. qui lui a consacré plusieurs de ses chants,
«•«joutent à ce recueil un prix dont il n'avait pas besoin aux
yeux des amateurs d'une poésie douce et sentie, mais qui, avec
l'exécution typographique, témoignent du goût de M. Nepveu
et de ses sons déjà bien connus pour tous les ouvrages qui
sortent de son fonds. E. Héreau.
3a5. — * Poésies de madame Évelines Désormery, recueil-
lies'et publiées par N. Dclanglc. Paris, 1828; Delangle frères.
In-12 de vi et i/»2 pages; prix, 3 fr.
Ce petit volume, imprimé avec goût, contient des élégies,
des' hellénides , c'est-à dire , des poésies sur la Grèce, et des
poésies diverses. Les élégies de Mme Désormery offrent un heu-
reux mélange de sensibilité, de grâce et d'harmonie, souvent
relevé par les accens d'une douleur amère et énergique. Les
vers suivans, extraits de l'élégie intitulée le Génie du mal, ser-
viront de preuve à ces éloges :
« A. peine je retrouve une confuse image
Des soleils que j'ai vus se coucher sans orage ;
Et pourtant l'espérance entr'ouvrait mon berceau !
Aux champs de mes aïeux, souple et frêle roseau ,
Près des lacs toujours purs je commençais la vie;
Les fleurs, les bois, les monts, l'herbe de la prairie,
5o.
788 LIVRES FRANÇAIS.
Dans mes songes charmans embellissaient mou sort :
Un jour je m'éveillai, c'était un jour de mort,
Un arêpe s'étendit sqr toute la nature ;
Le ciel fut sans lumière , et les prés sans verdure;
Le» échos agrandis tonnaient autour de moi,
Et répétaient entre eux : Malheur ! malheur à toi !
Je citerai encore, pour montrer la flexibilité dit style de
3Minc Désormery , cette romance qui fait partie de ses poésies
diverses :
Jadis une bergère
Aima de tout son cœur.
Elle en fit un mystère.
Quel malheur!
Aurait-elle dû taire
Son ardeur?
Un riche du village
Un jour la demanda;
Son père en mariage
L'accorda :
La pauvrette trop sage
Lui céda.
Livrée à la tristesse,
Après un tel effort,
Plus rien ne l'intéresse ;
Et le sort
Mit fin à sa détresse
Par la mort.
Souvent dans la bruyère
Revient encor s'asseoir
L'ombre de la bergère ,
Vers le soir ;
Elle écrit sur la pierre :
Plus d'espoir !
Cette simplicité ne manque pas de charme, et le petit tablean
qui termine la pièce fait naître une douce rêverie. Mine Désor-
mery a été moins heureuse dans les Hellénides : ses concep-
tions sont restées au dessous de ce sujet, devenu ingrat par
une excessive fécondité. En général, le défaut de plan se fait
un peu sentir dans la plupart de ses compositions. On ne sau-
rait trop le redire : une mélancolie vague qui laisse aller ses
plaintes au hasard peut inspirer beaucoup de vers touchans ,
mais donne rarement naissance à des productions durables.
Dans les poèmes qui admettent le plus de désordre apparent ,
tels que l'ode et l'élégie, un plan habile n'est que plus néces-
LITTÉRATURE, 789
s.uiv pour attacher l'esprit du lecteur. M"* Uésprmery, déjà
connue comme prosateur 1 par son roman dÎJgnès de Mévanie,
possède pour réussir dans le genre élégiaque ce que la nature
peut donnet'i le sentiment et l'oreille poétique* mais ces lieu*-
relises dispositions ont besoin d'être fécondées par l'étude et par
le Iravail. Cn.
3a6, — * Reuben Aj)slcr , histoire dn tems de Jacques II ; p#c
Horace Smith, traduite de l'anglais par A. J. B. D1.1 auconpiu-t.
Paris, 18^.7; Ch. Cossclin, 5 vol. in-12; prix, i5 fr.
Wal ter-Scott a compris à merveille l'esprit de son siècle; il a
senti que ses contemporains étaient fatigués des vieux châteaux,
des spectres, en \m mot, de toute la fantasmagorie d'Anne Rad -
cliffe etc. etc., et qu'à l'avantage d'offrir une lecture légère, il
fallait joindre celui de rattacher à des faits certains, à des tra-
ditions connues, les créations de l'inspiration. Riche d'une vaste
érudition historique* profondément versé dans la connaissance
des vieilles chroniques , doué d'une sagacité qui lui permet d'en-
trer dans une foule de détails, d'observer une multitude d'a-
perçus qui donnent à ses œuvres la vie et la vérité, W. Scott a
fait et a dû faire école- Jl faut compter au nombre des sectateurs
de l'honorable baronnet, l'auteurdu romanque nous annonçons,
et que vient de traduire l'infatigable M. Defauconpret. Cet ou-
vrage, il faut bien le dire, nous a semblé moins une création
originale qu'une imitation et une sorte de contre-épreuve des
romans de W. Scott.
Reuben Apsley est orphelin ; du moins, ses parens, obligés
de faire un voyage dans l'Inde, n'ont plus reparu, et tout fait
croire qu'ils ont péri dans une violente tempête; lui seul con-
serve une sorte de pressentiment que rien ne motive suffisam-
ment et qui paraît trop indiqué par le désir de placer au 5e vo-
lume une relation des malheurs des parens de Reuben, assez
semblables d'ailleurs à l'histoire de Robinson Crusoé. Reube»,
dontle caractère estdéveloppéd'unemanièreassez énergique, est
jeté par les conseils du frère d'un de ses amis, dans la conspi-
ration si légèrement entreprise par le duc de Monmouth contre
Jacques II. Cette situation est évidemment celle du jeune Mor-
ton dans les Puritains, avec cette différence pourtant que Nor-
ton se trouve entraîné par les circonstances et d'une manière
impérieuse, tandis que rien n'oblige ici Reuben à suivre les avis
d'un jeune homme sans consistance, et personnellement peu
connu de lui. Vaincu à la bataille de Sedgemoor, et proscrit,
il fuit pour sauver sa tète mise à prix , et c'est au milieu de
toutes ces circonstances que viennent s'enchaîner les différens
épisodes qui composent le roman de M. H. Smith. Ce livre ne
790 LIVRES FRANÇAIS.
manque pas d'intérêt; seulement, un grand nombre des person-
nages cpii y figurent, sont d'anciennes connaissances du lecteur,
qui peut se souvenir de les avoir vus dans plusieurs ouvrages
de W. Scott. C'est ainsi que l'oncle de Reuben , Goldhingham ,
nous rappelle les honnêtes marchands de la cité de Loudres,
que l'auteur de Rob-Roy s'est plu à représenter; c'est égale-
ment ainsi que nous pouvons nous croire aux eaux de St.-Ro-
nan, quand nous voyons la société dont se forme le voisinage
de campagne du citadin enrichi. Le personnage qui détermiue
Reuben à suivre la fortune de Monmouth , Fladyer, n'est qu'in-
diqué , et pourtant son caractère nous a semblé neuf et digne
d'être développé davantage; il occupe une trop petite place
dans le roman , et l'auteur aurait pu le faire reparaître avec
succès. C'est un jeune homme ardent, dont une conspiration
paraît être l'élément naturel; c'est un de ces esprits bouillans
entraînés par un sentiment vague et portés à toutes les entre-
prises aventureuses. Malheureusement, ce rôle assez original
n'est que secondaire et seulement esquissé. Nous n'adressons
pas à M. Smith le même reproche relativement à la jeune per-
sonne qui finit par épouser son héros, et dont le noble et géné-
reux caractère s'élève avec une sorte de grandeur au milieu des
scènes auxquelles elle prend part. Nous avons aussi remarqué
une jeune puritaine dont le cœur innocent éprouve, sans le sa-
voir, une vive passion pour Reuben ; ce caractère est gracieux
et intéressant , et l'enthousiasme religieux de la jeune fille con-
traste bien avec sa timidité naturelle. M. Smith a placé avec
assez de bonheur dans son roman le personnage horriblement
historique du juge, ou plutôt du bourreau Jeffreys. Il a été
moins bien inspiré en nous représentant un jeune seigneur dont
les bonnes qualités disparaissent devant le ridicule outré de ses
manières et de son langage, et auquel peut servir de digne pen-
dant une jeune fille entremêlant ses discours de lambeaux ar-
rachés aux Cyrus et aux Clélie de mademoiselle Scudéry, et
dont la légèreté nous a semblé également excessive. A part ces
taches, et si l'on veut mettre de côté l'esprit d'imitation qui do-
mine trop cet ouvrage, il offre des situations intéressantes, des
tableaux animés et parfois même tracés avec vigueur. A tout
prendre, c'est un roman de la nouvelle école, destiné à avoir du
succès. L. Dh.
327. — * Le Chancelier et les Censeurs, roman de mœurs, par
M. de Lamothe-Langon. Paris, 1828 ; Ambroise Dupont. 5 vol.
in-12, formant ensemble xn et 1 1 83 p.; prix , i5 IV.
Voici un livre écrit dans toute la chaleur de l'indignation :
la censure n'avait pas permis à l'auteur de mettre dans les
LITTÉRATURE. 791
journaux la simple annonce de son Histoire de l'inquisition en
France. 1M. do Lamothc- Langon qui, comme tous les vrais
Français, souffrait impatiemment L'ignoble joug de nos cen-
seurs, avait commence un roman où il leur rendait pleine
ci entière justice. On peut imaginer quelles couleurs il a em-
pruntées à notre époque et au système d'oppression dont il
était victime. Il a été bien servi, du reste, par son sujet.
Louis XV plongé dans les débauches les plus honteuses; la
Dubaï tv toute-puissante à la cour; les plus grands seigneurs,
Richelieu, Meaupou, Lavrillièrc, rivalisant de méchanceté, de
bassesse et d'infamie; au-dessous d'eux, les limiers de la
police et les pourvoyeurs en titre des sales plaisirs du roi;
au dernier échelon enfin, la commission de censure choisie
dans l'écume et la fange de la littérature : voilà les person-
nages dont M. de Lamothc-Langon a voulu nous présenter
l'image. Il Ta fait, non en esquissant une suite de portraits,
mais en donnant à chacun un rôle, et en lui conservant son
caractère dans le drame qui doit amener le mariage de Jus-
tin, jeune philosophe dont les païens sont inconnus, avec Cé-
cile Regnaut, fille naturelle de Louis XV.
Nous ne pouvons entrer dans aucun détail, ni sur l'intrigue
extrêmement compliquée de l'ouvrage, ni sur la peinture hi-
deusement ressemblante des portraits historiques. Qu'il nous
suflise de dire que, de tous les courtisans représentés par
l'auteur, il n'y en a que deux chez lesquels de bonnes qua-
lités compensent en quelque sorte la turpitude de leurs mœurs,
et c'est ( on ne s'en douterait pas) la comtesse Dubarry
et son beau- frère. L'une, au faîte des honneurs, n'a pas
oublié le tems où elle n'était qu'une grisette, ni les amis
qu'elle avait alors; elle les sert, elle les soutient de tout son
pouvoir, et se montre encore digne d'être aimée, parce que
la fortune n'a pas corrompu son cœur. L'autre a une fran-
chise d'infamie, une naïveté de scélératesse qui fait presque
oublier des défauts dont il ne se cache point. D'ailleurs, en se
rendant justice à lui même, il acquiert le droit déjuger les au-
tres en face, et ce n'est pas sans plaisir qu'on le voit mettre à
nu le cœur de ses pareils, et leur dire franchement sa pensée.
À l'égard du rang que ce roman doit tenir parmi ceux de
l'auteur, il n'est pas douteux. M. le Préfet et la Province à Pa-
lis, en révélant un grand talent d'observation, avaient l'un et
l'autre le défaut de manquer d'intérêt; on en trouvait davantage
dans C Espion de poliec et la Cour d'un prince régnant. Mais,
encore dans ces deux derniers ouvrages, l'intrigue reposait en-
tièrement sur des personnages inventés à plaisir, et tout -à-fait
7Q2 LIVRES FRANÇAIS.
inconnus. Le roman que nous annonçons réunit toutes ces qua-
lités, et rappelle parfaitement le genre de Wal ter-Scott et de
M. Morlonval. Nous regrettons de ne pouvoir accorder au style,
sousle rapport delacorrection et de l'élégance, les mêmes éloges
que nous donnons à l'invention et à la contexture de la fable. B. J.
3-28. — Edouard et Lucile , ou le Patriote à la fin du
xvme siècle, par M. Th... L... Paris, 1828 ; Lecointe et Durey.
/i vol. in- 12 ; prix, 11 fr.
Le cadre choisi par l'au'eur de ce roman, tout intéressant
qu'il soit, n'a plus malheureusement le mérite de la nouveauté;
M. Picard et d'autres écrivains nous ont plusieurs fois repré-
senté sous des formes plus ou moins variées les différentes
époques du siècle dernier. Un nouveau tableau nous est offert
aujourd'hui; il nous fait voir l'ancien régime, la révolution, la
renaissance de l'ordre et le commencement de l'empire. Il faut
certainement y reconnaître une sorte de fidélité, maisqui nesatis-
faitpas entièrementle lecteur. SiM.Th...L... a voulu faire simple-
ment un roman, les vicissitudes politiques y tiennent peut -être
une place trop large ; s'il a eu pour but de donner une esquisse
des événemenset d'y ajouter l'intérêt d'une action qui s'y trouve
liée, les événemens n'y sont pas assez complètement indiqués.
Je crois devoir faire aussi à l'auteur un reproche d'avoir adopté
la forme épistolaire, pour présenter et développer son sujet.
Cette manière d'écrire , généralement froide et décolorée, a de
plus le désavantage d'être invraisemblable et insuffisante; in-
vraisemblable, parce qu'il n'est pas naturel d'entrer dans une
foule de détails qui ne conviennent pas au papier, et que
l'auteur a pourtant besoin de faire connaître à ses lecteurs,
afin que ceux-ci puissent suivre sa narration ; insuffisante,
parce que ces détails, tout étendus qu'ils sont, ne peuvent être
assez minutieux pour compléter l'intelligence des faits qui se
développent naturellement sous la forme d'un récit. Le second
titre de l'ouvrage, celui qui seul a de l'importance, ne m'a
point paru non plus entièrement justifié. Sans doute il y a du
patriotisme dans la conduite du héros; sans doute, sous l'an-
cien régime, il se montre ami des sages libertés; à l'époque de
l'effervescence révolutionnaire , sa modération est toujours
d'accord avec sa conduite précédente ; à l'aurore de l'empire,
il fuit l'Europe, pour éviter le joug qui va peser sur son pays.
Tout cela est à merveille; mais quel est le mobile qui détermine
toutes les actions d'Edouard? C'est l'amour seul, c'est cette
passion que soutient, il est vrai , le sentiment de la justice , qui
lui fait braver les cachots de la Bastille pour justifier et rendre
à la liberté celle qu'il aime; c'est encore cette même passion.
LITEÉAATURE.
jointe aussi a la reconnaissance pour ion maître el ion ami ,
(jtii expose, pendant la terreur, ses énergiques remontrances <
n'avoir pour réponse < jm* 1;» hache révolutionnaire, l'ui^lois-
qu'il ;i perdu Lucile, c'est un amour porté jusqu'au délire,
eesl le d<-.' poir qui le jette dans les rangs de ces héroiquoa
défenseurs de I » France qui surent triompher des efforts de
I Kurope coalisée. Enfin , j'ai regretté de voir, dans la première
partie de e< t om rage , dans celle qui traite de l'ancien régime,
reparaître les mœurs de la cour de Louis XV, dont les romans
du teins ne nous ont que trop fuit le honteux tableau, d'y m -
trouver ces éternelles histoires deeonvent, ces épisodes de
religieuses livrées à la barbarie de leurs compagnes d'escla-
vage. Cependant, et après avoir ainsi fait une part un peu large
à la critique, je nie hâte de dire que plusieurs parties de ce
roman m'ont paru décider un talent réel; plusieurs scènes y
sont rendues avec bonheur, et souvent avec énergie. L'auteur
a répandu sur ses personnages un intérêt qu'il sait à propos ta
n'uner , et qu'il soutient avec habileté, .l'ai distingué, entre
autres, différentes situations sous le régime révolutionnaire,
qui m'ont paru traitées avec un vrai talent. Cet ouvrage, en un
mot, bien qu'il ne soit pas sans taches, doit plaire par le rap-
prochement des diverses époques qu'il embrasse , et par la ma-
nière dont les personnages y sont mis en scène. L. Du.
329. — * Les sept mariages d'É/oiGalla/ia', par L. B. Picard, de
l'Académie française. Paris, 1828; Baudouin. 3 vol. in-12. Prix,
la (r.
C'est le cadre des Trois quartiers , étendu , agrandi. Ce n'est
pas seulement à Paris que l'auteur promène son Éloi Galland ,
mais dans toute la France; ce ne sont pas trois mariages qu'il
ébauche, mais sept , et même davantage ; car le titre ne parle
que des principaux. On trouve dans ce livre, comme dans les
autres romans et les comédies de l'auteur, une revue piquante
des conditions de la société , et en même tems une peinture
philosophique et gaie de ces changemens d'humeur et de carac-
tère qui suivent les vicissitudes de la fortune. Chaque écri-
vain a son thème favori qu'il reproduit sans cesse. M. Picard a
pour renouveler le sien , et le conserver long-tems neuf, deux
mérites bien rares, celui de l'observation morale et de l'ex-
piession comique. H. P.
33o. — Jean, par Ch. Paul deKock. — Paris; 1828; Ambroise
Dupont. /, vol. in-12, formant ensemble 870 pages ; prix , 12 fr.
Le sujet du roman nouveau de INI. de Kock est tout entier
dans le vers de Legouvé qui lui sert d'épigraphe :
Notre gloire est souvent l'ouvrage d'un sourire
794 LIVRES FRANÇAIS.
Jean Durand est le fils d'un herboriste fort riche : l'auteur nous
rend témoin de sa naissance et de son éducation , qui est tout-
à-fait manquée. Jean ne veut rien apprendre; il ne se plaît que
dans la société de mauvais sujets comme lui, prend toutes les
habitudes des halles, jusqu'au moment où il rencontre madame
Dorville, jeune veuve, dont les charmes et la conversation agis-
sent sur lui, au point qu'il se renferme une année dans son ca-
binet pour regagner, à force de travail, les connaissances et
les habitudes qu'il' a dédaignées dans son enfance. Il devient
ainsi un jeune homme du meilleur ton , rempli de raison et de
connaissances , et finit par se marier avec madame Dorville.
Peut-être ne trouvera t-on dans cet exposé rapide aucun de
ces événemens embarrassés qui forment ordinairement la con-
texture d'un roman : c'est qu'en effet il n'y a dans ce nouvel
ouvrage aucune unité, aucune liaison dans la marche des faits;
l'auteur a laissé courir sa plume, il a représenté son héros gran-
dissant : mais, voilà tout. Il n'y a, du reste, aucune invention
neuve, ni dans la fable, ni dans les caractères. Le style est on
ne peut plus négligé , et un lecteur de bon goût ne s'habitue pas
facilement à entendre j argonncr, pendant des volumes entiers,
une garde-malade, une domestique, ou tout autre personnage
du même genre. Quand donc nos auteurs de romans se persua-
deront-ils que, s'ils veulent peindre la basse classe du peuple, ils
ne doivent jamais pour cela lui emprunter son langage? B. J.
33i. — Racket, par M'™ la comtesse**". Paris, 1828; Mou-
tardier, rue Gît-le-Cœur, n° A- In-12 de iv-227 pages; prix,
3fr.
On a très-souvent mis aux prises l'amour et la religion; mais
il ne faut pas s'étonner que les auteurs de romans reviennent
sans cesse sur le comb.it que se livrent dans le cœur humain
ces deux sentimens, quand ils le dominent presqu'égalemcnt.
Ici, en, effet, la situation, les aperçus sont inépuisables; et ne
ferait-on encore que ce qui a été cent fois fait déjà, on serait
encore sûr de trouver des lecteurs et surtout des lectrices.
Cette dernière réflexion ne s'applique point au surplus à Ra-
chel. Il y a , ce me semble, de la nouveauté dans le fonds de ce
petit roman. Cette belle Juive, portée par l'Amour sur un
trône ducal, et obligée de quitter la religion de ses pères, ex-
cite un vif intérêt. Quant au style, il est quelquefois remar-
quable. Certaines pages sont écrites avec une chaleur, un entraî-
nement dignes des bons modèles, et l'on renconirc parfois
quelques-uns de ces traits qui, comme le dit l'éditeur, partait
du cœur des femmes et dont fart ne saurait égaler l'abandon et
/'heureuse négligence. Cet ouvrage, que l'on attribue à une dame
LITTÉRATURE. 7f>5
dont le mai i b'cst signalé à la chambre des pairs par son zèle
pour la cause des libertés publiques, révèle un talent fort dis-
tingué dans ce genre de composition. A.
33a. — * Voyage dans la vallée des Originaux , par feu
M. J)u Coudrier. Paris, 1828; Baudouin et Ponthieu. 3 vol.
in- 12. Prix , 12 fr.
Ce livre n'est guère susceptible d'analyse. C'est une Macé-
doine amusante et fort spirituelle de toutes les idées politiques,
philosophiques, littéraires, aujourd'hui en circulation. L'au-
teur, à ce qu'il semble, a beaucoup vu la société; il l'a étudiée
et comprise; il n'est resté étranger ni aux grands intérêts qui
t'occupent et l'entraînent dans des voies nouvelles, ni aux tra-
vers , aux ridicules, aux vices qui se mêlent à ce grand et noble
mouvement. Ce spectable varié et complexe , il l'a reproduit
avec ses traits sérieux ou plaisans dans des tableaux qui rap-
pellent souvent la manière de Sterne, ses imaginations fantas-
tiques , sa charge piquante, où se cache tant de sens et de
raison. H. P.
333. — * Au Hasard ; fragment sans suite d'une histoire sans
fin; manuscrit trouvé dans le coin d'une cheminée* et mis au
jour par Ad. Bréant. Paris, 1828; Dondey-Dupré. In-18 de
172 pages; prix, 3 fr.
Sterne fut un écrivain original. Il nous semble toutefois que
sa réputation, plus populaire en France qu'en Angleterre, a
dépendu beaucoup plus de ce qu'il donnait à entendre que de
ce qu'il exprimait; et c'est précisément ce qui lui a valu tant
de succès chez un peuple qui n'aime pas que l'on épuise la
matière , et qui demande toujours à ses écrivains qu'on lui
laisse quelque chose à deviner. Cette qualité est portée à l'ex-
trême dans le roman philosophique de Tristram Shandy, que
l'on a osé comparer aux admirables folies de R.abelais; on la
retrouve d'une manière très-prononcée dans le Voyage senti-
mental, ouvrage que les Français ont porté aux nues, sans
remarquer que Sterne s'est permis sur elles les observations
les plus malignes et parfois les plus inconvenantes. L'espèce
d'engouement dont les femmes ont été atteintes pour cet au-
teur, nous avait jadis encouragé à l'étudier avec soin, et tout
en admirant en lui un choix d'expressions très-piquant, un
rare talent de description, une grande finesse d'aperçus, l'art
de la suspension porté au plus haut degré, nous n'avions pu
nous défendre d'un sentiment pénible en reconnaissant la sé-
cheresse réelle de son âme, le peu d'étendue de son imagination,
et l'esprit de dénigrement qu'il laisse percer à chaque page.
Cela ne l'a pas empêché d'avoir un grand nombre d'imitateurs
796 LIVRES FRANÇAIS.
qui se croyaient des écrivains distingues, parce qu'ils saisissaient
avec assez de bonheur les formes hachées de son style, et qu'ils
faisaient des réflexions plus ou moins profondes sur les plus
légers incidens. Les Voyages sentimentaux à Yvcrdun , dans
ma poche , et même autour de ma chambre , sont des exemples
de cette triste facilité à imiter des ouvrages inimitables en un
seul point, l'originalité.
L'auteur du Hasard, nous ne dirons pas M. Ad Bréant,
car il ne prend que le titre d'éditeur, est certainement un
homme de beaucoup de talent et d'esprit; il écrit purement,
avec grâce, et plusieurs de ses paragraphes donnent à penser.
Cependant c'est encore un de ces imitateurs de Sterne qui
prennent la plume en se disant: Je veux écrire un livre; mais
que dirai-je ? Et en attendant que les idées lui viennent , il
place le mot dédié au haut d'une page blanche, parce que
Sterne a laissé une de ses pages tout en blanc. Cela peut-être
fort ingénieux; mais nous avouons bonnement que nous n'en
comprenons pas la finesse , et nous avons cherché plus loin la
page noire de Sterne, que cependant nous n'avons pas trouvée.
C'est sans doute une omission.
Il serait impossible de dire au juste ce que c'est que le livre
publié parM.Bréant : une suite de réflexions, de descriptions,
de citations sans but, mais toutes spirituellement exprimées.
Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un livre de morale. On le
lit avec intérêt ; mais on voudrait que l'auteur ne l'eût pas
écrit : car on sent parfaitement qu'il peut produire un ouvrage
beaucoup meilleur, puisqu'il se propose et soumet lui-même
au jugement des lecteurs, sans se dissimuler, ajoute-t-il, qu'il
lui reste à craindre encore leurs passions, leurs préjugés, leurs
intérêts, leurs amours-propres, enfin tous les sentimens nés de
l'orgueil et del'égoïsme. Nous avouerons que c'est par ëgoïsme
que nous eussions désiré qu'avec un talent aussi distingué il eût
employé ses loisirs à composer un livre qui nous eût instruit,
amusé , intéressé, et qui eût donné à son nom la célébrité qu'il
désire , et que nous ne doutons pas qu'il n'obtienne par d'au-
tres ouvrages. R.
Beaux-Arts.
334- — * Examen du Salon de 1827 , avec cette épigraphe :
« Rien nesl beau que le vrai. » Seconde édition , avec une
deuxième partie. In -8° de 1 : G pages. Paris, 1827; Roi et;
prix, 1 fr. 5o c.
«... Comment s'abuser au point de croire que la liberté puisse
être exclue plus long-lems de ce qu'il y a de plus nativement
BEAUX \I\TS. 7r,7
libre au monde, les beaux - arts; qu'une couronne académique
puisse rire imbre\et du laii rit , el. qu'oïl puisse distribuer cha -
que malin à Home, d.tns la terre classique, une ration <le cou-
leur et <le verve? »
Ainsi s»- termine !<• satirique préambule de la seconde partie
<jui complète l'Examen <lu Salon tic 1827 , dont la première
partie seulement avait paru, quand nous en avons rendu compte
dans notre cahier du mois de février ( page 535 ).
Quoique les jugemens de l'auteur sur quelques tableaux
soient différons des nôtres, nous devons convenir que sa cri-
tique, souvent très - piquante, porte rarement à faux. Les ré-
ilc\ ions que lui ont inspirées les peintures du Musée Charles X ,
sur la perspective des plafonds, sont d'une grande vérité et
peuvent être méditées avec fruit par les artistes : il en est de
même des observations sur le dessin et le coloris, de la pein-
ture à l'huile, en miniature et sur porcelaine, et des réflexions
sur la sculpture; car cette seconde partie passe en revue non-
seulement la peinture et la sculpture, mais encore l'aquarelle
et la gravure; et nous pensons que cette brochure, dont la
première partie a déjà les honneurs d'une seconde édition, doit
survivre, par la justesse de ses observations générales et par le
mérite du style, à l'époque qui l'a fait naître. V.
335.—* OE uvre de Jean Goujon, gravé au trait, d'après
ses statues et ses bas-reliefs, par M. Réveil; accompagné d'un
texte explicatif sur chacun des monumens qu'il a embellis
de ses sculptures, et précédé d'un essai sur sa vie et ses ou-
vrages, par M. J. G. Paris, 1827-1828; Audot. Ce recueil se
composera de vingt livraisons, de cinq planches chacune, for-
mat grand in-8°; il en a déjà paru cinq; prix, 4 francs la
livraison.
En publiant l'OEuvrc de Jean Goujon, dont les productions
tiennent une place extrêmement importante dans l'histoire de
la sculpture en France, M. Audot rend un véritable service
aux arts et aux artistes. Doué d'un génie fécond et original ,
guidé par un goût et un sentiment pleins de grâce et de déli-
catesse, Jean Goujon est placé au premier rang des artistes
qui illustrèrent le xvie siècle, époque où les arts ont un carac-
tère tout particulier.
Je me borne, aujourd'hui, à annoncer cette entreprise ; je
me propose, lorsqu'elle sera plus avancée, d'entrer dans un
examen attentif de cet œuvre, qui fait suite à celui de Canova,
publié par le même libraire. Je ferai connaître alors la part
qu'y a prise l'auteur du texte, homme instruit et soigneux de
puiser aux bonnes sources. Je discuterai les motifs sur les-
798 LIVRES FRANÇAIS.
quels il s'appuie pour restituer à Jean Goujon les sculptures
du château d'Écouen , que beaucoup de personnes avaient
attribuées à Jean Bullant.
L'œuvre de Jean Goujon doit obtenir beaucoup de succès.
En effet, il s'agit d'un grand artiste; ses sculptures sont
reproduites et expliquées avec talent, enfin le prix est très-mo-
déré. Les cinq livraisons qui ont déjà paru contiennent les
sculptures du château d'Ecouen et de celui d'Anet. P. A.
336. — * V 1 nde française , ou Collection de dessins litho-
graphies , représentant les divinités , temples , pagodes , cos-
tumes, physionomies, meubles, armes, ustensiles, etc. des
peuples indous qui habitent les possessions françaises dans
l'Inde , et en général la côte de Coromandel et celle du Mala-
bar; publiée par MM. Géringer , Marlet et Chabrelie , avec un
texte explicatif par M. Eugène Burnouf. Sixième livraison.
Paris, 1828; Géringer, rue du Roule, n° i5. Un cahier in-
folio. Prix de la livraison, i5 fr. (voy. ci-dessus, p. 536).
Cet ouvrage se continue avec une grande activité. Les sujets
sont tons aussi neufs que curieux. On ne lira pas sans intérêt
la notice relative aux interprètes indous au service des Euro-
péens, ainsi que la description du fort de Vellour. Cette ville,
qui n'a plus qu'une médiocre importance depuis que les Anglais
sont maîtres de l'Inde, a joué autrefois un rôle brillant dans
l'histoire du Carnatic. Elle offre cela de remarquable qu'on y
peut reconnaître les traces des systèmes de défense employés
par les nations auxquelles elle a successivement appartenu, les
Indous , les Musulmans et les Anglais. Nous ne pouvons qu'en-
courager les éditeurs à continuer sur le même plan ce grand et
bel ouvrage; ils doivent même s'imposer l'obligation de le per-
fectionner successivement, ne fût-ce que pour faire une hono-
rable exception à la foule des éditeurs et des compilateurs de
voyages, qui attirent le public par deux ou trois bonnes livrai-
sons, et y font bientôt succéder des dessins négligés et incor-
rects. £2.
337. — * Cosmorama, ou Voyage historique , géographique et
pittoresque dans les différentes parties du monde. Paris, 1824-
1827; à rétablissement du Cosmorama , au Palais-Royal, ga-
lerie vitrée, n° 23 1. 4 vol. in-8° de 200 à 240 pages. Prix
d'entrée, 1 fr. 5o c.
L'exposition du Cosmorama est connue de tout Paris et de
la plupart des étrangers qui ont visité cette capitale ; ils ont pris
intérêt à un établissement qui leur offre à la fois une école
d'architecture, une géographie pratique, une sorte d'histoire
des arts mise en action, et qui leur tient lieu, à peu de frais,
BEÀUX-ÀRTS. :<)<)
d'un voyage dispendieux ou impossible. \ ringl années d'exil
Kence ont garanti le succès de cette utile entreprise.
Elle a pris naissance en 1808. Des expositions partielles se
succèdent constamment de mois en mois. A chaque exposition
on délivre aux spectateurs des notices où sont rapportées des
recherches historiques, recueillies avec un soin extrême, sur
l'origine, les mœurs, la croyance, les costumes des peuples
dont on représente les monumens; et la suite de ces notices
forme actuellement quatre volumes in-8°. Toutes les parties
du monde sont successivement mises à contribution pour
augmenter l'intérêt de cette promenade scientifique et pit-
toresque.
La réputation du Cosmorama est faite, et les efforts de son
administration n'ont pas été infructueux. La prospérité de cet
établissement ne peut que s'accroître, et nous faisons le vœu
qu'un local plus convenable lui permette d'étendre le résultat
de ses travaux. On lira sans doute avec intérêt la collection
curieuse que nous annonçons, et l'on ira surtout visiter les
nouvelles représentations pittoresques qui font successivement
passer en revue tous les sites et les monumens remarquables de
toutes les contrées du globe. R.
338. — * Iconographie instructive, ou Collection de portraits
\ des personnages les plus célèbres de r histoire moderne, d'après les
dessins de M. Devéria , gravés par MM. Allais, Bcrtonnier ,
Fontaine , A. Massard, Wcdgwood, etc:; entouras , sur la même
feuille, d'un texte historique, chronologique et bibliographique ,
par A. Jarry de Mancy, auteur de Y Atlas des littératures , sur
le plan de Y Atlas de A. Lesage ( comte de Las- Cases ), du
Tableau historique de l'Ecole Polytechnique , etc. Paris, 1827;
J. Renouard. Un cahier petit in-4°.
L'idée première de cette publication est heureuse et piquante
de nouveauté et de simplicité. Quoi de plus simple que d'ima-
giner l'effet que devaient produire les portraits des person-
nages les plus célèbres de nos tems modernes, dessinés et gravés
de main de maître, et accompagnés d'un texte historique , qui
présente : i° la biographie du personnage; 20 une table chro-
nologique, qui résume et éclaire cette notice; 3° les sources
historiques, ou l'indication sommaire des ouvrages à consulter
sur ce personnage, et le tout réuni en une seule feuille, de ma-
nière à être saisi presque d'un seul regard ? Tel est le plan de
Y Iconographie instructive que publie M. A. Jarry de Mancy, déjà
connu par son Atlas des littératures, heureuse imitation, ou plutôt
continuation de l'Atlas de A. Lesage (comte de Las-Cases). La
méthode justement estimée dont M. de Las Cases a donné le
modèle est le caractère distinclif des publications de M. A. J.
8oo LIVRES FRANÇAIS,
de Mancy. Ici , elle se trouve appliquée à la biographie des
personnages de premier ordre, qui représentent, dans tous les
genres, les sommités de l'histoire moderne et contemporaine.
Cette publication est réellement encyclopédique. Chacune des
feuilles de Y Iconographie instructive est un petit tableau bio-
graphique, chronologique et bibliographique, à la manière du
comte de Las Cases ; plus , le portrait du personnage , qui sem-
ble être là pour assister en personne au récit de sa vie. Cette
collection, sans rivale comme sans modèle, est une conception
des plus heureuses pour le perfectionnement des études histo-
riques et littéraires. Le système de classification qu'elle pré-
sente est fort ingénieux. Les litres et les indications, placés en
saillie aux extrémités de chaque feuille, donnent jusqu'à huit
manières de classer chacun de ces portraits avec textes , savoir :
i° le siècle du personnage; iQ sa naissance; 3° sa mort; 4° sa
période chronologique ; 5° le genre auquel il appartient; 6° la
partie où il, excellait; 70 son pays; 8° l'ordre alphabétique.
La fidélité des dessins fait honneur au talent de M. Devéria.
Les artistes français qui gravent sur acier , pour cette collec-
tion , rivalisent de pureté avec les artistes de l'Angleterre.
M. de Mancy, en employant de préférence les artistes natio-
naux, n'a pas donné l'exclusion aux étrangers. Lebeau portrait
de lord Byron, exécuté en grand par le célèbre graveur Wedg-
wood, sera reproduit par le même artiste pour la collection
de M. de Mancy , dont l'exécution est si soignée et le prix si
modique, que les frais ne pouvaient être couverts que parle
succès rapide et complet que cette publication a obtenu en
France et dans l'étranger. — On souscrit par série de 24 por-
traits, avec textes, divisés en six livraisons de 4 portraits et
du prix de deux francs par livraison. Une livraison tous les
quinze jours. La première série a paru. La seconde série se
publie.
Personnages de la ire série : Franklin, Washington, Don
Pedro, empereur constitutionnel du Brésil.— Frédéric, Mozart,
Schiller. — Shakespeare. — Cervantes. — P. Corneille, duc
d'Enghien , prince Eugène Beauharnais, Joséphine, Montes-
quieu, Murât, Napoléon, J. Racine, J.-J. Rousseau, M1110 de
Staël, Voltaire. — Le Tasse , Michel- Ange. — Camoéns. —
Catherine II, Pieri e-le-Grand.
Personnages de la 2 e série : Mourad-Bey, chef des mamlouks,
Tippoo- Saïb. — Klopstock. — Cromwell, lord Byron. — Fer-
nand Corîez. — Th. Corneille, Crébillon, Desaix , Toy, Kléber,
La Bruyère, La Fontaine, Molière, Monge, Moreau, Pascal,
Regnard. — Alfieri, Ch. Colomb, Paoli. — Kosciuszko, Ponia-
towski. — Alexandre, empereur de Russie.
BEAUX-ARTS.— MÉMOIRES ET RAPPORTS. 801
On souscrit chez Jules K i.nouak i>, rue de Tournon, n° G. Le
Prospectus et Spécimen se distribue gratis, avec une gravure.
Lj.
Mémoires et Rapports de Sociétés savantes.
33q> — * Académie des scient es , bel/es lettres et arts de Bor-
deaux; séance publique du 3i mai 1827; Bordeaux. 1827; impri-
merie de Brossier. In-8° de 140 pages, avec 12 lithographies.
M. Capf.lle, président de l'Académie, a ouvert la séance
par un discours sur les progrès d*e la civilisation. Nous regret-
tons de ne pouvoir insérer ici que la fin de cet écrit, où des
vues justes et de nobles pensées sont exprimées avec l'élé-
gante simplicité qui caractérise le bon goût et la raison.
«Nous, Messieurs, membres de la grande famille euro-
péenne, et plus spécialement de cette illustre France dans
laquelle toutes les sciences sont cultivées avec la plus grande
affection; de cette France, patrie de la plupart des décou-
vertes, des inventions utiles, de la littérature et des beaux-
arts , de l'élégance, de l'urbanité et des mœurs les plus sociales ,
nous partagerons toujours le zèle et les efforts de nos devan-
ciers et de nos contemporains : nous nous tiendrons constam-
ment au courant des connaissances acquises, et nous les
répandrons parmi nos concitoyens; nous favoriserons l'intro-
duction des arts, des machines, des procédés les plus avanta-
geux pour l'industrie, pour le commerce, pour l'instruction
publique; nous concourrons au perfectionnement de l'agricul-
ture et de ses produits, à leur multiplication, à l'emploi des
matières fertilisantes, à l'assainissement du territoire, à toutes
les améliorations. En remplissant dignement cette tâche aussi
étendue qu'honorable, l'Académie espère captiver la confiance
et la protection des magistrats, l'estime et la reconnaissance de
ses concitoyens. Elle s'estimera très-heureuse si elle peut dé-
terminer les hommes les plus éclairés parmi eux, les négo-
cians, les navigateurs, les voyageurs, à propager dans les pays
avec lesquels ils communiquent l'amour des lumières et le désir
de la civilisation. »
Le rapport sur les travaux de l'année académique, fait par
le secrétaire général , M. Blanc-Dutrouilh , prouve que l'A.ca-
démie a satisfait aux obligations qu'elle s'e£t imposées. On y
remarque une distribution des récompenses et des encourage-
mens qui tend à éloigner les talens médiocres et à faire entrer
dans la liée le mérite éprouvé. L'Académie laissera désormais
aux concurrens le choix du sujet pour le prix de poésie: en
t. XXXVII. — Mars 1828. m
8«)2 LIVRES FRANÇAIS.
effet, le génie du poète n'obéit point aux programmes, et fuit
souvent à leur aspect.
M. Laterrade , secrétaire de la commission d'agriculture, a
rendu compte des travaux de cette section de l'Académie. On
y trouve des faits im port ans, des résultats qui mettent hors de
doute les avantages du mode d'exploitation des forêts proposé
par M. Drouette-Richardot. Ce mode d'exploitation, quoique
plus cher en apparence, est réellement économique, en ce que
le surplus de travail et de dépense est plus que compensé par
le bois que l'ancienne méthode fait perdre, et dont on profite
au moyen du nouveau procédé.
L'Académie encourage par d'honorables récompenses les tra-
vaux relatifs aux chemins vicinaux : six maires de communes
rurales les ont méritées et^obtenues.
Après ces rapports satisfaisans, l'Académie avait à remplir
de pénibles devoirs : M. Gintrac, médecin , a prononcé l'éloge
de Pterre Gitérin, ancien chirurgien en chef de l'hôpital Saint-
André, dont l'honorable et utile carrière s'est prolongée depuis
1740 jusqu'en 1827.
M. Lacour a exprimé les regrets de l'Académie sur la perte
de M. Mazois, architecte (l'un des collaborateurs de la Ueyue
Kneyclopédiq ue) , enlevé à son art, à cette époque de la vie où le
talent acquiert toute sa force et sa maturité.
M. Jouannet a terminé la séance par la lecture d'une dis-
sertation sur des inscriptions funéraires découvertes en 1826,
dans le mur de l'antique enceinte de Bordeaux. Ces restes de
l'ancienne population d'une ville ont un intérêt local et circon-
scrit; hors de la cité qui les renferme, on ne peut plus les con-
sidérer que par rapport à l'histoire; et, s'ils n'apprennent rien
de nouveau ni d'important, ils tombent dans l'oubli : ceux dont
parie M. Jouannet n'éviteront pas cette destinée.
Ainsi, l'Académie de Bordeaux s'occupe à la fois de ce qui
peut convenir et plaire aux Bordelais, e«. de ce qui est utile à
tous les Français, à tous les hommes. C'est ainsi que les Sociétés
savantes et littéraires acquièrent, comme l'a dit M. Capelle, de
justes droits à l'estime et à la reconnaissance de leurs conci-
toyens. N*
*3/l0> — * Séance publique delà Société libre d'émulation de
Rouen. Rouen, 1827; imp. de F. Baudry. I11-80 de 1 1 5 pages.
Ce volume contient l'analyse raisonnéedes travaux de la So-
ciété pendant le cours de l'année académique qui vient de s'é-
couler, et le rapport sur la distribution des prix et des médailles
d'encouragement que cette laborieuse société décerne tous les ans.
M. Valéry, de Déville près Rouen , a obtenu une médaille d'or
MEMOIRES ET R IPPORTS. — ut; V. PÉR. 861
j) ■ >iii- la fahrirationde la céritsc ; M. \ aleiy, après des expériences
multipliées, est parvenu, ce qu'on avait tenté inutilement jus
qu'alors, à produire un carbonate de plomb comparable à celui
de Hollande, sans être plus cher; véritable conquête pour l'in-
dustrie du pays, puisque la céruse dite de Hollande est l'a base
tic la plupart des peintures, et que la l'ranec en consomme
annuellement pour plusieurs millions. Non content d'avoir ob-
tenu ces importans résultats, M. Valéry applique à la fabrica-
tion de la céruse, dont les manipulations sont des plus dan-
gereuses, une machine ingénieuse qui a l'avantage d'économiser
la main d'œuvre, et le mérite beaucoup plus grand de ménager
la santé et la vie des ouvriers. Deux médailles d'argent ont
été décernées à MM. Kiiuts et Daliot; au premier, pour des.
essais de velours légers d'Allemagne, dit de CrePélt , que l'on
peut établir au prix de iofr. l'aune; au second, pour un per-
fectionnement dans le fourneau des chaudières à vapeur qui
présente une rapidité plus grande dans l'opération et une éco-
nomie dans le combustible.
Les pièces dont la Société a ordonné l'impression, et qui fi-
gurent en entier dans ce recueil, sont : i° une Notice sur les
bas-reliefs des stalles de la cathédrale de Rouen , sur l'ancien
poëme intitulé le. Lay d' Aristole et sur son auteur Henry d' Andc-
ly , trouverre normand., par M. Hyacinthe Langlois; 2° un mé-
moire de M. Le Marquis sur le caractère distinctif de la poésie;
3* une notice de M. Déville sur des bas-reliefs qui sont à
Rouen l'objet de l'attention des amis des arts et des antiquités
normandes , et qui représentent l'entrevue de François Ier et de
Henri FUI au camp du drap d'or; le Recueil est terminé par
un mémoire fort important de M. Lauesche sur la distinction
des diverses espèces de frottemens dans les machines d'horloge-
rie ; sur la nécessité d'employer des corpe gras pour adoucir ces
frottemens, aider la rotation des pivots des axes dansles machines
en général et dans celles d'horlogerie en particulier; surlechoix.
et la préparation de l'huile spécialement destinée aux machines
employées h la mesure du teins, mémoire qui a remporté le
prix de 3oo fr. proposé en 1824 sur cette matière par la
Société d'émulation. B. G.
O uvrages périodiques .
34 1. — * Journal de l'Instruction publique , etc. Paris, 1828.
On souscrit au bureau du journal, rue Saint-André-des-Arts ,
n° 35. Il paraît, trois fois par mois, un cahier de trois feuilles
5j.
8o4 LIVRES FRANÇAIS.
in-8°; prix, pour Paris et les départemens, 4o fr\ pour l'an-
née; 22 fr. pour six mois.
666. — * Le Lycée t journal général de l'instruction , etc. , etc.
Paris , 1828 ; on souscrit à la librairie classique de L. Hachette,
ancien élève de l'École normale, rue Pierre-Sarrazin, n° 18.
Se publie, par cahiers d'environ trois feuilles, le 5 et le 20 de
chaque mois; à partir du 5 février dernier, le prix de l'abon-
nement pour Paris et les départemens a été réduit à 28 fr. pour
un an, i5 fr. pour six mois.
La Revue Encyclopédique s'est toujours fait un devoir de con-
tribuer par ses annonces à la publicité des ouvrages pério-
diques, toutes les fois qu'elle les a jugés utiles au but qu'elle
se propose elle-même, le progrès, des lumières et de la civili-
sation. Elle peut se rendre ce témoignage qu'elle a montré en-
vers toutes les entreprises rivales, qui, depuis qu'elle existe ,
se sont élevées autour d'elle, et qu'elle a souvent fait naître, un
esprit d'impartialité et de justice dont on n'a pas toujours usé
à son égard. Elle n'est que fidèle à ses habitudes, en recomman-
dant aujourd'hui deux journaux consacrés à ce qui intéresse
particulièrement l'instruction , à l'exposition des méthodes, à
l'examen des livres classiques , à l'analyse des cours publics, à
la discussion des lois et des règlemens qui régissent nos écoles,
à l'histoire et à la comparaison- des ctablissemens d'enseigne-
ment nationaux ou étrangers , anciens ou nouveaux ; tous
objets auxquels la critique quotidienne , et même la plupart des
recueils semi-périodiques ne peuvent accorder qu'une atten-
tion nécessairement partagée , et qui avaient droit à être traités
plus spécialement. Les deux journaux que nous annonçons
répondent à ce besoin, qui s'est fait surtout sentir, lorsque
les efforts contraires des amis et des ennemis de l'ignorance ont
éveillé les esprits sur un intérêt bien grave et trop long-tems
négligé. Tous deux sont rédigés avec soin par des membres
distingués de notre Université; le premier , commencé depuis
plus d'une année, est parvenu à son cinquième volume; le se-
cond ne compte encore que quelques mois d'existence, et ne
peut opposer à la collection de son concurrent qu'un seul
volume; mais peut-être compense-t-il sa nouveauté par un es-
prit plus décidé , une rédaction plus originale. Du reste, nous
ne voulons point établir une comparaison dont une plus longue
épreuve préparera les élémens. Le tems fixera le rang des deux
recueils , et peut-être, ce que nous désirons pour leur succès
et leur durée, amènera-t-il entre eux une réunion dont ils pro-
fiteraient également. X.
LIVRES EN LANGUES ETRANGERES, rrc. 8d5
Livres en langues étrangères , imprimée en France.
\\S. — The life <>< Thomas Egerton , etc. — Vie de Thomas
Êgerton\ suivie de Lettres inédites smt l'époque à laquelle il
fut grand chancelier d'Angleterre, publiées par Francis Henri
Sgerton, comte Bridgevrater. Paris, 1828. In-4° de 5o8 pag.
(Ne se vend point.)
Si l'orgueil de la naissance pouvait être permis, ce serait
surtout aux hommes qui n'ont vu clans une longue suite d'aïeux
qu'un motif de plus de s'illustrer par eux-mêmes. Lord Francis
Egerton, à qui l'on doit la publication du volume que j'an-
nonce, pouvait être fier du nom, du rang et de l'ancienneté
de sa famille. Tous les genres d'illustration s'y trouvaient réu-
nis. Sa maison remonte, en Angleterre, au tems de la con-
quête; plus tard, ses aïeux allaient mourir avec honneur sous
les murs de Saint-Jean d'Acre, ou triompher avec éclat dans les
champs d'Azincourt. Leur nom s'allie même à la majesté du
sang royal ; une des aïeules de lord Egerton s'est assise sur le
trône de France; un de ses ancêtres avait pour père Edouard III.
D'illustres chanceliers, de savans prélats, ont mêlé leur gloire
pacifique à celle des guerriers ; et , comme si lord Egerton de-
vait associer, aux souvenirs d'une antique origine, ce qui mé-
rite le mieux l'estime et la reconnaissance des tems modernes,
tout près de l'âge actuel, son oncle, le duc de Bridgkwater ,
ouvrit à l'Angleterre une source de richesses intarissable, en
multipliant les canaux qui traversent aujourd'hui, dans tous
les sens, son territoire.
Possesseur indolent de tant de titres, un autre se serait cru
dispensé d'en acquérir de nouveaux. Il aurait vécu sur la gloire
de ses ancêtres, comme de riches oisifs se contentent des biens
amassés par leurs pères. Lord Egerton, aujourd'hui comte de
Bridgewater, n'en jugea point de même. Il pensa qu'on devait
ajouter quelque chose à la renommée de ses aïeux, si l'on n'en
voulait pas être accablé. Les siens avaient rendu leur nom
célèbre dans les armes, dans la magistrature et dans l'église;
dans l'exercice des grands emplois, dans les travaux d'une
industrie bienfaisante: il chercha la gloire, moins éclatante
peut-être , mais plus personnelle , que procure la culture des
lettres; et cette gloire qu'il ambitionnait ne fut point rebelle
à ses vœux.
Elevé dans un des nombreux collèges d'Oxford , il y plaça
bientôt son nom à côté des noms fameux dont les fastes uni-
versitaires gardent la mémoire. On le cita de bonne heure
p-armi les jeunes étudia ns qui cultivaient avec le plus de succès
8o6 LIVRES EN LANGUES ETRANGERES
les muses grecques et latines. Le français, l'italien, l'espagnol
et même les idiomes de l'Orient lui devinrent également fami-
liers. Réunissant tous les genres de mérite, poète, historien ,
philosophe, économiste, on le vit publier tour à tour une vie
du chancelier Thomas Egerton , des leçons sur Euripide , de*
Lettres .sur la navigation intérieure ; et ses ouvrages ont tour à
tour excité l'intérêt des érudits, des biographes ou des hommes
les plus occupés de sciences politiques, dans leurs rapports avec-
la prospérité des nations.
Le nombre est peu considérable de cerçx qui peuvent allier
ainsi le savoir à l'esprit, et la connaissance des choses utiles au
goût des lettres et des beaux-arts. Pour lord Egerton, un ta-
bleau précieux, un marbre antique, une médaille rare , un
manuscrit peu connu , devenaient également un sujet d'étude.
Ses voyages accrurent encore en lui ce désir ardent d'apprendre
et de connaître. En Espagne , en France, en Italie, les plus
belles années de sa.jeunesse furent employées, dans le cabinet
des savans, à profiter de leurs entretiens; dans les musées, à
classer avec goût les monumens de l'antiquité; dans les biblio-
thèques, à comparer les textes différens des auteurs les moins
illustrés. C'est à ce continuel besoin d'ajouter aux trésors d'une
immense érudition, c'est surtout aux heures laborieuses qu'il
a passées dans la Bibliothèque royale à Paris , qu'on doit la pu-
blication du volume dont je rends compte.
Le rang que tenaient les ancêtres de lord Egerton avait mul-
tiplié leurs rapports avec les plus grands personnages de chaque
époque. Il est flatteur de pouvoir compter comme lui des lettres
d'ambassadeurs, de cardinaux', de princes, de premiers mi-
nistres, de rois et d'empereurs, parmi ses papiers de famille.
Cette collection précieuse pour l'histoire était cependant peu
de chose , si on la compare à celle qu'il a formée lui même
dans le domaine d'Ashridge, en Angleterre. Il en a rassemblé
les élémens, à grands frais, dans toutes les contrées de l'Eu-
rope, et l'on conçoit à quel point lord Egerton, avec sa fortune
et son savoir, a dû, depuis quarante ans, augmenter les richesses
de cette collection. Il suffit, pour s'en faire une idée, de par-
courir, dans le volume que j'ai sous les yeux, la seule table des
autographes que renferme Je musée d'Ashridge. On y trouve dis
lettres d'J/nurath III, empereur des Turcs, et de saint J'iuct/it
de Paul; de Galilée et de mademoiselle de Gournar; de Fran-
çois de Lesdiguières , dernier connétable de France, et de ce
duc de Guise que le fanatisme religieux assassina sous les murs
d'Orléans; de Marguerite de /'(dois et de Ilrianca Caf.cllo, toutes
deux célèbres par leur beauté et leur galanterie ; du poetv
IMPRIMES EN IT.ANCE. 807
Rnnsnnl , de /V^/// l'antiquaire Ct du bel esprit Voilure ; du
président cfè Thon dotM 6d bite souvent l'histoire latine, et
d' Honore tC ( rfc , presque aussi connu par ses romans; enfin,
de dois hommes que de rares vertus, un pouvoir tyrannique
ou de grâtlds talens militaires présentent à l'amour, à la haine
ou bien au respeei dessièeles, .S',v/Yr, Rit helieii ell'urenne.
Mais on remarque surtout, dans eette collection formée à si
grands frais, et classée avec tant de méthode par lord Egcï Ion,
sept lettrés (X1 Henri 111 , a/tarante d'Henri I V et dix ou douze
lettres dé ces princes de Lorraine qui menacèrent si long- teins la
couronne et la vie de tous ùew^ C'est sur l'époque pendant la-
quelle ils régnèrent l un et l'autre qu'on trouve le plus de pièces
inédites dans le volume que j'annonce. Elles viennent en partie
de la collection de l'auteur, en partie des recherches qu'il a
faites dans la Bibliothèque; royale récrites par /Varie Smart ,
Henri III, Elisabeth, parMM.de Cliateauneuf q\ de Êéifièvré,
ambassadeurs de France en Angleterre , ces lettres font con-
naître les intérêts des cours à cette époque , le caractère des
souverains , l'esprit de leurs agen; ct la duplicité de leur
politique.
Au nombre de ces lettres, on en trouve une dans laquelle
Marie Stuart déjà captive, Marie Stuart, femme , épouse, reine
et mère infortunée, donne à Fambassadeur de France à Londres
les plus touchons détails sur les rigueurs de sa prison. On ne
peut' l'ire aussi, sans s'y arrêter, Une dépêche que M. de Segiir9
alors ambassadeur du roi de Navarre qui fut depuis Henri IV,
adresse au roi d'Ecosse, {ils de Marie Stuart. « Sire, recher-
chez, lui dit il, les moyens d'employer les grâces que Dieu a
mises en Vous. Il s'en présente tant d'occasions ! mais surtout,
je vous supplie, tenez pour suspects tous les conseils qui vous
seront donnés par MM. de Guise, roi d'Espagne et tous pa-
pistes. Ils ont de merveilleux artifices; mais croyez que, lors-
qu'ils vous montreront le plus de bonne affection , c'est lors-
qu'ils tacheront de vous ruiner; ils ont porté malheur à tous
ceux qui se sont fiés en eux; vous ct le roi de Navarre en avez,
en vos plus proches, de bons exemples : fuyez- les donc comme
peste, car ils font profit de tout et portent malheur à tous. »
Plusieurs lettres aussi curieuses suffiraient pour donner un vé-
ritable intérêt à eette publication.
En répandant des clartés nouvelles sur cette sombre époque
des teins modernes, lord Egerton a rendu un service impor-
tant à l'histoire. L'idée d'être utile, en quelque chose que ce
soit , est un des plus doux plaisirs qu'il puisse goûter aujour-
d'hui. Les lettres qui furent si long-tems pour lui le plus
808 LIVRES EN LANGUES ÉTRANGÈRES , etc.
agréable délassement, le soutiennent, le consolent, le raniment
encore, dans l'état de souffrance où ses infirmités l'ont jeté.
Ce n'est plus cet homme robuste , intrépide , adroit £ tous les
exercices , qui se plaisait à fendre à la nage les eaux d'un fleuve
rapide, à dompter un cheval fougueux, à lancer un char léger
qu'il guidait lui-même d'une main ferme, sur la pente d'une
montagne , aux bords d'un précipice : de longues douleurs ont
épuisé ses forces; mais ce front pâle se colore soudain, ses
yeux éteints brillent tout à coup du feu le plus vif, au souvenir
d'une grande pensée, au récit d'une belle action. On sent
qu'une sensibilité prompte et qu'une âme noble vivent encoïc
profondément dans ce corps qui semble affaibli par les ans.
Après l'esprit qui est une si brillante émanation de l'intelli-
gence céleste , rien sur la terre n'en rappelle mieux le souvenir
et l'image que la bonté. Ce besoin d'aider ses semblables est
peut-être le plus noble penchant dés cœurs vertueux. Mais,
au déclin de l'âge, la bonté prend encore un caractère plus
touchant. Naturels à la jeunesse, ces mouvemens si chaleureux
de bienveillance et d'humanité passent quelquefois avec elle.
Il y a des cœurs que l'âge attriste et resserre. Il est au contraire
des hommes rares en qui le désir d'obliger croît avec les années,
et qui , malheureux eux-mêmes et réduits au plus cruel état
de souffrance , ne s'en croient que plus de droits à soulager le
malheur. Qu'il est beau de verser encore des bienfaits d*upe
main tremblante, et que la pitié paraît respectable sous les
cheveux blancs d'un vieillard !
On ne pourrait, sans trahir les plus chers secrets de lord
Egerton , compter les indigens qu'il a secourus , les malheurs
qu'il a consCiés, les larmes dont il a tari la source; mais on
peut lui répéter du moins ces deux vers anglais qui furent écrits
pour un de ses parens , comme lui , comblé des titres les plus
éminens, et qui, comme lui, se plaisait à répandre de nom-
breux bienfaits:
Thèse honours Egerton were ail thine own ;
The rest where honours horrow'd from the throne î
« Ces honneurs , cet éclat , tu les dois à toi-même :
Le reste est un reflet tombé du diadème... »
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES.
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE.
ÉTATS-UNIS.
Missouri. — Exploitation des mines de plomb sur la rivière
de la Fièvre ( Fever-iïver ). — Cette exploitation, qui avait
éprouvé d'abord de très-grandes difficultés , est maintenant en
pleine activité. En i8-23 on n'avait extrait que 100,000 kil. de
minerai; en 1827, l'extraction s'est élevée à 2,640,000 kil., et
doit s'élever encore beaucoup plus haut. L'espoir des entre-
preneurs se manifeste déjà par les symptômes ordinaires, les
prétentions au monopole; il est question de demander au con-
grès que les droits sur l'importation du plomb soient aug-
mentés. Ces demandes, qui se renouvelleront probablement
autant de fois qu'une industrie nouvelle obtiendra quelque
succès remarquable, donnent lieu à quelques observations sur
la nature du gouvernement fédératif. Dans un tel gouverne-
ment est-il permis à l'autorité centrale d'imposer tous les États
an profit d'un seul, ou du plus petit nombre? N'est-il pas im-
périeusement prescrit à cette autorité centrale, par l'autorité
supérieure de la raison , de se renfermer dans les limites de
ce qui intéresse véritablement toute la république, sans dis-
tinction d'États? Des questions analogues se sont déjà présen-
tées plus d'une fois, et, il faut le dire, le congrès les a réso-
lues avec sagesse; il s'est montré jusqu'à présent tel qu'on se
plaît à imaginer le gouvernement institué pour le peuple, et
digne de présider à ses destinées. Lorsque la haute administra-
tion est aussi digne de confiance, les erreurs des particuliers ne
portent aucun préjudice : on a beau réclamer des privilèges,
des monopoles, les droits delà nation demeurent intacts , la
justice et la liberté n'ont rien à craindre; le commerce est
constamment protégé, au lieu d'être soumis aux gènes de
toutes sortes dont quelques intérêts mal compris voudraient
l'embarrasser. N.
Relations commerciales avec la France. — On remarque
le passage suivant dans la Note adressée par le président
des États-Unis au Sénat et à la Chambre des représentant :
8 1 o V M ÊRIQUE SEPTENTRIONALE.— ASIE.
Notre commerce avec la France n'a cessé de s'accroître de-
puis la suppression dos droits qui pesaient sur ses vaisseaux
el sur les nôtres. Nous aimons tout ce qui peut nous rapprocher
de la France. Ses relations politiques avec nous sont nées avec
notre indépendance. Son souvenir se joint à celui de la lutte
à laquelle nous devons une existence nationale. Rien ne sau-
tait l'effacer, et nous sommes heureux de penser qu'elle le
conserve aussi. »
ASIE.
De V esclavage dans I'Inde. — Le Journal asiatique [Asiatic
journal) donne, dans son cahier du mois d'août, des rensei-
gnemens assez curieux sur l'état de l'esclavage dans l'Inde;
ils nous font voir à quel point une institution quelconque
peut être modifiée par les mœurs et le caractère des peuples
qui la reçoivent. L'esclavage en lui-même est injuste et im-
moral; il est atroce, si vous l'établissez chez un peuple éner-
gique et violent; les esclaves mordent sans cesse le joug; les
maîtres l'appesantissent sans cesse; ce n'est plus qu'une alter-
native continuelle et sanglante de révoltes et de supplices.
Mais si une nation douce, molle et tranquille a reçu cette
même institution , l'apathie mutuelle des maîtres et des esclaves
concourt à rendre la dépendance aussi supportable qu'elle peut
l'être. Les maîtres trouveraient fatigant d'user de leur pou-
voir; les esclaves trouveraient plus fatigant encore d'avoir un
libre arbitre. Dans les contrées où régnent les habitudes d'in-
dolence et de contemplation , celui qui renonce à diriger son
existence active est plus touché du repos qu'il s'assure que de
l'avilissement auquel il se soumet. Le Journal asiatique s'oc-
cupe surtout de l'esclavage dans le Décati et les provinces
adjacentes. Voici, d'après lui, quelques unes des causes qui
contribuent à le maintenir: Un créancier a le droit de faire
son esclave d'un débiteur insolvable ; mais cette coutume est
rarement observée, à moins que le débiteur ne soit un cooubce
(de la caste de laboureurs), et le créancier un brame. Dans
les tems de famine, lorsqu'un père ne sait plus comment sub-
venir à l'existence de ses en fans, il sacrifie souvent leur liberté
pour les arracher à une mort certaine. Cet usage est une grande
ressource pour les Iiidous, et l'on ne voit pas comment l'on y
suppléerait. La famine porte même des hommes faits à quitter
le pays où elle règne , à se mettre à la suite des marchands qni
voyagent, et à faire un accord avec eux, par lequel ceux-ci
s'engagent à les nourrir et acquièrent en retour le droit de les
vendre. A la vérité, on a vu ces mêmes hommes vouloir rompre
Asir. ei aopi a™
l'accord lorsqu'ils étaienl arrivés dans un pays où ils .w
les moyens (!<• subsister par eus. mémest < mi trouve aussi, pai mi
tin v es, <lt ts tu l . 1 1 1 s dérobas à leur Pamille <i vendus ;i une
grande distance aVs [endroit où Us sont aies» Tontes ces diffé
? cnics elasses son! traitées avec ane égale douceur. Les cscia« ps
sont regardés comme des domestiques héréditaires; oa leur
permet de se marier, et !<• mariage est considéré comme un
affranchissement. En outre, <>n donne souvent! la Kberté aux
jeunes gens parvenus à l'adolescence. Les cbatimens sont rares ^
chea les Ma rat tes, il était permis d'eu infliger, maison était
sévèrement puni si la mort s'ensuivait. Il était permis aussi de
vendre .ses esclaves; mais OU attachait , dans II s classes élevées,
une soi le de houle a l'exercice <!•• ce droir.
Malgré ce système de douceur, et quoique les esclaves eux-
mêmes, et surtout bs femmes, aient souvent refusé la liberté
qu'on leur offrait , on n'en doit pas moins désirer qu'une pareille
COUtIUlie soit abolie. I\ile peut n'être pas toujours atroce, mais
elle est toujours avilissante. Nous voyons donc avec plaisir que,
dans plusieurs cantons, elle tombe en désuétude, et (pie Ton
peut la regarder comme complètement abolie dans lile de
(leylan. Sir .//< -.ramier Johnson, lorsqu'il était chef de la justice.'
dans cette ile , proposa v,n plan d'émancipation qui fut promp-
tement adopté par les propriétaires. Ils décidèrent qu'à partir
du 16 août 1816, tous les enfans. nés dans l'esclavage devien-
draient libres Ils formèrent un comité pour la rédaction dos
règlemens nécessaires pour effectuer cette importante réforme;
et le premier de ces règlemens fut que les maîtres consacre-
raient une somme a ces nouveaux affranchis pour leur pro-
curer des moyens d'existence jusqu'à ee qu'ils eussent atteint
l'âge de quatorze ans, âge auquel on les regardait comme en
état de se suffire à cux-n.cmcs. L. L. O.
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
Po/iee de Londres , et R*( formation de la législation an-
glaise. — Lorsque le ministère, formé sous l'influence de
Mi (amuing, a été renversé après la mort de ce grand homme
d'État , unejseule chose 3 pu contre-balance»-, jusqu'à un certain
point du moins*, 'a fâcheuse impression produite par l'arrivée
au pouvoir des anciens tory S ; nous voulons parler de la rentrée
de AI. Pkkl au ministère. Tous ecu\ qui s'intéressent à la ré-
formation des lois en Angleterre n avaient poil t oublié que
Bia EUROPE.
M. Peel avait , à plusieurs reprises , fait les plus louables efforts
pour obtenir cet heureux résultat, particulièrement pour ce
qui concerne la législation criminelle. En effet, à peine ce mi-
nistre avait-il repris les rênes de l'administration de l'intérieur,
qu'on l'a vu faire dans le parlement une motion de la plus haute
importance, relative à la police de la métropole. Le discours
qu'il a prononcé dans la séance de la chambre des communes,
le 28 février dernier, contient un passage très-curieux sur
les rapports qui existent entre les crimes et les délits commis à
Londres et à Paris. Nous allons mettre ce passage sous les yeux
de nos lecteurs: il complétera les détails que nous nous étions
déjà procurés sur cet important sujet. (Voy. Rev. Enc. , t. xxxiv,
pag. 36o et 753 , et ci - dessus, pag. 2 53 et 263 , cahier de
janvier).
« Je vais faire la lecture, dit M. Peel, de quelques extraits
déposés sur le bureau de la chambre, concernant les prison-
niers et les condamnés, tant de Londres que deMiddlesex (un
des comtés où une partie de Londres est située). En 1820,
leur nombre était de 2,773; en 1821, 4>48° ; en 1822 , 2,53o;
en 1823, 2,5o3. La chambre observera que ce nombre varie.
Le nombre de 1823, comparé à celui de 1820, donne une dif-
férence de 270. En 1824, il y a eu une augmentation de 4,5o3
à 2,621 : je ne fais ici mention que degrands criminels. En i8a5,
ce nombre a été de 2,902. En 1826, il s'est rapidement élevé
à 3,457. L'augmentation de cette année a été si considérable,
que la petite diminution qu'il y a eu en 1827 ne peut fournir
aucun motif de nous dispenser de cette enquête. Cependant ,
en considérant cette grande accumulation de crimes, on a
quelque satisfaction de voir qu'il y en a très-peu d'un grave
caractère; que les assassinats ont été rares, et que les crimes
dont ces rapports font mention concernent principalement la
propriété. On se rappellera qu'en 1820 ce nombie a été de
2,773, et en 1826 de 3,457, faisant une différence de 684.
Dans la classe des offenses appelées simples larcins (/arcenîes ) ,
leur nombre était en 1820 de i,384 , et en 1826 de 2,1 18; ce
qui fait une différence de 734. Mais on remarque, dans tous les
nombres des crimes commis dans ces années, une différence
de 684. D'où il est évident que le crime de larcin a non-seule-
ment rempli cette différence , mais qu'il l'a même outrepassée ;
ce qui prouve que les autres espèces de crimes ont dû avoir di-
minué dans cet intervalle. Depuis quelque tems , j'ai pris des
mesures pour obtenir des informations sur l'augmentation des
crimes dans les grandes villes du continent. La \ariation ob-
servée dans le nombre (1rs crimes, comparée avec la popula-
GRANDE-BRKTAC.INE. Ki3
tion dans différentes parties de la France, est vraiment cu-
rieuse. H y a un département dans ce pays, dans lequel le
nombre des accusés est, à l'égard du nombre total de la popu-
lation, comme i à 1000; et il y en a un autre où cette pro-
portion est comme i à 27,342 : tels sont les points extrême* et
les proportions. Ce département est sans doute celui où les
crimes sont le plus fréquens, et l'autre celui où il s'en com-
met le moins. J'ai examiné les rapports concernant la popula-
tion et le nombre des crimes commis à Londres et dans Middle-
sex en 1821 et dans les années subséquentes, et je prendrai
la permission de fixer l'attention de la chambre sur quelques
détails.
« En 1821 , la population de Londres et de Middlesex était
ainsi qu'il suit :
Londres 1 25,434 habitans.
Westminster 182,085
Middlesex 837,012
Total. . . . i,i/44,53i
«Telle était, messieurs, la population de la métropole en 1 82 1 .
Je vais maintenant vous entretenir des rapports des prisonniers
criminels pendant les trois années subséquentes à cette période;
et je trouve, pendant les années 1823, 1824 et 1825, que le
nombre ordinaire (average anumnt) des prisonniers dans la
métropole, durant ces trois années, a été de 2,700 (par an). En
comparant ce nombre avec celui des habitans de 1821, on trou-
vera que cette proportion sera un individu (prisonnier) sur 423
habitans.
« Mais si nous descendons à une période plus rapprochée, ou
remarquera que le nombre des prisonniers est considérable-
ment augmenté, et que cette augmentation, pendant les deux
dernières années, s'élève pour chaque année, l'une dans l'autre ,
à 3,4oo; et en supposant que la population ait été pendant
cette période de 1,000,000 d'âmes, la proportion du nombre
des prisonniers, comparé au nombre entier des habitans, sera
comme 1 à l'égard de 38o. Ainsi un individu sur 38o a été mis
en prison sous l'accusation de quelque crime. La comparaison
que j'ai faite entre le nombre des crimes commis à Londres et
à Paris, eu égard à la population de l'une et l'autre de ces
villes, paraît être évidemment en faveur de cette dernière;
car, suivant les évaluations que j'ai faites, le nombre des accu-
sés a été à Paris, en 1821, 800 sur 821,000 individus, ce qui
fait un individu sur 1,022; taudis qu'à Londres ce nombre a
S), EUROPK.
été %i%o6 sur une population i\e i, 3oo,ooo âmes, ce qui fait
un individu sur 38o. Néanmoins, il y a quelques corrections à
faire dans ces évaluations; car les accusations pour ce qui con-
cerne Paris n'embrassent que celles qui ont eu lieu devant Ja
cour d'assises , sans comprendre les individus accusés devant les
tribunaux inférieurs (correctionnels), tandis que les rapports
des prisonniers de Londres comprennent tous ceux qui, en 1 826
et 1827, ont été envoyés en prison . accusés de quelques crimes
pendant cette même période.
« Le nombre des accusés devant la police correctionnelle a
été, en 1826, de 4j«132, dont 1,206 étaient accusés de vol.
Ainsi bien certainement, en faisant une évaluation des crimes
respectifs des deux villes, ces 1,206 individus doivent être
compris dans le nombre des criminels mis en prison à Paris. Si ,
par conséquent, nous ajoutons ces 1,206 accusés de- vol aux
8o4 criminels de 1825 , criminels qui ont comparu devant la
cour d'assises, nous aurons le nombre 2,010 des accusés ou
prisonniers de Paris pendant cette période; et en évaluant
la population de cette capitale, pendant la même année, à
821,000 âmes , nous trouverons que la proportion des accusés
ou des criminels à l'égard du nombre des habitans sera comme
1 à 4 10; et nous trouvons que le nombre ordinaire à Londres
des prisonniers, dans les années 1823, 182/, et 1 825 , s'est élevé
à 2,700, ou comme 1 à l'égard de 4^3, sur l'entière population ,
tandis que cette proportion a été à Paris , dans l'année que
nous avons citée, comme 1 à l'égard de fiio,en sorte que la ba-
lance serait en notre faveur.
« Malheureusement, le nombre des prisonniers a considéra-
blement augmenté dans les années 1826 et 1827 , ce qui détruit
cette proportion, le nombre des prisonuiers s'étant augmenté
jusqu'à 2,400, chaque année, ce qui fait un dividende à l'égard
de 38o, et nous place sous un point de vue moins favorable
<]ue la France. »
Alors, l'honorable M. Peel fait la motion suivante : qu'on
nomme un comité particulier pour faire une enquête sur les
causes de l'augmentation des crimes, ainsi que sur l'accroisse-
ment des prisonniers dans les cités de Londres et de Westmins-
ter; il propose aussi d'examiner l'état de la police de la mé-
tropole et des districts limitrophes pour en faire un rapport à
la chambre.
Après une très-longue discussion , cette motion est adoptée,
et vingt-quatre membres, à la tète desquels se trouve M. Peel ,
sont nommés pour foi mer le comité demandé.
La réformation des lois civiles a également occupe la chambre
GRANDE-BRETAGNE.— RI SSIE. -POLOGNE. Bil
drs communes au commencement de cette session. Dans la
séance du 7 février dernier*, M. Brottghah a prononcé un dis
rouis, qui a dure si\ heures, sur l'étal actuel de II législation
et sur l'administration de la justice en Angleterre, li a terminé
par engager I;» chambre à faire une adresse ail toi, à l'effet de
le prier de nommer une commission chargée de procéder a une
enquête sur ee sujet.
Tous les efforts des hommes les plus éclairés de l'Angleterre
finiront sans doute par triompher des préjugés aveugles <■( de
la routine invincible qui , jusqu'ici , se son! constamment oppo-
sés à la réformation partielle OU générale de la vieille législa-
tion anglaise. A. T.
RUSSIE.
Moscou. — 1/ Université a tenu, cette année ( 1827 ) 1 sa
séance solennelle, !e 27 juin ( v. style}, jour anniversaire' de
la bataille de Pullava. Les professeurs Alfoxsky et Ivacii-
kovsky ont. prononcé à cette occasion deu\ discours, le pre-
mier en latin , sur les causes locales des maladies (fui dépendent
du climat , et sur les différens caractères de celles qui en provien-
nent , et le second en russe, sur les qualités distinctives par
lesquelles les anciens auteurs classiques grecs ont particulièrement
acquis le droit incontestable d'être les guides du bon go/lt dans la
littérature , non - seulement durant C existence politique de la
Grèce, mais encore dans un long avenir. Le professeur Mekz-
liacof a lu ensuite une pièee de vers, sous le titre; de Poltava ,
et le professeur Stchépkine, secrétaire du conseil de l'Univer-
sité, un court exj)ou- historique des travaux de l' Université pen-
dant Cannée précédente. Cet exposé fait monter à ii,/453 le
nombre des élèves dans les établissement d'instruction pu-
blique , dépendans de larron. li veinent universitaire dé Mos-
cou. — Prix proposé. L'Université a mis au concours la ques-
tion suivante : « Quelle a été l'influence du droit romain sur la
législation fondamentale des nations de l'Europe, et sur la ju-
risprudence civile ? » Le prix est de la somme de ?-5o roubles,
P. R. E.
POLOGNE.
Varsovie. — Société royale des amis des .sciences et des lettres.
— Nomination académique. — Cette Société, fondée en 1800, est
présidée par M.Ju lien Ursin Nikmcî.wicz, l'un des historiens et
des poètes éminemment nationaux et justement célèbres dont
s'honore la Pologne. Elle compte aussi dans son sein les littéra-
teurs polonais les plus distingués, parmi lesquels nous citerons
816 EUROPE.
ici seulement M. Joachim Lelewel, auteur de plusieurs ou-
vrages très-estimés sur l'histoire et la géographie anciennes (i) ,
M. Félix Bentkowski , et MM. les comtes Louis Plater et Fré-
déric Skarbek, déjà connu des lecteurs de ce Recueil par sa
dissertation philantropique et instructive sur les causes de la
multiplication des pauvres et sur les moyens d'y remédier. (Voy.
Rev. Enc.t t. xxiv. Juin 1827, pag. 569-579 ). — La même So-
ciété, dont plusieurs membres contribueront à faire connaître
dans notre Revueles principaux ouvrages nouveaux et imporlans
publiés en Pologne, et nous aideront ainsi à compléter notre plan,
vient, dans sa séance annuelle du 20 janvier 1828, de nommer
M. Marc- Antoine Jullien, de Paris , l'un de ses membres cor-
respondais. « Elle a voulu, par ce choix, dit la lettre qui an-
nonce cette nomination, donner un témoignage public de son
estime, à l'auteur d'une Notice biographique et historique sur le
général polonais Kosciuszro , dont le nom consacré désormais
par les hommages unanimes des hommes de bien de tous les
pays, plane au-dessus des préventions et des passions orageuses,
mais éphémères , que fait naître l'esprit de parti dans les tems
de révolution. La Société de Varsovie a voulu également que ce
suffrage unanime d'une réunion d'amis des sciences et des lettres
fût un hommage solennel rendu au fondateur d'une entreprise
de bien public qui, depuis dix années, rapproche par des com-
munications mutuelles les hommes éclairés de toutes les nations
et contribue puissamment à la destruction des préjugés ou des
antipathies qui les séparaient, ainsi qu'à la propagation et aux
progrès des lumières, et qui, devenue le domaine commun des
littérateurs et des savans , quelle que soit leur patrie , fait par-
ticiper toutes les contrées et tous les individus à la connaissance
des travaux utiles que chaque contrée et chaque individu a
produits. Les Polonais ont voulu honorer de nouveau Kos-
ciuszko dans son biographe , et se montrer reconnaissans et
bienveillans envers un homme qui a toujours pris un vif inté-
rêt à tout ce qui touche leur pays ». N.
(l) 10 Découvertes des Grecs et des Carthaginois ; 20 Recherches de l'an-
tiquité par rapport à la géographie , avec un Atlas; 3Q Histoire de la
Géographie ; 4° Notice historique sur les mesures de longueur chez les an-
ciens; 5° Notice sur les nations qui ont habité l'intérieur de l'Europe jus-
qu'au dixième siècle; 6° Relations commerciales entre les Phéniciens, les Car-
thaginois et les Grecs ; 70 Description de la Scythie d'après Hérodote. Ces
divers ouvrages et mémoires deM. Lklewel ont été offerts en son nom
par son jeune compatriote M. Pouczvszynski, qui est lui-même un
littérateur instruit et zélé, à la Société de géographie de Paris , dont ces
deux étrangers ont été nommés membres correspondais. N. du R.
DANEMARK. 817
DANEMARK.
Phf.sse périodique. — Le premier journal publié en Dane-
mark a paru dans les dernières années du règne de Chris-
tian IV, sous ce titre: Ordinaire Co uranlen. Ii date de l'année
1644, et a été rédigé par le Libraire Moltkcn et l'imprimeur
Marzan. Quoiqu'il ne nous en reste aucun exemplaire, on le
connaît par une plainte que l'Université avait portée contre lui
au sujet de quelques articles. On possède des exemplaires des
journaux qui ont suivi; savoir: un en i656, et un autre, de
iG5G à 1677 ; celui-ci était en vers, et portait le nom de Mercure
danois.
La presse périodique en Danemark n'eut pendant tout
un .siècle qu'un très petit nombre d'organes; mais, après avoir
langui si long-lems, elle a eu, dans les dernières quarante années,
une activité extraordinaire et très satisfaisante, et elle a fait
encore de nos jours des progrès considérables.
On compte maintenant quatre-vingts ouvrages périodiques et
journaux, qui paraissent, en partie tous les jours, en partie
deux fois par semaine , en partie en cahiers de 7 à 8 feuilles d'im-
pression, tous les mois ou par trimestre. Sur ces quatre-vingts
ouvrages, soixante-dix sont en langue danoise, et publiés à
Copenhague et dans les villes principales des provinces; les
dix autres sont, savoir, six en langue allemande, publiés dans
le Holstein , province allemande du Danemark ; deux en
langue islandaise pour l'Islande, et deux autres, enfin , dans les
possessions danoises aux Indes occidentales.
Nous allons donner un aperçu rapide de ces ouvrages; nous
reviendrons plus tard sur ceux qui méritent d'être plus connus
qu'ils ne le sont. Nous commençons par les 70 qui paraissent en
langue danoise, et nous croyons pouvoir les diviser en trois
classes :
i° Ceux qui traitent des sciences et des arts; — i° ceux qui
s'occupent de littérature ; — 3° enfin, les journaux politiques ,
ou qui donnent les nouvelles du jour.
I. Ouvrages périodiques f relatifs aux sciences et aux arts.
A. Théologie. — 1. Njt theologisk Bibliothek (Nouvelle Bi-
bliothèque pour la théologie.) Le rédacteur est M. le professeur
de théologie Jens Môller. La première série de cette biblio-
thèque forme vingt volumes ; la nouvelle série en a déjà treize.
Cet ouvrage donne surtout des mémoires originaux, quelques
extraits et des traductions des ouvrages les plus estimés en
théologie , danois et étrangers. La Bibliothèque est très-ortho-
t. xxxvii. — Mars 1828. 5i
Si 8 EUROPE.
doxe, mais sans intolérance; la plupart des plus savans théolo-
giens du pays sont an nombre des collaborateurs. — 2. Theo-
lo°iskt Maancdskrift ( Ouvrage mensuel pour la théologie ).
Ce journal a été commencé, en 1825, par M. le D'Rudelbach
et par M. Grundtvig, qui depuis a cessé d'y travailler. Il est
à son onzième volume. M. Rudelbach réunit à une érudition
approfondie des connaissances t:ès solides. On trouve gé-
néralement te ton de ce journal un peu trop sévère , les
raisonnements trop rigides; mais on y lit avec plaisir beaucoup
de mémoires très bien écrits et qui annoncent une vaste
érudition. — 3. Repcrlorinm for aandelige Sagcr (Répertoire
pour les matières théologiques.) Ce journal est rédigé par
M. le pasteur Thisted et a commencé en 1827. M. Thisted ,
très connu comme prédicateur à Copenhague, et qui a attiré la
foule surtout des classes inférieures de la société, est à présent
curé d'une paroisse en Islande. Il a beaucoup de verve, d'élé-
vation et de force; ces qualités s'unissent en lui à des connais-
sances solides et au goût le plus sûr. — i\. Danskt Religionsblad
(Ouvrage périodique pour la religion.) On trouve surtout
dans ce journal des nouvelles suivies et très intéressantes
sur ce qui regarde les missions étrangères. Le rédacteur est
M. le pasteur Ronne, fondateur d'une Société pour les missions t
qui a nouvellement donné ses soins aux Groenlandais , et
qui vient d'envoyer une église construite a Copenhague, à la
colonie Jidianœhaab dans le Groenland. La Société enverra^dans
le courant de l'année, quatre missionnaires en Afrique, aux
établissemens danois de la Côte d'or.
B. Jurisprudence. — 5* furiâmki Tidskrift ( Annales de la
Jurisprudence. ) Ce journal est rédigé par M. le conseiller d'é-
tat Oersted, le premier jurisconsulte <\u pays , qui réunit à une
science vraie., sans ostentation et sans pédanterie, une éru-
dition profonde, des connaissances vastes et solides et beau-
coup de clarté et de force dans le style. Les ujéveloppemcns
de M. Oersted sont basés sur l'analyse et sur l'expérience, et
la marche de ses raisonnemens est aussi claire qu'intelligible.
Un très grand nombre des poinis las plus difficiles en fait de
jurisprudence sont traités avec une sagacité qui rend cet ou-
vrage vraiment classique. Les Annales , commencées en 180.} t
comptent maintenant 7J volumes; les 3o premiers sous ce
titre iJuridiskt Arehiv ( Archives pou? la jurisprudence) ; les
3o suivans sous celui de Nyt juridiskt Arehiv ( Nouvelles Ar-
chives, etc. ); et les i5 derniers sous le titre actuel.
C. Sciences militaires. — 6. Nyt Magasin for militai?- T'i-
dvnskabclghed ( Magasin pour les sciences militaires^, rédigé
DAM. MARK. ftg
par MM. le major I.vai n et les capitaines FibiOei el .Iahn.
On trouve, «dans ce magasin, beaucoup de mémoires originaux*
drs traductions el des extraits des ouvrages militaires les plus
remarquables publiés dans les pays étrangers , el un aperfcn
géûéral de eette branche de la littérature étrangère. On a 1 1
volumes de cet ouvrage. — 7. Archbfor $oi>œ$enet ( archives
pour la marine). Rédacteurs : MM. les Capitaines de la marine
t oyait1 de Covxnci el Bruit. Cet ouvrage', qui n'a éfé com-
mencé qu'es 1826, contient déjà plusieurs mémoires précieux:
et tin grand nombre de nouvelles et de communications très
Intéressantes. L'un des rédacteurs, M, de Coninek a beaucoup
voyagé en Europe et en Amérique; l'autre est un homme très
instruit , frère du célèbre géographe feu Malte-Brun.
D. ScisnoES médicales. — 8. Biblioihek for Lœgcr (Biblio-
thèquedes médecins.) La rédaction de ce journal est dirigée par
MM. Saxtori'ii, Klinciu rvG,Yiiu)RG et Banc. On en a i /J volumes.
C'est un répertoire des faits remarijuablesetdesobserv ationsinté-
rossantes, ainsiquedes nouvelles de l'étranger qui méritent d'être
rapportées. Il est reconnu que la bibliothèque est d'une grande
utilité surtout pour les médecins dans les provinces éloignées
de la capitale. — y. Ny Uygœa (Nouvelle Hygie), commencée
en 1826 connue continuation d'un journal intitulé : Hygie. Le
rédacteur est M. le docteur Otto. Le contenu de cet ouvrage
est composé de mémoires originaux sur la médecine et la chi-
rurgie, d'extraits des ouvrages les plus reniai quables relatifs
à ces sciences publiés dans les pays étrangers, d'annonces cri-
tiques des productions de la science publiées en langue da-
noise et dans les autres langues. — 10. Tidskrift for Plire-
nohgiefi ( Annales de phrénologie. ) Cet ouvrage a commencé,
l'année passée. Le rédacteur est le même que celui de YHygcea,
M. le docteur Otto , l'admirateur le plus zélé de Gall et
de Spurzheim, parmi nos médecins. Son but est de faire con-
naître et propager par les médecins danois cette branche des
sciences médicales, selon M. Otto, digne de plus d'intérêt et
plus féconde en résultats importans qu'on ne le croit ici gé-
néralement.
E. SciETSXFS PHYSIQUES, MATHEMATIQUES ET NATURELLES, ET
arts industriels. — 'î * Tidskrift for 2V ' atatvidenskaberne.
(Magasin pour les sciences naturelles,) MM. les professeurs
Ofrstei) , Reinhardt et HoRtrBM 'anh ; le premier si justement
célèbre el à tant de titres, le second, très versé dans les
diverses branches de l'histoire naturelle, et le troisième, savant
botaniste, se partagent la rédaction de ce magasin, qui, com-
m-ncé en 1822, s'améliore de jouien jour, et mérite une dès
52.
Sa» EUROPE.
premières places parmi les productions de la presse périodique
en Danemark. C'est un répertoire des découvertes nouvelles
et d'observations suivies sur tout ce qui regarde les sciences
physiques et naturelles. — 11. * Statsoeconomish Archiv ( Ar-
chives pour l'économie politique et administrative.) Cette publi-
cation a commencé en 1 826. Elle est dirigée par M. le docteur Na-
than David. On apprécie toujours mieux ce recueil rempli de mé-
moires d'un grand intérêt et d'annonces critiques des ouvrages
les plus remarquables sur tout ce qui a rapport à l'économie
et à l'industrie des nations. Le savant rédacteur exploite le
vaste champ de cette science importante par des disser-
tations critiques et piquantes; et l'on voit avec plaisir que
les opinions sont exprimées avec mesure et les différentes
matières, le plus souvent, discutées avec une rigueur ma-
thématique. — i3. Nje Landœcoïinmishe Tidender (Journal
pour l'économie rurale. Rédacteurs : M. le conseiller d'état
Collin et M. Drevsen.) M. Collin a pendant plusieurs années
travaillé avec un zèle infatigable à l'amélioration de l'éco-
nomie rurale dans le Danemark, et comme un des présidens
de la société d'agriculture ; cet administrateur actif a été fort
utile à son pays. On doit avouer que les travaux de cette so-
ciété ont contribué considérablement aux progrès étonnans
que cet art a faits pendant les vingt dernières années dans
les îles danoises, surtout dans la Sélande. On a de ce jour-
nal une première série de 9 volumes; cette seconde en compte
déjà 5. — i/j. DansA polytechnish Tidshrift ( Journal poly-
technique. ) Le rédacteur est M. Thaarlp, connu par un très
grand nombre d'ouvrages utiles. Son plan embrasse tout ce
qui regarde les fabriques danoises. On n'a encore qu'un vo-
lume de ce journal qui peut devenir d'une grande utilité.
— i5 * Magasin for Kunstnere og Haandvœrkere (Magasin
pour les arts et les métiers. ) Le professeur docteur Ursin
est le rédacteur de ce journal qui fait beaucoup de bien.
Un numéro par semaine tient les lecteurs au courant des décou-
vertes les plus remarquables, de l'invention des nouvelles ma-
chines , enfin des faits les plus intéressans relatifs aux arts et
métiers.
F. Sciences historiques et géographie. — 16. For Historié.
(Pour l'histoire.) Rédacteur, M. le conseiller d'état Collin. On
attend beaucoup de ce journal qui vient de commencer. — 17.
Archiv for Historié og Geographi (Archives pour l'histoire et la
géographie) , rédigées par M. Rise. Le contenu consiste en mé-
moires historiques de tous les tems et de tous les pays. Le choix es t
fait avec goût; le style est assez pur, clairet facile ; ces mémoires
se font lire avec plaisir. Ou en a déjà 10 volumes. — 18. Nordisà
DANEMARK. 821
TuisAn'fi { Journal du nord.) C'est le titre d'un ouvrage qui
a commencé, l'aimée passée. Le rédacteur est le savant pro-
cesseur Moi.iuxK , Bous-bibliothécaire à la grande bibliothèque
du roi. Les cahiers qui ont paru contiennent déjà plusieurs
mémoires précieux , et promettent de réaliser les espérances
qu'avaient fait concevoir l'érudition et les vastes connaissances
du rédacteur. L'ouvrage est consacré à l'histoire, aux .beaux-
arts et à la littérature. — 19. Journal for Politik , Naturog Me/t-
neske&undsAttb ( Magasin pour la politique, la nature et la con-
naissance de l'homme.) Rédacteur M. le docteur Volf. C'est
un magasin de faits curieux sur l'histoire , d'anecdotes, etc. On
en a 60 volumes. — ?.o. Archw for Psychologie, Historié, Litera-
tur og Kttnst ( Archives pour la psychologie, l'histoire, les
beaux-arts et la littérature.) Le rédacteur est M. Ost. C'est
un répertoire historique, surtout pour l'histoire de la patrie.
On y trouve quantité de faits que l'on chercherait inutile-
ment ailleurs. M. Ost se fait un devoir de rassembler des
éclaireissemens sur les faits remarquables dont les circonsr
tances ne sont pas assez bien connues, et de conserver des
notices qui un jour peuvent devenir précieuses pour les his-
toriens. On a 9 volumes de cet ouvrage utile. — 21. Maga-
sin for Rcisciagttagelser (Magasin pour les observations des
voyageurs. ) Le rédacteur de ce magasin, qui est rempli de
notices intéressantes , est notre respectable littérateur, M. le
professeur Nyerup. Il y a déjà quelque tems que le dernier
cahier a paru. On enverra avecbeaucoup de plaisir la continua-
tion.— 11. Magasin for Natur-og-Folkebeskrivclse (Magasin pour
îa description de la nature et des peuples. ) Le rédacteur est
M. Gyntelberg. Cet ouvrage vient de paraître; on a lieu d'être
content des premiers cahiers. L'ethnographie en est le sujet
principal.
G. Pour les Antiquités. — iZ (*) Antiquariske Anna 1er
(Annales pour les antiquités), publiées par la commission
Royale pour* les antiquités. On en a quatre volumes, remplis
de mémoires intéressans, et d'une foule de descriptions pré-
cieuses, tant pour l'archéologie que pour l'histoire ancienne.
On v trouve aussi des détails sur le Musée royal d'antiquités qui
mérite la plus grande attention pour l'étendue des genres et
pour les nombreux exemplaires de chaque objet : il compte
plus de 7000 numéros. — 1^. Tidshrift for nordisk Oldkrndighed
[Journal des antiquités du Nord. ) C'est la Société pour les
manuscrits anciens, ou des antiquaires, qui s'est chargée de la
rédaction de cet ouvrage. On en a deux volumes, qui con-
tiennent des mémoires sur l'histoire, la langue et les antiquités
des pays du Nord,
8i2 EUROPE.
H. Nous devons encore nommer ici : — 2 5. Ny Egeria citer
Bibliothek lor Opdragelscns Venner (Bibliothèque. pour les amis
de l'éducation.) MM. les pasteurs Michelsen, Visby et Bôr-
resen se sont chargés de la rédaction de ce recueil, qu'on
peut regarder comme se composant de deux séries, Tune,
Egeria de 6 volumes; l'autre, Journal de la société d'éduca-
tion, de 4 volumes : cette troisième série ne fait que com-
mencer. — 20. Dans/,- LitteratLirtidcnde ( Journal littéraire).
Ce journal a plus d'un siècle d'existence, il est vrai, sous des
noms différens, mais pourtant toujours continué dans le même
esprit. La première série a commencé en 1720. Cet ouvrage a
été d'un grand prix; il pourrait l'être encore. Le rédacteur
principal est le professeur P. E. Moller. Certainement il y a
parmi les collaborateurs beaucoup d'hommes de mérite, et l'on
y lit souvent quelques analyses remarquables; maison doit
d'autant plus regretter d'y trouver si rarement les traces d'une
bonne et saine critique. Il faut encore observer qu'un journal
d'une seule feuille par semaine ne peut naturellement suffire
dans un pays où il y a autant d'application et de goût pour les
travaux littéraires qu'en Danemark. — 27. Un nouveau jour-
nal littéraire a commencé sous le nom de : Nemesis; mais en ne
peut pas encore le juger.
II. Ouvrages périodiques pour les belles lettres.
28. * Kjôbenhavns flyvende Post ( le Courrier volant de Co-
penhague ) , rédigé par M. Heiberg fils. L'auteur doué de
beaucoup d'esprit naturel sait traiter d'une manière élégante
et facile des sujets sérieux , et répandre çà et là dans ses feuilles
le sel des bonnes plaisanteries. On y trouve des observations
sur l'art théâtral, sur le théâtre et son répertoire, sur les
pièces nouvelles , sur plusieurs des différens genres de la litté-
rature, souvent des contes et des anecdotes. Grâce au talent
et au charme dont M. Heiberg sail revêtir ses tableaux, le suc-
cès de ce journal est devenu populaire. — 29. Crohemuncn
[V Ami des Grecs), rédigé par M. Stockpleth. — 3o. Hertha
(la Déetse de la terre), rédigé par M. Liunge. — 3i. ÔS'ord-
lyset (l'Aurore boréale), rédigé par le pasteur Blicher, connu
favorablement par plusieurs poésies charmantes. — '^i.Huns-
vennen (l'Ami de la maison), rédigé parle pasteur Yf.gexfr.
— 33. Nyt Bibliothek for Mœrsjtahslœsning ( Nouvelle Biblio-
thèque pour la lecture amusante) , rédigé par M. Rise, litlé-
rateur de beaucoup de talent, qui écrit d'un style pur et
facile, et raconte très-agréablement. Ce journal est la conti-
nuation d'une première série : Bibliothèque de lectures amu-
santes. — 34. L&sefrugter ( Fruits delà lecture ), rédigé par
DANEMARK, 8*3
3J. Bi hqi w?. — Î5. MaaaejitrQser (Roaea mensuelles ), rédige
par M. Ovkrskon. — 30. Originale romantiske Sogn (Coules oii-
ginaux ci romantiques), rédigé par M. Vildt. — ?yj. Ossian ,
rédigé par M. Ld ODE. — 38. Svancn (le Cygne), vient de pa-
raître.— 'S\). Siicclilier (les Lys de la neige), rédigé par M. Li m-
quist. — /|0. tiibliotlwh Jordannede Lœscre (Bibliothèque etc.),
rédigé par M. Scualdoiosk. — 41. Tclcgraphcn (le Télégraphe ,
rédigé par M. Thaarup. — l\'±. Forsete , par un rédacteur ano-
nyme.— On trouve dans ces 12 journaux , des poésies diverses,
des anecdotes, des coules originaux, imitésou traduits. — /,3.
Borgencimcn (l'Ami du citoyen). Ce journal rédigé par une so-
ciété appartient à la même classe. Cette société a eu outre un
très-noble but, celui d'assister par des emprunts sans intérêt les
classes laborieuses. C'est surtout avec les produits du journal
qu'elle se met à même de suffire à ces emprunts. Le journal
n'est que d'une demi-feuiile par semaine; mais, comme il date
de 1788, on en a déjà 40 volumes. Le contenu a du prix, mais
en avait beaucoup plus dans les vingt années de 1788 à 1808 ,
pendant que îeu M. d1 Abraham son , littérateur de beaucoup de
talent et réunissant de vastes connaissances, homme très- géné-
reux et l'un des fondateurs de cette utile et bienfaisante insti-
tution, en était le rédacteur principal. — l\t\. Dansh BiblioiJieh
(^Bibliothèque danoise), rédigé par M. C. Thaarup. Ce journal
vient de commencer, mais le premier volume promet beaucoup.
On y a donné avec beaucoup de soin une nouvelle édition des
œuvres de deux poètes du commencement du dernier siècle :
Sortcrup et Frùs ; continué avec les mêmes soins, ce journal
peut attirer l'intérêt. — /|5. Theaterblad (Journal du théâtre), ré-
digé par M. Liunge. C'est la continuation d'un journal du Pleine
genre. — /,6. Patroudlcn (la Patrouille), et, 47. Den galeude
Hanc (le Coq chantant), valent tout au plus la peine d'être
nommés.
Nous -ne pouvons quitter celte division des ouvrages pério-
diques en Danemark , sans payer un juste tribut d'éloges à
M. le professeur Raïibek. et à feu M. Pram, pour \n Minora
et TUskueren (le Spectateur). Le premier de ces àeux ou-
vrages publia, pendant une longue série d'années, des mémoires
d'un très-grand prix sur l'histoire, la politique et la philo-
sophie; le Spectateur pétille d'esprit et possède quantité de mor-
ceaux de littérature qui sont de vrais modèles de la satire noble,
mais forte et vraie.
III. Ouvrages consacrés aux nouvelles du jour , ou joui /taux
proprement dits.
48. Statstidciidcn (Gazette de l'état). Le rédacteur est M. Kxu-
**4 EUROPE.
dsen. Ce journal compte plus d'un siècle d'existence, divisé en
trois séries : la première a commencé en 1720, et va jusqu'à
l'an 17^9; la seconde, de 1749 à 1808; la troisième a commencé
en 1808. La Gazette, qui n'est pas aimée, est consacrée aux nou-
velles du jour, et un supplément qui l'accompagne, aux an-
nonces de toute espèce. — 49- Dagcn ( le Jour ) , rédigé par
M. F. Taarup. Ce journal a commencé en i8o3, et s'est soutenu
sans interruption. Il a eu naturellement des périodes plus ou
moins avantageuses, mais il a presque toujours été assez po-
pulaire. Il est entièrement consacré aux nouvelles du jour. —
5o. Kjôbenhavns Sklideri ( Portrait de Copenhague ). Même
rédacteur. M. Taarup est un des littérateurs les plus la-
borieux du Danemark; il s'est fait surtout remarquer par
ses recherches statistiques sur ce pays. Ce journal date de 1804,
et s'est toujours soutenu, sous trois rédactions différentes. Il
ne se môle guère de politique, mais il cherche à donner aussi-
tôt que possible les nouvelles scientifiques de tous les pays; en
outre, des observations souvent très piquantes; et des notices in-
téressantes. On pourrait désirer que ce bon journal ne consacrât
pas tant de place à la polémique. — 5i. Colle gialfidenden (Jour-
nal des ministères). C'est un journal officiel, contenant toutes les-
ordonnances du Roi, les ordres circulaires des ministères, les
extraits des rapports annuels sur quantité d'établissemens et
d'institutions pour le bien public , tels que la vaccine , l'ensei-
gnement mutuel, les aveugles, les sourds-muets, les commis-
sions de réconciliation, etc.; ensuite, tous les avancemens et
les retraites de service dans toutes les parties de de l'administra-
tion. Les rédacteurs sont les conseillers d'état OErsted et Mo-
nrad. L'année 1828 est la 3ome de l'existence de ce journal qui
date de 1798. — 5a. Adressecomploirs Efterretningcr (Annonces
du jour). Très-utile, mais offrant naturellement peu d'intérêt,
celtegazette compte 70 ans d'existence. Elle a commencé en 17 59.
— 53. Politivennen (l'Ami de la police ). A l'occasion de ce titre ,
il faut bien faire observer qu'il n'existe pas de police secrète en
Danemark. Ce journal est surtout destiné aux ciasses inférieures
dont il embrasse les petites querelles et la polémique bour-
geoise. — 5/j. Handels og Industri- Todende ( Journal du com-
merce et de l'industrie). Les rédacteurs de ce journal sont
MM. Slegel et Ravert. Leur plan embrasse les nouvelles du
jour concernant le commerce et la navigation , et des notices
et observations relatives à ces deux sources essentielles de la
prospérité nationale. On y trouve souvent des notices très-in-
téressantes. Ce journal date de l'année 1782. — 55. Farepriserrte
(les Prix des denrées), journal publie par les courtiers de U
DANEMARK. 8*5
Tille. — 56. Kjôbenhamtpotten (le Courrier de Copenhague
— 5;. Tfy Fréta ( la Nouvelle Freia ). Ces deux journaux,
consacré» aux nouvelles du jour, se soutiennent difficilement.
— 53. Den Vestsjœllandtkt Avis (Gazette de la partie oociden-
tale de la Sélande). Le rédacteur de cette intéressante ga-
zette est le pasteur Bastiiolm , qui réunit à de vastes con-
naissances beaucoup de pénétration. Ses observations sont
toujours exprimées avec une grande liberté, mais avec mesure,
et le plus souvent discutées avec une critique saine et ri-
goureuse. Sa manière , pour ce qui regarde la politique et
toutes les nouvelles de l'étranger, est de donner un résumé
accompagné d'observations, le plus souvent extrêmement in-
téressantes. Aussi voit-on les pays voisins (la Suède, Ham-
bourg, etc. ) profiter de sa sagacité, et plusieurs de ses notices
sont traduites en suédois et ?n allemand dans leurs journaux.
Cette gazette date de 181 1 , et elle est , comme elle doit l'être,
très-aimée et très- recherchée. — 59. Fycns Stiftstidcndc (Ga-
zette de Fionie). Elle a été rédigée, pendant 47 ans, de 1780 à
1827, par feu M. Iversen; il avait, sans posséder de grandes
connaissances , beaucoup de bon sens et un esprit naturel
qui, soutenu d'un certain talent pour le comique, attirait des
lecteurs à sa gazette. Elle est continuée par M. Hakck. —
60. Fycns- Stiftsavis ( Journal de Fionie), rédigé depuis l'an
1797 par M. Hemfel. C'est un assez bon journal. — 61JTAÙ-
ted A m tsavis (Journal de Thisled.) — 61. Fiborg SamlerÇ Jour-
nal de Vibourg. ) — 63. Randcrs Amtsavis (Journal de Ran-
ders.) — 64. Aarhuus Stiftsavis (Journal d'Aarhuus.) — 65. Ribe
Stiftsavis ( Journal de Ribe. ) — 66. Aalborg Stiftsavis ( Journal
d'Aalbourg). Ces six journaux sont publiés dans le Jutlaud
septentrional, et sont tous assez bien rédigés. — 67» Laalands
og Falsters Stiftsavis (Journal des îles de Lalande et Falster)
extrêmement pauvre et dépourvu de goût. — 68. Helsingacrs
Avis ( Gazette de Helsingoer. ) — 69. Bornholms Amtstidcndc
( Journal de Bornholm.) Ces deux feuilles ne contiennent que
des annonces. — 70. Sundslistcn , publié à Helsingaer. C'est la
liste journalière des vaisseaux qui passent le détroit OEresund.
Les gazettes et journaux suivans sont publiés en langue
allemande dans les provinces allemandes du royaume. — 7K
Scliriften der schlesvig-holstcinschen - patriotischen Gescllschaft
(Mémoires de la société patriotique de SIesvig et Holstein). Ces
mémoires sont rédigés à Altona où réside la commission admi-
nistrative de la société. On y trouve un grand nombre d'obser-
vations et des notices intéressantes, surtout pour ce qui regarde
l'industrie, l'économie rurale et les arts et métiers. Les mû-
Si6 EUROPE. -
moines fournissent une prouve de plus de la grande et respec-
table activité de cette utile société. — 72. StaatsbùrgerUchcs
Magazin (Répertoire pour le citoyen). Le rédacteur principal
est M. le professeur Falk , de l'université de Kiel; néanmoins ,
ce journal est publié à Slesvig, parce que la liberté de la presse
est bien plus grande à Slesvig , et dans tontes les provinces
danoises, qu'en Holstein qui fait partie de la confédération
germanique. On trouve dans cet ouvrage nombre de notices
et de mémoires d'un véritable prix, pour ce qui regarde la
politique et l'histoire, et pour ce qui a rapport à l'adminis-
tration. — 7*3. Schlesvig holstcinschc Provinzialbcrichte ( Mé-
moires des provinces de Slesvig et de Holstein). Rédacteur,
M. le pasteur Petersen. Ces mémoires contiennent plusieurs
notices d'un intérêt général. Ils sont assez populaires et sont
certainement fort utiles. — 74- Rendsburger Wochenblatl (Jour-
nal de Rendsbourg), et 75. Gluck statuer Anzclgcr (Journal de
Glukstad) sont deux journaux d'annonces réunies à quelques
mélanges. — 76. Altonacr Métreur, (le Mercure d'Altona). Ce
journal, consacré aux nouvelles politiques du jour et aux an-
nonces, s'est soutenu pendant une longue série d'années: il
donne les nouvelles sans observations, sans remarques, mais
assez complètement.
Les deux journaux en langue islandaise sont : 77. Skirner, con-
tinuation d'un autre ouvrage : Sugnablod, c'est un journal pour
l'histoire dont on a 10 volumes, <5el'annéei8i7 à 1826. Skirner
a commencé avec l*année 1827 et contient, comme les 10 vo-
lumes du Sagnablod, un aperçu sur l'histoire de Tannée pour
tous les pays, et des détails sur la société littéraire islandaise ,
qui s'est chargée de îa rédaction de l'ouvrage pour mettre les
habitans de l'Islande au courant des affaires des autres pays.
C'est un ouvrage de beaucoup de mérite. — 78. Klosterposten
(le Courrier du couvent), ainsi appelé du lieu de la rédaction,
Videra, ancien couvent. Le rédacteur est M. Stephaxsex.
Le contenu est un mélange dont on ne saurait trop faire l'éloge.
Enfin, deux journaux paraissent dans les îles danoises des
indes occidentales. — 79. Un à Sainte-Croix. — 80. L'autre à
Saint-Thomas. Tous les dei\x sont consacrés aux nouvelles du
jour, aux annonces, etc. Tous les deux sont le vrai portrait de
la population des îles; dans le même numéro ou voit souvent
nne ordonnance en danois, un avis pour la vente des sucres,
en anglais; une annonce pour un festin, en français; et le si-
gnalement d'un esclave fugitif, en espagnol ; enfin , c'est une
vraie tour de Babel. Z**.
ALLEMAGNE. 827
ALLEMAGNE.
IIkssf.. — Université de Marrourg. — Le 28 juillet 1827, cotte
université a célébré sa troisième fête séculaire : elle doit s;i fon-
dation au dm- Philippe, contemporain et ami de Luther, ce qui
lui a fait donner Je nom de Philippina. Par anticipation, on avait
déjà célébré en 1777 nu demi jubilé, ce qui n'a pas empêché
de donner autant de pompe que possible à la fête séculaire du
2.»S juillet 1827. Un comité choisi parmi les professeurs de l'uni-
versité avait été chargé de préparer le programme, et le pro-
fesseur d'éloquence, M. JFagncr, avait invité, par une bro-
chure in-folio, intitulée : Inest fastorum protectorum
Marrurgenmum , etc., continuatio, le publie d'Allemagne à
venir assister à la fête. Il vint en effet beaucoup de personnes
des autres universités et des diverses villes d'Allemagne. Le
premier jour, h fête commença par une cérémonie religieuse
dans l'église de Sainte-Elisabeth ; de là, le cortège des étu-
dians et des proft sseurs se rendit au son de toutes les cloches
de la ville à la grande salle de l'Académie, où le professeur
"Wagner prononça un discours. Ce discours fut suivi d'une al-
locution i\u commissaire du gouvernement, président de Por-
bi'ch '■, qui distribua, au nom de l'électeur de Hesse , cinq dé-
corations de l'ordre t\u Lion-d'Or parmi les professeurs. Il y
eut ensuite un banquet de cent quatre-vingts couverts à l'hotel-
de-\ ille , un concert , des aubades données par les étudians au
commissaire du gouvernement et au protecteur de l'université ;
enfin des réjouissances des étudians sur une pelouse auprès de
la ville. Le lendemain, dimanche, ou exécuta dans l'église de
l'université la musique d'un cantique de Luther, nouvellement
nus eu musique par M. Jiisti ; et M. Bcclhaus prononça un ser-
mon sur la solennité du jour. Le cortège se rendit de nouveau
à la grande salle de l'académie, où le nombreux auditoire en-
tendit encore un long discours. Cette fois, c'était un discours
latin sur l'utilité et l'influence des hauîes écoles, prononcé par
le professeur Plattner. Selon l'usage, on proclama ensuite les
promotions et les nominations honorifiques accordées dans les
diverses facultés de l'université, à l'occasion de ce jubilé. Le
commissaire électoral, M. de Porhcck , fut nommé docteur en
droit; le maître de chapelle, Spolcr, à Cassel, docteur en mu-
sique ; et la veuve du célèbre philologue IFitteribach , à Paris ,
docteur en philosophie. Cette dernière promotion est une sin-
gularité , même en Allemagne, où pourtant les docteurs de toute-
espèce abondent. Le soir, il y eut bal à l'hôlel-de- ville, réjouis-
£28 EUROPE.
sauces publiques et feu d'artifice. Selon l'usage allemand, les
savans absens avaient pris part à la fête par la publication de
diverses pièces. L'université reçut du docieur Colla, à Bres-
lau : Recolitur memoria professorum theologiœ Marburg. Pliilippo
magnanimo régnante, in-/,°; du docteur Schuppius , de Hanau:
Disputatio de vi atque utilitate , quam in rempublicam habent
ladi littoarii, imprimis academiœ , Hanau, in-4°; dix docteur
Hyncck , à Fisbeck : Quid sit quod debeat rcligloni christlanœ
scxus muliebris , imprimis honestior pars fœminarum , in-4°;
du professeur Creuzcr, a Heidelberg : Frid. Sylburgi epistolœ
quinque ad Paulum Melissum , Francfort , in-8°. L'université de
Berlin envoya un chant séculaire en latin : Sœcularia ténia, etc.,
in folio; et M. Volhmar, deZinteln, une nouvelle composition
en musique du Te Deum. Parmi les félicitations envoyées en
grand nombre, on remarquait des pièces de vers en cinq langues,
adressées à l'université par le professeur Kiïbne ; enfin, un Ba-
varois , M. Wild) avait envoyé des échantillons de ses impres-
sions en vert et en d'autres couleurs. D — g.
SUISSE.
m
Lausanne. — Écoles de charité. — L'établissement des écoles
de charité de Lausanne, soutenu depuis plus d'un siècle par
une association particulière et par des dons volontaires, se
compose actuellement : i° de trois écoles externes destinées
à l'instruction des enfans de la classe indigente; 20 d'un insti-
tut en faveur d'orphelins pauvres; 3° d'un séminaire pour des
élèves régens.
Pour être admis dans les écoles dites externes, il faut que
l'enfant habite Lausanne ou sa banlieue, qu'il appartienne à
la classe indigente, qu'il ait au moins huit ans et au plus qua-
torze; enfin, qu'il soit présenté à la direction par l'un des
souscripteurs de l'établissement. Les enfans admis dans les
écoles externes y reçoivent gratis, jusqu'à leur réception à la
sainte-cène, outre l'instruction morale et religieuse , des le-
çons d'écriture, d'orthographe, d'arithmétique et de gram-
maire française. Dans certains cas, la direction accorde quel-
ques livres de pain par semaine aux plus nécessiteux lorsqu'ils
se distinguent1 par leur bonne conduite.
Pour être admis dans l'institut des orphelins, il faut que
l'enfant soit de la religion réformée, orphelin de père au
moins , qu'il ait neuf ans et pas plus de treize , et que sa com-
mune ou quelques personnes charitables s'engagent à fournir
pendant tout le tems de son séjour dans l'établissement, une
■ SE. 819
rétribution finance annuelle qui ne peut pas être an dessous
de 5o fr. Il y a deux époques fixes pour la réception de? or-
phelins : celle de Pâques et celle de la Saint-Martin. Lesorphe-
"ns reçus sont logés, nourris, vêtus, instruits et ('-levés dans
jfônreinteet aux Irais de rétablissement. Entre Page de treize
et celui de <i ..n/.e, ils peuvent faire choix de la profession
qu'ils désirent embrasser. Si l'enfant se décide pour un métier,
la direction lui procure un maître dont la moralité soit bien
reconnue, et paie son apprentissage; mais il demeure sous la
surveillance paternelle de la direction, quoique logé et nourri
chez son maître. Le nombre des orphelins qu'on peut recevoir
n'est point limité et dépend entièrement des revenus de l'éta-
blissement. Ce ne sera donc qu'à l'aide de nouveaux dons ou
legs que la direction pourra, au gré de ses désirs, faire élever
et établir un plus grand nombre de ces infortunés, si dignes
de la charité publique.
Enfin, pour entier au séminaire des élèves régens, il faut
que l'individu ait reçu son instruction dans les écoles externes
ou dans l'institut des orphelins de l'établissement et se soit
rendu recommandable par son application, ses talens, sa
conduite, et qu'il ait atteint l'âge de quatorze ans. On admet
aussi des élèves étrangers à l'établissement; mais ceux-ci doi-
vent avoir dix-huit ans, être recommandés par les préposés et
le pasteur de leur commune, et subir un examen qui prouve
un degré suffisant de capacité dans les diverses parties de
leur instruction. Le nombre de ces élèves régens n'est point
limité; mais il ne doit dans aucun cas nuire à la réception des
orphelins, auxquels les bienfaits de cet établissement sont spé-
cialement destinés. Ces élèves régens sont logés, nourris et
instruits de la même manière que les orphelins; mais ils paient
pour cela une somme fixée par la direction, qui couvre les
frais de leur entretien, en sorte qu'ils ne sont point à charge
à l'établissement.
Telles sont les trois branches distinctes d'utilité que présente
rétablissement des écoles de charité de Lausanne, qui est
géré par une administration dont tous les offices sont gratuits.
Cette administration se compose : i" d'une direction de vingt
membres, dont la moitié sont ecclésiastiques et la moitié
laïques; i° d'une assemblée générale , formée de la totalité des
contribuans, c'est-à-dire, de toutes les personnes qui ont de-
mandé à concourir au bienfait de cette pieuse association en
payant une cotisation annuelle qui ne peut pas être moindre
de six francs, et par laquelle on acquiert le droit de faire en-
trer un enfant dans l'une des écoles externes. •
83o EUROPE.
La direction s'assemble régulièrement tous les vendredis,
excepté pendant les vacances des moissons et des vendanges,
pour entendre un rapport sur l'état des écoles et pour s'oc-
cuper des divers besoins de l'établissement. Les membres de la
direction sont choisis parmi les contribuans et par eux, au
scrutin secret et à la majorité des suffrages, L' 'assemblée géné-
rale se réunit une fois par an, à l'époque de la Saint-Jean ,
pour entendre un rapport écrit sur ce qui s'est passé de plus
intéressant dans le courant de l'année, et pour prendre con-
naissance de l'état des finances , et des dons ou legs faits depuis
la dernière réunion.
Il convient d'ajouter que les ressources pécuniaires de l'éta-
blissement se composent: i° de la cotisation annuelle payée
par chaque contribuant, laquelle n'est point capitalisée; mais
employée à fournir en partie au paiement des pensions des di-
vers maîtres; 2° des intérêts des sommes qui ont été capitali-
sées ; 3° enfin, des donations gratuites faites par dons entre-
vifs ou par testament. (Extrait du Nouvelliste Faudols.)
ITALIE.
Sicile. — Catane. — Académie Giœnia. — Nous avons
sous les yeux un compte rendu fort détaillé des séances des
11 janvier, 8 février, 23 mars, 26 avril et 17 mai 1827. Nous
les considérerons toutes en masse, parce que nous n'y trou-
vons pas assez de résultats dignes d'attention pour distinguer
chacune en particulier. Cette académie emploie souvent une
partie de son tems à multiplier ses membres honoraires ou
correspondans, et à les proclamer ou à les recevoir avec
de longues formalités. On a également publié la liste des ou-
vrages que les auteurs se sont empressés de lui envoyer. Au
milieu de ces formules congratulatoires qui occupent une
grande partie des procès-verbaux, on a toutefois fait lecture
d'un mémoire de M. Tedeschi, sur les conditions nécessaires
pour l'exercice des facultés psycologiques. M. Rosario Sc.v-
de m a présenté un Essai des signes météorologiques qu'on
remarque dans la région méridionale de l'Etna, dans les di-
vers ehangemens de saison. M. Charles Gemfi.laro a lu un
mémoire sur les conditions géologiques des volcans éteints dans
le V al- de- No ta.
Florence* — Académie desGéorgopliiles. — L'académiepropose
un prix de 25 sequins à l'auteur du meilleur mémoire sur la ques-
tion suivante: «déterminer, d'après les faits, si la greffe apporte
que-que modification dans la plante greffée, et vice versa si
ITALIE,— PAYS-BAS. 83 1
la plante exerce quelque Influence sur les organes de là greffe,
à l'égard des plantes el des greffes de la même espèce ou des
espèces diverses du même genre ou de formes différentes* a Le
prix sera décerné dans la séance solennelle de i$ag. F« S.
PAYS-BAS.
Bruxeli.es. — Muser (1rs lettres et des sciences. — (lotte nou-
velle institution, fondée depuis peu à Bruxelles, mérite d'elle
mentionnée avec éloges. Ses progrès paraissent devoir être
rapides et remarquables; l'histoire des différentes branches des
sciences, des lettres et de la philosophie y est professée dans
des cours publics, qui tendent à assimiler cet établissement
aux meilleures institutions d'instruction publique. Le nouveau
musée contribuera à placer la capitale des Pays-Bas au rang
des cités les plus éclairées, comme elle est déjà l'une des plus
magnifiques et des plus importantes. L'inauguration a eu lieu
dans une des salles de l'ancien palais des princes et avec une
grande solennité. Le discours d'ouverture a été prononcé par
l'un des professeurs, M. Baron, Français estimé que recom-
mandent d'honorables succès obtenus dans l'instruction pu-
blique. Ce discours a produit une vive impression; il a été de-
puis publié, et a justifié l'opinion qu'en avaient conçue ceux
qui l'avaient entendu prononcer. Le choix des professeurs et
le succès de leurs cours ont répondu complètement à L'attente!
du gouvernement et du pays. M. Baron professe l'histoire de
la littérature, cl paraît favorable aux doctrines nouvelles qui
ne doivent néanmoins être admises qu'avec une sage réserve.
L'histoire générale est enseignée par M. Lesbroussart que
l'athénée royal de Bruxelles comptait déjà parmi ses princi-
paux professeurs. Une instruction solide et variée, une philo-
sophie sage et un amour éclairé de l humanité donnent un
nouveau prix à ses leçons. M. Quetelet, collaborateur de la
Revue Encyrlopédiquc y qui Occupait déjà la chaire des sciences
à l'athénée de Bruxelles, et que l'académie de cette ville,
ainsi que l'institut royal des Pays-Bas, comptent parmi leurs
membres, s'est chargé de professer l'histoire des sciences; et
ses connaissances profondes, sou élocution facile et brillante,
son zèle actif pour les progrès de l'instruction, attirent à ce
cours les amis des sciences et les amis des lettres. — L'histoire
de la philosophie est confiée à M. Van-her-Veter, bibliothé-
caire de la ville de Bruxelles : ce jeune et digne élève de
l'univiversité de Louvain , pénétré des plus saines doctrines,
se montre à la hauteur de ses graves fonctions. — L'histoire
83* EUROPE.
nationale appartenais de droit au savant et respectable his-
torien de la Belgique, M. Dewez, secrétaire perpétuel de l'a-
cadémie de Bruxelles. M. Lauts est chargé du cours de litté-
rature nationale, c'est-à-dire, hollandaise; et il enseigne aussi
cette langue à l'athénée de Bruxelles. C'est jusqu'ici la seule
chaire de Bruxelles où l'on ne professe pas en français : aussi
les auditeurs y sont peu nombreux. Ces cours, et quelques au-
tres encore, d'un objet moins général, assurent le succès du
musée de Bruxelles. M. B.
Statistique littéraire. — Revue sommaire des ouvrages, tant
originaux que traduits ou imités , publiés en différentes langues
dans le royaume des Pays-Bas, pendant l'année 1827, non com-
pris les écrits périodiques, les journaux, les gazettes, etc., et les
réimpressions d'ouvrages publiés à l'étranger (1}.
MOIS.
Théologie.
Jurisprudence,
Médecine,
Physique, etc.
Histoire.
Philologie,
Poésie, Théâtre.
Mélanges,
Romans.
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre . . .
Octobre
Novembre . . .
Décembre . . .
Total.. . .
i3
7
8
6
10
7
8
7
5
8
t'A
6
6
8
i3
9
i5
i5
14
i3
17
20
1 5
i3
7
10
6
6
10
3
1 1
9
i3
5
3
9
5
i4
10
6
i4
16
5
9
10
10
6
18
39
i3
3o
22
J9
26
27
25
28
25
i4
99
146
96
114
286
Total géaéral des ouvrages.
(i) Ce tableau est extrait de l'excellent recueil scientifique intitulé:
Correspondance mathématique et physique , publié par A. Qvetelet, t. IV,
p. 140. Bruxelles, 1828.
PAYS BAS. 119
11 ,i «*l« |>(il>lié M lSi5, «-n iSafi,
Théologie < » » io3
Jurisprudence! Médecine, Physique, . g3 io5
Histoire g4 [<r>
Philologie, Poésie, Théâtre (35 i34
.;■■•>, Romans *£6 39.5
lorAt 679 7f>3
On voit , en comparant le nombre des ouvrages publiés pen-
dant les trois années qui viennent de s'écouler , que l'année
1817 l'emporte sur Tannée 1825, mais qu'elle cède elle-même
à l'y nuée i8a6\
Ces doenmens sont tirés de \& Gazette des Pays-Bas , qui les
emprunte elle-même à la Liste des ouvrages nouveaux qui se
publie à Amsterdam.
AMSTERDAM et Bruxelles. — Lithographie perfectionnée. —
Plusieurs sujets lithographies , entre autres une carte de l'île
de Corse, nous sont parvenus de ces deux villes : ils ont été
exécutés dans les ateliers de M. Jobard , lithographe du roi des
Pays-Bas, par un procédé qui lui appartient, et qui semble
être le complément de l'art, puisqu'il est parvenu à produire
des morceaux supérieurs à ce que les premiers graveurs obtien-
nent du cuivre. Un avantage incalculable de ce procédé est de
pouvoir imprimer un nombre illimité de bonnes épreuves,
sans altération de la finesse des traits, sans empâtemens des
ombres, et au moyen d'un ouvrier très-ordinaire. En se livrant à
l'étude de ce genre de lithographie, un dessinateur obtient dans
quelques mois toute l'habileté qu'il n'ciit acquise qu'avec beau-
coup de peine en plusieurs années dans la gravure sur cuivre.
On s'occupe, dans les Pays-Bas, à former une école de ce
genre, par actioi.s, pour la réimpression des ouvrages étran-
gers à planches; ce que ne pouvaient faire les libraires belges,
puisqu'ils manquent totalement de graveurs. M. Jobard a déjà
réimprimé les Voyages de M. Ch. Dupin dans la Grande-
Bretagne , avec une supériorité que les lithographes de Paris
sont loin de pouvoir atteindre par les méthodes connues; il
vient aussi de publier un Plan grand aigle de la ville de Liège ,
qui peut rivaliser avec tout ce qu'on a fait de mieux sur cuivre
en ce genre. C'est pour récompenser les efforts et les décou-
vertes de M. Jobard que le gouvernement vient d'affecter une
somme considérable à l'exécution et à la publication du riche
T. xxxvii. — Mars 182H. 53
834 EUROPE.
muséum d'Amsterdam , dont le plus grand nombre des tableaux
sont encore inédits. Z.
FRANCE.
Sociétés savantes et Etablis se m eus d'utilité publique.
Caen (Calvados). — Sociétés savantes. — L'indépendance est la
vertu caractéristique de la république des lettres; c'est la qua-
lité disîinetive de l'esprit de notre siècle, et si quelques aca-
démies se sont pliées, trop légèrement peut-être, aux insi-
nuations du pouvoir, il existe aussi une foule d'associations
savantes qui se sont tenues dans une sage réserve, et n'ont
jamais reconnu que la puissance du talent. Dans ces sociétés
modestes, qui n'ont pas ambitionné le titre d'académies royales,
et qui ont jugé plus convenable celui de sociétés d'émulation,
de jeunes littérateurs, des naturalistes , des savans trop peu con-
nus, se sont réunis sans faste et sans orgueil, pour se par-
tager des travaux, pour rectifier et approfondir en commun
leurs essais et leurs observations; ce sont des sociétés d'ému-
lation qui, se renouvelant incessamment près de nos écoles
de jurisprudence, ont développé les taletis de nos jeunes ju-
ristes, et dirigé les esprits dans l'élude philosophique des
lois. De tels avantages ne sauraient être obtenus des réunions
purement littéraires : le goût a publié tous ses oracles : il aime
le fbruit et les brillantes assemblées ; mais c'est dans la re-
traite que la méditation se nourrit, que se développe le gé-
nie , qui n'est rien sans l'indépendance. On répète à Paris
que cette capitale est le centre unique du savoir : cependant
la France possède dans les départemens des hommes, pa-
triotes, sages, sans esprit d'intrigue, qui étudient avec soin
les antiquités, les productions, les intérêts de leurs contrées;
et leurs travaux honorables, car ils sont désintéressés, accrois-
sent incessamment la masse des connaissances.
Telles sont la Société Linnéennede Caen et la Société des Anti-
quaires de Normandie. La première compte quatre années d'exi-
stence, et elle a publié deux volâmes de mémoires. Ce recueil
a toute la chaleur de la jeunesse , à qui rien ne coûte , ni veilles,
ni explorations, et les défauts souvent heureux de cet âge.
Il est grossi outre mesure d'éloges de Linné et de Tourne-
fort, ainsi que de discours académiques; mais on y trouve
des documens utiles sur l'agriculture, des descriptions pré-
cieuses pour la botanique, et des découvertes géologiques.
La ville de Caen, que sa société de médecine vient d'enri-
1 &ANCE.— DÉPARTEMENT 835
cbir d'un cabinel anatomique, est principalement redevable
de son muséum d'histoire naturelle a la Société Linnéenne,
Une compagnie de capitalistes, cjui profiterait de tout ce zèle
pour la science, eu exploitant des uiines d<" fer connues pour
la première Fois dans le Calvados, retirerait de grands bé-
néBces de ses avances. On y a acquis aussi la certitude de
l'existence de la hoinllc dans les àrrondissemens où le coin
b'ustibte commence à manquer. Combien de dunes, de* ter-
rains vagues qui attendent des semis et des plantations! Mais
la Société Linnéenne n'a de ressources que dans l'unique et
faible cotisation de ses membres et de ses associés, et l'im-
pression même de ses mémoires lui est onéreuse. Elle va sans
doute publier prochainement, dans son troisième volume , le
rapport sur les travaux de l'année, que son secrétaire, M. de
Caumonl, a lu dans sa séance publique du 28 mai, et les
mémoires qui ont répandu le plus d'intérêt sur celte solen-
nité. 31. Le Prévost , de Rouen, y a communiqué des obser-
vations importantes sur l'étude des sciences naturelles dans
le midi de la Fiance.
La Société des Antiquaires de Normandie a tenu sa séance
annuelle le lendemain 'kj mai. Le président, maire de Caen,
a fait espérer que le jardin des plantes recevrait prochaine-
ment des augmentations considérables, ainsi que le musée,
qui ne possède qu'un petit nombre de tableaux remarqua-
bles. La bibliothèque, encombrée de livres théologiques, ob-
tiendra entin les ouvrages nécessaires aux progrès des sciences
et des arts industriels, dans une ville qui a produit des savans
et des mécaniciens célèbres. Après le rapport sur les travaux
de l'année, on a lu de^ observations de M. Le Prévost, de
Rouen, sur les monumens de la . ville d'Autun et sur ceux
de Séez, et une notice par M. Pat tu de Saint-Vincent , sur
un mosaïque romaine trouvée 'auprès de ilérnalars, dé
partement de l'Orne. La Société des Antiquaires ne reçoit,
non plus que la Société Linnéenne, de secours pécuniaires
des conseils des cinq départemens de l'ancienne Normandie,
ni du ministre qui dispose l\i\ budget de l'intérieur. Une somme
modique suffirait pour arracher an sol qui recouvre la ca-
pitale des anciens Fiducases, des antiquités précieuses, et ce
n'est que par hasard qu'on en a recueilli quelques-unes.
M. Deshaycs a terminé la séance par la lecture d'un mé-
moire sur des constructions romaines qu'il a trouvées récem-
ment dans l'enceinte de cette cité de Vieux, qui a été le bei
peau de la ville de Caen Isidore Lkbrln.
8'46 FRANCE.
PARIS.
Institut. — Académie des sciences. — Séance du 1 8 février.
— MM. Cordier et Beudant font un rapport sur un mémoire
de M. Rozet, officier ingénieur-géographe , intitulé: Descrip-
tion géognostique du Bas-Boulonais. « Le Bas-Boulonais forme
une zone étroite de terrain qui borde le canal delà Manche,
depuis Étaples jusqu'à Vissant, et dont la surface n'est guère
que la treizième partie de celle du département du Pas-de-Ca-
îais. Cette petite contrée se distingue du reste du département
par sa constitution variée ; elle' en est d'ailleurs séparée nette-
ment par une enceinte naturelle de montagnes basses, offrant
à peu près Sa forme d'un croissant dont les, deux extrémités re-
gardent les côtes de l'Angleterre. Le Bas-Boulonais n'a com-
mencé à être bien connu que depuis l'excellent travail de
M. Fittau. Les observations de ce géologue anglais sont le fruit
de plusieurs années d'étude; elles ont prouvé que le bassin du
Bas-Boulonais est exactement formé des mêmes matériaux pla-
eés dans le même ordre, offrant les mêmes accidens que les con-
trées de l'Angleterre qui sont situées de l'antrecôté de la Manche.
Le travail de M. Rozet, qui est un développement de celui de
M. Fittau, est plein d'intérêt par les détails nouveaux et nom-
breux qu'il renferme, par les coupes de terrain et par la carte
géologique qui l'accompagnent. Le Bas-Boulonais est en grande
partie calcaire ; il est principalement composé de terrain ooliti-
que, de terrain de craie et de leurs, dépendances, telles qu'elles
existent en Angleterre ; les couches sont .presque horizontales.
Un petit système compose tant de marbres analogues à ceux de
la Belgique que de terrain houiller moins ancien , perce les
terrains qui précèdent du côté de Marquise et d'Hardin;;han.
La houille et le marbre de ce petit système sont utilement ex-
ploités ; les couches sont presque verticales. Des lambeaux
d'une assise horizontale de grès quartzeux, de formation ter-
tiaire , se montrent sur les hauteurs crayeuses qui séparent le
bassiu d'avec le Haut-Boulonais. Enfin , les roches précédentes
sont masquées sur différens points, tant par des alluvion; di-
luviennes que par des ailuvions modernes. Sur les bords de la
mer, les sables ont généralement p» is la forme de dunes qui s'a-
vancent avec une extrême lenteur, dans la direction vies vents
régnant avec le plus de force et le plus habituellement dans le
pays.... Nous pensons, disent les commissaires, que le travail
de M. Rozet présente une monographie géologique intéressante,
utile, et qui mérite l'approbation de l'Académie. ( Approuvé ),
l'AIHS. n%j
— MM. Carier et Duméril font un rapport sur les manuscrits ,
les dessins cl les collections cm oves par M M. QOOK et Gaymard
à l'Académieet an Muséum d'histoire n.itni «-Ile. Les collections
envovées comprennent en pctin.e, ■• mammifères et B3 ovseaux ;
dans Ui lc(jurur, 1 /t pièces relatives ans inainmifei es on aux
oiseaux, 7 reptiles, 7/ espèces de poissons et 10 011 ri bocaux
de mollusques et de zoopliyi.es; en ostéotomie , ^3 pièces appar-
tenant aux classes des vertébrés. Plusieurs espèces sont nou-
velles, et un grand nombre des autres manquaient aux Collec-
tions du Muséum. MIV1. Quoy et Gaymard n'ont pas \011lu s'en
rapporttC à ce qu'ils ont conserve; ils se sont empresses de
fixer sur le papier tout ce qui était dans le cas de disparaître,
se réservant d'examiner plus en détail par la suite les parties
intérieures et les autre* que l'alcool n'aura point détruites. Le
travail de ces habiles naturalistes se compose de 179 pages de
texte et de 36 planches, faisant suite aux 11 que l'Académie a
reçues précédemment. 11 y avait en outre 3 planches tVosaries
pour M. Geoffroy Saint- H il aire , et 4 de poissons pour M. G.
Cuvier. Les 36' premières contiennent plus de 5oo figures de
mollusques et de zoophytes ou de leurs détails, dessinées et
peintes avec un talent admirable par M. Sainson , dessinateur
de l'expédition de M. d'Urville, d'après les esquisses et sous la
direction de MM. Quoy et Gaymard. » En adressant le rapport
de MM. Cuvier ç\ Duméril au ministre delà marine, l'acadé-
mie fera connaître à S. E. qoe MM. Quoy et Gaymard ont con-
tinué de remplir honorablement la mission dont ils sont chargés,
et que ces infatigables observateurs sont dignes de tout l'intérêt
de l'administration. — MM. Geoffroy Saint- Hila ire , Duméril et
Boyer font un rapport sur le mémoire de M. Lisfranc, relatif
à la rhinoplastique. « l:n soldat, Jean Éval, était depuis long-
tems victime des désastres de la campagne de Russie. Son nez
congelé avait été détruit et était tombé; il ne lui en était resté
aucun vestiue. Le mai avait même gagné les voies lacrvmalcs
qui en furent fortement afïectées; et de plus, les paupières
étaient restées éraillées à plusieurs places. Éval, retiré -ans
son village natal, était devenu un objet de dégoût pour tout le
monde et était comme séquestré de la société. Le principal pro-
priétaire de ce village , M. Delaborde d'Estouteville , prend pi-
tié d'Éval , le recueille, le conduit à Paris et le confie aux soins
de M. Lisfranc. Celui-ci , décidé à se consacrer i\ cet acte d'hu-
manité, s'y prépara par des études pratiques sur le cadavre, et
par de nombreuses recherches d'érudition. Ceci nous a valu
une histoire critique et très curieuse de tous les efforts tentés
dans ce genre et qui ont été couronnés de succès. C'est aux dé-
838 FRANCE.
pens de l«i peau du front que M. Lisfranc est parvenu à réfor-
mer un nez à Kval. Nous ne donnerons pas tous les détails de
eette intéressante opération , dans inquelle M. Lisfranc a montré
tous ses talens et toute sa philantropie ; mais nous ferons con-
naître les avantages qu'en a retirés l'individu opéré. Il avait
perdu l'odorat, il l'a retrouvé sous le couvert de sonnez re-
fait. Ses yeux étaient autrefois toujours humides et les larmes
coulaient continuellement, sur ses joues, où elles déterminaient
des rougeurs et même des excoriations; les larmes sont mainte-
nant contenues. La voix, de nasillée qu'elle était, rend un
timbre plus ferme. La peau du front s'est cicatrisée , ne laissant
qu'une fâcheuse apparence de luisant. Éval possède un nez réel,
qui a du relief; il le saisit avec son mouchoir, le meut à droite
et à gauche, le tire et le fait résonner; il le remplit de tabac
avec sensualité; enfin Éval est rendu , sous ce rapport, aux
communes conditions et sensations des autres hommes. Avant
de présenter Éval à l'Académie et de le rendre au généreux
M. Delaborde, M. Lisfranc a attendu neuf mois. « Ainsi, dit-il,
sont entièrement détruites les allégations des personnes qui pré-
tendaient que le nez artificiel d'Éval se déformerait plus tard,
et que les moindres tractions suffiraient pour l'enlever. » Frappé
sur le milieu du front, Éval éprouve la sensation sur son nez
artificiel ; touché sur la racine du nez~, il en rapporte la sensa-
tion au front, etc. «Tels sont les principaux faits de cet important
mémoire qui sera inséré dans le Recueil des savans étrangers.
«*- Du 1 8 février. — Le Directeur de t École vétérinaire d'Al-
fr.rt envoie une dent molaire d'éléphant trouvée à une profon-
deur de i5 pieds, dans une masse de sable et de cailloux en
exploitation à très - peu de distance des villages d'Alfort et de
Maisons. (Renvoyé au Muséum d'histoire naturelle.) — MM. Le-
gendre , Pointât et Cauchy font un rapport sur un mémoire de
M. Porcelet, relatif à la théorie générale des polaires réci-
proques , pour faire suite au mémoire du même auteur sur les
centres des moyennes harmoniques. En résumé , dit M. le rap-
porteur, le mémoire de M. Poncelet nous a paru offrir de nou-
velles preuves de la sagacité que l'auteur avait déjà montrée
dans les recherches des propriétés des combes et ries surfaces
courbes; nous pensons qu'il est digne de l'approbation de l'A-
cadémie. (Adopté.)
— Du %b février* — MM. Geoffroy Sa int-Hilaire et Dumèril
font un rapport sur le Mémoire de MM. Amoix et Milice Ed-
. wards , concernant le système nerveux ries crustacés. Les con-
clusions des auteurs sont que le système nerveux des crustacés
li"»r a présenté partout une parfaite uniformité , et que les d'il-
PARIS. M,j
férences très sensibles à la première vue qu'ils ool remarquées
ne soni évidemment que des modifications dépendantes d'un
de$;ré plus ou moins considérable de rapprochement et de cen-
tralisation des noyaux médullaires, résultats qui n'ont en soi
rien de bien surprenant, ni même d'absolumeni nouveau, ajou-
tent ces jeunes naturalistes, puisqu'ils répètent ce qui est et ce
qu'on observe dans un ndéme insecte, quand on l'étudié, comme
a f.iit M. Serres, nux divers âges de sa vie. De tels résultats,
bien que pouvant être prévus par la théorie des analogues,
soni de précieux documens pour la philosophie de la science.
MM. Audoin et Milnc Edwards ont beaucoup ajouté aux tra-
vaux de MM. Cuvier et Serres, et. ont perfectionné l'état de
nos connaissances à cet égard, eu ramenant ces travaux et les
leurs propres aux analogies que leur sagacité y a aperçues. »
Ce mémoire sera imprimé dans le Recueil des savans étran-
gers.— M. Desfotstaiises fait un rapport verbal sur la nouvelle
flore des environs de Paris, par M. Chevalier.
A. MlCHELOT.
Académie française . — L'Académie s'est réunie, le 21 février,
pour nommer le successeur de M. François de Nenjchdtcau.
Trente - trois membres étaient présens. M. Le Brun a obtenu
dix-huit voix, et il a été proclamé membre de l'Académie fran-
çaise. Les autres voix se sont reparties entre MM. Ancelot , de
Pongcrvillc et Casimir Bonjour. M. Lucien Arnault , qui s'é-
tait d'abord présenté, s'est retiré avant le choix de l'Académie.
Enseignement élémentaire. — Requête aux deux chambres.
— D'après l'article G8 de la Charte, les lois non abrogées par
la loi fondamentale restent en vigueur comme lois du royaume,
jusqu'à ce qu'il y soit légalement dérogé. De ce nombre sont
les lois ci-après : la première, des i3 et i/4 septembre 1791;
l'autre, du ipl mai 1802; en voici les dispositions :
Loi des i3 et i/j septembre 1791. — « Il sera créé et or-
ganisé une instruction publique commune a tons les citoyens ,
gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables
j)o'tr tous les hommes , et dont les élablissemens seront distri-
bués graduellement dans un rapport combiné avec la division
du royaume. »
roi nu i01' mai 1802, art. 1er. — « L'instruction sera donnée:
i° Dans des écoles primaires établies par les communes;
2° dans des écoles secondaires établies par les communes ou
tenues par des maîtres particuliers; 3° dans des lycéen et des
écoles spéciales entretenus aux frais du trésor public, a
84o FRANCE.
Ces lois ont-elles été exécutées en ce qui regarde l'instruc-
tion primaire? Les chefs de l'administration publique, ou ceux
du corps enseignant, ont ils pris les mesures nécessaires pour
que le pays fût mis en jouissance du bienfait de ces lois?. . Il
est triste de le dire : depuis qu'elles ont été rendues, on ne
s'est point avisé, ni l'autorité de les mettre à exécution, ni les
administrés d'en réclamer l'effet, ni les citoyens de former au-
cune plainte sur l'oubli condamnable où elles ont été laissées.
Et cependant il s'agissait du sort de l'état! il y allait du repos
intérieur, de la moralité, de la prospérité d'une nation entière!
et l'on restait, chaque aunée, indifférent à l'avenir d'un million
d'individus nouveaux, qui apparaissent annuellement sur le
sol de la France! Depuis trente ans, la masse du peuple fran-
çais a été renouvelée presque entière; et au lieu d'être instruite
et dirigée, la plus grande partie de chaque génération nouvelle
a été comme oubliée par l'administration , par les hommes pu-
blics, parla magistrature à qui est confié le dépôt des lois,
par la nation elle-même! On a abandonné ses destinées au
hasard des événemens, à l'effet des causes politiques, physiques
et morales, les plus compliquées, souvent les plus funestes (i)!
Dans cet intervalle de tems , à peine un individu sur trente
a reçu le bienfait de l'éducation; comme si les autres eussent
appartenu à une autre nature, à une autre condition, et eussent
été jugés affranchis de toute obligation morale et religieuse ,
domestique et sociale.
Mais peut-être aura-t-on reconnu quelque vice caché dans
la loi de 1791 ?
Dans ce cas, pourquoi la renouveler onze ans après? Pour-
quoi, la seconde année de la restauration, après i4 ans écou-
lés, une ordonnance célèbre de l'auguste fondateur de la
Charte remet-elle encore cette loi en vigueur, ou consacre-
t-elle au moins le principe? Pourquoi, sous trois gouvernemens
aussi différens que ceux de ces trois époques, s'est-on accordé à
reconnaître la justice de ce même principe, l'utilité indispensable
de l'établissement? Il faut donc que la loi soit restée sans exé-
cution par un motif indépendant de son mérite ou de ses in-
convéniens ; et on ne serait donc point fondé à soutenir que les
administrations diverses qui ont régi la France depuis trente-
(r) Le zèle et les efforts généreux , mais isolés , que des' Société ^
bienfaisantes ont déployés depuis quatorze ans, pour propager l'ins-
truction populaire , n'en sont (pie plus dignes de ieconn;ti»sance et de
respect.
si* ans ont trouvé du danger à donner an peuple un certain
degré d'instruction, approprié à toutes les conditions. Ainsi
tombe le seul prétexte qu'on pourrait aujourd'hui opposer à
l\\i rnlion des lois du royaume , lois les pins importantes, loi-.
vitales et fondamentales | lois qui sont l( fondement, la ga-
rantie de tontc> les antres.
Autre objection : L'expérience aurait-elle, par hasard, averti
l'autorité qu'il fallait renoncer à l'établissement général des
écoles primaires P
NoU -seulement cette expérience n'a pas été faite, quanti la
loi a été portée, OU quand on l'a renouvelée; mais elle n'a pas
été même tentée une seule fois; jamais on n'a pris la peine de
Soumettre la population française non adulte à l'essai d'une
instruction commune, appropriée au besoin de tous : on ne
l'a essayé ni une année, ni un mois, ni un jour.
En voilà assez pour montrer que ceux qui sont opposés de-
bonne foi à l'éducation universelle .s'il en existe) ne sauraient
BTguer, contre les lois qui la prescrivent, de ce qu'elles n'ont
jamais été exécutées. Pour les autres adversaires, il est bien
superflu de les combattre, parce qu'il sera toujours impossible
de les convaincre.
Nous sommes donc contraints de chercher ailleurs la vraie
difficulté; car il existe une difficulté réelle, et il est aisé de ia
pressentir. En ordonnant sur toute la surface de la France
1 élection des écoles primaires, te législateur n'a rien disposé
sur les moyens de les établir, il a laissé le gouvernement dé-
pourvu de ressources et d'action; or, celui-ci a-t-il jamais pu
se flatter de former soixante mille instituteurs et autant d'insti-
tutrices, ni de trouver soixante ou quatre-vingts millions tous
les ans pour les consacrer à celte destination ? On a toujours
reculé devant cet obstacle ; l'évidence prouve qu'il était alors
insurmontable.
En est-on moins fondé à réclamer l'exécution des lois? Non ,
sans doute, si le but est salutaire et le principe incontestable;
s'il est vrai que l'on ne saurait acheter par trop de sacrifices
l'amélioration t'es mœurs de toute la population, son bien-être
et la prospérité du pays.
Mais aujourd'hui la question a bien changé de face : les deux
inondes possèdent un moyen pratique, efficace, éprouvé par
l'expérience, qui a déplacé la difficulté , ou plutôt l'a fait éva-
nouir. Ce qu'on faisait en quatre ou cinq ans, on le fait en deux
ou trois; Ici uii il fallait dix maures, un seul suffit ; où l'on avait
besoin de trois millions, il n'en faut /dus qu'un. En outre, beau-
coup de localités qui n'auraient pu faire une modique dépense
84* FRANCE.
peuvent maintenant faire face à une dépense plus considé-
rable.
Les communes, le trésor public, les associations bienfai-
santes, les fondateurs, et même les familles devenues plus
aisées, venant à joindre leurs ressources, on pourra créer et
soutenir aisément des institutions du premier degré, partout,
sans exception, sauf à réunir au besoin les communes d'une
trop petite population.
Plus de motifs, plus de prétexte à l'avenir pour éluder la
loi. Il est tems qu'elle soit mise en pratique, observée et exé-
cutée franchement sur toute la surface du royaume; il faut
qu'aucun Français ne soit privé désormais du droit de lire les
livres de sa religion et les lois de son pays.
Il est bien tems de faire cesser une incurie dont le déplo-
rable résultat est d'amener tous les ans devant les cours
d'assises une grande partie des sept à huit mille individus
qu'elles ont a juger, et la présence actuelle dans les bagnes et
les prisons de près de trente mille condamnés aux travaux
forcés , sans en compter quinze mille autres libérés, dispersés
dans toute la France, et placés sous la surveillance de la haute
police ! Songeons à l'avenir de la patrie! rendons à l'homme sa
dignité, au citoyen sa place, à tous nos semblables un droit
sacré qu'ils tiennent de leur naissance et des lois du pays, et
qu'ils ont reçu de Dieu même!
Par ces motifs, et dans le seul intérêt du bien et de l'ordre
public, un simple citoyen se croit fondé à invoquer la sagesse
et la prévoyance des Chambres à réclamer l'exécution immé-
diate de la loi du i3 septembre 1791, et à demander qu'on
prenne sans délai les mesures nécessaires à son entier accom-
plissement, jusqu'à ce que l'instruction primaire soit donnée
dans toute l'étendue du royaume à tous les jeunes Français
des deux sexes.
Te répète ici le texte delà loi: Il sera créé et organisé une
instruction publique commune à tous les citoyens , gratuite à
t égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les
hommes ( 1 J . et dont les établisscmcns seront distribués gra-
(1) Il ne peut y avoir d'équivoque sur le sens de ces mots. Lire ,
écrire et compter , voilà ce qui est de nécessité première pour tous
les individus sans aucune exception , indépendamment de renseigne-
ment religieux, qui appartient aux ministres des différens mites re-
connus par la loi fondamentale. En faisant instruire la jeunesse . l'au-
torité aura un antre devoir à remplir, ces! de faire composer de bons
livres mis à la portée du peuple.
PARIS. 8/,1
lucllrincnt dans un rapport combiné avrr la division dit
<n a unir.
If iv MKMiuu. de la Société pour l'instruction élémentaire
l nsbignement INDUSTRIEL. — Coins de Chimie éxpérim >c'n*
air appliquée aux arts et à l'agriculture , suivi d'un Cours théo-
Aque pi pratique de Wlrt de fabriquer le sucre de betteraves et les
jivers autres produits de l'industrie agricole; par M. Dubeuit*
aut. — Ces cours, dont he programme se distribue gratis au
fcemicilc du professeur, rue Patnfc, n9 24, <™ Marais, seront
uiverts au public dans le courant du mois d'avril prochain. Le
professeur se propose de combiner les diverses études qui
jeuvent contribuer à former des nommés capables de créer et
\e diriger avec discernement des établissemens d'industrie agri-
cole, et plus particulièrement des sucreries de betteraves, qui
injourd'hui son! dignes de toute la sollicitude des propriétaires
•t des cultivateurs. Ces arts exigent pardessus tout des connais-
sances chimiques; aussi le professeur promet de donner dans
>es leçons la plus grande part à cette étude, qu'il accompa-
gnera d'expériences et d'exercices de manipulation. Il annonce
Mi outre des notions de mécanique, de physique et de culture,
tjni concourront au but indiqué, Le cours sera terminé par des
iescriptions techniques des arts qui sont liés ou qui peuvent
5e lier à l'agriculture; et parmi ces descriptions, qui seront
accompagnées d'expériences et éclaircies au moyen d'échan-
tillons divers, de dessins exécutés sur grande échelle, ou même
ie plus souvent de modèles mis en fonction, l'auteur promet de
donner des soins particuliers et tous les développemens dési-
rables à l'art de fabriquer le sucre de betteraves. Il ne bornera
passes travaux , pour cette branche de l'industrie, à une des-
cription complète des procédés et des appareils connus, et à
leur manœuvre exécutée sous les yeux et par les mains des
élèves, mais il ne négligera aucune des tentatives propres à
perfectionner toutes les opérations qui en sont susceptibles.
Ainsi les cours de M. Dubrunfaut, envisagés sons ces deux
points de vue, de former des hommes instruits et de perfec-
tionner l'industrie par des recherches spéciales, se ?ecom-
mandent doublement à l'intérêt de tous les amis des progrès
des sciences et des arts utiles.
Des Jeunes Égyptiens envoyés à Paris, en 1826. — Après
quatorze mois de leçons reçues dans diverses pensions de
Paris, les jeunes Égyptiens ont fait pour la plupart des pro-
grès très -sensibles dans la langue française, le dessin et les
élcmens des mathématiques. Ces progrès viennent d'être cons-
tates d'une manière tres-satisfaisante par l'examen publie qui
844 FRANCE.
a eu lieu le 18 février et le Ie' mars de eette année, en pré-
sence d'un grand nombre de personnes marquantes , apparte-
nant à l'Institut, à l'Université, etc., et de plusieurs étrangers
de distinction. Nous profiterons de cette circonstance pour
dire que les résultats de l'examen général, du mois de juillet
dernier, ayant été connus du gouvernement d'Egypte, et
confirmés tout récemment par M. Drovetti , à son retour à
Alexandrie, ce gouvernement a témoigné sa satisfaction à
M. Jomard , qui a la direction des études de ces jeunes étran-
gers, et même a cru devoir lui offrir des marques de sa gra-
titude. Ayant eu connaissance de la lettre que M. Jomard vient
d'écrire à ce sujet en Egypte, nous croyons faire plaisir à
nos lecteurs en la transcrivant dans notre Reçue.
« Monsieur, j'ai fait connaîlre de vive voix et par écrit quel
est le seul but pour lequel j'ai sollicité constamment l'envoi
de plusieurs Égyptiens à Paris. Cet unique objet que je pour-
suis depuis treize années étant de contribuer, pour ma faible
part, à ramener la civilisation dans une contrée qui en a été
le berceau , et à former entre l'Egypte et la France des relations
plus intimes et plus avantageuses pour notre commerce, il
m'est impossible d'accepter un traitement pour les soins que
je donne à cette intéressante jeunesse. Si l'expédition française,
à laquelle je m'honore d'avoir appartenu , a déposé sur le sol
de l'Egypte des germes d'amélioration; si depuis i8i5 j'ai été
assez heureux pour prendre aussi quelque part, à la régénéra-
tion de l'instruction primaire dans ma patrie et aux progrès
de la cause de l'éducation universelle , je devais accepter une
tâche semblable, quoique pleine de difficultés, et entreprise
dans les circonstances les moins favorables. Peut-être fallait-il
alors quelque courage pour le faire: dans l'espoir d'un grand
bien, je n'ai point hésité; mais cette résolution perdrait tout
son mérite, si j'acceptais autre chose que les soins qu'elle
exige. Au reste, je n'ai consenti à diriger les études des jeunes
Égyptiens qu'avec l'approbation d'un grand nombre de per-
sonnes amies des lumières et de l'humanité, et à la condition
que mes travaux seraient gratuits.
* Je serai assez dédommagé si plusieurs d'entre ces élèves
rapportent bientôt dans leur pays des notions exactes sur les
lois, l'administration, le droit des gens, l'agriculture, les
sciences et les arts, et surtout des idées d'ordre et de justice,
trop long-tems méconnues dans leur malheureuse patrie. En
instruisant ces jeunes étrangers, nous formons autant d'amis,
à la France, autant d'appréciateurs de notre état social; et un i
jour nos vovageurs, nos artistes et nos commerçans, appelés
PARIS 8/»5
mr les bords du Nil, trouveront en eux un appui assuré et
l'aH'ccùon de la reconnaissance.
- Recevez, etc. Signé Jomahu. »
iV. if. Nous ajouteront une circonstance cjnî «'est pot tans
intérêt. M. le comU Alexandre Dki.muiiiih;, eu quittant l'E-
gypte , recommanda sou Bis as premier secrétaire du vice-roi
d'Egypte. En promettant pour le jeune Français toute la pro-
tection dont il peut avoir besoin , tant pour ses voyages qu'a,
cause des conjectures actuelles, l'officier égyptien demanda le
même service à M. le comte Delaborde pour son propre fils ,
qui se trouve être un des chefs-élèves de l'établissement de
Pans. Z.
Réclamation. — // J/.Jullien, de Paris y fondateur- direc-
teur de la Revue Encyclopédique. — Monsieur, Dans la i 10" li-
vraison de votre intéressant Recueil , cahier de février 1828,
page 5^9 , après avoir cité l'extrait d'une lettre d'un jeune ins-
tituteur de Saint- Louis (Sénégal], qui annonce avoir opéré la
délivrance de deux esclaves, vous ajoutez cette réflexion : Les
amis de l'humanité apprendront avec douleur que l'établissement
du Sénégal n'a pas pour but l'abolition de l'esclavage en Afrique ,
et qu'on vend publiquement des esclaves à Saint- Louis > comme
à la Martinique et à la Guadeloitj>e.
Les deux faits cités n'étant pas à ma connaissance, je ne puis
ni les avouer, ni les contester. Il n'y aurait rien de bien surpre-
nant qu'ils eussent échappé à la surveillance des autorités lo-
cales; mais pourquoi l'auteur de la lettre, qui n'ignorait ni la
législation , ni les ordres souvent renouvelés du gouvernement
colouial, ifa-t-il pas révélé ces faits et réclamé la liberté des
esclaves, au lieu de les racheter!» ses dépens? Voilà ce qu'il
serait difficile d'expliquer, s'il n'étiùt pas très-vraisemblable que
les deux prétendus esclaves n'étaient autres que des libérés en-
gagés à teins y par suite de rachat , état intermédiaire, tempo-
raire, préparatoire de la liberté, institution nécessaire qui n'a
rien que de libéral et de philantropique.
En supposant encore que deux esclaves , ou un plus grand
nombre même, eussent été introduits en fraude à Saint-Louis,
ce qui n'est pas très-diflicile dans une ville ouverte, serait-il
raisonnable de conclure de ces faits isolés, et non patens , qu'on
ne s'occupe pas de Y abolition de l'esclavage au Sénégal , et qu'on
y vend publiquement de nouveaux esclaves ?
Les efforts que j'ai faits pour l'abolition de la traite des noirs,
pendant près de six ans que j'ai gouverné le Sénégal , mes prin-
cipes bien prononcés sur cette matière, les développemens
846 FRANCE.
qu'ils reçoivent dans mes écrits ^i) , me donnent le droit de ré-
clamer contre la réflexion consignée dans votre estimable Re-
vue. Cette réflexion est inexacte; elle peut nuire à la coloni-
sation si intéressante du Sénégal; elle est injuste à l'égard du
gouvernement, et tout-à-fait pénible pour moi, qui crois avoir
bien mérité des amis de l'humanité.
J'attends de votre obligeance que vous voudrez bien rectifier
l'erreur que je vous signale.
Agréez, monsieur, l'assurance de mea sentimens de haute con-
sidération et de dévoûmenl. Baron Roger.
N. B. Nous nous empressons de rectifier, par l'insertion de
la lettre de M. le baron Roger, l'erreur contenue dans l'article
relatif au Sénégal , que nous avait communiqué l'un de nos col-
laborateurs. Tous les amis de l'humanité apprendront avec une
vive satisfaction que l'infâme commerce de la traite est entière-
ment prohibé dans les établissemens français en Afrique. L'ho-
norable caractère et les sentimens phiianlropiques bien connus
de M. Roger ne permettent pas de révoquer en doute son té-
moignage sur ce sujet.
Addition à l'article inséré dans le cahier de janvier , page 2 7 3 ,
sur l'exploitation du fer par les procédés anglais. — En parlant
des entreprises de la Compagnie des fonderies et forges de la
Loire et de l'Isère , nous n'avons point fait mention de ce que
lenouvel établissement de la Voulte doit aux soins et aux ta i eus
de M. le directeur général des usines de la Compagnie, M.René
Leroux. Nous nous empressons de réparer cette omission ,
contre laquelle l'habile directeur général n'aurait pas réclamé,
mais qui serait contraire à la justice, et par conséquent à nos
intentions.
Théâtres. — Théâtre Français. — Première représentation
de la Mort de Tibère, tragédie en cinq actes, par M. Lucien
Arnault (samedi 1 février). — Tibère commence cette longue
suite d'empereurs qui opprimèrent le peuple romain avec une
férocité qui ressemble à la démence; dès son enfance, son
précepteur avait coutume de dire de lui que c'était de la boue
détrempée avec du sang, et la vie du tyran n'a que trop bien
justifié le jugement porté sur ses premières années. C'est le
dernier jour de cette vie que le poëte a voulu mettre en scène.
Les historiens ne s'accordent point sur le genre de mort de
1) Notamment KclJdor, histoire africaine, etc. (Voy. ci-dessus, r>. ('-3.^
PARIS. .S'r;
Tibère. Selon les uns , il mourut natureliemeui ; selon d'autres ,
sa (in lui précipitée par l'assassinat. Sur le point de retouroei
à Caprée, il fui retenu à ftfisène par les progrèsdu mal quj
ôonsuinaii sa vieillesse. Mtacron, chef des prétoriens, qui avait
succédé à Séjan dans la faveur de Tibère, a\ erti par le médecin
Chariclès, attendait l'événement et avait tout préparé pour faire
régner Caïus. «Le vieux tyran, dit un historien, tomba dans
une défaillance que l'on prit pour la mort; déjàCaiii s sortait en
grand Rppareil pour se montrer au peuple; tout à coup Tibère
se ranime, appelle ses esclaves et demande quelque nourriture.
La terreur saisit toute sa cour: Caïus, précipité de son espé-
rance, reste immobile, n'attendant plus que sa dernière heure.
Macrou, sans se troubler, fait étouffer le vieil empereur sous
des amas de couvertures, et ordonne que tout le monde se
retire.» C'est la scène principale de la pièce, dont l'action est
très-faible, et où il ne faut chercher que la peinture de l'agonie
d'un tyran. Les trois premiers actes sont consacrés au déve-
loppement de ce caractère, qui mêle à sa férocité un profond
mépris pour les Romains. La dernière marqué de haine qu'il
veut donner à ce peuple, c'est de lui laisser un empereur plus
méchant que lui-même , et il fait choix de Caïus Caïigula, dont
il a démêlé les inclinations perverses. Au quatrième acte, Ti-
bère tombe dans cette espèce de léthargie qui fait croire à la
mort; aussitôt Macrou convoque le sénat et proclame Caïus.
Des cris d'imprécation s'élèvent de toutes parts contre Tibère,
on renverse ses statues, on le maudit, et des acclamations uni-
verselles saluent son successeur. En ce moment, le moribond ,
échappé des bras de la mort, mais pâle et défait, les vètemens en
désordre et couvert seulement d'un long manteau blanc, appa-
raît au milieu de la foule stupéfaite ; il accable des expressions de
son mépris le sénat, et Caïus qu'il fait descendre du trône, et
qu'on charge de fers. Toute cette foule si ardente, si exaltée,
reste muette et frappée d'effroi, au seul aspect de ce fantôme
d'empereur qui ne vivra peut-être pas un jour. Cette insigne
lâcheté ne fait qu'irriter la haine du tyran : il conjure son mé-
decin Chariclès de prolonger sa vie de quelques instans qu'il
puisse consacrer à la vengeance. Bientôt une proscription nou-
velle est ordonnée; le frère et les propres enfans de Chariclès
y sont compris; Macrou révèle au médecin cette affreuse nou-
velle, et, par ce moyen, il le détermine à hâter de quelques
momens la fin de ce monstre. Chariclès n'y consent que pour
sauver sa famille, et s'empoisonne en empoisonnant l'empereur.
C'est là une espèce d'héroïsme que l'on ne comprend pas; mais
si la raison en est mal satisfaite, le drame v L'agne une belle
848 FRANCE.
situation, colle où Cliariclès déclare an tyran que ses crimes
vont linir avec sa vie. Tibère sentant sa fin prochaine revient à
sa première idée; Caïus peut le faire regretter, Caïus régnera.
On l'amène enchaîné devant l'empereur environné du sénat;
Tibère ordonne aux licteurs de lever la hache sur sa tète; il le
fait mettre à genoux devant lui, il se complaît à lui faire éprouver
toutes les angoisses d'une mort prochaine, et. à l'abreuver de
mépris ; c'est alors qu'arrachant de son front la couronne de
laurier, il la jette sur celui de Caïus, et il meurt en léguant aux
Romains cet empereur déshonoré. Ce tableau est dramatique,
aussi bien que celui du quatrième acte, qui avait produit peu
d'effet à la première représentation, mais auquel d'heureuses
corrections ont rendu tout l'éclat dont il brille maintenant.
Tout ce quatrième acte est original et disposé avec beaucoup
de talent; on remarque aussi plusieurs belles scènes dans les
trois premiers, de beaux vers , des mots d'une simplicité pleine
d'effet; enfin, sauf quelques traits, qu'il nous semblerait né-
cessaire decorriger, le caractère du principal personnage est
bien tracé. Cependant la pièce ne semble pas destinée à une
longue existence; on la voit avec plaisir, on va peu la revoir;
c'est qu'elle manque de cet intérêt d'action que l'on cherche
avant tout dans un ouvrage de théâtre; le spectateur se soucie
fort peu que Tibère cesse de régner et que Caligula lui succède;
il se soucie moins encore d'une ombre de conspiration répu-
blicaine, ourdie par Galba, et dont personne ne s'occupe
dans la pièce. Le tableau des derniers momens de Tibère est
donc le seul intérêt qui s'offre au spectateur; mais comme ce
dénoûment n'excite aucune attente , les événemens qui le
précèdent et l'amènent n'éveillent pas même la curiosité. On
ne saurait trop répéter aux auteurs dramatiques qu'une situa-
tion ne peut soutenir une tragédie, et que pour composer un
drame il faut d'abord trouver une ^action.
— Première représentation de la princesse Amélie , comé-
die en cinq actes et en vers, par M. Casimii' Delavignf,.
(jeudi 6 mars). — Amélie est une jeune reine qui régnait
à Saîerne, vers la fin du xvie siècle, ou le commencement du
xvne, s'il faut en croire le costume des personnages; car
rien dans la pièce n'indique l'époque de l'action. Mineure en-
core, Aurélie a été mise, par le testament de son père, sous
l'autorité de trois ministres qui gouvernent en son nom, et
dont le pouvoir s'étend jusque sur la main de la princesse, qui
n'en peut disposer sans leur consentement unanime. Aurélie,
dont les princes voisins recherchent l'alliance, aime en secret
l'un de ses sujets , le jeune comte d'Avella , mieux doté par
l' MUS. H/.o.
a gloire que par la fortune , et dont la haute naissance est sou-
eniie par son mérite personne! bien plus que par ses richesses.
);uis celte lutte de l'amour et (le l'orgueil , Aurélie est bien (lé-
idée à faire triompher l'amour; mais est- elle aimée du comte
Y Vvella ? N'a-t-elle point de rivale, comme le dépit du jeune
bomte, qui se croit dédaigné d'Ailfélie, lui donne lien de 1«
Hipposer? Et quand elle serait bien convaincue qu'elle est
idorée, comment s'y prendrait-elle pour faire consentir ses
tuteurs à un pareil hymen? Tel est le fond de la pièce; telles
sont les idées principales sur lesquelles M. Delavigne a bâti
sou intrigue , et combiné les incidens de son drame. Nous n'es-
saierons point de peindre, dans une rapide analyse, tous ces
mouvemens de jalousie, d'amour, de dépit, qui font agir la
princesse Au relie, qui nous la montrent traitant le comte
d'Avclla tantôt avec la plus majestueuse sévérité , tantôt avec
la plus tendre bienveillance : mission qui ressemble beaucoup
à un exil, faveurs qui le rapprochent du trône, proposition
d'une commanderie dans l'ordre de Malte, la prison, la cou-
ronne enfin; telles sont les alternatives qui révèlent au spec-
tateur une passion dont on ne dit pas un mot au jeune d Avclla,
pendant toute la pièce, et dont on ne lui fait l'aveu qu'au mo-
ment où il se croit perdu. Il n'esTpas besoin de dire au lecteur
qui connaît le talent de M. Delavigne, combien cette donnée a
dû. lui fournir de pensées fines et délicates, de traits piquans et
passionnés. Il faut surtout remarquer la scène où la princesse
annonce au comte qu'elle a jeté les yeux sur lui pour en faire
un chevalier de Malte, et celle où, en lui faisant rendre compte
d'une mission militaire, elle ne veut que pénétrer les secrets
senlimens de son cœur. Bien sûre enfin qu'elle est aimée, la
princesse s'occupe de trouver une ruse pour surprendre aux
trois ministres un consentement qu'elle n'obtiendrait pas sans
les tromper; malheureusement sa tâche est trop facile, et l'au-
teur lui a fait trop beau jeu. Nos trois ministres sont des sots
si disposés à se laisser duper, que le spectateur s'intéresse peu
à un piège dans lequel on est bien sûr qu'ils vont tomber.
Aurélie fait entendre à chacun d'eux que, décidée à élever un
de ses sujets au rang de son époux, ce pourrait bien être lui-
même qui fixerait son choix. Les trois ministres se laissent
prendre à la même amorce; et lorsqu'ils ont remis à la prin-
cesse l'acte d'émancipation qui lui laisse désormais la libre dis-
position de sa couronne et de sa main, elle monte sur son
trône, et déclare devant toute sa cour que le comte d'Avclla
est roi. Nous n'apprendrons rien au lecteur exercé, en lui di-
sant que cette combinaison ne pouvait produire qu'un médiocre
t. xxxvii. — Mars 1828. 5;
85o FRANCE.
effet; l'obstacle n'était nulle part; ni dans l'orgueil de la prin
cesse qui aime sans scrupule , ni dans la perspicacité des trois
ministres, gens d'une crédulité un peu niaise, d'un ridicule
un peu outré , et qui semblent se moquer d'eux-mêmes. Ces
trois rôles sont comme une longue épigramme dont tous les
traits retombent là d'où ils partent ; il y a dans cette manière
de peindre des caractères beaucoup de plaisant et peu de co-
mique, beaucoup d'esprit et peu de vérité. Ce même défaut se
retrouve dans les dernières pièces que l'on a jouées au Théâtre-
Français; le banquier du Mariage d'argent \9 le notaire de
Chacun de son côté , sont des gens qui disent d'eux-mêmes des
choses fort gaies assurément, mais qui le seraient bien plus
dans la bouche des autres personnages. M. Delavigne doit dé-
daigner ce défaut à la mode; son talent supérieur l'appelle à
des succès de meilleur aloi. C'était un sujet digne de son pin-
ceau qu'une cour peinte en conscience, que des ministres et des
courtisans pris dans leur naturel et au sérieux ; ils eussent été
ainsi bien assez comiques. La cour dessinée par le poète semble
un tableau de fantaisie que l'on voit avec un plaisir que l'on
se reproche ensuite; on est fâché que tant d'esprit soit semé
sur un fond ingrat. Nous n'avons pas besoin de dire que, mal-
gré ce défaut, qui malheureusement est capital dans la pièce,
le talent de M. Delavigne y brille avec beaucoup d'éclat. Le
rôle d'un médecin Polycastro , médecin de cour, flatteur ou
railleur selon les gens et selon le teins, est tracé de main de
maître; la scène où la princesse le consulte sur le choix d'un
époux est charmante ; c'est aussi une scène fort jolie que celle
où Sassane, l'un des ministres, veut rompre avec une dame
qu'il est sur le poin-t d'épouser, lorsqu'il se figure que le
choix de la princesse l'appelle au trône. Tous les sujets de
querelle qu'il cherche à sa maîtresse, celle-ci les tourne en
preuves d'amour de la manière la plus désespérante et la plus
comique. Les traits poétiques, les beaux vers sont fréquens
dans cette pièce; l'esprit et les saillies y abondent. Cet esprit
est quelquefois un peu moderne , et d'une autre époque que le
costume des personnages. Des allusions vivantes aux choses
d'aujourd'hui jurent un peu avec des manteaux à l'espagnole,
et des haut-de-chausses chamarrés de dentelles et de rubans.
C'est une observation purement littéraire que nous hasardonsici;
on en a fait bien injustement, selon nous, un reproche plus
grave à M. Delavigne; on a dit qu'il n'était pas généreux de
battre des gens cà terre. Il y avait du courage dans les épi-
grammes de la comédie nouvelle, lorsqu'elle a été composée;
ce n'est pas la faute de l'auteur si un changement fort heureux
PARIS. BSl
pour la France a fait toit à sa pièce : assurément , si elle eUI pu
être jouée du (ems dé L'administration sous laquelle l'auteur
l'avait composée, les continuelles allusions dont elle est remplie,
bien qu'un peu forcées, eussent obtenu le plus brillant Succès;
elles ont été accueillies avec plaisir, elles l'eussent été avec
transport ; et, dans cette circonstance , le poêle eût eu bien plus
davantage à voir ses traits égratigner des ministres en faveur
que des ministres déchus. La pièce a été généralement bien
jouée; Mllc Mars, que l'on croirait chaque jour plus parfaite,
si quelque chose pouvait être ajouté à la perfection , a saisi
avec un admirable talent toutes les nuances de ce rôle tracé
pour elle. Le succès de la princesse Aurélic a été un peu troublé
le premier jour; cependant le nom de M. Dclavigne a imposé
silence a toutes les marques d'improbation. Quelques change-
mens faits à la pièce, et surtout au dénoûment, que l'on avait
trouvé trop pompeux et trop solennel, ont assuré à cette co-
médie une existence assez brillante, et tous les deux jours elle
remplit la salle du Théâtre -Français.
— Théâtre royal de l'Odéon. — Première représentation de
Charles II, ou le Labyrinthe de Woodstock , comédie en 3 actes
et en prose, de M. Alexandre Duval (mardi u mars). —
Charles II était assurément le moins intéressant de tous les
princes, homme de plaisir et libertin au milieu des circons-
tances les plus graves; tout occupé de séduire la fille du
gentilhomme qui lui donne l'hospitalité, quand il ne devrait
songer qu'à reconquérir son royaume, c'est un pauvre person
nage pour l'histoire; c'est un personnage dramatique pour la
scène. Le spectateur, auquel on ne montre d'ailleurs qu'une
situation, est toujours prêt à s'intéresser pour un prince per-
sécuté, et qu'un déguisement défendseul contre un grand péril;
il le mépriserait si toute sa vie était exposée sous ses yeux-
il peut le plaindre et l'aimer dans l'action arrangée par
le poète, surtout quand ce poëte est doué, comme M. Du val ,
d'une profonde connaissance de la scène , et du talent de faire
ressortir les effets dramatiques. Charles II, réfugié dans un
château dont le commandant est un de ses partisans secrets;
passant pour le cousin d'Alice, la fille de ce commandant;
rencontré par le colonel républicain Evrard, amant aimé
d'Alice, et qui , connaissant fort bien le cousin dont le roi a
emprunté le nom, pénètre à moitié le secret qu'on veut lui
cacher, et ne voit qu'un rival dans ce prétendu cousin ; provo-
qué en duel par Evrard qui le prend pour Rochester; faisant
sur le terrain, son testament en vers plaisans, tandis qu'il
attend son adversaire; révélant enfin son vrai nom, et livrant
54.
852 FRANCE.
sa vie au colonel ennemi, au moment où il voit qu'un plus long
mystère compromettrait le bonheur de la jeune Alice, Charles II
se trouve dans des situations véritablement attachantes pen-
dant tonte la pièce, situations qui intéresseraient davantage
encore , si M. Duval lui-même n'avait, pour ainsi dire, épuisé
le pathétique et le plaisant de son sujet dans son Edouard en
Ecosse et dans la Jeunesse de Henri V, deux des ouvrages qui
ont obtenu au Théâtre-Français le succès le plusbrillant ; il ne
peut s'en prendre qu'à lui-même, si Charles II n'a pas produit
autant d'effet. On ne remarque pas moins dans ce dernier ou-
vrage tout le talent de l'auteur ; des scènes filées avec beaucoup
d'art, des situations habilement ménagées, des caractères bien
dessinés , sauf peut-être celui du colonel républicain qui laisse
désirer quelques développemens; enfin, des mots très-heu-
reux, voilà ce qu'on trouve dans peu de pièces, et ce qui doit
assurer à celle de notre auteur un long succès, malgré la mal-
veillance qui a essayé de le contester le jour de la première re-
présentation. Cette comédie est jouée avec assez d'ensemble; mais
quoique Mlle Charton soit très -convenablement placée dans le
rôle d'Alice, on ne peut s'empêcher de songer, en voyan t la pièce,
que ce personnage avait d'abord été destiné àMlle Mars. M. A.
Concerts de l'école royale de musique religieuse. — La fonda-
tion de l'école de M. Choron remonte à l'année 1818. Elle fut
dans l'origine destinée uniquement à repeupler les chœurs de
nos théâtres, qui menaçaient dépérir, faute de recrues prises
comme autrefois dans les maîtrises de cathédrales abolies par
la révolution. A la vérité, le Conservatoire subsistait , mais
entièrement désorganisé depuis la retraite forcée du laborieux
Sarrette , qui , après avoir soutenu et dirigé l'établissement
avec un zèle infatigable depuis 1793, tems où il en proposa
la création, vit ses travaux accueillis avec la plus grande ingra-
titude lors des événemens de 181 4- M. Choron, en quittant la
direction de l'Opéra, offrit de parcourir la province et d'en
ramener des sujets. Effectivement, il ne larda pas à revenir
avec de fort belles basses-tailles tirées pour la plupart des dé-
partemens de l'ancienne Picardie: dans le midi, il rencontra
d'admirables hautes -contres. Tous ces sujets étaient pris trop
tard pour chanter des rôles, et quelques-uns même ne purent
arriver à être simples choristes; mais plusieurs parvinrent à
savoir un peu de musique et de pi ain- chant et trouvèrent de
l'occupation au théâtre ou à l'église. Après ce premier succès,
M. Choron obtint du gouvernement l'érection d'un pensionnat
PARIS. 8
où des enfant «lovaient être instruits et formés pour les ihéâ«
I très. On se hâta beaucoup trop de dire que celle école ﻫ
fournissait rien, qu'elle ne faisait que doubler inutilement le
Conservatoire : on ne tint aucun compte des essais multipliés
qu'il avait fallu faire; on n'attendît pas que les voix en mue
fussent foi niées; on prononça que l'établissement était inutile;
il advint de là que déjeunes sujets , qui offraient les plus grandes
espérances, furent forcéf> d'entrer trop tôt dans la carrière et de
laisser inachevée leur éducation musicale. Cela ne m'empêche
pas d'affirmer, dût- on m'acouser d'être partie intéressée dans
l'affaire, que de cette ancienne école sont sortis plusieurs sujets
remarquables, qui , comme acteurs ou comme professeurs,
obtiennent de justes succès. Si quelques-uns ont pris une mau-
vaise direction, cela tient seulement à ce qu'ils n'ont pas poussé
assez loin les études de l'école et n'ont pas profilé assez long-
tems des conseils de leur savant maître. Du reste, il faut se fé-
liciter que l'on se soit borné à changer la destination de cet
établissement, qui dans son organisation actuelle peut encore
rendre à l'art de très-éminens services. Déjà M. Choron a fait
entendre ses élèves dans plusieurs concerts donnés l'année
dernière, et qui ont en général été fort bien accueillis du pu-
blic choisi qui y assistait. Plusieurs ouvrages lemarquables ont
été exécutés d'une manière satisfaisante. Il faut surtout citer le
David pénitent , cantate de Mozart, inconnue en France jus-
qu'à ce jour; une autre cantate nouvelle de M. Neulomm , où
l'on trouve un trio délicieux, Je ne suis rien, mon Dieu, et un
très -beau chœur, Que tes temples, Seigneur ; le psaitme x de
Benedelto Marcello; quelques duos madrigalesques de l'abbé
Clari et de Handel ; l'admirable madrigal en chœur, Alla riva
del Tcbro , de l'immortel Palestrina ; les Sept Paroles de J.-C,
de J. Haydn, et un grand nombre d'autres morceaux de moin-
dre importance. Cette année, les pièces les plus remarquables
qui aient été exécutées sont la grande cantate de Handel //
Convito d'Alessandro , la première partie du Messie du même
compositeur, et le Christ au mont des Oliviers , de Beethoven. Je
suis fâché de ne pouvoir m'arreter sur tous ces beaux ouvra-
ges, dont l'étude est aujourd'hui si négligée, et qui pourtant
l'emportent de beaucoup, à mon avis, sur la plupart des com-
positions modernes : mais je veux resserrer le peu d'espace qui
me reste pour dire un mot de l'exécution. Celle des masses est
généralement bonne; elle est même sans contredit meilleure
que dans tous nos théâtres sans exception aucune, et la raison
en est simple: les choristes chantent par métier, s'emploient
le moins possible, et dans le seul but de se débarrasser au
854 FRANCE.
plus vite d'une ennuyeuse besogne ; les jeunes élèves del'écoïe
de musique religieuse ehantent avec ardeur et par goût ; ils
n'attendent pas qu'un chef d'attaque, qui ne voit jamais que
l'expression matérielle de la musique, les fasse partir en mesure.
Là, tout le monde est attentif à la réplique, et l'on n'entend
qu'un seul et unique son au moment des attaques. On ne peut
accorder les mêmes éloges ausolo; mais on cesse d'être exigeant,
quand on songe à Fâge de la plupart des virtuoses. Un d'entre
eux mérite d'être distingué , comme donnant les plus grandes
espérances; je veux parler de M. Wartel : ce jeune homme
possède un magnifique tenore ; sa voix est bien timbrée dans
toute son étendue, il a de l'expression et de la chaleur; le
tems lui fera acquérir la légèreté qui lui manque : il pose fort
bien la voix, et sous ce rapport, l'école de M. Choron tout
entière a toujours mérité les éloges des connaisseurs. Nous es-
pérons voir un jour M. Wartel obtenir des succès sur notre
scène lyrique; l'opéra régénéré trouvera certainement en lui
un excellent sujet. On a prétendu que Y École royale de musique
religieuse ne devait plus fournir d'artistes aux théâtres; le di-
recteur des beaux-arts est trop éclairé pour avoir pris une telle
détermination, qui d'ailleurs serait inexécutable. Les conserva-
toires d'Italie fournissaient et fournissent encore des sujets à la
scène et à l'église : chacun se trouve ainsi maître de choisir la
carrière pour laquelle il se sent le plus de dispositions. L'ex-
périence prouve qu'on a toujours mal réussi quand on a voulu
contrarier le goût des artistes ; souvenons-nous de la décon-
fiture de tous ceux que l'autorité a fait débuter à leur corps
défendant sur des théâtres royaux, et ne cherchons h forcer le
talent de personne. J. Adrien-Lafasge.
Imitation mimique, venîriloquie et illusion vocale portées au
plus haut degré de perfection. — L'art du ventriloque, la faculté ré-
duite en véritable science d'imiter tous les sons , tons les bruits,
toutes les voix et leurs nuances innombrables, le talent de chan-
ger instantanément l'expression de son visage , et de prendre
successivement et sans effort les caractères de figure les plus
disparates , ne sont pas des choses absolument nouvelles en
France. Décremps, célèbre prestidigitateur du dernier siècle,
avant lui Cornus et Pinelli , et le fameux Cagliostro lui-
même, ont été des ventriloques plus ou moins adroits qui
s'aidaient de toutes les merveilles de la physique et de la
chimie pour séduire les spectateurs et les amuser ou les trom-
per. Après eux , Thiémcl et le brave et malheureux Fitz-
l'AKLN. 855
hunes , tue nu combat suus Paris , ont attire la foule par dfcf
.cènes de \cntriloquie for! originales , ou par des change-
neie. de figure à vue, qui atlestaient une étrange mobilité
dans les muselés faciaux, l'itz-.lames n'était pas médioere-
. nent plaisant dans une scène du comité révolutionnaire,
jouée derrière UU paravent ; et Tliiémct remportait tous les
suffrages quand il représentait à lui seul un couvent de
moines , le père Jouflu , le père Jovial , le père Grognard,
e père Sansdent , etc., discutant sur la manière d'accom-
Doder un chapon. A ces artistes habiles a succédé M. Comte ,
qui fait découvrir de bonnes gens tombés dans des puits ,
nfermes dans des tuyaux de poêle, ou même cachés dans
une tabatière , mais qui ne s'est pas contenté d'être ven-
triloque comme Thiémet, qui a pris un vol plus élevé, et
(pii, après avoir montré qu'il n'était pas inférieur en adresse
aux Décremps et auxPinelli, s'est fait directeur d'un théâtre
enfantin dont le succès n'est pas équivoque. M. Alexandre,
venu après tous les autres, les surpasse encore par les nom-
breuses et singulières expressions qu'il donne à sa physio-
nomie , et par l'incroyable rapidité avec laquelle il change
à la fois de visage et de vêtement. Il ne se contente pas,
comme ses prédécesseurs, de quelques scènes courtes et dé-
tachées; il joue des pièces entières dans lesquelles il fait, l'un
après l'autre, et souvent tous ensemble, le vieillard, sa femme,
le laquais, la pupille, l'amoureux, le docteur, le chien, le chat,
la cuisine , le menuisier, même l'omelette qui bout sur le feu, etc.
Il revêt en un clin d'œil plus de vingt costumes différens, et sa
ligure prend un tel caractère qu'il est presque impossible de
lui trouver quelques traits de ressemblance avec lui-même et
de le reconnaître. C'est, sans contredit, le mime le plus éton-
nant et le plus parfait des ventriloques qui ait existé.
M. Alexandre, qui a beaucoup voyagé, a été accueilli avec
un vif intérêt dans la plupart des villes de l'Allemagne, de la
Hollande et de la Belgique. Il a séjourné assez long-tems dans la
Grande-Bretagne, et il s'est tellement familiarisé avec la langue
de ce pays, qu'il y a joué ses pièces en anglais, en imitant les
inflexions particulières à tous les âges, à toutes les classes de la
société, à tous les accens provinciaux; ce qui n'est pas la moins
surprenante des facultés dont l'a doué la nature. Sir "VValter
Scott, après l'avoir entendu, lui a adressé de très-jolis vers,
dans lesquels on retrouve la verve comique et la gaieté qui
caractérisent l'auteur de Waverley; et les carmes de Dublin ,
qui l'ont reçu dans leur parloir, lui ont délivré un certificat,
qui atteste que ces bons pères ne consacrent pas fout leur teins
856 FRANCE.
à la prière. Les princes de l'église, au reste, ont partout ac-
cueilli avec faveur le mime original ; et parmi un grand nombre
de lettres autographes de personnages distingués dont il s'est
composé un curieux album, on remarque les noms du cardinal
Severoli, du cardinal Gonsalvi, de X archevêque de Vienne , du
prince évêque de Coire , des évéques d'Oxford et de Bristol , de
Xévéque ct'Arras , etc. On voit aussi, dans le même livret, un
fîrman, écrit en langue turque, adressé au pacha d'Egypte par
Abdi-effendi mckurdar (chancelier) du vice roi d'Egypte, et
Moustapha- effendi deviddar (porte-écritoire ou secrétaire),
préposés à la direction des jeunes Égyptiens envoyés à Paris
pour y faire leurs études aux frais du vice-roi.
M. Alexandre s'est fixé depuis quelque tems en France, sa
patrie. Il a donné à Paris des représentations très-suivies au
théâtre de la rue Chantereine, et s'est fait admirer dans un grand
nombre de sociétés particulières qui lui ont dû le charme de
leurs soirées. Les personnes qui ont assisté au dernier banquet
mensuel de la Revue Encyclopédique ( u mars) ont admiré ce
talent prodigieux , qui semble tenir à une organisation toute
particulière , en même tems qu'à une observation exacte, minu-
tieuse et approfondie des nuances infiniment variées qui exis-
tent dans les traits si mobiles de la physionomie, dans les in-
flexions si délicates du langage, et même du son produit par
les objets inanimés, la scie , le rabot, la roue d'une voiture, etc.
Chacun des convives a confirmé par ses éloges l'honorable té-
moignage donné à M. Alexandre par le célèbre Walter Scott ,
dont nous aimons à reproduire ici les vers, comme un hommage
du génie à un talent extraordinaire, qui a su porter V imitation
mimique et X illusion vocale au dernier degré de perfection.
Impromptu, adressé à M. Alexandre, par Sir Walter, Scott,
qu'il était allé visiter dans son château d ' Abbotsford , le 23 avril
1824.
To monsieur Alexandre.
Of yore, in old England , it was not thought good
To carry two visages under one hood ;
Whatshould folks say you , who hâve faces such plenty,
That from under one hood you last night show'd us twenty ?
Stand forth , arch deceiver î and tell us , in truth ,
Are you handsome or ugly ? in âge, or in youth ?
Man, woman, or child? or a dog , or a mouse?
Or are you , at once , each live thing in die house ?
Each live thing did I ask? each dead implement too !
A work-shop in your person — saw, chisel and scrow ?
Above ail , are you oneindividual? I know
Alexandre and Co.
PARIS 857
But I think you 're a troop — an assscnihlagc- a mofa
And tliat I , as thc sheriff, nuis take Dp the job ,
And, ÎDftead of rehearsing your nrondenio varie,
Mustread you thc riot-act, and bidyou disperse!
A. M. ALEXANDRE.
« Autrefois, dans la vieille Angleterre, on regardait d'un mauvais
œil celui qui portait deux figures sous le même capuchon. Que de-
vrait-on vous dire, à vous qui possédez un si grand nombre de visages?
Hier soir , sous un seul capuchon , se sont montrées vingt têtes diffé-
rentes. Voyons, habile imposteur, dites - nous la vérité. Êtes -vous
beau ou laid, vieux ou jeune, homme, femme ou enfant, chien
ou souris ;' réunissez-vous dans un seul tous les êtres vivans d'une
maison ? Que dis-je , tous les êtres vivans ! Vous nous en offrez tous
les ustensiles : scie, rabot , tourne-vis. Mais avant tout , n'êtes-vous
j qu'un seul individu? Il me semble que vous devez être au moins
Alexandre et compagnie. Mais non : c'est une troupe, un rassemble-
ment ; et moi sheriff', je dois remplir les devoirs de ma place. Oui ,
au lieu de chanter toutes vos merveilles, je devrais lire le rioi-ael, et
vous ordonner de vous disperser. » N.
Beaux -Arts. — Exposition des tableaux en 1827 et 1828.
Quatrième article ( voy. T. xxxvi, p. 326, et T. xxxvn, p. 3o2,
et 579 ). — Jamais aucune exposition n'a duré aussi long-tems
et n'a été aussi nombreuse; l'étendue qu'elle occupe est im-
mense ; cependant , comme il aurait été impossible de mettre
simultanément toutes les productions qui la composent sous les
yeux du public, il y a eu des renouvellemens et des déplace-
mens mensuels. A chacun de ces changemens, quelques nou-
veaux tableaux sont venus accroître nos richesses; c'est ainsi
que, depuis mon dernier article , on en a exposé trois qui n'a-
vaient point été annoncés, et comme ils sont tous trois fort
remarquables, c'est par eux que je vais commencer celui-ci.
M. Gérard a fait une sainte Thérèse pour la chapelle de
l'hospice fondé par Mme de Chateaubriand; c'est un petit ta-
bleau qui ne contient qu'une seule figure; mais le mérite ne se
mesure pas à l'étendue, pas plus que le grandiose ne se juge
d'après la dimension.
On sait que sainte Thérèse, après avoir mené une vie assez
agitée, se livra entièrement à une dévotion très - fervente , et
que ce fut elle qui réprima le relâchement qui s'était introduit
dans l'ordre des carmélites auquel elle appartenait. Le peintre
l'a représentée dans le moment où, après s'être agenouillée au-
près d'un pilier, elle croit entendre la voix du ciel qui l'appelle
859 FRANCE.
à la haute mission qu'elle accomplit avec tant de persévérance.
Ses grands yeux noirs, où se peint l'état de son âme, ont une
expression admirable. Née dans une condition élevée, sainte
Thérèse était fort belle : M. Gérard s'est emparé de cette cir-
constance ; la tête de la sainte est d'une très-grande élévation ,
comme caractère ; et, cependant , on sent qu'il s'est inspiré de
la nature. Les mains, remplies de délicatesse et d'élégance,
ont un mouvement charmant ; le pied qui s'échappe de dessous
la robe est é-galement d'une très-belle forme; puis , Fensemble
de cette figure est peint avec une grâce de pinceau qui attire et
captive les regards.
M. Delaroche, à qui l'on doit la Mort du président Duranti ,
l'un des meilleurs tableaux de l'exposition , et sur lequel je re-
grette de ne mètre point assez étendu, a envoyé une grande
composition représentant la Mort d'Elisabeth. Pour bien appré-
cier le mérite de cet ouvrage et la vérité historique de la scène,
il faut avoir présentes à l'esprit les circonstances qui paraissent
avoir amené cette catastrophe.
La fille d'Henri VIII avait toujours beaucoup aimé le comte
d'Essex, et, quoique l'on ne sache pas bien quel fut le carac-
tère de leur liaison , il est certain , du moins, qu'il sut lui ins-
pirer assez de tendresse pour que , jusqu'au moment où il vou-
lut lever l'étendard contre elle, elle lui pardonnât les fautes que
sa hauteur et son emportement lui firent commettre. Condamné
à mort, après sa rébellion, il dit qu'il serait fâché qu'on le re-
présentât à la reine comme un homme qui dédaignait sa clé-
mence, mais qu'il ne ferait pas de soumission trop humble
pour l'obtenir. Cependant, il essaya de toucher le cœur d'E-
lisabeth, et voici ce qu'il fit. Au retour de l'expédition de Cadix,
où il s'était conduit d'une manière si brillante, d'Essex témoi-
gna à la reine un profond déplaisir de ce que, pendant qu'il
était éloigné d'elle, ses ennemis cherchaient à le desservir dans
son esprit. Touchée de ses plaintes, Elisabeth lui donna un
anneau en lui disant que, quelques griefs qu'elle pût avoir
contre lui, il n'aurait qu'à le lui envoyer pour lui rappeler son
ancienne affection. Après sa condamnation , le comte d'Essex
voulut avoir recours à ce talisman : il remit l'anneau à la com-
tesse de Nottingham en la priant de le porter à la reine ; mais
le mari de la comtesse, ennemi mortel d'Essex, empêcha qu'il
ne fût remis Elisabeth espérait toujours que son favori ferait
un appel à sa tendresse; elle resta long-tems dans un état d'ir-
résolution douloureuse; elle signa l'arrêt de mort, le contre-
manda; enfid , après bien des angoisses, elle crut qu'il mettait
de l'obstination à ne point lui rappeler sa promesse, et le comte
l'A Kl S. H'jtj
Çssex fui envoyé a l'crhafaud où il pci it , pi rsuadé que la
ine était par j me.
l)cu\ ans après , la comtesse de Nottingham , étant au lit <le
oit , (it supplier la reine de venir la voir, et lui révéla le fatal
cret en implorant M elémence. « Elisabeth , saisit* de surprise
(1 ■ fureur, traita la mourante avec l'emportement le plus
tréuie, l'accabla de reproches, et s'écria que I )i«*ti pouvait
i pardonner, mais qu'elle ne lui pardonnerait jamais. » Ren-
ée dans son palais, la reine se livra au plus violent désespoir ;
le se jeta à terre, et, pendant les dix jours qui précédèrentsa
oit, non -seulement elle refusa tout aliment , ruais encore
être portée sur son lit : elle ne fit entendre que des cris étouf-
s et îles i;ésnissemens.
Le moment choisi par le peintre est celui où les députés du
uiseil viennent demander à Elisabeth expirante de désigner
)n successeur.
Le tableau offre-t-il l'intérêt du récit que j'ai emprunté à
îistoire? Je n'hésite pas à me prononcer pour la négative, et
pense que cet intérêt était inexprimable en peinture. Je vois
ne femme couebée par terre, mourante, et appuyée seule-
rnt sur des coussins; je vois auprès d'elle des personnes (jui
joignent de l'affliction; mais je ne lis pas dans l'ùrne d'Eli-
ibeth. Or, ce qui touche, dans le récit de l'histoire, c'est que
îacun de nous croit lire ce qui s'y passe, et s'identifie avec sa
rofonde douleur. D'ailleurs, dans le moment eboisi par le
eintre , la scène change de nature : ce n'est plus la maîtresse ou
amie du comte d'Essex, mourant de regret d'avoir ordonné sa
îort, que j'ai sous les yeux; c'est une reine et une reine dic-
rnt avec hauteur ses dernières volontés (i). Je vois des regrets,
i vois des larmes; mais la scène ne pouvait pas être empreinte
e cette douleur profonde, telle que le même peintre l'a si bien
xprimée dans la mort du président Duranii. Dans ce dernier
ibleau, la nature parle dans toute son énergie; la femme et les
Isdu président ne font qu'un avec lui, si je puis m'exprimer
insi; on sent que le même coup qui frappera le père frappera
gaiement la mère et ses enfans. Voilà qui est heureux à expri-
îer en peinture, parce qu'il ne peut rien y avoir de douteux
ide tiède dans la pantomime des personnages.
Je désire avoir- suffisamment développé mon opinion pour la
istifier aux yeux de l'artiste lui-même; il a été ému parle ré-
(i) Hume rapporte qu'elle répondit aux députés envoyés près d'elle
ar son conseil, « qu'elle avait porté le sceptre des rois , et qu'elle vou-
vA qu'un roi lui succédât. »
S6o FRANCE.
cit des circonstances qui ont amené et accompagné la mort d'E-
lisabeth , il a cru pouvoir transporter cette émotion sur la toile:
je pense qu'il s'est trompé. Au reste, je trouve qu'il y a beau-
coup plus d'intérêt, pour l'art lui-même, à discuter un point
de doctrine important, à l'occasion d'un ouvrage fort remar-
quable, à tous égards, que d'exprimer mon opinion sur des
productions qui peuvent être agréables, mais qui n'appartien-
nent pas aux plus hautes conceptions de la peiuture.
Sous le rapport de l'exécution, ce tableau mérite beaucoup
d'éloges; mais il n'est pas non plus exempt de critiques, et ,
comme c'est heureusement la part la moins importante , je vais
m'en débarrasser. D'abord , la couleur de la tête et des mains
d'Elisabeth me paraît manquer de vérité; ce n'est celle ni d'un
corps encore animé, ni d'un corps privé de vie; ensuite, sous
les étoffes qui l'ensevelissent, pour ainsi dire, je ne sens pas
bien les formes, ni même les lignes du corps; en mesurant la
distance qui sépare la tête du seul pied visible, je trouve qu'il
y a trop de longueur; enfin, il y a peut-être un peu d'exagé-
ration de richesse de tons, ce qui tourmente l'œil; mais, la
tête de la reine est d'une expression bien sentie; l'attitude du
chancelier est heureuse ; tous ses mouvemens sont bien d'ac-
cord avec la situation où il se trouve; plusieurs femmes de la
suite de la reine sont également remarquables, sous le rapport»
de la pantomime et du caractère; c'est enfin, dans son en-'
semble, un ouvrage qui prouve un grand et beau talent.
C'est aussi à l'histoire d'Angleterre que M. H. Vernkt a em-
prunté le sujet de son nouveau tableau. — « Après la bataille
d'Hastings, dit le livret, deux religieux du monastère de Wal-
tham vinrent demander à Guillaume de Normandie la permis-
sion d'enlever les restes d'Harold qui avait été leur bienfaiteur,
et lui offrirent dix mille marcs d'or. Le duc leur octroya leur
demande; mais les religieux cherchèrent vainement ce corps
défiguré par une flèche. Ils s'adressèrent à Édithe , surnommée
la belle au col de cygne , qui avait été fort aimée d'Harold :
plus heureuse que les moines , elle découvrit le cadavre de celui
qu'elle avait chéri. » — Cette circonstance paraît avoir été in-
connue à Hume. Cet historien dit que Harold fut tué d'une
flèche, que son corps fut porté à Guillaume qui le rendit gé-
néreusement à la mère de ce prince, sans rançon , et il cite à
l'appui de ce fait trois historiens contemporains, parmi les-
quels se trouve le chroniqueur d'une abbaye. J'ignore à quelle
source M. II. Vernet a puisé son sujet; au reste, pou importe!
il suffit de savoir si la scène , telle qu'elle est indiquée, est bien
représentée.
PARIS. 8(ii
Le moment choisi est celui où Édithe montre à l'un des i <1 1—
ieux qui l'accompagnent le corps d'Harold dont la tête est
éfigurée. La pantomime de la femme esl vive, mais ellem.m-
ue de justesse: c'est moins un mélange de douleur et d'effroi
(Telle exprime, qu'une sorte d'égarement furieux. Le moine
lace près d'elle est mieux dans .son rôle ; il suit les mouvement
e la jeune fille avec une inquiétude mêlée d'intérêt ; mais, que
iteet autre jeune moine qui tient un corps à demi soulevé
t qui s'est arrêté, dans son action, pour considérer Édithe
ec une attention qui n'appartient pas au caractère de la scène
présentée? Puis, ce corps soulevé est- il mourant, ou privé
e vie ? On ne le voit pas bien. La figure de la femme ne me
irait belle, ni comme caractère de dessin, ni comme expres-
on ; les deux moines, au contraire , sont peints à merveille ;
lusieurs nus sont très - bien rendus ; la nature de la scène a
n vif intérêt ; l'exécution enfin , faite avec une libci té de pin-
eau inconcevable et une entente profonde des effets de la pein-
tre, décèle un peintre très-habile.
On se rappelle qu'à la dernière exposition , l'administration
u Musée, ou le jury, je ne sais lequel, ne voulut point admettre
usieurs tableaux du même peintre, dont les sujets étaient
uisés dans des événemens contemporains , tels que la Bataille
e Jcrnmapes , le Champ de bataille de fVaterloo , la Barrière
le Clic/y , le Tombeau de Napoléon. M. H. Vernet fit chez lui
ne exposition particulière , où tout Paris courut. Je ne me suis
as cru obligé de partager les inquiétudes de l'administration ,
k. j'ai rendu compte successivement de ces diverses productions,
voy. t. xn, xin et xvi , p. 23o, 739 et 428 ). Cette fois, on
ouvert les portes du Louvre à un tableau représentapt le
assage du pont d Aréole ; seulement on n'en a pas inséré la des-
•iption dans le livret où l'on trouve au nom de M. H. Vernet :.
io3i, plusieurs tableaux même numéro. Le Passage du pont
Arcoleest un de ces Nos io3i. Je crios que cette petite pré-
ution était très -inutile; tout le monde a parfaitement re-
nnu le sujet, ainsi que le personnage principal; mais, ce qui
digne de remarque, c'est que le public s'y est fort peu ar-
Ité. Cependant, le tableau n'est pas. au-dessous du mérite du
eintre qui l'a exécuté; à quoi donc attribuer cette froideur?
3 n'en sais rien; toutefois, elle prouve bien évidemment que
; nom de Napoléon est devenu tout-à-fait historique, et qu'il
'a plus cette influence de parti qu'on voudrait lui attribuer.
Il est un autre tableau qui a produit bien plus d'impression:
est le Passage de la Bérésina , par M. Langlois. Ici, le nom
e l'ex -empereur n'était pour rien dans l'émotion que l'on
86* FRANCE.
éprouvait à la vue de cet épisode de l'une des plus grandes
catastrophes dont l'histoire ait gardé le souvenir. C'était la
chose elle-même qui saisissait ; en considérant ce spectacle , on
ressentait ce qu'un ancien a si bien exprimé en disant : « Homo
sum et nihd mihi humani alienurn puto. » Oui ! il est impossible
d'avoir un cœur humain et de ne pas être frappé d'une pro-
fonde douleur à la vue de cette masse de malheureux, fuyant
la lance des Cosaques, et qui , renversés les uns sur les autres,
trouvaient sous les pieds de leurs camarades, ou dans le fleuve,
la mort qu'ils voulaient éviter.
Je suis allé devant ce tableau avec un officier qui s'était trouvé
témoin et acteur de cette terrible catastrophe; il est resté muet.
Après l'avoir considéré quelque tems avec lui en silence, je lui
ai demandé ce qu'il en pensait: «Ah ! c'est bien cela, » m'a-t-i! ;
répondu d'un ton de voix émue. C'est tout ce qu'il put me dire,
et c'est le plus bel éloge que l'on puisse faire du tableau.
Lors de l'exposition au profit des Grecs, j'ai rendu compte
d'un tableau de M. H. Vernet dont le sujet est emprunté au
Mazeppa de Byron (voy. t. XXX, p. 5 7 8). Cet artiste a refait le
même sujet. Cette fois il nous a montré le cheval fuyant vers
ses steppes natales ; Mazeppa est expirant. Des loups qui comp- 1
tent sur une proie certaine suivent le cheval qui franchit avec ;
peine les obstacles qu'il rencontre; on craint qu'il ne puisse les
surmonter : la présence des loups , leurs yeux de feu , font
craindre un dénoûment funeste et prochain, et donnent à cette
scène un caractère tragique. J'aime beaucoup mieux ce tableau
que le premier; il est mieux conçu et mieux exécuté; puis, les
loups sont véritablement vivans.
M. Boulanger a traité le même sujet ; seulement il a choisi
un autre moment : celui où le comte palatin fait attacher Ma-
zeppa sur un cheval indompté. La critique la plus juste que l'on
puisse faire de ce tableau, c'est de lui opposer celui dont je
viens de parler, non pas comme exécution, car je ne prétends
pas qu'un jeune homme puisse, du premier coup, atteindre IL
l'habileté de M. H. Vernet; mais sous le rapport de la pen-
sée. En effet, Mazeppa, lorsqu'on l'attache sur le cheval, offre
bien moins d'intérêt que dans le moment représenté par M. IL
Vernet. Dans le tableau de M. Boulanger , on est incertain sur
son avenir; on peut espérer qu'il sera délivré; dans celui de
M. Vernet, il est au milieu d'un désert, loin de tout secours,
sa perte paraît assurée. Et puis, pourquoi avoir représenté un
sujet de cette nature dans les proportions historiques? Ce ne
devait être qu'un tableau de chevalet. Je dirai encore à M. Bou-
langer que la disposition de sa scène n'est pas heureuse , et
»
PAIUS. 863
enfui, qu'il faut être , dans tons les ras, fidèle aux costumes
c'est une condition dont on ne saurait sYeartcr. Au reste , cesl
un essai, et rien, dans cet essai, ne dit que M. Boulanger rté
sera pas mieux inspiré une antre fois.
M. Steubkn qui est, je crois, d'origine russe, a consacré
son pinceau à reproduire plusieurs circonstances de la vie de
Picrre-le Grand. Le tableau où il l'a représenté surpris par une
tempête, sur le lac Ladoga, lui assura nue réputation justement
méritée. Cette fois, c'est un sujet non moins intéressant, de la
jeunesse du même prince , qu'il a mis sous les yeux dn public.
Poursuivie par des meurtriers, lors de la première révolte des Stré-
litz , sa mère se réfugie dans une ehapeilc , place son fils sous la
protection de la Vierge, et menace les assassins de la vengeance
divine , s'ils osent consommer leur crime.
Cette scène est conçue et exécutée avec chaleur; la tzarine
est à genoux sur les degrés de l'autel et montre l'image de la
vierge aux furieux qui la suivaient ; l'un des deux s'est déjà
prosterné; l'autre s'arrête et fait un mouvement en arrière.
L'enfant, debout, leur fait face et les regarde d'un air mena-
fçant. Il y a, dans sa pose et dans l'expression de sa tète , un
'courage fier et calme qui sied bien à celui qui, depuis, fut
^ierre-le-Grand. Tout est bien dans cet ouvrage. Quelques
personnes ont prétendu que la scène avait un aspect théâtral;
je ne partage pas cette opinion ; et la seule chose que l'on puisse
dire, c'est que, peut-être, M. Steuben a eu tort de faire ses
figures plus grandes que nature.
Dans un tableau de petite proportion , cet artiste a repré-
nté le même prince offrant sa couronne à Catherine. L'exécution
est précieuse et soignée; la couleur est brillante ; la scène
st bien disposée; c'est enfin un fort joli tableau,
t Je n'ai point encore parlé, et je me le reproche , du Saint
;J Etienne portant des secours à une pauvre famille , de M. Léon
Cogniet. Il y a de l'onction dans la figure du saint ; la tête est
d'une belle couleur; celle du vieillard couché est d'un bon
caractère; seulement je trouve qu'il y a trop de noir dans les
ombres. Les deux jeunes acolytes sont également deux bonnes
figures. .Te n'ai donc , pour ainsi dire, que des éloges à donner
à cet artiste, et je m'en félicite, car j'éprouve beaucoup de
plaisir à louer.
Il faut, malheureusement, queje quitte ce rôle avec M. Champ-
martin , qui , dans un tableau de très-grande dimension , a re-
^ résenté les janissaires massacrés par l'aga pacha. Dans tout ce
tableau, on ne voit, je crois, que deux jambes réelles du pacha;
tout le reste est une confusion où l'on ne reconnaît rien. On
S6.\ FRANCE.
dit que cet artiste a été témoin de la catastrophe qu'il a repré-
sentée. Il me semble impossible que , dans une bagarre de cette
nature, il n'y ait pas eu un de ces malheureux janissaires
qui n'ait essayé de lutter; qui ne se soit élevé au-dessus des au-
tres , matériellement parlant ; enfin qu'il ne se soit présenté
quelqu'épisode qui eût permis au peintre de faire autre chose
qu'un troupeau de moutons, aux abois, fuyant devant le loup
qui va les dévorer. On s'accorde, toutefois, à dire que plu-
sieurs partie»; de ce tableau sont bien peintes : c'est donc du
talent mal employé.
Deux figures que M. Dubuffe appelle le souvenir, et, les
regrets , ont beaucoup attiré l'attention publique. Ce sont deux
femmes, couchées et à demi-nues. L'une tient un portrait et
le considère avec complaisance; l'autre éloigne ce même por-
trait avec une expres'sion de colère et de dépit très-marqués.
C'est le même personnage dans deux situations différentes. Ce
qui fait le succès des ouvrages de cette nature, c'est bien moins
leur mérite réel , que les idées qu'ils réveillent. Au fait , la cou-
leur est assez brillante , mais elle n'est pas toujours vraie; le I
dessin n'est pas pur; enfin le caractère de la tête manque d'elé- I
vation : c'est une grisette plutôt qu'une femme du inonde; mais
les nus, la situation, l'expression , tout cela arrête les regards
du public.
! Après les compositions historiques, dont jusqu'ici je me suis
exclusivement occupé, à quelques exceptions près, le genre le
plus difficile, et dès-lors le plus important, est celui des por-
traits. M. Gérard , l'un des plus grands peintres d'histoire
dont l'école française puisse se glorifier, a porté dans ce genre
un goût et une habileté dont il vient de donner une nouvelle
preuve. Il avait à retracer les traits d'un homme d'état célèbre : i
M. Canning. Dans le siècle dernier, on n'aurait pas manqué de J
mettre près de lui une table, des papiers; de lui faire tenir à la
main quelque bill ou un discours au parlement. Ce n'est pas
ainsi que le peintre célèbre dont je viens de parler s'y est pris.
Dans un portrait, c'est l'homme que l'on veut voir; qu'impor-
tent les accessoires? ils augmentent l'étendue de la toile, mais
ils n'ajoutent rien à l'intérêt que peut inspirer le personnage
représenté. M. Gérard nous a montré M. Canning, assis sur un
fauteuil , dans une pose simple , mais il a su animer cette belle
tète, et c'est là le secret du talent.
M. Ingres a envoyé à l'exposition deux portraits, Y un de
femme et l'autre d'homme. Cet artiste sait faire valoir et termi-
ner toutes les parties de ces sortes d'ouvrages, sans que l'effet
principal en soit affaibli. Cette qualité se retrouve dans les deux
PARIS. 86%
portraits dont je viens de perler; et cependant quoique l*<
cution en soit également parfaite, » 1 *- n'onl pas le même charme
i mes yeux; celui de femme me plaîl moins que l'autre. En
esaa] ant de me rendre compte de cette impression , il m'a paru
que cela huait a ce que ce portrail est plus grand que nature.
À moins qu'une Gemme n'ait des traits d'un très-grand carac-
tère, elle doit perdre à ce système qui me semble devoir ;* 1 1 «'-—
auer ce qu'il peu! y avoir de fin el de délicat dans sa physio-
Domie. C'est, au reste, un doute que j'exprime. Je trouve aussi
que les contours ont un peu de sécheresse ; la couleur des yeux
a quelque chose qui semble manquer de vérité. Quant au
poitrait d'homme , ou peut le mettre à côté de ce que les maîtres
les plus habiles nous ont Laissé en ce genre; le modèle est bien
posé; L'exécution est ferme et souple tout à la fois, les mains
sont fort belles; c'est enfin un ouvrage très-remarquable.
Des quatre portraits dus au pinceau de M. Gros, il en est
un , celui du Roi à cheval, qui n'a pas été goûté du public. Je
ne sais pourquoi cet artiste a voulu rajeunir le roi; il en est
résulté un défaut de ressemblance très-marqué; or, la ressem-
blance est véritablement le but, l'objet d'un portrait; puis,
sous le rapport de l'exécution, on a trouvé qu'il n'était pas à
la hauteur du talent de M. Gros. Celui de M. Villcmanzy, su-
périeur de beaucoup à celui du roi, me paraît avoir un défaut
que je n'avais encore trouvé dans aucun ouvrage du même
artiste: de la dureté; mais, en revanche, comme celui de
AJ . Macips est bien modelé! quelle vérité dans les tons de
chair ! C'est aussi un charmant portrait que celui de mademoi-
selle Korsafioff; la ligure est posée avec une simplicité naïve
qui convient bien à l'âge du modèle; la couleur de la poitrine
est d'une finesse remarquable, et l'on sent la vie courir sous
ia toile.
Le portrait de M. de La Mennais, par M. Paulin Guérin , a
beaucoup attiré l'attention publique, et il le méritait à tous
égards. Il est exécuté avec simplicité, sans recherche d'effet,
niais c'est la nature elle-même que l'on croit avoir sous les yeux,
et cela dispense de tout éloge, ou pour mieux dire, c'est le
plus bel éloge que l'on puisse faire d'une production qui a l'imi-
tation de la nature pour objet. Le caractère méditatif de cette
tête, douée d'une grande puissance de raisonnement et de
talent, est fort bien indiqué; on lit dans les yeux cette ardeur
de l'âme qui pousse aux grandes entreprises, et en considérant
le portrait avec attention , il semble que l'on s'identifie avec la
pensée actuelle du modèle.
Dans le nombre des portraits exposés par M Rouillaup , et
T. xxxvii. — Mars 1828. 55
S66 FRANCE.
qui décèlent tous un grand talent, il en est un surtout qui mérite
d'être distingué : c'est celui de M. de Villèle. Il est impossible
de mieux peindre une tète et de reproduire plus fidèlement son
modèle. Une anecdote récente vient à l'appui de mes éloges.
On dit que, ces jours derniers, un mauvais plaisant a appliqué
sur le cadre une bande où étaient écrits ces vers si connus :
Il n'est point de serpent , ni de monstre odieux ,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux :
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.
Quand je considère les portraits de M. Hersent , je ne puis
m'empècber de regretter qu'il ait abandonné la peinture histo-
rique. Sans doute on trouve dans ses portraits de la grâce, de
l'habileté , de la délicatesse de pinceau , enfin tout ce qui fait
le charme de ce genre ; mais, comme nous n'avons pas dans
l'école beaucoup de peintres qui puissent nous faire des Gus-
tave Wasa , je suis fâché qu'il ait abandonné une carrière dans
laquelle il a donné tant de preuves de talent.
Mlle Godefroi a exposé plusieurs portraits remarquables;
celui qui a le n° 1662, entre autres, est bien posé et bien
ajusté ; la couleur a beaucoup d'éclat , sans cesser d'être vraie \
la tète est modelée avec finesse; c'est enfin un fort bel ou-
vrage.
Je crois qu'à moins que cela soit exigé par le modèle, oit
qu'il s'agisse d'une peinture d'apparat, on doit éviter de faire un
portrait d'homme en pied. En effet, que gagne-t-on à montrer
plus que le buste ? Nos costumes sont si misérables qu'ils ne
peuvent avoir aucun intérêt pittoresque ; d'ailleurs que veut-on
connaître d'un homme célèbre ? Le caractère et l'expression
de la physionomie; le rapport du moral au physique : c'est là
le véritable motif de la curiosité qui nous pousse à le regarder.
M. Belloc a représenté M. Boissy d'Jnglas dans un paysage ,
assis sur un banc, tenant une sorte d'instrument aratoire à la
main. Cela veut dire sans doute que ce célèbre philantrope
aimait son jardin, ses fleurs; qu'il avait cette simplicité de
goût qui se rencontre presque toujours avec une belle âme et
un grand talent? C'est un détail de mœurs qu'il fallait laisser
au biographe. Ce que le peintre devait nous montrer , c'est
cette belle tête de vieillard qui exprime les plus nobles senti-
mens. Tout ce qui est inutile en peinture nuit à l'effet principal.
Je crois que ce portrait aurait produit plus d'impression, si
l'attention n'avait été distraite de son véritable but par les dé-
tails de paysage et d'accessoires que le peintre y a introduits. Au
PARIS. 867
reste, ce tableau est d'une belle couleur, et la tête esl forl bien
modelée.
Le portrait sous le n° i5ii , l'un de ceui que M. Mauzmssz
■ exposés, <••>!, dit-on , celui de 900 père. Là tendresse filiale
l'a fort bien inspiré, car c'est un très- bel ouvrage; la tête est
lumineuse et grassement modelée, ce qui lui donne beaucoup
de ressort; puis, l'expression a cette sorte de simplicité et de
naïveté (pie l'on n'obtient que Lorsqu'on s'attache à reproduire
fidèlement la nature. C'est aussi un fort beau portrait que celui
de M. le marquis de G. , par M. Monantkuil; on y trouve un
dessin pur, un pinceau ferme et brillant; c'est donc un ouvrage
qui doit être distingué.
Un portrait de femme , de M. Decaisne, sous le n° 278, m'a
arrêté plusieurs fois. Le caractère de la tète a quelque chose
de mélancolique bien exprimé; puis il règne dans le ciel , comme
dans l'ensemble des accessoires, une puissance de ton qui donne
da ressort à ce tableau, et même une certaine harmonie qui
m'a plu.
Parmi les peintres de paysages et de marines, il en est un,
M. Gudin, qui, depuis la dernière exposition, a pris un essor
extraordinaire.
Les pêcheurs ont bâti une mauvaise cabane sur une plage
aride où ils étendent leurs filets; vers la fin de la journée le
soleil vient éclairer leurs derniers travaux. Les ressauts et le
ton doré de la lumière sont rendus avec une vérité et un charme
qui causent une véritable admiration. C'est ce que M. Gudin
appelle le coucher du soleil. L'entrée des échelles est un paysage
d'un aspect enchanteur; la lumière, distribuée avec art, en
éclaire bien toutes les parties ; les eaux du torrent qui sillonne
le vallon sont rendues avec beaucoup de vérité, et ajoutent
à l'intérêt de ce beau lieu. La touche de M. Gudin est large et
facile; il observe bien ; il rend avec justesse et avec charme ce
qu'il a observé; il a devant lui un bel avenir, mais il a un écueil
à éviter : c'est que les éloges qu'il mérite ne le rendent moins
difficile pour lui - même : il serait fâcheux qu'un aussi beau
talent se pervertît.
Une grande marine de ce même artiste a beaucoup attiré
les regards : celle où il a représenté un vaisseau de la compagnie
des Indes dévoré par un incendie , pendant une tempête. Menacés
par les flots et par le feu qui peut, d'un instant à l'autre, faire
sauter le bâtiment , les passagers et l'équipage se hâtent de se
jeter dans des embarcations , au risque d'être engloutis par les
vagues. C'est au moyen d'une corde, à laquelle on les attache
deux à deux , qu'ils descendent dans les chaloupes. Poussés
55.
868 FRANCE.
par la fureur du vent, les malheureux voient la corde s'abais-
ser, tandis que la barque s'éloigne. Ce spectacle et les scènes
qui se passent sur le vaisseau ont un caractère dramatique ,
qui donne à cette production un grand intérêt. Les eaux sont
bien rendues; les figures mieux faites que Ton était en droit
de l'exiger d'un peintre de marine ; aussi ce tableau me paraît-il
mettre son auteur tout-à-fait hors de pair. Comment n'a-t-on
pas chargé M. Gudin de représenter le combat de Navarin?
Il est un genre qui a une grande importance à mes yeux, et
qui, depuis quelques années, a pris un développement consi-
dérable; c'est la peinture sur porcelaine.
C'est sur porcelaine que M. Constantin a reproduit Ventrée
de Henri IF dans Paris , de M. Gérard. J'ai déjà exprimé dans
ce recueil ( voy. tom. XXXIII, pag. 878), mon opinion sur ce
tableau , que je regarde comme une des plus belles productions
de l'école française. Il me suffira, pour faite l'éloge de M. Cons-
tantin , de dire qu'il a rendu le maître avec une grande fidélité.
On sait qu'en faisant vernir un tableau trop tôt, il pousse au
noir. M. Gérard s'est vu dans cette nécessité. Pour remédier à
cette altération, M. Constantin a donné à sa copie un ton plus
clair, et, de cette manière, il a rendu l'effet de l'original, tel
qu'il était, lorsqu'il est sorti des mains du peintre. Le tableau
de M. Constantin est le plus grand qui ait encore été fait sur
porcelaine. Je le répète, c'est un ouvrage qui lui fait beaucoup
d'honneur, et que je place au-dessus de tout ce qu'il a fait jus-
qu'à présent.
Mme Jaquotol, à laquelle cet art est redevable de ses plus
belles productions, a exposé un grand nombre d'ouvrages:
Corinne , Psyché et V Amour , d'après M. Gérard ; une Danaé ,
d'après Girodet; yJnne de Boulen , d'après Holbein; un portrait
d'homme, grand comme nature, d'après Yandyck; la Madone
de Foligno , d'après Raphaël; enfin, un portrait de femme ,
d'après nature. Cette simple énumération suffirait pour prouver
l'étendue et la souplesse du talent de cette dame. En effet, chacun
de ces ouvrages est empreint du caractère du maître qu'il re-
produit. L'extrême suavité de la couleur, la iinesse et la pré-
cision du modelé , la pureté du dessin, l'heureuse harmonie de
chacun de ces tableaux, me paraissent justifier suffisamment
le jugement porté par le rédacteur des articles Beaux arts,
dans le Moniteur, lorsqu'il a dit: «Les peintures sur porcelaine
de Mme Jaquolot semblent toujours hors de toute comparaison
en ce genre précieux. »
La clôture de l'exposition ayant été renvoyée au ier mai,
parce que l'on attend encore plusieurs ouvrages importons.
PARIS. 869
}6 ferai un cinquième el dernier article dans lequel je rendrai
compte de ces nouvelles productions, des tableaux de genre
les plus remarquables, <-t surtout de la sculpture dont je n'ai
point encore parlé, et qui mérite eeite année une attention
particulière. P. A.
NÉCROLOGIE. — Williams (Miss Helena -Maria)yx\v,Q à Londres
en 1759, et issue par sa mère d'une noble famille écossaise,
(il paraître de bonne heure ce goût instinctif pour les lettres qui
devait illustrer sa carrière. Quoique les usages de sa patrie s'op-
posassent à ce que ses heureuses inclinations fussent développées
par une éducation classique, miss Williams parvint assez ra-
pidement à une sorte de maturité; et «à peine âgée de 18 ans,
elle 'publia un poème intitulé le Pérou, qui lui valut les suf-
frages des gens de lettres les plus distingués de ce tems, entre
autres de Johnson, qui tenait alors en Angleterre le sceptre
de la littérature, et qui prédit à la jeune muse une brillante
destinée. La révolution française, si noble et si pure à son
aurore, ayant éclaté, l'imagination de la jeune Anglaise fut
profondément émue par ce grand spectacle d'un peuple dé-
truisant l'édifice des âges barbares et revendiquant ses droits.
Tout l'enthousiasme de ces beaux jours de la liberté passa
dans son àme; et, pour suivre de près les événemens mémo-
rables qui semblaient devoir changer la face du monde civilisé,
elle quitta l'Angleterre, en 1790, et vint se fixer à Paris. Ce
fut là qu'elle se lia d'une étroite amitié avec les membres les
plus distingués de nos assemblées législatives, et plus particu-
lièrement avec les illustres et infortunés Girondins. Pétion ,
Fergniaad, les deux Clwmcr et une foule d'autres se réunis-
saient dans son salon pour discuter les intérêts publics et pré-
luder aux combats de la tribune; elle fut sur le point de par-
tager la proscription qui atteignit ses amis et subit même une
détention à la conciergerie du Luxembourg. Elle parvint à
échapper au sort qui la menaçait par une prompte fuite en
Suisse, où elle attendit la cessation du régime de la terreur et
de la crise révolutionnaire, qui faisait alors de la France entière
un vaste champ de bataille. Mettant à profit cet exil obligé hors
de sa patrie adoptive, elle recueillit des observations qui pa-
rurent dans un Voyage en Suisse qu'elle publia ensuite et qui
eut le plus grand succès, d'abord en Angleterre, puis en
France, où il fut traduit par notre célèbre économiste .T. lî. Say.
De retour à Paris, miss Williams s'occupa de plusieurs ou-
vrages dont les publications successives ne firent qu'ajouter à
sa réputation littéraire' et politique, également honorable. Le
8 7o FRANCE.
plus connu est celui qui a pour titre : Lettres sur la révolution
française, 1791 à 1796; il a eu plusieurs éditions; on doit
distingue]? aussi, parmi ses écrits, des poésies anglaises, dont
quelques-unes ont été traduites par Esménard et Bouliers. Il y
a, en général, dans les diverses productions de miss Williams,
un enthousiasme profond et vrai pour tous les sentimens gé-
néreux , uni à une imagination pleine de force et d'éclat. Les
jugemens de l'auteur sur la plupart des événemens politiques
dont elle a été témoin sont justes et profonds. Peu de femmes
ont eu des talens aussi variés. Miss "Williams possédait en outre
les pins rares qualités du cœur. Sensible et compatissante, on
ne l'invoquait jamais en vain en faveur des malheureux. Après
une longue maladie de langueur, cette femme célèbre est morte
à Paris, le i5 décembre 1827, entre les bras d'un neveu,
M. Charles Coquerel, jeune écrivain déjà connu par d'utiles
publications, spécialement par la Revue protestante, qu'il dirige
habilement depuis plusieurs années. Notre Revue aime à le
compter toujours au nombre de ses collaborateurs; miss Williams
lui avait servi de mère, et nous savons que sa reconnoissance
lui prépare un hommage plus étendu et bien plus digne de celle à
laquelle ces lignes sont consacrées. A.
— Legraverend {Jean- Marie -Emmanuel), né à Rennes, en
mai 1776, fit de brillantes études au collège de cette ville et
manifesta de bonne heure ces dispositions aux études graves
qui ont valu à son nom une honorable célébrité. Sorti du col-
lège, à Tàge de 14 ans, il fut nommé deux années après secré-
taire en chef de l'administration du département d'Ile-et-Vi-
laine. Ainsi appliqué aux travaux de l'âge mûr, dès sa seizième
année, on peut dire, en quelque sorte, qu'il passa brusque-
ment de l'enfance à la jeunesse et ne connut point cette pé-
riode d'adolescence ordinairement décisive dans la carrière
humaine. Cette observation que nous offre la vie de M. Le-
graverend se présente dans celle d'un grand nombre de ses
contemporains, dont le berceau fut aussi placé parmi nos
orages, et qui , encore enfans, se virent tout à coup obligés de
devenir des hommes. La généreuse révolution de 1789 avait
trouvé dans le jeune Legraverend un ardent soutien. Les excès
qui signalèrent une époque à jamais terrible et déplorable ex-
citèrent son indignation, et on le vit, en 1793, parmi les braves
que la Bretagne envoyait au secours de la représentation na-
tionale. Le bataillon dont il faisait partie ayant été licencié
par Carrier, il revint à ses fonctions de secrétaire de l'autorité
administrative du département, qu'il quitta quelques années
après, pour aller occuper à Paris l'emploi de chef de bureau
PAUlv 871
au ministère de la justice qu'on venait de lui accorder. Il était
alors âgé de 19 ans. De cette époque (latent les travaux sur la
jurisprudence criminelle qui ont rempli le reste de sa vie, et qui
nous ont valu plusieurs ouvrages justement estimés. Le premier
de tous parut en l'an vm : il est intitulé : Traité de la procé-
dure aimifielle devant les tribunaux militaires et maritimes. Les
jurisconsultes les plus recommandables accordèrent leurs suf-
frages à cette publication, et elle contribua beaucoup à faire
arriver l'auteur, en 181 3, au poste de chef de division des
affaires criminelles. Le roi Louis XVIII se chargea de récom-
penser plus dignement encore dix-neuf années de services ren-
dus à la patrie dans la haute administration de la justice;
M. Legraverend reçut, en 1814, la croix de la Légion-d'hon-
neur et l'emploi de directeur des affaires criminelles et des
grâces. Pendant l'existence éphémère du gouvernement impé-
rial, en 181 5, le département d'Ille - et- Vilaine le choisit
pour son mandataire à la chambre des représentant, et il ne
crut pas devoir répondre par un refus à la confiance de ses
concitoyens, qui l'élurent de nouveau membre de la chambre
des députés en 1817. Dans cette même année, sans cesser d'être
attaché au ministère de la justice, il inscrivit son nom parmi
les avocats au Conseil du roi et à la Cour de cassation. En 1819
il fut fait maître des requêtes en service extraordinaire. Dans
les derniers tems, M. Legraverend semblait s'être entièrement
consacré aux travaux de cabinet et avoir considéré sa carrière
publique comme terminée. Il est permis de croire que les prin-
cipes adoptés par l'administration qui vient de succomber dans
la lutte électorale n'avait pas peu contribué à cette détermina-
tion de la part de M. Legraverend, qui s'était constamment fait
connaître comme l'un des plus zélés et des plus fermes défenseurs
des doctrines constitutionnelles. Dans le cours de l'année der-
nière ses forces déclinèrent rapidement; mais lui seul semblait
ne point s'en apercevoir et s'occupait encore avec zèle du per-
fectionnement de ses travaux; la mort le surprit le 24 dé-
cembre 1827; il la reçut avec la tranquillité de l'homme de
bien; et l'affluence des personnes venues pour rendre à ses
restes un triste hommage a pu attester qu'il joignait aux talens
qui fondent la réputation ces qualités du cœur et du caractère
qui font aimer celui à qui l'on pourrait n'accorder qu'une froide
estime. L'un de nos écrivains les plus distingués, l'honorable
M. Kératry, s'était chargé de payer un dernier tribut à sa
mémoire : c'est pour nous une obligation d'emprunter à son
discours un trait qui achèvera de faire connaître quel fut
M> Legraverend. Sollicité dans une circonstance par le ministre
872 FRANCE.
dont il dépendait, d'opérer une réduction dans le traitement
des commis de sa division , il répondit avec fermeté : Monsei-
gneur, vous la prendrez, s'il vous plaît, sur mes appointemens ;
car j'atteste h V. Exe. qu' on ne pourrait la prélever que sur le
pain de mes subordonnés. Les principaux ouvrages de M. Le-
graverend sont, outre celui dont nous avons donné le titre plus
haut, i° son Traité de législation criminelle, 2 vol. in-8°, pu-
blié en 1816; 2e édit. en i8?/3, actuellement épuisée. On s'oc-
cupe de la publication de la 3e. Cet ouvrage est incontestable-
ment le meilleur qui ait été écrit sur la matière. i° Des lacunes
et des- besoins de la législation française en matière politique et
en matière criminelle. 2 v^ol. in-8°; 1824; 3° Observations sur
le jury en France. Brochure in-8°, 181 9, et 2e édit., 1827 ; 4° Un
mot sur le projet de loi relatif au sacrilège; 1825. Tous ces ou-
vrages attestent une connaissance approfondie et étendue, non
pas seulement de notre droit criminel, mais aussi des véritables
sources de cette intéressante partie de la législation moderne.
On voit qu'il n'était étranger à aucun des travaux de l'autre
siècle et du nouveau sur les matières auxquelles il s'était voué,
et qu'il n'avait pas moins médité les idées de Beccaria et de
Fiïangieri que les théories ingénieuses et profondes de Ben-
tham. P. A.D....
— Madame la comtesse de Ségur ( Antoinette -Elisabeth-
Marie), épouse de M. le comte de Ségur, pair de France
et membre de l'Académie française, née à Paris, en 1756,
fille de M. à'Jguesseau, conseiller d'état, et petite-fille du
célèbre chancelier d'dguesseau , mère du général Philippe
de Ségur, auteur de {'Histoire de la campagne de Russie,
est morte à Paris, le 5 mars 1828, à l'âge de 72 ans. Les rares
qualités de Mme de Ségur, l'élévation de son âme , la force
de son esprit, la bonté de son caractère, la grâce et la po-
litesse exquise de ses manières, sont connues de beaucoup
de personnes; mais il appartient surtout «à celles qui ont été
admises dans son intimité de retracer tout le charme d'une
vie aussi pure que modeste, et d'apprécier des vertus dont
la pratique se renfermait dans le cercle étroit de sa famille.
L'extrait suivant d'uue lettre écrite peu de jours après sa
mort, par un ancien ami de M. de Ségur, qui , depuis plu-
sieurs années , vivait dansf la société intime de M. et Mme de
Ségur, en faisant bien connaître les vertus de la femme ex-
cellente que nous pleurons, paraît être le plus touchant hom-
mage rendu à sa mémoire.
Paris , 1 5 mars 1828. — « On vient de perdre Mme de Si gif .
Elle n'est plus cette femme si révérée, que tant de vœux re-
PARIS. 873
tenaient sur La terre. Elle s'est éteinte, le r>, à neuf heure* du
malin, et son angélique sourire esl resté encore sur ses lèvres
décolorées. Dans la foule de toules les personnes distinguées
qui environnaient vendredi son cercueil , nue voix unanime loi
décernait au milieu des sanglots le titre d'incomparable.
«Compagne adorée d'un homme que la carrière des armes
et de la politique éloignait tour à tour de sa famille,
MII,C de Ségur connut de bonne heure le pénible devoir des
sacrifices, et s'y soumit. Pendant cinquante-une années d'union,
elle ne cessa de donner à l'ami de son cœur les plus touchantes,
les plus éclatantes preuves de sa tendresse et d'un attache-
ment sans bornes. Elle n'exista, comme on l'a dit, qu'en lui
et pour lui : jamais l'abnégation de soi-même ne produisit un
dévoûment plus héroïque. Il en reste une preuve impéris-
sable dans son dernier écrit, monument sans exemple peut-
être, et résumé complet de sa vie entière et de son cœur.
«Dépouillée par la révolution de son rang et de sa fortune,
privée momentanément de la liberté et menacée de l'écha-
faud , elle conserva, pendant les longues angoisses de cette
époque, et plus tard dans une haute élévation, son courage
vertueux dans toute sa pureté et les rares qualités qui dis-
tinguaient son grand caractère. Ni la malignité, ni la haine
des partis n'ont jamais trouvé de prise sur son irréprochable
conduite. Nul n'a jamais prononcé sans respect le nom de
Mme de Ségur.
« Elle était prodigue de son admiration pour tout ce qui est
beau; mais nalle élévation sociale ne pouvait embellir le vice
à ses yeux. Elle pardonnait les erreurs, les faiblesses , et n'eût
jamais composé avec l'immoralité. La bienfaisance était pour
elle un devoir de tous les jours, et l'indulgence une habitude.
A aucune époque de sa vie, les soins propres à une mère de
famille dans la plus humble fortune ne lui parurent ni pé-
nibles, ni au-dessous d'elle. Sa nombreuse famille, ses amis,
l'élite de la société, se pressaient tous les jours dans son salon
pour recueillir de sa bouche une pensée de son noble cœur,
pour puiser dans ses regards un rayon de bonheur.
« Idolâtre de ses enfans, si dignes de'sa tendresse, son cœur
maternel fut mis à de cruelles épreuves. Le ciel lui réservait
des consolations dans ses derniers momens. Elle put encore
serrer dans ses bras défailians et bénir sur son lit de mort le
onzième de ses arrière-petits-enfans , qui venait de naître; et un
fils, cher à la gloire et aux lettres, puisant des forces dans sa
douleur même pour rester, pendant soixante - dix jours, au
chevet du lit d'une mère expirante, sut adoucir ses tournions.
874 FRANCE.
el environner sa longue agonie des soins assidus de la plus
tendre piété.
« L'âge n'avait ni refroidi l'âme de M,ue de Ségur, ni affaibli
son jugement. Elle avait conservé toute la fraîcheur et l'indé-
pendance de son esprit. Qui pourrait expliquer le charme
irrésistible par lequel on était attiré vers elle, et la grâce ex-
quise qui doublait le prix des moindres marques de sa bien-
veillance? Elle sera pleurée long-tcms!
« J'ai vu beaucoup de personnes mêler leurs larmes aux
larmes amères de M. de Ségur. Je n'en ai pas vu qui aient eu
le courage de lui parler de consolation. »
Celui qui a tracé les lignes qu'on vient de lire les a écrites
sous l'inspiration*de cette affection respectueuse qu'éprou-
vaient pour Mme de Ségur toutes les personnes qui avaient le
bonheur de l'approcher; l'auteur de cet article conservera tou-
jours le souvenir reconnaissant de la conversation bienveil-
lante, aimable et spirituelle de cette femme excellente et des
marques d'intérêt qu'elle lui a souvent données, ainsi qu'à la
Revue Encyclopédique, dans laquelle elle voyait une véritable
institution de bien public consacrée à la gloire littéraire de la
France, à l'avancement des sciences et des lettres, à l'amé-
lioration de l'espèce humaine. — Nous croyons devoir ajouter
encore, pour rendre ce dernier tribut plus digne de celle
qui en est l'objet, un passage tiré d'une Lettre adressée par
M. le comte de Ségur à ses enfans et à ses petits -enfans, et
placée en tête du manuscrit de son histoire universelle. Ce ma-
nuscrit, qui forme à lui seul plusieurs gros volumes, a été
écrit tout entier de la main de Mme de Ségur, sous la dictée
de son mari, dont la vue était très-affaiblie, et auquel elle a
voulu éviter la fatigue d'écrire lui-même. C'est un monument
de la tendresse conjugale et un véritable trésor de famille.
Nous aimons à consigner ici , en rendant un dernier hommage
à une mémoire justement révérée, le témoignage de reconnais-
sance et d'amour exprimé par l'homme honorable et distingué
qui a dû à sa compagne chérie, pendant plus d'un demi siècle,
les jouissances si douces et si pures de l'union conjugale et du
bonheur domestique et de famille, les seules qui soient propres
à consoler de tous les genres de malheurs, et sans lesquelles
tous les autres biens de la vie sont insipides ou incomplets.
«... Je vous lègue ce manuscrit : il est tel que je l'ai dicté
du premier jet, sans ponctuation , sans correction ; le public a
l'ouvrage tel que je l'ai corrigé. Mais j'ai voulu déposer dans
vos mains ce manuscrit comme je l'ai dicté, et je désire que
l'aîné de ma famille le conserve toujours religieusement.
PARIS. 87 5
1 . e^t un legs précieux, honorable, sacré ; c'est un monument
pare d'une tendresse conjugale sans exemple, et le nom de
voire mère est 110 titre de gloire pour vous. Soyez sûr que
toutes les douées vertus dont vous pourrez vous honorer vous
viennent principalement de son sang qu'elle vous a transmis.
» J'avais perdu par une goutte sereine un œil dans la guerre
d'Amérique; de longs travaux avaient affaibli l'autre; les mé-
decins me menaçaient de le perdre, si je l'exerçais trop. Ce-
pendant, la ruine de ma fortune me rendait le travail indis-
pensable; je me décidai à écrire cet ouvrage; et, pour me
conserver la vue, ma femme, votre tendre et vertueuse mère,
me servant de secrétaire avec une constance et une patience
inimitables, a écrit de sa main, d'abord toutes les notes qui
ont servi à rédiger, et ensuite tout ce livre .ainsi, toute cette
histoire universelle a été tracée par sa main.
« Les sacrifices de fortune, les preuves éclatantes et momen-
tanées de tendresse, les actions que commande autant l'amour-
propre que le devoir, sont plus communs qu'on ne pense ; l'or-
gueil et le désir de renommée font, autant que l'amour, des
Artémises, des Aricies, des Marguerites.
« Mais, ce qui est rare, ce qui estd'autant plus digne d'éloges
qu'ils sont plus éloignés d'y prétendre, ce sont ces sentimens
nobles, purs, constaus, qui se cachent dans l'ombre, et. qu'on
ne devine, comme la violette , qu'à leurs parfums. Ce sont ces
soins de tous les jours, ces sacrifices de tous les momens, ces
vertus qui n'ont rien de factice , de gêné , d'imposant, et qui
se montrent naturelles comme la respiration.
« Votre mère, élevée dans toutes les délicatesses du grand
monde, âgée de soixante ans, presque toujours souffrante,
sacrifiant son repos à ma santé, et ses yeux aux miens, a écrit
de sa main ce volumineux ouvrage.
« Gardez donc à jamais ce manuscrit. La durée de ce livre
serait éternelle, si , au gré de mes désirs, comme il porte l'em-
preinte de la main de cette femme chérie, il pouvait à chaque
page porter celle de ses vertus. — Signé, le Comte de Ségur. »
M. A. Jullien , de Paris.
— Gibelin (Jacques), docteur en médecine, membre de la
Société médicale de Londres, conservateur de la bibliothèque
publique de la ville d'Aix en Provence , secrétaire per-
pétuel de la Société des amis des sciences, des lettres, des
arts et de l'agriculture de la même ville, frère puîné à'Es-
prit-Jntoine Gibelin , peintre d'histoire , correspondant de
l'Institut de France, naquit à Aix en Provence, le 16 sep-
tembre 1744, et se destina de bonne heure à la médecine.
876 FRANCE.
Toutes les sciences alliées avec celle-là devinrent pour lui l'ob-
jet d'une véritable passion. A peine eût - il reçu le grade de
docteur dans sa ville natale, qu'il se rendit à Paris pour y
agrandir le cercle de ses connaissances. Parmi les concurrens
les plus distingués qu'il rencontra dans la carrière des sciences,
plusieurs conçurent pour lui, dès cette époque, une affection qui
ne s'est jamais démentie. Tels furent Berthollet et Brousson-
net, demeurés fidèles à cet attachement jusqu'à leur mort; et
plus tard notre illustre Bosc, qui rend encore aujourd'hui de si
importons services aux sciences naturelles. A nu esprit péné-
trant et fin, le docteur Gibelin joignait les qualités du cœur
les plus douces , les formes les plus aimables : ces dispositions
intéressantes ne cessèrent de lui attirer des amis , et il n'en per-
dit jamais aucun.
II alla ensuite à Londres où il fut reçu membre de la Société
médicale. Frappé de l'importance' de quelques livres anglais
pour les progrès de la physique et de la médecine, il conçut
alors le projet d'en enrichir nos écoles, en les traduisant en
français. Cette idée le ramena à Paris, en 1774; et dès l'année
1775 , il commença à publier ses traductions , dont la première
fut le Traité de Priestley sur différentes espèces d'air, en neuf
volumes «n-12. Ses travaux dans ce genre se continuèrent jus-
qu'à l'année 1791, où il publia les deux derniers volumes de
son Jbrégé des transactions philosophiques delà Société royale de
Londres, concernant, la botanique et la physique végétale.
Dans l'intervalle il fit paraître les ouvrages suivans : Expé-
riences et Observations sur différentes branches de la physique
par le même Priestley, 1782, 4 vol. in - 12. ; Traité sur le
venin de la vipère, sur les poisons américains , etc. , par Félix
Fontana, imprimé en français, à Florence, 1791 , deux vol.
in-/t° , traduit par Gibelin sur le manuscrit italien de l'auteur,
son ami particulier; Observations sur les maladies vénériennes ,
par SwEnTAUR , 1784, în-8° ; Elémens de minéralogie de Ivir-
wan, 1785, in-8° ; Abrégé des transactions philosophiques de
la Société royale de Londres ; Histoire naturelle, 1784 , 2 vol.
in - 8° ; Histoire des progrès et de la chute de la république ro-
maine, par Adam Ferguson ( dont la première moitié seu-
lement appartient à Démeunier, et dont la moitié du quatrième
volume et les trois suivans sont de Gibelin et non de Bergier ,
comme on l'a dit ) , 1784 , 7 vol. in-8° et in -12 ; Mémoires de
la vie privée de Benjamin Franklin , ire partie, finissant à Tan-
née 1757, traduits par Gibelin, sur le manuscrit original de
fauteur.
Tandis qu'il s'occupait de ces ouvrages, le marquis de 3ïi -
PARIS. 877
jUxrss (J.-B.-M.<fc Piquet) mourut à Paris» le 5 octobre 1786,
lèpres avoir légué à la province de ProveBce la magnifique bi-
bliothèque qu'il avait formée , avec l'intention de la rendre pu-
blique dans la v iile d' \ix. Ce généreux citoyen , doué de toutes
les connaissances nécessaires pour une si noble entreprise, avait.
employé plus de trente années à rassembler à cet elfet au-delà
de quatre- vingt mille volumes, renfermant les ouvrages les
plus importans dans les sciences, les lettres, l'histoire générale,
et particulièrement dans l'histoire politique et administrative
de la Provence. En 1787, l'assemblée des Communes du Pays
accepta ce legs; et aussitôt on s'occupa de réunir les livres
restés à Ailes, à Aix, à Paris, après la mort de l'acquéreur.
Le savant abbé Rive , qui avait dirigé auparavant la biblio-
thèque du duc de La Vallière, fut nommé bibliothécaire, et le
docteur Gibelin lui fut donné pour adjoint. Rive, déjà frappé
de paralysie, ne pouvant s occuper du rassemblement des livres,
tout ce travail fut à la charge du docteur Gibelin; et Rive étant
mort à Marseille, le 20 octobre 1791, celui-ci se trouva seul
chargé de la conservation de ce précieux dépôt , et du soin
d'en dresser le catalogue.
Les estimables qualités de cet homme de bien, qui n'avaient
contribué jusqu'alors qu'aux jouissances de sa famille et de
ses amis, tournèrent dès ce moment au profit de la chose pu-
blique. En 1793. 1794» dans les années suivantes, quoique
privé de tout traitement, il ne cessa de s'occuper de la forma-
tion du catalogue, et de la garde assidue du dépôt qui lui avait
été confié. L'estime universelle ne l'abandonna point dans ces
tems de troubles. Son esprit conciliant aplanissait les difficultés
que de fréquentes occasions pouvaient faire naître; il eût le
bonheur de garantir son trésor de toute dispersion, et celui de
conserver sa vie. Long- tems encore, après que la tranquillité
fut rétablie, il continua son travail sans émolumens; et eufin
le 16 novembre 1810, la bibliothèque ayant été ouverte au
public , il reçut de ses concitoyens un honorable prix de son
dévoùment. Le conseil munieip al de cette époque, et le maire
qui le présidait , homme aussi recommandable par ses lumières
que par son amour pour les arts, M. Sallier, propriétaire
d'une belle collection d'antiquités qu'il a formée lui-même,
élevèrent dans les salles de cette bibliothèque , à côté du buste
du fondateur, deux cippes de marbre, sur l'un desquels fut
gravé le nom de Jacques Gibelin, accompagné de l'énoncé de
ses titres à la gratitude publique.
Au 20 mars 1814, lt's administrateurs se trouvant suspen-
dus, un préfet dignement informé, ayant à choisir pour la
878 FRANCE— PARIS.
ville d'Aix un maire qui jouissait, au plus haut degré de lYs-
time publique , sut, par le crédit que lui donnait son mérite,
maintenir dans l'ordre tous les partis, et il choisit l'avocat
Dubreuil, ancien assesseur dans l'administration de la pro-
vince. A ce maire il fallait des adjoints dignes de lui ; l'un d'eux
fut le docteur Gibelin; et cette municipalité , aussi vigilante que
ferme et dévouée, parvint à maintenir la cité dans une tran-
quillité parfaite, au milieu des passions qui fermentaient à
chaque secousse politique.
L'exercice de sa profession de médecin, et ses travaux biblio-
graphiques, n'empêchaient pas le docteur Gibelin de se livrer
à d'autres études. En 1809, fut établie à Aix une Société acadé-
mique 9 connue aujourd'hui dans le monde savant par trois
volumes de mémoires. Après avoir coopéré à sa formation , il
en devint dès l'origine le secrétaire perpétuel , et il ne cessa
pas d'en être l'âme. De long-tems on n'oubliera dans la ville
d'Aix l'intérêt des rapports qu'il présentait chaque année dans
la séance publique de cette académie. Ce travail lui donnait
naturellement occasion de développer l'aménité de son carac-
tère autant que la variété de ses connaissances et les ressources
de son esprit. Nul ne connut mieux que lui l'art de relever un
sujet , et de louer finement, sans outrepasser la mesure.
Des qualités si précieuses le rendirent le confident des tra-
vaux de plus d'un littérateur; et chaque fois qu'il était consulté^
ses avis bienveillans lui valaient un nouvel ami.
Privé de la vue, dans les deux dernières années de sa vie,
cette infirmité n'altéra point la tranquillité de son âme. Il n'a
pas cessé de s'occuper des sciences et des lettres; et, malgré
son grand âge, sa mémoire n'avait rien laissé échapper de
son vaste savoir, sa critique n'avait rien perdu de sa délica-
tesse , ni son cœur de ses sentimens affectueux.
Cet excellent homme est mort le 4 février 1828. Les per-
sonnes qui le connaissaient particulièrement , et qui ont eu des
rapports avec sa famille, verront, à la signature de cet article,
que celui qui l'a composé était son parent et son ami; mais il
n'y en aura aucune qui n'ajoute: Il n'a dit que la vérité.
Émeric-David, membre de V Institut.
TABLli DES ARTICLES
CONTENUS
DANS LE CENT ONZIÈME CAHIJER.
MARS 1828.
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MELANGES.
i. Essai statistique sur la presse périodique du globe. A. Balbi.
Pag. 593
». Voyage aux eaux de Pietrapola, en Corse ** 604
3. Discours sur la Vérité Saint- Albin Berv'dlc. 616
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
4. Recueil des actes de la séance solennelle de l'Académie des
sciences de Saint-Pétersbourg, tenue à l'occasion de sa
fête séculaire (Sa5
5. i° Lettre de l'auteur du concours ouvert à Genève, en fa-
veurjde l'abolition de la peine de mort ; i° De la justice de
prévoyance, par M. Edouard Ducpétiaux. Ch. Renouard. 63a
6. Histoire de la révolution de la république de Colombie (ou-
vrage espagnol) L. L. O. 643
7. Cromwell , drame par Victor Hugo Chauvet. 654
8. Le Voyage de Grèce, poëtne par M. Pierre Lebrun. H, Patin. 665
9. Kelédor, histoire africaine, publiée par M. Roger. Jomard. 6y3
10. Description de l'Egypte; dernières livraisons de l'atlas.
J. Agoub. 688
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
Annonces de 108 ouvrages , français et étrangers .
Amérique septentrionale. — États -Unis , 2 ouvrages pério-
diques ^ 698
Europe. — Grande-Bretagne , 12 , dont a ouvrages périodiques. 700
— Russie, 4,do«t 2 ouvrages périodiques ytj
'— Pologne r, 7Ifi
— Danemark , 6 717
— Allemagne, 7 7rg
— Suisse, 3 72^
— Italie, 10, dont trois ouvrages périodiques . 73i
— Pays-Bas, 9. . 73(j
France, 54 , savoir : Sciences physiques et naturelles, 16. . . . 745
— Sciences religieuses , morales , politiques et historiques , i5. . . nSq
— Littérature, i3 780
— Beaux-Arts , 5 706
— Mémoires et Rapports de Sociétés savantes, 2 80 r
— Ouvrages périodiques , 2 8o3
— Livres en langues étrangères , imprimés en France, 1 8o5
&<3(> TABLE DES ARTICLES.
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Amérique septentrionale. — États-Unis. Mit souri : Exploita-
tion des mines de plomb sur la Rivière de la Fièvre. — Rela-
tions commerciales avec la France 809
Asie. — De l'esclavage dans l'Inde. . 8io
EUROPE.
Grande-Bretagne. — Police de Londres et réformation de la
législation anglaise.. 81 1
Russie. — Moscou : Université 81 5
Pologne. — Varsovie. Société royale des amis des sciences et
des lettres .* Nomination académique ib'id.
Danemark. — Presse périodique 817
Allemagne. — Hesse : Université de Ma r bourg : Fête séculaire. 827
Suisse. — Lausanne : Écoles de charité 82S
Italie. — - Sicile. Cutané : Académie Gicenia. — Florence : Acadé-
mie des Géorgophiles. . 83o
Pays-Bas. — Bruxelles : Musée des lettres et des sciences. — Sta-
tistique littéraire : Revue sommaire des ouvrages, tant origi-
naux que traduits ou imités, publiés en différentes langues
dans les Pays-Bas, pendant l'année 1827. — Amsterdam et
Bruxelles ; Lithographie perfectionnée 83 1
France. — Sociétés savantes. Caen (Calvados) : Sociétés savantes. 834
Paris. — Jnsiitut ; Académie des sciences : Séances du 18 au 25
février. Académie française : Nomination de M. Le Brun. —
Enseignement élémentaire : Requête aux deux Chambres.^ —
Enseignement industriel : Cours de chimie expérimentale appli-
quée aux arts et à l'agriculture. — Des jeunes Égyptiens en-
voyés à Paris en 1826. — Réclamation de M. le baron Roger.
— Théâtres. Théâtre Français : Premières représentations de la
mort de Tibère, tragédie, et de la Princesse Aurclie, co-
médie. Odéon : Première représentation de Charles II, ou le
Labyrinthe de Woodstock, comédie. — Concerts de l'école
royale de musique religieuse. — Imitation mimique, ventri-
loquie,et illusion vocale portées au plus haut degré de perfec-
tion. — Beaux-Arts : Exposition des tableaux en 1827 et
1828; (quatrième article). — Nécrologie : Miss Williams;
Lcgraverend ; la comtesse de Ségur; Gibelin 836
TARIS. DE h IMT1UMEKIE DE RIGMOUX,
rue des Francs-Bourgvois-S.-Michel. u° 8.
TABLE
ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE
DES MATIÈRES
DÛ TRENTE -SEPTIÈME VOLUME
DE LA REVUE ENCYCLOPÉDIQUE
Janvier, Février, Mars, 182.8 (*).
On a réuni aux quatre mots indicatifs des quatre grandes divisions de
ce Recueil :
I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES ;
IL ANALYSES ET EXTRAITS D'OUVRAGES CHOISIS;
III BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE;
IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES;
le détail et le renvoi des articles qui s'y rapportent; puis ou a caractérisé ces
articles, à la suite du uom de leurs auteurs, par l'une des quatre abréviations
ci-après : M. (mémoires et notices) ; A. (analyses); B. (bulletin etui.io-
graphique); N. (nouvelles scientifiques et littéraires). La désigna-
tion C. après les noms propres, indique les collaborateurs de la Revue, lorsqu'il
s'agit des articles qu'ils ont fournis.
Au lieu de comprendre sous la dénomination générale sciences et arts
(comme dans nos quatre tables des matières de l'année 1819), l'indication des
différentes sciences dont traite ce volume, on a cru devoir, pour rendre les re-
cherches plus faciles, et. pour mieux caractériser le but philosophique delà
Revue Encyclopédique, ouvrir un compte particulier et spécial, en lettres ca-
pitales, non-seuleiueut à chacune des bi anches des connaissances humaines:
agriculture, anatomie, etc.; à chacun des élémeus essentiels de la civili-
sation et des moyens principaux de communication entre les hommes : acadÉ
MIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES, DICTIONNAIRES, ENSEIGNEMENT MUTUEL,
instruction publique, journaux, théâtres , etc. ; mais encore à ciiacun
des pays dout il est fait mention dans ce Recueil : de manière qu'on puisse rap -
procher et comparer tour à tour, soit l'état des sciences et des èlémens de la
civilisation dans chaque pays , soit les nations elles-mêmes, sous les différeus
rapports sous lesquels on a eu occasion de les considérer.
Lcadémies. Voyez Sociétés sa- I Accord delà foi avecla raison, etc.
vantes. 5oo.
(*) On souscrit pour ce Recueil scientifique et littéraire, dont il
paraît un cahier de quatorze feuilles d'impression tous les mois, au Bureau
central d'abonnement, rue d' : EnJ'er-Saint-iV 'ichel , n° 18; chez Arthus
Bertrand, rue Hautefeuille , u° 28, et chez Rf.nouard, rue d^Tournon, n° 6.
Prix delà souscription : à Paris, 46 fr. pour un an: dans les départemens,
53 fr. ; 60 fr. dans l'étranger.
T. XXXVII. 56
88y. TABLE AN
Ader. Plutarque des Pays - Bas ,
: >'•
AoMr.NISIRATIOS MILITAIRE, ~'o().
PUBLIQUE, 453, 772, 773.
Àdrien-Eafasge (J.), C.-B., 478.
— N.,854-
Afrique. 246.321, 338, 344, 496,
549-
Aglaia^ Taschenbuck, 4^4-
Agoub (J), Ç.— A., 688.
Agriculture, 25o, 54 r » 735.
— (sur l'état de V ) dans le nord
de l'Europe, etc., par Lampato,
Alaux , peintre. La Justice qui
amène l'abondance et l'indus-
trie sur la terre. Tableau d'orne-
ment du Musée Charles X, 3i4-
Albert -Montémont. Voyage dans
les cinq parties du monde, 173.
— C. — B., 224, 520.
Alexandre. Mime et ventriloque le
plus parfait qui ait existé , 855.
Alger, 246, 5i 1.
Allard ( J. T. Pascal ), C. — B. ,
206.
Allemagne, i34» 253, 4^6, 56o ,
718, 827.
Alliages métalliques. Voy. Hervé.
Almacfs, 443.
Almanach des électeurs de Paris
et des départemens, 200.
— des Muses, 216.
— Voy. Aglaja.
— Voy. Bon jardinier.
— philantropique. Voy. Cassin.
— du commerce de Paris, des dé-
partemens, etc., 758.
— parisien, ou liste de 5 5, 000 prin-
cipaux habitans de Paris , 758.
Amélioration ( Notice suri') des
troupeaux en France, par G. F.
T émaux, i63.
Amérique méridionale, rii,
245.
— septentrionale , 108, 242,
436,546,698, 809.
(Notice sur les indigènes de
l')et sur les antiquités indiennes,
par F. W. Assal, 719.
ALT il que
Amours (Les) de Camoëns et de Ca -
therine d'Ataïde, par Mmc Gau-
tier, 53o.
Amy Robsart , drame, par Paul
Fouché, 577.
Analyse verbale, en anglais, de
l'histoire de Venise, par Saint-
Real , employée comme moyen
d'enseigner le français , etc.
708.
Analyses (II) d'ouvrages anglais:
0'Neiil,ou le Rebelle, poëme
par E. Litton Bulwer (H. E. P.),
101. — Bibliothèque des con-
naissances usuelles ( D. L — r ) ,
364- — Troisième rapport sur
les émigrations et les colonisa-
lions (/. D. S.), 394.
— d'ouvrages espagnols: Histoire
de la révolution de Colombie ,
par José Manuel Restrepo
(L. L. O.), 643.
— d'ouvrages fiançais : Histoire
naturelle des poissons, par Cu-
vier ( Bory de Saint - Vincent) ,
43. — Collection des chroniques
nationales françaises, par J. A.
Buchon. (/. CL. de Si s mon di) ,
52. — Guerre des Vendéens et
des Chouans contre la répu-
blique française ( N. ) , 71. —
Discours du général Foy (/>.£.),
83. — OEuvres choisies et OEu-
vres inédites d'Évariste Parny
(X. P. D. ), 90— Le Petit Pro-
ducteur français, par Charles
Dupin ( Ferry) , 374. — Du sys-
tème pénal et du système ré-
pressif en général, et delà peine
de mort en particulier , par
Charles Lucas (A. Tcillandier),
382. — Histoire de la guerre de
la Péninsule, par le général
Foy (Auguste Fabre), 404. — Le
roman de Rou et des ducs de
Normandie, par Robert Wace
( Depping ) , 420. — Proverbes
Dramatiques par Théodore Le;
clerc; les Soirées de Neuillv ;
Proverbes romantiques , par A
Romieu ; l'n>\ ei hei di imai \J
quea , de I l>. Saui a ,.• //. p».
lut] , i j>). I «tu t de Paotcur
<lu coucou i i oui ii i .1 ( i.ii(-\ r ,
eu i S |6| cii !.i\ nu de l'aboli-
tion de !.i peine «le nuut , etc.
De 1 i jnsticede pi evoy.nice. etc.
par Edouard Ducpéiiàux ( Ch.
Relouant) , 63*. — Cromwell,
drame par \ ietor HogO Chau-
ee/\(i.)4.- Le Voyage de Grèce,
poëmé par Pierre Lebrun ( H.
l'ad/i), 665. — Kelédor, histoire
africaine! par Roger (Jomanf) ,
b; >. —Description d'Egypte pu-
bliée par C. L. F, Panckoucke
■KJ. Jgoub), GS8.
d'ouvragea rnsiis: Recueil àvs
actes de la séance solennelle île
l' Ai ademie impériale des scien-
cea «le Saint-Pétersbourg , fia 5.
An uomie, 74o.
< raie (Élémens d'), etc., par
P. A. Béclard, 746.
-(Abrégé d') physiologique, etc.,
par Philippe Uccelli, i5r.
— comparée du système dentaire
chez l'homme et chez les prin-
cipaux animaux, par Rousseau,
i63
— de l'homme , etc., par Jules
Cloquet, publiée parC. de Las-
teyrie, 49 r» 748-
Ancelot. L'Important, comédie en
vers, 290.
Audi al liîs (G.). ^°.r- Lemercier.
Andrieux, de l'Institut. Ccurs de
littérature française, 287.
Lettre à M*** au sujet d'un ar-
ticle de la Gazette universelle
de Lyon, 535.
Anglcmont (Edouard d' ). Voyez
Bei the et Hobe: t.
Angleterre. Voy. Ghi.vde Bre-
tagne.
Annales romantiques , Recueil
de morceaux choies de Littéra-
ture contemporaine, 2 r (L
Annuaire pour 1828, pnbliéaux
frais du roi des Pays-Bas , 479
par le Bu
H8",
an des longitude!
île l'ai is, [8g
Ansprflch'è ( l tàerdie i'>>i etht nu
Landes theile </<•. Gré fl
Ihtfim Badent ~]if\.
A •> 1 1 1 1 1 ta, '» îj.
Ahtiqi 1 . 1 1, 688, Bai.
Apei in géographique lui le P61
tugal, etc. , par IL S., 5 1 4.
Apologues eu quatre vers, traduits
du russe, de J. J. Dmitrief, eu
polonais, par B. Reutta , 711.
Aquarelle. I'»y. .Manuel.
— ( Art de peindre à 1'), par Tho-
mas Smith, 53t).
Aqueduc ( De Y ) et de la grande
fontaine de Permise, etc., par
J. B. Vermiglioii , 1 'yz.
Aragon ( Mlnc Alexandrine). Voy.
Épicurien.
ARCHÉOLOGIE , 253 , /J58 , 4r>u.
Voyez aussi Antiquités.
Architecture, 233, 234, *$7'
— Voy. Dictionnaire.
— ( Traité d' ) de Vitruve , avec
les commentaires de plusieurs
savans, 474.
Ardenni (Ph.). Manuel dupoélier
fumiste, 755.
Arfwedson. Voyez Nominations
ACvnÉMIQUES.
Arithmétique, 171; 27b.
— pratique, par Desnanot, y5i.
Arlincouit (D'). Voy. Ismaiie.
Armet: Voy. Isambert.
A: nault (Lucien). La Mort de Ti-
bère, tragédie, 846.
Art militaire , 174 , 55i , 737 ,
738, 818.
— Voy. Kocqan court.
— vétérin vire, 166.
— (L') de vérifier les dates, depuis
l'année 1770 jusqu'à nos jours ,
201.
Arts iniuistriels, 172, 374, 478,
493, 735, 755.
Artillei ie a vapeur, 55l.
As< 1 riQi,K. Voy. Sciences reli-
G I h USES.
kfiMj 246,8 10.
88', TA
Assal (F. JV.). Nackrichten ûber die
friïheren Einwohner von Nord'
A/ncrika, herausgegeben von S. J.
Mone, 719.
Assurances ( Traité des ). Voyez
Boulay-Paty.
terrestres. Voy. Quénault.
Astronomie, 570.
— élémentaire par A. Quetelet,
traduite en hollandais par R.
Lobatto, 736.
Athénée royal de Paris, 294.
Atlas dé" géographieancienne,etc ,
par Letronne, 49^.
— géographique et statistique des
départemens de la France et de
ses colonies, 756.
—pour servir à la géograohiedes
plantes, par Schouw, 717.
— des oiseaux d'Europe, etc., par
J. C.Verner, 486.
Auhuisson de Voisins. Traité du
mouvement de l'eau dans les
tuyaux de conduite, 754.
Audouin. Voy. Crustacés.
Au Hasard; fragment sans suite
d'une histoire sans fin, etc., par
Ad.Bréant, 79a.
Aurore boréale, 56g.
Ava (Deux années à ), par Trant,
B
Babois (M™« Victoire). f. Elégies.
Balbi (Adrien). L'empereur d'Au-
tricheluifait remettrela grande
médaille d'or, pour son Atlas
ethnographique du globe, 56o.
— C.-M., 593.
Bailly (J.L. A) Tor-Bibliothèques.
Balistique ( Théorie ) , par J. F.
Scheerde Lionastre, 737.
Barbarie, 246, 338.
Barbier (Antoine Alexandre). Voy.
Catalogue.
Barde(Le) des Vosges. Recueil de
poésies, par Pellet, 519.
Barigot. Voy. Télémaque travesti.
Barthélémy. Voy. Étrennes.
Barué^Suîpice). Voy. Cuisinière.
ANALYTIQUE
Baudrillart. Voy. Code forestier.
Bautain (L.). Voy. Morale.
Bautier ( Alex. ). Tableau analy-
tique de la Flore parisienne ,
487.
Bavière (Prétentions de la cou-
ronne de) à la possession terri-
toriale d'une portion du grand-
duché de Bade, 724.
Beaumont ( J. A. B. ). Travels in
BuenoS'Ayrts, etc., 44' •
Beaux-Arts, 146, 231,257.264 ,
3o2, 535, 579,688,796, 857.
Béclard ( P. A. ). Voy. Anatomie
générale.
Bécourt (A. de ). Art de fabriquer
toutes sortes d'ouvrages en pa-
pier , etc. , 493.
Art de construire en car-
tonnage toutes sortes d'ou-
vrages, 493.
Belîanger( W. A. ). Modem french
and english conversation, 24 ï-
Belles lettres. Voy. Littéra-
ture.
Belloc, peintre. M. Boissy d'An-
glas. Tableau de l'exposition de
1827, à Paris, 866.
— (Mme L. Swanton), C. Les ar-
ticles signés L. Sw. B.
Bennet ( R. G. ). Voyez Décou-
vertes.
Benzel-Sternau. Voy. Conversion.
Bergmann. Manuel des maladies
de la peau, etc., i65.
Berthe et Robert , poème , par
Edouard d'Angleniont, 782.
Berville ( Saint-Albin) , C. — M.
616.
Bergei y ( E. L. ). Voy. Géométrie
appliquée.
Berne. Voy. Walthard.
Bible. Voy. Villanueva.
— de Vence, en latin et en fran-
çais, 178, 759.
— Voy. Ecriture sainte.
Bibliographie, 108, 229, »3o ,
231,436,476,533,698.
Bibliothèque des connaissances
usuelles. A., 36. j.
IIKS M \ l I » Il KS.
— dramatique italienne. Publica-
tion proenaine, 56 i-
Bl ni i«>i in Q1 i , : Notices liislo-
i iqaei sur Les) anciennei el mo-
dernes, etc.j par J. L. A. B.ùlh ,
Bigel. Examen de l«> méthode cu-
ltive du L)r. Hahnemann , j5 1.
Bignan (A.). Voy. Ermite.
Bigot deMorogues. Voy. Politique
religieuse.
BlOGB kPHIBj 206, 449- 1 1 43, 467 .
48i, 5i5, 7.ïr,775,8o5.
— des hommes rivaus de l'Angle-
terre, 120.
r>io°raphy of the signers to the de-
ela ration of in dépende n ce of th e
United States, iio.
Birmans (Empire des), 701.
Blanqui. Histoire de l'exposition
des produits de 1 industrie fran-
çaise, 197.
lîlaqiijerc's ( Ed. ). Lctters foin
Greece, 704.
Blondcl, peintre. La France rece-
vant la Charte constitution-
nelle. Tableau qui orne le pla-
fond du grand salon du Musée
Charles X, 3 II.
boccace. Voy. Ciampi.
Bohémiens (Les), poème russe, i3o.
Bon Jardinier ( Le ), almanach
pour l'an 1828, par A. Poireau
et Vilmorin, 488.
Bonnefond, peintre de Lyon. Une
jenne femme secourue par des
religieux. Tahleau de l'exposi-
tion de 1827, à Paris , 3 1 3.
Bonnington, peintre anglais. Une
Vue de Venise. Tableau de lu
même exposition, 3x6.
B.H y de Saint-Vincent, C. — A. ,
43.
Bosellini ( Ch. ;. 1 oyez Nécro-
LOGIK.
Bor vnique, 233, 247, 278, i<S(i ,
487, 541, 717.
Botzaris et Chrysei , et quelques
héi os de la Grèce moderne, ro-
histori
\l<
885
l)a-
Bouchené I .< i< i , ( '.. 1',., 767.
Bouillon , peintre. La Clément <■
d'AugUSte envers China Ta
bleau d'ornement du Musée
Chai les X, 3i i.
Boulanger, peintre. Ma/.< ppa at-
taché sur un cheval indompté.
Tableau de l'exposition de 1827,
à Paris, 8TJ 2.
Boula v -Paty( P. S.). Traité des
assurances et des contrats à la
grosse d'Emérigon , ete. , 189.
Bourclvhardt (Charles). Rapport
sur les établissemens de déten
tiou de la Suisse, 465.
Bourguignon. Manuel du jurv .
5o3.
Boyard. Des libertés garanties
par la Charte, 186'.
Biéant (Ad.). Voy. Au Hasard.
Bus, C. — B., 5oo, 5a2.
Breschet. Voy. Recherches anato-
miques.
Bretonneau. Notices sur les pro-
priétés de quelques insectes de
la famille des cantharides, 571.
Briseux. Voy. Racine.
Biown. Voy. Hiéroglyphes.
Buchon. Voy. Chroniques.
BuENOS-A YKES, 44 r-
BuM.ETIN BIBLIOGRAPHIQUE ( III ) :
Allemagne , i34> 4^6 , 718. —
Chili, iri. — Danemark , 1 33 ,
717.
Etats - Unis, 108, 4^6
698.-- France , 161 , 483 , y4$
— Grande-Bretagne, 117, 438,
700. — Italie, i5o, 470, 731. —
P^ys-Bas, i5j, 478,736. — Po-
logne, i32, 45i, 716.— Russie ,
126, 446. 711. — Suède, 453.--
Suisse, iqj, 465, 727.
Bulos. Voy. Perspectn
Burnouf (Eugène). Voy. Inde.
Busoni. loy. Racine.
Byron (Lord) et quelques-uns de
ses compatriotes , par Leigh
H tint, 4 j 5.
886
table analytique
Catalogus art i fie n
Caan. Rapport sur l'état des co-
lonies de bienfaisance établies
dans les provinces septentrio-
nales des Pays-Bas, 481.
Calendrier du dix-neuvième siè-
cle, 738.
Calculs faits, à l'usage des indus-
triels en général, etc. , par Le-
uoir, 17 r.
Callsthénie , ou Gymnastique des
jeunes filles, 750.
C.ilza. Foy. Dictionnaire du no-
tariat.
Campagnes de Cataiogne. Foy.
Mémoires.
Canning ( George ). Foy. P»lé-
moires.
Canons de Perkins, 55i.
Capefîgue (B.). Vie de saint Vin-
cent de Paul, 206.
Caradeuc (De). Foy. Urbin Fo-
sano.
Carové. Utfbcr die ailein seligma-
chende Kirche , r 34 •
Carové ( Fréd. Guill. ), C— B. ,
Carte figurative de l'instruction
populaire des Pays-Bas, y38.
des proportions statistiques
entre les provinces du royaume
des Pays-Bas , par H, Somer-
hausen, 738.
Cartonnage. Foy. Bécourt.
Carter ( 2V. H. ). Le tiers from Eu-
rope , etc. , 43j-
Cassas ( Louis François ). Foy.
NÉCROLOGIE.
Cassin (Eugène). Almanach phi-
lantropique , ou Tableau des
sociétés et institutions de bien-
faisance, etc. , 509.
Catalogue des livres condamnés
depuis 1814 jusqu'à ce jour,
a3o.
des livres imprimés et manu-
scrits de feu M. A. A. Barbier,
■> 5 1
sive architecli,
statuarii, sculptons, etc. Grceco-
rum et Romanorim litlerarum or-
dine positi à Julio Sillig, 146.
Cataracte congéniale. Foy. Lti-
sardi.
Catherine, ou la Mésalliance, par
M'»e ***} 229.
Catholicisme (Le) et le Protes-
tantisme, considérés dans leurs
constitutions, etc. , parClaus-
sen, 1 33.
Cauchy. Usage du calcul «les ré-
sidus , etc., 276.
Certitude (Nouvel Essai sur la ),
par l'abbé Vrindts , 5oi.
Chacun de son côté , comédie en
prose, par Mazères, 297.
Chai mers ( Thomas ). Foy. Dis-
cours.
Champmarlin , peintre. Les Ja-
nissaires massacré par l'Aga-
Pacha. Tableau de l'exposition
de 1828, à Paris, 863.
Chancelier ( Le) et les Censeurs,
roman de mœurs, par de La-
mothe-Langon , 790.
Chansonnier des Dames, 62 1.
Chants du siècle , par Adolphe
Nicolas , 2 r3.
— helléniens de W. Millier, 5 18.
Charles II, ou le Labyrinthe de
Woodslock, comédie en prose,
par Alexandre Duval, 85r.
Charles Jean, roi de Suède. Foy.
Recueil de lettres.
Châtelain. Mémoire sur les moyen s
à employer pour punir Alger et
détruire la piraterie, etc. , 5n.
Chavannes ( D. A. ). Rapport sur
la maison de détention de Lau-
sanne, 4^5.
Chauvet , C— M. , 3a 1. — A.,
654- — N. , 590.
Chieri. Foy. Cibario.
Caildrens ( The ) fire tide , etc. ,
ia5.
Chili , 1 1 r , a45.
Chimie , 276 , 735.
- expérimentale (Coins de ) tp
DES M \TI 1 •■. I S.
8H-?
pliquée aux ai is et à l'agricul-
ture , par Dubrunfaul , 8 1 1.
( mi \ ; ■ . 17J.
( 1111; 1 1 (.1 1 ! . / . 1 >i 1 1 mis M 1-
DICA1 1 S.
Choron, Foj . Concert*.
Christmas {The) Box, i>\.
Chroniques ( Collection des ) oa«
ti on aies françaises , etc. , par
J. A. Buchon , A. , 5-x.
Chuomu.oci 1 . 1 33 , aoi.
Ciampi ( S.). Leltera dimcsseï Gio
Bocoaeio , elc. , l55.
Cibrario ( L. ). Délia Storia di Chien,
t54.
Cicconi ( Louis), Voy. j\Jalvic;i.
Civilisation de l'Afrique. f<y.
Notice. 1
— de l'intérieur de l'Afrique. Voy.
Drovetti.
— ( Progrès de la ). Voy. Gou-
dinet.
— en France. Voy. Smith.
Claiisseu. Catholicisinens og Pro-
ttstantismens , etc. , 1 33.
Climat du Chili, 245.
— (Tableau de l'état du ) en Da-
nemark, par Schouv , 717.
Climatologie ( Observations pour
servir à la ) comparée , par
Schouv ,717.
Clinique médicale, etc. , par Ler-
minier, i(>4-
Cloquet ( Jules ). Voy. Anatomie
de l'homme.
Code forestier , etc. , publié par
Baudrillart, 191.
— des maîtres de poste , des en-
trepreneurs de diligences et de
roulage , etc. , par A. Lanoë ,
5o8.
Cogniet ( Léon), peintre. Saint
Etienne portant des secours à
une pauvre famille. Tableau de
l'exposition de T827, à Paris,
863.
Colderu!'- Ro<:< nvingc. Dan.'ke Re-
ccsser , 718.
Danske Gnardsietter og Slads-
retter, 718.
Collège i<>\ al de Frai < >■. ,\-~ .
de ( renèi t. Voy. Pian d'amé-
lioration.
Col Un (Bfatthànt r.dlcn von) nach-
gelussene tiédi hte , fie an
ben von ./. \><>n Barrit/ter, /\(Y\.
( loLOMBIJ , (i43.
Colonel ( Le ) Duvar, fils naturel
de Napoléon, etc., ■).).i.
Colonies belgiques de bienfai-
sance de Frenériks'Oord et de
Wortel, a64, 480, 481.
Colonisations. Voy. Immigrations.
Combat (Le) de trente Bretons
contre trente Anglais, etc. . par
G. A. Crapelet, 5i2.
— ( Le ) de Navarin , par E. Mi-
chelet , 520.
Comédies historiques, par L. Né-
pomucène Lemercier, 220.
Commerce, 700, 758, 809.
— ( Traité sur le ) des Pays-Bas ,
par J. Van Omverkrrk de
Vries, 739.
— de France. Voy. Moreau
( César ).
Compagnie des mines de Real del
Monte. Rapport fait à l'assem-
blée générale de cette com-
pagnie , 438.
Comte. Théâtre , 220.
Concerts de l'école royale de mu-
sique religieuse , dirigée par
M. Choron , 862.
Conformation de la terre. Voy.
Essai.
Conseil de salubrité , 167.
Conseil-d'État ( Du ) mis en bar
monie avec les principes de la
charte constitutionnelle , par
Mongalv
r66.
Considérations générales sur la
république des lettres en 1827.
M., 5.
j Constantin , peintre sur porce-
laine. L'entrée de Henri IV
dans Paris, d'après Gérard. Ta-
bleau de l'exposition de 1827.
à Paris , 868.
Toi
TARTE
Deux ;
chl es ta do de
Constantinople
nées.
Constitucion politic
Chile, 112.
Contes. Voy. Romans.
— en vers et poésies de Charles
Pougens , 2 r5.
— irlandais , précédés d'une in-
troduction , par P. A. Dufau ,
53a.
Conversations françaises et an-
glaises. Voy. Bellauger.
Conversion (Relation historique
de la ) des comtes Ch. E. et G.
Beuzel-Sternau ,721.
Cooper ( Tk. ). Lectures on the élé-
ments 0/ political economy, 108.
Cordellier-Delanouf. Voy. Epî-
tre.
Correspondance de Fénélon , la
plupart inédile , 211.
Corse, 604.
Cosmographie, 483.
Cosmorama, ou Voyage dans les
différentes parties du monde ,
798-
Coupin ( P. A. ). Voy. Réclama-
tion.
Court, peintre. La mort de César
et la mort d'Hippolyte. Deux
tableaux de l'exposition de
1827, à Paris, 3i5.
Coxe (William ). Voy. Espagne-
Crapelet ( G. A. ). Voy. Combat.
Crivelli, avocat, C. — B. , 507.
Cromwell , drame , par Victor
Hugo , A. , 6 5 4.
Crustacés ( Système nerveux des).
Mémoire y relatif d'Audoin et
Milne Edwards, 838.
Cuisinière (La) de la campagne
et de la ville, parSulpiceBarué,
172.
Cultf.. Voy. Sciences reli-
gieuses.
Cuvier ( Baron ). Histoire natu-
relle des poissons , A. , 43.
ANALYTIQUE
I)
Daminois (M'»* Adèle). Voy. Me^
Souveuirs.
Danemark, i33, a5i, 717, 817.
Dante Allghieri's lyrische Gedichtc,
ùbersezt von C, L. Kannegies'er,
i45.
Daiing (M',,e). Voy. Botzaris.
Davuidof ( Denis ). Examen de
trois passages des Mémoires de
Napoléon, 448.
Debraux ( Em. ). Voy. Peyron-
net.
Decaisne , peintre. Ses tableaux
à l'exposition de 1827, à Paris ,
86 7.
Découvertes (Dissertation sur les)
des Belges dans l'Amérique ,
l'Australie, etc., parR. G.Ben-
net et J. Van Wyk, 160.
Decrusy. Voy. Isambert.
Defauconpret ( A. J. B. ). Voy.
Reuben Apsley.
Degeorge ( Frédéric ). Voy. Es-
says.
Delacroix , peintre. L'empereur
Justinien composant ses lois.
Tableau d'ornement du musée
Charles X, 3i3.
Un Christ au Jardin des
Olives. Tableau de l'exposition
de 1827, à Paris , 3i5.
Delaroche , peintre. La mort du
président Duranti.Tableaud'or-
nement du musée Charles X ,
3n.
Sardanapale. Tableau de
l'exposition à Paris, 582.
La mort d'Elisabeth. Ta-
bleau de la même exposition ,
858.
Delavigne ( Casimir ). La Prin-
cesse Aurélie, comédie en \er^,
848.
Delisle or the distrustfuî man, .} i > ■
Deloime, peintre. Hector repro-
chant à Paris sa 1 Acheté. Ta-
bleau de l'exposition de 1827,
.. Paria, 58s.
Déportation des forçats libérés.
/'en. ( Ibsen .11 louai
Depping, C. A., 4*0. — B., 719.
' I I tO N I 10 \l)J- .M 1-
QUSS.
Dercj ( François ). rioj. Mo-
lière.
Desmasières f-J. B. II. J. ). Voy.
Plantes cryptogames.
Desnanot. Voyez. Arithmétique
pratique.
Désormcry ( M,no Eveline ). Poé-
sies, 707.
Dfssin, a3i, a3?., 233, ?.5-, 538,
539.
Deux Années à Constantinople et
en Morée , etc., par C... D... ,
537:
Dcvéria (Eugène ), peintre. La
naissance de Henri IV. Ta-
bleau de l'exposition de 1827,
à Paris , 3i4-
— Voy. Iconographie instruc-
tive.
Dictionnaire d'Architecture ,
etc. , par Vagnat , 233-
— bibliographique des savans,
historiens et gens de lettres de
la France, par J. M. Guérard,
533.
— ( Nouveau ) de poche , fran-
çais-anglais et anglais-fran-
çais, par Th. Nugent , 542.
— historique , etc. , par l'abbé
F. X. deFeller,775.
— et bibliographie de la musi-
que , par Pierre Lichtcnthal ,
476.
— du notariat, par Calz.a, 4 7 3 -
— de peinture, traduit de l'an-
glais, par Bulos, 538.
Digby ( Kenelm) vojr. Memoirs.
Disciplinedes collèges. Voy. Hum-
hert.
Discours sur la révélation chré-
tienne, considérée en harmonie
avec l'astronomie moderne, par
Thomas Chalmers, 180.
t. xxwn.
889
pi ononoé à l'onvei [nre du col-
lège de New- York, par J. Gris-
com, (36.
inr la rél ilé , par Saint-Albin
Berrille, M., 616.
- du général Foj , A. , 83.
Dmîtrlef ( J. J. ). J'oy. Apolo-
gue..
Dogmatique («Système de) efareV
tienne, par P. E. Muller, i34-
Doin ( Mn"' Sophie ). Nouvelles
blanches et noires, 229.
Doitato's Parallcl beiween the ha-
miltonian System and the old Sys-
tem , 707.
Douanes, 129 , 546.
Doublet de Boisthibault ( J. ) ,
C— B. , 5o8.
Dreux du Radier. V*jr» Mémoires
historiques.
DhOIT. Voy. JURISPBUDBBCS.
- fk anç vis. Voy. Galisset.
DES GENS , 2 46.
NATUREL , 567.
PÉNAL , 382.
ROMAIN, 76L
- rural ( Cours de ) , par Gui-
chard père, 507.
Droits sur l'importation des étof-
fes aux États-Unis, 546.
Drolling , peintre. La Loi des-
cend sur la terre , etc. Tableau
qui orne le plafond d'une des
salles du Musée Charles X ,
3l2.
Drovelti ( Sur un projet de M.)
pour préparer la civilisation de
l'intérieur de l'Afrique , M. ,
344.
Dubrunfaut. Voy. Chimie expéri-
mentale.
Dnbuffe , peintre. Le Souvenir
et les Regrets. Deux tableaux
de l'exposition de 18^.7, à Paris,
864.
Duchesne. Examen de nos lois
électorales, etc., -f>\.
Duchesne ( E. ). Voy. Géométrie
descriptive.
57
89O TABLE AN
Uu Coudrier. Voyage dans la
vallée des Originaux, 795.
Uucpéliaux ( Edouard ). De la
justice de prévoyance , A. ,
63a.
Dufau ( P. A. ). Voy. Contes ir-
landais.
Dupin ( Charles ) , de l'Institut ,
C— M. , 34.
Le petit Producteur , A. ,
374.
Voy. Pagani.
Voy. Forces électorales.
Dupré , peintre. Un Grec arbo-
rant l'étendard des Hellènes
sur les murs de Salone. Ta-
bleau de l'exposition de 1827,
à Paris , 58o.
Duval ( Alexandre ). Voy. Char-
les II.
Duvau. Essai statistique sur le
départ. d'Indre-et-Loire , etc. ,
57a.
E
Eaux thermales, i5-2,6o4-
Eclectisme, ou Premiers Principes
de philosophie générale , par
Fréd. de Reiffenberg, i5g.
École gratuite des sciences ap-
pliquées aux arts et métiers,
établie à Dôle , 275.
Écoles de charité , de Lau-
sanne, 828.
Économie domestique , 172 ,
238, 23g, 735.
— politique, 1 4 » 34-
( Leçons élémentaires d') ,
par Thomas Cooper, 108.
Voy. Edmons.
— rurale, i63, 23g, 735.
Ecosse. Voy. Grande-Bretagne.
Écriture sainte ( Introduction
pratique pour tous les livres de
1'), parC. F.Staudlin, 456.
Edda (L')et son origine, etc., par
Finn Magnusen, 717.
Édits et Ordonnances des rois de In
maison d'Oldenbourg , publiés
Al. Y TIQUE
par Colderup-Rosenvinge, 718.
Editions ( T. R. ). Practical, moiol
and political Economy , 442-
Edouard etLucile, ou le Patriote
à la fin du xvme siècle , par
Th. L. 792.
Éducation, 465.
Egerton (Thomas). Voy. Life.
Église ( De V ) hors de laquelle il
n'y a pas de salut, par Carové,
134.
Egypte, 460.
Egypte ( Description de 1' ) , etc.,
publiée parC.L.F. Panckoucke,
, A., 688.
Egyptiens ( Des jeunes) envoyés à
Paris, 843.
Élégies et autres poésies russes de
D. Glébof, 45o.
Élégies et poésies de Mme Victoire
Rabois, 784.
Éloquence ( Tentative pour re-
tarder la décadence de V ) en
Italie , par Charles - Antoine
Pezzi, 732.
DE LA CHAIRE, ï34-
DE LA TRIBUNE, 83.
Éiucubrationsd'un prisonnier d'é-
tat, etc., 140.
Emerigon. Voy. Boulay-Paty.
Eméric-David , de l'Institut. C. —
. N.,878.
Emétiques. Voy. Marcq.
Émigrations ( Rapport fait à la
Chambre des communes d'An-
gleterre sur les) et les colonisa-
tions, A., 394.
Encouragement donné aux let-
tres par la duchesse de Parme,
257.
aux sciences par l'empereur
d'Autriche, 5 60.
Encyclopédie portative , ou Ré-
sumé universel des sciences, des
lettres et des arts, 484.
Enseignement élémentaire ,
839.
( Propagation de I' ) en
France , 671
- industriel, 2-5, 84 •
DU r- >
Euteignement dei langue*, / ..w.
Santagnelfo.
' c> . l)oit;ilo.
". Prati.
Pej . Ah.iIn le verbale.
Entendement ( Qu'est -ce que I )
W.ins son étal s. iin.' , etc. , par
J . I). R0fBagaoii,73 r.
I M rOKOLOOIB, 57 I .
Ephémères (Les), ou la Vie en nu
jour , tragi-comédie , par Pi-
card et ***, 57S.
Épicurien (1/ ), ou la Vierge de
Memphis, traduit de l'anghisde
Thomas Moore, parMm0AIexan-
drine Aragon, 223.
Épltre à sir Walter Scott, par
Cordellier-Delanouf, 219.
Esclavage, 242, 810, 845.
— des nègres dans l'établissement
français du Sénégal, 549.
Espagne, 263.
Espagne ( L' ) sous les rois de la
maison de Bourbon , etc. , par
W. Coxe , traduit en français
par A. Muriel, 5i r.
Essai sur les modifications ap-
portées à la conformation de la
terre depuis sa création, par Jo-
seph J. D., 483.
--• statistique sur la presse pério-
dique du globe, M., 5()3.
Essays , etc. by Frédéric Degeorgc ,
123.
Etablissement orthopédique et
gymnastiquedu Mont-Parnasse,
• à Paris, 294.
Etats-Unis, 108, 242, 4^6, 54^5
698, 727, 80g.
Ethnographie , 23i , 4&6 , 536,
673, 701.
Etoile (L') des Mages. Recherches
sur l'année de 1.» naissance de
Jésus - Christ , par Frédéric
Munter, i33.
l'.tiennes à M. Villèle , ou nos
Adieux au ministère, par Méry
et Barthélémy, 219.
ÉxRBNNES IITTIiRURFS, 1.3 \ , I 2 5 ,
2l6, 464 , 521.
1 m ass. ,s<ji
I. un!»- mu la révolution grecque 1
et iur l«' 101 1 probable réati vé
.1 la Grèce, M., 34g.
Euripide. ' <>y. IIi.h n an >.
Exploitation du fer par lei procé-
dés anglais, dans la mine de I >
\ oulte , département de l'Aï -
dèche , -x-'\.
Exploitation dd fer par les procé-
dés anglais, 846.
Ex position des produits de l'in-
dustrie française. Voy Blanqui.
— des beaux-arts, à Milan, 257.
— des ouvrages de peinture, à Ma-
drid* 264.
— des tableaux , à Paris, 3o2,
535, 579,796,857.
Fablier ( Le ) de Flore , ou Choix
de fables sur les fleurs, 5a2.
Fabre ( J. A. ). Notice sur la ville
de Fréjus, 170.
— C. — A. , 404.
Fabrique d'armes ( Description
de la ) de Toula , par Joseph
Hamel, 126.
Falkensteins Geschicnte dèr geogra-
phischfin Entdeeiun&sreisen, 718.
Faust , tragédie de Goethe » tra-
duite en français par Gérard ,
52 4.
Feller (F. X. de). Voy. Diction-
naire historique.
Femme (La) , ou les six Amours ,
nouvelles par MmoElise Voiart,
224-
Fénélon. J or. Correspondance.
Ferry, (1— À. , 3-2.— B. , 17..
Fleurs(Choix des plusbelles),etc,
par P. J. Redouté, 233.
— ( Choix de fables sur les). Voy.
Fablier.
Flore parisienne Voy. Bautici -
Foi catholique (Principes sur les-
quels repose la), 5oo.
Fongeray. Les soirées fie Neuilly,
A., 429.
Fontanna ev Bakzyseraia, etc. ,716.
Fontenelle ( Julia de ) , C— B. ,
167.
Forçats. Voy. Quentin.
Forces électorales de la France à
la fin de 1827, etc. , par Char-
les Dupin, 757.
— productives et commerciales
du midi de la France , 3e arti-
cle, M., 34.
Forêts, 191, T92, 193.
Fossati, C. — B., i5i, i5s.
Fouché ( Paul). Voy. Amy Rob-
sart.
Foy ( Général ). Histoire de la
guerre de la Péninsule sous
Napoléon , A. , 404.
Voy. Discours.
Fragmens puisés dans ma vie et
dans mon tems, par JeanWit,
140.
Fragonard, peintre. François Iei
accompagné de la reine de Na-
varre. Tableau qui orne le pla-
fond d'une salle du musée
Charles X, 307.
France, 52, 71, 161, 273, 437,
483, 497, 569, 745, 834.
— ( La ) littéraire. Voy. Gué-
rard.
Francœur, C. — B. , 239, 493, 754,
756.
— Comparaison du mètre fran-
çais avec les mesures françai-
ses , 277.
— Cours complet de mathéma-
tiques pures, 75 1.
François de Neufchâteau ( Nico-
las). Voy. NÉCROLOGIE.
Franklin ( James ). The présent
state of Hayti , x 1 9.
Fratricide (Le), ou Gilles de Bre^
tagne, chronique du xve siècle,
par Walsh, 221.
Fréjus (Ville de). Voy. Fabre.
Fresuel ( Aug. Jean ). Voy. Né-
crologie.
Frictions mercurielles employées
avec succès contre la peste ,
25q.
naly tique
Friendship' s ( The ) offering , etc. ,
124.
Frissard ( P. F. ). Théâtre de
Dieppe, 234-
Galisset. Corps du droit fran-
çais, etc., 5o3.
Gallois ( Léonard ). Voy. Lettres
historiques.
Gassies , peintre. La Mort du pré-
sident Brisson. Tableau d'orne-
ment du Musée Charles X ,
3n.
Gautier ( Mme ). Les Amours de
Camoëns et de Catherine d'A-
taïde, 53o.
Généalogie, 483.
Géographie, 458, 4g3, 494, 5i4,
573,718, 719,756,759, 820,
836.
— physique et historique de la
France , par V. A. Loriol ,
756.
Géométrie descriptive (Elémens
de ) , etc. , par E. Duchesne ,
492.
— ( La ) appropriée aux arts et
métiers, par Lemaire, 4" 8.
— (Résumé du coûts normal de )
et mécanique des arts et mé-
tiers, par Pagani, 478.
— appliquée à l'industrie, etc. ,
par E. L. Bergery, 753.
Géorgiques (Les) de Virgile , tra-
duites en ottave rima , par l'au-
teur de ï Iliade italiana, ySS.
Gérard. Voy. Faust.
Gérard , peintre. Sainte Thérèse.
Tableau de l'exposition de 1827,
à Paris, 857.
— — Portrait de M. Canning.
Tableau de la même exposition ,
864.
Gergonne (J. D.) Annales de ma-
thématiques pures et appli-
quées, 239.
Geringer. Voy. Inde française.
Geschitliche Darsteilung des Biick-
I »! S M A
tricts (1er Cnijcn C. i . urul (»'.
/ - Siernau, ji t.
( ribelin ( Jacques ). /'<»> . N i cao-
i <>(. ii..
Gioj'a (.'/.) Filoso/la délia tUttistica,
•17
Girard de Candemberg. Notice
sur de nouveaux mortiers hy-
drauliques qu'on obtient avec
les arènes, 174.
Glcbof\Dmitri). Eiéguiii drouguiia
s ! ikh < > tvorcn iia , 4 5 o .
6odefroi( Mlk), peintre. Ses ta-
bleaux à L'exposition de 1827 ,
à Paris, 866.
Golbéry (Ph.). C— B., i/j5, 147 ,
462/541, 727.
Gondinet (Ad.)- C— B., 186, 491,
753, 769.
Coup d'œil sur les progrès
de la civilisation, 763.
Goujon (Jean). OEuvre. Gravé au
trait d'après ses statues et ses
bas-reliefs , par Réveil, 797.
Grande - Bretagne ,117, 247 ,
437, 438, 55i, 700, 81 r.
Granger, peintre. Pelée délivrant
Andromaque. Tableau de l'ex-
position de 1827, à Paris, 58o.
Gravure , 799.
Grèce. 160, 198, 349, °^.
— ( Description géographique et
archéologique de la), par Kr use,
458.
— ( Lettres sur la ) , etc. , par Ed.
Blaquière, 704.
Griscom ( John ). An address pro-
nounced at the opening 0/ the
]Sew-York high-school , 436.
Gros , peintre. Le Roi donnant
aux arts le Musée Charles X.
Tableau qui orne le plafond
d'une salle de ce Musée, 3o3.
La Gloire s'appuyant sur la
Vertu ; Mars couronné par la
Victoire ; le Tems élève la Vé-
rité vers les marches du trône.
Trois tableaux qui ornent une
autresalle du même Musée, 3o5.
Quatre portraits, dont l'un
[KREfl ^<J »
celui <lu Roi 1 cheval. Tableaux
<lr 1 exposition <!<• 1 B%j , ■> Pa-
1 is , 865.
Gouache. Poj , Manuel.
Gudin , peintre. Ses tableaux ■>
l'exposition de 1 8^.7, à Paris ,
867.
Guérard (J. M.). La France litté-
raire, 533.
Guérin (Paulin), peintre. M. de
La Mennais. Tableau de l'ex-
position de 1827, à Paris, 865.
Guerres des Vendéens et des
Chouans contre la république
française , etc. 2 nic article, A. ,
71,3 -,
Guichard, père. Voy. Droit rural.
Guide des jeunes employés, par
N. L. Renson, 481.
Guilford (Comte de). Voy. North.
Guillemot, peintre. Clémence de
Marc-Aurèle. Tableau d'orne-
ment du Musée Charles X ,
3n.
Gurney. Voy. Voiture à vapeur.
Gymnastique des jeunes gens,
75o.
— des jeunes filles. Voyez Calis-
thénie.
H
Hahnemann. Voy. Homéopathie.
Haïti, 549.
— ( l'état présent de ), etc., par
James Franklin, 119.
Hamel. Opissanié Toulskavooroujeï-
navo zavoda, etc., 116.
Hamilton. Voy. Donato.
— Voy. Santagnello.
Hammer ( J. de ). Voy. Collin.
Ilaschke. Voy. Nécrologie.
Haussez ( B. d' ). Rapport fait à
l'assemblée générale de la So-
ciété pour l'extinction de la
mendicité dans la ville de Bor-
deaux, 772.
Hauterive (C. d'). Méthode pour
se former en peu de tems à une
prononciation facileet correcte
TABLE AN A
.les langues étrangères, 5c6.
Hattlùt ( lïilliam). The life of Na-
pohon Bonaparte, 44a«
Heim, peintre. Le Vésuve rece-
vant de Jupiter le feu qui doit
consumer les villes d'Hercula-
num, etc. Tableau qui orne le
plafond d'une des salles du Mu-
sée Charles X, 307.
Helîas, oâer geographisch antiqua-
rische Darstellung des a/ten Grie-
chenlandes von Kruse, 458.
Herbin de Halle. Petit Manuel fo-
restier, 192.
Petit Manuel des gardes
forestiers, 193.
Héreau ( E. ). C— B. , 129, 210 ,
218, 227, 45i , 5i8, 523, 713 ,
717, 787. — N., 557, et les ar-
ticles signés E. H.
Hennann (G.). Euripidis Jon, 726.
Hermite (L')des Alpes , nouvelle,
par A. Bignan, 226.
Hersent, peintre. Ses tableaux à
l'exposition de 1827, à Paris ,
866.
Hervé. Documens sur la matière
à canon et sur quelques nou-
veaux alliages métalliques, etc.,
174.
Hiéroglyphes ( Aperçu sur les)
d'Egypte, etc., par Brown,78o.
Histoire, 52, 71, 121, 137, i4o,
160, 204, 5ir ,5i2, 5i4, 703,
704,777,778,77^,820.
— de la révolution de Colombie,
par José Manuel Restrepo , A. ,
643.
— de Chieri , ou Quiers , en Pié-
mont, par L. Cibario, 1 54-
— de la Grèce , par V. G. Van
Kanopen, 160. ,
— - de France , depuis la fin du
règne de Louis XVT jusqu'à
l'année 1825 , par l'abbé de
Montgaillard, 777.
— ( Réfutation de 1' ) de France
de l'abbé Montgaillard , par
Laurent, 2o3.
— de la guerre de la Péninsule ,
LY TIQUE
sous Napoléon , par le général
Foy, A., 404.
— de Napoléon , par M. de Nor-
vins, 5 i5.
— ( Manuel de l* ) de la littéra-
ture , par Louis Wachler, t/\'$.
— des voyages de découvertes géo-
graphiques, par Charles Fal-
kenstein ,718.
Histoire littéraire , i43.
NATURELLE, l6l , 162, 278.
des poissons , par le baron
Cuvier, A., 43.
Homéopathie du docteur Hahne-
mann, 45 1.
Homme ( L' ) , par de Lacépède ,
161.
Horn (F.). Shakespears Schauspiele
erlàutert , 462.
Horticulture, 488.
Hugo (Victor). Voy. Cromwell.
Hugo Grotius et Marie de Rei-
gersbergen , par Jérôme de
Vries, 482.
Humbert (Jean). Voy. Plan d'amé-
lioration.
Humbert (F.). Quelques observa-
tions sur la discipline des col-
lèges,etc., 5 to.
Haut (Leigh). Lord Byron and some
of'nis contemporaries , 443.
Hydrodynamique, 754.
Hygiène , 238 , 239.
Hygiologie, par Achille Vergari ,
i5o.
L
Ichtiologie , 4^-
Iconographie instructive , ou
Collection de portraits des per-
sonnages les plus célèbres de
l'histoire moderne , d'après les
dessins de Devéria , texte par
Jarry de Mancy, 799.
Iles Ioniennes , 259.
Important ( L' ), comédie en vers
par Ancelot , 299.
Inde française ( L'), ou Collec-
tion de dessins lithographies
représentant les leniplei , etc. ,
«les peuples hîndoilSj <"lc. , par
Gei inger et EdarlcN , texte par
I'.. Bornouf, a3i, 536* 798.
LRDBfl <>.;i > \ 1 m M , ?46 , 70 1 ,
8.0.
Indicateur ( L' ) Orléanais , ou
Guide des étranger! à Or-
léans, etc., par Vergnaud Ro-
magneaî, 177.
Industrie, 197, 279, 465.
— métallurgique ( Etat de l') en
Saxe, 253.
Influence ( De 1' ) des futurs pro-
grès des connaissances écono-
miques sur le sort des nations,
M., r/,.
Ingres , peintre. Homère cou-
ronné par la Victoire. Tableau
qui orne le plafond d'une des
salles du Musée Charles X ,
3o8.
Deux portraits. Tableaux
de l'exposition de 1827, à Pa-
ris , 864.
Institut. Voy. Sociétés savan-
tes.
Institution anti-pirate. Voy. Sid-
ney Smith.
Instituts de Justinien. Voy. Or-
tolan.
Instruction populaire dans le
canton d'Appenzell , 254-
des Pays-Bas. Voy. Carte
figurative.
— publique, 8o3, 804 • Voy. aussi
Écoles, Universités, etc.
à Berlin , 56o.
dans le grand-duché de
Saxe-Weimar , 56o.
Intervention ( Del' ) armée pour
la pacification de la Grèce, par
M. de Pradt, 198.
Inventions, 246, 248.
Irlande. Vqy, Grande-Breta-
gne.
Isambert, Decrucy et Armet. Re-
cueil général des anciennes lois
françaises, 188.
lsmalie, ou la Mort et l'Amour,
1 1 1 1 ),
,H,/>
roman - p«>i dm
par <I'A
.l.M-
eoi.it
, r>v.5.
[sograp
hie des 11
.mines
eélè-
lues
etc., S'i(j.
Italie,
i5o, 176, 1
^7. 4'{7,
47°>
564,
y'Ji, 8'5<>.
Jaarbockje o\>er, 1828, etc. , 479-
Jal ( A. ). Voy. Salon.
Jaquotot ( M,nc ), peintre sur por-
celaine. Corinne , Psyché et
l'Amour, d'après Gérard, etc.,
etc. Tableaux de l'exposition
de 1827, à Paris, 868.
Jakdin âge. Voy. Horticulture.
Jârry de Mancy. Voy. Iconogra-
phie instructive.
Jaunie Saint-Hilaire. Flore et Po-
mone françaises, 278.
Jean , par Ch. Paul de Kock ,%
793-
Jobard , lithographe du roi des
Pays-Bas , est parvenu à pro-
duire des morceaux lithogra-
phies supérieurs aux gravures
en cuivre , 833.
Jomard, C. — A., 673.
— Lettre au sujet des jeunes
Égyptiens à Paris , dont il di-
rige les études, 844-
Jones ( Leslie Grove ). An exami-
nation nf the principles of legi-
thnacy, 119.
Journaux et Recueils pério-
diques.
— publiés en Angleterre : The
(juarterly Review , 125. — The
library ofusefuî knowledge, 364-
— The fore ign Review , 445. —
The Athenœum , 709. — The
Sphinx , 709.
— publiés au Chili : Roi de Poli-
tiC(lm — Registre* de doeumentos
del Gobemio. — La Aurora — La
Clave, etc. , 1 1 1 . — Miscellanea
polilica y litteraria, 112.
— publiés en Danemark : Revue
N»j6 TABLE ANA
générale de toutes les publica-
tions périodiques de ce royau-
me, 817.
— publiés aux États-Unis : The
New-York médical and physical
journal, 110. — Le Courrier
des Etats - Unis, journal fran-
çais, à New - York, 546.— The
north american médical and sur-
gical Journal t à Philadelphie,
698. — The american Journal of
science and arts , à Newhaven ,
699-
— publiés en France : Le Médecin
du peuple, etc., à Paris , 2.38.
— Annales des mathématiques
pures et appliquées , etc. , à
Montpellier, i3g. — Journal des
connaissances usuelles et pra-
tiques , etc., à Paris, i3g. —
Journal Asiatique , etc. , à Pa-
ris, 140. — Journal de la Société
d'émulation du département
des Vosges , à Épinal , 54o. —
L'Ami des champs, journal d'a-
griculture , etc., à Bordeaux,
54i. — Journal de l'instruction
publique, à Paris, 8o3. Le Ly-
cée , journal général de l'ins-
truction, à Paris, 804.
— publiés en Italie : Giornale Li-
gustico di scienze, letlcre ed arti ,
à Gênes, i55. — Annaliunwersali
di statistica , à Milan, ^35. —
Technologia. Annali universali, à
Milan , 735. — Giornale di far-
ina cia-chimica, à Milan, 735.
— publiés en Russie : V. Presse pé-
riodique.— Journal pont ay soobst-
chéniïa , etc. , à Pétersbourg ,
71 3. — Journal des voies de com-
munication. Traduction fran-
çaise du précédent, 713.
Jullien(M. A.). Fondateur-Direc-
teur de la Revue Encyclopé-
dique , C. — N. , 875 , et les
articles signés M. A. J.
— Voyez Nominations acadé-
miques.
LYTIQUR
Jurisprudence, 38a, 5o3,5o7
818.
Jury. Voy. Bourguignon.
— ( Établissement du ) dans la
république d'Haïti, 549-
Justice (Dela)de prévoyance, etc.
par Edouard Ducpétiaux, A. ,
632.
Juvénile ( The ) forge t me not , etc. ,
124.
K
Kannegiesser (Ch. L.) Voy. Dante-
Keepsahe ( The), 124.
Kelédor, histoire africaine , re-
cueillie et publiée par le baron
Roger, A. , 673.
Kirckhoff, C. — B. , i58. — N.,
— Mémoires sur les colonies de
bienfaisance de Frédéricks-
Oord et de Wortel, 480.
Klaproth (J.). Voyez Voyage à
Pékin.
Kock ( Ch. Paul de ). Voyez
Jean.
Krudner ( Mme de ). Voy. Notice.
Kruse. Voy. Hellas.
Lacépède (De). L'homme , 161.
Laffaille ( G. ). Voy. Mémoires.
Lagneau (L. V.). Traité pratique
des maladies syphilitiques ,
492.
Lamarque ( Nestor de). A la mé-
moire de Talma, ode, 218.
Les Novembriseurs, impro-
visation lyrique, 21 S.
Lamothe-Langon. LeChaucelier
et les Censeurs , roman de
mœurs, 790.
Lampato. Su'tlo Stalo deîf agricol-
tura ,73i.
Langlois , peintre. Le passage de
la Bérésina. Tableau de l'expo-
sition de 1827, à Paris, 861.
La mort de Hvrnetho , au-
LIS M\TI
tre tableau de 1
sition , 5Si.
Langloii (m Longue vill<
Manuel du lavis.
i même «.■ \. j > < »
] . \ \(. I |
anglaise. Foi . Nugent.
gi eccpie. ! ' ) . Rodieux.
Lauoë ( A. ). /'<>>•. (Iode des maî-
tres il.- p0M<
Lasteyrie (C. de). Journal des con-
naissances utiles et pratiques ,
— fo/. Anatomie de l'homme.
Laurent, foy. Réfutation.
Lavis à la seppia. 0\>^, Manuel.
Lawrence , peintre anglais. La
duchesse de Berry et im jeune
fils de M. Lambton. Deux ta-
bleaux de l'exposition de 1827,
à Paris , 3*6.
Le Brun. t'oy. Nominations aca-
démiques.
Lebrun (Pierre). Le Voyage de
C.ièce, poème, A., 665.
Lebrun (Isidore), C— N.,835.
Leclerc ( J. V.) C— B. , t4§-
Leclercq (Théodore). Voy. Pro-
verbes dramatiques.
LÉGISLATION, 112, 1 88, 189,191,
193, 193, 196, 5o3 , 507, 5o8,
549, 63u, 718, 723, 764, 766,
767.
— (Réformation de la) anglaise,
8ir.
Légitimité (Examen des principes
de la), par Leslie Grove Jones,
11g.
Legravereud ( Jean Marie Emma-
nuel). Voy NÉCROLOGIE.
Lemaire. De Meetkur.st op de Ku lis-
te n toege/iast, 47^-
Lemercier ( L. Népomucène ).
Voy. Comédies historiques.
Lendormy. Reebercbes sur les
poids et les dimensions à don-
ner aux volans , etc. ,57t.
Lenoir. Voy. Calculs faits.
Lenormand ( L. Sel». ). Voy. Ma-
nuel du chandelier.
C— B., a5o.
Leoni ( M. ). L* Géàrgioht di Vit-
T. XXW'll.
fc)7
•,■'/'" 111 9Hà9t lima ,
Lepage ( Ch. ). / oj r.\ ronftet
l.ei minier. Clinique médical*
publiée par ( >. Andral fils, 164.
Primtevèi e ,. /<>>. Rfnm-
B^alç
Lsironn fcéogi apbss •"»
( ienne, 4Q^-
Lethière, peintre. Saint Ln:i
fusant de créer chevalier l'émir
Octaï. Tableau d'oj uement du
Musée Charles X , 3 1 1.
Lettre de niessire Jean Boccace
à maître Zanobieda Slrada.ete.,
publiée par Seb. Ciampi, i.5>.
— de saint Vincent de Paul au
cardinal de La Rochefou-
cauld , etc. , 779.
— de l'auteur du concours ou-
vert à Genève en 1826 , en fa-
veur de l'abolition de la peine
de mort , etc. , A. , 632.
— au Roi sur le maintien ou l'or-
ganisation du conseil, etc., par
A. Madrolle, 199.
— de M. Andrieux à M***, au su-
jet d'un article de la Gazette
de Lyon , 535.
Lettres écrites d'Europe , etc. ,
par N. H. Carter, 437.
— historiques et politiques sur le
Portugal, par Joseph Pecchio,
publiées par Léonard Gallois ,
778.
— d'un voyageur à l'embouchure
de la Seine, etc., par A. M. de
Saint-Amand, 497-
Lew chine ( A.). Notice historique
sur le fleuve Syr, etc., 75;/.
Lihcrtés ( Des ) garanties par la
charte, etc. , par Boyard, rSG.
Librairie , 832.
libraiY ( The ) of tùl/èè Know-
ledge , etc. , A. , 304.
Lichtenthal ( P. ). Dizionario e Hi-
bliografia drlla mmica , \~^.
Life ( The, 0/ Thomas Egerton , , I ,
8o5.
I — (The) in (ht West , etc. , \\ j.
58
898 TABLE ANA
Lisfranc. Mémoire relatif à la rhi-
noplastique, 837.
Lithographie, a'3i , a3a, 491 »
536, 537,798.
— perfectionnée. Voy. Jobard.
Littérature allemande , i43 ,
i45, 463,464, 524, 526, 734.
— ancienne classique, 733. — an-
glaise, IOI, 123, 124, 125, 223,
3oo, 443, 444, 445, 462, 709,
733 , 781 , 789. — biblique ,
456. — chilienne, ni , 112.
— danoise , 822. — espagnole,
543. — des États-Unis, 546.—
française , 5, 83 , 90, 208, 210,
211, 212, 2l3, 2t5, 216, 218,
219, 220, 221, 222, 224, 225,
226, 227, 228, 229, 287, 296,
297» 299> 42o, 429, 5i6, 517,
5i8, 519, 520, 52i, 522, 525,
529, 53o, 53i, 532, 54i, 577,
578, 654, 665, 673, 782, 784,
787» 79°» 793>.794, 79$, 846,
848, 85 1. — italienne, i45 ,
i55 , 474 , 564 , 7^3 , 734. —
orientale , 240. — polonaise ,
i32, 716. — russe, i3o, 45o,
711 , 716. — Scandinave, 717.
Litton Bulwer (L.). Voy. O'Neill.
Lobatto (R.). Recherches sur la
sommation de quelques séries
géométriques , 736.
— Astronomie élémentaire, par A.
Quetelet, traduite du français
en hollandais, 736.
Loéve -Veimars. Voy. Romans
historiques.
Lois (Anciennes) françaises. Voy.
Recueil général.
— (Comparaison des) françaises
et prussiennes, par O. d'Oppen,
723.
— électorales. Voy. Duchesne.
Longchamp (Louis). Voy. Voca-
bulaire grec-français.
Loriol (V. A.). Géographie de la
France, 756.
Lucas ( Charles). Voy. Système
pénal.
LYTIQI3E
Lusardi. Mémoire sur la cata •
racte congéniale , 478 ■
M
Machine (De la) humaine , de
son rapport en général , etc. ,
par Usiglio, i5o.
Madrolle (A.). Voy. Lettre au Roi.
Maffei. La Sposa di Messina, ^34-
Magnusen ( Flnn ). Eddàlaeren og
dens Oprindelse , etc., 717.
Maisons de détention de laSuisse,
465.
Maladies de la peau. Voy. Berg-
mania.
— syphilitiques. Voy. Lagneau.
— vénériennes (sur l'histoire des).
Lettres de Dominique Thienne,
i5u
Malvica ( F. ). Sopra Luigi Cicconi
et la tragedia estanporanea, etc.,
474-
Mammalogie ( Manuel de ) , par
Primevère Lesson, 162.
Manuel du chandelier et du ci-
rier , etc., par L. Séb. Lenor-
mand, 172.
— épistolaire , à l'usage de la
jeunesse , par L. Philipponde
la Madelaine , 208.
— forestier, par Herbin de Halle,
192.
— des gardes forestiers, par le
même, 193.
— du jury, etc. , par Bourgui-
gnon, 5o3.
— de miniature et de gouache ,
par Constant Viguier, 232.
— du lavis à la seppiaetde l'aqua-
relle, par Langlois de Longue-
ville, 232.
— du poèliei -fumiste , par Ph.
' Ardenni, 755.
Manufactures, 126.
Marcq (A.). De l'action des ciné-
tiques et des purgatifs sur l'é-
conomie animale, 1 57.
M.vkine, l$4f>>
DBS MATIÈRES.
Marlei. For. Inde t* nnc i
Martine* de la Rota. Obras liceni-
rias , S i > .
M v i m m v i unis, s3o, 478> 492,
736, 753.
pareil ( îoura complet de ), par
L. 13. F rancœur, yS 1.
Matière à canon. Foy, Hervé.
Mau/.aisse , peintre. La Sagesse
divine donnant des lois aux
rois. Tableau qui orne le pla-
fond d'une salle du Musée
Charles X, 3i3.
Ses tableaux a L'exposition
de 1827, à Paris, 8;>7.
Mazères. Voy. Chacun de son
côté.
Médecine. Voy. Sciences medi-
C \I.ES.
Mein Besuch Amerihas , etc., 727.
Mélanges de théologie, parMyns-
ter, i34-
Mémoires, Notices et Mélan-
ges (I.) : Considérations gé-
nérales sur la république des
lettres en 1827, pag. 5. — De
l'influence des futurs progrès
des connaissances économiques
sur le sort des nations (J. B.
Say), 14. — Forces productives y
et commerciales de la France ,
troisième article ( Ch. Dupin ),
34. — Notice sur la civilisation
de l'Afrique ( Chauvet ), 32i.
— Note sur la nécessité de faire
cesser les pirateries des Etats
barbaresques, 338. — Sur un
projet de M. Drovetti , pour
préparer la civilisation de l'A-
frique ( Pachb), 344. — Étude
sur la révolution grecque ( Mi-
chel Schinas ), 349- — Essai sta-
tistique sur la presse périodi-
que du globe ( A. Balbi), 5g3.
— Voyage aux eaux de Pietra-
pola , en Corse (** ) , 604. —
Discours sur la Vérité {Saint-
Albin Eer ville), 616.
— et Rapports de sociétés sa-
899
' [o ,
1 utilité
vantei en France , > 15
801.
de la Société suisse
publique , £65.
publiés par le département de
L'amirauté de Russie, 416-
lur (es campagnes de Cata-
logne , par G. L.iffaille, 204.
historiques , et anecdotes
sur les reines et régentes , par
Dreux du Radier, 777.
Me/noirs of the right honorable
George Ca n n in g , 1 2 1 .
— of the tante , by Thomas Rede ,
121.
— of sir Kcnebn Digby, jof\.
— ( Castrations from the same ) ,
704.
Mémorial des camps , par J. H.
Urbain , 738.
Mendibil ( Pablo de ). Resumen hîs-
torico de la revolucion de losEs-
tados Unidos Mejicanos, yo"i.
Mendicité à Bordeaux. Voy.
Haussez.
— ( Moyens d'éteindre et de pré-
venir la ) à Marseille, 773.
Méry. Voy. Étrennes.
Mes souvenirs, ou Choix d'anec-
dotes , par Mme Adèle Dami-
nois , 227.
MÉTALLURGIE , 253 , 273 , 437 ,
809.
Métaphysique, 73 1.
Météorologie , 479 > 489.
Mexique , 437, 7o3.
Michelet. Le combat de Navarin,
520.
Michelot (A.), C — N. 279, 573,
83o,.
Mickiewicz ( Adam ). Sonates
russes , 711.
Militaire turc , 537.
M Une Edwards. Voy. Crustacés.
Miltou. Le Paradis perdu, traduit
en italien par L. Papi, 734.
Minéralogie, 485.
— ( Précis de ) moderne , par G.
Odolant Desnos , 484.
^OO TAULE AN
— de fer de La Voulte , départe-
ment de l'Ardèche, 273.
— de Real del Monte , au Mexi-
que, /;38.
— de plomb sur la rivière de la
Fièvre, aux États-Unis, 809.
Minutoli ( von ). Nachtrag zu
meinem JVerke , 460.
Molière , comédie en vers , par
François Dercy, 296.
Monanteuil , peintre. Ses ta-
bleaux à l'exposition de 1827,
à Paris, 867.
Monde ( Le ) en estampes , par
Roujoux , 494.
Mone (S. J.). Voy. Assal.
Mongez ( M"™), peintre. Les sept
chefs devant Thèbes. Tableau
de l'exposition de 1 827, à Paris,
582.
Monnard ( C. ) , C— B. , 467 ,
73r.
Mongalvy. Voy. Conseil-d'État.
Montgaillard ( Abbé de ). Voy.
Histoire de France.
Monument en l'honneur duTasse,
élevé à Rome, 564-
Moore ( Thomas ). Voy. Épicu-
rien.
Morale , 182 , 276 , 5io , 616.
— ( La ) de l'Évangile comparée
à la morals des philosophes ,
par L. Bautain, 181.
Moreau (César). Tableau com-
paratif du commerce de France
avec toutes les parties du
monde , etc. , 700.
Moreau de Jonnès, C. — N. , 260,
549.
Mort (La) de Tibère, par Lucien
Arnault, 846.
Mortiers hydrauliques. Voy. Gi-
rard de Caudemberg.
Mouvement de l'eau ( Traité du)
dans les tuyaux de conduite,etc,
par d'Aubuisson de Voisins ,
754.
Muczkowski. PoezyeJHiAolaja Sem-
pa, i32.
ALYTIQTJE
Molle, ( P. E. ). System i den chris-
telige Dogrnatick, i34-
Muller (W.). Chants helléniens,
5i8.
Munster ( Graf von ). Widerlegung
der ehrenriihrigen Beschuldigun-
geny etc. , \"$-j ,
Miïnter ( Fr. ). Der Stem der
Weisen , i33.
Muriel, C— B. , 545.
— Voy. Espagne.
Musée des lettres et des sciences
de Bruxelles, 83 1.
Musique , 679, 852.
— Voy. Lichtenthal.
Mynster. Praedikener, etc. , i34.
— Kleine theologische Schriften ,
134.
N
Napoléon. Voy. Foy.
— Voy. Hazzlitt.
— Voy. Davuidof.
— Voy. Norvins.
Navigation, 713.
par ea vapeur, 246.
Nécrologie : Charles Bosellini ,
célèbre économiste italien, 258.
— Frédéric North , comte de
Guilford , chancelier de l'U-
niversité des îles Ioniennes ,
2fîo. — Augustin Jean Fresnel ,
membre de l'Institutde France,
3l6. — Louis François Cassas ,
inspecteur général de la manu-
facture des Gobelins, à Paris ,
317. — Haschke, poëteallemand,
à Vienne, 56 1. — Auguste de
Staël, 5^2. — François de Neuf-
château (Nicolas), 5S7. — Mi-
chel Pt'chaf, auteur dramatique,
à Paris, 588.— Miss Hélène Ma-
ria William* , de Londres, à Pa-
ris, 869. — Jean Marie Emanuel
Legraverend , à Paris , 870. —
Mme la comtesse de Ségur, à Pa-
ris, 872. — Jacques Gibelin, doc-
1)1 ,
leur en médecine , .1 Ai\ en 1
Provence
Nicolai ( Adolphe ). Chants du
liècle, ■-'• 1 >■
Nisas (Qonzague île)- Du rempla-
cement el <lu rengagement dans
L'a
française, (te, 7;»
V>m 1 > v 1 ions ai: vmk.miquks :
Deppinçy «le Paris, membre, or-
dinaire de la Société archéolo-
gique du Nord, établie à Co-
penhagoe, 253. — Mitsc/ia tich ,
de Berlin, et Conybearc , de
Londres, correspondons de 1 A-
cadémie des sciences de Taris ,
ijy. — Arfwedson , de Stoc-
kholm , correspondant de la
même Académie , 5jo. — Marc
Antoine JtilUen. de Paris, mem-
bre correspondant de la So-
ciété royale des amis des scien-
ces et des lettres de Varsovie,
Si5. — Le Brun, membre «le
l'Académie française, 839.
Nortb (Frédéric), comte de Guil-
ford. Voy. Nécrologie.
Norvins (général de). Histoire de
Napoléon, 5i5.
Notariat. Voy. Dictionnaire.
Notice sur la civilisation de l'A-
frique, M., 3p. 1.
— sur Mmc de Krudncr ,
J\Jme Adèle du Tbon , 4^7
— sur le gouvernement ,
mœurs, etc. des nègres du pays
deWalo, par le baron Roger,
496.
Nouvelles. Voy. Romans.
— grecques, par Félix *** , 228.
— blanches et noires, par M',1C So-
phie Doin, 229.
Nouvelles scientifiques et lit-
téraires (IV ) : Alger , i\G. —
Allemagne, 253, 5rio, 837. —
Antilles, 547. — Chili , 245. —
Danemark , îji , 817. — Es-
pagne, 263. — États-Unis, 24?.,
546, 809. — France, 273, 569,
834. — Grande-Bretagne , 247,
55 1, 811. — Haïti, 54<j.— Iles
par
les
Ioniennes, aSo^. lnden m ini
taies, -x jfi , 8m. llulie, 25; ,
— Paris, ij%, 56g ,
8 16. — Pay< - Bus, afi | ,
83 i. — Pologne, 557,8i5. —
EUwsie, »(5o, S v>, «s 1 5. Séné-
gal, 549. — Suisse , 254 , 56i ,
878.
Novembriseura (Les). Voy. Lu-
marque.
NiiiM'iit( Th.). Nouveau Diction-
naire de poche français et an-
glais, 54a.
0
Observations sur les votes de
quarante-un conseils généraux
de départemens concernant la
déportation des forçats libérés,
OEuvres choisies d'Evariste Par-
nv. A., 90.
— complètes de Voltaire. Nou-
velle édition de Baudouin, 210.
— littéraires de François Marti-
nez de la Rosa, 543.
Olivier (Culture de 1') sur la côte
méridionale de la Crimée, 25o.
O' Neill , or the Rebel , a poem , bj
Edw. Ljtton Ihtlwcr, A. , 10 r.
— ■ même ouvrage traduit en fran-
çais, par Mlle,Harriet Prcbble,
781.
Oppen ( O. n>on ). Vergleiclmng der
franzo'Àschtn und preussischen
Gesetze, 7 23.
Ornithologie, 486.
Orthopédie, 294.
Ortolan ( J. L. E. ). Explication
des Institutes de Justinien, etc.,
Pacho, C— M. , 344.
Pagani. Résumé du cours normal
de géométrie et mécanique des
arts et métiers, etc., par M. Du
pin, 478.
C)02
Panckoucke ( C. F. L
Egypte.
Papi ( Lazaro ). // Paradiso per-
du to , etc. ,733.
Paris, 276, 569,758, 836.
— et ses environs; promenades
pittoresques, 499-
Parny ( Évariste ). Voy. OEuvres
choisies.
— Voy. Poésies inédites.
Pathologie (Élémensde) vétéri-
naire, par Vatel, 166.
Patin ( H. ), C— A., 429, 665.
Pauvres , 264 , 4^5 , 480 , 77a ,
773.
Pays-Bas , i57 , 264 , 478 , 565 ,
736, 83i.
Pecchio ( Joseph ). Voy. Lettres
historiques.
Peine de mort. Voy. Système pé-
nal.
Voy. Lettre.
Peinture , 257, 264, 3oa , 535,
5:9> 796> ^7.
SUR PORCELAINE, 868.
Pelet (Général). Coup d'œil mili-
taire sur le Portugal, 776.
Pellet. Le Barde des Vosges, 5 19.
Pendule (Expériences sur le) par
le capitaine Sabine, 55r.
Perdonnet (Aug.)., C. — B., 254-
Perkins. Voy. Canons.
Perspective à l'usage des gens du
monde, etc., traduit de l'anglais
par Bulos, 538.
Peste. Voy. Frictions mercurielles.
Peyronnet devant Dieu , poëme
en quatre chants, par Ch. Le-
page etÉm. Debraux, 524-
Pezzi ( C. A. ). Tentativo per ritar-
dare l'estinzione deîl eloquenza
in ltalia , j3i.
Pharmacie, 735.
Philippon de la Madelaine. Voy.
Manuel épistolaire.
Philologie, i59, 616.
Philosophie, 149, 726,729.
— de la statistique, par Melchior
Gioja, 470.
Physiologie, i5o, i5i.
TABLE ANALYTIQUE
). Voy
Physique-, 201, 277,551.-
Picard(L. B. ). Voy. Sept ma-
riages.
Voy. Éphémères.
Pichat ( Michel ). Voy. Nécrolo-
gie.
Picot, peintre. L'Étude et le Gé-
nie dévoilent l'Egypte à la
Grèce. Tableau qui orne le pla-
fond d'uue salle du Musée Char-
les X , 3o5.
Piraterie. Moyen de la faire cesser
dans la Méditerranée, 246.
Pirateries (Moyens de faire cesser
les) des États barbaresques, M.,
338.
— (Moyens pour détruire les) des
puissances barbaresques , par
Châtelain, 5i 1.
Plan d'amélioration pour le col-
lège de Genève, par Jean Hum-
bert , 147.
Plantes .cryptogames du nord de
la France, par J. B. H. J. Des-
mazières, 486.
Platine. Voy. Rêver.
Plcdge ( The ) of friendship , etc. ,
124.
Pluquet (Frédéric). Voy. Roman.
Plutarque des Pays-Bas , etc., par
Ader, 741.
Poëlier-fumiste. Voy. Ardenni.
Poésie, 101, i3o,i45,2i2,2i3,
2t5, 216, 218 , 219, 45o, 464 »
517, 5 18, 519, 520, 52i , 522 ,
525, 711 , 716, 733, 782, 784.
DRAMATIQUE , 220 , 296, 297 ,
299 , 3oo , 462 , 524 , 564, $77 »
578, 654,734,846,848,85r.
Poésies de Mine Éveline Désor-
mery,787.
— inédites d'Évariste Parny , A.,
90.
— polonaises de Nicolas Semp,i 32 .
— posthumes de M. de Collin ,
463.
Poids et mesures, 277.
Poiteau. Le Bon Jardinier, 48$.
Police de Londres, 811.
MIS MAT
l'or | i loi t| i I Q , l86, IQQ , '*>.j() ,
3g i, 5i r, 724, yiS , 8a i.
religieuse el philosophique! <>u
Constitution morale du gou-
vernement , par Bigot de Rloro>
gués, 182.
Pologniî , i3a , /{5i , 557 , 716 ,
8i5.
Ponts ET CHAUSSÉES, 583, 7 1 3.
Population des Pays-Bas. Voyez
Qnetelet.
Portrait de Frédéric II, a86.
PonruCx.vL, 778.
— Voy. Aperçu géographique.
— Voy. Résumé.
Pougens ( Charles ). Voy. Contes
en vers.
Pouschkine (Alexandre). La Fon-
taine de Bakhtchisaraï, poème
russe, traduit eu polonais, 716.
Pradt (De). Voy. Intervention.
Prati's Ont lin es of an improved Sys-
tem of teaching languagcs , etc.,
707.
Preble Mil- Harriet ). V. O'Neill.
Presse périodique. : Journaux
publiés en Russie, 55a.
(Essai statistique sur la ) du
globe, etc.., M., "593.
en Danemark, 817.
Princesse (La) Aurélie , comédie
en vers, par Casimir Delavigne,
848.
Prisons, 283, 4^5.
Prix décernés par l'Académie des
beaux-arts de Milan , 2 Sy. —
Parla Société d'encouragement
pour l'industrie nationale de
Paris, 279.
— proposés : — par la Société
médico-botanique de Londres ,
248. — Par la Société de méde-
cine de Rouen, 275. — Par la
Société des sciences, agricul-
ture et arts du département du
Bas-Rhin, 276.-- Par la Société
d'encouragement pour l'indus-
trie nationale de Paris, 281,
282.— Par l'Institut royal des
Pays - Bas, 5(^7. -- Par la So-
s. ,rr,
< irié de géographie de Parti ,
573. — Par la Sociétédei bon
nés lettres de Paris, 577.
PrOCeedÙtgS nt tlic gênerai meeting
ofthe court of pi oprietors ofthe.
Puai ciel Monte mining Cornpanj ,
438.
Producteur (Le Petit) français. A.,
374.
Proverbes dramatiques par 'lin --
dore Leclercq, A., 429.
par J. B. Sauvage, ibid.
— romantiques, par A Romieu, ib.
Prononciation des langues étran-
gères. Voy. Hauterive.
Public characters of the présent li-
mes , lao.
Pujol ( Abel de ) , peintre. L'E-
gypte sauvée par Joseph. Ta-
bleau qui orne le plafond d'une
salle du Musée Charles X, 3o4.
Purgatifs Voy. Marcq.
Quénault (H.). Traité des assu-
rances terrestres, etc., 189.
Quentin. Mémoire sur les forçats,
767.
Quetelet ( A. ). Recherches sur la
population, les naissances , etc.
des Pays-Bas, i58.
Voy. Astronomie élémentaire.
R
Rachel , par M1™ la comtesse ***,
794-
Racine , comédie en vers , par
Briseux et Busoni, 296.
Rapport général sur les travaux
duConseildesalubrité,etc, 167.
Recherches anatomiques sur le
système veineux , etc. , par
Breschet , 749.
Réclamation de M. Dubrunfaut
au sujet d'une Notice sur le
chlore, insérée danfl le 16" vo-
lume de la Revue Encyclopé-
dique, 29^.
904 TABLE AN
— de M. Jos. Schmid , au sujet
d'une Notice sur Pestalozzi ,
insérée dans le même volume
de la Revue, 56 1.
— de M. P. A. Coupin , au sujet
d'un article de M. Ferry, in-
séré dans le même volume ,
583.
— du baron Roger, au sujet de
l'abolition de l'esclavage en
Afrique , 84 5.
Recueil général des anciennes
lois françaises , par Lsambert ,
Decrusy et Armet, 188.
— de lettres , proclamations et
discours de Charles Jean,roi de
Suède, 453.
— des actes de la séance solen-
nelle de l'Académie impériale
des sciences de Saint-Péters-
bourg , A. , 625.
Recueils périodiques. Voyez
Journaux.
Rede ( Thomas ). Mémoires du
très -honorable Georges Can-
ning , 1 ?. 1 .
Redouté ( P. J. ). Choix des plus
belles rieurs , etc. , gravées et
imprimées en couleur, 233.
Réfutation des accusations inju-
rieuses que S. A. le duc de
Brunswick s'est permises contre
son auguste tuteur , etc. , par
C. de Munster, 137.
— de l'histoire de France de
l'abbé Montgaillard , publiée
parUranelt deLeuze (Laurent),
203.
Reiffenberg ( Fréd. de ). Voy.
Éclectisme.
— C.-B., 161.— N., 56p.
Relations commerciales des États-
Unis avec la France, 809.
— entre les États chrétiens et les
Barbaresques, 246.
Religion. Voy. Sciences reli-
gieuses.
Remplacement ( Du ) et du rcn-
gagement dans l'armée fran-
caise , par M , 70^.
ALYTIQUF.
Renouard (Ch.), C— B. , iSfï,
191. — A. , 632.
Renson ( N. LA Voy. Guide.
Report ( Third) from the committee
on émigration. A., 394-
République des lettres. Voy. Con-
sidérations générales.
Requête aux deux Chambres , iiu
sujet de l'enseignement élémen-
taire, 83g.
Rességuier (Jules de). Voy. Ta-
bleaux poétiques.
Restrepo. Historia de la révolution
de CoJombia, A. , 643.
Résumé des principaux événe-
mens qui ont eu lieu en Portu-
gal à la fin de 1826 , etc. , par
H.S.,5i4-
Reuben Apsley. Histoire du tems
de Jacques II , par Horace
Smith, traduite de l'anglais par
A. J. B. Defauconpret, 789.
Reutta (B. ). Voy. Apologues.
Réveil. Voy. Goujon.
Rêver (F.). Discussion sur l'anti-
quité de la découverte et de
l'usage du platine, 485.
RÉVOLUTION FRANÇAISE, Jl.
— grecque. Voy. Étude.
— mexicaine. Voy. Mendibil.
Revue encyclopédique. Arti-
cles y relatifs, 287, 296.
Rhinoplastique. Voy. Lisfranc.
Richard (T.), C— N., 3 18.
Rigollot fils , C.-B. , i65, 453 ,
75o.
Rocqhancourt (J. ). Cours élé-
mentaire d'art et d'histoire mi-
litaire, 172.
Rodieux. Quels sont les carac-
tères distinotifs de la langue
grecque , etc. , 729.
Roger. Voy. Notice.
— Voy. Réclamation.
Roger (B.). Voy. Kelédor.
Romagnosi ( /. D. ). Che cosa e la
mente sana , etc., ySl.
Roman ( Le ) de Rou et des ducs
de Normandie , par Robert
Waoe , publié par Frédéric
Pluquet , m. A. , [*o.
Rom a ki , îîi , aaa ( 1*3 » aa4 »
aa5, aa(>, aay, aa8, 329, i [3,
444, 5a5t 5a6, 5a(), 53o, 53 c,
53a, 673, 789, 790, 793, 79I,
79*>-
— historiques, par C. F. Van der
Velde , traduits de l'allemand
par A. Loéve-Veimars , 5a6.
Romieu (A.) Foy, Proverbes ro-
mantiques.
Rossetti (Ç.), C— B. , i55.
Rougemont (Ch. D. de), C.-B. ,
748.
Rouillard , peintre. M. de Vilièle.
Tableau de l'exposition dei8a7,
à Paris, 865.
Roujoux. Le monde en estampes ,
494.
Rousseau. Voy. Anatomie com-
parée.
Rozet. Description géographique
du Bas-Boulonais, 836.
Russie, ia6, a5o, 446, 553, 711,
8i5.
Sabine ( Capitaine ). Voy. Pen-
dule.
Saint-Arnaud ( A. M. de ). Voy.
Lettres d'un voyageur.
Salû (F.), C.-B. , 473, 474 , 708.
— N.,565.
Salon (Examen du) de 1837, 535,
796-
— (Esquisses, croquis, etc., sur le)
de 18:27, par A. Jal, 535.
Santagnelto's impartial examina-
tion of the hamiltonian system
of teaching langue gc s , etc. ,
707.
Sauvage ( J. B. ). Foy. Proverbes
dramatiques.
Say (J. B.), C— M. , 14.
Scheer de Lionastre(J. F.). Théo-
rie balistique, 737.
Scheffer , peintre. Charlemagne
présentant les capitulaires «à
T. XXXVII.
M \ 1 I I I. I <jt)'l
L'assemblée «les Prancf.Tablean
d'ornement du mutée Char*
lei A' , 3i3.
Schnetl , peintre. I <■ cardinal
Mazarin au lit <\r mort. Ta-
bleau d'01 in meut du musée
Charles X , 3i 1.
Le consul Boétius , en-
fermé dans la tour de Pavie.
Autre tableau du même musée,
3ia.
Schiller. La fiancée de Messine,
tragédie, traduite en italien par
Maffei, 734.
Sehinas ( Michel ) , C— M. ,
349;
Sehmid ( Jos. ). Voy. Réclama-
tion.
Schmidt-Phiseldeck ( Herr von )'und
die Uffentliche Meiming, jn5.
Schonv. Plantegeographisk Atlas ,
7X7-
— Skddering of Veirligcts Tdstatid
i Danmark, 717.
— Beytrdgc zur vergleichenden Cli-
matologie, 717.
Sciences médicales, iro, i5o,
i5i, 157, i63, t64, i65, a38,
a47, 259, 275, 376, 45i, 478»
49a, 698, 819, 837.
MOIULES ET POLITIQUES , 52 ,
178, 374, 63a, 759.
— thysiques, 43, 161, 364, 483,
6a5, 745, 819.
— religieuses, i33, i34, 178,
180, i8r, 456, 5oo, 5oi, 721,
759, 817.
Scott ( Walter ). Impromptu
adressé au mime Alexandre ,
856.
Voy. Kpitre.
ScuLrTURE, 257, 796.
Ségur ( Mmc la comtesse de). Voy.
NÉCROLOGIE.
Sellon. Lettre sur l'abolition de
la peine de mort, A. , 632.
Semp (Nicolas ). Voy. Muczkow-
ski.
SÉNÉGAL , 549-
Sept mariages (Los) d'Eloi Gai-
59
o6
TABLE ANALYTIQUE
land, par L. B. Picard, 793.
Sermons danois de tous les di-
manches et jours de fêtes de
Tannée, par Mynster, i34.
Serullas. Observations sur l'oxi-
bromure d'arsenic, 276.
Shakespeare. Le marchand de Ve-
nise 3oo.
— OEuvres dramatiques com-
mentées par F. Horn, 46a.
Sicile, 117, 176.
Sidney Smith (W.) Lettre au su-
jet de l'institution anti-pirate,
339.
Sigalon , peintre. Athalie taisant
égorger tous les enfans du sang
royal. Tableau de l'exposition
à Paris, 3i5.
Sillig (Julius).^o;-. Catalogus.
Silliman( Benjamin). Journal amé-
ricain des sciences et des arts,
Simond ( L. ) Voy. Voyage en Ita-
lie.
Sismondi ( J. C. L. de ) , C. — A. ,
52.
Smith. Aperçu de l'état de la ci-
vilisation en France, 763.
Smith ( Horace ). Voy. Reuben
Apsley.
Sociétés savantes et d'utilité
publique :
— en Angleterre : Société médico-
botanique de Londres , 247. —
Société royale de Londres, 55 1 .
— en Russie : Académie impériale
des sciences de Saint-Péters-
bourg, A. , 625.
— en Pologne : Société royale des
amis des sciences et des lettres
de Varsovie, 81 5.
— en Danemark : Société établie
à Copenhague pour propager
l'étude de la physique expéri-
mentale, 25 r. — Société archéo-
logique du Nord, 253.
— en Suisse : Société d'utilité pu-
blique de Zurich, 465. — Société
d'utilité publique du canton de
Vaud , 4^5. — Société bâloise
pour l'avancement du bien ,
465.
— en Italie: Académie des beaux
arts de Milan, 257. — Académie
Gioenia , 83o. — Académie des
géorgophiles de Florence , 83o.
— en Espagne : Académie des
beaux-arts de Madrid, 264-
— dans les Pays-Bas : Société de
bienfaisance fondée par leprince
Frédéric, 265. — Société Félix
Meritis d'Amsterdam , 272. —
Institut royal d'Amsterdam ,
565. — Société d'étudians de
Louvain, 568.
— ( dans les départemens ) : So-
ciété d'agriculture , commerce,
sciences et arts du département
de la Marne, 235. — Société ar-
chéologique de Dieppe, 273. —
Société de médecine de Rouen,
275. — Société des sciences ,
agriculture et arts du départe-
ment du Bas-Rhin , 275. — So-
ciété d'émulation du départe-
ment des Vosges, 54o- — Société
pour l'extinction de la mendi-
cité dans la ville de Bordeaux,
772. — Académie des sciences,
belles-lettres et arts de Bor-
deaux, 801. — Société libre d'é-
mulation de Rouen, 802. — So-
ciété linnéenne de Caen et la
Société des Antiquaires de Nor-
mandie, 834.
— (à Paris ) : Institut royal : Aca-
démie des sciences, 276, 56g ,
836 . — Acad. française, 83g. —
Société d'encouragement pour
l'industrie nationale, 279. — So-
ciété royale pour l'amélioration
des prisons , 283. — Société de
géographie, 573. — Société
pour l'instruction élémentaire ,
575. — Société royale des bon-
nes-lettres, 576.
Soirées (Les) deNeuilly, par Fon-
geray, A., 429.
Somerhausen (H.). Voy. Carte fi-
gurative.
■■ I I
!>""
Sommation ( Beclu i ch< i lui U
.!,• quelques »éi iei trigonomé-
triques, j).*\r H. Lobatto, y3G.
iJuuui Mickiewicza , etc. ,
'■
SowiDiki (Albert) i pianiste polo
unis, 879.
Staël ( Auguste do ). Fojr. Nicao-
LOGIE.
Stassart,C. — B., 482, 745.
Stvtistique, 34, i58, 470, 568,
5/3, 593, 700, 738, 766, 757.
— littéraire dos Pays -Bas, 83a.
— judiciaire. Causes jugées par
les tribunaux espagnols en 1826,
a63.
Staiidlin (C. F.). Lehrbuch der prac-
tischen Finleitung in aile Bûcher
der thîhgen Schrift, 456.
Steuben, peintre. Pierre le Grand
! poursuivi par des meurtriers ,
ors de la révolte des Strélitz.
Tableau de l'exposition de 1 827,
à Paris, 863.
Suède , 453.
Sueur-Merlin, C. — B. , 196, 494,
757.
Suisse, 147, ^54, 4^7, 465, 56i,
727, 828.
Syphilis, t5i, 492«
Syr, fleuve. Voy. Lewcbine.
Système pénal (Du) et du système
lépressif en général, et de la
peine de mort en particulier ,
par Ch. Lucas, A. , 383.
Tableaux poétiques, par le comte
Jules de Rességuier, 5 17.
Taillandier (A.), C— A., 38a.
Talma. Voy. Lamarquo.
Tarif général des droits d'entrée
et de sortie de l'empire de Rus-
sie, 129.
Tasse (Le). Voy. Monument.
Tkchnolugib. Voy. Arts indus-
triels.
Télémaque travesti, poème héroï-
comique eu rei 1 l.iiM s, pai lii
1 igot, 11a.
Tetnminck. For. Vei oer.
Ternaux ( G. j. ). Notice sur l'a-
mélioration dei troupeaux en
France, i63.
Théâtre de Dieppe , par G. Pi
l'iissard, 234.
— de Comte, 220.
Tu 1 vru 1 ,s :
— de Paris, 396, 577. 846.
— Anglais à Paris, 3oo.
Théo logis. Voy. Sciences RELI-
GIEUSES.
Tbermos (Essai sur les) de Rose) le,
par G. G. Uccelli, i5s.
Tbevenin, peintre. Henri IV don-
nant audience aux professeurs
du collège royal , etc. Tableau
de l'exposition de 1827, à Paris,
583.
Thienne ( Durn, ) Sa Va sloria de'
ma'i venerei, etc., i5x.
Thomas, peintre. Les Barricades,
et les Seize au parlement. Ta-
bleau d'ornement du Musée
Charles X, 3 12.
Thon (Mme Adèle du) Voy. Notice.
Timkovski ( G. ). Voy. Voyage à
Pékin.
Topographie, 175, 177, 497,
^ 499» 7a8-
Traductions :
— en allemand , de l'italien, i45
— en français, de l'allemand, i65,
5?-4, 526. — de l'anglais , 180 ,
189, 233,5ii,538, 539, 780 ,
781. — du latin, 779. — durusse,
175,713,759.
— en hollandais, du français, 736,
— en italien , de l'allemand, 734.
— de l'anglais , 733. — du latin ,
733.
— en polonais, du russe, 711 ,
716.
Tragédie improvisée. Voy. Mai-
vica.
Traite des noirs. Voyez Esclv-
▼4GB.
Trant. Two jears in Ava% 70 t.
g(>8 TABLE ANA
Travcls through Sicily , etc. , 1 1 7.
Tremblement de terre aux An-
tilles, 547.
Tribunaux danois de la cour et
des villes , publiés par Colde-
rup-Rosenvinge, 718.
— espagnols. Voy. Statistique ju-
diciaire, a63.
Trois Sœurs (Les), par Mme \.
L***, 22D.
Tsigani, i3o.
TuBQUIE, 537.
u
Uccelli (F.). Compendio di anato-
mia fisiologico - comparata , 1 5 1 .
— (Gio. Guai.). Saggio sulle terme
Rossellane, i52.
Universités :
— de Varsovie , 557. — de Lou-
vain, 568. — de Moscou, 8i5. —
— de Marbourg, 827.
Urbain ( J. H. ). Mémorial des
camps, 738.
Urbain Fosano , ou la Jettatura ,
histoire napolitaine, par de Ca-
radeuc, 529.
Usiglio. Délia macchina dell'uo-
mot etc. i5o.
Vagnat. Dictionnaire d'architec-
ture, a33.
Van Kanopen ( V. G. ). Geschiede-
nis van Griekenland , 160.
Van der Velde. Voy. Romans his-
toriques.
Van Wyk. Voy. Découvertes.
Vatel. Voy. Pathologie.
Ventriloquie. Voy. Alexandre.
Vcrgari {A.). Igiologia, etc. , i5o.
Vergnaud Romagnesi. Voy. Indi-
cateur.
VermigUoli ( Giov. Bat. ). Dell' ac-
quedolto e dellafontanà maggiorc
di Perngia, etc., 1.
Veiner (J. C. ). Atlas des oiseaux
LYTIQUE
d'Europe , pour servir de com-
plément au Manuel d'ornitho-
logie de Temminck, 486.
Vernet (Horace). Jules II or-
donnant les travaux du Vati-
can , etc. Tableau qui orne le
plafond d'une salle du Musée
Charles X, 3o4.
Philippe - Auguste avant la
bataille de Bouvines. Autre ta-
bleau d'ornement du même Mu-
sée, 309.
— — Édithe découvre sur le
champ de bataille d'Hastings
le corps sanglant d'Harold. Ta-
bleau de l'exposition de 1827,8
Paris, 860.
Le Passage du pont d' Ar-
éole. Tableau de la même ex-
position, 861.
Mazeppa, Tableau de la
même exposition, 862.
Vie de saint Vincent de Paul, par
B. Capefîgue, 206.
— de Napoléon Bonaparte, par
W. Hazzlitt, 442.
— dans l'Ouest, 444-
Viguier ( Constant). Voy. Manuel
de miniature.
Villanueva. Recommandation de
la lecture de la Bible en langue
vulgaire ,119.
Vilmorin. Le Bon Jardinier, 488.
Vinchon , peintre. Un Vieillard
grec assis sur les ruines de sa
maison incendiée. Tableau de
l'exposition de 1827,8 Paris,
5So.
Virgile. Voy. Leoni.
Vit ru vii Pollion is a rchitectura, 4 7 4 •.
Vocabulaire grec-français par fa-
milles, etc. , par Louis Long
champs, 149.
Voiart ( Mm« Elise ). La Femme
ou les Six Amouis, 224.
Voiture à vapeur, nouvellement
inventée en Angleterre par Gur-
ney, 248.
Volta ( Alexandre V Relation du
DES MAI il.iu.v
\n>.i^c Littéraire l'ait en Suisse,
[73.
\ oltaire.J <>> .( Jl'.nvi es complétée.
\ 01 v<; I (Luis les ClDg |>.u lies du
inonde, par Albert Hoiltémont,
— en Amérique, par S. de N.,
727.
— «à Buenos-Ayres et dans 1rs pro-
vinces de Rio de la Plata , etc.,
par J. A. BeauinontjOj^n ,
— à Pékin, à travers la 441-&<die
par Timkovski , publié par J.
Klaprotb, 175.
— (Supplément du) nu temple de
Jupiter Ammon , par Henri de
Minutoli, 4^0.
— - en Angleterre, etc., par N. H.
Carter, 437.
— littéraire en Suisse, par A. Voi-
la, 473.
— en Italie et en Sicile , par L.
Simond, 176.
— en Sicile et aux îles Lipari, par
un officier de la marine an-
glaise, 117.
— aux eaux de Pietrapola , can-
ton de Fiumorbo , en Corse, M.,
604.
— (Le) de Grèce, poëme par Pierre
Lebrun, A., 665.
9*9
dam li Vallée des Originaux ,
par du Coudrier, -■, <.
VoYAOxa <!<■ découverte! eéogra*
pilleurs. / '■'}■. FalkeneteiD.
Voyageai1 ( Lettrei d* an )à l'etn-
boachure <1<' la Seine , par A.
M. de Saint-Amand, 497'
Vries ( Jérôme de ) Voy. Hugo
Grotiaa.
— ( Van Ornveikerk de) Voyez
Commerce.
Viindts (L'abbé). Voyez Certi-
tude.
w
Wace ( Robert ). Voy. Roman.
Wachltr ( Ludw. ). Lehrbuch der Li-
teratur-Geschichte, i43.
Walsh (V.). Voy. Fratricide.
Walthard (R.). Description topo-
grapbique de la ville et des en-
virons de Berne, 728.
Williams ( Miss Hélène Maria ).
Voy. NÉCROLOGIE.
Wit (J.). Lucubraùonen cincsSlaats-
gefangenen , 140.
— Fragmente nus meincm Leben, etc.
i4o.
FIN I)K LA TABLIi DU TOME XXXVII.
ERRATA DU TOME XXXVII.
Cahier de Janvier. Page 127, ligue 33, père de Pierre le-Craml, lisez: grand'
père de Pierrc-le-Grand ; p. 128, 1. 24, la somme di 124 roubles environ , lisez :
la somme de ii\ mille roubles environ; p. 197, I. Ire du second alinéa, Barbe-
Marbois, lisez: Barbè-Marbois ; p. 2t8, 1. i5 du 2c alinéa, supprimez la vir-
gule après le mot paraisse ; p. 220, 1. 9 du '$" alinéa , et à qui, lisez : et à la-
quelle.
Cahier de Février. Page 383 , ligne 29 , justice île convention, lisez : jus-
tice de conservation; p. 384, 1- 8, même correction; p. i53 , I. 17, et de ses
j'rincipaux collaborateurs , lisez : et a ses principuur collaborateurs.
Cahier de Mars. Page 599, 1. 3odu tableau, États-Unis, 840» lisez : 800;
p. 601, I.26 du tablean, Amérique anglaise, 3o, lisez :4o;p. 712, 1. 5
et 6 , qu'il n'a empt unie M. Mollcvuut , lisez : qu'il n'a emprunte à .V. Molle-
vaut ; p. 787, 1. 8 du 2° alinéa, et de ses sous , lisez : et de ses soins; p. 8i5,
I. 17 de l'article Moscou , supprimer, la virgule; p. 80 ' , I. l5 du 2' aliuéa,
je crios , lisez : je croit.
<i
hfiiih/invj OL.V/1. UUI I fo/U
AP
Revue encyclopédique
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY